P. L. COUR. I
— REM. Des grammairiens ont voulu bannir la locution conjonctive à came que; elle doit être conservée, étant appuyée par de bons auteurs, et, dans certains cas, d'un emploi préférable à parce que.
— HIST. xiii' s. Car ceus qui me contralioient Et sans oaze mal me faisoient, Psaumes en vers, dans Liber psalm. p. 264. Se prière ou mandemens est fes [fait] à aucun , et cil qui le [la] prière ou le mandement fist, muert en tant comme le [la] coze est encore entière, li mandemens li est falis.-... beaum. xxix, 10. Car on doit croire qu'il li ensegnast l'ostel Guillaume parce qu'il le creoit à bon et por cause de bone foi, id. xxxvi, 6. Se les quases des barres [oppositions] sont especiaument devisées [exposées] , Liv. de just. 9t. || xiv s. Félicité est de Dieu principalement causée qui est généralement cause de toutes choses, oreshe, Eth. 21. Et semblablement de ce que aucuns sont injustes ou incontinens, ils en sont en cause, ib. ib. 33. Car trois manières de causes sont : c'est assavoir nature, nécessité, fortune, entendement et tout ce qui est cause de ce qui est fait par homme, comme est votenté et les sens naturels, id. ib. 66. Un homme est cause de ses enfans en voye de nature, et est cause de ses operacions en voye de meurs, id. ib. 72. 1 1 xv s. Et la cause pourquoi [ils] s'entreheoient, je le vous dirai, proiss. h, u, 52. Quand Girauldon se vit ainsi attrapé, si fut tout esbahi et à bonne cause, id. h, a, su. Et l'eust volontiers sauvé s'il l'eust pu, pour cause de pitié, id. i, i, 134. Car il se doubtoit, et non sans cause, juv. des urs. Ch. VI, 43*2. Son maistre l'avoit batu, pour cause que un enfant s'estoit plaint, Boude, i, 3.... dont il estoit prochain parent à cause de sa mère, comm. m, 4. Pour lesquelles causes le roy soy trouvant chargé.... n>. i, 4. Tant de mauli venir par luy et par sa cause, id. i, 4 5. Le pauvre désolé, voyant sa bonne femme trop plus qu'il ne voulsist troublée, bêlas I et à sa cause [par sa faute], ne savoit que dire, louis xi, ffouv. i. Nul ne doit estre tesmoing en sa cause, le roux de lincy, Proverbes, t. n, p. 357. Tel a bonne cause qui est condamné, id. ib. p. 4(9. || xvi* s. La cause efficiente de nostre salut est la miséricorde de notre Père.... la cause matérielle est Christ avec son obéissance.... de la cause qu'on appelle instrumentale , quelle dirons-nous qu'elle est, sinon la foy T... quant à la cause finale, l'apostre dit que c'a esté pour demonstrer la justice de Dieu et glorifier sa bonté, calv. Instit. 646. Ces nobles langues coustent beaucoup de temps et de peine à apprendre, à cause qu'elles sont mortes, amyot, Épit. Nous reputons les dieux pour estre autheurs de tous biens, et cause de nulz mauli, id. Péric. 74. A ceste cause ils vouloient.... id. Fabius, ». Ceste vie dissolue fut cause de luy augmenter sa maladie, id. Sylla, 73. La cognoissance des causes appartient seulement à celuy qui a la conduite des choses, non à nous qui n'en avons que la souffrance [la tolérance, l'usage], mont, iv, 17*. Pour cette cause [motif].... id.i, 25. Acette cause [parce que].... id. i, 30. Tuer un homme sans connaissance de cause, m. m, (95.
— ÊTYM. Picard keuse; provenç. espagn. et ital. causa; du latin causa. Voy. chose.
CAUSÉ, ÉE (kô-zé, zée), part, passé. || 1* Produit par une cause. Toutes choses étant causées ou causantes, pasc. dans cousin. || 2°Occasionné. Un incendie causé par un accident. || 8° Motivé. M. de Bouillon voulait une absence, et une absence causée et chargée d'affaires, pour revenir après sur un meilleur pied,sT-siM. 46, te. M.d'Harcourtn'eutgardedes'opposer à un désir si ardent et si causé, id. 88, 4 40. Rare en ce sens. || 4° En termes de jurisprudence, qui a pour cause. Billet causé en marchandises.
4. CAUSKR (kô-zé), v. a. Être cause, occasionner. Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage, Ëgratigné quelqu'un, causé quelque dommage, la
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font. Fabl. m, 48. Quel que soit le plaisir que cause la vengeance, C'est l'acheter trop cher.... m. ib. iv, 43. Je m'en tais, et ne veux leur causer nu! ennui , id. ib. lv, 8. Cela causa leur malheur, id. ib. iv, 6. Le trop superbe équipage Peut souvent en un passage Causer du retardement, id. »6. iv, 6. Vous savez ses malheurs, vous les avez causés, rac. Iphig. m, 4. Je veux l'attendre ici; les chagrins qu'il me cause M'occuperont assez tout le temps qu'il repose, id. Brit. i, (.Si Dieu n'a rien en luimême par où il puisse causer en nous les volontés libres, boss. Libr. arb. 3.
— hist. xiv* s. ...en la manière que aucuns le disoient et se causoient [se fondaient sur] de ce que la fin est melleur que n'est la generacion de la fin, oresme , Eth. 220. || xv* s. Nostre roy est le seigneur du monde qui le moins a causé [été cause] de user de ce mot de dire : J'ai privilège de lever sur mes subgectz ce que il me plaist, comm. v, 48. || xvi* s. Elle monstre que toutes ces choses sont causées [fondées] en Jésus Christ, comme en estant le fondement, calv. Instit. 4066. Au moyen de quoi, lui fut facile de causer [motiver] son voyage là dessus, b. desper. Contes, v. Il mourut d'une apoplexie que ce coup luy causa, mont, i, 74. Cela m'a causé me restraindre de trop grande libéralité, b. depalissy, 44. Donnant à entendre que.... : langaige causé [développé comme cause et motif] et contenu en ladicte ordonnance, carloix, vin, 3.
— ÊTYM. Cause; espagn. cauxar; ital. causare.
2. CAUSER (kô-zé), t>. n. ||1* S'entretenir familièrement. Ils causent ensemble. De quoi causent-ils ? Nous causerons de cette affaire. Je veux me vanter d'être toute l'après-midi dans cette prairie, causant avec nos vaches et nos moutons, sfiv. Lett. 384. Voilà la chose du monde la plus heureuse pour lui; vous savez tout cela, mais on cause [c'est-à-dire je vous écris cela pour causer avec vous], id. 592. Pour mon fils, M. le maréchal n'a pas voulu le laisser venir; il est le seul avec qui il cause de toute chose , id. ib. Le duc d'Orléans régent daigna un jour causer avec moi au bal de l'Opéra; il me fit un grand éloge de Rabelais, volt. Lett. Mme du Deffant, 43 oct.1769. || Familièrement. Causer de choses et d'autres, s'entretenir sans propos déterminé. || Fig.Causer de la pluie et du beau temps, parler de riens, de choses de peu d'importance. || Elliptiquement. Causer littérature, voyages, etc. causer de littérature, de voyages. |j Familièrement. Ah çàl causons un peu, expliquons-nous, entendons- nous. || Passivement et impersonnellement, dans le parler familier, c'est assez causé, ou, simplement, assez causé, ne parlons plus, agissons, et aussi, taisez-vous, brisons-là. || 2° Familièrement, tenir des propos, parler avec légèreté et indiscrétion, ou avec malignité. Le monde, chère Agnès, est une étrange chose 1 Voyez la médisance, et comme chacun causel mol. Éc. des fem. u, 6. Je ne m'étonne point si parfois on en cause, id. Prol. d'Âmph. Voilà ce que c'est que d'avoir causé; vous n'en tâterez plus, et je vous laisse sur la bonne bouche, id. G. Dandin, H, 7. || 8° F. n. Terme de fauconnerie. Se dit du cri des perroquets et des pies.
— REM. Peut-on dire : il m'a longtemps causé de ses affaires; allez lui causer de cette nouvelle? C'est une façon de parler qui est très en usage. Mais observez qu'on ne pourrait pas dire, en mettant un substantif au lieu du pronom : j'ai causé de l'affaire à mon avocat; il faut avec mon avocat. Cela rend très-suspect l'emploi du pronom, et il sera mieux de dire : il a longtemps causé avec moi de ses affaires ; allez causer avec lui de cette nouvelle. On ne cause pas à quelqu'un; on cause avec quelqu'un. Pourtant cette manière de parler se trouve dansJ. J.Rousseau, qui n'est pas toujours très-pur, et sans doute dans d'autres. La première fois que je la vis elle était à la veille de son mariage; elle me causa longtemps avec cette familiarité charmante qui lui est naturelle, j. j. rouss. Confest. vu.
— hist. xiii' s. Par poi Hersent n'enrage d'ire Por Ysengrin, qui si la chose [gronde], Ren. 725. Moult de sa gent parler n'en osent, Mais par derrière moult l'en cliosent [blâment] , Fabliaux, barbaz. i, 4 60. || xv* s. Je vous ait dit et causé [expliqué] toutes les avenues de Jean Bar, de Jean Pict.... proiss. il, n, 23». Envie qui accuse et cause [blâme] Maintes personnes tout à tort, ilyst. Resurr. de N. S. L'homme songeart il [le vin] fait causer et rire, basselin, xxxvii. Si voulez que je cause et prêche, Et parle latin proprement, Tenez ma bouche toujours freche , De bon vin l'arrosant souvent , id. lviii. || xvr s. Ce fut un commandement nu et simple, où l'homme n'eut rien à connoistre et à causer [demander raison], mont, u, 208.
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— ETYM. Provenç. chausar, causciar, reprocher, disputer; espagn. causar, faire un procès ; du latin causari, faire un procès, d'où disputer, reprocher, et simplement, causer. Diez et d'autres étymolog/ font intervenir l'ancien haut allemand chôsôn , allemand moderne kosen; mais le latin suffit à la forme et au sens du mot roman.
CAOSEIUK (kô-ze-rie), s. f. Familièrement, action de causer; propos indiscret. Ces causeries finiront par nous compromettre. Nos filles nous font une grande causerie [sujet d'entretien] , sév. 2JS. Mai; est-ce que je finirai cette causerie sans vous dire u mot de la grande entreprise? dider. Lett. à Volt.
— HIST. xvi* s. Le duc de Nemours dit, U y a quelques jours, à un des Seize qui parloit du toi do Navarre : Il n'y a plus que les sots qui ne voient bien comment il faut oster cette queue, et cela en sortant d'un conseil où on avoit estimé les conditions du fils aisné de Lorraine; Vitri, en sortant du mesme conseil, en jurant et despitant la causerie : Il vaut bien mieui, dit-il. servir le brave huguenot, d'aub. Hist. m, 293.
— ÉTYM. Causer 2.
t CAUSETTE (kô-zè-f) , s. f. Petite causerie. Elie a plus fait pour moi dans une causette d'un quart d'heure que je n'aurais su faire d'une année, G. sand. La petite fadette. J'aime le feu, les cricris, une salade de homards, une bouteille de Champagne et la causette, a. pichot, Trad. de Don Juan, i, 434. || Mot familier, mais très-reçu.
— étym. Causer 2.
CAUSEUR, EUSE (kô-zeur, zeû-z'), adj. ||f Qui aime à causer. Quel homme causeur I II est d'humeur causeuse. Il 2" S. m. et/'. Celui, celle qui aime à causer, qui sait causer. C'est un aimable causeur. Pour éviter la rencontre de ces grands causeurs, je m'enfuirais jusqu'au bout du monde, balz. liv. m, lett. 3. Les muses sont de grandes prometteuses ; Et comme vos soeurs les causeuses, Vous ne manquerez pas, sans doute, par le bec, mol. Remerciment su roi, (663. Gardez-vous-en bien, dit la causeuse [la corneille] à l'ourse, fén. xix, 43. Si Béranger n'étaii pas l'écrivain le plus populaire de l'époque, ce sérail certainement l'un des plus ingénieux, des plus instruits, des plus attachants causeurs que l'on puisse rencontrer dans cette société qui l'a beaucoup recherché et qu'il a beaucoup fuie, carrel, ÛEiii/tï, t. v, p. 376. || Celui, celle qui parle avec légèreté, indiscrétion. Ne lui confiez rien, c'est un causeur. Vous êtes donc un causeur, et vous allez redire ce qu'on vous dit en secret, mol. George Dand. n, 7. || Celui, celle qui dit, par raillerie, des choses auxquelles il ne faut pas trop se fier. Hél mon Dieu! c'est une causeuse qui ne dit pas ce qu'elle pense; ne vous y fiez pas beaucoup, si vous m'en voulez croire, mol. Critique, se. 3. || Aucollége, un causeur, un écolier qui, au lieu d'écouter, parle perpétuellement à voix basse avec ses voisins.
— HIST. xvi* s. Il disoit que l'ancien Socrate n'estoit qu'un causeur et un séditieux, qui taschoit par tel moyen qui luy estoit possible à usurper tyranie, amyot, Caton, 48. U y en a un qui s'appelle Ropoperperethra, comme qui diroit grand causeur qui parle de toutes choses à la volée, id. Démosth. 4 4. Cor Dieu, nous avons trouvé ung causeur; monsieur le jaseur, Dieu vous guard de mal, tant vous ave/ la bouche fraische , rab. Garg. i, 4 2.
— REM. Montaigne, iv, 478, a employé causer <■ dans le sens de celui qui s'occupe des causes : Us lai 5sent là les choses, et s'amusent à traicter les causes ; plaisants causeurs!
— êtym. Causer 2.
CAUSEUSE (kô-zeu-z'), s. f. Petit canapé où peuvent s'asseoir deux personnes.
— êtym. Causeur.
f CAUSSETIÊRE (kô-se-tiê-r1), s. f. Terme d'architecture. Sorte de dégagement. Les communications qui existent entre la scène [d'un théâtre] et le3 étages inférieurs soit par la rampe soit par lescaussetières, Comptes rendus, Acad. des se. t lu, p. 30.
t CAUSSINÉ, ÉE (kô-si-né, née) , adj. Terme de métier. Se dit du bois qui, travaillé, se déjette.
CAUSTICITÉ (kô-sti-si-té) , s. f. || 1° Terme de médecine. Impression que font sur l'organe du goût les corps nommés caustiques. || Propriétés chimiques de certains corps qui, en se combinant avec la substance des parties vivantes sur lesquelles ou les applique, en détruisent la texture. || 2» Fig. Qualité caustique dans la parole, dans un écrit. Rienn'ùchappe à sa causticité. Un esprit, un ouvrage plein de causticité.
— ÊTYM. Caustique.