‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 163 sur 403 · BAH · texte numérisé non relu

BAH

f 3. BAGUER (ba-ghé), v. a. Terme de marine. Fixer, installer, placer des bagues où le besoin le requiert

— ÉTYM. Bague.

BAGUES (ba-gh'), s. f. plur. Bagage. Usité seument en cette phrase : sorlirvie et bagues sauves, sortir d'une place de guerre en sauvant ses bagues, c'est-à-dire avec permission d'emporter sur soi tout ce qu'on peut. || Fig. Sortir, revenir bagues sauves; se tirer heureusement d'un danger, d'une difficulté.

— hist. xv* s. Le roy m'envoya parler à ceulx qui estoient dedans Mondidier, lesquelz s'en allèrent leurs bagues saulves, et laissèrent la place, comm. iv, s.... Or je Vous laisse gantelet etdague, Car au surplus je n'ay plus bague De quoy je me pusse deffendre, villon, Arch. deBagn. || xvi* s. Ceulx de dedans lors bagues saulves crient, i. mabot, v, 9(. Marcou souloient crier, et faire grosses bragues, Mais ores vouldroient ils quicter harnoyset bagues, id.v,(66. Herophytus conseilla aux alliez de prendre plus tost les bagueset despouilles des Perses, que les Perses mesmes, amyot, Cïmon, (5. Gylippus leur envoya dénoncer par un hcrault, qu'il leur permettoit de s'en pouvoir aller vies et bagues sauves hors delà Sicile, id. Nicias, 35.

— ÉTYM. Bourguig. baiguet; wallon, bagues, hardes; provenç. bagua; espagn. et ital. baga; baslat. baga; du celtique : gaélique et irl. bag; kymri, baich; bas-breton, beac'h, paquet, charge.

BAGUETTE (ba-ghè-f), s. f. || 1* Sorte de petit bâton mince et flexible. || Dans quelques pays, certains officiers portaient une baguette quand ils étaient en fonction; de là figurément, le sens d'autorité donné à baguette. Se laisser mener à la baguette, se montrer soumis à une volonté impérieuse. Harlay, le premier président, menait ce grand corps [le parlement] à la baguette, st-sim. (6, (93. Le marquis d'Effiat gouvernait Monsieur, la cour et souvent ses affaires à baguettes, id. 327, 26. || 2° Baguette magique, baguette que portaient les fées, les magiciens. Là j'ai la baguette des fées, A" faire le bien je me plais, bérang. Petit coin. De sa baguette un ou deux coups Donnaient félicité parfaite, id. Petite fée. ||Fig. Cela s'était fait avec un coup de baguette, sév. 76. Le coup de baguette fait sortir de terre tout ce qu'il veut, id. 477. || 8° Baguette divinatoire, baguette tournante, baguette de coudrier qui tourne entre les mains de certaines gens, et qui est supposée donner la faculté de reconnaître les sources, les trésors cachés, les assassins, etc. 114° Baguettes de tambour, les deux petits bâtons avec lesquels on bat la caisse. || 6" Baguette de fusil, de pistolet, baguette qui sert à presser la charge dans le canon. On le [Candide] fait tourner à droite, à gauche, hausser la baguette.... volt. Cand. 2. || 6* S. f. plur. Supplice militaire qui consiste à frapper avec une baguette. Passer un soldat par les baguettes. || 7° Terme d'architecture. Petite moulure ronde, en forme de baguette. || 8' Dans les laboratoires, tige de verre pour remuer ou mélanger des substances. || 9" Technologie. Morceau de bois pour aplanir les cuirs, ou sur lequel on les fait égoutter. || Outil de l'artificier , du chandelier. || Lingotd'or ou d'argent réduit à une certaine grosseur par la filière. || 10° Terme de marine. M&tereau placé en arrière des bas mats. || 11" Terme de chasse. Sorte de bâton dont le fauconnierse servait pour faire partir la perdrixdesbuissons et tenir les chiens en crainte. || 12° Nom des grandes tulipes de Flandre, qui leur vient de leur força et de leur hauteur,

— hist. xvi* s. Elles commandent à baguette, et régentent les régents et l'eschole, mont, m, 28). Vous commanderez comme il vous plaira et à la baguette si vous voulez; mais icy.... carl. m, (0. Va tas de gens glorieux, résolus, afOrmatifs, qui veulent régenter le monde et le mener à la baguette, charron, Sagesse, n, î.

— ÊTYM. De l'ital. bucchetla, baguette, gaule, de bacchio, bâton, gaule, qui vient du latin baculus, bâton.

+ BAGUECB. (ba-gheur), s. m. Instrument propre à baguer.

— êtym. Baguer S.

BAGUIER (ba-ghié), ». tn. Petit coffre pour serrer les bagues. Gens tout nourris de flatteries Sont un bijou qui n'entre pas Dans son baguier de pierreries, volt. Ép. I.VU.

— ÉTYM. Bague.

BAH! (bâ), interj. famil. Oui exprime un étonnement mêlé de doute, ou un sentiment d'insouciance, etc.

BAHUT (ba-u ;le ( no se lia pas, du moins dans la |

BAI

conversation), *. m. || 1° Grand coffre garni de cm'r, et dont le couvercle est légèrement bombé. Un bahut sculpté. || Huche. La vieille fouille au bahut [prend le pain], la font. Faucon. || Meuble ancien en forme d'armoire. || 2° La dernière assise d'un mur de parapet de pont ou de quai qui est taillé en bahut, c'està-dire bombé. || 3°Dansunjardin, bombement d'une allée ou d'une plate-bande.

— HIST. nu* s. Et uns vieus baûs Ocist quatre dus [ducs], Son corps défendant, Fatrasies, édit.ivbinal, h, 2(6. Il xve s. Premièrement il [Hue le Dépensier] fut traîné sur un bahut à trompes et à trompettes par toute la ville de Herford , froiss. i , i , 24.

xvi* s. La peau est envoiée au coroieur, pour, accoustrée, servir à faire des grands cribles pour nettoier les bleds, ou à couvrir des coffres à bahu, o. db

— ÉTYM. Génev. bahiu; provenç. bauc; espagn. baul; portug. bahûl, bahû; ital. baule. Ces formes sont trop divergentes pour qu'on puisse déterminer une étymologie plausible. Diez remarque que, si l'on savait que ce mot appartient en propre à l'espagnol, on pourrait croire qu'il vient de bajulus, porteur, en admettant toutefois que l'accent aurait passé de ba sur ju. On fera attention que, tandisqu'en espagnol,en provençal et en italien, bau est monosyllabique, ce qui le représente dans le français et le portugais est dissyllabique. D'après Palsgrave, p. ( 9, l'h était aspirée.

BAHUTIER (ha-u-tié) , *. m. Ouvrier qui fait des bahuts, des coffres, des malles. || Locution proverbiale. Faire comme les bahuliers, faire plus de bruit que de besogne.

— ÉTYM. Bahut.

BAI, BAIE (bè, bê), ajj. D'un rouge brun, en parlant des chevaux. Je fis trois charges sur mon excellent courtaut bai brun, st-sim. (2, (39. || Variétés: bai fauve, bai clair, bai cerise, bai foncé, bai châtain, bai marron, bai brun. Quand on nomme ces variétés, on les emploie, par ellipse, en adjectif invariable : des chevaux bai clair, bai foncé. On emploie aussi le nom de ces variétés, comme substantif masculin : le bai clair.

— hist. xii* s. Li quens Ernaus broichele destrier bai, Raoul de Camb. ( 24. || xm* s. [Ils] Orent Berte montée sur un palefroy bai, Berte, vn. || xvi* s. Les uns la figurent [la licorne] noire, les autres de bay obscur, paré, Licorne, 2.

— ÉTYM. Provenç. tôt; espagn. bayo; ital. baio; bas-lat. bains, bagus, bagius, baiardus (d'où le nom ducélèbre Bayard, cheval de Renaud, fils d'Aimon), du latin badius.

i . BAIE (bê) , *. f. Petit golfe dont l'entrée est resserrée.

— ÊTYM. Espagn. bahia; ital. baia; angl. bay ; du bas-latin baia, port (portum veteres abajulundis mercibus vocabantbaias, dit Isidore;. Mais bajulare ne peut donner baia. On a indiqué pour étymologie baie, porte, parce que la baie est une ouverture dans une côle, et l'irlandais bddh ou bdgh, petit golfe; mais baie, porte (voy. baie 2), ayant unradical bada, et le celtique bddh ou bdgh ne sont pas conciliables avec le baia d'Isidore; à une époque aussi reculée que le vi* siècle, la consonne aurait été conservée, et le mot eût été bada ou baga. On a indiqué aussi la ville de Bayonne, dont le nom se décomposerait en deux mots basques, orna, port, et ona, bon; mais ceci est un cercle hypothétique où Bayonne explique taie, et baie explique Baymne. 11 ne faut pas sortir du domaine latin : il y avait Bajœ qui , signifiant un lieu agréable sur la côte de Campanie, avait fini par prendre le sens de tout lieu maritime agréable ; de là le sens roman de baie, qui est un refuge pour les marins. Une particularité vient à l'appui : le latin disait bajac, en deux syllabes avec l'accent sur la; d'où l'italien baia et le français bâte; le grec disait patat en trois syllabes, avec l'accent sur l't, d'où une double accentuation qui s'est conservée dans l'espagnol bahia.

2. BAIE (bê), ». f. || 1° Terme de maçonnerie. Ouverture qu'on pratique dans un mur ou dans un assemblage de charpente pour faire une porte, une fenêtre. || 2* Espace qui reste à paver dans une chaussée.

— HIST. xii* s. Et par l'uis dont cuida clore celé baée Est la veie desclose, et l'ire Deu mustrée, Th. le mart. ( 53.

— ÉTYM. Bayer, être ouvert (voy bâter) ; génev. baide, interstice, bede, intervalle.

3. BAIE (bê), *. /. Tromperie, mystification. La muse Qui me repaît de baie en ses fous passe-temps, Régnier, Sat. xv. Mon esprit.... Qui dans ses caprice» s'égaie Et souvent se donne la baie, id. Ep.m.

BAI

J'ai ,donnâ cette baie à bien d'autres qu'à vous, corn, le Ment, m, 6. On leur fait admirer les baies qu'on leur donne, id. ib. i, e. Le sort a bien donné la baie à mon espoir, mol. l'Étour. n, 4 3.

— H1ST. xm* s. Dame, gardez vous de la bée [attente inutile], Qui en maint lieu par la contrée S'arest et fait la gent muser, Lai du conseil. Par tel bée, par tel désir [elle] Passe tant vespre et tant matin, Que sa biauté va à déclin, ib. || xv* s. Messcigneurs, pardonnez-moi que je vous ai fait payer la baie [mystification], louis xi, Nouv. lxxxi. Il xvi's. Ils font contenance d'avoir la teste pleine de plusieurs belles choses ; mais à faulte d'éloquence ne les pouvoir mettre en évidence, c'est une baye, bont. i, 4 88. Il tint ce dernier avis enepres pour une baie, d'aub. Hist. u, 6).

— Êtym. Bayer (voy. ce mot), parce que celui qui donne une baie, fait bayer celui qui la reçoit. Provenç. en bada, en vain; espagn. et portug. vaya; ital. baja.

4. BAIE (bê) , s. f. Terme de botanique. Fruit charnu dépourvu de noyau, et dont les graines sont placées au milieu de la pulpe : tels sont les raisins, les groseilles. On donne aussi par extension le nom de baies à des fruits dont les graines sont contenues dans des loges, tels que ceux des morelles, de la belladone, etc. On eût dit que ses joues [de Clodion] étaient peintes du vermillon de ces baies d'églantiers qui brillent au milieu des neiges, chateaub. Ùart. 202. || Dimanche des baies, un des noms donnés au dimanche des Rameaux , parce qu'on y apporte souvent des branches de laurier, garnies de leurs baies.

— hist. xin* s. Et se il y metoit [dans la bierre] autre chose pour efforcier, c'est à savoir baye, piment et pois résines, il l'amenderoit au roi de vint sous de Paris, Livr. des met. 30. || xvr" s. Bague [pour baie de lierre], bab. l'ant. v, 34. Un emplastre de baies de laurier, paré, vi, 23. Bayes de lierre,

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