‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 34 sur 403 · LAC · texte numérisé non relu

LAC

ABLATIF(a-bIa-tif),*.in.Termede grammaire. Le sixième cas de la déclinaison latine. L'ablatif est dit parfois le cas latin , parce qu'il n'existe pas en grec. Il Ablatif absolu, nom d'une forme particulière à la langue latine, où un mot, accompagné d'un participe ou d'un adjectif , se mettait à l'ablatif, sans être en rapport avec un autre mot dans la phrase. Nous avons imité cette tournure : les parts étant faites, le lion parla ainsi. Abusivement, puisqu'il n'y a pas de cas en français, on a donné quelquefois le nom d'ablatif absolu à ces membres de phrases, détachés de tout le reste.

— HIST. xvi« s. Quant rencontré a un accusatif Qui sa robe lui a fait ablative, ch. d'orl. Rond. 68.

— ÊTYM. Ablalivus, de ab , indiquant séparation, et de lativus, exprimant l'action de porter. Ainsi l'ablatif est le cas qui indique l'extraction. Lativus, mot inusité, vient de latum, supin du verbe ferre. I.atus, porté, est pour tlatus, qui, se rapportant au grec tXomo, est de même radical que le latin tolerare (voy. tolérer).

ABLATION (a-bla-sion) ,t.f.\\i° Terme de chirurgie. Action d'enlever, de retrancher. L'ablation d'un membre, d'une tumeur, d'une exostose. || 2° Terme de grammaire. C'est la même chose que l'aphérèse, le retranchement d'une lettre au commencement d'un mot

— HIST. xvi' s. Ces maladies ne se peuvent guérir 64ns ablation du virus, paré, xvi, 4 . Souventes fois

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s'en eisuit ablation de l'action des muscles du thorax et des autres servans à la respiration , n>. vin , 10.

— ÊTYM. Ablatio (voy. ablatif).

ABLATIVO(a-bla-ti-vo). Mot populaire qui ne s'emploie que dans ce cas : ablativotoutenun tas, c'està-dire tout ensemble , avec confusion et désordre.

— ÊTYM. Ablativus (voy. ablatif).

ABLE (a-bl') «. m. OU ABLETTE (a-blè-f) S. f. Petit poisson blanc bon à manger, dont les écailles servent à la fabrication de l'essence d'Orient.

— HIST. xv« s Es-tu le fol vieillart grégeois Qui nos dieux ne prise deux ables? Mari, de StDenys.

— ÉTYM. Bas-lat. abula , de albula qui se trouve dans les gloses pour désigner une sorte de poisson , de albus, blanc (voy. aube). Ablette est le diminutif de able.

t ABLE, suffixe. Ce suffixe a deux significations. Dans la première, il est passif et- indique ce qui est digne de recevoir l'action exprimée par le radical : de aimer, aimable, qui mérite d'être aimé; de exécuter, exécutable, qui peut être exécuté. Dans la seconde signification, ce suffixe est actif et indique ce qui peut produire l'action exprimée par le radical : de faveur, favorable, qui donne faveur ; de secours, secourable, qui donne secours. Dans cette seconde acception le suffixe ible est plus souvent employé.

— ÊTYM. Abilis, suffixe latin.

ABLÉGAT (a-blé-ga ; le t ne se prononce pas) ,*. m. Vicaire d'un légat. L'ablégat est un commissaire chargé de porter àun cardinal qui vient d'être promu la barrette et le petit bonnet carré.

— étym. .«1b, ce qui dépend de, etlegatus, légat. ABLERET (a-ble-rè), s. m. Terme de pêche. Filet

carré attaché au bout d'une perche, avec lequel on pêche des ables et d'autres petits poissons.

— hist. xiv" s. Nous défendons les ableres, ducange, abkia. || xvi* s. Un sac à pechier poisson, ung abliere et quatre filets, id. ib.

— étym. Able, s. m.

t ABLUANT, ANTE (a-blu-an, an-f), adj. Terme de chirurgie. Qui lave, qui déterge. Les préparations abluantes agissent surtout par Jjurs particules aqueuses. Peu usité.

— ÊTYM. Abluer.

ABLUÉ, ÉE (a-blu-é,ée), part, passé. Parchemin ablué.

ABLUER (a-blu-é) , v. a. Terme technique. Laver, passer légèrement une liqueur préparée avec de la noix de galle sur du parchemin ou du papier, pour faire revivre l'écriture.

— ÊTYM. Abluere, de ab, indiquant séparation, et luere, laver (voy. lotion).

ABLUTION (a-blu-sion), s. f. || 1" Action d'abluer. Dans la messe, l'ablution désigne le vin que le prêtre prend après la communion, ainsi que le vin et l'eau qu'on verse sur ses doigts et dans le calice après qu'il a communié. M. de Metz, ayant pris la première ablution et voyant au volume des petites burettes qu'il restait peu de vin pour la seconde, en demanda davantage, st-sim. 329, 62. || 2° Pratique religieuse qui consiste à se laver diverses parties du corps. Se purifier par une ablution. Faire une ablution. Combien toutes ces ablutions et ces expiations remplissaient l'esprit de superstitions, fonten. Oracl. I, (5.

— HIST. xvi' s. Les indulgences font du sang des martyrs ablution des péchés, calv. Inst. 623. Et subit lui fait ablution d'Egyptiac, avec un petit d'eau de vie, paré, vm, 45.

— ÊTYM. i4Mu(to, à'abluere, abluer.

ABNÉGATION (ab-né-ga-sion) , *. f. Renoncement.

Faire abnégation de ses intérêts. Agir avec abnégation. L'abnégation est un sacrifice. Avec une parfaite abnégation de ses désirs, boss. Leur. abb. cl. Est-il un plus beau sacrifice? est-il une abnégation de soi-même et une mortification plus parfaite? bourd. Pens. t. m, p. (63. Le grand avantage de la vie religieuse , c'est l'abnégation chrétienne , c'est la mortification des sens, c'est lacroix, id. ib. t. n,p. 362. La pratique de cette abnégation évangélique en quoi consiste le vrai christianisme et par conséquent le salut, id. ib. t. i,p. 88. C'est une qualité dans les individus que l'abnégation de soi-même, sTAEL,,<iZ(en». i, 2.

— hist. xvr* s. La justice de Dieu git en abnégation de nous mesmes et obéissance de sa volonté, calv. Inst. 49*. A tous autres de la dite religion, d'en venir faire abnégation dans six mois, d'aub. Hist. II, 483.

— ÊTYM. Abnegalio, de ab, indiquant séparation, et de negare, nier (voy. nier).

ABOI (a-boi), s. m. || 1* Cri du chien. L'aboi des différentes espèces de chiens. Dans la rags , l'aboi du chien est modifié d'une façon caractéristique. Leur

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maître les rompit, Bien que de leurs abois Us perçassent les nues, la font. Fab. xn, 23. Trois pasteurs, enfants de cette terre, Le suivaient, accourus aux abois turbulents Des molosses..., a. chén. 23. || 2° S. m. plur. Moment où le cerf, serré par les chiens qui aboient après lui, est à l'extrémité. Le cerf est aux abois. Il tient les abois. Son frère ayant couru maint» haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, la font. Fab. vm, 24. || 8° Fig. Dernière extrémité. Ils sont aux abois. Les assiégés étaient réduits aux derniers abois. Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié, Qui ne peut expirer sans mo faire pitié, corn. Cinna, ni, 2. [H] nous surprend, nous assiège, et fait un tel effort, Que, la ville aux abois, on lui parle d'accord, id. Rod. 1, 6. Unissons ma vengeance à votre politique Pour sauver des abois toute la république, id. Sert. 1, 3. Ahl quel âpre tourment! quels douloureux abois I id. Uéd. v, 6. Ah! je m'en souviendrai jusqu'aux derniers abois [la mort], id. Théod. 1, 2. En cethesreux moment rappelés des abois, [ils] Rendent grâces au Ciel d'une commune voix, id. (Ed. v, 44. Et ces esprits légers, approchant des abois, Pourraient bien se dédire une seconde fois, id. ATt'e. iv, 2. j'en laissai deux sans vie et mis l'autre aux abois, id. Œd. 1, 6. De sa haine aux abois la fierté se redouble, id. Soph. v, 8. D'effroyables remords, mégères éternelles, Invisibles bourreaux des âmes criminelles, Vous persécuteront jusqu'aux derniers abois, ro- TROu,ilnfio\v, 6. Sans languirsilongtempsaux abois, Régnier, Dial. Une nymphe fuyante Qui, réduite aux abois.... , id. tp. 1. Où l'on voit tous les jours l'innocence aux abois, boil. Sat. 1. Dès que j'y veux rêver, ma veine est aux abois, n>. to. vu. Cette idée est capable de me réduire aux abois, bol. /" tnterm. de la Princ. Louis XIV réduisant l'hérésie aux derniers abois, la font. Disc, à l'Acad. II semblait à me voir, que je fusse aux abois, id. Êpit. xxn, 1 9. Réduire un esprit aux abois, id. Je vous prends sans verd, 3. Nous sommes réduits aux abois, boss. Petit. 1. Philisbourg est aux abois en huit jours, m. L. de liourb. L'idolâtrie qui semblait aux abois, id. Hist. n , 12. H 4» Tenir quelqu'un en aboi, le repaître de vaines espérances.

— REM. Voltaire, sur le vers de Nicomède cité plus haut, remarque que l'expression des aoo«, qui par elle-même n'est pas noble, n'est plus d'usage aujourd'hui. Néanmoins cette expression est restée, à juste titre, dans l'usage, et elle n'a rien qui l'empêche d'entrer dans le meilleur style. Seulement, on en use moins librement qu'au xvii" siècle, et on peut voir plus haut quelques emplois qu'en fait Corneille et qui paraissent un Deu surannés.

— SYN. aboi, aboiement. Aûoi se dit particulièrement de la qualité naturelle du cri du chien. Ce chien a un aboi perçant. Aboiement se dit plutôt des cris mêmes : de longs aboiements, des aboiements continuels. On dit : Faite» cesser les aboiements de ce chien , et non pas : Faites cesser son aboi ou ses abois, la veaux.

— HIST. xiii* s. Il n'a garde d'aba de chien, ruteb. 253. Renart li commença à rire, Si lui a jeté un abai ; Certes, fait-il, je me gabai ; Ce fis je pour vous peor'fpeur] faire, Jlen. 4785. || xv s. Quand il eut esté bien reprouvé et rigolé de ses compagnons, et, comme un sanglier, mis aux abois de tous costés, louis xi, JVout). I». jl xvi' s. Las! quantes fois par rochers et par bois, Les chiens courans l'ont tenu aux abbois, marot, iv, 82. Avoir pour son exercice Force oiseaux et force abbois, du bell. m, 87, recto. Et finirent leur vie, chantans jusques aux derniers abois un cantique, d'aub. Hist. I, 67. L'authorité duquel doit bien rabattre tous les abois de ce chien mastin, calv. Inst. 324. Par leur importunité, comme par aboi, ils arrachent..., id. t7j. 875. L'empereur avoit déjà rendu les abbois [cédé] et fait toutes submissions proposées par le duc Maurice, carl. iv, 25. L'autre pressant le cerf d'abois, Devient satyre des bocages, hons. 882. Car tant seulement mangeoit pour refréner les abois de l'estomac, rabel. Garg. 1, 23. Rendre les abbois [n'en pouvoir plus] a bonne grâce en ce passage de belleau : Aussi tost que ces advocas Nous ont empiétez une fois, Ils nous font rendreles abbois, h. est. Précett. p. 90.

— ÊTYM. Voy. ABOYER.

ABOIEMENT ou ABOÎMENT (a-boi-man), s. m. |l i°Cri du chien. Les aboiements redoublés des chiens de garde réveillèrent les habitants de la maison. Il 2* Au fig. Les aboiements de l'Envie.

— REM. Ce mot était anciennement de quatre syllabes, a-boi-ye-man ; et quelques personnes ont conservécette prononciation. L'usage tend à contracter les mots deectte nature. On a demandé à l'Acadé-

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mie de se prononcer entre les deux orthographes; il n'est peut-être pas nécessaire absolument qu'elle le fasse ; mais Userait nécessaire qu'elle fùtconséqucnte et que tous les mots de cette catégorie fussent traités de même , autant que faire se peut.

— ÊTYM. Aboyer.

ABOIS (a-bol), s. m. plur. Voy. aboi.

ABOLI, IE (a-bo-li,lie), part, passé. Usage aboli. Termes abolis. Ses honneurs abolis, son palais déserté Sont alitant de liens qui retiennent Junie, rac. Brit. ii,8. Les histoires seront abolies avec les empires, et il ne se parlera plus de tous ces faits éclatants dont elles sont pleines, boss. L. de Bourb. Ah ! si quelques années après votre mort vous reveniez, hommes oubliés, au milieu du monde, vous vous vous hâteriez de rentrer dans vos tombeaux pour ne voir pas votre nom terni, votre mémoire abolie , m. bétel.

ABOLIR (a-bo-lir) ,v. a. || i* Mettre à néant. Abolir une loi. Les actes de ce gouvernement furent abolis. Des sectes ont voulu abolir le mariage. Les parlements furent abolis par l'Assemblée constituante. Dans les républiques anciennes, on abolissait quelquefois en partie les dettes pour soulager la plèbe obérée. En vain l'hérésie lui a-t-elle refusé ce culte suprême, et, paruneaudace insoutenable, a-t-elle entrepris de l'abolir, bourd. Pens. Lui, p. 262. Pour en abolir la mémoire,boss. Hist.i, 40. L'idolâtrie allait abolir la loi de Dieu, id. t'6. n,409. On verra de David l'héritier détestable Abolir tes honneurs, profaner tes autels, rac. Alh. v, 6. Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom , ton peuple et ton autel, id. Etth.i, 4. Une mode a à peine détruit une autre mode, qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui la suit et qui ne sera pas la dernière, labrut. 43. Il abolit la dignité de patriarche, quoique assez dépendante de lui, et par là se trouva plus maître de son église, fonten. Czar Pierre. J'abolis les faux dieux, volt. Mah. n, 5. Tu juras toi-même D'abolir pour jamais l'autorité suprême, id. if. de Cet. i, s. || S" Terme d'ancien droit criminel. Abolir une créance, en interdire les poursuites.Mes services.... Pourlefaire abolir [mon crime] sont plus que suffisants , corn. Cid, n,4. || 3' S'abolir, être aboli. Cet usage s'est aboli peu à peu. Uue maison de confusion où les plus anciennes pratiques s'abolissent, bourd. Pens. t. n,p. 386. [Liberté] Tes purs adorateurs, étrangers sur la terre, Voyant 'dans ces excès ton saint nom s'abolir , Ne le prononcent plus, lamart. Méd. n, 20. Tout crime ' sabolit au bout d'un certain nombre d'années , 'Acad.

— syn. abolis, abroger. Idée commune, mettre hors d'usage. Abolir est plus général que abroger; tout ce qui met hors d'usage abolit, mais tout ce qui abolit n'abroge pas. La désuétude, l'oubli, l'indifférence abolissent une loi, mais ne l'abrogent pas ; pour qu'elle soit abrogée, il faut un acte solennel et régulier de la puissance publique. C'est pour cela qu'une loi seule, un édit, un règlement sont abrogés ; tandis qu'une coutume, une tradition, un usage sont abolis.

— HIST. xvi* s. Jésus dit qu'il n'est point venu pour abolir la loy, mais pour l'accomplir, calv. Inst. 287. L'Eglise est establie gardienne de la vérité de Dieu, afin qu'elle ne s'abolisse point en ce monde, m. t'6. 820. Les pierres moyennant lesquelles Deucalion et Pyrrha resti tuoient le genre humain aboly par le déluge , rab. Pont, m , ». Le temps me peut abolir avant eage, Et mon malheur me garder de vous voir Beaucoup de jours, st-gelais, «74. Voilà comment Timoleon alloit coupant et arrachant les tyrannies de la Sicile et y abolissant toutes guerres, AMYOT.Tïm. 46. Onques puis le peuple n'en voulut user [de l'ostracisme] et en abolit l'usage entièrement, id. Arist. 4 8. Ils conspirèrent ensemble de ruiner et abolir à Athènes l'autorité du peuple, id. ib. 83.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. abolir; ital. abolere;de ab, indiquant diminution, et de olescere, croître, par conséquent faire décroître. La comparaison d'abolere avec adolescere , inolescere , exelesetre, montre un radical commun ol, qui signifie croître. Les langues néo-latines ont changé abolere en aboliscere , d'où la conjugaison de ce mot en italien, abolisco, etc.

t ABOUSSABLE (a-bo-li-sa-bl') , ad). Qui mérito d'être aboli , qui peut être aboli.

— ÊTYM. Abolir.

ABOUSSEMErrr (a-bo-li-se-man), *. m. Action d'abolir. L'aboi issement de la constitution. L'abolis- «ement de la faculté de sentir et de se mouvoir dans l'apoplexie Ce qui contribua le plus à l'abolisse-

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ment du duel, ce fut la nouvelle manière de faire combattre les armées, volt. Mœurs, <oo.

— hist. xvi* s. Pour l'aboi issement du ciel et de la terre, les fidèles ne laissent point d'estre establis devant Dieu, calv. Inst. 334. Au dernier abolissement de leur chair, qui sera parfait en la fin de cette vie mortelle, id. t'6. 1056. Aussi leur advient aux cuisses un refroidissement et abolissement de sentir et mouvoir, paré, xiv, 4 6. Abolissement des lettres et arts, m. du bellay, Prol.

— ÊTYM. Abolir.

ABOLITION (a-bo-li-sion) , s. f. || 1° Action d'abolir. La paralysie est l'abolition du mouvement et de la sensibilité. L'abolition de l'ordre des Templiers. Y at-il rien de si grand que ce qu'il [Louis XIV] faisait pour détruire l'hérésie ? Et comptez-vous pour rien l'abolition des duels? dit d'un air content un autre homme...? montesq. Lettr. pers. lix. ||2* En termes de droit ancien , le pardon que le prince accordait d'autorité absolue pour un crime. Abolition d'un crime et abolition d'une peine. Obtenir une abolition. Lettres d'abolition. Le duc de Bourgogne [l'assassin du duc d'Orléans] daigna prendre des lettresd'abolition, volt.

Moeurs, 79 ou l'autre qui poursuitdesabolitions,

Régnier, Sat. v. Son père [le cardinal de Bouillon] tint deux fois de son souverain la dignité de duc etpair, après avoir pensé renverser l'Etat, après avoir vécu d'abolitions, st-simon, 279, 34. || 3° Dans un sens qui n'est plus de la langue du droit, effacement, remise. C'est par là que Magdeleine, cette fameuse pécheresse et cette pénitente aussi célèbre, obtint l'entière abolition de tous les dérèglements de sa vie, et qu'elle parvint à un degré si éminent de sainteté, bourd. Pens. t. n,p. 466.

— SYN. On a cherché une différence entre abolissement et abolition ; mais il est impossible d'en trouver une qui soit fondée, si ce n'est que seul abolition se dit pour la remise d'un crime, d'une peine.

—hist. xvi« s. Ces gens-là trop cérémonieux n'ont pas voulu prendre sur leurs consciences l'abolition de tant de meurtres et ravissements, d'aub. Fœn. m, 17. Il monstre quelle est l'abolition de la loi, et aussi quel est l'usage d'icelle, calv. Inst. 4066. Et se firent plusieurs autres traittés, et mesme de l'abolition de la pragmatique sanction, M. du bellay, 24. Au différent que le peuple eut avec les nobles touchant l'abolition des délites ,amyot, Aie. et Cor. comp. 5. Il se fit décerner abolition générale de tout le passé, et pour l'advenir licence de faire mourir qui bon lui semblerait, id. Sylla, 68.

— ÊTYM. Provenç. abolitio; espagn. abolicion; ital. abolition' •; de abolitio (voy. abolir).

t ABOL1TIONN1STE (a-bo-li-sio-ni-sf), s. m. Se dit, aux Etats-Unis, des partisans de l'abolition de l'esclavage.

ABOMINABLE (a-bo-mina-bl'), adj. || 1* Qui mérite répulsion, aversion. Ils ont tenu des propos abominables. Jours abominables. C'est une femme abominable. Projets abominables. Tout ce qui est dans les hommes, est abominable, pasc. Édit. Cousin. Des plaisirs abominables, m. t'6. De l'offrir [le saint sacrificede l'Eucharistie] pour avoir de quoi contenter nos passions, de quoi nourrir nos cupidités... ne serait-ce pas l'usage le plus abominable? bourd. Pens. t. m, p. 291. Ah! quel abominable maître me voisje obligé de servir, mol. Festin de Pierre, i, 44. Voilà, je vous l'avoue, un homme abominable, id. Tart. rv, 6. Qui? ce chef d'une race abominable, impie, rac. Est. n,4. Fourbe abominable, volt. Zaïre, iv, 5. L'abominable arrêt de ce conseil farouche, id. Ali: v,4. || 2* Par exageration.se dit de tout ce qui est très mauvais. Une odeur abominable. Il fait un temps abominable. || Se dit des personnes et des choses, et se metavantou après lesubstantif, suivant l'oreille, surtout dans le style poétique et passionné; car dans le style ordinaire il se met presque toujours après.

— HIST. un" s. Ces malades estoient si despis que les privés sergeants du benoit roi en estoient abominables [en avaient de l'abomination, du dégoût], jomv. 862. || xiv* s. Chose naturelment abhominable, 0RESME,ï'W'«d> Meunier. ||xv* s. Finalement ils regarderontet considéreront entre eux que cette mesaise ils ne pouvoient longuement souffrir ni porter, tant leurestoitla punaisie abominable, froiss. i, i, 446. || xyi* s. C'estes vous qui vous justifiez devant les hommes ; mais ce qui est haut est abominable à Dieu , calv. Inst. &»3. Icelle ostée, toutes les choses qu'on lui présente non-seulement sont fatras, mais ordures puantes et abominables, id. ib. 609.

— ÊTYM. Provenç. abhomenable; espagn. abominable; ital. abbominabile ; de abominabilis , de abominor, détester, de ab, indiquant l'éloignement, et omen, présage : abominable, ce qui doit être écarte

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comme un mauvais présage. Omen , d'après les Latins, signifie proprement un augure qui se fait par la bouche des hommes, comme l'explique Cicéron, Dediv. i, 46, et par extension toute espèce de présage bon ou mauvais. Ainsi, pendant que les Romains délibéraient après la destruction de Home par les Gaulois, s'ils iraient s'établir à Veies, un centurion qui faisait ranger sa troupe, cria : Portedrapeau, arrête le drapeau, nous serons très-bien ici. Le sénat, entendant cette parole, s'écriaqu'il acceptait l'augure (omen). En conséquence, les Latins ontfait venir omen, archaïque osmen,de os, bouche (voy. oral).

ABOMINABLEMENT (a-bo-mi-na-ble-man), adv.

D'une manière abominable.

— ÊTYM. Abominable, et le suffixe ment (voy. ment).

ABOMINATION (a-bo-mi-na-sion), s. f. || l'Aversion, répulsion. Avoir en abomination. Il est en abomination à tout le monde. Ce sacrement qu'elles auraient en abomination, pasc. Prov. 46. Vous laisserez votre nom en abomination à mes élus, id. Proph. 38. || S* Chose abominable. U serait à souhaiter que ces abominations fussent ensevelies dans un éternel oubli , bourd. Pens. t. m, p. 435. Lesdésordreset les abominations de toute sa vie, mass. Injust. du monde. L'abomination entre jusque dans le lieu saint, id. Médis. Il a vulesabominationsen honneur au milieu de son peuple, id. Conc.Nos prièreset nos vertus sont abomination devant Dieu, pasc. Rel. 46. || 3° Dans les sermonnaires, abomination signifie particulièrement 'e culte des idoles, et même toute fausse religion. Manassèsqui avaitintroduit l'abomination dans le lieu saint, mass. Mélange. Mahomet était déjà prêt de (prêt à) venir placer l'abomination dans le lieu saint, mass. Franc. L'abomination était répandue sur toute la terre, pasc. Juifs, 20. Les abominations où tu es tombé sous Achaz, boss. Ilist.u, 40. On voit l'abomination dans le temple, id. t'6. n, 4. || 4" En style de l'Ecriture, l'abomination de la désolation. Vous verrez l'abomination de la désolation, boss. Hist. u, 9, c'est-à-dire les plus grandes profanations.

— hist. xiit* s. La menthe conforte l'estomac et donne appétit de manger et oste abomination [dégoût], du cange, abominalio. || xiv* s. De tout mensonge ou tout comme mensonge, il a horreur et abomination, 0RESME,£fh. 434. || xv* s. Le seigneur de Cohan avait en abomination les pommes; et pour ce le meirent en un grenier où il y en avoit à foison, pour le mettre à finance, juv. des ursins, 4444. [| xvi* s. Votre encens m'est abomination, calv. Inst.

— ÉYTM. Provenç. abhominatio; espagn. abomination; ital. o66omtno«t'on«; de abominalio (voy. abominable).

f ABOMINER (a-bo-mi-né) ,v. a. Avoir en abomination. Ce verbe, très-ancien dans la langue, mérito d'être repris; il se comprend sans peine, et n'a rien qui choque, puisqu'on a abominable et abomination.

— HIST. xrv* s. Il est inutile à telles collocutions et esbattements ; car il n'i confère et n'i fait rien, me; est triste en toutes choses et abhomine gieu qui est nécessaire, oresme, Eth. 438. ||xv*s. [choses] Dont Dieux et le ciel s'abhomine, eust. desch. dans raynouard, abhominar. ||xvi* s. Certaines nations abominent la.... mont, n, 226. Qu'est-ce que veut dire cela, que le Seigneur rejette et abomine si fort l'observation de la loi?... calv. Instit. 609. Quant aux ménétriers et decepteurs, Celui qui terre et ciel domine, Les abomine, marot, iv, 234.

— ÊTYM. Berry, abominer; provenç. oftomt'tior ; ital. a66omt'nore;de o6omt'nort (voy. abominable).

f A- BON-COMPTE , *. m. Terme d'administrat. milit. Payement à régulariser. || Au plur. des à-boncompte.

ABONDAMMENT(a-bon-da-man), adv. Avec abondance. Cette source fournit de l'eau abondamment. Nourrir abondamment. Boire abondamment. Cette ville était abondamment pourvue. Fumer la terre abondamment. Cette question sera abondamment traitée. Cet avocat parla plus abondamment que son adversaire. Parce qu'il ne jeûnait et qu'il ne payait si abondamment la dtme que par orgueil, bourd. Pens. t. u, p. 4 36. Le Seigneur se communiquait à eux [aux saints] plus abondamment, mass. Mysi. Purifie. Animés plus abondamment de son esprit [on parle de Dieu], fléch. Serm. I, 228.

— SYtt. abondammbnt, en abondance. Beaucoup-, l'adverbe convient mieux en parlant de ce qui arrive : boire abondamment, suer abondamment. La locution adverbiale se dit seulement en parlant do

ABO

ce qui est : les mets étaient en abondance sur la table. C'est là la différence essentielle. Il pleure abondamment, et il verse des pleurs en abondance, la manifestent encore, bien que sous une nuance plus subtile à saisir, lafaye.

— WST. xv* s. Donc entrèrent ils abondantment dedans la ville sans contredit, et se logèrent toutes a;ens les uns ça et les autres là, froiss. il, m, 38.

— ÊTYM. Abondant, ancien féminin, et le suffixe ment (voy. ment).

ABONDANCE (a-bon-dan-s') , s. f. || f Grande quantité. L'abondance du produit, en parlant de la vigne. Vivre dans l'abondance de toutes choses. L'abondance des hommes, de l'argent dans ce pays. L'abondance des mauvaises herbes étouffe la moisson. L'abondance des humeurs dans le corps. Ses aumônes.... et, s'étendantpar leur abondance, même sur les ennemis de la foi, elles adoucissaient leur îigreur, boss. R. d'Ânglet. Par leur frugalité et leur travail, ils se sont mis dans l'abondance des choses nécessaires à une vie simple, fén. Tél. vi.On arriva en un pays beaucoup meilleur, où, trouvant abondance de toute chose, vaugfxas, Q. Curce, 498. Y portez-vous [à la confession] cette vivacité de componction, cette abondance de douleurs, ce désir sinr-ère de réparer le passé?MASS. Car. Communion. C'est aux âmes les plus vigilantes, les plus attentives sur elles-mêmes que vous vous [Dieu] communiquez avec plus d'abondance, bourd. Pms. t. n,p. 16. || 2° Absolument. Abondance de choses bonnes, utiles, nécessaires. L'abondance règne dans le camp. Faire régner l'abondance dans la ville. Vivre, nager dans l'abondance. Avoir tout en abondance. On lui fournit tout en abondance, des vivre» et toutes sortes de provisions. Le sang coulant en trop grande abondance. Ce peuple est dans l'abondance, fén. Tél. u. Si vous mettez les peuples dans l'abondance, id. ib. xiii. Ils jouissent de l'abondance, in. t'o. v. Malheur a ceux qui sont dansl'abondance I mass. Immut. De là jusqu'au milieu de l'abondance les plussordidesépar- Knes, bourd. Pens. t.m,p. 147. Si la sûreté, l'ordre et la propreté ne rendaient pas le séjour des villes si délicieux, et n'y avaient pas amené, avec l'abondance, la douceur et la société, la bruy. to. Heureux, dit-on, le peuple florissant Sur qui ces biens coulent en abondance, rac. Esth. n, ». Pour elles, à sa porte élevant ce palais, 11 leur y fit trouver l'abondance et la paix, io. ib. Prol. Objets charmants y sont en abondance, la font. Rém. Au sein de l'abondance, volt. Brut, m, i. Vos pleuis compatissants coulent en abondance, M. 3. chén. Fén. n, 3. || 8* Abondance de cœur, épanchement. Il faudrait que la bouche parlât selon l'abondance du cœur, fén. t. xxl, p. 103. Je suis sûr que cela a été écrit d'abondance de cœur, volt. Ilot de Pr. 2. Abondance de cœur et abondance du cœur se disent également et ont le même sens. Seulement, quand abondance est sans article, il faut de cœur et non du cœur. || 4° Parler d'abondance, parler sans avoir préparé son discours, ou sans réciter de mémoire. Ce député parle toujours d'abondance, soit qu'il improvise, soit qu'il ait préparé son discours. || 5" Au fig. en parlant du discours, du style. Démosthènea beaucoup d'abondance. Abondance de pensées. Une vaine abondance de mots. Parler avec abondance. Il a traité ce sujet avec une grande abondance. L'abondance des pensées produit l'abondance des expressions. Ce n'est point par une abondance de paroles que l'on s'énonce ; souvent la bouche ne dit rien , et l'âme sent, bourd. Pens. t. m, p. 308. Partout il fait paraître beaucoup de richesse et d'abondance géométrique, fonten. Viviani. Justement confus de mon peu d'abondance, Je me fais un chagrin du bonheur delà France, boil. Ép.n. Souvent trop d'abondance appauvrit la matière, id. Art. poét. m. Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile, Et ne vous chargez pas d'un détail inutile, id. t'o. 1. 1| 6° Corne d'abondance, corne remplie de fleurs et de fruits et qui est le symbole de l'abondance, la même que la corne de la chèvre Amalthée qui avait nourri Jupiter. || 7° Abondance , mélange d'un peu de vin et de beaucoup d'eau qu'on donne aux enfants dans les collèges, ainsi nommée parce qu'elle peut se boire en grande quantité, ou parce que l'eau y abonde.

— HIST. xnie s. Home [tu] fesis à ta sanlance [ressemblance], Après lui donas habondance Del fruit que avoies planté, FI. et Bl. 921. Je ne sai pas où je coumance ; Tant ai de matière abondance Por parlierdemapovreté.arjTEB. ). [La fortune] est si perverse Que les bons en la boue verse, Et les mauvais en haut eslieve, Et leur donne à gratis abondances Dignités, honors et puissances, la Rose, 61 »3. || xv •. Lk trouverons de tous bi»ni habondance, eu.

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d'orl. «. Prince, s'on doit avoir vaillance Pour mentira grant habondance, Et pour faulzeté maintenir, Vous verrez icellui venir A grant honneur , n'en doubtez mie,m. Bail. n 9. || xvr s. De l'abondance du eœur la boucse parle, expression tirée des propres mots de la Sainte Escriture, H. est. Prècell. «86. Amour respond : De traietz grosse habondance Luy ay tiré.... ). marot, v, 264. Tu sçais que de l'abondance du cœur la langue parle, palissy, 352.

— ÊTYM. Bourguig. aibondance ; provenç. abondantia, habundancia, abondansa, aondansa; espagn. abundancia; ital. abondamia, abbundanlia, abbondanxa; d'abundantia , à'abundans (voy. abondant). A Genève, abondances, betteraves.

ABONDANT, ANTE (a-bon-dan, dan-t'), ad).

|| 1* Qui est en abondance. Moissons abondantes. Prendre une nourriture abondante. La récolte avait été peu abondante à cause de la sécheresse. Verser des larmes abondantes. Le minerai de fer est abondant en ce pays. D'abondantes aumônes. Et parce que l'iniquité jamais ne fut plus abondante qu'elle l'est, ni plusdominante,... boOrd. Psns. 1. 1, p. 233. || 2" Oui a en abondance. Pays abondant en toute chose. Maison abondante en richesses. Province abondante en blé. Iles abondantes en pâturages. Et de quelque façon que l'on me considère, Abondante en richesse ou puissante en crédit, Je demeure toujours la fille d'un proscrit, corn. Cinna, i, 2. || 3° Absolument. Source abon Jante. Eux [les pauvres] dont les jours les plus abondants seraient pour vous des Jours d'austérités, mass. Jeune. Rédemption dans son mérite la plus abondante ; elle a deux effets : l'un... bourd. Pens. t. m, p. 190. ||4°Au fig. en parlant du discours ou de l'orateur. Style abondant. Orateur abondant. Éloquence abondante. Langue plus abondante. Chez Bossuet la pensée est abondante. Traiter sèchement un sujet abondant. Jamais orateur ne fut plus nourri, plus abondant. Le sujet le plus simple était pour lui la plus abondante matière et une source intarissable, bourd. Pens. t. n, p. 46. Les difficultés où les commentateurs et les scholiastes eux-mêmes demeurent court, si fertiles d'ailleurs, si abondants et si chargés d'une vaine et fastueuse érudition dans les endroits clairs, la bruy. 14. || 5" d'abondant, loc. adv. De plus, outre cela. Je vous ai dit ces raisons, j'ajouterai d'abondant. Et d'abondant la vache..., lafont. Jum. Cette locution a vieilli, mais elle n'est pas inusitée.

— HIST. xii* s. Restroiz [restreint] est, chier sires, tes sainz par jugement; deslace ta cinture , et si vien habondanzdepitiet, s.bern. p. 636. ||xni* s. Et il si firent ; et d'abondant lui envoierent tous les os le [du] Comte Gautier de Brienne pour mettre en terre benoite, joinv. 26). || xiv* s. Pour ceste science plus clerement entendre, je veul [veux] de habondant exposer aucuns mos selon l'a b c, oresme, Elh. 334. Et comme il soit ainsi que latin est à présent plus parfait et plus habondant langaige que françois, id. Prol. Et avient aucune foiz qu'une personne est abondant en grans biens pour lonc temps, m. ib. 22. || xvr* s. Je ferai de beaux acquestz ung de ces matins , n'en doute , et d'abondant seray grant retireur derentes, rab. Pant.m, 9.

— ÊTYM. Provenç. habundant; deabundans, d'obundare, abonder.

t ABONDE (a-bon-d'), s. f. Dame Abonde, la fée Abonde, la principale des fées bienfaisantes.

— HIST. xv s. Et si pensay en tout par moy Qu'il n'est richesse tant habonde [abondante] Qui vaille rien enmy ce monde, Livre du bon Jeh. 8.

— ÊTYM. Berry, abonde, abondance ; bas-lat. aoundi'a, la fée Abonde (voy. abonder).

ABONDER (a-bon-dé), u. n. Se conjugue avec le verbe avoir. || i" Affluer, venir en grande quantité. Les eaux abondent en ce canal. Tout abonde pour toi. Les grands écrivains abondèrent en Grèce. Londres où l'argent abonde. Les vivres abondaient dans le camp. Le poisson abonde en cette rivière. Les trois enfants.... Admiraient.... Desabouche [d'Homère] abonder les paroles divines, a. chén. 32. Il se plaltde faire abonder la profusion de ses grâces pardessus l'excès de notre malice, boss. fiativ. 1. Les miracles y abondaient avec les vertus, id. Hist. i, n. Mais quoi! c'est un chef-d'œuvre où tout mérite abonde, malh. vi, 26. Depuis que la richesse entre sesmurs abonde, corn. Cinna, n, 1. Répandre abondamment sa grâce [de J. C. ] où le péché avait abondé , voilà notre ministère, mass. Car. Confess. || 2* Avoir en quantité. La vigne abonde en raisin. Abonder de tout. Cette famille a abondé en hommes éminents. Je le vois bien, madame ; et vous et ce cher frère Abondez en raisonspour cacher le mystère, corn. Su réna,u, ». Eh 1 qui peut prévenir tous les maux dont

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abonde La guerre en cruautés, en ruines féconde? saurin, Sport, ni, 4. Si les hommes abondent de biens, labhuy. 16. || 3* Présenter un grand volume, tenir de la place. Cette source abonde. Cent hommes de cette espèce [desbavardsqu'on rencontre partout] abondent plus que deux mille citoyens , montesq. Leur, vers, lxxxvu. || 4° Abonder, se livrer sans mesure. Je suis loin d'abonder dans mon sens, sév.61 4. Un chacun en son sens, selon son choix abonde, Régnier, Sat. xiv. Au lieu de se modérer en parvenant au souverain pouvoir, Jacques II abonda dans les mesures propres aie perdre, chateaub. Stuarts, 309. |[ 5* En jurisprudence, ce qui abonde ne vicie pas ou ne nuit pas, c'est-à-dire ce qui est de trop , formalité non prescrite, raison surabondante, etc., n'empêche pas la validité d'un acte, d'une procédure, etc.

— HIST. xn*s.Molt estoit petite li lumière de Deu, etli félonie estoit si habondoie [abondée], ke li chantez estoit assi cum tote refroidieie, s. BERN.p. 627. En terre habondevet [abondait] ceste espèce [ la pauvreté],m. ib. p. 633. || xiii* s. Ditli ors [ours] : Par le cors saint Gil, Cel miel, Renaît, dont d'où vous abonde? Ren. 10248. Sis manières de fous dont la folie abonde, Les six manières de fols. || xvr s. Dites qu'en nous tout bien abonde; Dames sont les trésors du monde, J.marot, v, 304. Une leurchautd'avoir abondance; mais toute leur sollicitude est de ne rien reserver de ce qui leur abonde, lanoue, 636. Chacun abundeensonsens, mesmement en choses foraines, externes et indifférentes, rab. Pant. m, 7. Ce lieu abonde en sorciers, id. Pant. m, 16.

— ETYM. Provenç. abondar, abundar, habundar, aundar, aondar; espagn. abundar; ital. abbondare; de abundare, de ab, marquant écoulement, et unda, onde. Abundare exprime donc étymologiquement l'affluence de l'eau et, par extension, l'affluence de toutes choses.

ABONNÉ, ÊE (a-bo-né, née). || 1* Part, passé. Abonné à un journal. Abonné avec uu chemin de fer. Abonné avec la compagnie du gaz. Les débitants abonnés payent à la régie une somme de.... || 2* S. m. Celui qui a un abonnement à ou avec. Ce journal a beaucoup d'abonnés. Les abonnés de ce théâtre. L'enfer a trouvé cette invention de distribuer , chaque matin, à 20 ou 30 mille abonnés une feuille où st lit tout ce que le monde dit et censé, p. l. cour. i, 211.

ABONNEMENT (a-bo-ne-man), *. m. Convention à un prix déterminé, au-dessous du prix ordinaire, pour l'acquit d'une taxe, d'un impôt, d'un service, pourle droit d'assister à des spectacles, de recevoir un journal, de voyager sur un chemin de fer, etc. Faire un abonnement. Payer par abonnement. Les débitants font des abonnements avec la régie. Un abonnement avec un chemin de fer est économique quand on va et vient fort souvent.

— HIST. xv* s. Et avoient ceux de Lourdes leurs abonnemens [propriétés] en plusieurs lieux , froiss. ii, m, 60. Abonnement est pour abornement, et peut signifier abonnement et bien-fonds.

— ÊTYM. Abonner.

ABONNER (a-bo-né), v. a. || 1* Faire au nom de quelqu'un un abonnement. Je vous ai abonné au journal. Abonner une province pour l'impôt. La régie abonne les débitants quand ils le demandent. Abonner les voitures qui font le service de telle route. || 2" S'abonner, v.réjl. prendre un alionnement. Je me .suis abonné au journal. Les marchands de vin se sont abonnés avec la régie.On s'abonnait jadis avec les curés pour la dime, Acad. || 3* En termes de jurisprudence, abonner , c'est réduire à une certaine somme , un droit, un prix certain, qui est à payer.

—HIST. xiv s. Car ligence proprement gist Entre son prince et son vassal, Qui adonc doit estre féal, Quand un prince a un fief donné k son vassal el abonné, Le livre du bon Jeh. 3921 . Et les arrentez ou abosnez doivent chascun an deux moitons froment, du cange , arrentare. Comme le suppliant eust voulu faire marché et soi amoidier ou abourner du vin qu'il vendrait à détail, id. amodium. || xv s. Et furent à donc départis, divisés et abonnés les deux royaumes de Portingal et de Castille, froiss. u, m, si.

— ÊTYM. Bas-lat. abonare, abonnare, mettre des bornes dans les terres des vassaux, et aussi racheter les droits féodaux, faire une convention qui limite une certaine prestation. Abonner veut donc dire, étymologiquement, mettre des bornes et, par extension, limiter par une convention une certaine redevance. C'est le même qu'aoorner (voy. ce mot), diez pense que c'est non pas borne, mais bon qui est dans le mot, exprimant une bonification de prix pour celui qui s'abonne. Mais les formes de l'ancien français,

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abosner, abourner, ne permettent pas cette explication et ne sont conciliantes qu'avec tome.

ABONNI, IE (a-bo-ni, nie), part, passé. Vin abonni dans une cave. Enfant abonni par une sage éducation.

ABONNIR (a-bo-nir). || 1* V. a. Rendre bon. Les caves fraîches abonnissent le vin. || i° V. n. Devenir bon. Le vin abonnit dans la cave. Cet homme n'abonnit pas en vieillissant. || 3" S'abonnir, ». réfl. Devenir bon. Le vin s'abonnit dans la cave. || 4* Poterie. Faire sécher la terre à demi, la mettre en état d'être rebattue.

— HIST. xn* s à ce soufrir Ne se vourrent [voulurent] plus aboenir, Rom. de S. Graai, 2377.

— ÊTYM. Provenç. abonesir; ital. abbonire; de à et bon.

ABORD (a-bor; le d ne se prononce jamais en liaison; un abord agréable, dites, a-bor-a-gréable ; au pluriel, la liaison de l's est douteuse. La prononciation moderne et affectée tend à la faire sentir : des abords agréables, abor-zagréables. Mais la prononciation ancienne et meilleure ne fait pas sentir l's : des abords agréables , a-bor-agréables) , s. m. || 1* Venue à bord. X notre abord dans l'Ile nous fûmes attaqués, Acad. Ce port est de facile abord. L'abord de cette côteest difficile. || 2" Arrivée, venue en général, accès. Lieu de facile abord. La Germanie était d'un abord peu facile pour les Romains. Du premier abord, c'est-à-dire à l'arrivée. L'abord de ce magistrat dans la ville. L'abord des gendarmes effraya tout le village. Mon abord en ces lieux, mol. Sgan. 22. Mila ne se put défendre d'une secrète terreur à l'abord de ce lieu redoutable , chateàub. Natchex , n , 4 90. Les jeûnes rendaient l'abord de cette solitude formidable, mass. Bènéd. Déjà de leur abord la nouvelle est semée , rac. Iph. i, 4. Vous ne m'attendiez pas, madame, et je vois bien Que mon abord ici trouble votre entretien, in. Andr. iv, 6. Mon abord en ces lieux Me fit voir Polyeucte, et je plus àses yeux, corn. Poly. i, 3. De l'abord de Pompée elle espère autre issue, id. Mort de P. i, 2. Elle m'envoie Savoir à cet abord ce qu'on a vu de joie, id. ib. 3. De ces vieux ennemis va soutenir l'abord, id. ib. Ces rapides coursiers, qui sous eux font la guerre, Pouvaient à leur abord épouvanter la terre, volt. Ait. n, 4. Là comme dans un fort son audace enfermée Aux plus hardis guerriers en défendait l'abord, rac. Alex, v, 3. || 3" Approche de deux personnes et accueil qu'on se fait réciproquement. En ce sens abord n'a pas de pluriel. Abord facile. Homme d'un difficile abord. Empêcher l'abord de quelqu'un. Son abord inspire le respect. Mais enfin cet abord ne permet plus de douter, mol. D. J. i, 3. Après l'abord et l'ayant salué, la font. Or. Notre abord fut si tendre pour vous, sév. 380. Notre abord le rend tout interdit, corn. Sert, iv, 3. Et du méchant l'abord contagieux N'altère point son innocence, rac. ^ th. n, 9. ||4°S. m.plur. Ce qui entoure un monument, une localité, une place de guerre. Aux abords de l'église. Les abords de la forteresse furent défendus. Les abords de cette maison de campagne sont charmants. Les abords du Parthénon étaient merveilleusement disposés. || 5°Affluence do personnes ou de choses. L'abord des marchands était jadis considérable dans les foires. Lesautres n'étaient que des hôteliers que le grand abord des étrangers enrichissait, fonten. Orac.i, 44. || 6° A l'abord, loc. adv. Au premier abord, àla première rencontre.A l'abord.çes hommes furent froids l'un envers l'autre ;puis la conversation s'anima. Aux traits dont à l'abord vous savez les frapper, mol. l'Étourdi, v, 13. Une lionne Rugissante à l'abord et qui..., Régnier, Sat. m. || 7° d'abord, tout d'abord, au premier abord, de prime abord, dès l'abord, loc.adv. En premier lieu, au premier instant, avant tout. D'abord ils pensent que.... Faire d'abord une chose. Partons d'abord. Entrer tout d'abord dans le Pirée. De prime abord il le traita fort mal. Nous autres grands médecins, nous connaissons d'abord les choses, mol. J/c'd. malgré lui, n, 6. Au nom de l'Empereur, je viens vous informer D'un ordre qui d'abord a pu vuus alarmer, rac. Brit. i, 2. 0 ciel! que tes rigueurs seraient peu redoutables, Si la foudre d'abord accablait les coupables, id. a th. m, 2. Ce n'est plus cette reine éclairée, intrépide, Qui d'abord accablait ses ennemis surpris, rac. Ath. m, 2. Qui l'eût dit, qu'un rivage à mes yeux si funeste Présenterait d'abord Pilade aux yeux d'Oreste? id. Andr. I, 4. On le souffre d'abord, mais la suite importune, corn. Nic.i, 2. D'abord modeste et simple, il voulut nous servir, volt. Tanc. i, 4 . Ils se flattaient que rien ne leur résisterait ni dans le nouveau monde ni ■ur nos mers ; leurs espérances furent d'abord trom-

pées, id. Louis XIV, 34. Celui qui se contente de recevoir J. C. etqui ne le conserve pas et le chasse d'abord de son coeur, ne l'a pas reçu spirituellement, mass. Car. Comm. Le secret de vos coeurs fut d'abord entendu, ducis, Oth. I, 5. La première guerre punique apprit aux Romains à combattre sur la mer; ils furent maîtres d'abord dans un art qu'ils ne connaissaient pas, boss. Hist. I, 8. Il attaque Carthage la Neuve, comme s'il eût agi par inspiration, et ses soldats l'emportèrent d'abord, id. ib. Dieu n'a qu'à vouloir, et les choses sont d'abord faites, pén. t. xviii, p. 288. Je ne promets pas aux autres de les satisfaire de prime abord, desc. Préf. Je l'étranglerai tout d'abord, la font. Fab. i, 8. Ces répétitions ne sont que superflues; Dès l'abord mon esprit acompristout le fait, mol. l'Étour.iv, 4. Consumant dès l'abord toute leur patience, corn. Poly. m, 2. Mais porter dès l'abord les choses à l'extrême, id. Sert, iv, 2. Dès l'abord il sut vaincre, id. Sert. y, 4. C'est peu de tant d'attraits dont l'heureux assemblage Sans doute a dès l'abord emporté votre hommage, c. delav. Paria, ni, 4. Bien qu'elle paraisse extraordinaire au premier abord, boss. N'at. m, 4. || 8° dans l'abord, loc. adv. Au commencement. Dans l'abord il se met au large, la font. Fab. n, 9. J'en ai, je crois, dit un mot dans l'abord, id. Berc. Dans cet abord Joconde Voulut les envoyer dormir en l'autre monde, id. Joe. Dans l'abord agissons doucement , mol. D. Gare. Il , 4 . Elle m'a dans l'abBrd servi de bonne sorte, id. Éc. des f. n, 4. || 9° d'abord après, loc. adv. Aussitôt après. Pour vous voir retomber d'abord après avec plus de honte et de faiblesse, mass. Car. Pass. C'est une ignominie pour la religion que, d'abord après avoir offert au Seigneur des prières pures, vous alliez lancer....id. Car. médisance. || 10°D'ABOBDQUE,ioc.conj'. Dès que. Je n'en ai point douté, d'abord que je l'ai vm,W0L.Éc.desf.v, 9. D'abord que je serai àParis, boss. Lettres Quiét. lxvi. || Marine. Mettre une chose en abord, la placer le plus près possible de la face intérieure de la muraille d'un bâtiment.

—hist. xvi' s. Il vint à la cour en poste, et, deux heures après son abord, Pellicar.... d'aub. Hist.u,

—ÊTYM. A et bord; bourguig. aibor.

ABORDABLE (a-bor-dabl') , adj. || 1° Qu'on peut aborder. Cette côte n'est pas abordable. ||2° Au fig. de facile abord. Cet homme est très-abordable. Cet adjectif suit toujours son substantif.

— étym. Aborder.

ABORDAGE (a-bor-daj') , t. m. || 1" Action d'aborder un vaisseau ; se dit des combats de mer. L'équipage se prépare à l'abordage. Vaisseau pris à l'abordage. J'enlevai le commandant àl'abordage, qu'il ne me refusa pas, jean-bart, dans jal, Gl. nautique. Harold, le sabre en main, s'élance à l'abordage, lamart. Harold, 4 8. L'abordage! l'abordage! On se suspend au cordage, On s'élance des haubans, v. huoo, Orient. 6. || 2° Rencontre fortuite et choc de deux vaisseaux. Les vaisseaux portent la nuit des feux pour éviter les abordages, Acad.

— HIST. xvr* s. Il conclud à l'abordage sous la faveur de Gozi à gagner la cité, d'aub. Hist. i, 244. Les Rochellois dès l'abordage [des navires], se jettent sur le pont de corde, id. t'6. n, 479. Après que ceux de Ré leur eurent deffendu l'abordage [de 111e].... m. ib. h, 274.

— ÊTYM. Aborder.

ABORDÉ, ÉE (a-bor-dé, dée), part, passé. || 1" Abordé par une frégate, le navire fut pris. Des vaisseaux abordés. || 2" Qui est abordé en un lieu. Abordés dans l'Ile, les marins cherchèrent de l'eau. Et ma famille enfin à Corinthe abordée, corn. Méd. I, 4. Si mon frère, abordé sur cette terre impie, M'eût confié plus tôt le secret de sa vie, volt. Orest. v, 2. Eh quoi! deux malheureux, en ces lieux abordés, D'un œil si soupçonneux seraient-ils regardés? id. ib. n, 3.

f ABORDÉE (a-bor-dée),î. f. X l'abordée, d'abordée, loc. adv. En abordant. On fit marcher les régiments des gardes françaises et suisses droit au village de Nerwinden, qu'ils attaquèrent d'abordée avec furie, st-sim. 12, 4 37. L'air ouvert de M. le duc d'Orléans et ce qu'il dit d'abordée au maréchal de Berwick le rassurèrent, id. 475, 77.

— HIST. xvi* s. Ils se jectent d'abordée dans la franchise de la coustume, mont, i, 448. Mais d'abordée l'evesque et sept de meilleure marque donnèrent du nez à terre, d'aub. Hist. i, 344. Ils les emportèrent d'abordade, quoique bien retranchés, id. Hist.l, 226. Cérémonies qu'il fautobserver à la première abordade d'un tel prince , carl. viii , 20. De première abordade , les nostres mirent deux des siennes à fond, m. i, 9.

La défiance de mes forces m'a , de première abordée, gelé de erainte l'encre dans ma plume, yver, 624. A faulte d'avoir vivement de première abordée couru sus aux ennemis, amtot, Nie. 39.

ABORDE» (a-bor-dé). || 1« F. n. Venir à bord. Le navire aborde à Toulon. Ils n'avaient pu aborder dan» l'Ile. Il aborda en Afrique sur un misérable esquif. Enfin l'esquif aborde, on l'invite à descendre, corn. M. dePomp. n, 2. Déjà il ae préparait, selon l'ordre qu'il en avait reçu, à aller aborder secrètement dans une petite lie qui est auprès de la giande, fén. Tél. ix. || 2° Arriver en général, affluer. Or. aborde sani peine dans cette église. Le peuple abordait de toutes parts sur la place publique. Cet enfant abordait à peine dans la maison, qu'il fut saisi d'une attaque

d'épilepsie Verras-tu d'un esprit bien tranquille

Chez ta femme aborder et la cour et la ville? boil. Sot. x. Elle y voit aborder le marquis, la comtesse, Le bourgeois, le manant, le clergé, la noblesse, id. Sat. i. Les marchands y abordent [à Tyr] de toutes les parties du monde, et ses habitants sont euimêmes les plus fameux marchands qu'il y ait dans l'univers, fén. Tél. m. || 3° Aborder de, s'approcher de. Cet emploi est maintenant hors d'usage ; mais on le trouve dans de bons auteurs du xvn" siècle. La ville était battue des flots de tous côtés.... et le mur qui était avancé dans la mer et escarpé empêchait qu'on ne pût en aborder, vaugel. Q. C. 209. Dieu ne vous permettra pas d'eu aborder, boss. Rech. 2. Ils ne peuvent aborder du trône de Dieu, id. Asc. 2. || 4" F. a. Arriver à. Abordei un rivage. Côte qu'on ne peut aborder. Ils abordèrent la ville par la route du nord. Ses cheveux se dressent sur sa tête quand il aborde le noir séjour de l'impitoyable Pluton, fén. Tél. xviii. Ils [ les compagnons d'Ulysse] abordèrent un rivage Où la fille du Dieu du jour, Circé, tenait alors sacour,LAFONT. Fab. xn, t. Je chante les combats et cet homme pieux Qui, des bords phrygiens conduit dansl'Ausonie,Le premier aborda les champs de Lavinie,BOiL. Artpoét. ni. Jj 5° Joindre quelqu'un. Abordez-le et exposez-lui votre affaire. Il n'y avait personne qui ne pût aborder le prince. Il se laissait facilement aborder. Mon ami m'aborda dans la rue. Il m'aborda avec amitié, fén. Tél. n. Ce tigre que jamais je n'abordai sans crainte, rac. Phèd. iv, 6. Moi-même, de quel œil dois-je ici l'aborder? rac. Mith. n, 3. Je verrai le témoin de ma flamme adultère, Observer de quel front j'ose aborder son père, id. Pkèd. m, 3. Si vous l'abordez, demeurez avec elle le moins de temps qu'il vous sera possible, mol. Pr. d'Él. m, 2. Deux inconnus armés m'ont abordé soudain, volt. tlér. H, 2. || 6° Fig. En venir à un sujet. Aborder une cause. La discussion fut abordée avec beaucoup de fermeté. J'aborde la suite de mon sujet. || 7° En termes de guerre , aborder l'ennemi, marcher à l'ennemi pour l'attaquer. Le régiment aborda avec beaucoup d'ardeur la troupe qui occupait la hauteur. On aborda le village qui était barricadé. || 8° Terme de marine. Aborder un vaisseau, l'accrocher pour que l'assaillant passe dessus et cherche à le prendre de vive force; et aussi le heurter par accident. La frégate manœuvra pour aborder le vaisseau ennemi. Dans la nuit le bateau à vapeur aborda une barque de pêcheur qui coula aussitôt. Leurs voiles étaient meilleures que les nôtres; le vent les favorisait; ils nous abordent, nous prennent, et nous emmènent prisonniers en Egypte, fén. Tél. n. || 9° En termes de chasse, aborder la remise, s'approcher de l'endroit où la perdrix s'est réfugiée. || 10° S'aborder, v. réfl. s'approcher pour se parler. Nous nous sommes abordés dans la rue. Tout le monde s'abordait, s'interrogeait dans les églises, sans se connaître, volt. L.XIV, i. || li°Se heurter. Les vaisseaux s'abordèrent, et reçurent l'un et l'autre de graves avaries. ]| 12° a l'aborder, loc.adv. A l'aborder, il est froid ; mais cela ne dure pas. Aborder est pris ici substantivement. 1 1 13° Marine. Aborder de franc étable , se dit de deux navires qui se choquent par les étraves.

— rem. Aborder,», n. se conjugue avec avoir ou être : ils ont abordé, ils sont abordés. Le sens est différent : ils ont abordé signifie l'action d'aborder : ils ont abordé et ont aussitôt marché vers la ville. Ils sont abordés exprime l'état de ceux qui sont dans le heu qu'ils ont atteint : ils sont abordés depuis quelques heures. Le prince d'Orange est abordé, sév. 486 : c'est-à-dire il reste en Angleterre.

— SYN. aborder, avoir accès, approcher. On a accès où l'on entre. On aborde les personnes à qui l'on veut parler. On approche celles avec qui l'on est souvent. Qui a beaucoup de connaissances peut avoir accès en beaucoup d'endroits. Qui a de la hardiesse aborde sans peine tout le monde. Qui joint à la hardiesse un esprit souple et flatteur peut

ABU

approcher le» grands aveo plus da succès que d'autres, guizot. Aborder marqueunfait, avoir accès, une faculté, et approcher, une habitude, lafaye.

— HIST. xv* s. Philippe de Bourgogne fut amoureux de la comtesse de Salsebri , mais ils n'abordèrent point ensemble, P. de fenin, 1424. || xvi*s. Mais à la fin la bonasse fortune Loin les aborde au rivage inconnu De la Provence, ronsard, 609. Socrate a l'aborder sembloit de prime face homme ignorant et grossier, amyot, Caton, 14. Il se mit à la voile sans aborder nulle part, sinon où il estoit contraint à ce faire pour prendre vivres ou faire eau, id. Pompée, (07. A l'instant mesme du péril arriva en la ville Gongylus, qui venoit de Corinthe avec une galère, à, l'aborder du quel estant incontinent tout le peuple accouru à l'entourde lui, il.... id. Nie. 34.

— ÊTYM. Abord.

ABORIGÈNE (a-bo-ri-jê-n'). || 1* Adj. Qui est originaire du sol où il vit. Une plante aborigène. || 2* S. m. plur. Les habitants primitifs d'un pays. Quand les Grecs s'établirent en Italie, ils y trouvèrent les aborigènes, qu'ils eurent à combattre.

— ÊTYM. Aborigines, de ab, dès, et origo, origine (voy. ce mot).

ABORNÊ , ÉE (a-bor-né , née) , part. patte. Champs abornés. Propriété abornée.

ABOHNEMENT (a-bor-ne-man) , s. m. Action d'aborner ou le résultat de cette action. L'abomement des propriétés.

— ÎTYM. Âborner.

A BORNER (a-bor-nê), v. a. Mettre des bornes à un terrain. Faire aborner son champ.

— ÊTYM. A et borner; Berry, abonner; wallon, aboncr.

ABORTIF, 1VE (a-bor-tif , tiv'). || i'Adj. Qui avorte. Fœtus abortif , celui qui est né avant d'avoir acquis le développement nécessaire pour pouvoir vivre. En botan. Êtamineabortive, celle qui n'a pas d'anthère ou qui n'en a qu'une ébauchée; fleur abortive, celle qui tombe sans laisser aucune trace de fécondation. Se met toujours après son subst. || 2" S. m. Terme de médecine. Substance à laquelle on attribue la propriété de provoquer favortement. Les abortifs sont ordinairement de violents emménagogues ou des drastiques. Ce charlatan prescrivit des abortifs qui causèrent la mort de la *;mme,

— HIST. xvt* s. Je souhaiterais que nous retinssions la manière que j'ai dite avoir esté entre les anciens, avant que ceste fiction abortive de sacrement vinst en avant, calv. Intt. 1473. Tel enfantement [hors terme] est appelé abortif ou avortement, pare, t. n,S24. Le tout est fait comme un œuf abortif, c'est-à-dire qui n'a encore la coquille ferme et dure,iD. t. xvui,e. Enfantement avort if, ro.tb. Ses vers naistront inutis, Ainsi qu'enfans abortis, Qui ont forcé leur naissance, ronsard, 363.

— ÊTYM. Abortivut, de aboriri, de ab, indiquant privation, et ort'rt, naître (voy. orient), ce qui empêche de venir à bien ou ce qui n'est pas venu à bien.

f ABOT(a-bo), t. m. Espèce d'entrave que l'on met au paturon pour retenir les chevaux.

ABOUCHÉ, ÉE (a-bou-ché, chée), part, passé. Ces deux hommes abouchés ensemble s'entretinreat longtemps. Un tuyau abouché avec un autre.

ABOUCHEMENT (a-bou-che-man), t. m. || 1* Mise face à face, entrevue, conférence. On ménage un abouchement entre les deux adversaires 1 1 2° En anat . L'abouchement de deux vaisseaux, leur union, leur jonction.

— hist. xvi* s. L'abouchement qui fut fait auprès de Toury en Beausse par la reine, le roi de Navarre et le prince de Condé, pour aviser aux moyens d'appaiser les differens survenus, lanoue, 66».

— ÊTYM. Aboucher.

ABOUCHER (a-bou-ché), v. a. Mettre face à face, en conférence. Je voulais en secret vous aboucher tous deux, vol. l'Étourdi, iv, l. L'on doit l'aboucher avec vous, id. l'Av. n, l.

s'aboucher , v. ré/l. || i* Conférer avec quelqu'un. Us se sont abouchés, et sont convenus de la marche à suivre. || 2* En anat. se dit de deux vaisseaux qui communiquent. Le canal thoraciqua s'abouche dans la veine sous-clavière.

— HIST. xv* s. Et savez où elle [une grotte, un conduit souterrain] vide, ni où elle abouche [débouche], dit messire Gautier, proiss. h, m, 23. || xvi* s. Les refformés ne peurent faire autre chose que d'emplir et couvrir les canons, abouchés en terre, d'un grand amas de poudre et y mettre le feu, d'aub. Hist. l, 167. Que trente chevaux légers de part et d'autre, six heures devant que s'aboucher [venir en conférence], descouvriroient la campagne, LAilO'JE, 657.

ABO

— ÊTYM. A et bouche; aboucher à Genève veut dire coucher sur la bouche, sur le ventre.

tABOL'GRISSEMENT(a-bou-gri-se man),«.m.f:tat d'un bois endommagé dans sa première croissance.

ABOUT (a-bou), s. m. Terme d'art et métier. || 1° L'extrémité par laquelle un morceau de bois de charpente ou de menuiserie est assemblé avec un autre. || 2* Le bout par lequel une tringleou un tirant de fersejoint, se fixe à quelque chose. || 3* Base du cylindre qui broie les chifibns pour faire le papier.

— ÊTYM. A et bout.

t ABOUTAGE (a-bou-taj') , *. m. Terme de marine. Action de réunir par un nœud les bouts de deux cordages.

— ÊTYM. Abouter.

t ABOUTÉ, ÉE (a-bou-té, tée), part, passé. || 1* Terme d'art et de métier. Pièces de bois aboutées. || 2° En termes de blason, il se dit des différentes pièces d'armoiries qui se répondent par les pointes.

f ABOUTEMENT (a-bou-te-raan), s. m. Termed'art et métier. Action d'abouter. Etat de ce qui est abouté.

— ÊTYM. il bouler.

t ABOUTER (a-bou-ié),«. a. Terme d'art et métier. Joindre deux choses bout à bout.

— ÊTYM. About.

ABOUTI, 1E ( a-bou-ti, tie ), port, passé. || 1* De grands desseins aboutis à peu de chose. || 2* Qui a suppuré. Une tumeur aboutie.

ABOUTIR (a-bou-tir), e. n. ||1* Toucher par un bout , se terminer dans. Ce champ aboutit d'un côté au grand chemin, de l'autre à ma propriété. La veine cave aboutit au cœur ou dans le cœur. L'esplanade aboutit au gymnase. Les vaisseaux lymphatiques aboutissent dans les veines par deux gros troncs. Aboutir en pointe. Cet arbre aboutit en pyramide. Là viennent aboutir deux routes. A ce carrefour aboutissent plusieurs chemins. Puisses-tu voir.. ..de Marseille au rivage de Tyr Son empire aboutir, malii. m, 4. Comme un centre où aboutissent toutes les lignes de la fortune, fiècii. lié;/. Selon son dessein, tout doit aboutir à Pétersbourg, qui, par sa situation, serait un entrepôt du monde, fonten. Csar Pierre. Notre vue s'étendra sur le lieu de la fête et sur les routes qui y aboutissent, bern. de s. p. Arcad. 2. Il 2* Fig. Avoir pour résultat. Le mouvement allait aboutir à une sédition. L'affaire aboutit à un grand combat. Voyons où aboutira tout ceci. Ces terreurs n'aboutiront qu'à.... Une vie sordide et misérable qui n'aboutit qu'à grossir un bien injustement acquis. Ses projets aboutirent à la ruine. Ses desseins les mieux concertés aboutissent misérablement. Cette conduite si peu religieuse, où doit-elleenfin aboutir? bourd. Petit, t. n, p. 393. C'est à quoi aboutit cette distinction de l'école, boss. Or. 4. Des questions qui n'aboutissent à rien, mass. Obst. || 3° Venir à suppuration. Cette tumeur aboutira. Faire aboutir un clou.

— REM. Aboutir se conjugue avec avoir ou être suivant le sens : la tumeur a abouti hier ; par là on indique seulement le fait. La tumeur est aboutie depuis quelques heures; par là on indique l'état où est la tumeur.

— HIST. xvi* s. Ce cerveau se resserrait de toutes parts et alloit aboutissant en pointe comme un œuf à l'endroit où la corne prenoit le commencement de la racine, amtot, Pér. 9. Ih tenoient l'extrémité de l'Italie, qui va aboutissant aux grandes Alpes, id. Paul-Mm. 9. Sur la place à laquelle se rendent et aboutissent tous les grands chemins de l'Italie, id. Galb. 30. C'est une croppe de montagne rude et asprede tous costez, aboutissant en poincte, id Sylla, 38. Quelques uns d'oux portants des croix blanches abouties de fleurs de lis, et appelèrent ces marques des contre-ligues , d'aub. Hist. n, 43». Son gouvernement de Mets aboutit [s'étend] jusque en Allemaigne, carl. viii, 17. Les Allemagnes bornent et aboutissent les terres du grand Seigneur vers l'orient,

ID. VHI, 22.

— ÊTYM. A et bout; Berry, aboter, abouter; walL abosi, dans le sens de suppurer.

ABOUTISSANT, ANTE ( a-bou-ti-san , san-t'). || 1* Adj. Qui aboutit. Une pièce de terre aboutissante à. Par une porte aboutissante aux champs, la font. Or. || 2* Auplur. m. Les tenants et aboutissants d'une pièce de terre, les pièces qui y sont adjacentes, qui la bornent de tous les côtés. On dit aussi, avec l'article répété, les tenants et les aboutissants. || 3" Fig. Savoir tous les tenants et aboutissants d'une affaire, en connaître tous les détails.

— HIST. xvi* s. Il découvrit toutes vos assemblées etentreprisespartenansetaboutissans, Sat.ilén.i'iO.

— f.tym. Aboutir.

Abu

ABOUTISSEMENT (a-bou-ti-se-man) , t. m. \\i* Action d'aooutir. Tel est l'aboutissement de nos efforts. || 2* Suppuration. L'aboutissement d'un abcès. || 3* Terme de couture. Pièce que l'on ajoute à une autre qui est trop courte.

— HIST. xvi* s. L'acromium, qui est partie et aboutissement de son espine [de l'omoplate.,, pake, xiv, il.

— ÊTYM. aboutir.

AB OVO (a-bô-vo), loc. adv. Dès le commeucement. Prendre un récit ab ovo.

— ÊTYM. Mots latins : Ab, dès, et ovo, œuf (voy. œuf), dès l'œuf.

A BOY 'NT, ANTE (a-bo-ian ou aboi-ian, iante', la prononciation varie), adj. || 1* Qui aboie. Meute aboyante. || 2* Fig. Comme l'oiseau du ciel qui vient en tournoyant Enivrer son regard sur ce gouffre aboyant, labiart. Chute du Rhin. || 8* Fig. Qui postule, qui ambitionne. Cette abbaye causa tant d'envie que les aboyants, outrés de la voir donner ainsi, se mirent à chercher ce que c'était que cet abbé de Chavigny, st-sim. 260, 234.

ABOYÉ, ÉÊ (a-bo-ié, iée, ou aboi-ié, iée;la prononciation varie), part, passé. || 1* Un sanglier aboyé par les chiens. || 2* Fig. Un débiteur aboyé de tous ses créanciers. Le prince de Conti faisait un triste et humiliant personnage, accueilli de personne, aboyé de tous, st-sim. 48, 67. || 3* Recherché ardemment, postulé. Après une si nombreuse promotion, j'attendrais longtemps un régiment vacant, aboyé des familles et desofficiers, st-simon, 102, 89.

ABOYER (a-bo-ié et aboi ié ; la prononciation varie. L'y se change en t quand un e muet suit : il aboie; il aboiera. Il faut un y ef un i pour l'imparfait, nous aboyions, vous aboyiez, et le présent du subjonctif, que nous aboyions, que vous aboyiez. La prononciation abayer était commune au commencement du xvii* siècle. Ma fortune.... Qui n'abaye et n'aspire après l'or du Pérou, Régnier, Sat. m. Ou toutes cesgrandeursaprèsqui l'on abaye, m. ib. xvi). |l 1* V. n. Se dit du cri du chien et de quelques autres animaux du même genre ; le renard par exemple. Le chien aboie. Le chien du garde aboie au voleur, après le voleur, contre le voleur. Quoil mes chiens même aboient après moi. Quand avons-nous manqué d'aboyer au larron T rac. Plaid, ni, 3. Tu étais , Caton , comme un chien qui aboie contre tous les passants, fén. t. xix, p. 286. Quoique toujours, sous son empire , L'usurpateur nous ait chassés, Nous avons laissé, sans mot dire, Aboyer tous les plus pressés, bbranger, Requête. Il 2* Fig. Crier contre quelqu'un, invectiver, faire des réclamations. Nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous, mol. Scap. 1,7. Lorsque je vois ce moderne Sisyphe Nous aboyer, je trouve qu'il fait bien, l. B. rouss. liv i,ép. tx. Jean- Jacques.... En nouveau Diogène aboie à nos beautés, volt. Ép. xciv. lise mit à aboyer contre Brancas sur le jansénisme, sév. 344. |j 3* Aboyer après, poursuivre ardemment. Aboyer après une place. Cet ambitieux aboie après les grandeurs. || 4* V. a. Les chiens aboyaient le renard. La plupart des chiens se contentent de l'aboyer [le hérisson] et ne se soucient pas de le saisir, bufp. Hérisson. Aboyer quelqu'un, invectiver contre lui. Aboyer une place, la poursuivre avec passion. Dans cette phrase de Diderot : Moi je ne tue pas un chien qui m'aboie, Ettaisur Cl. , aboyer peut être transitif direct ou indirect: il aboie moi ou il aboieàmoi. || 6* S'aboyer,», ré/l. Si vous voyez deux chiens qui s'aboient... labruy. 12. C'est ou aboyer ici ou aboyer àtoi. || 6* Proverbes. Tous les chiens qui aboient ne mordent pas, c'est-à-dire tous les gens qui menacent ne sont pas à craindre. || Aboyer à la lune, crier inutilement. || Jamais bon chien n'aboie à faux, un homme sage ne se fâche pas sans raison. — SYN. aboyer, jappe». Le premier se dit du cri des gros chiens, le second de celui des petits. Cependant on dit souvent d'un petit chien, il aboie, et d'un gros, il jappe. C'est qu'alors celui-là est en colère, et que celui-ci n'est animé contre aucun objet.

— HIST. xii* s. Comment, Sire, je suis vils corne chiens à ceus de Juda, corne cil ki est chef des fols ki abaient vers David, Rois, 129. ||xm*s. Asi grand chose, com à l'empire de Constantinople, poés [vous pouvez] croire que moût i en avoit aboans et envians, viLLEH. lo*. Par foi, tant en a chien qui nage: Quand est arrivés, il aboie, la Rose, mot. || xiv* ». Comme les chiens, quand il oent [entendent] heurter, il abaient tantost sans atendre que il aient conoissance se celui qui heurte estami ou non ,oresme, h'th. 206. Désormais travailler [il] n'ose, Abayer ne mot sonner; On lui doit bien pardonner ; Un vieillart peut peu de chose, ch. d'orleans, Rondeau. Qui ne peut mordre, si abaye, villon, Baill, et Mal. Aussi l'a-

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vocat qui plaidye Les causes, raisons et moyens, Pourvu qu'il ait la main garnye, Sera pour les deux iboyans, coquillard, Simple et rusée. Jeté pry, sans plus m'abaycr, Que tu penses de me payer, Patelin. || xvi* s. Ces compagnies ne le firent qu'abaier entre Longuive et le faubourg, à l'entrée du quel Mortemar chargea et le mosla, d'aib. H lit. n, 128. Le chien veut mal à celui à qui il abbaye, amyot, Cimon, 33. Il lui futadvis qu'une lyce asprement courroucée abhayoit contre lui, et que parmi son abboi Bile jet toit une parole humaine, id. ib. Nous nous courrouceons contre les chiens qui nous abayent et contre les asnes qui nous regihbent, id. Comm. refr. la col. 30. Il délibéra de contenter un jeun' homme pauvre, son fidèle ami, aboyant après les richesses, mont. 11,317. En certain abbayer du chien le cheval cognoist qu'il y a de la cholere, id. ii , 1 68. Ce chien semoità abbayer contre lui tant qu'il put,iD. il, 192. Les autres, en abbayant leur parchemin jour et nuit, et barbotant leur bréviaire, vendent leurs coquilles au peuple, calv. Inst. 708.

— ÊTYM. Berry, abayer ; de ad, à, et baubari, aboyer ; grec fJaQÎeiv ; allem. bcllen. Le simple baier était aussi usité dans l'ancien français. Parce que li quien s'engressent [s'irritent] de baier, beauman. xxxix, 46.

ABOYKUH (a-bo-ieur ou aboi-ieur; la prononciation n'est pas fixée), s. m. || 1° Terme de chasse. Sorte de chiens qui aboient à la vue du sanglier sans en approcber. ||2° Fig. Celui qui poursuit ardemment une chose. Un aboyeur de successions. || 3° Celui qui fatigue par des criailleries, par des importunités pressantes. Il a beaucoup d'aboyeurs*, ce sont ses créanciers. Ce critique n'est qu'un aboyeur. C'est un terrible aboyeur. Quelque Fréron.... Vient l'entamer de sa dent mercenaire; X l'ahoyeur il reste abandonné, volt. Ép. lxxx. || 4° Crieur qui se tient à la porte des théâtres pour appeler les voitures, et aussi crieur qui dans les rues vend des complaintes, des nouvelles, etc. || 5° Adjectivement. Des dogues aboyeurs || Rien n'empêche d'employer alwyeur au féminin : aboyeuse.

— HlST. xin* s. Se l'une estoit maistre abaeresse [aboyeuse], Et l'autre maistre lecharesse [gourmande], Moult furent bien les deux d'un cuer [cœur], Jtrn. 137. || xvr s .Une meutte de chiens, de limiers, desaboieurs, des chiens pour le fauve, d'aub. Fœn.ï, 6. Ils chassort seulement avec la arquebuse ou arbalestre et l'abboyeur, carl. iv, 12.

ABRACADAIIUA (a bra-ca da-bra), t. m. Mot auquel on attribuait des vertus magiques. De vos mains grossières, Parmi des poussières, Ecrivez, sorcières : Abracaclabra, v. hugo, Bail. <4.

—ÊTYM. Proprement abrasadabra, car en grec il s'écrit AliPACA-iAIJPA. On fait venir ce mot de l'hébreu ab, père, ruah', esprit, et dabar, parole. D'après cette étymologie,il désignerait la Trinité, grotefend (Ersch's und Oruber's Encyclopédie, \ ) le regarde comme composé du mot persan abrasas, dénomination mystique de la divinité, etdel'bébreu dabar, parole, parole divine.

| ABR AS (a-brâ), s. m. Terme d'art. Garniture de fer qui entoure le manche d'un marteau de forge.

— ÊTYM. À et bras.

t ABRASION (a-bra-zion) , ». f. Terme de médecine. || i» Séparation, par petits fragments, de l'épitbélium qui recouvre les membranes muqueuses || 2° Action de gratter la surface des os cariés, de la cornée ulcérée, et celle d'enlever le tartre des dents.

— ÊTYM. Abrasio , de ab, indiquant séparation, et radere, racler (voy. ras).

AURA X AS (a bra-ksas'), s. m. Pierre précieuse sur laquelle étaient gravés «les caractères et qu'on portait en amulette.

—ÊTYM. Abraxas, mot persan signifiant Dieu (voy. abracadabra).

ABRÉGÉ, ÉE (a-bré-jé, jée), part, passé. Route abrégée. Méthode abrégée d'enseignement. Livre abrégé. Magistrature dont la durée est abrégée. Si mes jours sont abrégés. Ceci est une répétition abrégée de ce qui vous a été amplement recommandé. L'exemple, tous le savez, est la voie abrégée de la persuasion, mass. Conférence, Excell. du sacerd. L'enfer se déchaîne; les temps de paix sont abrégés, mass. Orais. /un. Dauph. C'était là une ample matière à exercer un génie tel que le sien, car le long chemin pouvait être et abrégé et facilité, fonten. Czar Pierre.

ABRÉGÉ (a-bré-jé), s. m. || 1° Réduction d' m plus grand ouvrage en un plus petit. C'était un abi égé de toute la loi , boss. Hist. n , 3. Voulez-vous, disait saint Grégoire , pape , un abrégé de la règle de saint Benoît ? oonsidérez sa vie; et voulez-vous, ajoutait le même pontife, un précis de la vie de saint Benoit, considérez

sa règle, bourd. Pens. t. m, p. 403. || 2° Par analogie, Image en raccourci. Le peuple juif est un abrégé symbolique de la race humaine, chateaub. Génie, n, vi, 2. Ce cœur est l'abrégé de tous les mystères, boss. Jean, 3. La science du salut, science suréminente, l'abrégé de toutes les sciences, bourd. Pens. t. m,p. 229. Ce sacrement incompréhensible,ineflable, l'abrégé de toutes les merveilles du Seigneur, id. «6. p. 380. || 3° En abrège, en peu de paroles. Je ne dis ces choses qu'en abrégé ; elles sont assez expliquées ailleurs, boss. Délai. Elle renferme en abrégé toute la doctrine, id. Thér. 3. La suite de la religion mise en abrégé devant vos yeux, id. Hist. H, )3. Voilà en abrégé les principes de dénoûment pour les passages des Pères , id. S. Écrit. Ce canon contient en abrégé toutes les raisons, id. Lell. abb. 554. C'est faire en abrégé votre panégyrique, mol. l'Étourdi, H, 14. || 4° En abrégé, par abrégé, par abréviation. Écrivez ce mot en abrégé. || 6° Musique. Mécanisme qui dans l'orgue transmet le mouvement des touches du clavier.

— SYN. ABRÉGÉ, SOMMAIRE, ÉPITOMÉ, PRÉCIS, RÉ- SUMÉ. L'abrégé est un ouvrage, mais la réductiond'un plus grand à un moindre volume. Le sommaire n'est point un o vrage; il ne fait simplement qu'indiquer en peu de mots les nrincipales choses contenues dans l'ouvrage; on le place ordinairement à la tête de chaque chapitre ou division, pour permettre à l'esprit d'embrasser l'ensemble de ce qui va être détaillé. L'épitomé est, ainsi que l'abrégé, un ouvrage, mais plus succinct : ce mot d'ailleurs est purement grec, et n'est employé que pour le titre de certains ouvrages, guizot. Le précis se distingue par sa rigueur; il signifie un abrégé dans lequel ne se trouve rien de superflu ; l'abrégé est court ; mais le précis est substantiel. Aussi peut-on dire : j'ai fait l'abrégé et le précis de ce livre. Le résumé est un abrégé , non pas séparé de l'ouvrage , mais mis à la fin en guise de conclusion; c'est, pour la place, l'opposé du sommaire; c'est encore une sorte d'abrégé destiné seulement l rappeler ce qu'on sait, à revoir rapidement ce dont on a besoin de se ressouvenir, lafaye.

— êtym. Abréger.

\ ABREGEMENT (a-brè-je-man),'». m. Action d'abréger. L'état de ce qui est abrégé. L'abrègement d'un livre. Ceux qui ont voulu introduire les tables ont été trompés par l'abrègement des paroles, Porl-W yo/, dans bouiiours, Nouv. llem. Mot utile et justifié par un usage constant.

— hist. xin* s. Et aussi ne peut nus [nul] doner abrègement de servitutes de fief , beau'm. xlv, 25. Quant on est semons por service de tiz [tels] fiés, on doit offrir àson segneur ce qui est duz por le [la] resonde l'abrègement, id. xxvm,7. || xv s. Mais, pour l'abrègement de l'œuvre, De point en point [je] le te descœuvre,LA font. 923.

— ÊTYM. Abréger.

f ABRÈGEMENT (a-brè-jé-man) , adv. D'une manière abrégée. Adverbe usité autrefois et qui n'a rien qui l'empêche d'être usité de nouveau, puisqu'il se comprend sans peine.

— hist. xv* s. Pour abrègement guérir ou mourir, Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent, ch. d'orl. Rondeau. Et le plus abrègement que faire se peut, le bailii comanda qu'on depeschast notre pauvre coquart, l. xi, Nouv. 75

— ÊTYM. Abrégé, par contraction pour abrégée, et ment suffixe (voy. ment).

ABRÉGER (a-bré-jé. Lé se prononce è quand il est suivi d'une voyelle muette : j'a-brè-ge),e.o. || 1* Rendre bref, réduire à une moindre étendue, à une moindre longueur. Abréger letemps. Êclaircir et abréger le discours. Abréger une narration. Voulant abréger son humiliation. C'est un bienfait de Dieu d'avoir abrégé les tentations avec les jours de Madame, boss. Duch. d'Orl. On croit qu'il expose les troupes : il les ménage en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques, id. L. de Bourbon. Les plaisirs pris sans modération abrègent plus les jours des hommes que les remèdes ne peuvent les prolonger, fên. Tél. xvn. Cours par un prompt trépas abréger ton supplice, rac. Mithr. n, 6. Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le reste, ro. .4ndr.iv, 4. Je la voyais bientôt, abrégeant son absence, revenir empressée, ducis, Oth.i, 5. Le cardinal de Richelieu avait abrégé ses jours par les inquiétudes qui le dévorèrent, volt. Mœurs, t77. || 2° Faire un abrégé. Cet auteur a abrégé lui-même son livre. || 3° Faire paraître moins long. La conversation abrège le chemin. || 4° Faire brève une syllabe. Quelques personnes abrègent l'o dans rôti , et disent rôti. i| B* V. n. Chemin oui abrège. || 6° F&Te court, s'exprimer en peu de mots. En abrégeant. Abrégeons.

J'abrège et je poursuis. Pour abréger, la chose s'exécute, la font. Rich. || 7° S'abréger, v. réfl. Devenir plus court. La vie, déjà si courte, s'abrège souvent par les excès de tout genre.

—hist. xii* s. Ne ne porreit mis cors soflrir Travail ne peine ne labor ; Kar dès or s'abrègent mi jor; Molt me vois mais afebieiant, benoît, h, 8223. || iiii* s. Ains voil [je veux] ma parole abregier Por vos oreilles alegier,to JJoî«,( 9671. Je ne puis souffrir à abregier le plain service qu'on tient de moi , beauu xxviii, 7. S'aucuns abrège le fief qui esttenudeli, m. xlv, 26. Se il viaut [veut] son plait abregier, Ass. de Jerus. i, 237. || xiv* s. Ils lui dirent qu'il abregeast ses paroles, le Menagier, i , 9. || xv* s. Temps sans honneur et sans vray jugement, Aage en tristour, qui abrège la vie, E. deschamps, Temps présent . Elle [m'amie] m'a dit que je boy trop souvent Et que cela m'abregeroit la vie, bassel. 3). N'abrégeons point nostre vie Par trop nous atedier, id. 46. Ou dit que ses ans il [le buveur] abbrege, m. 38. Avancezvous, prenez votre robe, abregez-vous [hâtez-vous] ; qu'il ne vous trouve ici , car vous seriez mort et moi aussi, louis xi, A5ou». 34. Pour abréger [bref],iD. ib. 75. || xvi* s. Le ciel m'a esté si bénin et si favorable que d'abrevier un long martyre, yver, 692. Jl vouloit bien abréger son chemin et passer par lieux bien habités, amyot, Ant. 52. Notaires, c'est à dire écrivains qui par notes et lettres abrégées figurent toute une sentence, m. Caton d'Ut. 36.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. abreviar; ital. 06breviare ; bas-lat. abbreviare; de ad, indiquant la direction de l'action, et brevis, bref (voy. bref).

t ABR EUVAG E (a-breu-va-j') , s. m. Action d'abreuver. L'abreuvage des chevaux.

—hist. xvi* s. Aux prairies, sur toutes à celles d'abbruvage [qu'on arrose], les fumiers de telle volaille sont de grande utilité, o. de serres, 98. —ÊTYM. i46r<?urer; provenç. abeuratge, boisson. ABREUVÉ, ÉE (a-breu-vé, vée), part, passé Au propre et au figuré. Troupeaux abreuvés. On renvoya les convives bien abreuvés. Terres abreuvées. L'Egypte abreuvée par les débordements du Nil. Une plante abreuvée par une eau abondante. Plaie abreuvée d'une humeur malsaine. Abreuvé d'amertume. Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, rac. Phèdre, iv, 6. Sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, boss. Hist. il, *. Etlejourme retrome abreuvé de mes larmes, volt. OEd. i, 4. Et j'ai sur ces chemins de carnage abreuvés.... ID. Mér. i, 2. f ABRECVEMENT (a-breu-ve-man),«. m. Action d'abreuver les animaux domestiques. L'abreuvement exige certaines précautions, par exemple couper l'eau avec du son ou de la farine, ou la faire tiédir, si l'animal est en sueur. On donne l'avoine plutôt après l'abreuvement qu'avant. On risque de causer des ruptures ou la pousse, si l'on fait courir l'animal aussitôt après l'abreuvement.

—hist. xin* s. Cil qui sera fet mesureur de sel paiera por son abuvrement et por son past huit livres, Livre des Met. 356. || xvr* s. Le prevost a de chascun bouchier, qui est fait nouvel bouchier, de l'aboivrement [pourboire] que l'on a accoustumé à faire au commencement, une maille d'or, ducange, abuvragium.

—êtym. Abreuver.

ABREUVER (a-breu-vé) , v. a. || 1* Faire boire des animaux. Rivière où l'on a coutume d'abreuver les bestiaux. Les puits qu'ils avaient creusés pour abreuver leurs troupeaux. On mena abreuver nos chevaux, sêv. (65. || 2° Faire boireabondammentquelqu'un. 11 abreuva largement la compagnie. On l'abreuvait pour lui faire perdre la raison et s'emparer de lui. Le cruel d'une main semblait m'ouvrir le flanc, Et de l'autre à longs traits m'abreuverde mon sang, créb. Atrée, n, 2. || 3° Mouiller, pénétrer d'eau, arroser. La terre est abreuvée. Ces prairies ont besoin d'être abreuvées. Le sol est abreuvé d'eau. Les cèdres qu'abreuve la rosée du ciel. Une grande abondance d'humeurs abreuve cette plaie; il faut la dessécher. || 4° Fig. Remplir, saturer. Abreuver quelqu'un d'outrages. On abreuve les alliés de dégoûts. Tout le fiel.... Dont un amant fut jamais abreuvé, malb. v, 27. Tout le fiel dont on vous abreuva, bourd. Pens. t. m. p. 362. On dit aussi, dans un sens opposé, l'abreuver de joie. || 6* En termes d'art, mettre sur un fond poreux une couche d'huile, d'encollage, de couleur ou de vernis pour en boucher les pores et en rendre la surface unie. || Terme de tonnelier. Abreuver des tonneaux , les emplir d'eau pour s'assurer s'ils ne fuient point. || Enfermes de marine, abreuver un vaisseau, y faire entrer de l'eau, avant de If lancer, pour voir s'il n'yapasunevoied'eau. ||8* S'abreuver, v.réfl. Les chevaux s'abreuvent ici. Après s'être abreuvé de vin.

ABR

S'abreuver largement. Les puits où vont le soir s'abreuver nos troupeaux, ddcis, Abu/ i,5. || 7* Être humecté. La terre s'abreuve des pluies fécondantes. Le sol de la Grèce devait s'abreuverde sang. Lajaveline s'abreuve de leur sang. || 8° Fig. S'abreuver de larmes. Il s'abreuva du sang de la république. Néron s'abreuva de sang. Il s'abreuve aui sources les plus pures de la science. De son mortel poison tout courut s'abreuver, boil. Sat. xii.

— H1ST. xni* s. Chascuns des vins se fit plus digne Par sa bonté, par sa puissance, D'abevrer bien le roi de France, Bat. des vins, Fabl.de Barb. 2* éd. t. h, p. 4 54. Li prudomme cui estoit celé fontaine, la fit aler por tout son champ pour lou abeuvrer, L. de just. 27. Qu'il ne l'abeivre [la bote acheténj ne face abevrer la matinée, et après rendre la, se elle ne lui siet, Ass. de Jér. i, 213. En un lit tout seul [elle] les coucoit [couchait les deux enfanls] , Andeux [tous deux] paissoit et abevroit, FI. et Bl. 4 85. Et pour bien faire en ceste poine, Au souverain bien [la sagesse] la [l'âme] ramoine, Dont jonesse la dessevroit , Qui de vanités l'abevroit , la Rose, 4558. Et qu'il devra estreabevrés, Dès ainsneïsqu'il soit sevrés.... ib. 40665. Tous les en aboivre à ses mains, Mes les uns plus, lesautresmains[moins], t'b. 6849. Je euz fain, vous me saoulastes, Et si euz soif, vous m'abruvastes, J. de meung,7Y. 444 8. || xiv* s. Et si n'ara chascuns, tant qu'il porra durer, Qu'un soel pain de fourment tous les jours à disner, Etunlotd'iaweaussi pour son corpz abuvrér, Baud. de Seb. ix,568. || xv* s. Le duc de Bretagne suivit l'opinion du toi de France moult légèrement, car il estoit, du temps passé, si abeuvré de l'information de son cousin leduc de Flandre, pour la rébellion de l'Eglise,que son coeur ne s'inclina onquesà croire Clément pape, froiss. iii,iv, 36. || xvi" s. Puisen passant au milieu de la plaine, De grans ruisseaux de sang s'abrevera,MAHOT, iv, 322. Quand les plis de leurs hoquetons furent abbreuvés d'eau , ils les chargèrent encore plus, amyot, Timol. 38. Les Romains sortiz pour aller au fourrage ou pour abbreuver leurs chevaulx, ro. Ant. 60. Chascun en ayant esté abbruvé cent fois [d'un récit], mont, i, 35. Les premiers discours, de quoi on lui doibt abruver l'entendement.. ..id. i, (72. Toutes leurs idoles s'abruvent de sang humain, id. r, 229. Son esponge estoit abruvée de diverses peintures, id. i, 254. La sotte imagination dont leur inaistre des sentences les a abbruvez leur a perverti l'entendement, calv. Inst. 4 4 38. Quand on viendrait abreuver la mule sus laquelle montoit sa femme... des perr. Cont. 92. Encor que tout fust conduit secrètement au possible, si est-ce que chacun en fut abreuvé [informé], yver, 562. Fol est qui se met en enqueste ; car le plus souvent qui mieux abreuve [ses témoins], mieux preuve, loysel, 770.

— ÉTYM. Wall, abuvrer, aborrer; picard, abru- «rer; provenç. abeurar; espagn. abrevar; ital. abbeverare ; bas-lat. abeverare , abebrare ; de ad, indiquant la direction de l'action, et bibere, boire (voy. boire). L'ancien français est abeuvrer, sauf de rares exceptions, plus près de l'étymologie; c'est au xvi* s. que IV s'est déplacée définitivement et qu'on a dit abreuver.

ABREUVOIR (a-breu-voir), s. m. || l'Lieu où l'on mène les bestiaux et les chevaux boire et se baigner. Un abreuvoir qui est un petit canal, sêv. 643. || 2" Lieu où les oiseaux vont se désaltérer. Chasser à l'abreuvoir, prendre des oiseaux à l'abreuvoir. |[ 3" Terme d'arboriculture. Fusée qui gAte le pied de l'arbre. La blessure [faite par le marteau à un arbre] ne se cicatrise jamais parfaitement, et souvent elle produit un abreuvoir au pied de l'arbre, bufp. Kxp. sur les végét. 2' mém. || 4' Fig. Abreuvoir à mouches, large balafre. Illui fitd'un coupde sabre un abreuvoir à mouches. Le ceste est encore taché Du sang et du cerveau séché, Quand Hercule, après mainte touche, Lui fit un abreuvoir à mouche De son ceste... scarr. Virg. trav. v. || 5' Intervalle que les maçons laissent entre les pierres pour y faire entrer du mortier. || 6* Proverbe. Un cheval va bien tout seul à l'abreuvoir, se dit de ceux qui se lèvent de table pour aller eux-mêmes au buffet et se servir.

— HIST. xiv* s. Gillot tenant en sa main un abuvroirou abuvoir où ils buvoient, plein de vin, du cange, abevragium. || xv* s. Disant le suppliant qu'il lui rueroit fjetterait] ung abeuvrouer ou verre à la teste, id. t'b. || xvi* s.Cependant ceste eau servoit d'abbreuvoir pour le bestail, calv. Inst. 4405. Un abbreuvoir à mousches, cotgrave.

— étym. Abreuver; provenç. dbeurador; espagn. abrevador; ital. abbeveratojo.

AORÉVTATEUR (a-bré-vi-a-teur),*. m. || l'Auteur

ABR

qui abrège l'ouvraged'un autre. Eusèbe, son abréviateur [de Moïse], qui entasse tant de fables, volt. Dial. 24, (7. [Pour le plan de l'ancienne Carthage] nous sommes réduits aux abréviateurs latins, tels que Florus et Velleius Paterculus, chateaub. fttn. m, 174. || 2° Se dit à Rome des officiers du parquet qui dressent les minutes et les bréviatures des lettres apostoliques.

— ÊTYM. Voy. abréviation.

t ABUÊVIATIF,IVE (a-bré-vi-a-tif, ti-v'),adi. Qui abrège, qui indique une abréviation. Signes abrêviatifs.

—ÊTYM. Abréviation.

ABRÉVIATION (a-bré-vi-a-sion) , s. f. Retranchement de lettres, ou emploi de signes pour écrire plus vite ou pour tenir moins déplace. Mr, Mme, sont des abréviations pour Monsieur, Madame. Des imprimeries dont il a changé les anciens caractères trop barbares et presque indéchiffrables à cause des fréquentes abréviations, fonten. Ctar Pierre.

— HIST. xvi* s. Il leur avoit enseigné à faire certaines notes et abbreviations, qui en peu de traits valoient et representoient beaucoup de lettres , amyot , Caton d'Ut. 36. Syncopes, abbreviation et remission d'haleine, paré,viii, 23.

— ÊTYM. Abbreviatio, de abbreviare, qui, dans l'ancien français, adonné abréger (voy. ce mot), et non abrévier, qui serait du xvi* s.

f ABRÉVIATIVEMENT ( a-bré-vi-a-ti-ve-man), adv. Par abréviation.

— ÊTYM. Abréviative au féminin et ment (voy. ment).

ABRI (a-bri),*.m. || 1* Ce qui protège contre.... Abri contre la pluie. Sous un abri sûr. Le mauvais temps les força de chercher un abri. La côte oflrait un abri au vaisseau. Cette rade est un abri. La montagne sert d'abri contre le vent du nord. S'il est, aux bords déserts du torrent ignoré, Quelque rustique abri de verdure entouré.. ..lamart. tiédit, xx. L'arbre sacré [de la liberté] sur ce concours immense Forme un abri de rameaux toujours verts, bérang. Lafay || 2* Fig. Ce qui préserve. Abri contre le malheur. L'accusé trouva un abri dans sa dignité. Sous l'abri d'un grand nom sûr de l'impunité , A d'horribles e*ces leur orgueil s'est porté, c. delav. V. Sicil. n, ». || 3* X l'abri, Ioc. adv. Se tenir à l'abri dans sa maison. Dans une rade où ils se trouvèrent à l'abri, fén. Tél. ix. Vous ne pouvez qu'aux dépens de sa tête Mettre à l'abri la vôtre , corn. Mort de P.l, t. Il fallut se mettre à l'abri, la font. Fiancée. || 4* X l'abri de, Ioc. prépositive. En sûreté contre. Être à l'abri du froid. Afin que les défenseurs fussent à l'abri des balles. Être à l'abri de l'injure. Personne n'est à l'abri du mal. A l'abri des railleries. Le port est à l'abri de tous les vents. Rien ne met à l'abri de cetordre fatal, bac. Esth.i,3.Les montagnes métier, t cette côte à l'abri des vents, fén. Tél. m. J'essuyai les mépris qu'à l'abri du danger L'orgueilleux citoyen prodigue à l'étranger, volt. Orph. n, 6. || 5*X l'abri de, En sûreté sous. Mouiller à l'abri d'une terre. X l'abri d'une cabane, nous laissâmes passer l'orage. Il se mit à l'abri du fleuve. À l'abri de son déguisement, il parcourait les campagnes. Ils ont des amis qu'ils vous mettront en têle, et, à l'abri de ces protecteurs, ils sont en état de repousser tous vos coups et de résister à tous vos efforts, bourd. Pens. t. il, p. 264. Et vous et vos enfants, vos amis, votre époux, A l'abri du sénat aurez un sort plus doux, mairet, Uortd'Asd. iv, 4. X l'abri de ce trône attendez mon retour, rac. Esth. u, 8. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, la font. Fab. i, 22. Un galant dequi tout le métier Est de courir le jour de quartier en quartier, Et d'aller à l'abri d'une perruque blonde De ses froides douceurs fatiguer tout le monde, boil. Sat. rv. || 6* Proverbe. L'homme sans abri est un oiseau sans nid.

— hist. xii* s. E quant vint tempeste et pluie, en cel encloistre [clos] pur [pour] abri aveir entrèrent, Rois, 254. || xvi' s. A l'abri des coups, mont, i, 25. Ceux que Dieu a mis à l'abry des nécessités, m. iv,

—ÊTYM. Bourguign. averi, otbrt; wall. à l'abri, exposé : èse à l'abri del plaire, être exposé à la pluie; bas-lat. abrica, abriga; provenç. a&ric; catal. abrig; espagn. et port, abrigo; du latin apricus, exposé au soleil. La concordance est complète pour la forme ; apricus ayant l'accent sur ia seconde syllabe, l'accent est resté dans les langues romanes sur cette même syllabe ; ce qui est la règle de la dérivation. La signification seule fait difficulté. Mail les langues romanes ont pris se mettre à l'abri pour se mettre à couvtrt, Darce que les choses exposées

ABR

au soleil sont en quelque sorte à couvert du froid el du mauvais temps. D'ailleurs la signification d'exposé au grand air se trouve dans le wallon, comme on voit. Les langues germaniques ont aber, exposé au soleil, anc. haut allem. âpon, serein, qui paraissent avoir de la parenté avec le mot latin, liiez n'accepte pas cette élymologie, y objectant que l'italien n'a pas ce mot qu'il aurait s'il venait d'opricus, et que le sens ne peut pas passer de exposé ausoleil.au sens de s> couvert. En conséquence il propose l'allemand bergen, au présent birg, cacher, mettre en sûrelé; d'où, par une métatluse de l'r, et avec la préposition romane à, on a abric. Malgré ces objections, l'étymologie latine me parait la plus vraisemblable.

ABRICOT (a-bri-ko; le t ne se lie pas; au pluriel, a-bri-kôoua bri-ko; la prononciation varie, les uns gardant au pluriel la prononciation du singulier où l'o est bref ou ouvert, les autres allongeant l'o, suivant la règle qui est que Vs du pluriel rend la voyelle longue ou fermée), t. m. Fruit de l'abricotier. L'abricot est un fruit à noyau, qui a beaucoup de saveur et de parfum. Abricot-pêche, abricot dont la grosseur se rapproche de celle de la pêche. Abricot plein vent, abricot venu sur un arbre en plein vent. L'abricot plein vent est meilleur que l'abricot d'espalier.

— REM. Ne dites pas comme l'Académie : Abricot en espalier. L'arbre est en espalier; le fruit est d'espalier.

— HIST. xvi* s. Ne pouvans sortir par la porte, elles sont contraintes de se jeter par la fenestre, pour aller dans queique délicieux jardin manger des abricots, lanole, 4 40.

— ÊTYM. liai, albercocca, albicocca ; espagn. albaricoque; pjrtug. albricoque. Ce mot français vient de l'espagnol, l'espagnol vient de l'arabe birknuk, et, avec l'article, al birkoui ; l'arabe vient du bas-grec iipaixôxxtov, Tipixoxiov ;le bas-grec vient du latin pr.rcoquum, nom donné à l'abricot à cause de sa précocité; enfin prxcoquus n'est pas autre chose qu'une forme de pr<rcox (voy. précoce). Abricot est, commo on voit, un singulier eiemple de la propagation et de l'altération des mots ; c'est par l'intermédiaire de l'arabe qu'un mot latin est revenu dans les langues romanes.

t ABRICOTÊ (a-bri-ko-té), t. m. Terme de confiseur. Bonbon fait d'un morceau d'abricot entouré de sucre.

— ÊTYM. abricot.

ABRICOTIER (a-bri-ko-tié), t. m. Arbre de la famille des rosacées. Le nom scientifique de l'abricotier est prunus armeniaca.

— HIST. xvi* s. Nous voyons du noyau d'abricot venir un abricotier et non le pommier, parce que nature garde toujours son genre et espèce, paré, xix, 20.

—ÊTYM. abricot.

t ABRIER, v. a. Terme de marine. Intercepter en parlant du vent.

— ÊTYM. Voy. abriter.

ABRITÉ, ÊE (a bri-té,lée),parf.pa*«'.Vign es abritées du vent. Ils étaient abrités par les retranchements. Navire abrité dans le port. Si notre accueil le touche, Si, par nous abrité, Il [l'exilé] s'endort sur la couche Del'hospilalité.... bêranger, Exi é.

ABRITER (abrité). || !••». a. MettreàPabn. Abriter les arbres à fruit. Ce mur abrite le plant de salade. Un rocher élevé abrite les navires contre le vent du large. Pourtant je m'étais dit : Abritons mon i.avire; Ne livrons plus ma voile a1; vent qui la déchire, v. hugo, Odes, m, l. Je ne viens pas traîner dans vos riants asiles Les regrets du passé, les songes du futur : J'y viens vivre, et. couché sous vos berceaux fertiles, Abriter mon repos obscur, lamart. Nouvelles médit, xv. || 2" S'abriter, v. rèfl. H pleut; venez vous abriter ici. Le petit oiseau s'abrite sous les ailes de sa mère. 11 s'abritait sous le nom d'un homme puissant.

— HIST. xin* s. Si ot [vieillesse]d'une chape forrée Moult bien, si cum je me recors, Abrié et vestu son cors, la Rose, 400. || xiv* s. La très précieuse couronne Que Jesus-Christ eut en sa teste. Si com Juis l'en abrierent,GuiART, dans du cange, abrica. || xv*s. Comme monnoye descriée , Loyauté je voi abriée Dessoubz le pavillon de hon.le, en. d'orlêans./Iohdeau. || xvi* s. Tout cela mis en ruines; et de sept casemattes,les unes abriées de ruines ou aveuglées, d'aub. Hist. n, 46. Dès le soir les assiégés, sans beaucoup de peine, abrierent le rouage [les affûts] de fascines gouildronnées, id. ib. m, 179. De rejecter ma robbe sur Sun lict, en manière qu'elle les abriast tous deux mont, i, 96.

ATm

AflS

Ans

— ÊTYM. abri; picard et iionii. abrier; Berry, abrier , abrisser; provenç. abriar, abricar; espagn. abrigar.

f ABRIVENT (a-bri-van), ». m. || i« Petite hutte de bivouac pour une garde, pour un poste. || 2* Paillasson servant à protéger contre le vent.

— Rtym. Abri et vent.

ABROGATION (a-bro-ga-sion), t. f. Action d'abroger. L'abrogation d'une loi, d'une coutume, d'une cérémonie.

— hist. XVI* s. Et de fait, saint Paul demonstre nien clairement une telle abrogation de la loy,CALV. Inst. 267.

ÊTYM. Abrogatio , de ab, indiquant retranchement, et rogare, demander et aussi porter une loi

(VOV. ROGATION).

ABROGE, ÉE (a-hro-jé , jée), part, passé. Lojs abrogées.

(■ ABROGEABLE ( a-bro-ja-bl' ) , ad). Qui peut être abrogé. Ces lois sont abrogeables.

ABROGER (a-bro-jù; on intercale un « devant a ou o : il abrogea, nous abrogeons). || 1' V. a. Mettre hors d'usage. Abroger une loi, une ordonnance. Le sénatus-consulte fut abrogé. || 2" S'abroger, v. réfl. Être abrogé. Cette coutume s'est abrogée d'elle-même par désuétude, Acad.

hist. xvi* s. Ils disent que la loi est abroguêe et

cassée aux fidèles, calv. Inst. 267. Il fit publiquement décerner la guerre contre Cleopalra et aliroguer la puissance et l'empire d'Antonius, amyot, Ant. 77.

— ÊTYM. Abrogare (voy. abrogation).

ABROUTI, IE (a-brou-ti, tie), ad) Terme d'eaux

et forêts. Le bois est abrouti quand les premières pousses ont été mangées par le bétail et sout mal venues.

— êtym. X et hrmit.

t ABRÔUTISSEMENT ( a-brou-ti-se-man ) , s. m. Terme d'eaux et forêts. Etat d'un bois qui a été brouté par les bestiaux ou le gibier. L'abroutissement finit par faire périr les arbres. Ces arbres, souvent gâtés par l'abroutissement du bétail, ne s'élèvent pas, bufp. Exp. sur les végét. v série.

— ÊTYM. Abrouli.

ABRUPT, TE (a-bru-pt, pf), adj. ||l»Quiesten pente rapide et comme rompu. Montagnes abruptes. La pente abrupte diffère de la pente roide, en ce que celle-là ne permet pas une ligne droite et que l'autre la permet. || 2* Fig. Style abrupt , style coupé.

— ÊTYM. Voy. ABRUPTO.

+ ABRUPTEMENT (a-bni-pte-man) , adv. D'une façon abrupte. La côte se présentait abruptement. Phrase coupée abruptement.

— HIST. xvi* s. J'ai quasi oublié un autre défaut bien usité et de très mauvaise grâce ; c'est quand la sentence est trop abruptement coupée, du bellay, I, 33, recto.

— ÊTYM. Abrupletm féminin, et ment (voy.MENT).

ABRUPTO (EX) (è-ksa-bru-pto) , loc. adv. Brusquement , sans préambule. Parler ex abrupto. Exorde ex abrupto, exorde vif et sans précaution oratoire.

— ÊTYM. Ex, de, et abruptus , abrupt, de ab, indiquant séparation, et ruptus, rompu (voy. rompre).

ABRUTI, IE (a-bru-ti, tie), part, passé. Homme abruti. Nations abruties par l'ignorance et la misère. Enfant abruti par les mauvais traitements. Claude était comme abruti, dioer. Essai sur Cl. Ehl le peuple romain, dès longtemps abruti, De sa grandeur première a perdu la mémoire, legouvé, Ep. et Néron, l, t. Le genre humain abruti ne pouvait plus s'élever aux choses intellectuelles, boss. Hist. n, i«l.

ABRUTIR (a-bni-tir), «. a. || 1* Rendre brute. Il finit par abrutir un esprit peu ouvert. Vous l'abrutiriez par celte méthode, j. j. rouss. Ém. n. Il éteint et ahrutitsa raison, mass. Bonh. || 2" S'abrutir, v. réfl. Devenir brute. 11 s'est abruti parle vin. Excès où l'on s'abrutit clans les sens, où l'on éteint toutes les lumièresde sn raison, bourd. Pensées,t. il, p. 268. A mesure qu'il s'est abruti [l'homme corrompul, il a tâché de se persuader que l'homme était semblable à la bête, mass. Car. Vérité d'un avenir.

— hist. xvi* s. Ces collèges où on les envoyé les abrutissent ainsi, mont. !, <m. H confesse que la prospérité a hebeté et abruti tous ses sens, calv. Inst. S50. Elle aliestit et abrutit toute la sagesse, resolution, prudence, et toute opération de l'ame, charron, Sagesse, i, 23.

—ÊTYM. À et brute.

ABRUTISSANT. ANTE fa-bru-ti-san. sanf), adj.

Les plaisirs abrutissants de la table, mass. Avent, J. de Noël.

— ÊTYM. Abrutir.

ABRUTISSEMENT (a-bru-ti-se-man),». m. Action d'abrutir. Etat d'une personne abrutie. Cet homme d'un esprit distingué a été jeté par le vin dans l'abrutissement. Les abrutissements sont de causes diverses, par exemple la misère, les mauvais traitements, les excès.

— êtym. Abrutir.

f ABRUTISSEUR (a-bru-ti-seur),». m. Qui abrutit. Je voudrais bien que les Turcs fussent chassés du pays des Périclès et des Platon; il est vrai qu'ils ne sont pas persécuteurs, mais ils sont abrutisseurs ; Dieu nous défasse des uns et des autres, volt, dans laveaux.

— ÊTYM. Abrutir.

ABSCISSE (a-bsi-s', ou, suivant la prononciation réelle, a-psi-s'), s. f. Terme de géométrie. L'une des coordonnées (l'autre s'appelle ordonnée) par lesquelles on définit la position d'une ligne ou d'une courbe plane. Axe des abscisses, axe des ordonnées, droites indéfinies qui se coupent, et de l'intersection desquelles se mesurent les abscisses et les ordonnées. L'ahscisse est horizontale.

— ÊTYM. Abscissus, coupé, de ab, indiquant séparation, et scindere, | couper, scinder (voy. ce mot).

ABSENCE (a-bsan-s', ou, suivant la prononciation réelle, a-psan-s') , s. f. || 1* Non-présence. Pendant mon absence. Faire de longues absences. Vous me pardonnerez mon absence. L'absence du maître est préjudiciable. Son absence de la cour fut remarquée. Votre absence de ces lieux est un malheur. Pourvu que vous ayez ce courage , notre absence ne vous nuira point, fén. Tél. xxm. Ce héros intrépide Consolait les mortels de l'absence d'Alcide, rac. rhèd. 1, ». Toute votre vie est une absence continuelle de vous-même, mass. Conf. || 2" Absence se prend absolument. Les regrets de l'absence. L'absence afTaiblitles affections comme les haines. Maisenfin je la quitterai , quoique je sache que l'absence peut me la faire perdre, fén. Tél. xxn. L'absence est aussi bien un remède à la haine Qu'un appareil contre l'amour,la fo?.t. Fab. x,<2. L'absenceaux vrais amants est encor plus funeste, corn. OF.dip. I, 4. || 3° Manque. L'absence des défauts dans un livre ne compense pas l'absence des qualités. Ce philosophe pensait que l'absence de la douleur était le but de sa vie, fén. Phil. Épie. || 4° Fig. Absence d'esprit, et absolument absence , distraction, perte de connaissance. 11 est sujet à des absences d'esprit. Il est fort distrait; il a des absences singulières. Ce sont là des surprises et des absences d'un moment, mass. Pent. Les médecins trouvèrent le pouls si mauvais qu'ils ne balancèrent pas à proposer au roi, qui revenait cependant de son absence, de ne pas différer à recevoir les sacrements, st-simon, 405, 41. Quand une personne est un peu interdite, c'est ce qu'on fait passer pour des absences d'esprit; ce terme est fort en usage, marg. buffet, Observ. p. 43, en 1668. || 5* En termes de droit, absence d'une personne dont on n'a point reçu de nouvelles depuis une certaine époque, et dont la résidence actuelle n'est pas connue; et encore, défaut de présence à une assignation. || 6" en l'absence de, loc. adv. En l'absence du maître, en l'absence du soleil. En mon absence. Elire des tribuns en leur absence.

— HIST. xiv* s. Un homme est dit attrempé [modéré] , en ce qu'il n'a pas de tristesse de l'absence des choses delettables, oresme, Eth. »«.

ÊTYM.jl6sm*ia;prorenç.af>îCTisa, absencia; es-

pagn. ausencia; ital. abseniia, assenia (voy . absent).

ABSENT, ENTE (a-bsan, san-t', ou, suivant la prononciation réelle, à-psan), adj. || 1* Qui n'est pas présent. Être absent. Absent par congé. Vous avez été longtemps absent. C'est donc ainsi qu'absent vous m'avez obéi, mol. Éc. des f. a, 2. Absent comme présent , il voyait le fond des cœurs, bourd. Pensées, t m, p. 381. Faut-il l'exhorter beaucoup et le solliciter de penser à la personne dont il est épris? que dis-je, peut-il même n'y penser pas et l'oublier? Tout absente qu'elle est , il ne la perd, en quelque manière, jamais de vue, et elle lui est toujours présente , id. t. n ,p. 52. Présente , je vousfuis; absente, je vous trouve, rac. Ph. n, 2. || 2" Avec de et un nom de lieu. Absent de Pari». Il est depuis longtemps absent de chez lui. Absente de la cour, je n'ai pasdû penser, Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m'exercer, rac. Brit. n, 3. De ce même rivage absent depuis un mois, id. fph. a, *. || 8" Avec de et un nom de personne. Quand

j'ai été absent de Camille, je veux lui rendre compte de ce que j'ai pu voir, montesq. Templede Gnide, 6. Etre absent de quelqu'un, voit, h, 168. Tant de jours ennuyeux, Que je m'en vais passer absent de vos beaux yeux, montreuil, n, 74. Etqn'un rival absent de vos divins appas, mol. D. Ga>cie, i, 3. Absent de vous, je vous vois, vous entends, fonten. x, 488. || 4° En parlant des choses. Les choses absentes sortent de la mémoire. La fausseté des plaisirs présents et l'ignorance des plaisirs absents. Il 5" Distrait, inattentif. Son esprit est parfois absent. || 6° Subst. Souvenez-vous d'un absent. Défendre les absents. Mesdames, ne parlez pas mal d'une absente , des absentes. Et ce vieux droit d'aînesse est souvent si puissant Que, pour remplir un trône, il rappelle un absent, cor. Nie. iv, 3. || 7' En termes da droit, se dit des personnes absentes dont on n'a point reçu de nouvelles depuis un certain temps et dont on ne connaît pas la résidence actuelle. || 8° Proverbe. Les absents ont tort , on néglige les intérêts des personnes absentes. || Absent ne se met qu'après son substantif.

— HIST. xiv* s. Ils n'estoient pas absens pour creinte, bercheitre, f. S«. || xvr* s. Nul beur, nul bien ne me contente, Absent de ma divinité, François i.

— ÊTYM. Provenç. absens; catal. absent; espagn. ausente; ital. assenle ; de absens , deabs, indiquant éloignement, et de ens, étant, participe inusité du verbe sum, je suis (voy. essence).

t ABSENTEISME (a-bsan-té-i-sm', ou, suivant la prononciation réelle, a-psan-té-i-sm') , s. m. L'habitude de grands propriétaires anglais et irlandais de ne pas résider sur leurs terres, dans leur pays, et d'aller dépenser ailleurs leurs revenus. On comptait l'absentéisme parmi les maux de l'Irlande.

— ÊTYM. Angl., absenteism, d'absentée, celui qui s'absente de son pays ou de son emploi , de absenter ( voy. ce mot).

ABSENTER (S') (a-bsan-té, ou, suivant la prononciation réelle, a-psan-té), v. réfl. Se rendre absent. Je m'absenterai durant trois mois. Ne vous absentez pas dans la soirée, j'irai vous voir. Si vousdevez vous absenter. S'absenter de l'armée, d'un repas. Loc. vie. J'ai absenté, dites : Je me suis absenté.

— HIST. xiv* s. Le suppliant s'est absenté du païs , du cange, absentandus. || xv* s. Le duc d'Anjou, frère de Charles V, en fut absenté, froiss. h, ii, 70. Quoique le roi de France l'absentast au lit de mort et Peloignast des besognes de France, le duc d'Anjou ne s'en absenta ni esloigna pas trop, id. ii, h, 70. || xvi* s. Quoy que ce soit, cestui Celer s'absenta de Rome et se retira au pays de la Thoscane, amyot, Rom. 15. Ains que plus tost il s'absentast pour un temps, afin qu'il fust une autre fois cause de préserver son pays, id. C. d'Vtique, 46. Lors on envoyé ces noveaulx mariez veoir leur oncle, pour les absenter de leurs femmes, quoique souvent ilz n'ayent ne oncle ne tante, rab. Pont, m, 4. Il s'estoyt absenté de toutes compaignies et vivoyt en son privé, id. Panl. iv, Prol. Absentez-vous pourung peu, si vous me voulés croire, palsgr. p. 4)6.

— ÊTYM. Absentare, éloigner, de absens, absent. Absenter dans l'ancien français était actif et signifiait éloigner. A Genève on dit absenter, v. n. au lieu de s'absenter.

ABSIDE (a-bsi-d', ou, suivant la prononciation réelle, a-psi-d'), s. f. Terme d'architecture. ||1* Le sanctuaire d'une église, cette partie du chœur où le clergé se rangeait autrefois en cercle à droite et à gauche de l'évêque, Acad. Les prêtres remplirent le demi-cercle de l'abside, CRATEAUB. Jfort. n, 47. || 2" Les architectes nomment abside la partie d'une église située derrière le maître autel, où les trois nefs sont ordinairement rompues pour faire place à une seule coupole. || 3* Châsse où l'on mettait les reliques des saints.

— ÊTYM. Absida ou absis, du grec ityk ou 4<|<(;, signifiant la jante d'une roue et l'arceau d'una voûte; il vient de Suteiv, qui veut dire toucher, joindre, unir (voy. apte).

ABSINTHE (a-bsin-f, ou, suivant la prononciation réelle, a-psin-t'), ». f. || 1* Plante aromatique et très-amère. L'absinthe se nomme aussi aluine; le nom scientifique est artemisia absinthium. || 2* Espèce de liqueur faite avec l'absinthe. Prendre un verre d'absinthe. || 3* Fig. Amertume. Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, malh. m, 3. La vie est cruellement mêlée d'absinthe, sév. 4 20. Il vaut mieux ne se nourrir que d'un pain d'absinthe et d'amertume, mass. Dégoûts. Si votre langue n'est pas toujours trempée dans l'absinthe , m. Pardon. Dieux I de-

Ans

puis que l'amour me tient à la torture, Il verse iarîs mon sein l'absinthe toute pure, tbistan l'herbue, Panthée, v, 1.

— REM. Le genre de ce mot est resté quelque temps indécis; et Malherbe se servait indifféremment du masculin ou du féminin : Tout le fiel et tout l'absinthe Dont un amant fut jamais abreuvé, v, 27. Aujourd'hui absinthe est toujours féminin.

HIST. xvi* s. De plant enraciné et de semence

s'édifie Paluine ou absinthe appelé fort,o. de serres, 66 5. Absinthe romain ou pontique, marin et vulgaire, est dict aussi aluine pour sa grande amertume, comme celle de l'aloes; aussi fort, c'est-à-dire fort anier; sa graine tue les vers, id. 6)6.

— ETYM. Provenç. absinti, absens, eyssens; espagn. ajenjo; Ha). assenxio;de absinlhium, deà'Mviliov.

A BSOLU , CE (ab-so-lu , lu-e , ou , suivant la prononciation réelle, ap-so-lu),o<iJ. Il *° Qui n'est lié, borné, retenu par rien. Une impossibilitéabsoiue. Il y a peu de vérités absolues. Domination absolue. Je veux être maître absolu, mol. Préc. 5. Et vousquittez ainsi la puissance absolue, rac. Théb. I, 4. De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, id. Ath. iv, 3. Ce Dieu maître absolu de la terre et des cieux, id. Esth. m, 4. Les femmes ont un empire absolu sur les hommes, pasc. éd. Cousin. Avais-tu résolu d'opprimer ta patrie, D'abandonner ton père au pouvoir absolu? volt. Brutus, v, 7. Il me semble surtout incessamment le voir Déposer en nos mains^on absolu pouvoir, corn. Cinna, m, 2. Rome l'ordonne ainsi de puissance absolue, mairet, M. d'Asdr. il, ). ô Romains! Ô vengeance! ô pouvoir absolu! O rigoureux combat d'un coeur irrésolu! corn. Cinna, iv, 2. Ce domaine absolu qui soumet à votre empire tous les êtres créés , bourd. Pensées, t. n, p. 422. Dans l'absolue et affreuse incertitude où je suis, si vous m'avez pardonné, id. ib. p. 79. || 2° Sen» absolu. Vous prenez ce que je dis dans un sens trop absolu. || 3* En termes de grammaire et de logique, absolu se dit par opposition à relatif. Homme est un terme absolu, père est un terme relatif. 114° En termes de grammaire latine et grecque, ablatif absolu, génitif absolu , ablatif, génitif qui n'est régi par aucun mot exprimé. || 6* Qui a pouvoir, autorité sans restriction. Un roi absolu. Les dernier» règnes où l'on voit non-seulement les rois majeurs, mais encore les pupilles et les reines mêmes si absolues et si redoutées, boss. R. d'Angl. Une créanco si absolue que pour cela je dois démentir tous mes sens, imposer silence à ma raison, lui faire violence, et la tenir assujettie sous le joug, bourd. Pensées, t. m, p. 4 85. Un pouvoir fondé sur une mission divine et absolue ne se peut ni restreindre , ni circonscrire, mirab. Collection, t. iv, p. 34). Les autres enfants lui défèrent [à un autre enfant], et il se forme alors un gouvernement absolu, qui ne roule que sur le plaisir, la bruy. II. Il craignait d'avoir un rival qui, tout éloigné qu'il eût été', eût pu l'empêcher d'être heureux, même dans un pays où il était absolu, scarr. Rom. n, )4. Je veux croire.... Que mes yeux sur votre ame étaient plus absolus, rac. Andr. Ut, 2. Et dans ce même trône où vous m'avez voulu, Sur moi comme sur tous je dois être absolu, corn. Perth. I, 4. Mais je sais que sur lui vous êtes absolue, id. Attila, iv, 6. Oui sur tous mes désirs je me rends absolu, id. Sert, rv, 3. Mais songez que les rois veulent être absolus, id. Cid, n, t. L'empereur, libre alorsde craintes et de soins, Étant plus absolu, nous écouterait moins, id. Andron. i, 3. ô vue! 6 sur mon cœur regards trop absolus, id. Agés, v, S. || 6* Pouvoir absolu se dit en politique du pouvoir royal, quand il n'est pas limité par une constitution, et que le prince peut faire des lois, en abroger, et lever des impôts sans consulter les représentants de la nation. || 7° Oui commande, qui veut être obéi. Il a un caractère absolu. Absolu dans sa famille. Une mère absolue. Vous le prenez là d'un ton bien absolu, mol. F. sav. v, 3. C'est elle qui gouverne , et d'un ton absolu Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu, id. ib. i. 3. Antiope pleura, ne voulant point y aller; mais il fallut exécuter l'ordre absolu de son père, fén. Tél. xxm. Gens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête ; mais absolus et fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination, bourd. Pensées,t. n,p. 223. || 8" En termes de chimie, pur, sans mélange. Alcool absolu, alcool sans eau. || 9" Le jeudi absolu se disait autrefois pour le jeudi saint. || 10* En termes de métaphysique, qui n'est pas relatif, qui n'a rien de contingent. Les idées absolues sont celles qui , d'après la métaphysique, ne Tiennent pat de l'expérience. || 11* S. m. En

ARS

termes de métaphysique, l'absolu, ce qui existe in- i dépendamment de toute condition. La recherche de l'absolu. L'absolu est la base des philosophies qui ne prennent pas pour point de départ l'expérience. L'absolu, de quelque genre qu'il soit, n'est ni du ressort de la nature ni de celui du genre humain, buff. Homme, Arithm. morale. L'absolu, s'il existe, n'est pas du ressort de nos connaissances; nous ne jugeons et nous ne pouvons juger des choses que par les rapports qu'elles ont entre eîles, id. Animaux carnassiers. || En prose, absolu ne se met guère qu'après son substantif.

— SYN. absolu, impérieux. Un homme impérieux commande avec empire ; un homme absolu veut être obéi avec exactitude. L'un peut n'exiger que de la déférence; l'autre veut de la soumission. On est impérieux par le ton, le langage; on peut être absolu en conservant de la douceur dans les formes. Un monarque impérieux est celui qui commande avec hauteur à ceux qui l'entourent ; un monarque absolu est celui qui règne en maître sur ses sujets. On peut être impérieux et faible : sans fermeté on n'est pas absolu. On n'est impérieux que par moments : un caractère absolu se fait sentir sans interruption, OUIZOT.

— hist. xii' s. Jamais n'ert [ne sera] tel en France l'asolue [la parfaite], Ch.de Roi. 168. || xm* s. Sire, fait-il, si [je] sui venus; Confès [je] veuil estre et absolus [absous], Lai du désiré. Il me demanda si je lavoie les pies aux poures le jeudi absolu [saint], et je lui respondi que nenil, joinv. 293. Comment querreiz à Dieu merci, Se la mors en vos li^ vous tue ? Vous veeiz la terre absolue [sainte] , Qui à vos tenz nous ert tolue, Dont j'ai le cuer triste et marri, ruteb. «t. |j xv* s. Et pourtant le dit duc, très grièvement au cœur courroucé, crut son conseil, lequel fit faire réponse absolut aux françois, monstr. H, 99. [Un roi] Quiasubgiez, commandement et loy,Et qui moult puet de biens et de maux faire Par son pouvoir absolu, voluntaire, e. deschamps, Ce qui est nécess. aux rois. Monseigneur le curé ne fut pas trop joyeux de cette réponse absolue [nette, tranchée], louis xi, Nouv. 49. || xvi* s. Or, quand je n'auroy, comme j'ai, ceste juste response absolute et universelle, qui...., Martin do bellay, 493. Absolu et parfaict tant en vertus comme en tout sçavoir libéral, rab. Pant. n, 8. Un sermon que fit père Ange à Paris le jeudi absolu, d'aub. Fcen. IV, 8. Reconnoyssant que l'absolu pouvoir que je vous [à son frère Henri iv] ai donné sur mes vollontés ne vous peut faire changer.... Lett. de Catherine de Nav. Ribl. des Chartes, 4* série, t. m, p.

— ÊTYM. Absolutus, de absolvere, délier et par suite absoudre (voy. absoudre); provenç. absolut; espagn. absoluto; ital. assoluto.

ABSOLUMENT (a-bso-lu-man, ou, suivant la prononciation réelle, ap-so-lu-man), adv. || l°D'unemanière absolue, complètement, tout à fait. Je ne suis pas absolument décidé à.... Ignorer absolument. Il n'y avait absolument personne. Il n'y avait absolument que deux chemins. On n'y voyait absolument aucun arbre.... Dont on avait perdu la mémoire, tant elle était absolument passée , pasc. Prov. 3. Entre être délicat et ne l'être pas du tout , il faut demeurer d'accord que, quand on souhaite d'être délicat, on n'est pas loin de l'être absolument, pasc. édit.' Cousin. La nécessitédela restitution est un principe universellement ieçu, nul ne l'ignore; mais la pratique de la restitution est une chose presque absolumentinconnue, bourd. Pensées, t. m, p. )60.Encore, mon Dieu, ce que j'ose vous demander, ce n'est point absolument que je le demande, mais autant que vous verrez qu'il me peut être utile et salutaire, id. ib. t. n, p. 78. Dites absolument que je ne suis qu'un sot, mol. l'Étourdi, n, ). || 2° En maître. Il dispose absolument de tout- dans sa maison. Un bailli y jugeait absolument des affaires criminelles. || 3* Déterminément, malgré toute remontrance. Il voulut absolument partir. Je n'en ferai absolument rien. Nier absolument. || 4" Indispensablement. Il faut absolument que vous payiez cette dette. || 5° Sans restriction. La parole du sage est générale, et il ne dit pas seulement quelques justes, mais il dit absolument et sans restriction le juste, quel qu'il soit, bourd. Pensées, t m, p. 223. || 6" Absolument parlant, à parler de la chose en général. Cette raison n'est pas mauvaise, absolument parlant; mais ici elle ne va pas au fait. A prendre la chose absolument, je sais quelle est la vertu du sacrement depénitence, bourd. Pensées, t. ni,p.2(9.0ffrandela plus précieuse, non point absolument et en soi, | mais par rapporta celui qui 1'» faite, id. t'o.t.n, p. 418.

ARS

117° En termes de grammaire, prendre, employer un mot absolument, c'est ne pas lui donner de complément. Dans la phrase : cet arbre ne produit pas, produire est pris absolument.

— HIST. xiv s. Selon les vertuz ou les vices nous sommes dits bons ou malvès, et selon les passions absolument considérées nous ne somme diz ne bons ne malvès, oresme, Elh. 42. A parler absolument et simplement, telles choses faites par paour [peur] sont involuntaires, id. ib. 48. || xvi* s. C'estoit un factieux ennemi de la royauté, et capable lui seul, tant qu'il vivroit, d'empescher le roi de régner absolument, d'adb. Vie, 127. Il n'y a nation au monde plus absolument obéissante à son prince, id. Hist. i, 43 Il est défendu au concile de Calcédoine de recevoir un homme au ministère absoluement; c'est àdire sansluiassignerlieuauquel il exerce son office, calv. Inst. 87) . Or le patron et la règle pour estre homme de bien, c'est ceste nature mesme qui requiert absolument que le soyons, charron, Sagesse, u, 3.

— ÊTYM. Absolue, au féminin, et ment (voy. ment), provenç. absolutament , absolutamen ; ital. assolutamente. L'orthographe régulière serait absoluement ou absolument; mais l'usage a prévalu d'effacer tout signe de la dérivation.

ABSOLUTION (ab-so-lu-sion , ou, suivant la prononciation réelle, ap-so-lu-sion ; en poésie, de cinq syllabes),*./'. || 1° Action d'absoudre en général. L'absolution lui fut donnée par la voix publique. On peut recevoir l'absolution du prince, boss. IMtr. abb. )24. Comme un criminel qui attend une sentence d'absolution ou de mort, bourd. Pensées, t. i,p. 56. || 2* En termes de droit, jugement qui renvoie de l'accusation un accusé déclaré coupable , il est vrai, mais dont le crime ou le délit n'est puni par aucune loi. L'absolution diffère de l'acquittement en ce que celui-ci déclare l'accusé non coupable. || 3° Action par laquelle le prêtre remet les péchés. Se rendre digne de l'absolution. Il aurait fallu vous disposer par l'amendement à l'absolution de vos crimes. L'absolution suppose un cœur contrit et humilié. Les anciens ont donné l'absolution avant la pénitence, pasc. P. jés. 26. Un autre qui veuille avoir l'absolution sans restituer, pasc. Prov. 5. Nous lui demandons [à Dieu] que, si, par l'entremise de ses ministres, il veut bien nous donner l'absolution de nos péchés, ce ne soit qu'une demi-absolution, qu'une absolution limitée, laquelle ne l'empêche point d'agir contre nous à toute occasion; quelles prières et quelles demandes I bourd. Pensées, t. n , p. 60. || 4° Courte prière que récite l'officiant à chaque nocturne des matines.

— SYN. absolution, pardon, rémission. Ces trois termes, qui ont cela de commun qu'ils expriment l'effacement d'une faute , d'un crime, d'une accusation, ont cela de particulier qu'ils se rapportent le premier à un accusé, le second à un offenseur, la troisième à un coupable. Un père pardonne à son fils ; un tribunal absout un accusé ; le prince remet à un coupable une peine encourue.

— HIST. xii* s. Mais à la pardefin dignement l'amenda; Absolution prist et à Dieu s'acorda, Th. le Mart. 76. || xiii* s. Trestout s'ageneillerent sans nojse et sans tenson ; Coupable se rendirent parbone entencion,Et puis si atendirent lor absolucion, Ch. d'Ant. i, 802. Les evesques de Bretaingne ont tenu le comte de Bretaingne bien sept ans en escommeniement, et puis a eu absolucion par la court de Rome, jomv. 290. Quand le comte vit ce, il vint au patriarche et lui requist absolucion, id. 270. || xiv* s. L'absolucion [solution] de ceste question appert par la descripcion de félicité qui a esté devant mise, oresme, Eth. 2). Et absolucion [je] vous irai impetrer Do trestoux vos péchiez de tuer et embler, Gaesclin, 7287. || xv* s. Bien savoit il que les nobles d'Angleterre pour toutes ses absolutions ne chevaucheraient point trop avant si l'argent n'alloit devant, froiss. n, n, 207. Elle requit son confesseur qu'il la voulsit absoudre par vertu d'une absolution [indulgence], la quelle estoit à Loches, monst. m, 25. Je lui ai pieçà pardonné , et lui en baille derechef tout maintenant devant vous l'absolution , L. xi,JVouo.63. Nostre hoste fit du bon compagnon, mais il se repentit assez depuis d'avoir fait la question, dont l'absolution [solutionl le fit rougir, id. 10. 86.

— ÊTYM. Provenç. absolutio; catal. absoluciô ; espagn. absolucion; ital. assolusione; de absolutio, de absolvere, absoudre.

f ABSOLUTISME (a-bso-lu-ti-sme, ou plutôt ap-solu-ti-sm'), s. m. Système de gouvernement où le pouvoir est absolu. Néologisme.

—ÊTYM. Absolu.

ABS

t ABSOLUTISTE (ab-so-lu-U-sf) , s. et adj. Partisan de l'absolutisme. Opinion absolutiste. C'est un absolutiste. Néologisme.

ABSOLOTOIRE ( ab-so-lu-toi-r* ) , adj. Oui porte absolution. || Il ne se met qu'après le substantif: Un jugement absolutoire.

— HIST. XVI* s. Quand il vint à prononcer la sentence des juges, qui estoit absolutoire, amyot, Pomp. 8.

— ÊTYM. Absolutorius , de absolvere, absoudre. ABSORBANT, ANTE (ab-sor-ban , ban-t", ou ,

suivant la prononciation réelle, ap-sor-ban), adj. ||i* Oui absorbe l'humidité. Des terres absorbantes. || 2° Fig. Oui absorbe l'esprit, qui l'occupe tout entier. Pensées absorbantes. Son occupation est absorbante. || 3°Entermesd'anatomie, Système absorbant, l'ensemble des vaisseaux et des glandes, qui étaient supposés produire l'absorption ; et substantivement les absorbants, les vaisseaux qui font partie de ce système. Bichat avait donné le nom de système absorbant à l'ensemble des vaisseaux et ganglions lymphatiques. On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas de système absorbant, et que l'absorption s'opère d'une autre façon. || 4° En pharmacie, se ditdes substances qui ont là propriété d'absorber les acides dans l'estomac. La magnésie est une terre absorbante. || 6' Substantivement. Tout cet appareil d'absorbants me paraît une pure charlatanerie, ». i. robss. Ém. i. || 8* En chirurgie, on appelle absorbants des substances molles, spongieuses et propres à s'imbiber des liquides épanchés. || Il ne se met guère qu'après son substantif.

ABSORBÉ, ÉE (ap-sor-bé, bée), port, passé. || 1" Poison absorbe. Pluies avidement absorbées par la terre. || 2° Biens absorbés par les procès, en procès. || 8* Au figuré. Absorbé par les affaires, absorbé par une grande douleur, absorbé dans ses réflexions. Je suis absorbé dans la composition. Mais ce n'est là qu'une faible voix absorbée, pour ainsi dire, par le bruit formidable de la multitude, mass. Profusion religieuse, Sermon. Absorbé dans ses spéculations, il devait naturellement être et indifférent pour les affaires et incapable de les traiter, fonten. Newton. La volonté est absorbée en Dieu, pasc. édit. Cousin. Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l'éternité, id. ib. || 4° Absolument. Qui ne prête pas attention aux choses du dehors. Voyez-le ; il est tout absorbé.

ABSORBER (ab-sor-bé, ou, suivant la prononciation réelle, ap-sor-bé), o. o.||i* Faire entrer en soi. Ce que la terre absorbe. Tu avais absorbé tant de vin. L'éponge absorbe l'eau. Le sang absorbe l'oxygène de l'air atmosphérique. Jusqu'à ce que l'olive ait absorbé le sel. Le mercure est absorbé dans l'estomac. Le poison une fois absorbé manifeste ses effets. 11 conçoit que les comètes sont des taohes du soleil.... elles s'élèvent jusqu'à une certaine distance et retombent ensuite dans le soleil qui les absorbe de nouveau et les dissout, fonten. Harlsoéker.... Seigneur.... Entends du haut du ciel le cri de mes besoins; Et, comme le soleil aspire la rosée, Dans ton sein à jamais absorbe ma pensée, lamart. Médit, xvi. || 2° Fairedisparaltre, épuiser, consumer. Le noir absorbe la lumière. Les procès ont absorbé son patrimoine. Les intérêts absorbent le capital. La Chine et l'Inde absorbent une grande partie du numéraire de l'Occident. Les impôts ont absorbé leur fortune. Un faible cri absorbé dans la clameur de la multitude. Mon temps est absorbé par mille affaires de détail. Enfin les riches, en reculant peu à peu les bornes de leurs terres, avaient absorbéet confondu la plupart des terres communes, vertot, Rév. m, 227. La grande affaire a absorbé la petite, boss., Lettr. 81. L'image de la chair du péché a été absorbée parla gloire, pasc. édit. Cous. Une vicissitude d'affaires qui absorbe toute leur vie, mass. Temps. || S'Appliquer l'esprit, occuper entièrement. Absorber l'attention. Cette affaire l'absorbe tout entier. Pensées qui absorbent. Ceux qu'absorbe le soin du salut de l'Etat. Le spectacle absorbait tellement les spectateurs.... Cette récompense nous absorbe tout à fait en Dieu, boss. Or. 40. Qu'un plus sublime jbjet absorbe ma pensée, c. delav. Par. H, 3. || 4" S'absorber, v.réfl. Être absorbé. L'oxygène s'absorbe dans le poumon. Le Rhin s'absorbe dans les sables. I) s'absorbe dans sa douleur. S'absorber dans l'étude des mathématiques.

— SYN. absorbes*, engloutir. Idée commune, disparition de la chose qui est absorbée ou engloutie. Mais absorber indique une action successive, et engloutir, une action faite d'un seul coup. On absorbe peu à peu; on engloutit à la fois. Un fleuve s'engloutit dans un abîme , il s'absorbe dans les sables.

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TJn patrimoine est englouti dans une fausse spéculation ; il est absorbé par les procès. Au figuré, la synonymie cesse. On est absorbé dans ses peines, dans sa douleur, mais non englouti.

— HIST. xni* s. Deables le puist asorber, Quand il nous fet tant de mal traire, lien. 6892. De ce me merveil sans doutence, Quant la mer, qui est nete et pure, Souffrait son pechié et s'ordure, Et qu'enfers né l'asorbissoit , ruteb. h, H4. || jbv* s. Pour ce que H sire lui fist Les deux ieus asorbir au chef, du cange, absorbere. Si que les dicts engins [de pêche] assorboient si touz petis poissons flevoins [de fleuve] et autres, que se pourveance n'eust estéfaicte.... Ord. de Philippe le Long, Bibl.des Ch. 3* série, t. iv,p. 54. Cette delettation est aussi comme évanouie et absorbée, ohesme, Eth. 89. La delettation qu'il a en sa vertu asorbe et annichile toute tristesse, id. ib. «o. || xv* s. Que l'en [on] y dist grandement estre adommagié et assorbi [diminué] , du cange, ib.

— ÊTYM. Absorbere, de ab, indiquant séparation, et sorbere, avaler.

ABSORPTION (àb-sor-psion, ou, suivant la prononciation réelle, ap-sor-psion ; de quatre syllabes en poésie), s. f.\\ 1* Action d'absorber. L'absorption de l'âme en Dieu. L'absorption des pluies par la terre. || 2* En termes de physique, phénomène qui consiste dans l'attraction et la condensation d'un gaz ou d'un liquide par un corps solide ou liquide. || 3° En termes de physiologie , action des tissus organiques par laquelle des molécules extérieures pénètrent dans leur substance. L'absorption est une propriété générale de tous les tissus vivants; et il n'y a point de vaisseaux ou d'organes qui en soient particulièrement chargés.

— ÊTYM. Absorptio (voy. absorber).

ABSOUDRE (ab-sou-dr" ou plutôt ap-sou-dr") , j'absous, tu absous, il absout, nous absolvons, vous absolvez , ils absolvent. J'absolvais. J'ai absous. J'absolus. J'absoudrai. Absous. Qu'il absolve. Absolvons, absolvez, qu'ils absolvent. Que j'absolve, que tu absolves, qu'il absolve , que nous absolvions, que vous absolviez, qu'ils absolvent. Que j'absolusse. J'absoudrais. Absolvant. Absous , absoute. J'absolus et j'absolusse sont peu usités; mais on ne doit pas les exclure de l'usage, puisqu'on dit je résolus et je résolusse, v. a. || 1* Renvoyer de l'accusation. Absoudre du crime de prévarication. 11 fut absous par dix voix contre cinq. Les juges le renvoyèrent absous. 11 a été absous à pur et à plein. Un témoin dont le nom vous eût absous du crime, volt. Cat. m, 4. || 2* En termes de droit, absoudre et acquitter ne sont pas synonymes. Le tribunal absout une personne qui est reconnue coupable du délit à elle imputé, mais dont le délit n'est pas qualifié punissable par la loi. Il acquitte un accusé reconnu innocent. || 3° En termes de théologie, remettre les péchés dans le tribunal de la pénitence. Absoudre un pénitent. Absoudre les cas réservés, Acad. || 4° Au figuré. Pardonner. Je vous absous de votre imprudence. On était disposé à l'absoudre de tous ses méfaits. Tous ces crimes d'Etat qu'on fait pour la couronne, Le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne, corn. Cinna, v, 2. De tes grandeurs tu sus te faire absoudre, France, et ton nom triomphe des revers, bêranger, Enf. de la France. || 6° Absolument. Dix voix suffisaient pour absoudre. Le prêtre a pouvoir d'absoudre en cas de mort. L'Eglise donne aux prêtres qui nous assistent tous Us pouvoirs; elle ne se réserve rien, et elle leur confère toute sa juridiction pour pardonner et pour absoudre, bourd. Pensées, t. n, p. 3H. Là votreToix décide ; elle absout ou condamne ; Ici vous périrez.... voli Scyth m, 1. 1| 6* S'absoudre, v. ré/l. Il ne put s'aosoudre lui-même de la faute qu'on lui avait pardonnée.

— HIST. xi* s. De sa main destre [il] l'ad assois et signet, Ch. de Roi. 25. Assoldrai vous por vos âmes guarir, ib. 87. || xu* s. Quant [je] vous aurai assous et beneïs, Ronc. iv, *«. Bien sont assolz, quite de leur péchiez, ib. 67. || un* s. Et si les assoloit comme bons fils, villeh. 56. Et il dit que si ferait il volentiers, mais que le patriarche l'absousist jusquesàleurs revenir, joinv. 270. Et je li dis :je vous assolz de tel pooir comme Dieu m'a donné, id. 246. Se le légat ne me absoloit de mon serrement, id. 27». Et illecque l'abbé de St-Urbain, que Diex absoille, id. 210. Chil qui est escommeniés pot estre déboutés d'office d'avocat jusques à tant qu'il soit absolus, beaum. v, 1 7. Et on se doit penre [prendre] plusprès enjugement d'assaure quedecondampner, id. xxxvi, G. Dame, j'ai à nom Berte, si soit m'ame assolue, Berte, 62. Desquelsdis livres de parisis il se

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tiennent assouls etapaié, du canoë, absolutus. Mais il meismes i respont. Et la cause nous en espont, Com cil qui bien de raison use , Et les diex assoit et escuse, la Rose, 6388. || xv* s. Ils estaient devers le roi de France absols et nommés quittes, et encore leur délivrait on oret argent, froiss. m. iv, 20. Le feu roi que Dieu absolve, comm. vu, Prol || xvi* s. Le peuple absolut à toute peine Pelopiuas, mont, i, 3. Estre absouls de son debvoir, id. i, 30. Sera il absoult.... id. i, I28.| Il résolut de mourir, afin que ses citoyens ne pussent jamais estre absoulz de leur serment, amyot, l.yc. et. Il voulut quecelui qui aurait fait le meurtre fut absoult à pur et à plein, moyennant que.... id. Publ. 21. H se rencontra que les voix qui le condamnoient estaient une de plus que celles qui l'absolvoicnt.... il donna la dernière voix qui l'absolut judiciellement, id. Coton d'Vliaue, 23. En Lacedemone il y avoit une loi , laquelle déclarait les enfants absouls d'aider à leurs pères en vieillesse, quand ils avoient esté nonchalans de les faire instruire en jeunesse, lanoue, i ifl. Il n'appartient pas à un prestre de savoir pour certain si le pécheur est absous, mais à celui du quel il faut demander absolution, calv. Inst. 601. Nul ne peut estre lié ou absous, sinon celui qui en est digne, id. ib. 603. Leurs pensées les condamnent ou absoudent devant Dieu , id. ib. 946. Combien plus vous doit elle délivrer et absoudre des liens humains? id. ib. 4026. 11 leur remonstra qu'ilz n'estoyent mie absouldz de leurs promesses, rab. Garg. I, 20.

— ET YM. Provenç. absolvre , absolver , assolver; anc. catal. absolrer ; catal. mod. absoldrer; espagn. absolver ; ital. assohere; d'absohere, deyab, indiquant séparation, et solvere, délier (voy. solution). Du temps de palsgrave on écrivait assouldre, et on prononçait assoudre, p. 23.

ABSOUS, ABSOUTE (ab-sou, sou-t' ou plutôt apsou), part, passé. Il fut renvoyé absous. Absous du crime qu'on lui imputait. Un pénitent absous par In confesseur. Vous sortez du tribunal de la confession absous, mais non justifié.

ABSOUTE (ab-sou-f ou plutôt ap-sou-t'), t. f. ||l*Terme de la liturgie catholique. Absolution publique et solennelle qui se donne en général au peuple et dont la cérémonie se fait lejeudi saint au matin ou le mercredi au soir dans les cathédrales. H 2° Cérémonie qui se fait autour du cercueil , dans l'office des morts.

— ÊTYM. Absoudre.

ABSTÈME (ab-stê-m'), s. m. et f. Qui ne boit pas de vin. Telle qu'est celle (l'exception) des abstèines, qui ne peuvent boire de vin, boss. Déf. comm. Nous serions tous abstèmes si l'on ne nous eut donné du vin dans nos jeunes ans, rouss. Ém. n.

— ÊTYM. Abstemius, de abs privatif, et temeium vin.

t ABSTENANT, ANTE ifab-ste-nan, nan-t'), s. m. et f. Celui, celle qui s'abstient. Dans les élections, le nombre des abstenants fut très-considérable.

ABSTENIR (S') (ab-ste-nir. Se conjugue comme tenir), v. réfl. || 1° Se priver de, ne pas se laisser aller à. S'abstenir de vin. S'abstenir de toute hostilité. S'abstenir de combattre. S'abstenir de manger, de mentir. S'ils ne s'abstiennent pas d'écrire. Il ne s'est pas abstenu d'y toucher. Il s'abstient de se défendre. Abstenez-vous denuireàvotre ennemi. C'est une question sur laquelle nous nous sommes abstenus de nous prononcer. Que la communion, quelque fréquente qu'elle soit, ne nous rend pas impeccables, et que ce n'est pas toujours une raison de s'en abstenir que de légères fautes qui échappent aux plus vigilants, bourd. Pensées, t. m, p. 321. Quiconque n'avait pas eu soin de se purifier et ne s'était pas abstenu des plaisirs les plus légitimes, id. ib. p. 366. Avare de mon sang, quand je versais le sien, Aux dépens de ses jours [il] s'est abstenu du mien, crêb. Rhad. v, 6. Voilà par quel motif, inju. rieux peut-être, Je me suis devant elle abstenu de paraître, Ducis,£eor, n, 4. || 2* Absolument. On voudrait s'abstenir; et on se laisse aller par fausse honto à.... Dans le doujte, abstiens-toi. || 3" S'abstenir, so dit aussi pour garder l'abstinence,, c'est-à-dire ne pas manger. Il vaut mieux s'abstenir que de mangereequi fait mal. || 4" En termes de jurisprudence, ce juge s'abstient, il se récuse; cet héritier s'est abstenu de la succession, il n'a point fait acte d'héritier.

— rem. Ce verbe veut la préposition de, soit avec un substantif, soit avec un infinitif. Le participe s'accorde avec le sujet : il s'est abstenu, elle s'est ; bstenue ; ils se sont abstenus, elles se sont abstenues.

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— HIST. V s. Charles se pasme, ne sen puet astenir, Ch. deRol. 203. || xw* s. Adonc [il] plore et gamente [lamente], ne s'en puet astenir, Ch. d'Anl. v, ♦60. [Il] ne s'en put astenir, des yeux en a lermé, Berte, 45. || xiv* s. Aucuns illiberaux se abstiennent de prendre aucune chose de autrui, oresme, Eth. 4 4 4. Se aucun est vaincu de delettation ou de tristeces, desquelles pluseurs se peuvent abstenir, tel est incontinent ou mol, id. ib. 210. C'est plus fort de soustenir tristeces ou choses tristes que n'est soy abstenir de choses delettables, id. t'6. 8». !| iv s. Comment il [le roi d'Angleterre ] avoit si ardemment enaimé par amour la belle et la noble dame Alips, comtesse de Salebrin, qu'il ne s'en pouvoit abstenir, froiss. i, i, (94. || xvi* s. Que tout juge s'abstienne de vin sur le point d'exécuter sa charge, mont, ii, 4 9.

— ÊTYM. Provenç. abstener, abstenir, estener; espagn. abstener; de abs, indiquant séparation, et tenere, tenir (voy. tenir).

ABSTENTION (ab-stan-sion) , ». f. Action de s'abstenir dans l'exercice d'une fonction, d'un droit. L'abstention de ce juge dans le procès, de ces électeurs dans l'élection.

— ET YM. Abstentio , de abstinere, s'abstenir (voy. s'abstenir).

t ABSTENU, UE (ab-ste-nu, ue),part. passé. Ce sera à son adresse [du duc d'Orléans], à son esprit, à ne s'ouvrir sur rien que sur la nécessité de profiter de l'absence de ceux que la requête regarde, nécessairement abstenus du conseil, saint-simon, 397,468. Cet emploi ne parait pas à imiter.

ABSTERGË, ÉE (ab-stèr-jé, jée) , part, passé. Plaie bien abstergée.

ABSTERGENT, ENTE (ab-stèr-jan , jan-f), adj. Terme de médecine. Qui absterge. Médicaments abstergents, et, substantivement, au masculin, les abstergents. On emploie les abstergents pour enlever les matières visqueuses et putrides.

— HIST. xvi* s. Sa teinture ne se peut effacer qu'à grande peine avec drogues, tant soient-elles abstergentes, paré, xxv, 46.

— ÊTYM. Abslcrger.

ABSTERGER (ab-stèr-jé. Il faut avoir soin d'intercaler un e après le g devant o ou o, afin de garder au g le son doux) , v. a. Terme de médecine. Nettoyer. Absterger une plaie. Ce médicament sert à absterger.

— HIST. xn* s. Il absterge, desseiche et consolida toute plaie faite d'estoc, paré, viii, 32.

— ETYM. Abstergere, de abs, indiquant extraction, et tergert, essuyer, mot à mot, enlever en essuyant.

ABSTERSIF, 1VE (ab-stèr-sif, siv"), adj. Terme de chirurgie. Propre à nettoyer.

— HIST. xvi* s. Tous simples qui sont dessiccatifs, abstersifs, sans érosion, paré, viii, 46.

— êtym. Absterger.

ABSTERSION (ab-ster-sion), ». £ Terme de chirurgie. Action d'absterger.

— HIST. xvi1 s. La plaie, d'autant qu'elle est sordide,demande abstersion, PARÉ, xxv, I0.

— ÊTYM. Absterger.

ARSTINENCE (ab-sti-nan-s'), ». f. || 1* Action de s'abstenir. L'abstinence du vin. L'abstinence des plaisirs. L'abstinence enti're de la viande est une cause d'affaiblissement, j 2° Absolument. Action de l'abstenir du manger et du boire. 11 jeûne ou fait abstinence. Les temps et les jours consacrés à l'abstinence. La pratique de l'abstinence. Les rigueurs de l'abstinence. Le médecin lui a recommandé l'abstinence. Faire faire abstinence à un malade. Le seul chanoine Evrard d'abstinence incapable, boil. Lutr. iv. Donnons à ce grand œuvre une heure d'abstinence, id. Ï6. 113° Au plur. Action de s'abstenir de certains aliments. Les abstinences et les jeûnes. Employant à la charité les restes de sa pauvreté et les fruits de ses abstinences, fléch. Panég. u,392. En observant les abstinences de la loi, mass. Riche. || 4» Jours d'abstinence, chez les catholiques, jours où l'on doit s'abstenir de manger de la viande sans être obligé de jeûner.

— HIST. xn» s. [Il] saintefiad Ysai et ses fiz,caril •es fit estre en abstinence encontre le sacrefise, /fois, 68. || xm* s. Que abstinence [il] doit avoir, Et ,por vérité le vousdi, Qu'il doit juner au venredi, Fabl. Barbai, i, 70. Tu vâspreeschant astenance.— Voire voir, mèsj'emple ma panse De bons morciaus et de bons vins, la Hose, 4)425. Et bien voloit, par amis, alongier l'astenanche [attermoiement], toutes les fois qu'il en seroit requis, beaum. lx, 3. || xiv* s. Fut accordé que attenance [trêve] fut prise entre la comtesse d'Artois et ftohert son fils, du canok, attenan-

tia. Comme seroit concupiscence et mauvais désirs surmontés et vaincus par abstinence, oresme, Eth. 5. Vivre sobrement aveque abstinence. Ne faire en rien abstinence duquelconquesexcès,H>. Thèsede Meunier. || xV s. Durant les trêves ou abstinences et souffrances degnerre.DuCANGE, abstinentia. Ainsi mourrai, regrettant mes amours, Comme un hermite, en faisant abstinence, bass. 31. Pour ce que les Anglois apperceurent quelques abstinences que le dit messire Bouciquaut faisoit , demandèrent si c'esioit pour faire armes, Hist. de Bouciq. i, 44.

— ÊTYM. Provenç. abstinensa, abstinencia, estenensa; espagn. abstinencia ; ital. aslinensa; de abstinentia, de abstinere (voy. abstenir).

ABSTINENT, ENTE (ab-sti-nan , nant') , adj. Modéré dans le boire et le manger. || Il suit toujours le substantif: Un homme abstinent.

— ÊTYM. Abstinens. de abstinere, s'abstenir.

t ABSTRACTEUR (ab stra-kteur ), ». m. Qai se platt aux abstractions. De subtiles abstracteurs, de froids examinateurs de la nature humaine, dider. Lettre de Ramsay.

— ÊTYM. Voy. ABSTRACTION.

t ABSTRACTIF, IVE(ab-stra-ktif, ktiv'), adj. Terme de philosophie et de grammaire. Qui abstrait, qui sert à former, à exprimer des abstractions. Procédé abstractif. Termes abstractifs.

— ÊTYM. Provenç. uhstractiu ; espagn.| abstradivo; d'un adjectif non latin, abstractivus , de .-sb»trahere. abstraire (voy. abstraire).

ABSTRACTION (ab-stra-ksion ; en poésie, de quatre syllabes), ». f. || 1* Action d'abstraire, opération intellectuelle par laquelle, dans un objet, on isole un caractère pour ne considérer que ce caractère ; résultat de cette action. Sans l'abstraction, l'esprit humain ne pourrait conduire aucun raisonnement un peu compliqué. L'abstraction ne crée pas des êtres et n'est qu'un artifice logique. Le pouvoir d'abstraction. Par une abstraction puissante, il a saisi ce qu'il y avait de plus général dans son sujet. La blancheur considérée en soi est une îbstraction, puisqu'il ya dans la nature, non la bla.r. neur, mais des choses blanches. Il faut bien se garder de prendre des abstractions pour des réalités. Un point géométrique est une supposition, une abstraction de l'esprit, volt. Memm. xn. On est souvent forcé de s'écarter, pour l'intérêt public, de la rigoureuse pureté d'une abstraction philosophique, mirab. Collection,X. m, p. !>^3. Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophe, chateaub. Oén.i, m, 4. || 2' Faire abstraction de, écarter, ne pas faire entrer en compte. Faire abstraction des inconvénients. Abstraction faite des hommes et du temps. Il faut estimer le mérite pour lui-même et faire abstraction de la fortune. En faisant abstraction de tout sens, pasc. Prov. i. De quelque manière que l'on consjdère cette republique, abstraction faite de sa grandeur, J. J. rouss. Contr. iv, 3. || 3° Au plur. Dans un sens défavorable, idées trop métaphysiques, mal soutenues par les faits. C'est un esprit chimérique qui se perd dans les abstractions. || 4* Au plur. Rêverie, préoccupation. Le voilà de nouveau dans ses abstractions.

— SYN. faire abstraction, abstraire. Faire abstraction , c'est ne pas tenir compte de. Abstraire , c'est exécuter l'opération intellectuelle par laquelle on isole, dans un objet, un caractère. On abstrait pour généraliser; on fait abstraction de, quand on n'a pas égard à ceci ou à cela.

— hist. xiv' s. X ce peut l'en respondre : la cause est pour ce que les choses de mathématiques sont cogneues par abstrattion, imagination et phantasie, ORESME, Eth. 484.

— ÊTYM. Provenç. abstraccio; catal. abstraccid; espagn. abstraccion; ital. aetraxione; de abstractio, de abslrahere, abstraire.

ABSTRACTIVEMENT (ab-stra-kti-ve-man) , adv. D'une manière abstractive, d'une manière qui abstrait. || 11 ne se met guère qu'après le participe passé :I1 a considéré abstractivement cette qualité.

— SYN. L'Académie confond absolument cet adverbe avec abstraitement ; la nuance est en effet petite; pourtant abstractivement exprime une action, et abstraitement un état. Une considération abstractive est une considération qui abstrait; une considération abstraite est une considération dans laquelle l'abstraction est déjà opérée.

— êtym. i4!)i(roc(tt;e, au féminin, et ment (voy.

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