‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 301 sur 403 · CHIEN · texte numérisé non relu

CHIEN

CHENILLE (che-ni-lT, Il mouillées, et non cheni-ye), s. f. || 1" Larve des lépidoptères ou papillons || Fig. Une chenille, une méchante chenille, un misérable qui se plaît à mal faire. || Être laid comme une chenille, être d'une extrême laideur. Cessez donc, vieille chenille, Au travers de votre grille. D'épouvanter les passants , Chansons joyeuses. || 2" Sorte de passementerie veloutée en soie. X trèsbon marché je m'habille, Et, moyennant quelque aune de chenille, Je fais d'un vieux droguet, que je tourne à l'envers, Du velours ciselé pour porter les hivers, Pompon à Babiole, dans richelet. || Anciennement, étoffe pareille à cette sorte de passementerie. Des robes de chenilles veloutées, sév. 3(4. Vendre aux dames des rubans, de la chenille, j. j. rouss. Ém. m. || 3° Autrefois , un habillement négligé que les hommes portaient avant de faire leur toilette. Lorsqu'il me rendit visite, j'étais encor» en chenille. || 4° Dans le costumemili taire, chenille de casque , crinière non flottante et à poil court.

— HIST. xiV s. Se les chenilles menguent te» choulx, quant il plouvera, semé de la cendre par dessus les choulx, et les chenilles mourront, Ménagier, n, 2. Aussi doit l'en donner aux petis oiseaulx chenilles.... ib. n , *. || rvr" s. Les bestea venimeuses sont cantharides, buprestes, chenilles de pin, sangsues, et infinité d'autres, paré, xxiii, 9.

— ÊTYM. Picard, queneille; Berry, cenille; provenç. canilha, dans guessard, Gramm. provenç. 2« éd. p. 63; de canicula, petite chienne, par comparaison avec un chien, comme en Normandie la chenille est dite, par comparaison avec un chat, chatte pelouse, c'eit-à-dir« chatte poilue.

y CHENILLÈRE (che-ni-llè-r', U mouillées), s. f. Nid de chenilles; lieu infesté de chenilles. || Fig. En ce peu de mots il y a une chenillère d'ignorances et d'impertinences , oarasse , Recherche des recherches, p. 618, dans lacurne.

— ÊTYM. Chenille.

CHEN1LLETTE (che-ni-llè-f, Il mouillées, et non che-ni-yè-t') , s. f. Terme de botanique. Plante légumineuse, ainsi nommée parce qu'elle produit une gousse roulée sur elle-même; c'est le nom vulgaire de la scorpiure.

— ÊTYM. Diminutif de chenille.

tCHÉNISQUE(kè-ni-sk'), s. m. || 1* Terme d'antiquité grecque. Bec de navire en forme de col d'oie. || 2° Terme de zoologie. Nom d'un oiseau du genre bernache.

— ÊTYM. Xyivhtxoi;, diminutif de x*)v. oie.

fCHËNON (chê-non), s. m. Terme de construction. Vitrage dont toutes les pièces parassent liées comme les anneaux d'une chaîne.

— ÊTYM. Chaine

CIIE

t CHÉNOPODE (ké-no-po-d') , s. m. Terme de botanique. Genre de plantes qu'on appelle vulgairement anserines ou pattes d'oie (ehenopodium anthelminticum , L.; ehenopodium bonus-Henricus, L.; ehenopodium bolrys, L. etc.).

— ÊTYM. Xr,v. oie, et Trou;, itoSè;, pied.

t CHÉSOl'ODÉE (ké-no-po-dée) , s. f. Terme de botanique. Leschénopodées, famille de plantes dont le chénopode est le type.

— ÉTYM. Chénopode.

t CHKNOPODJACÉE (ke-no-po-di-a-sée), ou CH12- NOPODIËE(ké-no-po-di-ée), s. f. Terme de botanique. Synonyme de chénopodée.

— ÊTYM. Voy. CHÉNOPODE.

CIIEMJ, CE (che-nu, nue), ad!;'. || 1° Tout blanc de vieillesse. Une têtu chenue. Hommes, enfants, les personnes chenues Lamentent pêle-mêle aux places et aux rues, garn. M. Ant. iv. Pour moi, je cède au temps, et ma têts chenue M'apprend qu'il faut quitter les hommes et le jour, mainard, dansRiCHElet. Ce vieillard chenu qui s'avance, Le temps dont je subis les lois, volt. Ép. xlv. La vieillesse.... Sous mes faux cheveux blonds déjà toute chenue, boil. Épit. x. Vos ans chenus, oarn. les Juives, m. || 2° Fig. Couvert de neige. Quoique les Alpes chenues Les couvrent de toutes parts, malh. 11, 2. Montagnes.... Dessus vos têtes chenues, Je cueille au-dessus des nues Toutes les fleurs d,u printemps, fên. xxi, 289. [Superbes monts] Vous qui sur vos cimes chenues Voyez, dans le vague des airs , Les tonnerres et les éclairs, godeau, Poésies, ps. (48, dans richelet. H 3" Par analogie. Il ne va point fouiller aux terres inconnues, X la merci des vents et des ondes chenues, racan, Pastorales. Qui compterait plutôt les arènes menues Que baigne l'Océan de ses vagues chenues , godeau , Poés. Égl. v. Il 4° Arbre chenu, arbre dont la cime est dépouillée. Il 5° Fig. Hors d'usage. Les mêmes choses avaient besoin d'être récrites dans le français nouveau qui devenait bien vite vieux et chenu, villemain, Préf. du Dict. de VAcad. (836. ||6° Dans le langage populaire, chenu se dit pour excellent, fort, riche, à cause que ce qui est vieux s'est amélioré. Voilà du vin qui est chenu. Cet emploi est ancien dans Paris, Leroux en parle dans son Dict. comique. Il Substantivement. C'est du chenu.

— hist. xi' s. Et Blancandrins i vintau canu peil, Ch. de Roi. xxxvn. De Charlemagne qui est canuz et vielz, ib. xl. Fiers est li reis à la barbe canue, ib. cclxvii. H xii* s. Toz fuli poilz chenus, Ronc. p. H. De Charlemaine qui fu chenus et blans, ib. p. 26. Salomon [il] en apele et Buevon le chenu, Sax. xxvm. Assez i ad trovée joeuenes etchanuz, Th. le mari. 38. ||xiir»s. Grant duel [deuil] font pour Bertain li joene et li chenu, Berte, ci. Mes foi que doi Deu et saint Jorge. J'ai tote chenue la gorge, Ren. (6008. Et Tybert [le chat].... Si ot toz les grenons chanuz, Et les denz trenchanz et aguz, Et les ongles grans por grater, ib. 1965. Toute sa teste estoit chenue, Et blanche cum s'el fust florie, la Rose, 346. Dans Pierres li ermites à la barbe canue , Ch. d'Ant. vin, ((34. Et amenoient avec eulx un homme de grant vieillesce tout chanu, joinv. 242. Et si n'estoit mie pelée La penne qui (Termine fu; D'un sebelin noir et chenu Fu li manteax au col coulez, Fabliaux mss. p. 238, dans lacurne. || xv* s. Comme ung chat, suis vieil et chenu, ch. d'orl. Rond. Il xvi' s. Je rendz grâces à Dieu de ce qu'il m'a donné pouvoir veoir mon anticquité chanue reflourir en ta jeunesse, hab. Pant. 11, 8. Non autrement qu'on voit parmy les nues Les haults sourcils des grands Alpes chenues, du bell. m, 6, recto. La foy chenue, alors non violable, Tiendra le lieu des punissantes loix, m. m, 6, verso. Mesme en ces tant jeunes ans, Ceste vertu tant chenue, id. m, (6, verso. Ces choses n'ont d'appuy qu'en la barbe chenue et rides de l'usage, mont. 1, ((8. [Léandre] dedans l'escume chesnue S'enivra du flot amer, yver, p. 677. Depuis qu'il fu devenu vieil et chenu, amyot, Caton, (0.

— ÊTYM. Provenç. canut; ital. canuto; du latin canutus, dérivé de cdnus, pour casnus; sanscrit, kas, briller : ce qui est blanc est brillant (voy. candeur).

CHEPTEL (che-tèl), s. m. || 1" Convention ou bail d'un maître avec son fermier, lorsqu'il lui donne un certain nombre de bestiaux pour les nourrir et les soigner, avec partage du profit. || Cheptel à moitié, cheptel où chacune des deux parties fournit le bétail par moitié. || Cheptel de fer, cheptel dans lequel le preneur doit, à l'expiration, rendre une valeur égale. H Fig. Un roi ainsi élevé [aux écoles publiques] jamais ne penserait nous tenir à cheptel de Dieu ni d'aucune puissance, p. l. cour, i, 306. |l 2° Par extension, les bestiaux mêmes formant le

CHE

fonds du cheptel. Le preneur doit ses soins à la conservation du cheptel.

— HIST. xi* s. Dune il rendra le chatel, Lois de Guill. 4. Il xiu's.Car nus n'i saura jà tant mètre, Qu'il n'i perde tout le chaté, la Rose, (0833. Car quant cil a mis en l'estable Son destrier , il le puet revendre , Et chetel ou gaain reprendre, ib. (0822. Se vous aviez le chaté Oultre [plus que] sa valeur achaté, ib. 8245. Les unes des demandes sont sor muebles et sor catix, et les autres sor héritages, beaum. vi, (8. Se li remanans de son héritage n'est pas si grans qu'il sourisse à la soustenance de ses enfans, et li mueble et le catel sont grant.... id. xii, (7. J'ai vescu de l'autrui chatei Que hom m'a creû et prestei, buteb. i. Chatiex est ce que aucuns espargne ou qu'il désert par son servise que l'en li done. Digeste, f° (76. Il XV s. X tel charge avoir, y convient employer si chier chatel, comme la vie, le sang, les membres et l'avoir, christ, de pisan, Charles V, 11, ch. 4.

— ÊTYM. Norm. chatel, biens mobiliers; picard, chastel , objet quelconque en la possession d'une personne; génev. chédal, le bétail; prov. captai, capdal; du latin capitale, capital, l'avoir (voy. capital et acheter à I'êtym.).

f CHEPTELIER (chè-te-lié), *. m. Preneur d'un bail à cheptel.

— ÉTYM. Cheptel.

t CHÉPC (ché-pu) , s. m. Billot sur lequel le tonnelier bûche le bois.

— ÊTYM. Voy. CHAPUI.

t CHÈQUE (chè-k'), *. m. Terme de banque. Bon à vue détaché d'un livre à souche et donné, sur le banquier qui a reçu provision préalable, par le débiteur ou payeur au créancier ou à la personne qui doit recevoir. Les chèques sont devenus, en Angleterre, une monnaie courante, une véritable monnaie fiduciaire. Le chèque est essentiellement à vue et au porteur. Le chèque barré est un chèque traversé par deux barres entre lesquelles on met le nom du banquier de la personne à qui le chèque est remis, ou tout au moins le signe Et Cie, ce qui oblige le porteur à faire encaisser le montant du chèque par son banquier dans le premier cas , et par un banquier quelconque dans le second, c'est-à-dire par une personne connue et qui ne l'aura elle-même reçu que d'une personne connue, Jules lechevalier st-andré, Question monétaire.

— ÊTYM. Angl. check, du verbe «0 check, signifiant, en comptabilité, contrôler, vérifier.

CITCR, CHÈRE (cher, chê-r'), adj. || 1° Auquelon est attaché par une vive affection. Un homme cher à sa famille. Vous parlerai-je de ses pertes et de la mort de ses chers enfants? boss. Marie-Thér. Hermione, seigneur, peut m'être toujours chère, bac. Andr. 1, 2. Ah! si je vous suis cher, ma princesse, vivez, id. Iphig. m, 6. Je pouvais de ma mort accuser.... Tout l'univers plutôt qu'une si chère main, id. Bérénice, iv, 6. Car de son cher tyran l'injustice fut telle.... corn. Serlor. 1, 2. Une main qui nous fut bien chère Venge ainsi le refus d'un coup trop inhumain, id. Rodog. v, 4. Je te fis après lui mon plus cher confident, id. Ct'n»o,v, (.Contre ma douleur j'aurais senti des charmes, Quand une main si chère eût essuyé mes larmes, id. Cid, 111, 4. [| Il s'emploie comme expression affectueuse. Mon cher ami. Mon cher oncle. Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte, bac Athal. 1, (. il Elliptiquement et familièrement. Mon cher, ma chère. Le renard dit au loup : Notre cher, pou> tous mets J'ai souvent un vieux coq ou de maigres poulets, la font. Fabl. xii,9. || Aujourd'hui, dans le langage très-familier, on supprime même l'adjectif possessif. Bonjour, chers. Çà va bien, très-chers? Venez-vous, chers bons? || 2° Par extension, à quoi on tient. Son estime m'est chère. Sa mémoire vous est chère. Et [ô Dieu I] n'ayant rien si cher que ton obéissance, Où tu le fais régner, il te fera servir, malh. 11, (. Un bien que j'ai si cher, id. v, 4. [Que l'amoureux] N'aime rien que ce joug et toujours s'étudie X tenir en humeur sa chère maladie, théoph. Sat. 1. Même de vos rivaux la gloire vous est chère, corn. Nicom. m, 8. Ainsi puisse-t-il toujours vous être un cher entretien; ainsi puissiezvous profiter de ses vertus, boss. Louis de Bourbon. Hélas! loin de vouloir éviter sa colère , La plus soudaine mort me la rendra plus chère, bac. Brit. v,7. Et que, finissant là sa haine et nos misères, Il ne séparât point des dépouilles si chères, id. Andr. ru, 6. Chers pleurs, id. Bérén. iv, 5. Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène, id. Uilhr. îv, 2. Ma gloire vsus serait moins chère que ma vie, id. Iph. v, 3. Mais l'offrande à mes yeux en doit être plus chère, id. Phèd. 11, 2. Pour moi, je tiens plus chère

CFIE

et plus digne d'snvie Une honorable mort qu'une honteuse vie, rotr. Antig. m, 6. Et la plus prompte mort dans ce moment sévère Devient de leur amour la marque la plus chère, bac. Baj. iv, 6. Lorsqu'au» dépens d'une santé qui nous est si chère.... boss Louis de Bourbon. Rendre la royauté non-seulement vénérable et sainte, maisencore aimable et chèœ aux peuples, id. Reine d'Anglet. Mes regrets m'étaier.i chers; mais mon âme affaiblie Tombant dans les langueurs de la mélancolie.... st-lambert, Saisons, hiver. X tous les cœurs bien nés que la patrie est chère ! volt. Tancr. m , ( . || 3' En parlant du temps, précieux. Vous me faites perdre un temps qui nous est cher, Molière, Impr. (.Le temps est cher en amour comme en guerre, la font. Orais. Et ce moment si cher, madame, est consumé X louer l'ennemi dont je suis opprimé, bac. Brit. n, 6. Soit que le temps trop cher la pressât de se rendre... in. Baj. m, 4. Le temps est cher, seigneur, plus que vous ne pensez; Tandis qu'à me répondre ici vous balancez, Mathan, près d'Athalie, étincelant de rage, Demande le signal et presse le carnage, id. Ath. v, 2. Allez, le temps est cher, il le faut employer, id. Mithr. m, 6. Les moments me sont chers; écoutez-moi, Thésée, id. Phèd. v, 7. Les moments sont trop chers pour les perdre en paroles, id. Baj. v, 4. Il faut les secourir; mais les heures sont chères; Le temps vole.... id. Esth. 1, 3. || 4°Que l'on caresse en idée. C'est mon vœu le plus cher. C'est ma plus chère espérance. Laisse-moi mon erreur, puisqu'elle m'est si chère, cohn. Héracl. v, 3. Je connus votre erreur; mais que pouvais-je faire? Je vis en même temps qu'elle vous était chère, bac. Baj. v, 4. Cette grandeur sans borne à ses désirs si chère, volt. Henr. ch. m. Et mêler des remords à mes plus chers souhaits, mol. Don Garde, m, 2. Il 5° Qui est d'un prix élevé. Une marchandisechère. Ce drap est fort cher. Les vins sont chers cette année. Il Substantivement. Pour me régaler du plus cher [du vin le plus cher], Au beau coin m'attend dame Jeanne,. bErang. Bedeau. || C'est chère épice, se dit d'une chose qu'on fait trop cher. || Qui exige une grande dépense. La vie est chère. Un voyage cher. Il Une chère année, une année pendant laquelle le blé a été beaucoup plus cher qu'à l'ordinaire. Comme il [le menu peuple] est beaucoup diminué dans ces derniers temps par la guerre, les maladies, et par la misère des chères années qui en ont fait mourirde faim un grand nombre.... vauban, Dîme, p. 97. Il Qui vend à haut prix. Ce marchand est très-cher. C'est un magasin très- cher. Cet ouvrier est habile, mais il est cher. Vous pouvez voir ailleurs, messieurs; on vous accommodera peut-être; moi, je suis cher, je vous l'avoue, dancourt, La maison de campagne, se. 30. || 6° Cher, adv. X haut prix. Vendre, acheter cher. Ces étoffes coûtent cher. On compte, avec cette masure, Un quart d'arpent, cher affermé, bérang. Jacques. || Il fait cher vivre dans cette ville, tout ce qui sert à l'entretien de la vie y est d'un prix élevé. || Fig. Coûter cher, être obtenu au prix de grands sacrifices, de grandes souffrances, de grandes pertes. La victoire coûtera bien cher. Que vos plaisirs coûtent cher à ces infortunés ! Votre générosité vous a pensé coûter cher, voit. Lett. 23. || Vendre cher, faire obtenir au prix de grands sacrifices. Payer cher, obtenir au prix de grands sacrifices. Il me payera cher cet outrage. C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt, De nous vendre bien cher les grands biens qu'ils nous font, cobn. Cinna, 11, 4. Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore, bac. Brit. 11, 6. Et tu peux concevoir Que je lui vendrai cher le plaisir de le voir, id. 16. 11, 2. Vous m'avez vendu cher vos secours inhumains, id. Baj. v, (. Mon père paya cher ce dangereux honneur, id. Mithr. t, 3. || Vendre sa vie bien cher, la venger glorieusement avant de la perdre. || Familièrement, lime le payera cher, il le payera plus cher qu'au marché, cela lui coûtera cher, c'est-à-dire je le ferai repentir de ce qu'il a fait. — rem.. 1. Voltaire a dit : On avait vendu les vivres trop chers à ses ambassadeurs [de Pierre le Grand] , Charles XII, 2. C'est une faute ; cher est ici adverbe et, par conséquent, invariable; chers ne pourrait être adjectif que s'il se rapportait à vivres; et le sens serait alors qu'on leur avait vendu des vivres que la délicatesse ou la rareté rendait trop chers; or ce n'est pas le sens que Voltaire veut faire entendre. || 2. Cher signifiant d'un prix élevé, se met toujours après le substantif : une marchandise chère. Il faut eu excepter l'expression chère année que l'on emploie quelquefois pour dire une année pendant laquelle le blé a été beaucoup plus cher qu'à l'ordinaire.

f.HE

— HIST. xi* s. E li plaiez [blessé] jurra [jurera] 6ur saints que pur mes [moins] nel pot faire, ne pur haur [haine] si chier nel fist, Lois de Guill. i < . D'or et d'argent et de garnemenz shers, Ch. de Rot. vm. Les douze pairs que Charles a tant chers, ib. XL. Tel as occis que moût cher [je] te cuid [pense] vendre, ib. cxxii. Dreiz empereres, cher sire, si ferons, ib. clxxiv. || xii* s. Se je chier ne li vent, Ronc. p. <6. Guenelon sire, je vous ai forment chier, ib. p. 30. Par cui il est amez et chier tenuz, ib. p. 84. Sempres morrai, mais chier me sui vendu, ib. p. 03. Chers [riche] est li lieus, si est digne l'église, ib. p. m. [Elle] comperroit [payerait] ciersa folie, Coud, ni. Vous merci-je, ma douce amie chère, ib. xvni. Li cristien rei soient saint iglise obéir; Lais [un laïque] ne deit clerc fuler, mais chier le deit tenir, Th. le mart. 76. || xm" s. Pour ce que [ellej vous ressemble, assez plus chiere [je] l'ai, Berte, vn. Cotte [elle] ot d'un blanc bliaut et mantel moût très-chier, ib. xix. Là n'y verrez joiel, tant soit de chère vente, Que je ne vous acheté.... t'6. cxi. Coveitise ne set entendre  riens qu'à l'autrui ncrochier; Coveitise a l'autrui trop cher, la Rose, 193. Chascun se fait si chier pource que il s'en welent aler en leur païs, que noj»s ne leur oserions donner ce que ils demandent, joinv. 267. || xv« s. Et aussi cher avoit-il prendre la mort avec celle noble dame [Isabelle] comme autre part [qu'ailleurs] , froiss. i, i, )6. Et eut adonc en plus cher la délivrance de messire Hervey de Léon que du seigneur de Cliçon, id. i, i, 2(2. Et se taille celle chevauchée à durer un longtemps, et par ainsi vous seront cher vendus les gages que vous avez pris, m. n, m, t8. [Les cardinaux] aimoient plus cher à mourir confesseurs que martirs, n>. H, n, 2t. Il leur enchargea, si cher qu'ils le vouloient obéir, que son mignon ne fust servi d'autres choses que de pastés d'anguille, louis xi, Nouv. x. Il aimeroit autant ou plus cher mourir que son malheureux cas fust connu, iD.t'b. xra.Nevous trouvez jamaisdevant moi, si cher que vous aimez votre vie, n>. i&.XLViu. J'ai aussi cher [j'aime autant] de n'en faire rien, m. 'ib. lxxxii.|| xvi" s. Elle nous vend trop cher sesdenrées, mont, i, 75. J'aimerois aussi cher [autant] que mon escholier eust passé le temps à jouer à la paulme, m. i, 446. On l'acheté trop cher,iD. i, t93. Je n'ayme pas une vertu si sauvage et si chère [coûtant si cher] , id. i , 224. Les Romains auront maintenant à cher un prince doulx et aimant la justice, amyot, Numa, to. i. ce compte un homme n'auroit cher ny l'honneur, ny la science, quand il les posséderait, de peur d'en estre privé, id. Solon, *o. Ceste ville est merveilleusement chère, le vin de Chio couste dix escus, id. De latranq. d'âme, 20. Je veux reciter une histoire laquelle me fut bien chère fme coûta cher] , paré, xm, 23. L'on ne peut faire de cher fils ou d'enfant de prédilection, et faire l'un d'eux donnataire, et pardessus cela le faire entrer en partage comme un autre, Nouv. coust. génér. 1. 1, p. H93. Fille trop veue, robbe trop vestue n'est pas chère tenue, cotgrave.

— êtym. Picard, cair, hier, quier; rouchi, tier; provenç. cor;espagn. et ital. earo; du latin carus.

f CHERCHE (chèr-ch'), s. f. || i" Ne se dit que dans cette locution : être en cherche d'une personne, d'une chose, la chercher. || 2° Terme de construction. Nom de tout ce qu'un seul trait de compas ne peut représenter, et qui demande divers points pour être décrit, comme les panneaux qui servent à former le cintre d'une voûte, etc. La cherche d'un escalier en est le cintre.

— HIST. xv s. Et lorsqu'il laisoit la dicte cerche, il ouit nouvelles que le comte d'Eu avoit esté arresté à Damas, Bouciq. I, t5.|| xvi" s. Qui sera en cherche de science, si là pesche où elle se loge, mont, ii, 08. Les sceptiques disent qu'ils sont encores en cherche de la vérité, id. ii, 230.

— ÉTYM. Voy. CHERCHER.

CHERCHÉ , ÊE (chèr-ché, chée) , part, passé. || 1* Qu'on tâche de trouver. Un passage longtemps cherché dans les régions arctiques. L'ennemi cherché et vaincu. Par le milieu des eaux, par le milieu des flammes, On pnsse au repostant cherché, corn. Imit. i, 22. || 2° Affecté. Rien de cherché dans son style. || Terme de beaux-arts. Œuvre cherchée, œufre dans laquelle l'artiste a trop visé à l'effet.

t CHERCHE-FICHE (chèr-che-fi-ch'), s. m. Terme de serrurier. Outil pour dégager l'aile d'une fiche. il Au plur. Des cherche-fiches.

f CUERCHE POINTE (cher-che-poin-f) , t. m. Synonyme de cherche-fiche. || Au plur. Des cherche-pointes.

— ÉTïM. Chercher, et pointe.

CHE

CHERCHER (chèr-ché), v. a. || 1° Tâcher de trouver. Que cherchez- vous? Je cherche ma bourse, mon livre. Je cherche mon fils qui s'est séparé de moi dans la foule. Son chien le chercha longtemps. Et les hommes jamais ne cherchent qui les fuit, corn. Imit. i, 21. Grande reine, est-ce ici votre place? Quel trouble vous agite, et quel effroi vous glace? Parmi vos ennemis que venez-vous chercher? rac. Ath. n, 6. Mon cœur pour le chercher volait loin devant moi, id. Iph. n, 3. || Familièrement. Chercher quelqu'un par mer et par terre, par monts et par vaux, à pied et à cheval, le chercher partout. || Chercher Dieu, avoir l'âme remplie du désir de se conformer à sa volonté. Âmes chrétiennes, sachez que qui cherche Dieu de bonne foi , ne manque jamais de le trouver, uoss. la Vallière. Que peut-on imaginer de plus malheureux que de ne pouvoir conserver la foi sans s'exposer au supplice, ni sacrifier sans trouble, ni chercher Dieu qu'en tremblant? :d. Reine d'Anglet. Nous résistons à Dieu, sous prétexte de le chercher, mass. Pet. Car. Soum. || Chercher le Seigneur, se disait, dans le langage mystique des puritains anglais du xvii* siècle, d'un état mental de dévotion où l'esprit était entièrement tourné vers Dieu. || Fig. Chercher une aiguille dans une botte de foin, faire une recherche sans résultat possible. N Fig. et familièrement. Chercher midi à quatorze heures, chercher ce qui ne peut se trouver (voy. midi). Vous qui vivez dans ces demeures, Étes-vous bien, tenez vous-y, Et n'allez pas chercher midi  quatorze heures, volt. Inscript, pour un cadran solaire. || Terme de manège. Un cheval cherche sa cinquième jambe quand il se porte sur la main et y cherche un point d'appui. || Terme de marine. Chercher la sonde en venant du large, approcher des côtes pour trouver le fond avec la sonde. || Fig. 11 cherchait l'occasion de gagner de l'argent. Les Mèdes ne cherchaient ni l'or, ni l'argent, mais la vengeance. 11 cherche le danger pour le danger lui-même. Pourquoi chercher des preuves d'une vérité que le Saint-Esprit a prononcée par une sentence manifeste? boss. Seine d'Anglet. Sans chercher d'excuse dans le mauvais état où se trouvaient ses affaires, boss. Anne de Gons. Pour lui des Persans bravant l'aversion, J'ai chéri, j'ai cherché la malédiction, rac. Esth. in, \ . || Absolument. Je cherche, et ne trouve rien qui me plaise. On chercherait longtemps chez les plus beaux génies de Rome et de la Grèce, avant d'y trouver rien qui soit à la fois aussi simple et aussi merveilleux [que la naissance du Christ], chateaub. Génie, il, vi, 2. Celui qui demande, on lui donne ; celui qui cherche, il trouve, boss. la Vallière. \\ Chercher dans sa tête, interroger ses souvenirs. || 2° Aller à la recherche de quelqu'un, de quelque chose. Page, cherchez Rodrigue et l'amenez ici, corn. Cid, n, 4. Ne cherche plus ta sœur où tu l'avais laissée, id. Ilor. iv, 6. Et par tout l'univers cherchons-lui des vengeurs, rac MUhr. v, 6. Sans le chercher aux bords de l'Escaut ou du Rhin, La paix l'offre à mes yeux plus calme et plus serein, boil. Ép. i. Mais que, sans m'avertir du piège qu'on me dresse, Vous me laissiez chercher jusqu'au fond de la Grèce L'ingrat qui ne m'attend que pour m'abandonner, Perfide, cet affront se peut-il pardonner ? rac Iph. n, 5. || Aller chercher, venir chercher, aller, se rendre auprès de quelqu'un. On ne viendra pas me chercher dans cette retraite. J'irai le chercher à Lyon. || Aller chercher quelqu'un, venir chercher quelqu'un, se rendre auprès de lui pour quelque besoin, pour le mener quelque part. Allez chercher le médecin. On est allé chercher la garde. Je viendrai vous chercher quand il en sera temps. Mme Manchon vint avant- hier me chercher, fort alarmée d'une lettre que vous lui avez écrite, rac et boil. Lettr. vu. || Fig. Aller chercher n'a guère d'autre sens que chercher et renforce seulement l'expression. Que jamais du sujet le discours s'écartant N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant, boil. Art p. i. Mais je sais bien aussi que, s'il dépend de vous De me faire chérir un souvenir si doux, Vous n'empêcherez pas que ma gloire offensée N'en punisse aussitôt la coupable pensée ; Que ma main dans mon cœur ne vous aiLle chercher Pour y laver ma honte et vous en arracher, rac Mithr. n, 6. Quand son épée allait chercher mon sein, m. Phèdre, m, 1 . Un censeur.... dontle crayon sûr aille d'abord chercher L'endroit que l'on sent faible et qu'on se veut cacher, boil. Art p. iv. || Envoyer chercher quelqu'un, quelque chose, obtenir parun message que quelqu'un vienne, qu'une chose soit apportée. Il envoya chercher ses amis. || 3" Il seditdes choses. L'eau cherche un passage. L'aiguille

CHE

aimantée cherche le nord. Les honneurs vinrent chercher Cincinnatus. Le malheur me cherche, mol. Fest. n, 4 0. Mon maître est un vrai enragé d'aller se présenter à un péril qui ne le cherche point, id. t'6. m, 4. Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule, rac. Ath.n, 7. Uncourrouxqui ne cherche que moi, id. Andr. m, t. Et de ses volontés une amoureuse étude Les cherche jusque dans ses yeux, mol. Psyché, iv, t. || 4° Tâcher de se procurer, d'acquérir. Chercher une place. Chercher son salut dans la fuite. Nous cherchons notre bonheur hors de nous-mêmes. Il cherchait les moyens de parvenir. || Chercher la solution d'un problème. || Chercher femme, chercher à se marier. || Chercher de l'argent, tâcher de s'en procurer par un emprunt. || Chercher son pain, mendier. 1 1 Chercher sa vie , chercher les moyens de subsister, il Chercher malheur, chercherson malheur, faire des choses capables d'attirer sur soi quelque mal. || Chercher l'ennemi, aller à sa recherche pour lui livrer bataille. |f Chercher querelle, noise, susciter une querelle, un différend. Il chercha querelle à un homme qui n'en pouvait mais. || 5° Chercher à quelqu'un, faire des recherches pour quelqu'un. Je l'ai prié de me chercher un logement. Cherchez-lui un secrétaire. Il s'accusait, il se cherchait des crimes. Et je veux me chercher dans cette illustre envie Les moyens glorieux de sortir de la vie , mol. D. Garde, iv, il. || Cette tournure ne s'emploie guère qu'avec les pronoms compléments du verbe et placés devant lui ou après l'impératif : cherchez-lui un logement. On ne dirait pas aussi bien : je cherche un logement à Frédéric, mais pour Frédéric. L'expression chercher querelle à quelqu'un fait exception. || 6° Suivi d'un infinitif précédé delà préposition d, tâcher, s'efforcerde. Et vous, ne cherchez point à former des discords, corn. Nicom. n, 3. Je cherche à te rejoindre et non à t'en défendre, id. Rodog. v, 4. Vos deux Etats voisins , qui cherchent à s'unir, bac. Bérén. m, 2. Mon cœur court après elle et cherche à s'apaiser, id. Andr. n, 6. Oui, c'est Joas ; je cherche en vain à me tromper, id. Athal. v, 6. La foi véritable qui ne cherche qu'à se développer de ses ténèbres et, en dissipant le nuage, se changer en pure lumière et en claire vision, boss. le Tellier. || Familièrement. Chercher à se faire battre, faire des choses qui exposent à être battu. ||Aveo la préposition de, dans le même sens. Que le cœur affligé.... Cherche d'être allégé, malii. vi, <8. Vous ne trouverez pas étrange que nous cherchions d'en prendre vengeance, mol. Fest. ni, 5. || 7° Se chercher, v. réfl. Etre en quête l'un de l'autre. Ces gens se sont rfoerchés longtemps. De leur furtive ardeur ne pouvais-tu m'instruire? Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ?rac. Phèd. iv,e. || Fig. Essayer de connaître ce que l'on est, ce que l'on peut C'est une époque où cet artiste se cherchait encore. Maintenant je me cherche et ne me trouve plus, rac. Phèd. il, 2. || Se chercher, chercher la retraite pour n'être point distrait de ses pensées. Lasse de vains honneurs et me cherchant moi-même, id. Esth. I, t. Mon amour m'entraînait, et je venais peut-être Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître, id. Bérén. v, 6. || Obéir à l'amour de soi. Cette âme qui s'est tant aimée et tant cherchée ne se peut plus supporter aussitôt qu'elle est seule avec elle-même, boss. la Vallière. Malheur à moi, si, dans cette chaire, j'aime mieux me chercher moi-même que votre salut, et si je ne préfère à mes inventions, quand elles pourraient vous plaire, les expériences de cette princesse qui peuvent vous convertir ! boss. Anne de Goni. D'un cœur qui t'aime, Mon Dieu, qui peut troubler la paix? Il cherche en tout ta volonté suprême, Et ne se cherche jamais, bac. Ath. ni, 8. Ne nous chercher en rien alors que tout nous quitte, Ne vouloir rien qui plaise alors que tout déplaît, corn. Imit. u, ». || Proverbe. Le bien cherche le bien, c'est-à-dire le bien vient d'ordinaire à celui qui en a déjà beaucoup. || 11 cherche midi où il n'est qu'onze heures, se dit d'un écornifleur, par allusion à l'habitude où l'on était jadis et où l'on est encore dans plusieurs provinces de diner à midi. || En cherchant on trouve, ou qui cherche trouve, c'est-à-dire en se donnant de la peine on finit par réussir.

— hist. xi* s. [Il] cerce [parcourt] les vais, et si cerce les monz, Ch. de Roi. clx. || xn' s. La cité [ils] cerchent qu'est d'avoir replenie, Ronc. p. 147. Toute France [il] a cerchie comme tapins truanz- Sax. y. Par ces noveles furent mult li moine esmaié, E pur ço l'unt [le corps du saint] es crûtes [cryptes] enterré e mucié; Mais primes unt les dras e le cors tut cergié, Th. le mart. 165. [Ils] Firent les porz

(JHË

cergier, e gaitier, e guarder, Que, seli arcevesques i volsist ariver, Qu'il li fussent en contre, prez de lui desturber, t'6. (22. || xin* s. Dedens ces neuf jours issi une compagnie de nostre ost pour aler en fuerre et cerchier la contrée, viixeh. lxiv. Par trestout le païs [ils] vont la terre cerchant [fouillant le pays], Berte, cvn. Qui cercheroit jusqu'en Cartage, Et d'Orient en Occident.... la Rose, 6394. Li marinier qui par mer nage, Cerchant mainte terre sauvage, Tout regarde-il à une estoile, t'6. 7588. L'en seurche guerre et bataille, 11 ne me chaut, mes que bien aille, ruteb. 202. Il doit scercier les escomeniez et les larrons et les murtriés , Liv. de just. 72. Il xv« s. L'avant-garde qui chevauchoit devant avoit quis et cerché et cerchoit dessus et dessous la rivière à tous lez, fboiss. 11, II, 71. Et fit à savoir à ceux du pays qu'il donnait trêves trois jours pour chercher les champs de Crecy et ensevelir les morts, m. 1, I, 295. Et n'attendit mie que ils le venissent cercher, ains alla sur leur pays, Bouciq. m, ch. 2. Mes sommiers estoient assez loin ; et estoit trop tard pour les cercher, comm. via, 6. Princes qui cherchent gaigner gens, id. i, 9. || xvi* s. Nous qui cherchons de former, non un grammairien.... mont, i, 187. Ceulx qui cherchent à troubler et changer Testât de nostre police, id. i, 220. Ils cherchent qu'on les contredise, pour.... m. 11, Wf, Chercher une querelle d'Allemaigne , id. iv, 40. Et telle nous degouste D'im amoureux chercher [poursuite], yver, p. 575. Il cherchoit de complaire à la commune, amyot, Nicias, 3. Il les avoitrendus plus refroidis à chercher la guerre, id. t'6. 15. On cerche plustost d'obtenir un peu de renom, lanoue, 197.

— ÊTYM. Picard, cerquier ; Berry, cercher, charcher, sarcher, sercher; nivernais, sercher ;bourguig. charchai ; génev. cercher, sarcher; provenç. cercar, serquar; anc. portug. cercar, parcourir; espagn. cercar, enfermer, enclore ; ital. cercare, parcourir, chercher; du latin circare, faire le tour de, parcourir, de circus, cercle (voy. cirque). Le sens primitif du mot français est parcourir pour trouver.

CHERCHEUR, EUSE (cher-cheur, cheû-z'), s. m. et f. H 1° Celui, celle qui cherche. Ha! seigneur don Juan, l'on vous a bien cherché. — L'on devait me trouver, je n'étais pas caché; Et qui sont ces chercheurs? scarron, Jodelet, iv, 3. Tout l'ancien territoire de la baie d'Hudson qui n'était jadis parcouru que par des chercheurs de pelleteries, sera bientôt une riche annexe du Canada, maury, Rapport de géogr. p. 25. || En mauvaise part.... Lui dire Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus Qui n'en étaient pas revenus, la font. Fabl. vm, 8. Quatre chercheurs de nouveaux mondes Presque nus, échappés à la fureur des ondes, id. ib. x, 18. Un chevalier errant grand chercheur d'aventures, id. Fianç. Il Chercheur de francheslippées, un écornifleur, un parasite. || Les chercheurs de midi à quatorze heures, savoir le joueur de gobelets, le batteur de fusil, l'espagnol, la vieille, le procureur, le ramoneur, le charlatan, le vendeur de lunettes, Ballet dansé au Louvre le 29 janvier 1620, beauchamp, Recherche des théâtres, t. m, p. 8u, dans lacurne. || 2° Un chercheur, celui qui cherche avec activité et persévérance des faits, des documents, des livres ou autres pièces de collection. |j En mauvaise part. Celui que j'ai vu est un chercheur de pointes et un faiseur d'antithèses, balz. Sacrale chrét. dise. 7. || Une chercheuse d'esprit, femme pédante et prétentieuse. Il Chercheuse d'esprit se dit aussi, d'après le conte de La Fontaine qui porte ce titre, d'une jeune fille innocente qui cherche aventure. La Chercheuse d'esprit, opéra de Favart. || Àdj. Un esprit chercheur. Une imagination chercheuse. || 3° Nom d'une secte chrétienne en Angleterre et en Hollande, qui, admettant les Écritures, prétend qu'elles ne sont bien expliquées par aucune des sectes chrétiennes qui les reçoivent, et en cherche le sens avec beaucoup de zùl'e. Et ceux qu'on nomme chercheurs, à cause que , dix-sept cents ans après Jésus-Chiist, ils cherchent encore la religion et n'en ont point d'arrêtée, boss. Reine d'Ânglet. || 4° Terme d'astronomie. Petite lunette subsidiaire, à court foyer, adaptée au télescope.

— HIST. xvt* s. Chercheur de barbets [voleur] , oudin.

— ÊTYM. Chercher.

f CHERCONNÉE (chèr-ko-née), s. f. Terme de commerce. Étoffe indienne moitié coton moitié soie.

CHÈRE (chê-r"), s. f. \\ 1° Visage. Ce s«ns a vieilli. Il i" Bon accueil, réception caressante. Voulant cacher ma honte et sa colère, Elle couvrit son front d'une meilleure chère, Régnier , Élég. iv. Ne sachant quelle chère me faire, sév. 291 . X qui la mère Pour

CHÈ

ne se découvrir fait plus mauvaise chère, Régnier, Sat. 11. S'il y avait auprès de vous une personne bien faite, qui vous fît bonne chère, voit. Lett. 187. Il Chez les cabaretiers, tant pour la bonne chère, tant pour le couvert et les autres menus frais. Ce sens a vieilli. || 3° Par extension, faire bonne chère a passé du sens de faire bon accueil à faire un bon repas, parce qu'un bon repas est une partie d'un bon accueil. Dans ce sens chère comprend tout ce qui regarde la quantité, la qualité et la préparation des mets. Aimer la bonne chère. Le lieu de la ville où l'on faisait la chère la plus délicate, hamilt. Gramm. m. Faisant chère et vivant sur la bourse publique, la font. Fabl. iv, 12. Hélas! que sert la bonne chère Quand on n'a pas la liberté? id. ib. iv, 3. Je dois faire aujourd'hui bonne chère ou jamais, id. ib. nu, 9. Alexandre disait que la bonne chère n'était point de saison, quand on avait de grandes affaires, du ryer, Supplément de Quinte-Curce, liv. 11, ch. s. Repose-toi, fais grande chère, boss. Char. 1. Elle disait hier à table, qu'en Basse-Bretagne on faisait une chère admirable, sév. 68. Votre intendant jure qu'on ne peut pas faire une meilleure chère, ni plus grande, ni plus polie, id. 427. Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui fait si bonne chère ? mol. Pourc. 1, 6. Nous feras-tu bonne chère? id. l'Av. m, 6. || Faire petite chère, maigre chère, avoir un repas insuffisant en quantité ou en qualité. || Homme de bonne chère, celui qui aime la table et s'y connaît. C'était un homme de bonne chère; et il devient sobre et tempérant, bourd. Pensées, 1, 392. Vous avez dit que c'était un homme de bonne chère, mass. Panég. St. Jean-Bapt. || Chère entière , grand repas suivi de plusieurs divertissements. || Chère de commissaire, un repas où l'on sert viande et poisson, locution qui vient du temps où il y avait des chambres mi-parties de catholiques et de protestants, les commissaires faisant les uns maigre les autres gras. || Faire grande chère et beau feu, faire une très-grande dépense. || Faire chère lie, faire bonne chère et vie joyeuse. La galante fit chère lie, la font. Fabl. m, 17.... lui-même ayant fait grand fracas, chère lie.... Il devint pauvre tout d'un coup, id. ib. vu, 14. || Proverbes. Il n'est chère que de vilain, c'est-à-dire lorsqu'un avare se résout à donner un repas, il y met plus de profusion qu'un autre. || Chère d'homme fait vertu, c'est a -dire la face, la présence de l'intéressé fait vertu, rien ne vaut la présence d'un homme pour le succès de ses affaires.

— hist. xi* s. [Il] plore des oilz, toute sa chère embronche, Ch. deRol. cclvi. || xn* s. Li cons [comte] Rollant 0 [à] la chiere hardie, Ronc. p. 10. Le nez [il] ot beau et chiere de baron, t'6. p. 20. || xm* s. X moi pert [paraît] bien au vis et à la chiere, Que vostre amor m'est trop estrange et fiere, eust. le peintre, dans Couct. X tant es vous la vieille qui fait moût lie chiere, Berte, xn. Sa fille [elle] a embracée, si la baise eh la chiere, t'6. [Bile] Moût faisoit laide chiere, et moût ert [était] emplorée, t'6. xvi. Ysengrin n'iert pas endormiz, Saut sus, ne fist pas chiere morte, Ren. 20384. Car l'en a la chose moult chiere Qui est donnée à bêle chiere, la Rose, 2271. X regarder lores me pris Les cors, les façons et les chiares, Les semblances et les manières Des gens qui ilec karoloient, t'6. 805. Ne ne faites chiere nesune De haine ne de rancune, t'6. 7376. Combien qu'il facent fiere chiere, t'6. 7650. Les gardes dou champ doivent partir le soleil, si qu'il ne soit contre la chiere de l'un plus que de l'autre, Ass. de Jérus. 1, 169. || xiv* s. Le corps a grant et fort, et le viaire fier; Il a moult bien la chiere de maisementpaier, Guescl. v. 13690. Car nuls noms n'est, s'il pert, qui ait la chiere lie, Baud. de Seb. vu, 164. ]| xv" s. Et fit la porte de la ville ouvrir, et fit bien chère et manière de défense, froiss. i, i, 86. [Le roi d'Angleterre à ses chevaliers avant la bataille de Crecy] et leur disoit ces langages de si lie chère, que qui fust tout desconforté, si se pusl il reconforter en lui oyant et regardant, id. i, i, 284. Quelque chère que ils fissent, ils n'estoient pas bien à seur, Bouciq. 11, ch. 6. 11 nous fera, sans faillir, bonne chiere, OH. d'orl. 4. Et sur ce leur monstra plusieurs inconveniens qui leur pourroient advenir, le plus gratieusement qu'il peut, et feirent bonne chaire au gentilhomme, juv. des ursins, Charles VI, 1382. Il fut loué de sa fuyte; et plus encores de son retour lui fist chascun bonne chère, comm. 1, 4. Après disner le duc et le roy se veirent en grant chiere, id. h, 13. Homme de bonne chère et de plaisir, id. v, 16. Il me fit la plus grande chère du monde, id. vu, 1. Le pelletier en fut content, Car il ne vouloyt que repaistre, Et alla tout incontinent Faire grant chère

CTTÈ

avec le prestre, vili.on, Repues. Je ne vous ai dit chose que je ne fasse, et faites bonne chère [soyez

tranquille], louis xi, Nouv. xlvii. || xvi* s El

puis appaisoit sa cholere Tout soudain qu'on luy faisoit chère, dubell. vu, 40, verso. Où recueillis y furent à bonne chère Des habitans et sans la vendre chère, 1. marot, v, 150. Tout ainsi que si une femme impudique, pour navrer davantage le cœur de son mari, devant ses yeux faisoit chère à son paillard, calvin, Instit. 284. Le tout est que je laissay le roy faisant, dieu mercy, très bonne chère [en santé], et commençant bien à se fortifier, marg. L. 46. Le roy faicttousjoursla chère que vous m'aviés promise, dont je sçay de plus en plus l'obligacion que j'ay à vous, id. ib. 140. Faictes leur tant de bonne chère qu'il vous plaira, mont, i, 71. Au milie» de leurs festins, et par my leur meilleure chère, id. i, 76. Avec une chère basse et morne sans motdire, amyot, Numa, 18. Il voulut que ceulx qui avoient porté leur part du labeur de cultiver la terre, eussent aussi part au plaisir de faire bonne chère des premiers fniicts d'icelle, id. Lyc. et Num. comp. 2. Valerius adonc descendit avec un bon visage sur la place, et avec une chère ouverte fut le premier qui jura.... id. Publ. 3. Il ne se laissa eschapper de la bouche pas une parole insolente, ny ne monstra à sa face une chère joyeuse, id. Marcel. 60. Belle chère et cœur arrière, H. est. Précellence , 216 et 217. Belle chère vaut bien un mets, id. t'6.

— ÉTYM. Norm. chère, visage; wallon, cat're, mine, air; provenç. et espagn. cara; du latin cara, face, qui se trouve pour la première fois dansCorippus, poète du vi" siècle, et qui est le grec xâpa, tête. On voit la série des sens: visage, puis bon accueil, c'est-à-dire bon visage, et enfin bon repas, qui est une des manières du bon accueil.

CHÈREMENT (chè-re-man) , adv. || i° D'une manière affectueuse et tendre. Vous n'êtes aimée en nul lieu du monde si chèrement qu'ioi , sév. 8. Cela pourrait bien être, il m'aimait chèrement, corn. Poly.i, 4. Cela peut être encore, ils s'aimaient chèrement, id. Sertor. 1, 2. Ne sois point rebelle à mon commandement Qui te donne un époux aimé si chèrement, id. Ct'd, v, 7. Si l'histoire de l'Eglise garde chèrement la mémoire de cette reine, boss Reine d'Anglet. Conservez ce livre chèrement, mol. Éc. des f. m, 2. Jamais elle [ma douleur] ne quittera Un cœur qui chèrement toujours la gardera, id. l'Étour. 11, 6. Il 2° X haut prix. Payer, acheter, vendre chèrement nne marchandise. On achète des étoffes chèrement, pasc. Prov. 8. Hazael m'acheta chèrement, fén. Tél. iv. La cour ne voulut pas les [Coligni et Bouteville] acheter assez chèrement, volt. Louis XIV, 6. Ah! c'est trop fort; Vit-on jamais pareille usure? — Monsieur, je ne crois pas mériter cette injure Pour avoir obligé monsieur votre neveu; Je l'aimais chèrement. — 11 y paraît, morbleu! andrieux, les Étourdis, m, 3. || Fig. 11 paya cette courte joie chèrement. Une dignité qu'à la fin il voulut quitter comme trop chèrement achetée, boss. le Tellier. || Vendre chèrement sa vie ou faire acheter chèrement sa vie, ne succomber qu'après avoir fait beaucoup de mal à l'ennemi. Maison, dans une plaine rase avec sept à huit cents hommes seulement devant des milliers d'ennemis, perdit tout espoir; déjà même il ne songeait plus qu'à gagner un bois pour vendre plus chèrement sa vie. quand.... ségur, Hist. de Napol. xi, 12. || On dit au même sens, mais dans le langage familier, vénère chèrement sa peau.

— HIST. xi* s. La mort P.olant [je] lur cuid chèrement vendre, Ch. de Roi. eexiv. || xn' s. Moût chierement [la trahison] sera gueredonée , Jîohc. p. 49. Ne me vout [voulut] pas Diex por néant donner Tous les soûlas qu'ai eQs en ma vie; Ains les me fait chierement comparer [payer], Coud, xxn. || xiii* s. Et il les achetoient moult volentiers et chierement, joinv. 234. || xv*s. Si les pria le dit roi chèrement, qu'ils volsissent si bien penser, froiss. i, i, 126. Puisqu'ainsi est que loingtain de vous suis, Ma maistresse, dont Dieu scet s'il m'ennuye, Si chierement vous requiers que je puis, Qu'il vous plaise.. ..ch. d'orl. Bal. 12. ||xvi" s. De tant de peine endurée Je ne me plains nullement, Mais de l'avoir declairée Je me repens chèrement, st-gel. 140. Qu'ilz ne mourussent point sans vendre chèrement leur mort aux vainqueurs, amyot, ArisU 41. Oultré de douleur et de regret pour la mort de luy qu'il avoit aimé si chèrement, id. Eum. 3. Leurs filles, lesquelles tant chierement avoient nourries en tout exercice vertueux, rab. Pant. m. 46. Cettuy-ci [un précepteur] qu'il avoit fait venir exprès et qui estoit bien chèrement gagé, mont. i. 193.

CHE

— ÊTYM. Chère, et le suffixe ment; provenç. earamm; espagn. et ital. caramente.

CHÉRI, IF. (ché-ri, rie), part, passé. Ce prince chéri de ses peuples. Une image chérie. Des cendres chéries. Femme et mère très-chérie et très- honorée, boss. Reine d'Anglet. Le juste semblera plus avantagé, si on pèse son mérite; et le pécheur plus chéri, si l'on considère son indignité, boss. Marie-Thér. Mânes aux yeux charmants, vos images chéries Accourent occuper ses belles rêveries, a. chén. Llég. xiv. || Le peuple chéri de Dieu, les Juifs. La nation chérie a violé sa foi, rac. Esta. i, 4. || Substantivement. C'est son chéri. C'est sa chérie. Pour en boire un peu [de vin], mon chéri, Vends mon anneau de mariage, bérang. Jacq.

CHÉRIF (ché-rif) , t. m. Prince descendant de Mahomet par sa fille Fatime. || Prince arabe ou maure. Le chérif de la Mecque. Une fontaine bâtie par un chérif répandait son eau dans le chemin,

CHATEAUB. Ilin. 37.

— ETYM. Portug. xarife; de l'arabe tharif, noble, éminent.

t CHÉRIFAT (chéri-fa), J. m. Dignité de chérif. { CHÉRIP (ché-rip'), s. m. Moineau franc.

— ÊTYM. Ce paraît être le verbe anglais to chirp, gazouiller.

CHÉRIR (chè-rir), v. a. || 1° Avoir beaucoup d'affection pour quelqu'un. Chérir ses enfants. Un homme comme lui , de mérite et d'honneur, Et qui vous chérissait avec idolâtrie, mol. Mis. v, 6. Jamais œillade de dame, Propos flatteur et gracieux, Mot d'amitié ni doux sourire, Déifiant le pauvre sire, N'avaient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri, la font. Fabl. ix, (5. Il est aimé des grands, il est chéri des belles, boil. Sat. vm. |j 2° Aimer d'un amour qui a quelque chose du culte. Chérir sa patrie. Chérir la mémoire de ses amis. || 3° Tenir beaucoup à. Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître, corn. Poly. m, 3. Alzire, jusque-là chérissions-nous la vie? volt. AU. v, 6. J'ai chéri plus que toi la gloire de ta vie, m. Jf. de Ces. i, 4 . || Par analogie. L'occasion est belle, il nous la faut chérir, cohn. Hor. a, 3. Je chéris, j'acceptai, sans tarder davantage, L'heureuse occasion de sortir d'esclavage, rac. Baj. v, 4. Je ne suis pas de ces médecins qui ne chérissent que leurs opinions et qui, plutôt que ii'en démordre, aiment mieux laisser mourir un malade, hauteroche, Crispin méd. n, 9. || 4° Se chérir, v. réfl. Avoir une affection mutuelle. Très-sots enfants de Dieu, chérissez-vous en frères, volt. Ép. 97. || Avoir de l'affection pour soi-même. || Être chéri. La vertu ne peut trop se chérir.

— HIST. xii' s. Ne Olivier qui tant fit à chérir, Ronc. p. toi. Et li reisLoewiseFranceis l'unt chéri, Th. le mart. 95. Li prélat sunt serf Deu, li reis les deit chérir, t'6. 70. ||xm* s. Ma primeraine famme

j'] amai moût et cb.svi, Berte, cvm. || xv* s. Se je vous ay en mes dictez [vers] chéri [caressé , célébré], e. desch. Poésies mss. f°3G6, dans lacurne. S'avança le roy, et embrassa Garifer le jeune, et le baisa par moult de foys; si fist-il Nestor; et quant il eut les enfants assez chéri [caressé].... Perceforesl, t. u, f" 4, dans lacurne. || xvi*s. Combien qu'il eust entendu qu'en son absence le roi la cherissoit, si n'en put-il rien croire, maug. Nouv. m. Pourquoi il cherissoit ainsi ce jeune homme là seul, et abominoit tous les autres, amyot, Anton. 9t. Madame, ces vers méritent que vous les chérissiez; car vous serez de mon advis qu'il n'en est point sorty de Gascoigne qui eussent plus d'invention et de gentillesse, mont. i, 222. Tout du long du chemin venoient chérir la belle Les loups et les lyons a la face cruelle, baïf, Œuvres, p. (67, dans lacurne.

— ÉTYM. Cher.

CHÉRISSARLE (ché-ri-sa-bP), adj. Digne d'être chéri. La gloire la plus chôrissable est celle qui naît de la vertu. Et me rendre peut-être, à moi seul.chérissable La gloire périssable Des stériles travaux qui font tout mon emploi, J. B. rouss. Odes, iv, 2.

— HIST. xv* s. Mais manière plus convenable, Plus cheritable et resonnable Ne saroit nulz ymaginer, Conv. de Sl-Denis.\\ xvt's. Cherissable, cotgrave.

— ÉTYM. Chérir.

+ CHÉROLLE (ché-ro-1') , *. f. Espèce de vesce.

t CHERPILLE (chèr-pi-U' , Il mouillées), s. /'.Usage du Beaujolais suivant lequel les pauvres pouvaient faire la récolte malgré les propriétaires, quand le graiu était à maturité.

— ÉTYM. Ancien verbe charpiller, prendre, voler, dérivé de charpir. (Voy. charpir.)

T CHERSIE (kèr-sie), s. f. ou CHERSITE (kèrsi- 1'), s. m. Terme de zoologie. Tortue de terre.

— ÉTYM. Xepaoç, terre.

CHERSONÈSE (kèr-so-nê-z') , s. f. Terme de géographie. Presqu'île. Chersonèse Taurique ou Pontique, la Crimée. Chersonèse Cimbrique, le Jutland. Chersonèse de Thrace, la Romanie. Chersonèse d'or, la presqw'tle au delà du Gange.

— ÉTYM. Xeppovri<7o;, de y.é§poi ou y e'paoc, terre ferme, et v^ctoi;, île, c'est-à-dire Ile tenant à la terre ferme.

t CHERSYDRE (kèr-si-dr'), s. m. Terme de zoologie. Espèce de serpent de l'archipel indien.

— ÉTYM. Xep«t<k, terre, et ûoo>p, eau.

CHERTÉ (chèr-té), s. f. || 1° Prix des denrées qui

excède le prix ordinaire. Grande, excessive cherté de vivres. Le peuple était incommodé par la cherté des vivres, d'ablancourt, Tacite, dans richelet. || La cherté y est, se dit de certaines marchandises qui se vendent beaucoup, dont tout le monde veut avoir. Je n'y mettrai pas la cherté, je n'en achèterai pas. || 2° Prix élevé relativement à un prix antérieur. Nous entrons dans une période de cherté. || Proverbe. Cherté foisonne, c'est-à-dire quand les choses sont chères, on les ménage; et aussi les marchands, attirés par le haut prix, en apportent des quantités.

— HIST. xii* s. E quan il li conquist casteals e hérité, Tant le dettst il plus tenir en grant chierté, Th. le mart. 64. || xm* s. Fors Bertain la royne que [ils] tiennent en chierté [tendresse], Berte, lxvii. Ceus qui plus les ont en chierté [affection], la Rose, 7580. Por ce avint si grant chierté en l'ost, que, tantost que la Pasque fu venue, un beuf valoit en l'ost quatre vins livres, joinv. 230. || xv* s. Et lui conseille, comme doy, De toujours haïr faulceté; Car quiconque l'a en chierté, Amour chastier l'en fera.CH. d'orl. Bal. 30. ||xvr s. Hz avoient expressément procuré et moyené que ceste grande cherté advinst, amyot, Cor. 46. Combien c'est un sot déduit, qui ne le feroit valoir par fantasie et cherté, mont, m, 360.

— ÉTYM. Picard , querté; provenç. caritat , cartat; espagn. caridad; ital. caritd; du latin caritatem, de carus, cher (voy. cher). Dans l'ancien français, cherté signifie également cherté et charité, tendresse.

CHÉRUBIN (ché-ru-bin) , s. m. || 1" Ange qui est nommé dans l'Ancien Testament. Dieu mit un chérubin i la porte du paradis terrestre, saci, sur la Genèse, dans richelet. || Nom de figures dont la forme n'est pas bien connue, mais qui du moins avaient des pieds de veau {Éxéchiel, i, 7), etqui étaient placées dans le temple de Jérusalem. Voulez-vous que d'impurs assassins Viennent briser l'autel, ^brûler les chérubins? rac. Athalie, v, 2. || 2" Dans le christianisme, nom des anges du second rang de la première hiérarchie. || Familièrement. Il a une face de chérubin, il a un visage rond et coloré. || Rouge comme un chérubin. Joli comme un chérubin. || Terme d'amitié. Mon chérubin, mon petit chérubin. || 8° En peinture et en sculpture, tête d'enfant, avec des ailes, figurant un ange.

— HIST. xi' s. Deus y tramist son ange chérubin, Ch. de Roi. clxxiii. || xii" s. E nostre sires muntad sur chérubin e volad, Rois, 206.

— ÉTYM. Cherubim, pluriel de cherub, mot hébreu qui est le nom d'un ange et des figures du temple.

t CUÉRUB1QUE (ché-ru-bi-k') , adj. Qui a rapport aux chérubins. || Hymne chérubique, hymne qui, dans l'église grecque, se chante pendant la messe.

CHERV1S (chèr-vî) , s. m. Plante ombellifère et potagère {sium sisarum , L.).

— HIST. xvi" s. Les racines sont naveaux, pastonnades, carrotes, chervis ou giroules, o. de serres, 607. La plus asseurée manière de se pourvoir de chervis ou giroles, est par racines; ils sont originaires du païs septentrional, car c'est d'Alemaigne d'où l'empereur Tibère en fit transporter la race en Italie, in. 53i.

— ÉTYM. Origine inconnue. Espagn. chirivia; portug. cherivia.

T CUESTER (tchè-steur, ou, à la française, chèstèr), s. m. Fromage anglais renommé.

— ÉTYM. Chester, ville d'Angleterre.

CUÉTIF, IVE (ché-tif , ti-v'; les paysans des environs de Paris disent chéti et même cheti), adj. || 1" De peu d'importance, de peu de distinction, de peu de force, en parlant des personnes. Unchétif garçon de boutique, patru, Plaid. 2, dans richelet. X l'égard de ces hommes chétifs, la bruy. vi. Le monarque lui dit [au cerf] :Chétif hôte des bois, Tu ris! tune suis pas ces gémissantes voix, la font. Fob.vm, 44. 11 vint des partis d'importance, La belle les trouva

trop cnêtifs de moitié, m. ib. vu, t. Tout chétif et tout misérable qu'il est, il a été détroussé en France, balz. liv. vi, lett. 6. Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants, Régnier, Sat. xm. Un chétif centenier des troupes de Mysie, corn. Héracl. I, 2. Qu'entreprends-je, chétif , en ces lieux écartés?ROTR. SI Gen. m, 2. Éryphile n'est encore digne ni de vous ni du public, ni même de moi, chétif, volt. Lett. verselprose, 47. Et celui qui chétif aux misères succombe, Sans vouloir autre bienque le bien de la tombe, malh. i,4. Quand Crésus vit Esope, Us'étonna qu'une si chétive créature lui eût été un si grand obstacle, la font. Vie d'Ésope La ohétive pécore S'enflasi bien qu'elle',creva, id. Fab.i, 3. Quel ton, quel ascendant ne prennent-ils pas [les riches] sur les savants, quelle majesté n'observent-ils pas à l'égard de ces hommes chétifs que leur mérite n'a ni placés ni enrichis et qui en sont encore à penser et à écrire judicieusement ! la bruy. vi. || 2° En parlant des choses, qui n'a pas force, qualité. Une chétive récolte. Une plante chétive. Une mine ehétive. Comme un chien qui fait fête Aux os qu'il voit n'être pas trop chétifs, la font. Jum. Une flamme pieuse autant comme chétive, corn. Pomp. v, 1. Et mon bras n'est du sien qu'un chétif instrument Qui ne meut et n'agit que par son mouvement, rotr. Bélis. 1,4. Notre vigne n'est point si chétive qu'on le voudrait bien faire croire, p. L. cour. 2» lettre particulière. || Avoir chétive mine, avoir la mine basse, et aussi avoir l'air malade. || 8" Misérable, pauvre. Une vie, une chère chétive. Dans quelque urne chétive en ramasser la cendre, corn. Pomp. u, 2.

— HIST. xi' s. [Elle] Trait seschevels, si se clame caitive, Ch. de Roi. cclxxiv. Dist l'uns à l'autre : Caitif que deviendrons? t'6. cxc. Que deviendrai, douloureuse caitive lib. cxci. En France douce [elle] ert[sera] menée caitive, ib. cclxvui. || xii* s. Ainsi nos, caitif, comperrons [payerons] Les guerres de ces haus barons, crestien de troies , dans holland, p. 266. Corne chaitis [captif] mené, Honc. p. <6. Meurent paien corne chaitif dolent, ib. p. 77. A la chaitive [malheureuse] qui au mostier atent, ib. p. 4 73. Ceste chaitive qui de son dueil morra, ib. p. 4 74. Vous deUssiez querre leur délivrance [des prisonniers] ; C'est grant péchés, ses [si les] i laissez chaitis, quesnes, Romancero, p. 400. || xm* s. Qui caitif sert caitif loiier en sent, L. passy, Fragm. d'hist. lin. p. 89. Hél las, chétif, où irai? que ferai? anonyme , dans Coud. Et li consaus de Pempereour fu tiex qu'il s'iroit à lui combatre , pour secorre les chaitis et les chaitives que il enmenoit, villeh. clxiv. Neis [même] Avarice la chétive N'ert pas si à prendre ententive, la Rose, 4439. Moult est chetis et fox nais Qui croit que ci soit son païs, t'6. 6049. Et se ne vous plet, si vous preingne pitié de ceste chietive qui ci gist, que vous attendes que je soie relevée, joinv. 252. Car qui à chétif seigneur sert,

Il en atent chétif loier, les Vers du monde Dan

Macrobe Vestu d'une chétive robe, Bat. des 7 arts. Il xv* s. Le plus petit, maigre et chétif cheval qu'il

put trouver, froiss.i, i, 23 Diex ! doux valet,

Di-je lors, es-tu si quatis [caché]? Par ma foi, tu es uns quetis, Quant tous seuls tu es en prison, froiss. Le dit dou florin. Ainsi ma vie se compassé, Maleureuse, chétive et lasse, En paineet maulxdont trop recueil, ch. d'orl. Rond. Nuz [Dieu] les créa, et puis l'ame leur mist Ou chétif corps, sans faire différence, e. desch. L'habit ne fait pas l'homme. Vaut-il pas mieux avoir la couleur rouge et vive, Riche de beaux rubis, que si pale et chétive Ainsi qu'un buveur d'eau? basselin, 11. || xvi* s. Aux cœurs chétifs tu remets l'espérance, rons. 703. De tous les animaux qui marchent sur la terre L'homme est le plus chétif: car lise fait la guerre Luy-mesmes à soy-mesme.... id. 815. Il [l'homme] n'est pas assez chestif, si par art et par estude il n'augmente sa misère, mont. 1, 227.

— ÉTYM. Bourguig. cheti; berry, ch'ti, au féminin ch'lile, chaitis; provenç. captiu, caitiu; anc. catal. caitiu; anc. espagn. captixo ; espagn. mod. cautt'vo; portug. cativo; ital. caltivo;du latin captivus, prisonnier (voy. captif). Chétif, envieux français, signifie captif, et de là, faible, misérable.

CHÉTI VKMENT (ché-ti-ve-man), adv. D'une manière chétive. Cet homme vit chétivement. Entretenir une personne chétivement, patru, Plaidoyer 4, dans richelet.

— ÊTYM. Clietive, et le suffixe ment.

t CHÉTIVETÉ (ché-ti-ve-té), s. f. Qualité de ce qui est chétif.

— HIST. xm* s. La chaitivitet de Sion.... la nostre caitivetet, Psautier, dans raynouard, captiritat. Car se tu l'avoies pressé [ton cœur] , je 1' tenroie

CIIE

CHE

& chetiveté, la Rose, 226a. || xV s Gens qui

dissent vérité Pour son honour et pour leur conscience, Sanz mal engin et sanz chetiveté, E. descii. Ce qui est nécessaire aux roys. Et après qu'il eut robe toute la cité de Nicosie, et réduit le peuple en chetiveté, MONSl'REL. II , 39.

— ÊTYM. Provenç. caplivitat; espagn. cautividad; ital. ca(tt'«i(d;du latin captivilatem, de captieus (voy. captif et chétif). Chetiveté, dans l'ancien Irancais, signifie captivité et état chétif.

f CUÊTODON (ké-to-don) , s. m. Terme da zoologie. Nom d'un genre de poissons qui ont les dents fines comme du crin. Les chétodons.

— éty.m. Xai-ni, crinière, et è8où«, dent.

t CHÉTOPODE (ké-to-po-d'), s. m. Terme d'entomologie. Qui a des soies pour pattes. ||S. m. Les chétopodes.

— ETYM. XaltT), crinière, et 7toûi;, noSà;, pied. t CHÉTOPTÈRE (ké-to-ptê-r'), *. m. Terme de

zoologie. Sorte d'annélide chétopode rapportée des Antilles. Leschétoptères sont desannélides nageuses.

— ÊTYM. Xair/i, crinière, etirrepôv, aile.

t CHÉTRON (ché-tron) , s. m. Terme de métier. Tiroir sur le côté d'un coffre.

f CUEVAGE (che-va-j'), s. m. Terme de droit léodal. Droit dû par tout chef de famille bâtard ou aubain (Étymologie : chef).

| CUEVAGE, s. m Action de donner au verreramolli par la chaleurla forme d'un moule(Ëtym.chefer).

f CHEVAINE (che-vè-n') , s. f. Syn. dechevanne.

CHEVAL (che-val), s. m. || 1" Animal domestique de la famille des solipèdes, qu'on emploie à tirer ou à porter. Cheval de charrette, de carrosse, de main, de bataille. La bouche d'un cheval. Panser, étriller, ferrer, seller, brider un cheval. Un cheval fin, ardent, plein de feu, souple, léger à la main, obéissant. Cheval qui porte bien sa tête. Un cheval vicieux, ombrageux, pesant à la main. De rage et de douleur le monstre bondissant Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant, bac. Phèd. v, «. J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureui fils Traîné par les chevaux que sa main a nourris, id. ib. Sous les pieds dos chevaux cette reine foulée, id. Àthal. i, I. On commença la course des chariots, que l'on distribua au sort; le mien se trouva le moindre pour la légèreté des roues et pour la vigueur des chevaux, fên. Tél. v. Lâchant les rênes à ses chevaux fumantsde sueur, id. ib. Mes chevaux s'animèrent et se mirent peu à peu en haleine, id. «o. Hippomaque poussant trop ses chevaux, le plus vigoureux s'abattit, id. ib. Mes chevaux, mieux ménagés que les siens, étaient en état de le devancer, id. ib. Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant, De peur que, tout à coup efflanqué, sans haleine, 11 ne laisse en tombant son maître sur l'arène, boil. Ép. x. || Cheval de relais, cheval tout préparé dans les postes pour prendre la place de celui qui vient de faire une traite. On avait préparé des chevaux de relais, sur lesquels ils furent sur-lechamp conduits à Leipsic, où on les enferma étroitement, volt. Charles XII, 2. Il en est ainsi de poste en poste dans le royaume; vous changez de jurisprudence en changeant de chevaux, id. Dial. 2. il Cheval de service, dans le langage de la féodalité, cheval dû par le vassal au seigneur. || Tirer un criminel à quatre chevaux, écarteler un criminel, en attachant un cheval à chacun de ses membres. || Fig. N'avoir ni cheval ni mule, être fort gueux. || Chercher quelqu'un à pied et à cheval, faire toutes les diligences pour le trouver. || C'est un cheval échappé, c'est un jeune homme qui n'écoute ni autorité ni conseil. Athamare est un jeune cheval échappé, amoureux comme un fou, volt. Lett. d'Argental, 27 avril (767. || C'est un vrai cheval à la besogne, c'est un homme dur à la peine, grand travailleur. Mon esclave travaille comme un cheval, je le nourris mal, je l'habille de même, volt. Dial. xxiv, î. || Fig. et familièrement. Cheval de carrosse, chepal de bât, gros cheval, ou, simplement, cheval, homme rude, grossier, intraitable. C'est un vrai cheval. C'était [le chevalier de Nogent] une manière de cheval de carrosse qui était de tout temps ami de Saint- Pouange, st-sim. <9<, 68. Comment, grand cheval de carrosse! mol. Bourg, n, 3. || Fig. C'est le cheval de bât, se dit d'un homme chargé, dans une maison, dans une communauté, de la grosse besogne. || Dans le pas d'un cheval, c'est-à-dire facilement, sans peine, sous les pieds. Croit-il que mille cinq cents livres se trouvent dans le pas d'un cheval? bol. Fourb. u, H. Cinquante mille francs, c'est un joli denier; et, comme on dit, ça ne se trouve pas tous les jours dans le pas d'un cheval, cb. de berhard, le Gendre, § 6. || Aux enseignes des hôtelle-

ries, un tel loge à pied et à cheval, c'est-à-dire un tel donne le logement aux hommes et aux chevaux. || Fig. C'est son cheval, son grand cheval de bataille, c'est l'argument dont il s'appuie, l'idée à laquelle il est attaché. La cérémonie est le cheval de bataille de lanoblesse campagnarde, hamilt. Gramm. (0. || Monter sur ses grands chevaux, prendre les choses avec résolution, avec hauteur, se gendarmer; locution venue de ce que les chevaliers allant en guerre et chevauchant sur de petits chevaux montaient, pour combattre, sur de grands chevaux. Je vous vois montée sur vos grands chevaux, sév. 537. Dessus ses grands chevaux est monté mon courage, mol. Sgan. 21 .Voyant qu'elle montait sur ses grands chevaux, hamilt. Gramm. 9. Elle monta sur ses grands chevaux au lieu de se justifier, id. ib. t i . || Brider son cheval par la queue, s'y prendre à contre-sens dans une affaire. || Fièvre de cheval, fièvre violente. || Médecine de cheval, médicament très-fort. || Familièrement. Écrire à quelqu'un une lettre à cheval , écrire une lettre où on le gourmande vertement. || 2° Homme de cheval , un cavalier. Une troupe de gens de cheval. Soit de gens de cheval ou soit de gens de pied, régn. Sat. xi. Il n'y avait point de meilleurs hommes de cheval que les Egyptiens, boss. Uist. m, 3. Du Plessis, écuyer de la grande écurie et le premier homme de cheval de son siècle, st-sim. 37, <74. Les Romains tireront de leurs alliés 700 000 hommes de pied, et 70 000 de cheval, montesq. Rom. 4. || Monter à cheval signifie quelquefois apprendre à monter à cheval. 11 a monté à cheval sous un tel. || Mettre quelqu'un à cheval, lui enseigner l'équitation. C'est un tel écuyer qui a mis ce jeune homme à cheval. || Eu termes de manège, cheval de deux cœurs, celui qui ne se manie que par contrainte. Cheval dans la main, celui dont l'encolure, la tête et le corps sont dans un parfait équilibre. Cheval entier à une main, celui qui refuse de tourner d'un côté. Cheval de pas, celui qui va un grand pas fort à l'aise. || 8° S. cheval, loc. adv. Sur un cheval. Se promener à cheval. Montrez-lui comme il faut.... Passer les jours entiers et les nuits à cheval, corn. Cid, i, 7. Pour les faire monter à cheval, boss. Hist. in, 6. M. le Chantre sera toujours prêt à monter à cheval, id. Lett. abb. 72. Sortis, il me demande : êtes-vous à chevalî Régnier, Sot. vin. || Elliptiquement, achevai, messieurs I c'est-à-dire montez à chevaL || Par analogie, à califourchon, jambe deçà, jambe delà. Il était à cheval sur le haut du mur. || Terme de guerre. Être à cheval sur un fleuve, sur uae rivière, sur une route, avoir des troupes placées sur l'une et l'autre rive, sur l'un et l'autre côté de la route. || Fig. Être à cheval sur quelque chose, n'en pas démordre, s'en prévaloir, y revenir sans cesse. Etre à cheval signifie aussi être solidementétabli. || Fig. Être mal à cheval, être mal dans ses affaires. || Il se tient mieux à table qu'à cheval, se dit d'un écornifleur. || 4" S. m. plur. Terme de guerre. Cavaliers. Il avait dix mille hommes de pied, avec deux mille chevaux. C'était vous, intrépide Nemours, qui meniez ces fameux chevaux aux combats, chateaub. NatcK. i, 92. || Les grands chevaux, nom qui était donné aux quatre principales familles de la noblesse de Lorraine. Les petits chevaux, la noblesse inférieure de Lorraine. || 5° Cheval fondu, jeu d'enfants dans lequel l'un, saute pardessus l'autre qui a le corps plus ou moins fléchi. || 6° Cheval de bois, figure de bois sur laquelle on apprend à voltiger. [Il] fait crever les courtauds en chassant aux forêts, Court le faquin, la bague, escrime des fleurets, Monte un cheval de bois.... rjbgnier, Sol. v. || Anciennement. Cheval de bois, pièce de bois qui, taillée en arête et mise sur des tréteaux, servait à une punition de soldat. Ce soldat, ayant fait un faute, fut mis pendant deux heures sur le cheval de bois. || Cheval de Troie, cheval de bois renfermant des guerriers dans ses flancs, au moyen duquel les Grecs prirent la ville de Troie. || Les courtisans du cheval de bronze, s'est dit jadis à Paris des filous et personnes de mauvaise vie qui se tenaient sur le pont Neuf auprès de la statue d'Henri IV, pour y attraper quelqu'un. || 7" Cheval de frise, en termes de guerre, grosse poutre carrée, traversée par trois rangs de pieux de bois, dont les bouts sont armés de pointes de fer, ainsi dite parce que cet engin a d'abord été employé dans la Frise. || Cheval de frise ou patte de coq, espèce de support dans une fabrique de poteries. || 8° Terme d'astronomie. Un des noms vulgaires de la constellation de Pégase. || Petit Cheval, constellation de l'hémisphère septentrional. || 9" Chevakvapeur ou simplement cheval, unité conventionnelle dont on se sert pour évaluer la force motrice des machines à vapeur,

et qui équivaut à une force capable d'élever un poids de 75 kilogrammes à la hauteur d'un mètre ians l'unité dô temps ou seconde. || 10° Dans les carrières de marbre, on appelle cheval de terre, un espace où le marbre manque et qui se trouve rempli d'une masse de terre. || Trou rempli de terre qu'on trouve quelquefois dans un bloc. || 11" Terme de zoologie. Cheval cerf, nom d'un mammifère observé en Chine et qui paraît être l'antilope gnus (ruminants) dite vulgairement gnou. || Cheval du Cap, nom donné par quelques voyageurs au cheval quaccha, qui est le couagga de Buffon. || Cheval marin, cheval de rivière, hippopotame, et plusieurs poissons. || Cheval du bon Dieu , grillon. || Cheval marin, animal fabuleux, qu'on représente avec le devant d'un cheval et le derrière d'un poisson. j| 12» Terme de métier. Siège sur lequel l'ouvrier s'assoit pour façonner l'ardoise. || Proverbes. Cheval de foin, cheval de rien; cheval d'avoine, cheval de peine. || Fermer l'écurie quand les chevaux sont dehors, c'est-à-dire prendre des précautions quand le mal est arrivé. || Il fait toujours bon tenir son cheval par la bride, c'est-à-dire il fait bon être maître de ses affaires, de son bien. || Il est bien aisé d'aller à pied quand on tient son cheval par la bride, c'est-à-dire on souffre volontiers de petites incommodités quand on peut s'en délivrer aussitôt qu'on veut. || Des femmes et des chevaux, il n'en est point sans défauts. || Un coup de pied de jument ne fait point de mal au cheval, c'est-à-dire un homme doit prendre galamment les malices que lui font les femmes. [| Â un cheval hargneux, il lui faut une étable à part, c'est-à-dire il faut se tenir loin des hommes querelleurs, diflicultueux, méchants. || Les chevaux courent les bénéfices, et les ânes les attrapent, c'est-à-dire les récompenses ne vont pas à ceux qui les méritent. || Je lui ferai voir que son cheval n'est qu'une bête, c'est-à-dire je lui ferai voir qu'il se trompe lourdement. Je voudrais bien qu'elle eût soufflé devant moi et qu'elle s'avisât de traverser ce que j'aurais résolu; je lui ferais bien voir que son cheval ne serait qu'une bête, hauteroche, Crispin médecin, i, 2. || Qui aura de beaui chevaux si ce n'est le roiT c'est-à-dire il n'est pas étonnant qu'un homme riche et puissant ait ce qu'il y a de mieux. || Il n'est si bon cheval qui ne devienne rosse, c'està-dire l'âge affaiblit les corps, les esprits les plus vigoureux. Et, en sens inverse, jamais bon cheval ne devint rosse. || X jeune cheval vieux cavalier, c'està-dire pour conduire un jeune cheval, et figurément, pour diriger des gens inexpérimentés, il faut un homme expérimenté. || Il est bon cheval de trompette, c'est-à-dire le bruit, les menaces ne l'effrayent pas. || Changer son cheval borgne contre un aveugle, changer une chose mauvaise contre une autre plus mauvaise encore. || À cheval donné on ne regarde point àla bouche, à la bride, c'est-à-dire un don est toujours bienvenu. |j II n'est si bon cheval qui ne bronche, c'est-à-dire le plus sage, le plus habile peut commettre des fautes. || Jamais cheval ni méchant homme n'amenda pour aller à Rome, c'està-dire on ne se corrige pas en voyageant. || L'œil du maître engraisse le cheval, c'est-à-dire il faut surveiller ses affaires. || Après bon vin, bon cheval, c'est-à-dire quand on a un peu bu, on est plus hardi. || L'âge n'est que pour les chevaux, c'est-à-dire il ne faut pas s'enquérir de l'âge des personnes. Laissons l'âge à part; aussi bien, comme on dit, il n'est que pour les chevaux, hauter. Crispin médecin. i, I. || Â méchant cheval bon éperon, c'est-à-dire il faut de la fermeté dans les affaires difficiles.

— SYN. hommes de cheval, gens de cheval. Le» gens de cheval, c'est la cavalerie. Cette locution a toujours un sens collectif qui n'appartient pas à hommes de cheval; c'est pour cela qu'on dit millo hommes de cheval, et qu'on ne peut dire mille gens de cheval.

— HIST. xi* s. Cil ki aveir [bétail] escut [retire] u chivalz u buefs, Lois de Guill. 8. Puisque il sont as chevals et as armes, Ch. de Roi. lxxxv. Sur Veillantif, son bon cheval courant, ib. lxxxix. Sire, à pied estes, et je sui à cheval, «7j. a.vn. || xir* s. Chevaus de pris, Ronc. p. 7. Ses chevaus [son cheval] fu en vingt lieus assenez, ib. p. 96. Je le defen à cheval etàpié, t'b.p. <87.SurIeschevax [ils] montèrent qu'on leur tint au perron , Sax. xxii. Les chevals Saint Thomas tuz ensemble [Us] enmenerent, Th. le mari. p. (52. \\ua' s. Et chascuns chevaus donra quatre mars, et chascuns homs dui [deux], villkh. xiv. Lors furent li cheval trais des huissiers [vaisseaux], id. lxiii. Chevaus, or et argent leur fist on présenter, Berte, in. Il doit deus deniers de tonlieu pour chascun cheval, se li chevaus est vis [vif], Livre

CUE

des met. 34 6. Et la court deit connoistre que la bataille deit estre à chevau, au quarantisme jor, Ass. de Jér. i, 462. Je voi que qui cheval acheté, N'iert ja si foi que riens i mete, Commentque l'en l'ait bien couvert, Se tout nel voit à descouvert, la Rose, 8707. Et quand les chevaus aus Sarrazins et aus Beduins avoient poour [peur] d'un bisson [buisson], joinv. 203. Oui n'a cheval si voist [aille] à piét, leroux de lincy, Prov. t. i, p. 463. Miex vault le cheval Bertran, Oui souvent menjue [mange] avaine Que cil qui fait la crevaine [qui crève] , Âne. poésies fr. du Vatican, dans lacurne. Se ses quevax muertou afole, beaum. 64. H xiv s. La où li chevaux chiet [choit], on le vaitescorchant, Guescl. 40834. || xv s. Par ma foy, mes chevaulx se lasse, Et dit que les nois [neiges] et la glace L'ont destruit.... e. desch. Poésies, f* 368, dans lacurne. Dix huyt cens hommes de cheval, comm. iv, i. Se l'autre son compagnon avoit bien fait du mauvais cheval et en maintien et en paroles, encore en fit il plus, louis xi, Nouv. xxxin. Un cheval a quatre pieds et si chiet [et pourtant tombe], leroux de lincy, Prov. 1. 1, p. 4 64. En vérité il m'est mescheu; dont je suis dolent, mais c'est sur le tard , et me puis comparer à celluy qui ferme Pestable quant on lui a emblé son cheval, Perceforest, t. m, f* 88. || xvi* s. Un esclave qui vint à tue cheval l'avertir, Mém.surD. G. ch.xvm. Voyant rapporter le corps d'un homme de cheval, «ont. i, 8. Se sentant eschapper du [tomber de] cheval, id. I, 4». Apprendre à montera cheval, id. I, 41.0. En sa mort, on sent Caton tousjours monté sur ses grands chevaulx, id. iv, 4 93. Il y eut quelques chevaulx légers numidiens, qui par le chemin rencontrèrent.... amyot, Xarcell. 60. Il y mourut, non en aapitaine, ains en cheval léger et en avant coureur, id. Pélop. et Marcell. comp. 6. Dix mille hommes de pied, mille chevaux, et une flotte de cent voiles, id. ib. 64. Faire du cheval eschappé, id. Caton, 66. Qu'es-tu toy? archer, picquier, homme d'armes ou cheval léger ? id. Que la vertu se peut apprendre , 8. La Rivière, le plus diligent et laborieux caval léger qui fust au service du roi, d'à un. Hist. i, 333. On faisoit bouillir les cuirs, les peaux de cheval et de chiens, m. ib. n, 66. Ils firent du pain de paille hachée et d'ardoise, y meslant du fumier de chevaux, id. «6. il, 67. Ne trouvant dedans autres garnisons que quelque peu de soldats pour garder les grands chevaux de Joieuse, ni. t'6. n, 68. Il perce un grand pais de Beausse tout semé de chevaux-legers, id. t'6. u, 488. Kn cheval léger, u>. ib. m, 243. Pour forcer les villes : béliers, chevaux, vignes, tortues, balistes, pare, a, Préface. Leurs trompettes et clairons ronfloient et sonnoient boutte selle, boutte selle, monte à cheval, monte à cheval, boutte selle, monte à caval, à eaval, id. t. Ht, p. 703. Tu resembles au viel cheval de mon père, tu ne veulx poynt marcher jusques à tant que tu soyes picqué, palsgr. p. 427. Et comme l'on dict, nous vendons nostre cheval pour avoir du foin, charron, Sagesse, I, 22. N'achapte cheval jouant de la queue , GÊNra, Récréât, t. n, p. 246. Quand plus ne peult ne haut ne val , à la charrue va le cheval, id. t'6. p. 248. Se houser et n'avoir cheval,id. t'6. p. 249. Cheval courant, sépulture ouverte, lerodx de lincy, Prov. t. i, p. 4 59. Cheval fait et valet à faire, cheval fait et femme à faire, id. ib. Cheval rogneux n'a cure qu'on l'estrille , id. t'6. X nouveau cheval , nouvelle selle, id. ib. p. 4 60. X cheval rueur, d'avant passe , id. ib. Aux chevaux maigres va la mouche, id. ib. Bien mérite d'aller à pied qui n'a soin de son cheval , id. t'6. p. 4 6 4 . Bride et esperon font le cheval bon , id. t'6. Il feit comme les bons chevaux , il s'eschauffe en mangeant, id. t"6. p. 462. 11 ne faut pas lier les asnes avec les chevaux , id. t'6. Un bon cheval fait les lieues courtes, id. t'6. p. 463. Un cheval est bien meschant [mauvais] s'il ne peut porter sa selle, id. ib. p. 4 84. Comment, dit Mandragor, vous parlez achevai et fort glorieusement pour une femme ; par Dieu, si vous ne fussiez aussi bien au pouvoir de la royne vostre maistresse qu'elle mesme est en celuy du roy mon maistre , je vous feras bien abaisser vostre caquet, Don Flores de Grèce, f*xxxvi, dans lacurne. Ny estoit coustume de venir à telz biens par force ny en parlant à cheval, veu que tous ceux qui se humilioient jusqu'à terre et qui ne servent que d'obeîr et complaire, à grand peine y peuvent ilz parvenir, Aresta amorum, p. 4 36, dans lacurne. On doit estre maistre de son cheval , compagnon de son chien et valet de son oiseau , fa vin , Théâtre d'honn. t. n, dans lacurne. On touche toujours sur le cheval qui tire, cotgrave. Il n'y a cheval si bien ferré qui ne glisse, id. Qui n'a cheval ne chariot, il ne (iharge pas quatui il veut, id.

CHE

— ÉTYM. Picard, kevau, guevau, gval, keval; wallon, cMr<î;bourguig. chevau; Berry, oetau, un chevau, des chevals ; Saintonge, chet.au; provenç. cavalh; catal. caball; espagn. caballo; ital. cavallo ; du latin caballus, cheval de fatigue; grec, xaëd).- Xt]ç, qui paraît être un mot de la Grande-Grèce, et, par conséquent, de l'Italie et qu'on rapproche du sanscrit tchapala, rapide. Dans l'ancien français, nominatif singulier chevals, ihevax, chevaus, régime cheval; nominatif pluriel cheval, régime chevals, chevax, chevaus. On voit que notre distinction de cheval, chevaux, est un reste de la déclinaison de l'ancien français.

t CUKVALÉE (che-va-lée), *. f. Charge d'un cheval.

— HIST. xv* s. Et lors de la monnoie dessus dite valoit une chevalée de blé sept ou huit francs, monstrelet, liv. i, ch. 247.

— ÉTYM. Cheval.

CHEVALEMENT (ehe-va-le-man), s. m. Terme d'architecture. Appareil formé par des planches ou madriers placés sur des étais pour supporter un mur qu'on reprend en sous-œuvre.

— étym. Chevaler.

CHEVALER (che-va-lé), t>. n. || 1* Faire des allées et venues, des démarches pour une affaire. Il m'a bien fait chevaler. Vieilli en ce sens. || 2" Terme de manège. Chevaucher, passer sur les voltes en croisant les jambes de devant. || 3° Faire usage d'un chevalet. Les scieurs de long chevalent. || 4* Y. a. Chevaler les cuirs, les travailler sur le chevalet. || 5" Chevaler un mur, l'étay^r avec des chevalemen *.

— HIST. xv* s. Vous cheez par une recrue souffrance en leur servitute, comme les perdris qui, en fuiant à despourveue négligence le perdrieur qui les chevale [poursuit], cheeru en sa tonnelle, a. chartier, l'Espérance, p. 27a, dans lacurne. || xvi* s. Avec les caphardes paroles De ces moines à testes folles Qui vous chevalent [tâtonnent] pour leur bien, marot, iy, 4 87, Ainsi font 1m grands voleurs et les fameux coursaires : les uns descouvrent le pays, les autres chevalent les voyageurs, la bobtie, 64. C'estoient de son costé principalement, que l'une des poinctes de la bataille des ennemis s'approchoit le plus près, et le chevaloit pour l'environner par derrière, amyot, Crassus, 47. Il ne luy voulut pas courir sus à toute oultrance, ains seulement le feit chevaler tout alentour, commandant à ses soudards qu'ilz l'espargnassent luy et ses gens, id. Brutus, 32. Ces trois harpies avoient, tout le matin, au desceu l'un de l'autre poursuivi, importuné et chevale sa majesté, pour engloutir ce bénéfice, carl. ii, 40. Se voyant à toute force chevalé, picqué, esperonne et, pour mieux dire, suborné, pasquier, Lettres, t. n, p. 38, dans lacurne. Dans Lyon on avoit projette de faire assassiner le roy, soudain après sa conversion; et sur ce projet il avoit esté chevalé jusquei dans Melun par un meschant homme , lequel y fut prins, id. t&. p. 272. Et après l'avoir par longs ambages chevalé, tasté et tenté, id. t'6. p. 343. Ce pauvre esprit, de ceste façon chevalé, se laisse aller à la volonté et discrétion de celui qui le mené d'une parole amadouante, id. Recherches, liv. m, p. 298. Jamais personne accusée ne fut tant chevalée par un juge pour estre surprise que la pucelle d'Orléans, et toutesfois personne ne respondit plus a propos que cette-cy, id. t'6. liv. vi, p. 47-i.

— ÉTYM. Cheval.

CHEVALERESQUE (che-va-le-rè-sk') , adj. Qui appartient à un chevalier; digne d'un chevalier. Bravoure, franchise chevaleresque. Conduite chevaleresque.

— ÉTYM. Ital. cavalleresco ; catal. caballeresc; espagn. caballeresco Jvoy. chevalier). Ce mot est récemment emprunté à l'italien; il ne se trouve ni dans les éditions du Dictionnaire de l'Académie avant celle de 1 835, ni dans Furetière ni dans Richelet. L'ancien français disait chevalereux , usité jusque dans le xvi* siècle. On a dit aussi chevaleresse pour femme de chevalier, Jt'tt'ere chevaleresse pour litière appartenant à un chevalier.

tCHEVALERESQUEMENT(che-va-le-rè-ske-man), adv. D'une manière chevaleresque.

— ÉTYM. Chevaleresque, et le suffixe ment. CHEVALERIE (che-va-le-rie) ,s.f.\\l° Institution

militaire, propre à la noblesse féodale et consacrée par la religion. Les siècles de la chevalerie. Voilà où aboutit une aventure [descente du prince Edouard en Ecosse] qui eût réussi dans les temps de la chevalerie, mais qui ne pouvait avoir de succès dans un temps où la discipline militaire, l'artillerie et surtout l'argent décident de tout à la longue, volt. Louis XV, 26. || La chevalerie errante, les chevaliers

CHE

errants. || Romans de chevalerie, romans où sont décrits les exploits, les caractères, les mœurs, les aventures, les amours des chevaliers tels que l'imagination les avait idéalisés. || Faire chevalerie, se disait, dans la langue du moyen âge, des actes de vaillance ou de courtoisie que faisait un chevalier. || 2° Le corps des chevaliers, la cavalerie noble. Rodrigue, à la tête de sa chevalerie, subjugua le royaume de Valence, volt. Mœurs, 44. || Fine fleur de chevalerie, se disait pour l'élite des chevaliers et aussi pour un chevalier accompli. || 3* Qualité, rang de chevalier.|| 4" Ordre de chevalerie, distinction honorifique instituée par divers souverains. Être décoré de plusieurs ordres de chevalerie. Non, d'aucune chevalerie Je n'ai le brevet sur velin, bêrang. Vilain. || 6* Race noble. Cette maison est d'ancienne chevalerie. || La noblesse. Un roi entouré de sa chevalerie.

— HIST. xi* s. Donc aurez fait gente chevalerie, Ch. de Roi. xuii. N'i a paien de tel chevalerie, t'6. lxxv. || xii* s. Tant est Rolans pleins de chivalerie [vaillance] , Ronc. p. 28. [Il] Va demandant pris de chivalerie, t'6. p. 58. Et là doit-on faire chevalerie, Où on conquiert paradis et honor, qufsnes, Romancero, p. 93. Si faisons assembler nostre chevalerie, Sax. xxxii. || xni* s. X Paris la cité [il y] ot grant chevalerie, Berte, n. Je vueil qu'o vous s'en voist [aille] noble chevalerie [nobles chevaliers], ib. lxxii [Roland] Qui fut preus et hardis, pleins de chevalerie, t'6. cxliv. Atant se parti li chevaliers dou roi, sans saluer, et passa mer et trouva le roi Richart à Londres à tout grant chevalerie et li dist, Chr. de Rains, p. 69. Est- il greignor forsenerie Que d'essaucier chevalerie, Et d'amer gens nobles et cointes Qui robes ont gentes et jointes? la Rose, 42432. Et li fust ostés li estas de chevalerie, beaum. xlv, 29. Fié [fief] qui ne deit servise que d'une chevalerie ne se part mie entre suers, Ass. de J. I, 224. Avec le conte de Brienne avoit un vaillant clerc qui estoit evesques de Rames, qui maintes "bêles chevaleries avoit faites en la compaingnie le conte, joinv. 27t. Chevalerie amors resanble, Si ont pris compaignie ensemble; Hardi covient estre ameor [amant], Ausi corn le combateor, Ovide, Dearte, ms. f* 97, dans lacurne. || xiv* s. Si comme médecine quert un bien, et chevalerie un autre bien, oresme, Eth. vu, 43. || xv* s. Si s'avisera qu'il la conforteroit [Tournay] tellement et y envoieroit si bonne chevalerie que la cité seroit toute seure et "bien conseillie, froiss. i, i, 126. Peu en affiert à moy de mercy, je ne suis que ung seul homme; la chevalerie qui avec moy estoit, qui les prouesses firent, en doivent avoir l'honneur. Sire chevalier, dit le roy, vous dictes vostie plaisir, mais le bon chef fait la bonne chevalerie, Perceforest, t. n, f° 96. || xvi's. Loyaux aides sont coutumierement dus pour chevalerie [réception comme chevalier] du seigneur ou de son fils ainô, loysel, 605. Masistius, gênerai de la chevalerie des Perses, amyot, Arist. 34.

— ÉTYM. Chevalier; provenç. cavalaria, eavalayrt'o; espagn. caballeria; ital. cavalleria.

CHEVALET (che-va-lè ; le t ne se lie pas ; au pluriel l's se lie: les che-va-lè- z et...; chevalets rime avec traits, jamais, succès), s. m. || 1* Support pour tenir l'objet sur lequel on travaille. Chevalet de corroyeur, de scieur de dois, de peintre. || Terme de peinture. Tableau de chevalet, tout tableau d'une étendue quelconque et autre que les fresques et les plafonds. || Terme d'astronomie. Chevalet du peintre, petite constellation méridionale. || 2" Instrument de punition , sorte de cheval de bois dont le dos était fait en talus et sur lequel on mettait des soldats qui avaient commis quelque faute , en leur attachant des boulets aux pieds. || Instrument de torture analogue usité dans Pa-tiquité. Il expira sur le chevalet. || 3° Mince pièce de bois qui supporte les cordes tendues sur la table d'un violon, d'un alto, d'un violoncelle et de tous les instruments de la même famille. Le chevalet repose sur la table supérieure de l'instrument et lui communique les vibrations des cordes. || 4° Terme de construction. Grand tréteau en charpente. || Pièce d'étai dans les réparations. || Natte de paille que le couvreur place sous les échelles étendues sur les combles. || 6* Terme de chasse. Bâton garni de chevilles pour apprendre au chien d'arrêt à rapporter. || 6° Terme de pêche. Instrument du fabricant d'hameçons. || 7* Terme de métier. Banc de travail dans plusieurs métiers. || Boîte à l'usage du cartier. || Pièce d'une presse d'imprimerie. || Armature d'une fusée de guerre. || Machine à forer dont se servent les serruriers. || 8° Espèces de chevaux de frise en travers des rivières. || 9* Appareil de support pour les

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armes dans un camp. || 10° Terme de marine. Chacun des deux montants qui portent la roue du gouvernail. || Machine pour passer les câbles d'un lieu à un autre. || il* Terme de botanique. Nom vulgaire de l'arum vulgaire.

— HIST. xv* s. Et avec eux vinrent gens pour gagner, qui amenèrent sur petits chevalets [chevaux] et sur petites mules, pain mal cuit, povre vin, froiss. i, i, 39. Et chargèrent douze petits chevalets de douze sacs, ID. 1,1, 434. Si devez savoir que tantost il monta sur son chevalet fse fâcha], car il avoit la teste chaude et fumeuse, louis xi, Nouv. v. || xvi* s. Ils les detiroient sur le chevalet [supplice], amyot, l.ucull. 35. Il fist desmonter environ 70 harquebuzes à croq de dessus leurs chevalets, et les fist porter par ses gardes, carloix, vi, 4 5.

— ÊTYM. Diminutif de cheval; wallon, chafolè ; •spagn. cahallete ; ital. cavalletto.

CHEVALIER (che-va-lié; IV ne se lie jamais; au pluriel l't se lie : les che-va-lié-z et leurs dames) , s. m. || 1" Citoyen du deuxième des trois ordres dans la république romaine. Romulus partagea le peuple en patriciens, chevaliers et plébéiens. Ce nom leur fut donné parce que les chevaliers avaient un cheval entretenu aux frais de l'Etat, X la fin de la république les clfevaliers avaient la ferme des revenus publics. Cicéron appartenait à l'ordre des chevaliers. || 2" Au moyen âge, celui qui avait reçu l'ordre de la chevalerie. Le chevalier se disait miles dans le latin du moyen âge. Des chevaliers français tel est le caractère, volt. Zaïre, H, 3. || Armer quelqu'un chevalier, le recevoir chevalier, cérémonie dans laquelle on remettait au nouveau chevalier ses armes, ce qui se disait dans l'ancienne langue l'adouber. || Chevalier errant, chevalier qui allait par le monde se présenter aux tournois, jouter contre tout venant, et ainsi acquérir los et renom. Ferons-nous d'Emileun chevalier errant, un paladinrj. j. rouss. Ém. iv. || Fig. Se faire le chevalier de quelqu'un, prendre sa défenseavec chaleur. || Le chevalier d'une dame, celui qui lui rend des soins assidus. || 3° Membre d'un ordre religieux et militaire. Les chevaliers du Temple, de Malte. || 4°Celui qui a obtenu la décoration d'un des ordres institués par un souverain; et, spécialement, celui qui a le dernier grade dans les ordres qui en comptent plusieurs. Chevalier de la Légion d'honneur. || Chevalier des ordres du roi, chevalier de Saint-Michel et du Saint-Esprit. || Chevalier de l'ordre du roi, chevalier de Saint-Michel. || Chevalier de l'ordre, chevalier du Saint-Esprit. || Chevalier est un titre de noblesse au-dessous de baron en France, et de baronnet en Angleterre. Votre fils le chevalier. || 6° Chevalier d'honneur, le principal officier de la maison de la reine ou d'une princesse , chargé de lui donner la main quand elle sort; et même quelquefois celui qui accompagne une dame, qui lui donne le bras. Si j'avais l'honneur insigne d'être le chevalier d'une aussi charmante femme que madame Gastoul , ch. de Bernard , la Cinquantaine , § 1. 1| 6° Anciennement, chevaliers es lois, ceux qui avaient obtenu le titre de chevalier à cause de leur capacité dans la jurisprudence. Les chevaliers es lois prenaient le titre de maîtres. || Chevalier d'honneur, conseiller d'épée, qui avait séance et voix délibérative dans les cours souveraines. || 7° Chevalier du guet, commandant d'une compagnie de gardes qui faisaient le guet. || 8° Fig. Chevalier d'industrie, homme qui vit d'expédients, escroc. Grand auteur de la confrérie Des chevaliers de l'industrie, Adorable roi de Tunis.... En moi, ton pauvre Lazarille.... Influe un trait de ta clarté, Le voyage de Sens, v. 93 (Poésies et lettres de M. dassouci, Paris, 4663, petit in-42, p. 439). Vous vous faites nommer monsieur le chevalier, Et vous êtes de ceux dont la chevalerie N'eut jamais à Paris d'ordre que l'industrie, montfleury, La fille capitaine, I, 8. Je n'ai pas besoin de connaître votre grief contre Laboissière pour savoir que c'est un vrai chevalier d'industrie, ch. de Bernard, le Gendre, § (0. || 9° Chevaliers de l'arc ou de l'arquebuse, bourgeois formés en compagnie et s'exerçant au tir de l'arc ou de l'arquebuse. Je l'ai vu cette nuit, ce charmant petit dieu [l'Amour]; il planait dans les airs; il était à la tête de toutes les brigades des chevaliers de l'arquebuse, dancourt, le Prix de l'arquebuse, se. 6. || 10" Chevalier s'est dit autrefois au jeu des échecs pour cavalier. || 11° Terme de chasse. Petit chevalier, bécasseau. || 12° Ombre-chevalier, ou, simplement, chevalier, poisson du genre salmone. || 13° Au féminin, chevalière, femme qui a le rang de chevalier, ou épouse d'un chevalier. Ce terme n'est guère employé que dans le style badin. Voilà notre famille fort anoblie; mon capitaine

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fera aussi ma sœur chevalière; il lui donnera tantôt l'accolade, dancourt, les Vacances, se. 23. Je suis son chevalier, elle est ma chevalière, id. le Prix de l'arquebuse, se. 49. || Fig. Pourvu que seulement La tour hospitalière Où je pendrai mon nid, Ait, vieille chevalière, Un panache de lierre Sur son front de granit, v. iidgo, Odes, v, 26. || 14° Bague à la chevalière, ou, simplement, chevalière, anneau large et plat. || Proverbes. Nul chevalier sans prouesse. || Faveurs, femmes et deniers font de vachers chevaliers.

— hist. xi* s. De vasselage [vaillance] fut assez chevaler, Ch. de Roi. m. Sur pailes blancs siedent cil cevaler, t'6. vm. Il nen i a chevaler ne baron.... ib. clxxiv. || xii« s. Entrez est à certes li cavaillers Pharo, ot [avec] carres et ot cavalers en la mer, Liber psalmorum,p. 238. [Il] Se part di Cordes otout si chevalier, Ronc. p. St. 11 les regrete com chevavaliers gentis, ib. p. 86. Itel valor doit avoir cheliers, t'6. p. 87. Gautiers de Luz fut moût bon chevalier, ib. p. 94. Se je savoie un courtois chivalier, Oui de ses armes fu loués et prisiés, Je Paimeroie de gré et volontiers, Romancero, p. 71. Dune enveia li reis à lui ses chevaliers, Th. le mart. 43. || xtir* s. Grans chevaliers ne va mie seus [seul], leroux de linct, Prov. t. li, p. 74. Trois ans [il] fu chevaliers, pleins fu de courtoisie, Berte, n. Que Aleman estoient chevalier de haut prix, t'6. v. Chevaliers ne bourgeois, vilains ne païsant, t'6. cvn. Il dist qu'à Pentecoste chevaliers [il] les fera, t'6. cvm. Chevaliers de plaiz et d'assises, Qui par vos faites vos justices Sans jugement aucunes foiz, Cuidiezvos toz jors ensi faire? ruteb. H9. Nis «e li pères estoit chevaliers et il espousoit une serve, si seroient tuit li enfant serf qu'il aroit de li, beaum. xlv, ib. Et je dis au connestable que je seroie son chevalier, et il m'en mercia moult, joinv. 227. Quant je reving à ma nef, je mis en ma petite barge un escuier que je fiz chevalier, id. 214. ||xiv* s. Et pour ce les chevaliers semblent estre fors et avoir la vertu requise en batailles, oresme, Eth. 84. || xv* s. Et mirent tantost et incontinent grand foison de clercs en œuvre pour assembler chevaliers et escuyers de tous costés, froiss. h, m, 77. Si elle te eust mené ainsy que doit mener chevalier errant son varlet, lequel il ne doit trop plaindre de ses travaulx, ne trop louer de ses bons services, ne trop enrichir devant la fin, Perce forest, t. n, f" loi. Chevalier sans espéo n'est que femme sans quenoille, t'6. t. IV, f* 4 57. Il xvi* s. La jeune vigne sera labourée de cette sorte d'oeuvre appellée houer ou fousser à chevalier; ce mot de chevalier vient de ce que le travailleur assemble la terre entre ses jambes, se faisant un relèvement sur lequel il se treuve comme à cheval; plus belle et plus utile œuvre est le double-chevalier, qui.... o. db serres, 489. Les chevaliers [pièce aux échecs] sont mes escrits et vers, Qui font un saut aux autres tant divers, stgelais, 80. Chevaliers et gendarmes, brigands, leroux de linct, Proverbes, t. 11, p. 74. Faveurs, femmes et deniers Font de vachiers chevaliers, id. 16. Hiervacher, huychevalier, in.t'6. Nul chevalier sans prouesse, id. t'6. On appeloit communément messieurs de Bayard, de la Crotte et le capitaine Frontailles, chevaliers sans peur et sans reproche; qualité certes très-belle et des plus belles du monde à qui l'a mérité porter, voire plus que tous les noms des seigneuries du monde, brant. Cap. fr. t. 1, p. 426, dans lacurne.

— ÊTYM. Cheval; bourguig. chevôlai; provenç. cavoilier, cavayer; espagn. caballero ; portug. cavalleiro ; ital. cavalier».

CHEVALINE (che-va-li-n'), adj. f. Bête chevaline, un cheval ou une jument. Les races chevalines, les diverses races de chevaux. La population chevaline de la France s'élève à environ 3000000 de têtes. J'ai, dit la bête chevaline, Une apostume sous le pied, la font. Fabl. v, 8. On a compté dans ladite élection, un peu devant l'année 4 699, 4 794 bêtes chevalines que nous estimons à vingt sols de dtme par an , vaub. Dime, p. 4 57 . 1 1 Substantivement. Faire la chevaline, faire le commerce de chevaux.

— HIST. xvi" s Et la chevaline source [l'Hip-

pocrène] De sa course Avoit arresté les pas, du Bellay, v, 40, verso. L'herbe appellée férule est aliment à l'asne, et est venin à toutes autres bestes chevalines, paré, xxv, 4. Le naturel de la chevaline et de la muletaille est, qu'estans bien traictées au soir et repaissans à la disnée, d'employer le reste du jour au labourage, cemme en voiageant, 0. de serres, 85. Ce sont eux [les orges d'automne] qu'on appelle chevalins, pour estre leur herbe très bonne pour purger et engraisser les chevaux à la prime-

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vere, id. 408. Par la chevaline sont entendus les chevaux, juments, asnes, asnesses, mulets, mules. — Les bestes chevalines, id. 259.

— Êty.m. Provenç. cabalin; du latin caballinus, de caballus (voy. cheval).

fCHEVALIS (che-va-li), ». m. Passspe pratiqué dans une rivière dont les eaux sont basses.

— ÊTYM. Chevaler.

t CIIEVALON (che-va-lon) , s. m. Un des noms vulgaires du bluet.

CUEVANCE (che-van-s') , s. f. La bien qu'on a. En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins : Tout en crève; comment ranger cette chevance? la font. Fab. vn,6. Et rendre sa chevance à lui-même sacrée, id. t'6. iv, 20. Ces gens sont sur le point d'emporter leur chevance, id. Urais.... tout 1 univers ne vaut pas la chevance Que je rencontre ici, in. Pet. chien. Il est force que le peuple croisse, ayant repos, biens et chevance, peu de soldats et point de moines, p.l.cour. I, 48». S'il triomphe, il épousera Ysenlt en dépit des clercs; s'il est vaincu, je confisquerai sa clievance, dusillet, Yseult de DMe, ch. 1. 1| Ce mot vieillit, mais il peut encore être très-bien employé.

— HIST. xii" s. Pour c« vaut mieux Dieu servir, je vous di, Qu'en li n'affiert [n'importe] ne aeur [heur, fortune] ne chevance, quf.shes, Romancero, p. 98. Il xiu° s. Nos ne poons mais de ei movoir devant la Pasque, quar nous ne troverions mie chevance en autre leu, villeh. xlix. Espérance confort li livre [lui donne confort] , Qu'il se cuide veoir delivre Encor par aucune chevance, la Rose, 2629. Por Dieu vos pri, frans rois de France, Que me douiez queilque chevance : Si feriez trop grant charitei, ruteb. 4. Le roy amoit toutes gens qui se metoient à Dieu servir et qui portoient habit do religion ; ne nulzne venoitàliqui faillist à avoir chevance de vivre, joinv. 298. || xiv" s. Et vous jure que ce sont et estoient les plus honorables et notables de corps, de chevance et d'ancesterie de la ville de Calais, froiss. 1, 1, S2t. Il xv* s. Qui bon conseil croit et quiert, Honneur et chevance acquiert, christ, de pisan, Charles V, 1, eh. 46. Il se devoit mieulx dire de luy qu'il perdit honneur et chevance ce jour, que l'on ne fist du roy Jehan de France, qui vaillamment fut prins à la bataille dePoictiers, comm. v, 4. Fortune, qui ennemie et déplaisante estoit de leur bonne chevance, fit tant, que le mari trouva la brigade en présent mefet, louis xi, Nouv. lxvii. || xvi° s. J'ay ainsi ma chevance mieulx logée qu'en des coffres, mont, iv, 44. Stïlpon estant eschappé de l'embrasement de sa ville, où il avoit perdu femme, enfans et chevance, id. i, 277. Feraulez, qui avoit passé par les deux fortunes et trouvé que l'accroist de chevance n'estoit pas accroist d'appétit au boire, manger, dormir.... id. i, 34 7. Perseus ne voulut pas, pour sauver sa propre personne, ses enfans et son royaume, despendre un peu de sa chevance, amyot, P. Mm. 4 9.11 [Persée] trainnoit après luy une grande chevance, id. t6. 37.

— ÊTYM. Ital. civanza, civanxo , profit, bénéfice, et civirt, se procurer. Ce mot a même radical que chevir, c'est-à-dire chef ; la chevance est ce dont on est venu à chef, ce qui sert, ce que l'on possède. Comme l'italien ct'tii're n» peut venir de capo, qui répond à chef, Diez suppose que ct'ut're a été emprunté de chevir; ce qui vient, outre la forme du mot, à l'appui, c'est que civire, civama ne sont cités que de Boccace dans le Dictionnaire de la Crusca.

f CUEVANNE (che-va-n'), ». f. Petit poisson du genre des ables, dit aussi meunier.

— ÊTYM. Origine inconnue. Génev. chavaine; wallon , givenne , gevenne , ch'fenne.

t CHEVAUCIIABLE (ehe-vô-cha-bV), adj. Propre à être chevauché; où l'on peut aller à cheval.

— .ilST. xv* s. Temps chevauchable [temps pendant lequel on peut chevaucher], o. de la marche, Uém. liv. 1, p. 385, dans lacurne.

— ÊTYM. Chevaucher.

f CHEVAUCHANT, ANTE (che-vô-chan, chan-f), adj. Se dit des parties qui empiètent l'un» sur l'autre et se croisent un peu. || En botanique, feuilles chevauchantes, feuilles pliées en gouttières, qui s'emboîtent réciproquement les unes dans les autres.

CHEVAUCHÉE (che-vÔ-chée) , s. f. || i* Promenade à cheval. || 2°Tournée à cheval que faisaient autrefois certains fonctionnaires inspecteurs. || 3* Procès-verbal pour reconnaître l'étendue et les limites d'une juridiction. || 4° Droit qui remplaçait les corvées ! de chevaux et de eharrois au passage du roi. Il 6° Tout le terrain que peut parcourir une bête de somme en un temps donné. || 6* Terme de féodalité.

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Service à cheval envers le roi ou quelque seigneur. (| Spécialement, service militaire dû parle vassal en rertu du lien féodal, à la différence du service d'ost dû par tout habitant de la seigneurie (voy. ost). || Incursion hostile; course de gens armés.

— hist. xn* s. Service et chevauchie [il] nous requiert tantes fois, Sax. xvin. || xin* s. Et les dames de la vile alerent encontre leur amis, à grans chevauchiées, villeh. xcn. Lors fist Henris, li frères le conte Baudoin, une chevauchie, et mena avec lui grant partie de la bone gent de l'ost, id. xcix. Et cil des cités maintindrent moût riguereusement la guerre encontre les Grieus [Grecs], et firent maintes chevalchies, id. clv. Ne fu nus jors k'o sa maisnie Ne fust li rois en chevaucie, FI. et Bl. 67. Il voit une grant chevauchie Où mainte dame avoit.... Ben. 4 4 794. Se ses sires le semmonnoit d'ost ou de «evaucie ou por sa meson garder, beaum. xxix, (9. |i xv s. Par lui se faisoient les emprises et les chevauchées, froiss. il, h, 4 39. Chacun cuidoit rapporter autant d'argent que les autres en avoient rapporté, qui avoient esté en l'autre chevauchée [expédition] en Angleterre avec lui, id. i, i,29. Ainsi se défit et rompit cette grosse chevauchée [les deux armées française et anglaise], id. 1, 1, 94. |[ xvi* s. Chausser ses bottes pour une utile chevauchée, momt. iv, 304.

— ÉTYM. Chevaucher; provenç. cavalcada; espagn. cabàigada; ital. cavalcata.

f CHEVAUCHEMENT (che-vô-che-man) , s. m. Il 1° Croisement de deux pièces. || 2* Terme de botanique. Disposition des feuilles chevauchantes. Il 3° Terme de chirurgie. Déplacement des fragments d'un os fracturé, lorsque, au lieu d'être bout à bout, ils sont parallèles l'un à l'autre dans une plus ou moins grande étendue.

— HIST. xv* s. On se dissimule de nostre chevauchement; on ne veut point que nous chevauchons, afin que nous n'ayons point cause de demander argent, froiss. 11, 11, 43».

— ETYM. Chevaucher.

CHEVAUCHER (che-vô-ché) , v. n. || 1* Aller a cheval. [Le chevalier] ainsi chevauchant, il mettait à fin toutes ces aventures chantées par nés poètes, chateaub. Write, iy, v, 4. || 2* Terme de manège. Chevaucher court ou long, se servir d'étriers trop courts ou trop longs. || Chevaler. Voy. ce mot. || Se dit aussi de l'action du cheval faible et incertain dans ses allures, qui se taille des boulets en marchant. || 8* Terme de fauconnerie. L'oiseau chevauche , lorsqu'il s'élève par secousses au-dessus du vent. || 4* Par extension, être à califourchon. Cet enfant chevauche sur un bâton. || 6* Terme de métier. Se croiser, empiéter l'un sur l'autre. Ces ardoises ne chevauchent pas régulièrement. || Terme de chirurgie. En parlant des fragments d'un os fracturé, éprouver le chevauchement. || On dit de même de dents qui se croisent, qu'elles chevauchent. || 6°Terme d'imprimerie. Être mal aligné. Ces mots, ces lignes chevauchent. || 7° V. a. Michel chevauche un cheval de prise qu'il a choisi entre tous, p. l. cour. Lett. i, 94.

— SYN. ALLER i CHEVAL, CHEVAUCHER. Ces mots

veulent dire tous deux faire, à cheval , du chemin; ce qui les distingue c'est l'emploi qu'on en fait : aller à cheval est la locution vulgaire et de l'emploi journalier; ehevaucher se trouve réservé pour le style relevé et surtout pour les narrations relatives au moyen âge.

— HIST. xi* s. Guenes chevalchet souz une olive haute, Ch. de Bol. xxvu. Tant chevauchèrent es veies et chemins, ib. xiil. Ne mul ne mule que puissez chevalcher, ib. xxxv. Charles chevauche et les valz et les monz, ib. t.clxix. || xu* s. Chevauchez, rois, ne soiez atarjans, iionc. p. 84. [Je] ne quesisse jamais en estor chevauchier, Sax. xvi. Et li baron chevauchent ambleûre et troton , ib. xxu. || mi* s. Après, prisrent congié pour retorner en lor pais, et chevauchierent tant par leur journées que.... villeh. xx. Et li quens de Flandres, qui la première bataille conduisoit, chevaucha, et les autres batailles chascune emprès, m. lxxi. Li marchis Bonifaces de Monferrat chevaucha toute la marine (le long de la mer] droit vers le palais de Bouche- «le-Lion, id. cvu. Par Ardenne [ils] chevauchent sans nul detriement, Berte, ix. Car ce content nostre voisin, Que une asnesse parla jà, Que un prophète chevaucha, Ben. aïo. Tant se baste et tant s'esploite, Tant chevauche bois etgarane, Qu'il est venus à Theroane, id. 4 821 5. Mais li vaillant homme l'assaillent, Et la chevauchent [la richesse] et porsaillent, Et tant as espérons la bâtent, Qu'il s'er» aesent et eshatent, la llose, b238. Et s'il a si le cheval chier, Qu'il le gart pour son chevauchier, ib.

CIIE

(0828. S'aucuns me preste son ceval por fere mon lalior ou por cevaucier, beauh. xxxvii, 4. Ainsi fut li cuens de Poitiers, Qui toz jors fu boens et entiers, Chevaucha cest siècle terrestre, Et mena paradix en destre, ruteb. 49. Li messager le roi arrivèrent au port d'Antioche; et dès Antioche jusqu'à leur grant roi [des Tartares], trouvèrent bien un an d'aleure, à chevauchier dix lieues le jour, joinv. 2G2. I| xiv* s. Art de faire frains est dessoubz art de chevaucher , oresme , Eth. n. Et Bauduins chevauche, qui fu gais et jolis, Baud. de Seb. vi, 367. Les deux pans doivent chevaucher l'ung sur l'autre, quant ilz sont liés , près de demy pié , Modus, f° cxxvi, verso. || xv* s. Il monta à cheval et partit par derrière, et chevaucha tous les bois à couvert, froiss. i, i, 429. Et toudis chevauchoient les François les grands galops devers le pont.... id. i, i, 439. Elle chevauchoit ung hobin aidant, comm. vi, 7. || xvi* s. C'estoit royal honneur de chevaucher un éléphant, mont, i, 366. Le courtisan dist qu'avant son temps c'estoit reproche à un gentilhomme d'en chevaucher [des mules], id. i, 366. Terre chevauchée [où il faut aller à cheval à cause de l'éloignement] est à demi-mangée, loysel, 226. Les jeunes chevaulx demandent toujours ceulx qui ont accoustumé de les chevaucher, amyot, Philop. 48. Hz ne feirent que courir et chevaucher tout le païs, n'arrestans en pas un lieu, id. Lucull. 26. Ceux qui ont les dents de devant chevauchans les unes sur les autres, paré, iv, 2.

— ÉTYM. Provenc. cavalcar , cavalguar; catal. cavalgar ; espaçn. cabalgar ; ital. cavalcare ; du baslatin caballicare, de caballus, cheval (voy. cheval).

t CHEVAUCHEUR (che-vô-cheur), s. m. Celui qui chevauche.

— hist. xiii* s. Et moult i a de boins chevaucheours, et moult savent de guerre, Ch. de /tains, 4(9. || xiv* s. Des mariniers, des chevaucheurs, oresme, Eth. 84. || xv* s. Les chevaucheurs. et les archers, froiss. i, i, 295. Nostre guet estoit de cinquante lances qui se tenoient vers la Grange aux Merciers et avoient des chevaucheurs le plus près de Paris qu'ils povoient, comm. i, 8. || xvi* s. Le troisième jour du mois de février, un chevaucheur d'escurie [sorte de courrier du roi] fut déposé de son office, et sur un echafault par un des autres chevaucheurs luy feut arraché l'esmail royal, et luy banny du royaume de France, pour avoir falsifié les lectres du roy , jean d'auton , Annales de Louis XII, p. 447, dans lacurne. Il envoya devers eulx un chevaucheur parti de Syracuse, qui leur apporta ceste nouvelle, amyot, Timol. 27. Ces choses descouvertes par un chevaucheur, d'aub. Hist. n, 233. Comme un mauvais chevaucheur et estourdi, caly. Inslit. 223.

— ÉTYM. Provenç. cavalcaire; espagn. cabalgadur ; ital. cavalcatore; du bas-latin cavalcatorem (voy. chevaucher). Dans le provençal et le vieux français, nominatif singulier cavalcaire, chevauchere; régime singulier cavalcador , chevaucheor ; nominatif pluriel cavalcador, chevaucheor; régime pluriel cavalcadors, chevaucheors.

f CHEVAUCHONS (À) (che-vô-chon), loc. adv. Jambe deçà, jambe delà, comme si l'on était à cneval.

— HIST. xv* s. Â un grant homme monté sur un grant cheval [il] sailloit de terre à chevauchon sur ses espaules, Bouciq. i, 6. || xvi* s. Pour estre tombé à chevauchons sus quelque chose dure, paré, vi, 20. X chevauchons sur un baston, mont, i, 24 8.

— ÉTYM. Chevaucher.

f CHEVAUCHURE (che-vô-chu-r'), s. f. Terme de construction. Disposition de parties qui empiètent les unes sur les autres.

— HIST. xii* s. [Il] prist sa chevalchure et un servant, Bois, 358. || xiu* -s. Li avoirs fu mont grans, car en vindrent bien huit cens mil mars d'argent et bien dis mil chevaucheûres [harnachements], villeh. cviii.

— ÉTYM. Chevaucher; provenç. cavalcadura ; anc. catal. caralgadura; espagn. ca'oalgadura ; ital. cavahalura.

CHEVAU- LÉGERS (che-vô-lé-jé), s. m. plur. || l°Nom qu'on donnait à une compagnie de cavalerie composée de gens de naissance et d'honneur, qui faisaient partie de la garde du roi. Il y a eu aussi des chevau-légers de la reine, du dauphin et de Monsieur. La différence ancienne des gendarmes et des chevau-légers consistait en ce que les premiers étaient armés pesamment, de pied en cap, et les autres légèrement. || 2* Au singulier. Un chevau-léger, un cavalier de ces compagnies.

— HIST. xvi* s. Ne pourra aucun estre gendarme

CIIE

qu'il n'ait esté archer ou cheval léger un an continuel, Ordonn. de Blois, art. 289, dans mékage.

— ÉTYM. Cheval, léger. L'orthographe devrait être chevaux-Uycrs ; l'usage du temps où cette troupe existait a supprimé Va.

t CH&VECERIK (chè-ve-se-rie), s. /*. Qualité ou bénéfice du chevecier.

— ÉTYJI. Chovecvr.

t CHEVECHE (che-vê-ch'), s. f. Espace de chouette. || Termede fauconnerie. Oiseau nocturne de proie que l'on dresse à la chasse.

— HIST. xiu* s. Dant Ysengrin en pié se drece, S'ahiert Renart par la chevece, Del point li donne tel boffet, Ken. dans du cange, capilium. || xvi" s. Hz leur engraverent sur le front des chevesches, pource que la chevesche est la marque de la monnoie d'Athènes, amyot, Pér. 64.

— ÉTYM. Saintonge , chavèche. Chevece, dans l'ancien français, signifie tête, vêtement de tête; ce nom a pu être attribué à une espèce de chouette, ces oiseaux ayant la tête remarquable.

CHEVECIER (chè-ve-sié), s. m. Dignitaire qui avait soin du chevet de l'église, c'est-à-dire du fond de l'église depuis l'endroit où la clôture commence à tourner en rond; le même que le trésorier en d'autres églises , parce qu'il garde le trésor de l'église; il a soin aussi du luminaire de l'église. Et son rare savoir, de simple marguillier, L'éleva par degrés au rang de chevecier, boil. Lut. i. Moi, dit le chevecier, je suis maître du choeur; qui me forcera d'aller à matines? la bruy. xiv.

— REM. L'Académie écrit chevecier, sans accent; cependant la prononciation n'est pas possible à moins d'accentuer che ou de donner à cet e le son de eu.

— HIST. xv* s. Frère Guillaume, chevassier du sépulcre du dit moustier , du cange , capilium. || xvi* s. Maistre Pierre Legendre, prestre chevecier curé de l'église Nostre Dame d'Estampes, Coustumier gén. t. i, p. 445.

— ÉTYM. Ital. capicerio; bas-lat. copicerius et capitiarius qui est la vraie orthographe, du bas-latia capitium, chevet d'église, de caput, tête (voy.

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