‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 32 sur 403 · ABI · texte numérisé non relu

ABI

«es et qui résulte du mouvement annuel de La terre. L'étoile pouvait donner quelque marque d'aberration, volt. Newton, n, (. L'aberration des étoiles dépend de la vitesse de leur lumière, combinée avec celle de la terre dans son orbite, laplace, Exp. iv, 47. ||ï*Tenne d'optique. Aberration de réfrangibilité, diffusion du foyer des rayons lumineux concentrés par un verre biconvexe, qui dépend de ce que, les rayons diversement colorés n'ayant pas la même réfrangibilité, la lentille ne peut les concentrer tous dans le prolongement de son axe. || Aberration de sphéricité. Autre genre de diffusion des rayons lumineux concentrés par un verre biconvexe, qui tient à ce que la figure des lentilles ne permet qu'aux rayons trèsvoisins de l'axe de concourir sensiblement en un point commun, tous les autres, qui éprouvent une réfraction plus forte, coupant l'axe en deçà de ce point; d'où il suit que le foyer, au lieu de représenter un point, est réellement un espace d'une certaine étendue, et que l'image principale, celle qui se produit à l'endroit où se réunissent le plus de rayons, est comme offusquée par une mullitude d'autres imagesqui rendent la vision confuse. ||3' Fig. Erreur de jugement, également. Aberration des sens, du jugement. Les aberrations de la philosophie sophisbque. Des aberrations morales. Ce mot n'a pris le sens figuré que dans le courant du irai* siècle; il s'introduisit grâce à l'usage qu'on en faisait dans le langage scientifique.

— ÊTYM. Aberratio, de aberrare, de ab, loin, et errare ( voy. errer).

ABÊTI, TIE (a-bê-ti, tie; quelques-uns disent abé-ti), part, passé. Enfant abêti par de mauvais traitements. Esprits abêtis par la superstition. 11 est tout abêti.

ABÊTIR (a-bê-tir; quelques-uns disent a-bé-tir). || 1* v. a. Rendre bête. Une crainte perpétuelle abêtit l'esprit. Cela vous fera croire et vous abêtira, pasc. Moyens , i. Ils n'ont songé [le roi et Mme de Beauvilliers] , s'écriait-il [le duc de Berry], qu'à m'abêtir et à étouffer tout ce que je pouvais être, st-sim. 243, 252. ||a« S'abêtir, e. réft. L'esprit s'abêtit dans l'oisiveté complète. |j 3' Abêtir, v. n. Devenir bête. Les enfants qu'on maltraite abêtissent de jour en jour.

— REM. L'Académie dans ses précédentes éditions écrivait abêtir ; c'est qu'en effet la prononciation, devant une finale aussi sonore, a une grande tendance à changer l'e ouvert en e fermé.

— SYN. abêtir, BABÊTIH. Rabêtir indique une action plus forte, de la résistance à vaincre dans le sujet. Un maître abêtit l'enfant, quand il laisse ses facultés sans exercice; il le rabêtit, si, toutes les fois que l'élève manifeste quelque tendance à se développer, le maître la refoule. On abêtit peu à peu, lentement: on rabêtit par des réprimandes infligées par occasions. On a abêti cet enfant par une mauvaise éducation. Il est tout rabêti par les reproches qu'il vient de recevoir, lafaye.

— h ist. xv* s. Et j'ai repris à mes despens Ce de quoi jeme hontioie [j'avais honte] : Dont grandement m'abestioie : Car mieux vaut science qu'argens, froiss. Buisson de jeun. Gens qui cuident estre si sages, Qu'ils pensent plusieurs abestir, Si bien ne se sauront couvrir Qu'on n'aperçoive leurs courages, ch. d'orl. Bond. Il sembloit que ses ennemis fussent aveugles et abestis, comm. vin, 4. || xvi* s. Combien ai-je veu d'hommes abestis par téméraire avidité de science I mont, i, t 8( . 11 nous fault abestir pour nous assagir, id. u, 2(4. Laissant ces pompes de farces qui esblouissent les yeux des simples et abestissent leurs sens, calv. Inst. (062. En la Ad, ayant là fiché leurs yeux et leurs sens, ils s'y soni abestis, m. ib. 59. Ung homme par maulvais gouvernement se peult abestir, palsg. p. 773. a sa contenance, il ressembla proprement à une personne estonnée ou abestie, et qui a perdu le sens et l'entendement, ne se souvenant plus qu'il estoit le grand Pompeius, amyot, Pomp. (02. Le plus souvent les princes s'abestissent De deux ou trois que mignons ils choisissent, RONS. 66(.

— ÊTYM. À et bite.

t ABÊTISSEMENT (a-bê-ti-se-man),*.ro. Action d'abêtir. L'état de celui qui est abêti. L'abêtissement de cet enfant.

AB HOC ET AB H*C (a-bo-kê-ta-balt , et non, comme quelques personnes, a-bo-ké-a-bak) , loc. adv. et famil. Confusément, sans raison. U parle ab hoc et ab hac.

— HiST. XVI* s. Il en prend ab hoc et ab hac [se ait d'un homme peu scrupuleux quant à l'argent]. h. est'. Pricell. p. 77.

— ETYM. Locution latine signifiant de celui-ci et

de celle-là , de ab et de hoe et hac (voy. hoc). L'Académie met sur hac un accent circonflexe que rien ne légitime, sinon la coutume de nos rudiments de grammaire latine.

ABHORRÉ, ÉE (a-bo-rré, rrée), pari, passé. Abhorré comme il est. Abhorré de tous. Abhorré de tout ce qui l'environne. Néron abhorré par Rome et par les provinces. Chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré , boil. Art poét. m. Le nom de Polyphonte est

partout abhorré, volt. Mér. v, 8 Et, changeant

la gloire en outrage, 'l'offrir un triomphe abhorré,

LAHART. Médit. XIX.

— REM. Abhorré de, abhorré par. L'un et l'autre se disent. Plutôt de , quand abhorré est surtout considéré comme indiquant un état; plutôt par, quand abhorré est surtout considéré comme participe passif. Néron, abhorré de ses sujets, succomba sous l'indignation générale. Néron a été abhorré par ses sujets. Plutôt de que par quand le nom n'a pas d'article : Abhorré de tous.

ABHORRER (a-bo-rré), v. a. || 1* Eprouver de l'horreur pour, repousser avec horreur. Abhorrer quelqu'un. Se faire abhorrer de quelqu'un. Il abhorre la cruauté. Abhorrer le nom de roi. Dans l'éternel oubli je dormirais encore; Mes yeux n'auraient pas vu ce faux jour que j'abhorre, lamart. Médit, xvui. Il déteste l'autre, il l'abhorre, parce qu'il y voit tout à la fois et Dieu déshonoré et l'homme perdu, bourd. Pens. t. m, p. 367. Le Roi n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacrilèges dont nous abhorrons la mémoire, boss. B. (ÏAnglel. C'est ce qui me le fait justement abhorrer, rac. Phèd. i, 6. Honteux d'avoir poussé tant de voeux superflus , Vous l'abhorriez: enfin, vous ne m'en parliez plus,

id. Andr. i, t Oracles que j'abhorre, Sans vos

ordres, sans tous, mon fils vivrait encore, volt. Œd. iv, i. Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre, mol. Tari, iv, 3. ||2« S'abhorrer, v.réfl. || i* Se haïr réciproquement. Ces deux hommes s'abhorrent. || 2" Se haïr soi-même. .le hais le monde entier, je m'abhorre moi-même, volt. Zaïre, v, 6.

— SYN. abhorrer, détester, haïr. Les deux premiers mots marquent également des sentiments d'aversion , dont l'un est l'effet du goût naturel ou du penchant du cœur, et l'autre, l'effet de la raison et du jugement. Ou pour mieux dire, suivant l'élymologie, on abhorre tout ce pour quoi on a une horreur, une répulsion ; on déteste tout ce que l'on veut écarter, tenir loin de soi. Dans abhorrer et détester, le gentiment que l'on ressent n'est pas le même : avec le premier on frissonne, avec le second on repousse. C'est poui cela que les auteurs de synonymes ont dit que détester s'applique à ce qu'on ne peut estimer, à ce que l'on condamne, à ce que l'on juge mauvais; et que abhorrer s'applique à ce qui excite antipathie, répugnance. Cela exposé, on voit quelle nuance sépare ces deux verbes, et comment ils peuvent être pris l'un pour l'autre. Haïr est le terme général , par conséquent il exprime une nuance moins forte. On hait tout cequ'on déteste et ce qu'on abhorre; mais dans haïr ne sont pas marquées les distinctions qu'impliquent détester et abhorrer.

— HIST. xvr» s. C'est la cause pour quoi de tous sont hués et abhorryz, rabel. Garg. I, 40. Hz crachoient dedans les platz, affin que les houstes [hôtes], abhorrens leurs infâmes crachatz, désistassent manger, id. Pant. va, (6. Ceux qui soufraient de fait tout ce que font les rois à leurs subjets , detestoient et abhorrissoient encore neantmoins ce nom de roi, amyot, Ant. (6.

— ÊTYM. Provenç. aborrir, aorrir ; espagn.aoorrecer i ital. aborrire;deabhorrere, de ab, indiquant séparation, et de horrere, avoir horreur (voy. horreur). La conjugaison a été en ir en provençal, en français et en italien, le verbe latin ayant été transformé en abhorire. C'est après le xvi* siècle qu'on a dit, d'après le latin, abhorrer au lieu d'abhorrir.

ABIGÉAT(a-bi-jé-a),«.ra. Terme d'ancien droit criminel. Délit de celui qui détourne les troupeaux d'autrui pour se les approprier.

— ETYM. Abigeatus, enlèvement de troupeau, de abigeus, voleur, deabigere, chasser, éloigner, détourner, de ab, indiquant séparation, et igere pour agere, mener (voy. agir).

t AB1GOTI, LE (a-bi-go-ti, tie), adj. Devenu bigot, rendu bigot. Mot bon à remettre en usage.

— hist. xvi* s. Ce moine [Jacques Clément] aiant donc esté receu du roi [Henri III], comme estoient les moines de cet esprit abigoti, il receut sa lettre estant k la chaise percée, d'aub. Hist, m, 401.

— ÉTYM. Aetbtgot.

AHÎMB (a-M-m"), s. m. ||1* Cavité profonde ou

sans fond. Les abîmes de la terre. Il s'est formé plusieurs abîmes. Rouler dans un abîme. U n'est guère de hauteur qui ne soit voisine d'un abîme. Sondez cet abîme, si vous le pouvez, mass. Conf. .... du fond de l'abîme entrouvert sous ses pas, rac. Ath. m, 6. Je frémis quand je voi Les abîmes profonds qui s'ouvrent devant moi, id. Eslh. m,(. Sur cent premiers peuples célèbres, J'ai plongé cent peuples fameux Dans un abîme de ténèbres, Où vous disparaîtrez comme eux, Bêr. Temps. Pour se rabaisser jusqu'aux derniers abîmes du néant, pasc. Conv. du péch. Tout à coup le terrain s'affaisse et ouvre un abîme, fên. Tél. xxi. || i' L'abîme, les flots, l'océan. Il se précipita dans l'abîme. || 3* L'enfer, dans le langage de l'Ecriture. Les puits de l'abîme. Ils tombent dans les abîmes éternels, boss. Prédic.i. Puisqu'il suit l'âme jusque dans le fond de l'abîme, où il la tient captive et asservie, quand, malgré lui, sera-t-elle en état d'en sortir? bourd. Pens. t. ni, p. «9. L'Hébreu.... invoque l'abîme et les cieux et Dieu même, volt. Henr. v. || Par exagération poétique. Sa sombre tyrannie entassait les victimes, Et des prisons d'Etat il peuplait les abîmes, M. J. chên. Ch. IX, ni, (. || 4" Ce qui est extrême, le dernier degré ; précipice, ruine, perte. C'est un abîme de vices. Se jeter dans un abîme de débauches. Cette maison est un abtme. Le luxe est un abîme qui engloutit tout. Tomber du faite des grandeurs dans l'abîme. Mes ennemis me poussent dans l'abîme. Nous dormons sur les bords Je l'abîme. L'homme impatient est entraîné dans un abîme de malheurs, fên. Tél. xxiv. Il est toujours dans l'abîme de la douleur, sév. 2(9. Pour moi qui ne vois rien dans le trouble où je suis, Qu'un gouffre de malheurs, qu'un abîme d'ennuis, corn. Bodog.v, 4. Sous mes pas, c'est creuser un abîme, id. ib. v,(. Didon regarde avec horreur autour d'elle et ne voit que des abîmes, chateaub. Génie, u, m, 2. Mes frères, quel abîme qu'une grande place I mass. Louis. Ses yeux s'étaient fermés sur les bords de l'abîme, volt. Ali. v, 2. Dansl'abîmeeffroyableoùjesuis descendu, ro. Tancr. n, « surle bord de l'abîme Où votre aveuglement vous conduit par le crime, id. Calil. i, S. Dans quel abîme affreux vous me précipitez I rac. Mithr. n, <. De piège en piège et d'abîme en abîme, id Ath. iv, 3. Vous qui portez sur la conscience les abîmes d'une vie entière de désordre, mass. Av. Bonh. L'homme n'est qu'un abîme de faiblesse, id. Prière, I . Faut-il que vous soyez un abîme de contradictions î id. Délai. Fait-elle monter de l'abîme de sa douleur les cris d'un repentir sincère? id. Impén. Cet abîme de soins et d'embarras ne lui laissait pas le loisir de chercher dans les prophéties d'lsaïe....iD. Bonh. Si vous ne sortez pas de l'abîme où vous vivez, id. Car. Conv. LesJuifstombèrentdansun autre abîme, boss Erreur. Replonger dans de nouveaux abîmes, la bruy. (. Il 6° Dans un sens favorable. Cet homme est un abîme de science, il est très-savant. Les habitants de l'Elysée sont plongés dans cet abîme de délices, comme les poissons dans la mer, fên. Tél. xix. L âma va se perdre dans le vaste abîme de ses perfections, boss. Excel, de Dieu. 116° Lieu, chose impénétrable, mystère. La nature a caché la vérité au fond d'un abîme. L'âme humaine a des abîmes impénétrables. L'infini est un abîme pour l'esprit humain. Il se figure des abîmes inconnus dans sa conscience, mass. Tiéd. i. 0 mon Dieu! je n'ose regarder d'un œil fixe les abîmes de vos jugements et de votre justice, id. Car. Nombredes élus. Je ne viens pas, Seigneur, sonder les abîmes de vos jugements, flêch. Tur. Dieu, dontlesjugements sont des abîmes, id. to. Dieu seul de nos espritspénètre lesabîmes, rotrou, Bel. v, 6. Des plus affreux complots il perce lesabîmes, volt. Sém. i, ». Je n'ai jamais d'Helmonde approfondi lo crime; Mes yeux ont toujours craint de percer cet abîme, ducis, Lear, i, 2. || 7°Terme de blason. Centre de l'écu lorsqu'il porte une ou plusieurs pièces qui ne chargent aucune des autres. Il porte trois besans d'or, avec une fleur de lis en abîme. || 8* Géolog. Cavité naturelle presque perpendiculaire, d'une grande profondeur et ne renfermant aucunliquide.|| 9° Chand. Auge de bois contenant le suif fondu. || Prov. L'abîme appelle l'abîme, un malheur en appelle un plus grand. Un abîme attire un autre abîme, et une médisance une autre médisance, bourd. Pens. t. m, p. «67.

— rem. On n'écrit plus abytne, malgré l'étyitologie.

— HIST. xh" s. Molt est griés chose d'eschevi.T l'abisme des vices, s. bern. p. 467. Li quatre venz eissent d'abisme, benoît, h, 2066. ||xm* s. Et puis recheoit [le navire] si profond que avis estoit qu'elle cheïst en l'abisme et avenoit priés la tere el fons ,

Page 1