SONS
— ÊTYM. Wallon, otetan; namur. ostan; provenç. alretan; catal. altretant; espagn. otrotranto; portug. outrotanto; ital. altreltanto. Autant vient de aliud (voy. autre), et tantum (voy. tant); altretant et les formes congénères viennent de aUerum, tantum.
AUTEL (A- tel), *. m. || i° Sorte de table destinée à l'usage des sacrifices. Dans Rome, les autels fumaient de sacrifices, rac. Brit. iv, 2. Si de sang et de morts le ciel est affamé, Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé, id. Iphig. v, 2. On dresse des autels de gazon, fén. Tél. xxiv. Les sénateurs lui firent dresser des autels, boss. Hist. m, 7. 11 lui voulait dresser des autels, id. t'6. u, 42. L'amour impudique eut tant d'autels.... id. t'6. u, 3. Cependant à Pompée élevez des autels; Rendez-lui les honneurs qu'on rend aux immortels, corn. Pomp. ni, 2. || Poétiquement. Dressons-lui des autels sur des monceaux d'idoles, corn Poly. u, 6. || Autels, monuments en forme d'autels élevés pour perpétuer la mémoire de quelque événement: Les patriarches élevaient des autels en des lieux où ils avaient reçu quelque faveur de Dieu. Il est parlé des autels d'Hercule, des autels d'Alexandre, dressés aux extrémités de leurs expéditions. || Fig. et par eitension, honneurs extraordinaires. Mériter des autels. Eux-même avec candeur, se disant immortels, De leurs mains tour à tour se dressent des autels, gilb. Dix-huitième siècle. Nous sommes trois, Diderot, d'Alembert et moi, qui vous dressons des autels, volt. Lett. à Cath. 8. À sa gloire en cent lieux fit dresser des autels, boil. Art p. îv. Cette idole à qui le monde a de tout temps dressé des autels, mass. Dauph. || Personne qu'on honore, qu'on adore. Ils n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer, Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie, Déshonore l'autel où leur coeur sacrifie, mol. Tart. lu, 3. || 2° Chez les chrétiens, table où l'on célèbre la messe. Le prêtre monte à l'autel. S'approcher de l'autel pour la communion. Dans le même esprit qu'ils vont à l'autel, boss. Par. de Dieu, ). Une âme qui a vécu longtemps éloignée de l'autel, mass. Incnnst. Quoiqu'elle approchât souvent des autels, flêch. Slar.-Th. Un prêtre oserait-il, le même jour, s'approcher de l'autel [dire la messe]? pasc. Prov. 6. || Le maître autel, l'autel qui est placé dans le chœur d'une église. || Autel privilégié, autel où il est permis de dire la messe des morts le jour qu'on ne peut la célébrer aux autels qui ne sont pas privilégiés. || Autel portatif, pierre plate et carrée, bénite selon les formes de l'Eglise, pour célébrer la messe en pleine campagne. || Le sacrifice de l'autel, le saint sacrifice de l'autel, c'est-à-dire la messe; le saint sacrement de l'autel, l'eucharistie. || Fig. Élever autel contre autel, faire un schisme, et, par extension, lutter avec quelqu'un de crédit, de puissance, former une entreprise rivale. On élève autel contre autel, boss. Annonc. ) . Harcourt saisit l'occasion de débaucher au duc de Beauvilliers son pupille ou de faire au moins autel contre autel, st-sim. 232, 94. || 3° Fig. La religion, le culte. Respectez les autels. Les ministres des autels. U soutint les autels que l'hérésie avait ébranlés, fléch. Dauph. Et les droits de l'autel sont avant ceux du trône, raynouard, États de Mois, n, 6. || L'autel et le trône, la religion et le pouvoir monarchique. || 4°Termed'astronomie. L'Autel, constellation de l'hémisphère austral. [| 6* Technologie. Tablette de pierre ou de fonte placée en avant de la bouche d'un four. || Partie d'un four à réverbère qui a pour destination d'isoler le métal du combustible. || Proverbes. Qui sert à l'autel doit vivre de l'autel, ou le prêtre vit de l'autel, c'ent-à-dire chacun vit de sa profession. || Il en
D1CT. biî LA LANGUIS FRANÇAISE.
AUT
prendrait sur l'autel, se dit d'un homme qui prend tout ce qu'il peut et partout où il peut. || Ami jusqu'aux autels, ami à tout faire, excepté à agir contre la religion, contre la conscience.
— HIST. xi* s. Dessus l'alter [de] Saint Sevrin le baron , Ch. de Roi. ccxxix. Lonc un alter bêlement [ils] l'enterrèrent, t'6. cclxxi. || xu* s. Moût riche ofrande [il] a dessus l'autel mise, /lonc. p. 479. Idunches se dresça, E par tuz les alters à orer s'en ala, Th. le mart. (62. E de tûtes les lignées de Israël [je] le eslis, que fust mis prestres; e à mun alte! muntast, e encens i portast, Jlot's, 9 Dune cumandad li angcles à Cad , que il deïst à David que il en alast pur lever un alter en l'onurance nostre Seignur, t'6. 2)8. Tant que li fossez ki deled le altel esteit, fud plein e surundad, t'6. 3)8. || xm* s Par derrière l'autel s'ert [s'était] la bêle mucie [cachée], Berte, cix. E quant tote la messe est dite, le rei vient devant l'autier, et se comenie, Ass. d« 1er. I, 3). Car teil qui auteil sert, d'auteil doit vivre, ruteb. 258. || xvi* s. Il en prendrait sur le grand autel, H. est. Précell. p. 77.
— ÊTYM. Bourguig. autai; provenç. altar, autar; espagn. altar; ital. o/(ore;du latin altare, proprement, ce qu'on met dessus l'autel (Quintilien, Decl. xu, 26 : aris altar ia imponere), ce qui exhausse, de altus, haut (voy. ce mot). Altare a donné régulièrement alter ou altier ou autier; la forme autel s'est glissée à côté, par l'affinité entre 17 et IV, et peut-être aussi par le grand usage de l'adjectif autel, semblable, mot très-usité dans ces temps : l'on sait combien les langues ont de tendance à assimiler les mots qui ont peu de différence; tendance funeste et qui rend bien des choses confuses et même inintelligibles.
AUTEUR (ô-teur), s. m. || 1* Cause première d'une chose. L'auteur de toutes choses, Dieu. L'auteur de cette guerre. Il est l'auteur de sa fortune. L'auteur d'une race, d'une famille. La nature, auteur de toutes choses. Une femme fut l'auteur de l'entreprise. Laissons aux dons de l'auteur de la nature tout leur prix et tout leur usage, mass. Conti. Grâce à l'auteur de l'univers, la font. Fabl. u, 5. La mort m'avait ravi les auteurs de mes jours , rac. Esth. i, 4. Cent fois j'ai voulu me jeter aux pieds des auteursde mes jours, J. J. rouss. Ilél. i, 4. Madame, au nom des dieux auteurs de notre race.... rac. Iphig. m. 4. J'en suis le seul auteur [de la conspiration], elle n'est que complice, corn. Cinna, v, 2. Et vous qui de sa chute êtes l'unique auteur, id. Nicom. rv, 6. Il est l'unique auteur de nos meilleurs destins, id. Héracl. v, 4. L'amour, ce doux auteur de mes cruels supplices, id. Cid, v, 4. Je le plains, d'autant plus qu'auteur de son ennui.... rac. Andr. m, 3. Périsse le Troyen, auteur de nos alarmes, m. Iphig. u, 2. Chacun veut voir l'auteur de tant d'illustres faits, rotr. Bélis. i, 4. || 2° Inventeur. L'auteur d'un procédé. Les Phéniciens, qu'on dit être les auteurs de l'écriture alphabétique. || 3° Celui, celle qui a fait un ouvrage de littérature, de science ou d'art. Corneille, auteur du Cid. Madame Deshoulières, auteur de poésies pastorales. Il ou elle est l'auteur de ce tableau. || Absolument, écrivain. Les auteurs grecs et latins. Suivant quelques auteurs. La plupart des auteurs que j'ai consultés. Quel auteur lisez-vous? Je traduis un auteur difficile. 11 y a des auteurs graves pour appuyer toutes, les opinions, sêv. 307. || 4° En termes de jurisprudence, celui de qui on tient quelque droit. On lui disputait la possession de cette terre ; il fit appeler ses auteurs en garantie. || 6° Celui, celle dont on tient une nouvelle. Voilà ma nouvelle, et c'est cette dame qui est mon auteur. Elle découvrit ce qu'elle en avait appris [de la conjuration] à des personnes de considération, sans cependant nommer son auteur, vertot, Révol. rom. xu, p. '7'. Des bruits, sans auteurs, mêlaient des choses fausses avec les vraies, et augmentaient l'inquiétude du sénat et la crainte des gens de bien, id. t'6. p. 4 92. I Adj. Une femme auteur. Une de mes chances était d'avoir toujours dans mes liaisons des femmes auteurs, J. J. rouss. Conf. liv. rx.
— REM. Boileau, Sat. x, a pu écrire ironiquement : Vais-je épouser ici quelque apprentive auteur? Mais on ne dirait pas une auteur, la première auteur, une spirituelle auteur, etc. il faut : cette dame est un charmant auteur, elle est le premier auteur de mes maux; cette demoiselle est un spirituel auteur, legoaraut.
— hist. xm* s. Ains est prouvé par les meilleurs auteurs ki parolentde ces trois sciences, alebrand, f° 4 . Si en puis bien trere à garant Ung acteur qui ot non Macrobes, la Rose, 7. Un livret i trovai. Si
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lue [je lus] dusqu'à la fin ; mult durement l'amai ; Le nom de son autor ne le sien je ne sai, ruteb. 232. || xv* s. X parler par raison et considérer les articles et points dessus dits qui sont tous véritables; car moi, auteur, en ai esté suffisamment informé par les nobles du royaume de Portingal, froiss. ii, m, 28.
— ETYM. Bourguig. auteu; provenç. auctor, aetor; espagn. autor; portug. author; ital. autore; de auctorem, de augere, accroître; radical sanscrit, 6jas, force.
AUTHENTICITE (ô-tan-ti-si-té), s. f. Qualité de ce qui est authentique. L'authenticité d'un fait, d'une pièce. Tout se passa avec la plus grande authenticité, volt. Russ. u, 10.
— ÊTYM. Authentique.
AUTHENTIQUE (ô-tan-ti-k"), adj. || 1* Revêtu des formes officielles, solennelles. Titre authentique. || Acte authentique, acte émané d'un officiel public, accompagnéde formalités et devant faire foi jusqu'à inscription de faux. || 2° Dont la certitude, dont 1 autorité ne peut être contestée. Les livres authentiques Traditions authentiques. Il faut voir ce marchand, philosophe en boutique, Qui, déclarant trois fois sa ruine authentique, Trois fois s'est enrichi d'un heureux déshonneur, gilb. Le dix-huitième siècle. Le monde qui ne peut résister à cette montre si authentique, pasc. Imag. 2. Vous assurez par serments authentiques.... mol. l'Étour. iv, 5. Une histoire de Charles XII, une de Pierre le Grand, fondées toutes les deux sur les monuments les plus authentiques, volt. Li tir. Albergati, 3 déc. 1760. Ce discours [dt Pierre le Grand], s'il est authentique, est un morceau très-précieux, id. t6. Schouvalof, 44 nov. 4 759. || Familièrement. Et jugé ce lourdaud à son nez authentique Que c'était un pédant, Régnier, Sat. x. || 3" S. (. L'authentique d'une pièce, l'original. Peu usité en ce sens. || 4* S. {. Intitulé qu'on donne à la version latine, faite par un auteur inconnu, des Novelles de Justinien, dite par les glossateurs Corpus authenticarum. Les authentiques. Une authentique. || Authentiques, extraits que les glossateurs ont faits des Novelles et insérés aux endroits du Code (de Justinien) auxquels ces extraits se rapportent. Cette dénomination vient de t'n authentica, qu'on lisait en tête de chacun des extraits. Si vous avez besoin de lois et de rubriques, Je sais le code entier avec les authentiques, corn. tient. i,6. || Peine de l'authentique, peine consistant à faire fouetter et enfermer dans un monastère la femme adultère, et prononcée par l'authentique" sed hodie, Code, ad legem juliamdeadulleriis.
— HIST. xih* s. Si cumlullus le nous remembra Ou livre de sa retorique, Qui moult est science autentique, la Rose, 46400. Et se tu sces riens de logique, Qui bien est science autentique.... t'6. 6652. Noz veons aucun cas par lequel on pot fausser letres, tout soit li seaus autentiques et bien conneus, beaum. xxxv, 25. Li seax de cascun gentil home n'est pas autentiques ne n'a foi en cort, fors contro le gentil homme cui li seaus est, ib. 75. j| xv* s. Un bourgeois notable et authentique, froiss. ii, m, 4. Paris qui est cité si authentique et le chef du royaume de France, id. u, m, 4)4.
— ÊTYM. Authenlicus, de oiOOsvtixoi;, de aùOév- T7i«. qui agit par soi-même, maître, pour aùtosvtt|«, de auto;, même (voy. auto....), et de èviè;, au dedans : qui est apud se, qui est maître de soi. *EvTà; est le latin intus, qui a donné intérieur (voy. ce mot).
AUTHENTIQUÉ, ÉE (Ô-tan-ti-ké, kée), part, passé. Acte authentiqué.
AUTHENTIQUEMENT (ô-tan-ti-ke-man), adv.
D'une manière authentique. Il a déclaré authenuquement. Ils se sont soumis sans résistance à une vérité qui leur était si authentiquement notifiée, bourd. Pensées, t. I, p. 66.
— HIST. xvi* s. Telles histoires méritent bien d'estre enregistrées authentiquement, H. est. Apol. pour Hérod. xxvi. Ce qu'ils promirent et jurèrent fort authentiquement, carl. vlu, 19.
— ÊTYM. Authentique, et le suffixe ment. AUTHENTIQUER (ô-tan-ti-ké), v. a. Terme de
droit ancien. || 1* Rendre authentique. Pour authentiquer la constitution, boss. Lett. quiét. 468. J'écrivis au cardinal Gualterio de faire chercher tout ce qui pouvait prouver juridiquement cette roture [de Zamet], de le faire authentiquer parla république de Lucques et de me l'envoyer, st-sim. 288, 477. || 2° En droit romain, authentiquer une femme, c'est la déclarer convaincue d'adultère, et soumise à la peine de l'authentique.
— ÊTYM. Authentique,
AUT
t AUTO.... Préfixe qui vient du pronom grec oùtèc, et qui signifie de soi-même, par soi-même.
t AUTOBIOGRAPHIE (ô-to-bi-o-gra-fie) , s. f. Biographie d'une personne écrite par la personne même.
— ÊTYM. Auto (voy. ce mot), et biographie. AUTOCÉPHALE (ô-to-sé-fa-1') i, s. m. Nom, chez
les Grecs, des évêques qui n'étaient point sujets à la juridiction des patriarches.
— ÉTYM. AOxoxépaAoc , de ccÙTèç, même, et de XE<paXï), tête : qui est sa tête à soi-même, qui ne relève de personne (voy. cêphai.ique).
AUTOCHTHONE (ô-to-kto-n') || 1° S. m. Celui qui est du pays même, qui n'y est pas venu par immigration. Plusieurs historiens pensent que les Américains ne sont pas autochthones et qu'ils sont venus d'Asie en Amérique. || Fig. Je ne savais pas que vos auteurs [espagnols] eussent jamais rien pris, même aux Italiens; je les croyais autochthones en fait de littérature, volt. Lettr. Uayam, 15 juin, 1762. f| 2° Adj. Un peuple autochthone. Les anciens peuples se regardant la plupart comme autochthones, J. J. rouss. Ém. v.