VR0T1N
CHEVROTANT, ANTE (che-vro-tan, tan-t'), odj. Qui chevrote. Ma vieille voix chevrotante ne sera pas entendue au milieu des concerts de ses louanges, volt. Lett. Chabanon, 3 août (775.
CHEVROTÉ, ÉE (che-vro-té, tée), part, passé. Trilles chevrotes.
CHEVROTEMENT (che-vro-te-man), s. m.
|| i° Tremblement de la voix qui ressemble au bêlement de la chèvre. || 2* Terme de musique. Action de chevroter, faiblesse de la voix qui, surtout chez les vieillards, ne leur permet pas de maintenir le son dans une parfaite égalité. Un seul chevrotement au milieu du plus beau chant du monde suffit pour le rendre insupportable et ridicule, J. '. rouss. Dict. de mus. Chevroter.
— êtym. Chevroter.
CHEVROTER (che-vro-té) , v. n. || 1" Faire des chevreaux. Cette chèvre a chevroté. || 2" Chanter d'une voix tremblotante, défaut qui se trouve d'ordinaire chez les vieillards et aussi chez les chanteurs dont la voix est fatiguée. Certain fat.... En se mirant, chevrotait, fredonnait, volt. Goût. || Dans la musique, battre d'une manière inégale les deux notes d'un trille ou d'une cadence, ou même n'en battre qu'une seule, et remplacer le trille par un tremblement désagréable de la voix. 11 est actif aussi : chevroter un trille.
— ÊTYM. Chevrot, diminutif de chèvre qui n'existe pas dans le français.
CHEVROTIN (che-vro-tin), s. m. || 1" Peau de chevreau corroyée. Gants de chevrotin. || Fig. Tirer au chevrotin [outre] , boire à l'envi. || 2- Terme de chasse. Faon de la chevrette, pendant les six derniers mois de la première unnée. || 3" Chevrotin ouchevrotain, mammifère de l'ordre des ruminants qui porte le musc; nommé aussi musc et portemusc.
— hist. xiv* s. Que nulz ne teigne peaulx à autruy rouges ne noires ne chevrotins, si ce n'est pour lui [le maître] faisant le dit mestier, Ordonn. des rois de Fr. t. m, p. 370. || xvi* s. Ce qui est manifeste à voir à une aiguillette de chevrotin lorsqu'on l'eslargit , et estant eslargie s'accourcit, paré, vu, 8. 11 [la connétable de Montmorenci] le rendit [le peuple de Paris] souple et maniable comme un grand chevrotin de Vendosme, dont le roy en eut
un très grand contentement, brant. Cap. fr. t. u, p. (40. dans lacurne.
— ÊTYM. Diminutif de chevrot, qui est lui-même un diminutif ancien de chèvre.
CHEVROTINE (che-vro-ti-n') , s. f. Balle de petit calibre pour tirer le chevreuil, et chasser la grosse bête.
— ÉTYM. Chevrotin.
t CHEVROTINER (che-vro-ti-né), V. n. Faire comme le chevrotin; bondir à la manière du chevrotin.
CHEZ (ché; le x se lie; chez eux, dites : ché-z eux), prép. || 1" Dans la maison de, au logis de, dans lademeurede. Souperchez quelqu'un. J'étais chez lui comme chez moi. Vous êtes chez vous. Se renfermer chez soi. On ne pouvait les retenir chez elles. •Venir chez quelqu'un. Admettre quelqu'un chez soi. Il n'a pas mis le pied chez lui. Se réfugier chez quelqu'un. Chacun est maître chez soi. Qui doute que, si de ses armes Ilion avait «u l'appui, Le jeune Atride avecque larmes Ne s'en fût retourné chez luiT
malh. m, 3 Heureux qui vit chez soi, De régler
ses désirs faisant tout son emploi ! la font. Fables, vu, (2. Chéri de tout le peuple, honoré chez le prince, id. Poly. iv, 3. || 2° Dans le pays de. Ce qui se passait chez les ennemis. Nom peu connu chez les barbares. Prendre un roi chez un peuple voisin. Memnon voulait qu'on les allât [les Macédoniens] attaquer chez eux, boss. Ilist. ni, v. La profession de comédien était infâme chez les Romains et honorable chez les Grecs; qu'est-elle chez nous1? la brut. xii. || 3' De chex, préposition composée signifiant qu'on sort de la demeure de quelqu'un. Je ne sais qui sort de chez moi. Je viens de chez mon juge. Ne pas sortir de chez soi. Tu m'as mis hors de chez moi. J'entendais de chez moi. Mais puisque, par ce triste et prudent souvenir, De chez Antiochus elle l'a fait bannir, corn. Mcom. i, 6. ||4" Par chex, préposition composée signifiant qu'on passe par la demeure de quelqu'un. Passer par chez quelqu'un. Nous irons par chez les Africains. Vous feriez un voyage charmant; mais je voudrais que vous passassiez par chez nous, volt. Lett. Marmontel, 23 avr. (766. || 6» Près de chez, loin de chez. Il demeure près de chez nous. Loin de chez lui, loin de son pays. || 6* Fig. Parmi. Chez nos ancêtres. Coutume reçue chez les anciens. Chez les barbares la fidélité dépend de la fortune. Que de restitutions, de réparations, la confession ne fait-elle pas faire chez les catholiques ! J .J. rouss. Ém. m. H 7° Dans l'esprit ou le caractère de quelqu'un. C'est une conviction chez lui. Ce n'est pas une habitude chez moi de rendre compte.... Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi, corn. Poly. m, 6. Pour un fourbe chez vous la pitié trouve place, id. Perthar. ni, 6. Et vous serez fameux chez la postérité, id. Cinna, n, (. || 8° Dans un auteur. Chez le même poète. Je lis chez certains auteurs. || 9° Substantivement. Un chez-soi. Un chezmoi. Son chez-lui. Cela rend mélancolique, mais cela fait aussi un grand bien ; car on en aime mieux son chez-soi, volt. Lett. Villette, 8 juillet (766.
— REM. 1. Vaugelas a condamné la locution : chez Plutarque, chez Platon, pour dire dans Plularque, dans Platon ; Marg. Buffet et Chifflet sont de son avis; Th. Corneille ratifie cette sentence, admettant toutefois qu'en parlant de toute une nation on peut fort bien dire chex: chez les Grecs, chez les Romains. X quoi on répondra d'abord que la locution est ancienne puisqu'elle est dans Montaigne, ensuite qu'elle se justifie, n'étant qu'une extension de chez signifiant dans l'esprit de. Une fois que chez a été ôté de sa signification propre, rien n'empêche qu'il ait pris celle que Vaugelas lui conteste. || 2. Chex ne prend pour complément que des noms de personnes ou d'êtres personnifiés : Patte blanche est un point Chez les loups, comme on sait, rarement en usage,
LA FONT. Fabl. IV, (5.
— hist. xn* s. Vos voliez venir à nos [nous] e à ceaus [ceux] qui sont à ches nos, Machab. n, ((. Aval au bourc, ches son hoste Florent, Ronc. p. (89. Chiesun hoste [ils] hébergent qui moult estoit prudhom, Sax. xxu. || xiii* s. Que sa venir [je] pooie ches Symon le voier, Berte, xlvii. Et vint droit au castiel où li rois estoit en prison, et se hiebrega ciés une vaine feme, Chr. de Rains, p. 53. Et ele n'i met riens ne oste Que ce c'on trueve en chiés son oste, ruteb. ii, 59. || xv* s. Piètre du Bois s'en vint un soirchieux ce Philippe, proiss. ii, ii, (0(. Et de là suyvit tant le chevalier la pucelle qu'il la trouva cheuz une sienne cousine, Perceforest, t. vi, f* 64, dans lacurnb. || xvi* s. Qu'il ne tarde plus à amener sa fille, car nous allons cheux M. Deschenais, où elle pourroit bien se rendre, marg. /. (2.
Comme dictée poète chez Plutarque, mont, i, 13. Se retirer chez soy, id. i. 32.
— ÊTYM. Berry, cheux; picard, cheux, chu; Saintonge, cheux; anc. espagn. en cas; de casa, la maison (voy. case), dont il y avait une forme au masculin (voy. chai). Chez est elliptique, et on a la locution complète dans l'ancien français à ches, en chiés, qui signifie exactement à la maison.
t CHÈZE (chè-z'), t. f. Nom vulgaire d'une espèce de mésange.
CHIAOUX (chi-a-ou), s. m. Espèce d'huissier ou d'envoyé turc. Un chiaoux, dépêché par le Grand Seigneur, arriva en France, st-sim. 469, 203. Le chiaoux, homme de sens, Lui dit : Je sais par renommée Ce que chaque électeur peut de monde fournir, la font. Fabl. i, (2.
— ÊTYM. Voy. chaouch, qui est le nom véritable, seul usité dans l'Algérie française, chiaoux étantle mot turc.
t CHIASMA (ki-a-sma), t. f. Voy. chiasme.
t CHIASME (ki-a-sm'), t. m. || 1* Croix mise en marge des manuscrits, en forme de x, et indiquant un passage désapprouvé. || 2° Terme d'anatomie. Chiasme ou chiasma, lieu d'entre-croisement des nerfs optiques sur le corps de l'os sphénoïde.
— ÊTYM. Xia<ju.a, croisement : mot formé de la lettre grecque £•
CHIASSE (chi-a-s'), s. f. || 1° Excréments d'insectes. Chiasses de mouches. || Fig. et bassement, ce qu'il y a de plus vil. Ce n'est que de la chiasse.Cet homme est la chiasse du genre humain, richelet. Pendaa que nous sommes la chiasse du genre humain, volt Lett. d'Àrgenlal, 4 avril (762. || 2° Ecume de métaux.
— ÊTYM. Chier.
t CHIBOU (chi-bou), s. m. Résine jaune, aromatique qui découle du chibou, grand arbre des Antilles (bursera gummifera, L).
t CHIBOUQCE (chi-bou-k'), s. f. Pipe turque a long tuyau de bois au bout duquel est placé le foyer
— ÊTYM. Mot turc.
t CHIC (chik), s. m. || i° Autrefois, mot du stylo familier signifiant abus des procédures, finesses, subtilités captieuses. Cet homme entend le chic, est versé dans les détours de la chicane. La discorde, qui sait le chic, En fait faire un décret public, La Henriade travestie, ch. v, p. 68, dans fr. miche:., Argot. || 2" Aujourd'hui, terme d'atelier : on dit d'un peintre qu'il a ou qu'il entend le chic, quand il produit rapidement et avec facilité des tableaux à effet. J'use de mots de l'art, je mets en marge hic; J'espère avec le temps que j'entendrai le chic, les Satyres de dulorens, Sat. xn, p. 97, dansFR. michel, Argot. || Fig. Il a le chic, se dit, dans un langage très-familier, d'un homme adroit, qui sait s'y bien prendre. || En un autre sens, il a du chic, le dit d'un élégant, ou d'une chose élégante et bien tournée : ce chapeau a du chic; cette toilette a du chic.
— ÊTYM. II est possible que ce mot, dans le second sens, vienne de l'allemand Schick, aptitude, façon, tournure. Quant au premier sens, qui est ancien puisqu'il se trouve dans Trévoux, le doute est grand, à moins qu'on n'y voie une abréviation comique de chicane.
t CUICABAUD (chi-ka-bô) , s. m. Terme de marine. Sorte de bout-dehors sur lequel on amure la misaine des lougres. On trouve aussi chicambaut.
CHICANE (chi-ka-n'), î. f. || l*Par dénigrement , procès en général. Quoi! vous poussez cette chicane [vous poursuivez ce procès] ? sév. 536. Ce meubla de chicane [un sac à procès] appartient sûrement X quelque homme du Maine ou quelque bas-Normand, regnard, Ménechm. i, 2. || 2" Abus des ressources et des formalités de la justice. Lui souffle avec ces mots l'ardeur de la chicane, boil. Lutr. i. Et dans l'amas confus des chicanes énormes, Ce qui fut blane au fond, rendu noir par les formes, id. Sat. i. || 3° Poétiquement, le démon des procès. Là, sur des tas poudreux de sacs et de pratiques, Hurle tous les matins une sibylle étique ; On l'appelle Chicane; et ce monstre odieux Jamais pour l'équité n'eut d'oreilles ni d'yeux, boil. Lutr. v. La Chicane en fureur mugit dans la grand'salle, id. Sat. vm. ||4*Les gens de chicane, ceux qui vivent des procès et des procédures. Je défie votre chicane de Rouen d'être plus chicane que celle de Bruxelles, volt. Lett. en vers et en prose, 74. || 5* Subtilité captieuse en toute matière, difficulté mal fondée et de mauvaise foi. Soulever, faire naître une chicane. Chercher des chicanes. Dans les livres que les anciens ont écrit» de la prudence civile, il y a du galimatias de l'école et de la chicane philosophique, balz. Enlret. 28. Ne croyez pas que ce soit seulement la querelle de
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Vépiscopat ou quelques chicanes sur la liturgie anglicane, qui aient ému les communes, boss. Reine d'Anglet. Que dit-on pour autoriser la supposition du l'entateuqueî... Rien de suivi, rien de positif, rien d'important; des chicanes sur des nombres, sur des lieux ou sur des noms, boss. Ilist. Il, (3. On sera fatigué en voyant ces variations et tant de fausses subtilités de la nouvelle réforme; tant de chicanes sur les mots; tant d'équivoques et d'explicacations forcées sur lesquelles ou les a fondées, id. Var. préface. || 6» Terme d'art militaire. Guerre de chicane, guerre où l'on ne livre que de petits •ornbats, pour disputer le terrain. |] 7° Manière de jouer au mail, au billard et à la paume.
— HIST. xvj* s. Du plus grand chicaneur qu'on pourra jamais voir, En ce tombeau glacé gist la despouille morte; Pluton, hoste commun, ne le veut recevoir, De peur qu'en son pays la chicane il ne porte, des accords, Bigarr. Epitaphes. Chicane, certain cercle fixe en terre pour y faire passer la paume, ounm.
— ÊTYM. Wallon, chakine; bas-grec, tÇuxàviov, jeu du mail; TÇuxaviÇeiv, jouer au mail. Ménage le tire de l'espagnol chico, petit; Diez approuve cette étymologie; et Génin, la complétant (car il faut rendre raison de chicane signifiant jeu de mail), dit que le jeu a été ainsi nommé de la petite boule qui en fait le sujet et que l'on a comparée à quelque chose de petit (chico). Mais cette étymologie ne peut se soutenir en présence du bas-grec qui vient du persan tchaugan, raquette et jeu de mail, mot qui rend raison de ï'affixe ane. Dès lors la série des sens est : jeu de mail, puis action de disputer la partie, et enfin manœuvres processives.
CHICANÉ, ÉE (chi-ka-né, née), part, passé. Disputé. One partie longtemps chicanée. || Se dit aussi en parlant des personnes, soit dans le sens de tourmenté par des chicanes : chicané par la partie adverse; soit, très-familièrement, dans le sens de contrarié : chicané par toute sorte de contre-temps.
CHICANER (chi-ka-né) , v. n. || 1* User de chicanes en fait de procès. Ce procureur, cet avoué ne fait que chicaner. Quiconque est touché de l'envie De ne payer qu'après sa mort, Doit chicaner toute sa vie, maynard, Poésies , dans richelet. ||2* Par extension, contester sans fondement, par des subtilités captieuses. On en vient au partage, on conteste, on chicane, la font. Fab. iv, 18. Ils chicanaient sur leurs serments, boss. Hist. m, 8. Il chicane sur tous les mots de l'exposition , id. Trad. Que sert de chicaner sur un fait constant? id. Comm. Après avoir un peu chicané sur la manière de me recevoir, id. Lett. abb. 264. Vous chicanez donc inutilement sur le principe, lorsque vous êtes obligé de vous taire sur les conséquences, pasc. Réfut de la rép. à la 12* lettre. || 3" V. a. Chicaner quelqu'un, lui intenter un procès sans beaucoup de raison. Cet homme est processif; il a chicané tous ses parents. || Disputer par procès une chose. Jamais contre un renard chicanant un poulet, Un renard.... boil. Sat. vm. || Fig. Qui l'eût dit [Napoléon] Quo trois cents avocats oseraient à ta cendre Chicaner ce tombeau? v. hugo, Cre'p. 2. || Familièrement. Cela me chicane, cela m'ennuie, me tourmente. || En termes de guerre, défendre pied à pied. Chicaner le terrain ; et, par assimilation, dans la discussion philosophique, débattre longtemps une question sans la résoudre. || Il chicane sa vie, se dit d'un accusé qui se défend avec présence d'esprit. || Terme de marine. Chicaner le vent, gouverner au plus près. || 4° Reprendre, critiquer sur des bagatelles. On nous chicane sur des mots, boss. Culte. Ma première et ma seconde pièce forment un système d'action théâtrale dont il ne s'agit pas de chicaner un endroit, dideh. Lettr. à Mme Riccoboni. Si l'auteurm'émeut, s'il m'intéresse, je ne le chicane pas, je ne sens que le plaisir qu'il m'a donné,voLT.iet(.ia/iarpe, décembre 17" 6. || 5° Se chicaner, ». rèfl. Se harceler l'un l'autre par des chicanes. Ils se sont longtemps chicanés.
— ETYM. Chicane.
CHICANERIE (chi-ka-ne-rie) , s. f. Fait de chicane; difficulté faite par malveillance. J'ai grand' peur que tout ceci ne soit une pure chicanerie, pasc. l'rov. i. Monsieur, je n'entends rien à la chicanerie, Régnier, Sat. vin. On lui vint ravir son bien par des procès et des chicaneries, patru, Plaidoyer 7 , dans RICHELET.
— HIST. xv* s. Détestant merencolie Et chiquanerie, Qui puisse estre forbannie De nos maisons,