‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 213 sur 403 · BOM · texte numérisé non relu

BOM

tiers d'aujourd'hui, et qui servait à lancer de gros boulets de pierre. || 3* Galiote à bombes. || 4* Terme de musique. Sorte d'ancien hautbois; guimbarde. || Nom d'un des jeux de l'orgue, mais qui s'emploie rarement. Les jeux en pédale ont aussi des bombardes. || 5* Gueule d'un four à briques.

— HIST. xv* s. Ils firent ouvrer une bombarde merveilleusement grande, laquelle avoit cinquante pieds de long, et jettoit pierres grandes, grosses et pesans merveilleusement; et quand cette bombarde decliquoit, on l'oioit bien de cinq lieues loing par jour, et dix par nuit, et menoit si grant noise au decliquer, qu'il sembloit que tous les diables d'enfer fussent au chemin, froiss. dans du cange, bombarda. Et le fit pourvoir [le château] moult bien d'espingoles, de bombardes et d'arcs à tour et d'autres instrumens, froiss. i, i, 3(5. Et faisoit apporter bombardes et pots pleins de chaux vive pour jeter sur les assaillans, id. i, i, 473. Fist ledit duc tirer la bombarde et les deux coups de serpentine, comm. il, (3. Les quelz deux me'nestriers le suppliant apela en disant : Donnez-nous une dance; l'un desquelz ne voult demourer.... le suppliant ala le querre, et lui dist : Baillez-nous vostre bombarde, et nous la porterons, puisque vous n'y voulez venir, du cange, bombarda. || xvi* s. Les Tuningeois avoient certains tonneaux de fer ou bombardes, et avec ce ils tiraient force tonnerres de feu. — Ceste machine [canon] a esté premièrement appellée bombarde, à cause du bruit qu'elle fait, que les Latins conformément au naturel du son appellent bombus, paré, ix, Préf.

— ÊTYM. Bas-lat. bombarda, de bombus, bruit, fracas. L'instrument de guerre et l'instrument de musique ont été ainsi nommés du bruit qu'ils font.

BOMBARDÉ, ÉE (bon-bar-dé, dée), part, passé. Ville bombardée et brûlée.

BOMBARDEMENT ( bon-bar-d e-man), t. m. Action de bombarder || On a dit aussi bombarderie (inusité). L'année demer était devant Gênes, et la bombarderie devaitbientôtcommencer,DANGE\u , i, <7.

BOMBARDER (bon-bar-dé, e. a. || 1* Écraser de bombes. En (680, les Algériens nous ayant déclaré la guerre, M. Renau imagina qu'il fallait bombarder Alger, ce qui ne se pouvait faire que de dessus des vaisseaux et paraissait absolument impraticable , fonten. Renau. On canonna et on bombarda la ville [de Stralsund] presque sans relâche, volt. Charles XII, 8. || 2" Fig. et familièrement. Il n'y avait guère de jour que le duc de Grammont ne bombardât [accablât de ses mots piquants] ainsi quelqu'un, st-sim. 46», 263. || Elever, par une sorte de précipitation et de violence comparée à une bombe, quelqu'un à un poste, & une position. Ses protecteurs [de Dubois] se servirent du progrès du jeune prince pour ne le point changer de main et laisser faire Dubois; enfin ils le bombardèrent précepteur, id. a, 42.

— ÊTYM. Bombarde.

BOMBARDIER (bon-bar-dié) , t. m. || 1* Artilleur qui lance des bombes. Le roi fit faire un plus grand nombre de gaiiotes et forma pour elles un nouveau corps d'officiers d'artillerie et de bombardiers dont les rangs avec le reste de la marine furent réglés, fonten. Renau. Menzikoff, lieutenant dans la compagnie des bombardiers, volt. Russie, i, (4. Qu'al-il donc le pacha, le vizir des armées? Disaient les bombardiers, leurs mèches allumées ? v. hugo, Orient. 7. 11 a vieilli, on dit artilleur. || 2" Insecte coléoptère qui fait entendre une petite explosion quand on le saisit.

— HIST. xvi* s. M. de Vieilleville fit cesser les bombardiers, aussi qu'il ne vouloit pas mettre la galère à fonds, carl. i, (2.

— ÊTYM. Bombarder.

tBOMBASIN (bon-ba-zin) , *. m. ||1» Etoffe do soie. || 2* Futaine sans envers. || Hors d'usage.

— ÉTYM. Bas-lat. bombacinus, de bombax ou bombyx, ver à soie, de pé|iêu$, ver à soie.

BOMBE (bon-b'),*. /!. || 1e Globe de fer creux rempli de poudre qui, lancé avec un mortier, s'élève en l'air et, retombant, éclate quand la mèche a communiqué le feu à la poudre. Dans l'art de tirer les bombes, dont tant d'habiles gens se sont mêlés, M. de Hessons compta jusqu'à vingt-cinq défauts de pratique qu'il corrigea avec succès dans différentes rencontres , fonten. Ressons. On entendait gronder ces bombes effroyables, volt, lienr. n. Les bourgeois, à la première bombe, se seraient rendus, montesq. Lett.p. (05. Le géomètre nous donna sou dain les propriétés de la ligne que la bombe avait décrite en l'air, id. t'6. 428. || Fig. Tombercomme une bombe, arriver à l'improviste. Elle tomh ■

BON

comme une bombe, à l'heure que j'y pense le moins, sêv. 435. |i 2° Familièrement et figurément, malencontre, acculent. La bombe va crever, il va survenir quelque maltncontre. Gare la bombe, craignez un accident. Quoiqu'il [le cardinal de Bouillon] dut bien s'attendre qu'à la fin la bombe crèverait, il en parut accablé, st-sim. 78, a. Quelle bombe jetée au milieu de vous tousl sêv. 570. Quelle bombe tombée au milieu desplaisirs! id. 4go. Le parti deHarlay fut le silence et d'attendre la bombe [l'éclat dp. son beaupère], st-sim. 42, 240. || 3" Bouleen verre creux renfermant de la poudre fulminante et éclatant quand on marche dessus. || 4" Sorte de bouteille de verre ronde, à collet fort court. || Bombes volcaniques, portions de lave en fusion que lancent les volcans. |] Terme de marine. Bombe de signaux, grosse boule eu toue noire qui est montée sur des cercles et hissée à des mâts, des vergues, etc.

— ÊTYM. Voy. bombarde, la bombe ayant été ainsi nommée à cause du bruit qu'elle fait.

"TOMBÉ, ÉE (bombé, bée), part, passé. Une chaussée bombée par les paveurs. Verre bombé. M. de Colbert trouve dur de suivre le quartier général sans sa voiture bombée, p. L. cour. Lett. 1, 4 31.

BOMBEMENT (bon-be-man) , s. m. État de ce qui est bombé; convexité.

— ËTYM. Bomber.

BOMBER (bon-bé). || 1° V. a. Rendre convexe à la façon d'une bombe, c'est-à-dire de manière à présenter un segment sphérique ou à peu près. Bomber une chaussée. || Rouler une table de plomb pour en former un tuyau. || 2" Y. n. Être convexe. Ce mur bombe.

ÉTYM. Bombe, par comparaison avec la forme

arrondie qu'ont les bombes.

f BOMBERIE (bon-be-rie), s. f. Endroit d'une fonderie où l'on fond les bombes.

BOMBEOR (bon-beur), s. m. Celui qui fabrique et qui vend des verres bombés.

— éïym. Bomber.

f BOMBYClQUE(bon-bi-si-k'),odj. Terme dechimie. Acide bombycique, acide organique trouvé dans le liquide que contient la chrysalide du ver à soie.

— ÊTYM. Bombyx.

f BOMBYX (bon-biks') , s. m. Terme d'histoire naturelle. Nom scientifique du ver à soie.

— ETYM. Béu.6\j£,ver à soie.

t BÔME (bô-m'), s. f. Terme de marine. Vergue dite aussi gui, sur laquelle se borde la voile nommée brigantine. || On écrit aussi baume.

f BOMERiE (bo-me-rie) , s. f. Terme de commerce maritime. L'intérêt de l'argent qui se prête entre marchands, sur les marchandises d'un vaisseau, lorsque le créancier se soumet à tous les risques.

— ÊTYM.Allem. Bodmerey; holl. bodmerye ; a.ugl. bottomry;o\e boden,bodem,boltom, carène.

BON , BONNE (bon, bo-n'. L'n ne se lie pas quand bon n'est pas devant son substantif : il est bon et brave, dites : bon et brave ; mais l'n se lie quand bon est devant son substantif : un bon ami, dites: un bo-n ami; au pluriel Ys se lie : de bons amis, dites : de bon-z amis), adj. || 1" Qui réunit les qualités de son espèce. Bonne monnaie. Une bonne terre, une terre fertile. Bonne vue. Avoir l'oreille bonne. Cet homme a une bonne constitution. Bon dîner. De bonnes troupes. Bonne mémoire. Bonne réputation. Bon discours. Bon naturel. Avoir une bonne prononciation. Un bon cheval. Un bon chien de chasse. Un bon voilier, en parlant d'un vaisseau. Une bonne armée. Les mânes indignés de tant de bons soldats Contre ma lâcheté ne murmureraient pas, botr. Antig. i, 6. Avoir beaucoup de bons hommes et des terres bien cultivées, fën. Tél. xvm. Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs, Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans, Grâce aux soins du berger, de très-notables

sommes, la font. Fabl. x, 4 0 Je suis bonne

sœur si vous n'êtes bon frère, corn. I'omp. u, 3. Le prince est vertueux, et vous êtes bon père, id. Nicom. n, t. Il est trop bon mari pour être assez bon père, id. ib. m, 4. Je viens en bon sujet vous rendre le repos, id. ib. v, 10. Souffrez qu'un bon sujet vous fasse souvenir Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir, id. llor. v, 2. Mais ou vous n'avez pas la mémoire fort bonne, Ou vous n'y mettez rien de ce qu'on vous ordonne , id. Nicom.

m, 6 J'ai d'assez bons yeux pour voir ce que je

fais, id. Sertor. u, 2. Ai-je de bons avis ou de mauvais soupçons? id. Cinna, v, 4. Et de pareils amis en bonne politique.... id. Nicom. n, 3. Je leur fais bonne guerre et n'en proscris pas un , id. Sert, m , 2. Que si Dieu ne dédaigne pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un

BON

mauvais choix, boss. Anne de Gont. Comment ontils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier être lui soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonne» 1 boss. Anne de Gonx. 11 y a et il y aura toujours à Paris beaucoup de jeunes gens qui font et qui feront très-jolimeut des vers, mais ce n'est pas assez de les faire bons, il y faut un je ne sais quoi qui force à les retenir par coeur, volt. Lettr. lime du Deffant, 30 mars 4776. || Bon comp;,ynon, bon vivant, homme qui est agréable dans les parties de plaisir et qui y prend part volontiers. || Bon garçon, bon diable, termes familiers qui désignent un homme commode et facile à vivre. || Faire contre mauvaise fortune bon cœur, bien supporter un revers. || Faire bonne mine à mauvais jeu, dissimuler le mécontentement qu'on éprouve, le mauvais état où l'on est. || Familièrement. Le bon temps, le temps passé. Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes, la font. Fabl. x, 40. || Se donner du bon temps, se divertir. || De bons moments, des moments heureux. J'ai passé avec vous de bons moments. || Il n'a pas la tête fort bonne, c'est un esprit peu judicieux, et même quelquefois sa raison est dérangée. Je crains que la tête du pape ne soit pas fort bonne, boss. Lettr. Quiét. 1 30. || Avoir bon pied, être bon marcheur. Avoir bon pied, bon œil, bien marcher et bien voir, et fig. avoir de l'activité, de la vigilance. || Ironiquement. Une bonne langue, une personne qui dit du mal d'autrui. H Faire le bon apôtre, contrefaire l'homme de bien. || C'est bon, c'est-à-direj'yconsens;laissonscela. C'est bon, ilsuffit.C'estbon, j'ai compris. C'est bon, il me le payera; je m'en vengerai. || Absolument. Il est bon, cela est bien imaginé. Par ma barbe! dit l'autre, il est bon, et je loue Les gens bien sensés comme toi, lafont. Fabl. ni, 6. || Terme de marine. Bon frais, vent assez fort, mais favorable. Bon plein , vent arrière qui remplit bien toutes les voiles. Bon bord, celui qui , quand on louvoie , se rapproche le plus de la route à faire. Faire bon bras, brasser les vergues du côté du vent. Faire bonne main, amarrer un cordage roide et sans en rien filer. Le bon bout d'un grelin, celui qui est à bord lorsqu'on toue sur ce grelin ; et fig. le côté favorable d'une chose. Dans cette affaire il a le bon bout. Bonne tenue, fond solide sur lequel l'ancre tient bien. || Terme de manège. Galoper du bon pied, se dit d'un cheval qui, se mettant au galop, part du pied droit. Mettre un cheval sur le bon pied, le faire partir du pied droit. || Fig. Mettre quelqu'un sur le bon pied, le réduire à faire ce qu'il doit, et aussi le mettre en une position avantageuse. Être dans le monde sur un bon pied, sur le bon pied, avoir une position avantageuse. || 2° Strict, exact, rigoureux. Puisqu'on fait bonne garde aux murs et sur le port, corn. Cid, n, 7. On vous rendra bon compte et des deux rois et d'elles, n>. Attila, m, 4. Exécutez cet ordre et m'en rendez bon compte, rotr. Bélis. v, 6. || 3° Habile. Bon pilote. Bon poète. Bon architecte. Bon orateur. Apprendre la législation sous un bon maître. Bon général. Bon politique. || 4° Heureux, favorable. Bonne nouvelle. Bon résultat. Avoir une bonne issue. La bonne fortune. Bon augure. C'est bon signe que.... Notre bonne étoile. La bonne aventure. La récolte a été bonne. Ne crains pas de succès qui souille ta mémoire ; Le bon et le mauvais sont égaux pour ta gloire, corn. Cinna, i, 3. Madame, toutefois parmi leurs bons succès, Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès, id. Cid, i, 4. Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins, id. Horace, v, 2. Et quand même l'issue en pourrait être bonne, id. Ilêracl. n, 7. Ne nous brouillons point avec nos bons destins, id. Sertor. iv, 2. Voyez qu'un bon génie à propos nous l'envoie, id. Hor. I, 4 . || Familièrement. Cela ne dit rien de bon, cela n'est pas de bon augure. Ce portrait ne nous dit rien de bon , mol. Sgan. 6. || Prendre les choses en bonne part, les prendre dans un sens favorable. || Avoir bonne opinion de quelqu'un, en parler favorablement. Ne pensez-vous pas que la bonne opinion de soi-même et la complaisance qu'on a pour ses ouvrages est un des péchés les plus dangereux? pascal, Prov. 9. || Bonne année, année favorable. Souhaiter la bonne année, faire, au 1" janvier, un compliment par lequel on souhaite que l'année qui commence soit heureuse. || Bonne année, année où les récoltes, les biens de la terre sont abondants. || Bon an, mal an, en compensant les années improductives par les années productives. Il tire de son exploitation, bon an, mal an, dix mille francs. || 5° Il se dit des dispositions, des manières, de l'air. Il est en bonne I humeur. Vous avez bon visage ce matin. Si je I

BON

l'entretins hier et lui fis bon visage, corneille, Hor 1, 3. || Ironiquement. Oh! la bonne figure! Parbleu! le voilà bon avec son habit d'empereur romain! mol. D. Juan, m, 6. ||6° Avantageux, utile, convenable, salutaire. Bonne résolution. U avait pris le bon parti. Donner un bon conseil. Offrir une rade assez bonne. Bon pour la santé. Bon air, air sain. Bon remède. Eaux très-bonnes pour l'estomac. Le quinquina est bon contre la fièvre. Il n'est jamais bon de faire le mal. Il est bon de repasser dans son esprit.... Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose, corn. Poly. 1, 3. Il est bon cependantde la faire saisir, id. lléracl.iv, 2. || Trouver bon, approuver. Trouvez bon qu'avec vous mon cœur «'ose expliquer, corn. Pomp. iv, 2. Pour le mieux admirer, trouvez bon, je vous prie, Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie, id. Rodog. i, 4 . Trouvez bon que je vous assure que.... sév. 4. || Comme bon vous semble, c'est-à-dire à votre volonté. Pour entrer dedans quand bon vous semblerait, pascal, Prov. 9. Usez-en comme bon vous semble, corn. Agés, iv, 6. || Bon plaisir, consentement, agrément. Je ne le ferai que si c'est votre bon plaisir. || Dans un sens défavorable, bon plaisir, volonté absolue, capricieuse; se dit aussi des gouvernements absolus : le régime du bon plaisir. || X quoi bon, pourquoi. Éclatez, mes douleurs; à quoi bon vous contraindre? corn. Hor. îv, 4. || Molière a dit à quoi bon de. Ah! j'enrage! X quoi bonde te cacher de moi ? mol. Fdch. m, 4. X quoi bon de dissimuler? id. Sicil. 7. || 7° Propre à. Manteau bon pour toutes les saisons. Terrain bon pour la vigne. Eau bonne à boire. Bon à manger. Moisson bonne à couper. Homme qui est bon à tout. Homme qui n'est bon à rien. Une telle maxime n'est bonne qu'à détruire l'amitié. Toute vérité n'est pas bonne à dire. En vain nous appelons mille gens à notre aide, Plus ils sont, plus il coûte, et je ne les tiens bons Qu'à manger leur part des moutons, la font. Fabl. xi, 4. Ah! maudit animal [chien] qui n'es bon qu'à noyer! Que n'avertissais-tu dès l'abord du carnage? id. th. h, 3. Quel chagrin pour moi de ne vous être bonne à rien! sêv. 44 5. Je la trouve bonne contre la tristesse, id. 226. Et toute médecine à tout mal n'est pas bonne, Régnier, Sat. i. [La richesse] Quand elle vient sans les grandeurs, Est bonne à quelque chose, béranger, Éloge de la richesse. La vertu même.... c'est une bizarrerie d'humeur.... un parti bon à quelque chose, quand on n'est plus soi-même bon à rien, mass. Profession religieuse, sermon*. || Familièrement. Refuser ce qu'on donne est bon à faire aux fous, mol. Vép. am. i, 2. || C'est bon à vous d'agir et de parler ainsi, il vous convient particulièrement de, etc. || 8° Solide; qui a du crédit, de la fortune; qui est garanti. Une bonne caution. Il a de bons revenus. Dix bonnes mille livres de rente. Une bonne maison de commerce. Faire une bonne maison, amasser du bien. || Faire une dette bonne, s'en porter caution. Faire bonne garantie. Être bon pour pouvoir payer. Je prends sur moi sa dette et je vous la fais bonne, corn. D. San. i, 3. Vous savez que je suis bon pour cette somme, hamilt. Gramm. 4 4. Il [le capitaine garde-côte] se contenterait des gages de la charge pour tout intérêt de la somme, et sans être [sans que nous soyons] tenus de les lui faire bons, au cas qu'ils ne fussent pas payés, st-sim. 301, 224. || Substantivement. Vous pouvez compter sur 50 pistoles, je vous en fais bon , lesage, Diable boiteux, n, 404. || Fig. Je vous fais bon seulement de mon cœur, et vous réponds d'une sincérité pareille à la vôtre, balz. Liv. v, Lett. 20. Cela donnait mauvaise opinion de son esprit, et son esprit faisait bon sur tout ce que l'on en croyait, hamilt. Gramm. 9. || Bon argent, de la monnaie qui est bonne, qui a cours; et figurément : Quoi ! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire! mol. Don Juan, v, 2. || Jouer bon jeu, bon argent, se dit quand, le jeu étant bon, il faut que l'argent le soit aussi et que l'on paye si l'on perd. || Fig. X bonnes enseignes, à juste titre, avec toute garantie. Je ne le ferai qu'à bonnes enseignes. [] 9° Grand, considérable. Une bonne provision de livres. Une bonne partie de l'entretien. Une bonne partie de ces contrées. Boire de bons coups. Il a reçu un bon coup. J'ai bonne envie de voir.... Je me trouvais avec un bon nombre de voyageurs de différentes nations, bern, de s. p. Voy. en Silésie. || Fig. Avoir bon courage, être plein de courage. || 10" Choisi, distingué, noble, élevé. Bonne famille. Homme^de bonne compagnie. Bons sentiments. Les bonnes études. La bonne société. Votre sang est trop bon; n'en craignez rien de lâche, corn. Hor. u, 6. Elle a le cœur trop bon pour

BON

se voir avec joie Le rebut d'un tyran dont elle fut la proie, id. Cinna, n, 2, Sache/, que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, mol. F Av. v, 6. Il n'était fils de bonne mère Qui, les payant à qui mieux mieux [les vers], Pour ses ancêtres n'en fit faire, la font. Fab. I, 14.

appartement qu'il y avait, où il se retirait les bonnes fêtes.... st-sim. 368, 226. Que d'une serge bonnets elle ait son vêtement, Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement, mol. Êc. des maris, l, 2. || Un bon bourgeois, un bourgeois honorable, et aussi un simple bourgeois. Son père, un bon bourgeois, lui sans autre mérite, la font. Fables, i, 14. ;| Bonne ville, nom que l'on donnait, dans l'ancienne monarchie, à un certain nombre de villes importantes. Une députatior. au roi pour le supplier de reveni- en sa bonne ville de Paris, retz, iv, 23). || 11* Honnête, vertueux, juste, droit, raisonnable, sensé. De bons jeunes gens. Bonnes mœurs. La bonne cause. Tous les moyens de vaincre étaient bons pour lui. Le bon droit. La bonne foi. Ces raisons , bonnes ou mauvaises. Bon sens. De bonnes inclinations. Une iiOUM doctrine. 11 croit récompenser une bonne action, hac. Esth. m, i. Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite ? corn. Uor. iv, 2. || 12* Plaisant, spirituel. Un bon mot. Bonne repartie. Bon conte. Bonne histoire. Bonne farce. [Qui] Glose sur les habits et sur la gentillesse, Se plaît à l'entretien, commente les bons mots, Régnier, Sat. v. Vous dites des bons mots et moi je fais de mauvais contes, volt. Lelt. Mme du Devant, 7 mars 1764. Dans un pays où faire rire c'est presque toujours avoir raison et où les combats littéraires les plus graves se décident le plus souvent à coups de bons mots, villers, Kant, p. 4 53.j| 13° Qui a de la bonté. Un bon roi. Auprès d'un homme aussi bon. Femme bonne et enjouée. Bonne mère. Bon père. Bon pour ses parents. Être bon pour quelqu'un. Tu es trop bon pour lui. Vous êtes bien bon, formule de remerclment. Il est trop bon d'avoir cette opinion de moi. Bonnes dispositions envers quelqu'un. Perdre les bonnes grâces de quelqu'un Vous êtes si bonne Que vous me conservez la vie et la couronne, corn. Pomp. iv, 2. Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel, la font. Fab. i, 22. Vous dites que tous les hommes ne peuvent pas être grands, mais que tous peuvent être lions, volt. Letl. Marmontel, I" nov. t769. On a surpris sa bonne foi; on lui a volé quinze mille francs; dans le fond, il est trop bon, lesage, Turc, m, 9. Son mari est bon homme, sév.507. Qui est janséniste et pourtant fort bon homme, pasc. J'rou.i. Dont il aurait eu horreur, car il est bon homme, id. Prov. 8. Mon fils nous amuse et nous est très-bon, sév. 236. L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit, J. J. Rousseau, Ém. 1. 1| Je suis bon, je suis bien bon de l'écouter, c'està-dire je pousse la bonté, la complaisance trop loin en l'écoutant. Ah! vraiment je suis bonne De leur ouvrir ma porte ; Ils pensent que je suis Fort en peine de ma personne, la font. Fab. vu. 6. || Être de bonne composition, être d'une humeur, d'un caractère facile, et aussi n'avoir pas la fermeté ou la probité nécessaire. || Le bon Dieu, Dieu considéré comme l'être bon par excellence. Un bon Dieu, une image du Christ, ou un crucifix. Combien.... De milliers d'autres petits prêtres Qui portent de petits bons Dieux! bérang. Infiniment petits. || Ironiquement et familièrement. 11 est bon là, avec les propositions qu'il nous fait, il a tort de nous faire de telles propositions. Je vous trouve bon de parler ainsi. || Bon cela! formule d'approbation. || 14° Simpie, crédule. Bon homme, homme simple. Vous êtes trop bons de croire ce que dit chacun. Nos petits enfants nous traiteront de bonnes gens, comme nous traitons nos pères d'imbéciles, volt. Dial. 2). Voilà mille et mille bonnes gens qui n'en voient pas l'importance, boss. Âvert. La bonne dupe que M. Turcaret! lesage, Turc, iv, 9. || 15° Souvent il sert uniquement à donner de l'énergie à l'expression par une idée d'augmentation. Il en a augmenté le nombre d'une bonne moitié. J'ai fait quatre bonnes lieues. J'ai

attendu un bon quart d'heure Fallut deviner et

prédire, Mettre à part force bon ducats, la font. Fab. vil, 16. Hé, la bonne effrontée! mol. Sgan.6. Oses-tu bien paraître devant mes yeux après tes bons déportements? id. Scapin, i, *. Je saisis cette occasion de lui en parler [à la duchesse d'Orléans] une bonne fois pour toutes, st-sim. 273, t95. || Bon poids, bonne mesure, poids, mesure qui sont plu-

BON

têt au deià qu'en deçà du poids, de la mesure exacte. || 16° Il s'emploie comme terme affectueux. Une bonne vieille. Ma bonne petite. Je ne vous ferai pas plus de compliment que le bon père [jésuite] m'en fit la dernière fois que je le vis, pasc. Prov. ». || Et substantivement, mon bon, ma bonne, terme de caresse et d'amitié. De s'entendre appeler petit cœur ou mon bon, uoil. Sat. x. |j Ma bonne a aussi quelquefois un sens de dédain ou de supérioritë Payons de hardiesse.... je ne vous connais

pas, ma bonne, lesage, Turcaret, v, 9 Je n'y

veux point aller, De peur qu'elle ne vint encor me quereller; Que cette bonne femme.... — Ah I certes, c'est dommage Qu'elle ne vous ouït tenir un tel langage; Elle vous dirait bien qu'elle vous trouve bon, Et qu'elle n'est point d'âge à lui donner ce nom, mol. Tart. i, 2. || 17° Terme de commerce. Bon à payer. Bon pour mille francs. | Par analogie, billet bon pour une personne, pour deux personnes, billet d'entrée dans un théâtre pour une, pour deux personnes. || 18° Terme d'imprimerie. Bon à tirer, mot qu'on écrit sur la dernière épreuve pour indiquer qu'une feuille peut être tirée; et, substantivement, un bon à tirer, des bons à tirer. || Bonne feuiile, feuille d'un ouvrage tirée sur le papier définitif. || 19° Bonne au féminin employé dans diverses locutions. La bailler, la donner bonne, tromper quelqu'un, lui faire pièce. Vous me la donnez bonne, la font. Magn. || La garder bonne, garder rancune. M. du Maine n'osa répondre une parole [à M. d'Elbœuf]; sans doute qu'il la lui garda bonne, saint-simon, 30, 98. || En dire de bonnes, en écrire de bonnes, faire des reproches de vive voix ou par écrit» Mme du Châtelet va vous en écrire sur cela de bonnes, volt. Lett. vers, 5t. Votre Majesté lui en dirait de bonnes sur l'horreur d'avoir excité une guerre civile, id. Lellr. à Catlterine, 20. || Courte et bonne, se dit de la vie d'un homme qui l'use rapidement dans les plaisirs. || À la bonne, naïvement, sans façon. || 20° X la bonne heure, à propos. Ilest arrivé à la bonne heure. || Ala bonne heure est aussi une phrase d'acquiescement. Vous le voulez, à la bonne heure ; que cela se fasse. || 21° De bonne heure, tôt, par opposition à tard. || Proverbes. Â quelque chose malheur est bon, c'est-à-dire quelque avantage provient d'un accident fâcheux. Quand le malheur ne serait bon Qu'à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu'on le dit bon à quelque chose, la font. Fab. v, 7. || Après bon vin, bon cheval, c'est-à-dire quand on a un peu bu, on est plus hardi. || X tout bon compte revenir, c'est-àdire on doit toujours être reçu à recommencer un calcul pour s'assurer s'il est exact. || Xbon chat, bon rat, c'est-à-dire bien attaqué, bien défendu. || N'être bon ni à rôtir ni à bouillir, n'être propre à rien. || Il n'est pas bon à jeter aux chiens, c'est-à-dire on ne veut pas de lui, on le condamne, on le repousse. || Une bonne fuite vaut mieux qu'une mauvaise attente, c'est-à-dire il vaut encore mieux prendre la fuite, si le cas l'exige, que d'attendre par imprudence ou par opiniâtreté. || Couvrez-vous, la chaleur vous est bonne, se dit à quelqu'un qui fait trop de cérémonies. || Tout cela est bel et bon, mais l'argent vaut mieux, c'est-à-dire nous ne nous laisserons pas amuser à de belles promesses, à de vaines espérances. || Aux derniers les bons, ce qui reste de quelque chose après que les autres ont choisi est souvent le meilleur. || Il fait bon vivre, c'est-à-dire, on apprend toujours; les plus habiles, les plus expérimentés ont encore quelque chose a apprendre. || Il fait bon battre un glorieux, il ne s'en vante pas. || Ce qui est bon à prendre est bon à rendre, manière de s'excuser : si j'ai pris à tort, je restituerai. En renversant le proverbe : ce qui est bon à prendre est bon à garder, beaum. Barbier de Sév. iv, 1 ; c'est-à-dire on ne rend pas ce qui est une fois pris, reçu. || Bon jour, bonne œuvre, se dit d'une bonne action faite un jour solennel, et, ironiquement, il a volé le jour de Pâques, bon jour, bonne œuvre. Ladrôlesse un matin s'en vint, bon jour, bonne œuvre, Jusqu'à notre maison porter ce beau chef-d'œuvre, régnard, De'mocr. v, 3. || Aux bonnes fêtes, les bons coups, c'est-à-dire les malfaiteurs profitent des bonnes fêtes pour faire leurs coups. || X bon entendeur salut, c'est-à-dire comprenez et faites votre profit. || Les bons comptes font les bons amis, c'est-à-dire rien n'entretient mieux les bons rapports que de régler exactement les affaires d'intérêt. || X bon vin point d'enseigne, c'est-à-dire il n'est pas nécessaire de vanter ce qui est bon. [| Les bons maîtres font les bons valets, c'est-à-dire il faut qu'il y ait de la douceur et de l'amitié réciproques entre les maîtres et les valets.

BON

— REM. 1. Le comparatif de bon est meilleur et le superlatif est le meilleur; et plus bon ou le plut bore sont des barbarismes: il estmeilleurque moi; et non, il est plus bon que moi; le meilleur des hommes, et non le plus bon des hommes. « Cependant, dit M. Jullien, il suffit souvent de changer la construction de la phrase pour rendre correct ce compaparatif composé. Personne n'hésiterait à demander si un vin est plus ou moin3 bon qu'un autre. Cependant cette phrase se résout analytiquementen plus bon et moins bon. On dirait de même qu'une tisane est plus qu'une autre bonne contre telle maladie, bien qu'on ne pût pas dire qu'elle est plus bonne que cette autre. » || 2. Acheter, vendre bon marché est incorrect; il faut : acheter, vendre à bon marché. || 3. Il est arrivé à bonne heure est mauvais, et l'on doit dire : il est arrivé de bonne heure. X bonne heure, fort usité dans certaines provinces, n'a rien d'incorrect en soi (caria préposition à se dit avec heure), mais c'est une grave faute contre l'usage. || 4. Faut-il dire : de bonsmotsoa des bons mots? La règle est d'employer de sans article quand le substantif est précédé de son adjectif; par conséquent, de bons mots est la locution correcte; mais, considérant bon mot comme un terme unique dû a l'usage, on pourra employer des, de même que l'on dit : des jeunes gens.

— SYN. 1. un bon homme, uniiomme bon. Le sens change suivant la position de l'adjectif. Un bon homme , c'est un homme qui a de la bonhomie. Un homme bon, c'est un homme qui a de la bonté.

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