I. BAGNE (ba-gn'), s. m. Lieu où sont renfermés les forçats
— ÊTYM. Ital. bagno; espagn. baûo, que les Arabes nomment ainsi, dit Cervantes. Mais le dire de Cervantes paraît erroné, et l'on ne trouve, ni dans l'arabe , ni dans le turc, aucun mot qui se rapproche de bagne en cette signification. On dit, et cela paraît vraisemblable, qu'à Constantinople il y eut un local de bains employé accidentellement à renfermer des prisonniers, et que de là vient lu nom de bagne.
t 2. BAGNE (ba-gn"), s. m. Terme de jardinage. Tonneau contenant de la terre à pots tamisée.
fBAGNOLET (ba-gno-lè) , s. m. Terme de marine. Prélart goudronné employé à couvrir les câbles autour des bittes, à bord des navires non pontés.
t BAGNOLETTE (ba-gnolè-f) , s. f. Ancienne sorte de coiffe à l'usage des femmes.
t BAGOU (ba-gou), s. m. Bavardage où il entre de la hardiesse, de l'effronterie, et môme quelque envie de faire illusion ou de duper. Mot tout à fait populaire.
— ÉTYM. Picard, bagoul (prononcé bagou); wallon, bajowe; norm. bagoul. L'étymologie est ba, particule dépréciative (voy. ba....), et gueule. Le wallon bajmee est bajoue.
f BAGUAGE (ba-ga-j'), s. m. Terme de jardinage. Incision circulaire pratiquée aui branches des arbres fruitiers, de la vigne, pour arrêter la sève descendante et empêcher le fruit de couler.
— ÊTYM. Baguer 2.
BAGUE (ba-gh'), s. f. || 1* Anneau que l'on met au doigt. En cette bague au moins reçois de mon honneur Et de ma passion un véritable gage, rotr. Bélis. Et, 46. J'ai rencontré un orfèvre qui, sur le bruit que vous cherchiez quelque beau diamant en bague.... mol. Mar. forcé, .». || Familièrement, c'est une bague au doigt, se dit de toute chose dont on peut tirer facilement avantage. || 2° Anneau qu'on suspend à un poteau, au bout d'une carrière où l'on court la bague. On courait souvent la bague devant leurs fenêtres, scarr. Rom.com. n, ch. 9. [Il] Court le faquin, la bague, escrime des fleurets, Régnier, Sat. v. À faire des vers, à courir la bague, pasc. Grand. 43. Vous faisiez [Henri 111] mille grimaces, courir la bague en femme, faire des repas avec vos mignons, puis faire le dévot, fén. xix, 398. Il Fig. Courir la bague, faire rapidement une excursion. Nous sommes venus courant la bague depuis la dlnée, sév. 349. || Jeu de bague, machine à pivot, où sont adaptés ordinairement des chevaux de bois, sur lesquels montent les joueurs qui cherchent à enlever la bague. || 3° Anneau soudé sur le corps d'un tuyau d'orgue. || 4°Terme d'architecture. Membre de moulure qui divise horizontalement les colonnes dans leur hauteur. || S° Terme d'horticulture. Cercle d'œufs de papillon qui entoure une branche d'arbre fruitier. || 6" Terme de marine. Petit cereb en fer ou en cordage servant à fixer les focs et voiles d'étai.
— HIST. xv s. De là alla le roy à Turin, et y emprunta les bagues de madame de Savoye, et les mit en gage pour douze mille ducats, comm. vu, 5. H xvi* s. Il passa dix jours à la bague, aux fleurets et au jeu, d'aub. Hist. u, 25<i. Il y fust couru eu six jours unze bagues, que plusieurs dames et demoyselles donnèrent, carl. m, 4 6. Les sergents lui voulans oster des bagues d'or qu'il avoit pendues aux oreilles, lui arrachèrent quand et quand le bout de l'oreille, amyot, Mar. 24.
— ÊTYM. Bas-lat. bacœ, baccx, anneaux de chaînes; baga, fers qu'on met aux prisonniers; boja et baga unum sunt, dans les gloses de maître Ison (voy. du cange, boia). Ces citations ne permettent guère de ne pas rattacher bague par ces mots au latin bacca, qui veut dire une baie, sorte de fruit, et, par assimilation, un annaau. On trouve aussi, dans lebas-latin, bauga et bauca. bracelet, qui vient probablement de l'allemand : goth. fcauy ;island. baugr, anneau, mots auxquels il fautrattacherPancien français bou, bracelet : le bou de sun braz, Rois, 4 2).
4. BAGUÉ, ÉE (ba-ghé, ghée), part, passé de baguer 4 . Une robe baguée.
t 2. BAGUÉ, ÊE (ba-ghé, ghée), part, passé do baguer 2. Une branche baguée.
BAG
f 3. BAGUE (ba-ghé), adj. m. Canon de fusil bagué, canon défectueux, et dont la surface intérieure offre une espèce de bourrelet.
— Etym. Bague.
BAGUENAUDE (ba-ghe-nô-d") , s. f.\\ 1" Fruit du baguenaudier, gousse pleine d'air et de petites graines, et qui éclate avec bruit lorsqu'on la presse. || 2" Ancienne pièce de poésie française faite en dépit des règles et du bon sens; c'était un amphigouri en vers blancs. || 8' Niaiserie.
— IHST. xv* s. Comme peut estre créance d'homme si legiere, que telles baguenaudes soient prinses pour doctrine, ou telles superstitions pour vraye religion? A. chartier, l'Espérance, p. 253. Jean respondi à icelle femme : ce sont toutes baguenaudesque tu me baille», du cange, bagarotinus. || xvi* s. Entre les espèces de nostre poésie, il y en eut une que l'on appeloit baguenaude, qui sembloit avoir esté de propos délibéré introduite en despit de la vraye poésie, pasquieh, Recherches, liv.vn, p. 694. Nota que les Picards dient que les baguenaudes sont coupplets faicts à la voulenté, contenans certaine quantité de syllabes sans ritme ni raison, fabri, Art de la rhétorique, liv. h, p. 68, verso.
— ETYM. Origine inconnue. On ne sait même pas si la baguenaude, frnit, a donné le nom à la baguenaude, niaiserie, ou si c'est l'inverse. On serait pourtant tentédeledécomposerenbague-naude(sans pouvoir davantage l'expliquer) à cause du parallélisme possible arec chique-naude (chiquenaude).
BAGUENAUDER (ba-gue-nô-dê) , v. n. S'amuser à des choses vaines et frivoles. Ton goût est de baguenauder en amour, hamilt. Gramm. *. Je m'en vais musant et baguenaudant jusqu'à Naples, p. L. cour. Leit. il, 64. || Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
— hist. xv* s. Par quoy je conclus que mieulx vault nostre mestier et est plus convenable, que d'aler baguenauder à la court et regarder qui a les plus belles pointes, les plus gros bourrelets.... j. de bueil, le Jouvencel, t° te, reeto. || xvi* s. Diogenes qui baguenaudoit à part soy roulant son tonneau,
— ÊTYM. Baguenaude.
t BAGUENAUDERIE (ba-ghe-no-de-rie),s. f. Action de baguenauder, niaiserie.
HIST. xyi* s. Me suis trouvé avec des damoi-
sefies qui se lavoient la gorge des baguenauderies que leur avoient ramage leurs courtisans, Contes
de CHOLIÈRES, f 220, VCTSO.
— ÉTYM. Baguenauder.
'. BAGUENAUDIER (ba-ghe-nô-diê), î. m. Arbrisseau d'ornement fort commun en Europe (colulea arborescens, L.). Les feuilles, purgatives, portent le nom de séné d'Europe, faux séné, séné vésiculeux.
— Etym. Baguenaude.
2. BAGUENAUDIER (ba-ghe-nô-dié),s.m. ||1° Celui qui baguenaude. || 2" Jeu composé d'un certain nombre d'anneaux, qu'il faut enfiler et désenfiler suivant un certain ordre.
hist. xvi* s. Quelques rêveries qu'apportent ici
ou les philosophes eu ces baguenaudiers, nous avons cela, que rien ne peut porter l'image de Dieu sinon l'esprit, comme de fait Dieu est esprit, calvin, 37.
— ETYM. Baguenauder.
(. BAGUER (ba-ghé), v. a. Terme de tailleur. Arranger et coudre à grands points les doublures d'un habit, d'une robe, etc.
SYN. La différence entre baguer et bâtir est
que, quand On a bagué, les grands points restent, et que , quand on a bâti , on enlève ces grands points qui n'étaient que provisoires.
hist. xv* s. Edouard fist trousser et baguer
tout son
JEAN CE TROYES, Ctiron. (475.
Nous gaignerons nostre escot, car icelle femme est bien baguée, et créez qu'elle a desrobè qui que ce soit, nu cange, baga. Et Dieu sait s'elle partit, bien baguée [nippée], louis xi, JVouu.lxvii. ||xvi's. .... Navrent les uns et les aulcuns tuèrent, Les autres prins lyerent et baguèrent, J. marot, v, 28. .... Pour voir amener le Biarnois prisonnier en triomphe, lié et bagué [enchaîné] , Sat. Uénip. p. 22.
— Etym. Baguer, en termes de tailleur, signifie joindre, attacher,etestdoncau fond l'ancien baguer, lier, attacher. En espagnol, baga, corde pour attacher une charge sur une bête de somme, de même racine que bagage (voy. bagues).
t 2. BAGUER (ba-ghé) , v. a. Terme d'horticulture. Enlever un anneau d'écorce à une branche.
— ÉTYM. Bague.