‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 191 sur 403 · MARG. NOUV. II · texte numérisé non relu

MARG. NOUV. II

— ÉTYM. Provenç. et espagn. bestial; ital. bestiale; de brstialis, 'de bestia (voy. bête). Dans l'ancien français, au nominatif singulier, bestials ou bestiaus, pour les deux genres; au régime singulier, bestial.

BESTIALEMENT (M-sti-a-le-man), adv. En bête brute. Il a toujours vécu bestialement.

— hist. xv s. Et telle est la fin des princes qui veulent vivre bestiallement, comm. vi, 4. || xvi' s. De là il nous apperra combien sottement et bestialement ils gergonnent, plustost qu'ils ne parlent, d'une chose si haute, calv. Inst. 424.

— ÉTYM. Bestiale, et le suffixe ment; provenç. beslialmen; catal. bestialmenl ; ital. bestalmiente. Si cet adverbe se trouvait dans l'ancien français, il serait bestialment ou bestiaument, parce que bestial est un de ces adjectifs qui n'ont qu'une même terminaison pour le masculin et le féminin.

BESTIALITÉ (bè-sti-a-li-té), s. f. || 1" Acte de bête. Dans sa fureur, il [Albéroni] traita ces projets fde l'échange de la Sicile pour la Sardaigne] de bestialité; de fous et d'abandonnés de Dieu, ceux qui les approuvaient, st-sim. 491, 450. || 2° Commerce contre nature avec une bête. Crime de bestialité. La bestialité était estimée 260 livres, volt. Mœurs, «27.

hist.xiv» s. Mal user de quelconques telz biens,

c'est bestialité. — Un qui occist et sacrifia sa mère et en menga.... telles bestialités sont causées par maladies, oresme, Thèse de meunier. Il sont trois espèces, c'est à savoir malice, incontinence et bestialité, id. Eth. 4 91. || xv* s. Par la bestialité [bêtise] de plusieurs princes et aussi par la mauvaistié d'aucuns qui ont sens assez et expérience, mais ilz en veulent mal user, comm. v, 4 8.

— ÉTYM. Bestial.

BESTIASSE (bè-sti-a-s'), s. f. Personne stupide. Populaire.

— étym. Bête ; ital. brstiaceia, grosse bête. BESTIAUX (bù-stiô ; l'x se lie : les bestiaux élevés

dans les fermes , dites : les bè-sti-ô-z élevés....) , t. m. plur. Terme collectif désignant l'ensemble des animaux qu'on entretient dans une exploitation rurale. || 11 s'emploie aussi dans tous les cas où l'on pourrait dire les bêtes : allez soigner les bestiaux.

— SYN. bestiaux, bétail. On emploie indifféremment bestiaux et bétail pour désigner l'ensemble des bêtes d'une métairie, à la condition qu'elle aura des bêtes à cornes ou des chevaux; car, si elle n'avait que des chèvres ou des moutons, il faudrait dire du petit bétail et non des bestiaux. De même, une foire a beaucoup de bestiaux ou de bétail s'il y a, dans la quantité, du gros bétail; mais on ne dira pas qu'elle a beaucoup de bestiaux, s'il n'y a paru que des moutons et des chèvres ; et si l'on disait qu'il s'y trouvait de petits bestiaux, cela voudrait dire du bétail gros et menu, mais de petite taille.

— hist. xvi' s. Meubles ny bestiaux , carl. rv,24. Aux isles d'Espagne il y a grande multitude de serpents, aspics et autres bestiaux vénéneux, pake, xxxiii, 30.

— ÉTYM. Norm. le bestial, pour le bétail. Bes-

BÉT

tiaux est le pluriel de bétail (bestail ou besfiail). On voit par là l'irrégularité de la prononciation pour les mots dérivés de bête, où l's étymologique tantôt est prononcée et tantôt ne l'est pas. Au xvn" siècle , bestial n'était pas encore un provincialisme. « Bestail et bestial sont bons; bestail est le meilleur et plus

doux, MARG. BUFFET, ObseTV. p. 74 . »

BESTIOLE (bè-sti-o-1'), s. f. || 1° Petite bête. Nous le voyons en mainte bestiole.... LA font. Comment l'esp. || 2" Fig. et familièrement, jeune enfant niais, sans esprit.

— HIST. xvi* s. Si quelques petites bestioles y sont entrées, comme perce-oreilles , puces ou autres semblables, pare, Introd. 2. Voians leurs bleds ainsi couverts de ces bestioles, ils font mettre des poules dans leurs greniers, o. de serres, 136.

— ÉTYM. Provenç. et ital. bestiola; du latin bestiola, diminutif de bestia, bête (voy. bête).

t BESTION (bè-sti-on); s. m. |'| 1° Petite bête. Le pauvre bestion tous les jours déménage, la font. Fab. in, 8. La sœur de Philomèle, attentive à sa proie, Malgré le bestion happoit mouches dans l'air, id. ib. x, 7. || 2" Au plur. Bestions a signifié autrefois des représentations de bêtes sur des tapisseries. Tapisseries de bestions. || 3° Dans l'ancienne marine, le bec de la proue, parce que la proue portait souvent la figure d'une bête.

— hist. xvi« s. Les ouvriers ne font pas seulement une clef suspendue au droict de la croisée d'ogives, mais aussi plusieurs, avec claire-voyes , feuillages crestés de choux, et plusieurs bestions et animaux, philibktt delorme, Architecture, iv, 4». Torquemad Espagnol a escnt, comme l'ayant veu, les femmes de Naples estre en si grand danger en leurs accouchements, que si un petit animal qui sort avant que l'enfant vienne au monde touche la terre, incontinent qu'il en sera sorty, la femme meurt a l'instant; et pour ce, dit Torquemad, quand une femme veut accoucher en ce païs-là, on tend les draps par toute la chambre de peur que ce bestion ne tombe, bouchet, Serées, n, 23. Un cordon de chapeau, fait en façon de triomphe, où sont représentées plusieurs figurée de personnages et bestions, de laborde, Emaux, p. 225.

— ÉTYM. Génev. bétion, nigaud, niais. Bestion est un diminutif de beste (bête); l'italien beslione est un augmentatif, grosse bête.

t BÉSY, s. m. Voy. BF.S1GUS.

A. BÊTA (bê-tâ), *. m. Homme très-bête. Mot injurieux et très-familier. C'est un gros bêta.

— ÉTYM. Autre forme de bétail. Dans des villages près de Paris, bétail se prononce béta: va conduire le béta au pré.

2. BÊTA (bê-ta),'*.'m. Deuxième lettre de l'alphabet grec; elle correspond à notre B. || Dans l'astronomie, le p sert à indiquer, par rapporta une certaine classification, la deuxième étoile de toute constellation.

— étym. B, pr/ra, c'est le beth des Phéniciens et des Hébreux.

BÉTAIL (bé-ta-11, Il mouillées, et non bé-ta-ye) , s. m. Ensemble des animaux mammifères entretenus pour la culture du sol, les charrois, la production des engrais, du lait, de la graisse. Le gro3 bétail, cheval, âne, mulet, bœuf. Le petit bétail ou le menu bétail, porc, chèvre, mouton. Nourrir du bétail, boss. Hist. m, 6. || Familièrement et fig. Les nonnes sont un étrange bétail , la font, tlazet. Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur Je Mantoue, id. A l'évêque d'Avranches.

— hist. xin* s. X me [ma] fille je donne totes mes carettes et tos mes pors et totes mes vakes et totte me [ma] bestaille, tailliar, Becueil, p. 417. De l'autre bestiale i ot tant amené; Li cent ne li millier n'i fussent jà conté, Ch. d'Ant. vm, 15-12. || xiv* s. Le pais [ils] vont cherchant entour et environ, La proie et le bestail dont il y ot foison, Guescl. 18929. 11 commanda aux siens que il gettassent hors de la ville le bestiail,BERCHEURE,f° 34 ,verso. || xv's. Et encore estaient réservés tous vivres, bestiail et autres choses, froiss.h, n, 188. ||xvi's. Uzavoient grand nombre de moutons et de tout autre bestial, amyot, Publ. 20. Toute celle province a de beaux et bons pasturages pour nourrir du bestail, id. (am. 26. Son mari estoit allé à la foire pour acheter du bestail, yver, p. 647. Les loups ne mangeoient point le bestial, des per. Contes, xv. Meubles ny bestial, carl. iv, 24. Lorsque les pasteurs veulent avoir des masles de leur bestial, paré, xvm, 12. Jamais il ne permettoit que son bestail sortist hors.... id. xxiv,6. Le gros bestail se distingue en bouvine et chevaline, et le menu, en bestes à laine et à poil, o. de serres,

BÉT

•r>9. Ce m^rlifint be iail [les taupes] hait l'eau, ro.' L!<;8. Le maniement de ce bestail [les abeilles], id.

— ÉTYM. Berry, bestial, bestiau : j'ai un h^stiau de malade ; environs de Paris, béta. Il y a dans l'ancien français deux formes : bestaille, s. f., et bestail , s. m. la seule qui soit restée. Bestaille est le latin hestialia, au pluriel neutre, donnant un substantif féminin de sens collectif, comme dans aumaille, merveille, etc. Bestail (bétail) est le neutre singulier bestiale, de bestialis (voy. bestial).

BÊTE(bè-t'),*.f. || 1» Tout animal exceptél'homme, ou, dans le langage scientifique, animal qui est placé, dans la série, au-dessous du genre humain. La bête est privée de raison.On a discuté sur l'âme des bêtes. Suivant Descartes, les bêtes sont des machines. Viens mon chien, viens ma pauvre bête; Mange malgré mon désespoir, bérang. Violon brisé. Le vin ne fait pas mourir l'homme, il le rend bête, fén. Tél. vm. Par exemple, il ne croyait pas que les bêtes fussent de pures machines, comme on le peut croire par un effort de raisonnement et par la liaison d'un système qui conduit là ; il le croyait comme on croit communément le contraire, parce qu'on le voit ou qu'on pense le voir, fontsn. Carré". || 2° Bêtes à cornes, les boeufs, les vaches, les chèvres, etc. Betes à laine , celles qui po.tent une toison. Bêtes à poil, boucs, chèvres, cochons. Bêtes de somme, celles qui portent des fardeaux. Bêtes de trait, celles qu'on attelle à une voiture. || Bête épaulée, bête de trait ou de somme qui a l'épaule disloquée, et, en général, qui ne vaut plus rien et qui n est plus en état de servir; et figurément, une personne absolument sans capacité ; une fille qui a fait une faute. On l'a trompé, on lui a fait épouser une bête épaulée. || 8° Bêtes féroces, celles qui se repaissent de chair et de sang. || Bêtes farouches, celles qu'il est difficile d'approcher et presque impossible d'apprivoiser. || Bêtes sauvages, celles qui vivent en liberté dans les bois et les campagnes. || 4° En termes de chasse, bêtesfauves, les cerfs, les chevreuils, les daims, ainsi que leurs femelles et leurs faons. Bètes noires, les sangliers, leurs femelles et leurs marcassins. Bêtes puantes, les renards, les blaireaux, les fouines, les putois, etc. Bêtes rousse» ou carnassières, les loups, les renards, les blaireaux, les fouines, lesputois, etc. || Bêtes de compagnie Jeunes sangliers qui vont encore en troupes. || Le» bêtes, les biches. || Au singulier et absolument, la bête, celle que poursuivent les chasseurs. La bête a donné le change. Lancer, détourner la bête. || Fig. La bête est dans nos filets, nous nous sommes rendus maîtres de telle personne, nous l'avons l'ait tomber dans quelque piège. || 6° Au pluriel et absolument, les bêtes, les animaux féroces que les Homains faisaient figurer dans le cirque. Les martyrs étaient livrés aux bêtes. || Fig. Être livré aux bêtes, être livré au jugement, à la critique de gens ignorants ou passionnés. || 6° En langage mystique, la bête, le caractère animal qui se retrouve au fond de l'humanité. N'est-il pas juste d'imprimer le sceau douloureux de la croix sur une chair qui a été marquée tant de fois du caractère honteux de la bête? mass. Jeûne. |] La grande bête, nom, dansl'Aoocalyse, de l'Antéchrist. || 7' La partie animale de notre personne. Je suis fatigué, la bête n'en peut plus. || 8° La bête noire, la bête d'aversion, ou simplement la bête, la personne qu'on déleste le plus. Un amiral était sa bête [à Pontchartrain], et un amiral bâtard du roi son bourreau, st-sim. 444, 63. Pour les femmes, elles étaient toutes ses bêtes [à Larochefoucaukl] , à peine pouvait-il souffrir ses parentes, id. 22», 72. Je craindrais l'avarice, qui est ma bête, sév. 567. J'aime bien moins mon peuple et la religion que je ne hais la révolution, qui est proprement ma bête noire, p. L. courr. n, 260. || 9° Personne de peu d'esprit, de jugement. Je n'ai été qu'une bète. Chacun eût cru passer pour une bète, la font. Fab. v, 4. Ainsi cette raison [de l'homme] est une étrange bête, Régnier, Sat. xiv. |] Fig. et familièrement. Une fine, une maligne bète, une personne rusée, méchante, artificieuse. Et ne sais bête au monde pire Que l'écolier, si ce n'est le pédant, la font. Fab. ix, 6. Pour voir la prison où cette méchante bête était renfermée, hamilt. Gramm. 9. || C'est une bonne bête, une personne de peu d'esprit, mais d'un bon naturel. || C'est la bête du bon Dieu, il pousse la bonté, la crédulité jusqu'à la bêtise. || Faire la bête, pleurer, s'attrister sans raison; et aussi affecter la bêtise, et encore refuser mal à propos. || Adj. Sot, stupide. Un air bête. Elle ne songe qu'à se rendre bête, sF.v. 427. Vraiment nous sommes bien bêtes, m. 9. C'est agir en dieu <rui n'est pas bête, bol. Amph. Prol. Bien

BÊT

m'y connais, et ne suis des plus botes; Très-peu sVn faut que ne soyez l'amour, lafare, à lime B. Vous le verrez plus stupide et plus bête que le fils du manant, j. ;. rouss. Ém. H. || Par exagération. Suis-je bête de pleurer ainsi ! || Elliptiquement et familièrement. Pas si bête! c'est-à-dire je ne suis pas assez sot pour faire telle chose. j| 10° Jeu de cartes qui se joue à quatre ou à cinq, en donnant cinq cartes à chacun, après avoir ôlé du jeu les petites cartes. X la bète, gémir d'un roi venu sans garde, boil. Sal. x. || 11* Somme qu'on dépose quand on a perdu un coup et qui reste au jeu pour celui qui gagnera. Faire sa bête. Mettre la bête. Tirer la bête. || Remonter sur sa bête, gagner le coup après celui où on a fait la bête et reprendre ce qu'on avait perdu; et figurément, réparer une perte, un mécompte, une mésaventure. Chavignyme demanda si le cardinal serait assez innocent pour ne se pas servir de cette occasion pour remonter sur sa bête, retz. h, 114. || 12° Bête à Dieu, ou bête à Martin, ou bète à bon Dieu, nom vulgaire des coccinelles. || Bête à feu, nom vulgaire des vers luisants. || Bête noire, nom vulgaire du grillon et de la blatte. |l Bêtes rouges, insectes du genre acarus. || Bête àja grande dent, un des noms vulgaires du morse. || Bête de la mort, nom vulgaire de la chouette, effraie ou fresaie. || Proverbes. Reprendre du poil de la bête, chercher son remède dans la chose même. || Morte la bête, mort le venin, c'est-à-dire un ennemi ne peut plus nuire quand il est mort, ou bien, après la mort de notre ennemi, notre ressentiment doit s'éteindre. || Quand Jean bête est mort, il a bien laissé des héritiers, c'est-à-dire il v a encore bien des sots au monde.

— hist. xi* s. Beste [cheval] n'i a qui encontre lui aille, Ch. de Roi. cxm. Que n'i adeist [approche] ne beste ne lion, ib. clxxiv. || xn» s. At dons Deus cure desbeestes?Ilnenavoit fait mais kedous nobles créatures, ki resnaules [raisonnables] estoient, etki dévoient estre bien aûrouses, st bern. 524. Sauvages bestes ne les pourront manger, Ronc. p. 83. || xur s. De pluscrueuse beste ne fut parole ouïe, Berte, il. Car de paour [je] fuoie comme une beste mue, ib. lu. Ours ne lion n'est ne beste sauvage, Qui, tel foiz est, ne freigne son vouloir De faire mal et ennui et domage. eust. le peintre, dans Coud. J'ai assez cap ms et gelines, Et assez bestes aumelines, finisses brebiz et crasses vaches, Ren. 11472. Se un home achate une beste restive, et que le vendeur li dit : ceste beste est restive, et je por restive la vos vens, Ass. de Jér. i, 183. N'est mie legiere à garder La beste qui se veut embler, FI. et Bl. 1635. Et teles uzures apele on bestes de fer, porce qu'eles ne poent morir à lor segneurs, beaum. lxviii, 18. || xiv" s. Et ceste [proposition] est false : homme est beste, oresme, Prol. En la manière que l'en duit et chastie un asne ou un autre beste de labeur, id. Eth. 326. Il s'ensuivroit que nulle des bestes mues [muettes] ne les enfans ne feissent nulle operacion volontairement, id. ib. 63. || xv» s. Les seigneurs sont gouvernés par le clergé, ils ne sauroient vivre et seraient comme bestes si le clergé n'estoit, froiss. ii, m, 27. [Ils étaient] hommes formés à la semblance de leur seigneur, et on les tenoit comme bestes [Discours des serfs anglais], m. il, il, 106. Seigneurs, vecy un homme honeste; Par le grant Dieu! ce n'est pas beste, La P<m. de N. S. J. C. Qui ce ferait serait bien beste, Uir. de Ste Genev. Je treuve, quant à moi, que les gens sont bien bestes, Qui ne se font plus tost au vin rompre les testes, Qu'aux coups de coutelas, en cherchant du renom, basselin, xix. Et croyez que Dieu n'a pas estably l'office du roy ne de prince pour estre exercé par les bestes ne par ceulx qui par gloire client : je ne suis pas clerc, comm. ii, 6. il xvi* s. Chassans devant eux un grand butin do bestes blanches et d'aumailles, m. nu bell. 408. Du poil de la beste qui te mordit ou de son sang seras guery, gênin, Récriai, t. n, p. 237. Nous allons les uns après les autres comme les bestes de compagnie, charron, Sagesse, n, 1.

— étym. Bourguig. béte; provenç. espagn. et ital.

; portug. besta; du latin beslia.

BÉTEL (bé-tèl), s. m. Mélange de substances très-actives, dont on fait usage, comme masticatoire tonique et astringent, dans les régions tropicales, et qui est formé de plusieurs espèces de poivres, defe'uilles de tabac, de chaux vive et delà noix d'Arec.

— ÉTYM. Belle (dans piper betle, L.), nom indien d'un des poivres qui entrent dans le bétel.

BÊTEMENT (bê-te-man). ode. En bète, stupidement. Il a bêtement agi. lia répondu bêtement

— Ëmi. Bàc, ut 'e suffixe ment.

BÉT

BÊTISE (bé-ti-z'; dans quelques provinces on prononce bê-ti-z'; mais l'usage est pour bé-ti-z'), I, f. || 1* Défaut d'intelligence et de jugement. H y a tant de disproportion entre le mérite et la bêtise, pasc. P. Jés. :t4. Il y a en moi, pauvre et simple homme de village, plus de bêtise que de méchanceté, p. L. cour, i, 144 Que veux-tu? c'est

peut-être bêtise De croire ce qu'on voit ; mais j'ai cette sottise , hauteroche , Nobles de province , iv, 4. || 2° Action ou propos de bête. Un des conjurés eut la bêtise de se confesser à un des prêtres de la fronde, volt. Louis XIV, 4. || 3° Propos léger et inconvenant. 11 échappa à Brissac quelque bêtise sur Mme de Mailly, la dame d'atour, st-sim. 153, 231. || Familièrement et populairement. Quelle bêtise I c'est-à-dire, vous faites ou vous dites une bêtise, une chose déraisonnable ou qui ne peut servir à rien.

— SYN. bêtise, sottise. La bête est dans bêtise, tandis qu'elle n'est pas dans sottise; c'est ce qui distingue ces deux mots. La bête est bornée, a peu d'idées; la bêtise est dans tout ce qui provient de l'ignorance, d'un esprit sans portée, d'une intelligence sans lumière, et même parfois d'une intelligence distraite ou mal informée de certaines choses. La Fontaine, en raison de ses simplicités, était parfois une bête; mais il n'était jamais un sot. En effet la sottise est caractérisée par l'absence de jugement, absence qui ne permet pas au sot de se méfier jamais de ses idées. Il peut y avoir des bêtes parmi les gens d'esprit, mais il n'y a pas de sots. 11 peut y avoir des sots parmi les savants ; la science ne préserve pas de La sottise. La bêtise fait quelquefois rire; mais, en tout cas, elle impatiente moins que la sottise.

— HIST. xv* s. Et à ce doivent bien avoir regart les seigneurs et les nobles de ce royaume de souffrirtellebesterie et ordure, monstrel. liv. I, ch. 181. || xvi» s. Je ne sçay quoy premier en lui je doibve admirer, ou son oultre cuydance, ou sa besterye, rab. Garg.i, 9.

— étym. Bêle. Bêtise est récent; autrefois on disait besterie.

CÉTOINE (bé-toi-n') , t. f. Terme de botanique. || 1° Plante de la famille des labiées (belonica offici~ nalis, L.) dont la racine est purgative. || 2° Bétoina de montagne, nom vulgaire de l'arnica montana, L.

— hist. xiii* s. Rue, vetoine o termentine [térébenthine], Ms. StJean. || xvr» s. J'y adjousterois delabetoine, pource que telles herbes purgent les cerveaux, et les esprits seraient plus propres à gouverner, d'aub. Fcen. m, 22. La betoine, le petum ou nicotiane, paré, xyi, 36, etc.

— ÉTYM. Espagn. et ital. belonica; du latin betonica, vetonica ou vellonica, aiusi nommée des Vettones, peuple de la Lusitanie.

1. BÉTON (bê-ton), *. m. Mortier fait de chaux, de sable et de gravier.

— HIST. xiv s. Qui ont mis aucuns fumiers, terres et autres betuns ez place de la ville de Dijon, bucange, betunium. || xv* s. Un tombereau chargié de gravois et autres betuns, id. ib.

— étym. On peut croire que béton tient au provençal batum. mastic, enduit, et qui est une autre forme de betum, bitume; espagnol, betun, bitume. Alors betun, betunium, qui veut dire gravois et immondices, en dériverait, parce que le béton ruiné devient gravois. Mais le béton ne contient pas de bitume; et, tout mortier se durcissant, devrait-on y chercher le sens de ce qui se durcit, se caille, se coagule ; et par là nous serions conduits à l'ancien verbe beter qui a ce sens (voy. béton 2). L'incertitude reste entre ces deux explications.

t 2. BÉTON (béton), s. m. Nom vulgaire, mais peu usité, du lait trouble et épais contenu dans les mamelles au moment de l'accouchement.

— ÉTYM. L'apparence qu'a ce lait lui a fait donner le sens de caillot, qui est dans l'ancien verbe beter, dont voici des exemples : xii» s. Desoz l'auberc li estlesanc betez [caillé] , Bataille d'Aleschans, 715. Delsanc des cors estla terre betée, ib. 5413. Il voient l'eve felenesse, Et tant périlleuse et parfonde. Qu'il n'est riens nule en tôt le monde, S'ele i cheoit, ne fustalée, Aussi comen la mer betée [gelée], LaCharrette, 3009. xur» s. [Il] N'en a laissié prodome dusqu'à la mer betée Qui puisse porter lance ne qui çaigne l'espée, Ch. d'Anl. vu, 115. Beter a une autre signification qui est : mettre un mors, et il vient en ce sens du germanique : anglo-saxon, bxtan; flamand, berien; allem. moderne, beizen, faire mordre à la bride. Mais Diez croit qu'on y peut aussi rattacher beter dans le sens de cailler, vu que beifen signifie aussi, par dérivation, exercer une action

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