‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 350 sur 403 · CONJECTURE · texte numérisé non relu

CONJECTURE

CONJECTURALEMENT (kon-jè-ktu-ra-le-roan),

adv. D'une manière conjecturale.

— hist. xvi' s. Conjecturalement et incertainement, mont, dans le Diet. de dochez.

— êtym. Conjecturale, et le suffixe ment. fCONJECTURATIF, IVE (kon-jè-ktu-ra-tif, ti-v'),

adj. Qui fait conjecturer.

— hist. xvi* s. Tous ces signes sont grandement conjecturatif3, voire certains, que le crâne soit fracturé, paré, vm, 2.

— êtym. Conjecturer.

t CONJECTURAT10N ( kon-jè-ktu-ra-sion) , t. f. Action de conjecturer.

— HIST. xiv* s. Prudence appelée en grec eustochie, c'est conjecturation, oresme, Thèse de meunier.

— êtym. Conjecture.

CONJECTURE (kon-jè-ktu-r1), s. f. Opinion établie sur des probabilités. On peut sur le passé former ses conjectures, corn. Tois. d'or, m, 4. Je ne me satisfais d'aucunes conjectures, m. Hor. I, l. Et je dirai, si j'ose en faire conjecture, id. Pomp. ni, l. Non que de ma naissance il fasse conjecture, id. Héracl. n, 2. Ma comédie, sire, n'a pu jouir ici des bontés de Votre Majesté; en vain je l'ai produite sous le titre de l'Imposteur et déguisé le personnage sous l'ajustement d'un homme du monde.... La cabale s'est réveillée aux simples conjectures qu'ils ont pu avoir de la chose, mol. Tart. 2'placet. Les conjectures [dans les sciences] ont toutes un droit égal de se produire, et souvent n'en ont guère de se combattre, fonten. Hartsoeker. Les conjectures sont les étincelles, au feu desquelles la bonne physique allume le flambeau de l'expérience, bonnet, Consid. corps org. Œuvres, t. v, p. »9, dans pougens.

— HIST. xv* s. L'une dit que c'est enfanture; L'autre dira qu'il n'en est rien ; Et pour oster la conjecture.... coquillart, Les droits nouveaux. || xvi" s. Que chacun donc fasse conjecture quel tripotage ce serait, si.... Calvin, 77. Comment videra-t-on ces querelles? car, en cause douteuse, il faudra juger par conjectures, id. 77. Donner pour argent comptant des conjectures, mont, i, 103. Pour divertir les opinions et conjectures du peuple, id. m, 3oo. Ceulx qui nous desconseillent les femmes riches, de peur qu'elles soient moins traictables et recongnoissantes, se trompent de faire perdre quelque réelle commodité pour une si frivole conjecture, id. n, 84. Qu'estil plus vain que de vouloir deviner Dieu par nos analogies et conjectures? id. ii, 245.

— ÊTYM. Provenç. conjectura; espagn. eonjetura; ital. congettura ; du latin conjectura, de conjicere, conjecturer, proprement jeter ensemble, de cum, et jacere, jeter (voy. jet).

CONJECTURÉ, ÉE (kon-jè-ktu-ré, rée), part, passé. Des événements conjecturés avec une rare sagacité.

CONJECTURER (kon-jè-ktu-ré), e. o. Juger par conjecture. Conjecturer les choses futures. De là je conjecture qu'il en sera ainsi. Qu'il y en ait de plus petites, on le peut conjecturer, desc. Monde, 3. f| Absolument. Éternellement obligé de conjecturer sur des matières très -douteuses, fonten. Liltre. Qu'il me soit permis de le dire : aucun écrivain d'histoire naturelle ne s'est plus attaché que moi à ne pas confondre les conjectures avec les faits; mais je n'ai pas cru qu'on ne dût jamais conjecturer en physique, bonnet, Lett. div. Œuvres, t. xn, p. 287. II est raisonnable de conjecturer que le passage est court; toutes les rivières qui se perdent dans la côte occidentale de la baie d'Hudson, sont faibles et petites, raynal, Hist. philos, liv. xvn, ch. 7.

— HIST. xni's. Qui bien le scet conjecturer, j.de meuno, Tr. 4)7. || xiv' s. Si comme je puis conjecturer en si grant intervalle de temps, la cause fut.... bercheure, f°74, verso. Celui est bon conseiller qui scet conjetturer et trouver selon inquisition de raison le plus très grant bien des choses ouvrables, oresme, Eth. 179. Pour ce est-il mestier à celui qui veultattaindre et conjecturer au moien de vertu, que il ait aucunes règles et enseignemens, id. ib, 64. Donques est vertu une chose moienne et laquelle

conjecture et tent et s'adresce au moien, id. ib. 4*. || xvi* s. Après qu'il eut bien conjecturé la hau!t"ur de la ditte tour par en estre souvent approche, amyot, Marcel. 28. On conjectura anciennement i Athènes une aptitude à la mathématique en celuy à qui on voyoit ingénieusement adgencer et fagotter une charge de brossailles, mont, m, 6».

— ÊTYM. Conjecture.

t CONJECTUREUR (kon-jè-ktu-reur) , t. m. Néologisme. Celui qui aime à conjecturer.

— ÊTYM. Conjecturer.

CONJOINDRE (kon-join-dr'), v. a. ||1" Joindre avec. 11 avait fondu les filets de glace qui les conjoignaient, desc. Métëor. 6. Votre pensée qui ne peut conjoindre les idées qui se contrarient, id. Rép. a || 2° Unir par le mariage. Il ne faut pas que l'homme sépare ce que Dieu a conjoint. || 3* Se conjoindre, t?. réfl. Être conjoint. Des choses qui se conjoignent.

— HIST. xn* s. Seiom conjoint et enterin Tresioz nos vivans [pendant toute notre vie] mais senz fin, benoît, n, 10665. Et mestiers fut ke ele andous ces choses conjoinsist ensemble , Job, 442. || xnr s. Puisque si nous entreveïsmes Por quoi nos cuers conjoins eûmes, Que bien nous entrecogneûmes, la Rose, 84 13. Il s'est clamés de lui de deus choses ensemble, lesquelles ne peuvent ne ne deivent estre conjointes ne vouées ensemble, Ass. de J. 148 || xiv* s. Il se conjoinsit à eux par affinités de mariages, bercheure, f°24, recto. H xv* s. Deux cueurs en ung vouloir conjoings, al. chart. Liv. des 4 dames. || xvi* s. La conjonction par laquelle il nous conjoinct à soy en nous recevant au sein de l'Eglise, est comme un mariage spirituel, Calvin, Inslil 285, Ce sont vices tousjours conjoincts, mont. i, >i Ceux-ci [ces rois] estans bien conjoincts ensemb! i devroyent jetter les fondemens d'un si magnifique dessein, lanoue, 391. X présent qu'on ne regarda qu'à soy, il convient conjoindre avec les parole.; l'authorité et la crainte, id. ib. Tous deux ont eu ie bon sens conjoinct avec la force de corps, amyot, Thés. 2. 11 fut l'un des principaux instruments de moyenner, que les Romains et les Sabins se conjo;gnissent en un mesme peuple, id. Publ. I. Il leur persuada de tirer de longues murailles, pour conjoindre leur ville à la marine, id. Aie. 25. Il l'assena au dessus de l'os qui conjoint les deux espaules , id. Ârtax. II. L'homme ne séparera point ce quj mesme Dieu fait conjoindre, d'aub. Vie, cxLvni. EU i avoit une pleurésie conjointe d'une peripneumonie, pabé, xvm, 68.

— ÊTYM. Provenç. conjunger, conjongner, conjoingner; ital. congiungere ; du latin conjungere, dj cum, et jungere (voy. joindre).

CONJOINT, OINTE (kon-join, join-t'), part, passé de conjoindre.H 1* Joint avec. Quoique j'aie un corp< auquel je suis étroitement conjoint, desc. Mid. VI. !.•• prix est si conjoint à l'heur de vous servir Que c'esi une faveur qu'on ne me peut ravir, botbob, VenceU m, s. Tout l'avantage qu'homme et femme conjoints par mariage se peuvent faire, mol. Mal. imag. i, 9. Puisque Dieu agit en nous comme un principe intime et conjoint.... boss. Libre arb. 9. Il faut donc dire que les deux substances se trouvent en effet dans le sacrement et que le signe y est conjoint avec la chose, id. Variât. 9. || Terme de droit. Personnes conjointes, personnes qui agissent dans le même intérêt ou comprises dans le même legs. Légataires conjoints. Legs conjoint, legs fait conjointement à plusieurs. || Terme de botanique. Feuilles, étamines conjointes, ceUes qui paraissent comme soudées ensemble. || Terme de musique. Intervalles, degrés conjoints, intervalles de seconde, c'est-àdire notes qui se suivent dans l'ordre de la gamme soit en montant soit en descendant. || Dans les anciens manuscrits, lettres conjointes, lettres liées entre elles, et, en raison de cette liaison, plus ou moins altérées dans leurs formes. || Dans les calculs du change, règle conjointe, détermination du rapport de deux nombres dont les rapports avec d'autres nombres sont connus. || 2* S. m. Chacun des époux, par rapport à l'autre. Les futurs conjoints. Le conjoint survivant. Contrat fait avec la nature aussi bien qu'entre les conjoints, J. J. egiss. Ém. i. Les conjoints se placent au centre des deux cercles [d'invités], chateaub. Amer. 42. Mais, dirat-on, n'est-il en nulles guises D'heureux ménage? après mûr examen, J'appelle un bon, voire un par fait hymen, Quand les conjoints se souffrent leuv, sottises, la font. Relph.

CONJOINTEMENT ( kon- join-te- man) , adr || 1° D'une manière conjointe, ensemble, simultané ment. L'accommodement se fit effectivement pai le moyen de Cléopàlre leur sœur, à condition que

CON

les deux frères régneraient conjointement, hollin, Hist. anc. CEuvres, t. vm, p. 6IS, dans pougens. Il eut sans doute l'administration de leur royaume conjointement avec leur mère, id. ib. t. ix, p. 663, dans pougens.... Qu'est-ce à dire? Valère? Un autre ici conjointement soupire. Ahl si je le savais.... begnard, le Joueur, il, 4. Mme de la Tour me pria aussi de nommer sa fille conjointement avec son amie, berï». de st-p. Paul et Virg. || Terme de jurisprudence Legs fait conjointement, legs fait à plusieurs légataires en termes exprès ou par le fait (irrtis, re). || 2" De concert. Agissons conjointement. II est nécessaire que le temps travaille conjointement avec les excellents maîtres, balz. liv. v, letl. 2. 11 [Bucer] persista tellement dans l'accord, que toujours depuis il fut regardé par ceux de la confession d'Augsbourg comme membre de leurs églises, et agit en tout conjointement avec eux, boss. Variât. 4.

— HIST. xiv* s. Ces trois choses toutes ensemble conjoinctement sont en operacions très bonnes , orf.sme, Elh. 20. X une fois conjoinctement, do cange, auxilium. || xvi' s. Le vray moyen pour oster la crainte aux uns, «t la cupidité aux autres, c'est de s'employer conjointement en ces hautes entreprises, lanoue, 396. Ils s'engagèrent conjointement d'amener douze mil hommes, d'aub. Vie, cxl. Ceulx qui peuvent prétendre quelque matériel fruict de ma mort, en receoivent d'ailleurs, conjoinctement, une matérielle perte, mont, iv, (24.

— ETYM. Conjointe, et le suffixe ment; provenç. conjuntamen; ital. congiuntamente.

CONJONCTIF , IVE (kon-jon-ktif , kti-v') , adj. || 1° Qui conjoint, qui unit. || Terme d'anatomie. Tissu conjonctif, substance conjonctive, tissu appelé lamineui , d'après sa disposition habituelle dans l'économie, et tissu cellulaire depuis Bichat. || 2" Terme de grammaire. Qui sert à rattacher un mot à un mot, une proposition à une proposition. || Locutions conjonctives , conjonctions composées de plusieurs mots, telles que c'est pourquoi , soit que, bien que, etc. || Les particules conjonctives, et, elliptiquement , les conjonctives , les conjonctions et, ni, ou. On a cru que dans cette phrase : Ni la force ni la douceur n'y peut rien, il faut dire n'y peuvent rien, et non pas n'y peut rien au singulier, parce qu'on regarde les deux ni comme conjonctives et non pas comme disjonctives ; c'est la même chose que si on disait Et la force et la douceur n'y peuvent rien, académie, Observ. sur Vaugelas, p. 168, dans pougens. || Pronoms conjonctifs, et, mieux, adjectifs conjonctifs, ainsi nommés, parce qu'ils ont en eux la force d'une conjonction, et peuvent servir à unir deux propositions, par exemple : J'ai entendu l'homme qui a parlé; ditesmoi quel il est. Dans cette réunion, ils forment toujours le second terme ou le conséquent du rapport. || D'après quelques grammairiens, noms conjonctifs, conjonctions qui remplacent un nom, telles que où, quand, quoi, pour en quel lieu, en quel temps, quelle chose. Je ne sais où il est. Il ne m'a pas dit quand il reviendra. Dites-moi de quoi vous parlez. || 3° S. m. Synonyme de subjonctif. La grammaire exige ici le conjonctif. || Terme de grammaire hébraïque. Les conjonctifs, accents toniques qui servent à déterminer les rapports grammaticaux.

— HIST. xvi* s. Me voicy devenu grammairien, moy qui n'apprins jamais langue que par routine, et qui ne sçais encores que c'est d'adjectif, conjunctif et d'ablatif, mont, i, 358. Le subjonctif ou conjonctif fet son premier présent du futur de l'optatif, ijeigret, dans LiviiT, Gramm. au xvr siècle, p. 9).

— ËTVM. Provenç. conjuncliu; espagn. conjuntivo ; ital. congiunlivo ; du latin conjunctivus , de conjungere , con joindre.

CONJONCTION (kon-jon-ksion; en poésie, de quatre syllabes), s. f.[\ 1° L'acte ou l'action de conjoindre. || Union chanelle de l'homme et de la femme. Les conjonctions illicites contribuent peu à la propagation de l'espèce, montesq. Esp. xxra, 2. || 2" Terme d'astronomie. Rencontre de deux planètes dans une ligne droite, par rapport à un certain point de la terre. Deux astres qui entrent ensemble en conjonction, boss. Jos. i. || Les conjonctions des planètes jouaient un grand rôle dans l'astrologie. Un événement arrivait sous la conjonction de deux planètes, volt. Mœurs, Magie. Il [le bonheur] dépend d'une conjoncture De lieux, de personnes, de temps, Non des conjonctions de tous ces charlatans, la font. Fabl. vm, 16. On le voit [Mélanchthon] sans cesse effrayé par les tristes conjonctions des astres, boss. Variât, v. || Conjonction apparente, celle où la ligne qu'on supposerait tirée par le centre de deux pla-

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CON

nètes, ne passerait pas par celui de la terre. || Absolument. La rencontre de la lune avec le soleil en un même point du zodiaque. Les marées doivent être un peu plus fortes dans la conjonction que dans l'opposition, volt. Newt. m, II. || 3" Terme de grammaire. Mot invariable qui met deux phrases en rapport. La vertu est désirable, car elle rend l'homme heureux; cor est une conjonction puisqu'il indique qu'une de ces propbsitions est la conséquence de l'autre. Je porte envie aux Grecs dont la langue était si abondante en conjonctions, au lieu que la nôtre n'en conserve que très peu; encore voudrait-on nous en priver, d'olivkt, Prosodie fr. art. v, § 2. || Conjonctions copulatives, celles qui expriment une liaison pure et simple. || Conjonctions subjonctives ou subordonnantes, conjonctions qui font de la proposition qui les suit la subordonnée de celle qui les précède. || Conjonction simple, celle qui est indécomposable. || Conjonction composée, celle où l'usage a réuni plusieurs mots pour ne former qu'une seule locution, par exemple afin que, de manière que, de peur que. || Dans les manuscrits, réunion de deux ou plusieurs caractères en un seul. M pour A E est une conjonction. || 4* Terme d'ancienne musique. Corde commune à deux tétracordes consécutifs. || 6" Terme de rhétorique. Répétition d'une même conjonction liant tous les membres d'une période.

— HIST. xv s. Après ceste conjonction Se commence opération, De la quelle, si tu poursieux, Tu auras la gloire des cieux, la font. 501. Et disoit [la duchesse Marguerite de Hainaut] que, si on vouloit que son fils eust Marguerite de Bourgogne, sa fille Marguerite aussi auroit Jean de Bourgogne, par quoi il y auroit plus grand conjonction d'amour, froiss. il, il, 222. Il xvi* s. Les conjonctions incestueuses, mont, i, H 8. Ces prophanes Mahumetistes, quelle conjonction et société pouvons nous avoir avec euxTLANOira, 456. De cette conjonction illégitime [l'indiscipline et le mauvais commandement] s'ensuivist la procréation de mademoiselle la Picorée, m. 575. Quelle conjonction et compagnie se pourroit trouver plus estroite que de deux? tver, p. 531. Ce avoit esté la nuict propre de la conjonction de la lune, amyot, Aie. 36. L'obscurcissement du soleil se fait tousjours en la conjonction de la lune, id. JVt'c. 42. Et parce que le flanc de courtine estoit trop esloigné pour les dedans desdites cornes, j'ai tracé entre les deux une pièce de conjonction, d'aub. Vie, cxlix. Soliman irrité de la conjonction des Malthois avec le roi d'Espagne.... id. llist. i, 134. La conjonction est une partie du langage indéclinable, sans articles et sans aucun gouvernement, conjoignant les mesmes espèces des parties ou clauses [phrases] aux clauses avec quelque signification ; j'ay dit les mesmes espèces des parties, comme le nom substantif au substantif ou au pronom, ou bien l'adjectif à l'adjectif, le pronom au pronom.... Aucunes conjonctions sont copulatives ; les aucunes sont disjonctives du sens; les aucunes sont causales; les aucunes sont négatives; les aucunes sont adversatives, meigret, dans livet, Gramm. au xvr siècle, p. 102.

— ÊTYM. Provenç. conjunctio; espagn. conj'uncion; ital. conotuniione; du latin conj'uncfionem, de conjungere, con joindre.

f CONJONCTIONNEL, ELLE (kon-jon-ksio-nèl, nè-1') , adj. Terme de grammaire. Qui tient de la conjonction.

— ETYM. Conjonction.

f CONJONCTIONNELLEMENT (kon-jon-ksio-nèle-man) , adv. Terme de grammaire. Avec la valeur d'une conjonction.

— ÊTYM. Conjonctionnelle, et le suffixe ment.

CONJONCTIVE (kon-jon-kti-v') , s. f. Terme d'anatomie. Membrane muqueuse qui tapisse le devant de l'œil, excepté sur la cornée, et qui attache le globe de l'oeil aux paupières.

— HIST. xvi* s. Son utilité est de firmer, lier et retenir ledit œil, dedans son orbite, au moyen de quoy elle est appellêe conjonctive, paré, iv, 6. L'on voit souventesfois la conjonctive de l'œil par une contusion s'enfler si fort, qu'elle sort hors de la cavité de l'œil, id. x, 6.

— ETYM. Conjonctif.

tCONJONCTIVEMENT(kon-jon-kti-ve-man),adt).

Terme didactique. D'une manière conjointe.

— ÊTYM. Conjonctive, et le suffixe ment.

t CONJONCTIVITE (kon-jon-kti-vi-f) , s. f. Terme de médecine. Inflammation de la conjonctive.

— ÊTYM. Conjonctive, et la finale médicale ite, signifiant inflammation.

CONJONCTURE (kon-jon-ktu-r*), t. f. Rencontre

CON

de certains événements dans le même point. Jugez ce qu'il faut craindre en cette conjoncture, corn. Sertor. iv, 3. Je veux mettre d'accord l'amour et la nature, Être père et mari dans cette conjoncture, id. Nicom. iv, 3. Mais la soif de ta perte en cette conjoncture Me fait aimer l'auteur d'une belle imposture, id. Héracl. i, 2. Si tu veux triompher en cette conjoncture, Après avoir vaincu, fais vaincre la nature, n>. Itodog. iv, 2. Je sais leur divers ordre, et de quelle nature Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture, id. Ct'nno,iv,4. Il [le bonheur] dépend d'une conjoncture De lieux, de personnes, de temps, Non des conjonctions de tous ces charlatans, la font. Fabl. vm, te. Toute conliance est dangereuse, si elle n'est entière; il y a peu de conjonctures où il ne faille tout dire ou tout cacher, la bruy. v.

— REM. Vaugelas remarque que conjoncture est un mot très-nouveau, mais excellent.

— HIST. xvi* s. La conjointure des estrangers [la jonction opérée avec eux], d'aub. Hist. i, Tn. Conjoncture, id. ib. II, 292.

— ÊTYM. Voy. C0NJ01NDRE.

CONJOUIR (SE) (kon-jou-ir), v. rèfl. Se réjouir avec quelqu'un de ce qui lui est arrivé d'heureux. Permettez, mes frères, qu'à l'occasion de cette sainte solennité je me conjouisse avec vous de la consécration de ce nouveau temple dans votre ville p. bridaine, dans le Dict. de dochez. || V. n. Dans ious ces cas d'actions charitables, l'homme est mû par un attrait intérieur pour son semblable, par une secrète sympathie qui le fait aimer, conjouir et condouloir, proudhon, dans le Dict.de dochfz.

— REM. Ce mot a vieilli; mais il est bien employé dans les exemples ci-dessus, et on peut s'en servir à l'occasion.

— HIST. xif s. Guiteclins les conjot et salue et mercie,Saar. 7. Chien mu n'aboient pas, sus le banc liésunt; As larrunsconjoïssent,almesfaitod elssuut, Th. le mart. 69. || xiir* s. Por ce que (je] ne puis à mon gré conjoïr, Berte, lxxxviii. Forment les honora li rois et conjoî, ib. cvm. Et toute Flandres le tenoit à signeur, et moult le conjoïrent, Chron. de Bains, p. 169. Et se il vaitla messe oïr. Ce n'est pas por Dieu conjoïr, Ainz est por de9 deniers avoir, ruteb. 221 . || xv s. [Il] Vint en Brabant par devers le roi Edouard d'Angleterre, qui le reçut et le conjouit moult grandement, froiss. i, i, 79. || xvi* s. La reyne d'Angleterre envoya se conjouyr avec elle de son arrivée en Escosse,CASTELNAU, 62. Il s'estoit conjoui avec lui, par lettres, de l'oracle qui l'avoit logé entre les dieux, mont, iv, 307.

— ÊTYM. Provenç. conjoir ; de congaudere, du latin cum, et gaudere, avoir joie (voy. jouir).

CONJOCISSANCE (kon-jou-i-san-s'), ». f. Action de se conjouir. Je ne m'attends à aucune conjouissance sur les fortunes du monde, boss. Lett. 13. Le roi ne manquait guère de demander à ses gentilshommes, quand ils revenaient, de sa part, de faire des compliments de conjouissance ou de condoléance aux gens titrés, comment ils avaient été reçus, stsim. no, (46. Le roi reçut [du duc de Savoie] une réponse de conjouissance [sur la naissance du fils du duc de Bourgogne] et de remerciement, id. 168, 260. || Ce mot a vieilli.

— HIST. XV s. Tous deux joyeusement le receurent et lui firent feste et conjouissance, G. chastklain, dans le Dict. de dochez.

— ETYM. Conjouir; provenç. conjoissensa.

f CONJUGABLE (kon-ju-ga-bl'), adj. Terme de grammaire. Qui peut être conjugué.

— ÊTYM. Conjuguer.

CONJUGAISON (kon-ju-ghè-zon), s. f. || 1* Terme de grammaire. On appelle ainsi la suite bien ordonnée des formes d'un verbe aux trois personnes du singulier et du pluriel dans tous les temps et dans tous les modes. || Conjugaison simple, c'est celle de nos verbes ordinaires, y compris les temps composés où entrent les auxiliaires être ou avoir. || Conjugaison composée, celle où les temps ne sont jamais exprimés en un seul mot. On l'appelle selon le cas passive, réfléchie, interrogathe , négative, etc. || Conjugaison passive, celle qui se forme avec le verbe être et le participe. || Conjugaison réfléchie, celle où le verbe est précédé d'un pronom complément, comme je me plains. || Classes où l'on fait rentrer les verbes dont les terminaisons paraissent avoir beaucoup d'analogie. Il y a en latin quatre conjugaisons. On dit aussi qu'il y a en français quatre conjugaisons que l'on distingue par la terminaison des infinitifs : en er, en oit, en re et en ir. || 2° Terme d'anatomie. Conjugaison de nerfs, paire de nerf». Peu usité présentement en ce sens. || Trous

CON

de conjugaison, ouvertures arrondies que forment, en se réunissant deux à deux, les échancrures des apophyses transverses des vertèbres, et qui donnent passage aux nerfs spinaux.

— REM. La première conjugaison en er reproduit la finale latine are : amare, aimer. La seconde en ot'r reproduit la finale ire, habêre, avoir, dolêre, douloir, et, par changement d'accent, recipêre au lieu àerecipére, recevoir (l'ancienne forme correcte était reçoivre). La troisième en re reproduit la finale latine ère, prendère, prendre. La quatrième en ir reproduit la finale latine «re, audîre, ouir, mentïri, mentir, partlre, partir; mais elle tient aussi la place de la finale escere dans florescerc, fleurir; ce qui établit une très-grande différence dans la conjugaison; car la plupart des verbes qui appartiennent à la finale ire sont dits irréguliers, mais ils ne font pas autre chose que se conjuguer d'après l'accent latin, méntior, je ments, pàrlior, je pars, etc.; ceux qui appartiennent à la finale escere, soit réellement comme fleurir , soit par assimilation fautive comme finir, sont dits réguliers, mais ils ne font non plus que se conjuguer d'après l'accent latin qui, naturellement, est placé d'autre façon : florésco, je fleuris, gemisco, je gémis, etc. Les grammairiens français, faute de faire attention à l'accent latin, n'ont pas conçu la distinction de ces deux finales ou conjugaisons, et ont dit réguliers les verbes de la seconde catégorie et irréguliers les verbes de la première.

— HIST. xvi* s. Le gouster est fait à la langue bien disposée, par le bénéfice du nerf venant de la troisiesme et quatriesme conjugation des nerfs du cerveau, paré, Introd. 9. Des nerfs de la 3* et 4* conjugaison, m. I, t4. Des sept conjugaisons, paires ou couples de nerfs du cerveau, ainsi appelés pour ce qu'ils sont tousjours deux à deux, id. m, 8. La conjugaison est divisée vulgairement en quatre espèces par les terminaisons du présent infini, ramus, dans livet, Gramm. au xvi* siècle, p. 206.

— ÉTYM. Provenç. conjugatio, conjugaio; espagn. conjugation; ital. conjugasione ; du latin conjugationetn , de conjugare (voy. conjuguer).

CONJUGAL, ALE (kon-ju-gal, ga-1'), adj. Qui tient à l'union entre le mari et la femme. Les liens conjugaux. D'un lien conjugal joindre ces deux amants, C'est briser tous mes fers et finir mes tourments, corn. Cid, i, 6. S'il y daigne écouter un amour conjugal.... id. Poly. iv, 3. Recevez de ma main la coupe nuptiale, Pour être après unis sous la foi conjugale, id. Roilog. v, 3. Vous pouviez l'assurer de la foi conjugale, rac. Baj. in, 4. On affranchit Néron de la foi conjugale, id. Brit. m, 3.

— ETYM. Provenç. et espagn. conyugal; ital. congiugale ; du latin conjugalis, de cum, et jugum, union , proprement joug (voy. joug).

CONJUGALEMENT (kon-ju-ga-le-man), adv. Selon l'union qui existe entre le mari et la femme.

— hist. xvi* s. Que l'ame l'assiste et favorise [le corps], et ne refuse point de participer à ses naturels plaisirs et de s'y complaire conjugalement,

— ETYM. Conjugale, et le suffixe ment.

fCONJUGATIF, IVE (kon-ju-ga-tif, ti-v') , adj.

Terme de grammaire. Qui a rapport à la conjugaison.

— ÉTYM. Conjugué.

CONJUGUÉ, ÉE (kon-ju-ghé, ghée), part, passé. || 1° Terme de gravure. Réuni. Pierres conjuguées, pierres gravées où les tètes sont représentées sur le même profil.|| Terme de géométrie. Diamètres conjugués, diamètres liés l'un à l'autre par une relation, telle que chacun divise en deux parties égales les cordes parallèles à l'autre. Quelles courbes ont des points conjugués ? j. j. Rousseau, Science, 2. || Axe conjugué, le petit axe d'une ellipse. || Terme de botanique. Feuilles conjuguées, feuilles composées, dont les folioles sont disposées par paires, des deux côtés du pétiole. || Terme de physique. Foyers conjugués, foyers d'un système de deux miroirs ou de deux lentilles, disposés de manière que les rayons qui partent de l'un arrivent à l'autre. || Terme de mécanique. Deux machines à vapeur sont dites conjuguées , lorsqu'elles sont installées pour concourir au même but par leur puissance simultanée. || Terme de chimie. Acide conjugué, acide que l'on considère comme formé de deux ou plusieurs autres, en proportions définies. L'acide citrique est dit acide conjugué, c'est-à-dire composé de ) équivalent d'acide acétique, et de i équivalent d'acide tartrique. || i* Terme de grammaire. Qui a reçu les flexions de la conjugaison. Les verbes conjugués suivant la troisième conjugaison. || Les conjugués, les motsti-

CON

rês de la même souche exprimant une idée semblable, par exemple: aimer, aimons, aimable, amour. CONJUGUER (kon-ju-ghé), v. a. || i* Unir. Peu usité en ce sens. || 2° Terme de grammaire. Assembler dans un ordre déterminé les différentes inflexions ou terminaisons des modes, des temps, des personnes et des nombres d'un verbe. Conjuguer un verbe. || Absolument. Savoir conjuguer. || 3° S'unir. L'astre du jour répand sur tous les mondes d'autres concerts do lumières.... en se conjuguant avec d'autres Phébés, bern. de st-p. Jfort de Socrate. || 4° Se conjuguer, v. réfl. Être conjugué. Ce verbe se conjugue comme ou sur tel autre , avec l'auxiliaire être ou ouoi'r.

— ÉTYM. Lat. conjugare, réunir ensemble, de cum, el jugum, union, proprement jougfvoy. joug). En termes de grammaire, conjuguer un verbe, c'est «n réunir toutes les formes dans un arrangement déterminé.

t CONJUNGO (kon-jon-go), t. m. Mot qui se dit par plaisanterie pour la formule du mariage. Prononcer le conjungo. || Le mariage lui-même.... Hâtez le conjungo; Tous deux, jeunes, bien faits, vous vivrez à gogo, boursault, dans le Dict. de dociiez.

— ÉTYM. Latin conjungo, je conjoins (voy. conjoindre ).

CONJURATEUR (kon-ju-ra-teur) , s. m. || 1* Celui qui forme, dirige une conjuration. || Vaugelasdaosses Remarques , a condamné conjurateur en ce sens : « Ce qui a trompé ceux qui ont dit les premiers conjurateur, c'est que, la terminaison en étant active et celle de conjuré passive, ils ont cru que le nom verbal qui avait la terminaisou devait être employé pour exprimer une action. » Le fait est qu'aujourd'hui conjuré a complètement banni conjurateur de l'usage. || 2" Magicien qui prétendait conjurer les démons et les tempêtes. Dès l'heure même on vous met en présence Notre démon et son conjurateur, la font. Belph. || 3° Celui qui, chez les anciens Germains, attestait sous serment avec d'autres la vérité de l'allégation d'une des parties. Prouver, se purger par conjurateurs. Il y avait habituellement douze conjurateurs.

— HIST. xvi* s. Les conjurateurs ayant descouvert que.... CARL. IX, 35.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. canjurador ; ital. congiuratore ; du latin oonjurare, conjurer.

CONJURATION (kon-ju-ra-sion; en poésie , de cinq syllabes) , s. f. || 1° Complot contre le prince ou l'État. Elle accusa Narbal d'être entré dans une conjuration contre Pygmalion, fén. Tél. vin. Dites que tout cela ne se fit pas à l'instigation de la Renaudie en suite des résolutions de cette assemblée; dites encore que la Renaudie, huguenot lui-même, ne fut pas établi par les huguenots et par leur chef pour être le conducteur de la conjuration d'Amboise, qui éclata quelques mois après, boss. Variai. Défense, t" discours, § ta. || 2° Par extension, ligue, cabale. Comment résister à une si forte et si générale conjuration ? On n'aurait encore obtenu qu'une partie de ce qu'on peut espérer d'une conjuration d'hommes éclairés en faveur du progrès des sciences, condorcet, sur l'Atlantide. |j 8* En langage ecclésiastique, exorcisme ou cérémonie pour chasser l'esprit malin et d'autres choses nuisibles. || 4* Paroles de sortilège. Le magicien commença ses conjurations. Platof [général des cosaques] a dit luimême qu'à cette affaire un officier fut blessé près de lui , ce qui le surprit peu; mais qu'il n'en fit pas moins fustiger devant tous ses cosaques le sorcier qui l'accompagnait, l'accusant hautement de paresse pour n'avoir pas détourné les balles par ses conjurations, comme il en était expressément chargé, ségur, Hist. de Nap. vu, 6. || 5° Au pluriel , prières instantes, avec protestations, promesses. Ses sanglots et ses conjurations ne purent le fléchir. || 6° À Rome, serment de mourir pour la patrie, que prêtait solennellement le peuple assemblé.

— HIST. xii* s. E cume Absalon fist le sacrefise, ces ki od lui furent firent cunjureisun encuntre David, Rois, 474. Pur ço que vus avez fait cunjureisun encuntra mei, e nuls n'est ki rien me vuille acuinter, ib. 86. || xv° s. Pour aucunes conspirations, monopoles et conjuroisons longtemps apensées et contrepensées, du cange, appensatus. || xvi* s. Pompeius eut recours à l'amitié, ou, pour parler plus rondement, à la conspiration et conjuration de Crassus et de Caesar, amyot, Lucul. 86.

— ÉTYM. Provenç. conjuration; espagn. conjuration; ital. congiurasione ; du latin conjurationem , de conjurare , conjurer. La formation régulière est conjuraison ou conjuroison, comme dans les plus anciens textes, la finale latine atio se changeant en aison ou oison, comme dans oraison, raison, etc.

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L'ancien français avait aussi conjur et conjurement.

t CONJURE (kon-ju-r'), s. f. Terme de coutume. Semonce et conjure, invitation adressée par le seigneur féodal aux femlataires ou censiers, afin que ceux-ci vinssent juger une affaire qui était de leur compétence.

CONJURÉ, ÉE (kon-ju-ré, rée), part, passé. || 1" Qui prend part à un complot. Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses fondements encor mal assurés, corK Ilor. iv, 6. Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus conjuré contre elle, et plus craint qu'Annibal, rac. Mithr. m, t. Tous les Grecs conjurés fondaient sur un rebelle, m. Androm. n, 6. Ils virent les rois conjurés contre eux, boss. Hist. n, 6. Les démons conjurés à notre ruine, in. Démons, 4. || S. m. Je fais d'Héraclius un chef de conjurés, corn. Héracl. il; 7. Et tous vos conjurés deviendraient ses amis, id. Cinna, m, 4. Et que vos conjurés entendent publier Qu'Auguste a tout appris et veut toutoubiier, id. t'6. v, :t. jl 2" Kxorcisé. Les démons conjurés par le prêtre. || 3° Détourné par des conjurations magiques ou de toute autre façon. L'orage conjuré. || 4° Supplié. Coriolan conjuré par sa mère de ne pas aller plus avant.

CONJURER (kon-ju-ré), v. n. || 1" Projeter par complot, par ligue. Les Juifs virent mille fois.... tout l'univers conjurer leur ruine, mass. Car. Vérité de la religion. Dès qu'ils se sentirent de la force, on a vu qu'ils conjurèrent sa perte, et que ce fut de l'avis de leurs docteurs, boss. Variât, x. Mille embûches toujours certaines Semblent conjurer vos malheurs, j.b.rouss. Cantate, (4. || V.n. Les ennemis de Rome conjuraient contre elle, ou elle conjurait contre ses ennemis. Cet ambitieux était toujours prêt à conjurer, Dict. de l'Acad. La France et l'Espagne, par manière de dire, sont conjurées contre lui seul, voit. Letl. 74. || Par extension. Conjurer contre quelqu'un, se concerter avec d'autres contre les intérêts de quelqu'un. Le monde entier conjure contre eux, et ils sont plus forts que le monde, mass. Confér. Zèle contre les scandales. || 2° V. a. Exorciser. L'on ne voyait que des prêtres qui conjuraient des démons, volt. Louis XIV, 2. || 3* Détourner soit par des cérémonies religieuses soit par des pratiques magiques. Va porter tes présents aux autelsdes Furies, Conjure leurs serpents prêts à te déchirer, volt. Œdipe, iv, t. Tout le peuple avec lui, conduit par le grand prêtre, Vientdes dieux irrités conjurer les rigueurs, id. ib. i, t. Cet airain résonnant qui, balancé dant l'air, Intercédait le ciel et conjurait l'orage, masson, Helvélims , v. Des prières.... Pour conjurer des sorcière. L'œil malfaisant tourné vers nous, bêrang. Chev. et lait. Un homme enfin sort de nos rangs; Il dit : je suis le dieu du monde. L'on voit soudain les rois errants Conjurer sa foudre qui gronde, ro. Ch. d'asile. || Fig. Conjurer l'orage, détourner un péril, un malheur qui menace. C'est loin d'ici qu'il faut conjurer un orage, volt. Sémir. m, 1. Quand par des soins prudents j'ai conjuré l'orage, id. Triumr. i, 4. |j On dit dans le même sens conjurer la colère céleste. 11 ne put conjurer sa destinée. || 4° Prier avec beaucoup d'instance. Je l'eusse conjuré de se donner la vie, corn, l'omp. in, 4. Pour la dernière fois, ingrat, je t'en conjure, id. Hor. v, 3. Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours. rac. Eslh. m, 4. Elle me conjurait de me donner à vous, id. Baj. v, 4. J'ose vous conjurer de ne vous perdre pas, th. corn. Essex, m, 2. Sa mère.... ta conjure en tremblant de presser son départ, volt. Uariamne, m, 1. 1| 5* Terme de féodalité. Adresser à ses vassaux l'invitation dite semonce et conjure. || 6" Se conjurer, se liguer. Les deux partis se conjurèrent pour renverser sa puissance.

— REM. Conjurer, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand on veut marquer l'action : ces deux puissances ont conjuré ds le perdre ; avec l'auxiliaire être, quand on veut marquer l'état : ces deux puissances sont conjurées contre lui.

— hist. xii* s. Lores conjurad Salll le pople, quo tant n'entendissent à mangier, cume sei de lur ene-

mis vengier, Bois. 48. ||xm's illui ademandô

S'ele estoit de par Dieu, moût l'en a conjuré, Berte, xlv. Ge te conjur, se tu es tex [tel] Que tu doies parler à gent, Parole à moi isnelement, Ren. 24802. Cil qui lesdeus arbres plantèrent, Trestos les diex en conjurèrent, FI. et Bl. 627. Et lors le seignor deit mander deus ou trois de ses homes ce enquerre, et les deit conjurer, par la fei que il U deivent, que il enquierent, Ass. de J. toi. 0 lu, Il miens puepies, oies moi, et je te conjureré que tu soies mes feels, Psautier, f* »9. || xiv s. Tout celui temps il emploierent en conseillant avecques les conjuriez,

bercheure, f* 28 , terso. || xvi" s. Il attira aucuns de ses compagnons à conjurer avec lui contre es capitaine. Si furent seize conjurez en tout, amyot, Citnon, 2. Il y avoit un temple où l'on conjurait les âmes des trespassez, m. ib. )t. Je vous supplie et conjure, que vous me tuez vous mesme en ce lieu, m. Eumènes, 36. 0 Grecs, qui plus de maux vous procurez, Qu'onoques n'ont fait barbares conjurez, id. Agésil. 23. Conjurant et conjoignant de nouveau les Estats de France avec le roi, tous les prétextes de la Ligue estoient esteints, d'aub. llist. n, 469. Il sembloit que toute la chrestienté est conjurée à sa ruine, carl. i, 43. Ceux qui ont esmeu cesto guerre civile, ont conjuré de troubler la tranquillité du royaume , condé, Mémoires, p. 866. Car amour, Dieu, beauté ne sont ensemble qu'un; Qui contre l'un des trois conjure une querelle, Celuy-là des géants l'audace renouvelle, Digne que son destin avec eux soit commun , am. jamin , Poésies, p. 89, dans lacurne. Mes tentations sont si cassées et mortifiées qu'elles ne veulent pas qu'elle [la raison] s'y oppose ; tendant seulement les mains au devant, je les conjure [écarte], mont, m, 272.

— ÉTYM. Provenç. et espagn. conjurar; ital. congiurare; du latin conjurare, de cum, et jurare, jurer.

t CONJCREUR (kon-ju-reur), s. m. Celui qui fait des exorcismes ou des conjurations. Portier, lecteur, conjureur, acolythe, volt. Dial. 27.

— ÉTYM. Conjurer.

f CONNAISSABLE (ko-nê-sa-bP), adj. Qui peut être connu. Le cardinal n'est pas connaissable, sév. 202. L'Etre suprême, que je conçois comme l'être absolument infini, la substance douée d'une infinité d'attributs, ou plutôt connaissable par une infinité de propriétés, dont chacune exprime infiniment son essence éternelle et infinie , boullainvilliers, Réfut. de Spinosa, p. 36.

— Hisr. xiv* s. Chose congnoissable , oresme, Thèse de meunier. || xv' s. Si fut mis ens [Jacques Lambe, assassin d'Yvain de Galles] et recueilli des gardes, car il s'en fit connoissable [il s'en fit reconnaître], PROISS. II, II, 30.

— êtym. Connaître.

CONNAISSANCE (ko-nê-san-s') , s. f. || 1* État do l'esprit de celui qui connaît et discerne. La connaissance de Dieu. La connaissance du bien et du mal. La connaissance du cœur humain. Ce guide a la connaissance de la montagne. Qu'est-ce que Jupiter [planète] 1 On corps sans connaissance, la pont. Fabl. vm, )6. Il n'est pas question ici de savoir si les bêtes ont de la connaissance, fên. Exist. xxm. Les vaisseaux des Phéaciens ont de la connaissance comme les hommes et savent le chemin des villes, id. t. xxi, p. 387. Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne point à aimer et se trahit elle-même ! boss. Connaiss. iv, io. Oui se connaît soi-même en a l'âme peu vaine; Sa propre connaissance en met bien bas le prix, corn. Imitation, i, 2. || Être en âge de connaissance, dans l'âge où l'on agit avec discernement. Elle eut de la faveur, dès qu'elle eut de la connaissance , fléch. Panég. n, p. 224. || X ma connaissance, de ma connaissance, c'est-à-dire je sais que. À ma connaissance, il possède au moins dix mille livres de rente. || Avoir connaissance de, connaître, savoir, être au courant de. Il eut de nos desseins si claire connaissance, Régnier, Sat. iv. Ce fanfaron chez elle eut de moi connaissance, id. Sat. vin. Madame, pour le moins, vous avez connaissance De l'auteur de ce bruit, corn. Uér. n, 8. Ceux qui n'ont aucune connaissance de cet auteur, pasc. Prov. )7. Si vous aviez la connaissance des choses qui se sont passées, id. Prov. 2. Avez-vous de son coeur si peu de connaissance? rac. Phèd. v, 3. || Avoir connaissance de, avoir des nouvelles de, des renseignements.... Je suis, dit-on, un orphelin Entre les bras de Dieu jeté dis ma naissance, Et qui de ses parents n'eut jamais connaissance , bac. Âthal. n, 7. Je n'ai de tout mon sort que cette connaissance, id. Iphig. il , ). Hélas! De mes enfants auriez-vous connaissance? volt. Zaïre, u, 3. || Donner connaissance, faire connaître. Et lui-même il en donne assez de connaissance [il fait assez connaître qu'il n'est pas de naissance royale], corn. Don Sanche, iv, t. Nous lui donnâmes une connaissance parfaite de nos desseins, sév. 423. || Venir à la connaissance, être connu par une voie quelconque. Quand il ne vient rien à ma connaissance, sév. 43. Comme il est venu à la connaissance de notre siège apostolique, boss. Uand. || Prendre connaissance d'une chose, l'examiner, s'en faire rendre compte. || Agir, parler en connaissance de cause, avec connaissance decause, c'est-à-dire pertinemment, pourrai-

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sons connues. Que ce soit un jugement rendu avec connaissance de cause, pasc. Prov. (8. M. Turgotest le protecteur de tous les arts, et il l'est en connaissance de cause, vui.ï. Lett. de Lalande, )9déc. «774. || Avoir une grande connaissance des affaires, y être très-habile. || Avoir une grande connaissance des tableaux, des livres, se connaître très-bien en tableaux, en livres. || 2° Etat de celui qui se connaît lui-même, quia le sentiment de son existence. Quoique voisin de l'agonie, il avait toute sa connaissance. Etre sans connaissance, être privé de sentiment. Perdre connaissance, perdre le sentiment. Reprendre connaissance, sortir d'un évanouissement, d'un état de coma, d'un état de délire. On l'emporta dans sa tente plus mort que vif, ayant perdu toute connaissance, vaugel. Q.C. liv. m, ch. 6. Elle n'est pas encore morte, mais elle n'a aucune connaissance, sév. (16. Jl fut trois heures sans connaissance, id. 47). St Ambroise avait perdu la connaissance quand son confrère lui apporta la communion, boss. Déf. comm. La foule s'agite, on m'emporte sans connaissance, chateaob. René, 209. || 3° Terme de procédure. Droit de connaître et de j uger. La connaissance de ce crime appartient à tel tribunal. François I" ôta au parlement la connaissance de ce qui concerne les évêchés , volt. Mœurs, )38. || 4° Terme de marine. On a connaissance des côtes par les divers signes qui s'y rencontrent, la couleur et hauteur des terres, caps et montagnes, nature du fond, herbes, poissons et oiseaux qu'on y rencontre. Le soir, nous eûmes, comme disent les marins, connaissance de quelques palmiers, chateaub. Itin. ni, 69. || Avoir connaissance d'un navire, l'apercevoir en mer de la côte sur laquelle on est. || Connaissance des temps, almanach nautique publié depuis )679 par le Bureau des longitudes. |] 5° Au plur. Lumières acquises, savoir, érudition sur divers sujets. Il a, il possède des connaissances très- variées. Les connaissances humaines. Dans l'état actuel de nos connaissances. Il favorise en roi ces hautes connaissances, la font. Fabl. vu , ) 8. Attribuer aux anciens des connaissances astronomiques dont ils n'ont jamais eu que des soupçons très-vagues, volt. Lett. de Lalande, 6 fév. )775. Il avait un esprit trop juste pour ne pas voir l'inutilité, le ridicule ou même le danger des demi-connaissances, condorcet, Maurepas. || 6° Liaison qui se fait entre des personnes qui se voient, qui se fréquentent. La postérité saura que cette considération m'obligea premièrement de rechercher votre connaissance, balz. liv. i, lett. 6. Je voudrais l'accoster.... Et tâcher de lier avec lui connaissance, mol. Éc. des mar. i, 6. || Faire connaissance avec quelqu'un, ou faire la connaissance de quelqu'un, nouer avec lui quelque liaison. Hél Ditesmoi un peu, s'il vous plaît : combien aviez-vous d'années lorsque nous fîmes connaissance? mol. Mar. forcé, se. 2. || Gens de connaissance, gens que l'on connaît ou qui se connaissent entre eux. Le grand bien que voici pour des gens de ma connaissance, pasc. Prov. 4. Trouve-t-on ici des gens de connaissance? sév. 85. Elle a trouvé beaucoup de gens de sa connaissance, id. )32. C'est beaucoup tirer de notre ami, si, ayant monté à une grande faveur, il est encore un homme de notre connaissance, la bruy. vm. || Une figure de connaissance, une personne que l'on connaît. || Il n'y avait personne de connaissance au bal, à la promenade, il n'y avait aucune de ces personnes qui sont généralement connues dans le monde. || Etre en connaissance avec quelqu'un, avoir des relations avec lut. Il y a dix ans que je suis en connaissance avec cette famille. || Renouveler connaissance avec quelqu'un, reprendre avec lui une liaison qui avait été interrompue. Et fig. Il y a trois mois que je suis dans mon lit, et sans vous je n'aurais renouvelé connaissance avec aucune planète, volt. Lett. de Lalande, 6 fév. (775. || Personne avec qui on a ce genre de liaison. De vieilles connaissances. Dans le monde, on a beaucoup de connaissances et peu d'amis. Deux ou trois des connaissances qu'il s'était faites à la chasse, hamilt. Gramm. 4. Le maître de la poste était son ancienne connaissance, id. Gramm. H. C'est une de mes anciennes connaissances que je voulus renouveler exprès, pasc. Prov. 6. Le vrai objet est de se faire des connaissances et des amis, boss. Lett. quiét. 8). || On dit qu'un homme est en pays de connaissance, pour signifier qu'il est en un lieu où il a des connaissances, et fig. qu'il a à traiter des matières qui lui sont familières. Quand on parle à un géomètre de figures, il dit qu'il est en pays de connaissance. Tant qu'il se raen pays de connaissance, boss. Lett. quiét. )85. || 7° Terme de vénerie. Marques, traces du pied de la bête, au moyen des-

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quelles on reconnaît son âge et sa grosseur, etc. Des pinces de son cerf et do ses connaissances, mol. Fâcheux, n, 7. || Ce chien a connaissance de quelque chose, se dit quand un chien, mettant lo nez en terre, se réjouit. || Avoir connaissance, se dit quand on revoit du cerf qui va de bon temps, sans que les voies, trop vieilles, permettent au chien de se rabattre.|| 8* Terme de théologie. Connaissance charnelle, cohabitation de l'homme et de la femme. || 9° Populairement, maltresse, bonne amie. Avoir, faire une connaissance. Il est allé dîner avec sa connaissance.

— REM. Elle resta longtemps sans connaissance; à peine l'eut-elle reprise.... j. j. rouss. Hél. vi, 9. La règle est qu'à un mot pris sans article on ne fait pas rapporter les pronoms relatifs ou les pronoms tels que il, elle, lui, etc. Pourtant Jullien, Gramm. p. 249, pense que la phrase de Rousseau peut être admise, remarquant qu'aucun principe logique ne s'y oppose et qu'ici il n'en résulte pas d'obscurité.

— HIST. xi* s. Escuz [ils] ont gens [beauxj de moultescunoisances [armoiries], Ch. de Ko!, ccxxm. Chrestienne [elle] est par veire conoisance , ib. ccxcii. || xn* s. Dix mille [ils] sont à une conoisance [blason], Jlonc. p. «34. Connoissez, dame, au viz et à la chère, Que je n'os [ose] mon voloir Dire por parcevoir [parce qu'on s'en apercevrait] ; Mais bone dame doit savoir Conoissance et merci avoir, Couci, xviii. || xiii* s. Qui là fust à cel point, assés peust veoir banieres et escus de diverses connissances, et desus toutes Pensegne impérial, h. de valenc. vi. Vos n'estes mie nez de France, Ne de la nostre connoissance, Ren. 42H2. Ceste fortuno que j'ai dite, Quant avec les hommes habite, Ele troble lor congnoissance , Et les norrist en ignorance, la Rose, 4907. Le sen de droit est de savoir ou avoir les quenoissences des choses dou ciel et de terre, et de tort et de droit, Liv. de just. 3. Quant connissance est fête en cort, on ne pot pas fere niance de ce qu'on a reconnut, beaum. vu, )2. || xiv* s. Et encor est il plus convenable à celui qui veult savoir politiques que il ait connoissance de Pâme, oresme, Eth. 29. ||xv*s. Le roi d'Angleterre qui là estoit sans la connoissance de ses ennemis, froiss. i, i, 328. 11 est venu à nostre congnoissance que nostre cousin le duc de Bourgongne ha naguieres escript, juvén. Charles VF, )4)3. Et prenoiton argent des subjets, sans les ouyr en congnoissance de cause, id. ib. U09. Toutefois il fut assez bien apaisé par aucuns cardinaux ses amis et de sa connoissance, monstrel. lia. i, eh. 65. Si ai-je eu autant de congnoissance des grands princes que nul homme, comm. Prcl. S'il est en moi de vous faire autant de service, pensez que j'aurai connoissance [reconnaissance] de la courtoisie, louis xi, Nouv. xxxvii. || xvi* s. La cognoissance de la plupart des choses, mont, i, 20t. Les choses qui sont à nostre cognoissance les plus grandes, id. ib. Les hommes qui perscrutent immoderéement les cognoissances qui ne sont de leur appartenance, id. m, 278. Tuer un homme sans cognoissance de cause, id. m, (95. Hz n'avoient pas grand sentiment ny gueres de cognoissances de leur calamité pour le bas aago auquel Hz estoient, amyot, P. Mm. 66.

— ÉTYM. Connaissant; bourguig. queneussance ; provenç. conoissensa, conoichenssa; catal. conexensa; anc. espagn. conocencia; ital. conoscenza. Pa'.sgrave, p. 57, qui écrit cognoisance, dit qu'on prononce conoisance.

CONNAISSANT, ANTE (ko-nê-san, san-t'), adj. || i" Qui connaît. Mme la Palatine, quoique trèsconnaissante de cette cour [de France] , en fut surprise au dernier point, retz, iv, 2)6. Il y a des êtres connaissants qui ne peuvent être précisément déterminés par leurs objets, mais qui doivent s'y porter par leur propre choix, boss. Libre arb. 2. La comtesse de Maure avait de l'esprit infiniment, un esprit capable, instruit, connaissant et extraordinaire en toute chose, tallemant, Uist. t. m, p. 266. L'être sensible et connaissant, c'est-à-dire l'individu humain, boullainvilliers, Réfut.de Spinosa, p. 26). || 2° Terme de pratique. Gens à ce connaissants, gens qui se connaissent à la chose dont il s'agit.

CONNAISSEMENT (ko-nê-se-man), s. m. Terme de commerce maritime. Acte, entre l'armateur et le capitaine, qui constate le chargement des marchandises sur un navire et les conditions du transport. On fait trois copies du connaissement, l'une pour le marchand chargeur, l'autre pour le capitaine, l'autre pour le destinataire. Vendre sur facture ou connaissement. J'ai reçu les connaissements des trois bâtiments que vous avez fait charger pour

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Brest et Bochefort, des marchandises et munitions du Nivernais, Lettre de Colbert d de Varaignes, dans jal.

— HIST. xv s. Adonc se retirèrent à part les deux compaignons, par devers leurs amyes, où la feste etlecongnoissement [caresses d'amis qui se revoient] fut grand, Perceforest, t. vi, f° 93.

— ÊTYM. Connaître; provenç. conoitsimen; catal. conexement; espagn. conocimiento ; ital. conoscimcnto.

CONNAISSEUR, EOSE(ko-nê-seur, seû-z'), t. m. et f. || 1" Celui, celle qui se connaît à quelque chose. Une dispute élevée entre nous Sur ce problème, attendait la sentence D'un connaisseur, d'un juge tel que vous, malfil. Narcisse, ch. m. Je voudrais que vous eussiez entendu tout ce qu'il nous a dit de la beauté de sa compagnie, ces hommes faits exprès et choisis par vous qui êtes la bonne connaisseuse, ces chevaux jetés dans le même moule, sév. 602. Votre femme fait la connaisseuse, id. 349. Il y en a tel dont il ne faut que la seule fréquentation pour vous donner bruit de connaisseuse, mol. Préc. 10. Il est vrai qu'elle [la pièce] n'est pas approuvée par les connaisseurs, mol. Critique, 7. La plupart des connaisseurs demeurent d'accord de cela, rac. Brt'l. Préface. Et sur le mérite et les mœurs On pourrait défier les plus fins connaisseurs De vous souhaiter quelque chose, DESHOULiÊRES,dans richelet.|| Adj. 11 portaunœilconnaisseiirsurcestableaux.ll 2°Tenne qui s'est introduit dans les beaux-arts, pour signifier celui qui juge de leurs productions avec une connaissance parfaite. C'est alors un connaisseur équitable qui se promène dans une galerie de peinture, dider. Essai sur la vertu. || En ce sens, P. L. Courier a dit connaisseur en pariant d'une femme : Mme Pepe veut passer pour connaisseur en peinture et en musique, Lett. I, 29. Mais cela ne vaut rien, et il faut dire connaisseuse. || 3" Terme de chasse. Se dit d'un veneur qui juge bien le cerf au bois et qui le reconnaît par le pied.

— HIST. xia' s. Cil baillis qui loa celé élection fut quenesseor ou elliseor, Liv. de jusl. 42. || xv* s. Ce duc Charles estoit de long souvenir et de longue retenance, connaisseur d'amis et d'ennemis pour rendre en temps, g. chastelain, dans le Dict. de dociiez. !| xvi* s. Et pour tromper l'ennui des civiles fureurs, [Charles IX] Aima chiens et chevaux, cognoisseurs et coureurs, Rons. 656.

— ÉTYM. Connaître; provenç. conoissere , conoissedor; espagn. conocedor; ital. conoscilore. Le provençal conoissere est le nominatif, conoisscdor, le régime; le vieux français a eu de même conoissere et conoisseor , bien que nos exemples ne nous donnent pas ces deux cas.

CONNAÎTRE (ko-nê-tr") , je connais, tu connais, il connaît, nous connaissons; je connaissais; je connus, nous connûmes; je connaîtrai; connais, connaissons; que je connaisse, que nous connaissions; que je connusse, que nous connussions; connaissant; connu, v. a. || 1° Savoir ce qu'estime personne ou une chose. Le loup qui la connaît, malin et défiant, Régnier, Sot. ut. Si vous m'aviez connu, vous l'auriez su prévoir, cokn. Sertor. v, 6. Après qu'on eut bien contesté, Répliqué, crié, tempêté. Le juge, instruit de leur malice, Leur dit : Je vous connais de longtemps, mes amis, la font. Fab. n, 3. Elle confesse humblement que, de ce jour seulement, elle commence à connaître Dieu, n'appelant pas le connaître que de regarder encore tant soit pou le monde, boss. Duch. d'Orl. Heureuse de connaître et d'aimer celui qui se connaît et s'aime éternellement [Dieu], l'âme a voulu, comme lui, faire ellemême sa félicité, boss. la VaUière Pour un enfant qu'ils no connaissent pas, rac. Athal. m, 3. Nourri dans le sérail, j'en connais les détours, m. Baj. iv, 7. Ne connaissez-vous pas la voix de votre époux? rac. Esth. il, 7. Si, dès mes premiers ans, heurtant tous les mortels, L'encre a toujours pour moi coulé sur tes autels [de la chicane], Daigne encor me connaître en ma saison dernière, boil. Lulr. v. Je lui dirais bientôt : je connais tous vos pères, Je sais qu'ils ont brillé dans ce fameux combat Où sous l'un des Valois Enghien sauva l'État, boil. Sat. x. Je ne le connais plus que pour votre assassin, rac. Iph. m, 6. 11 devait me connaître, Il devait respecter un cœur tel que le mien, volt. Tancr. iv, 5. Un vieux conteur de voyage, Qui vous dit d'un air ingénu Ce qu'on n'a ni vu ni connu, id. Goût. || Se faire connaître, dire son nom, dire qui on est. Si le mari ne s'était fait connaître, Elle en allait enfiler encor plus, la font. Mari confess. La première fois que je vis M. Rebours, je me fis connaître à lui.... je lui demandai permission de le revoir de

CON

temps en temps, tasc. I.iltre A sa sœur, 26 janv. 1 648, || Se faire connaître, appeler sur soi l'attention, montrer de quoi l'on est capable. Mes pareils à deux fois ne se font point connaître Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître, corn. Cid, h, 2. || Se faire connaître, venir à la connaissance, en parlant des choses. Mais si la vérité par toi se fait connaître, volt. Zaïre, v, 10. || Ne vouloir pas être connu , garder l'incognito. || Familièrement. Ne connaître ni Dieu, ni diable, n'avoir point de religion. || Absolument. 0 âme, vous connaissez et vous aimez, c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que connaissance et qu'amour, boss. la VaUière. || 2° Avoir des relations d'affaires ou de société avec quelqu'un. Connaissez-vous beaucoup de monde en cette ville? || Familièrement. Je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam, je ne le connais aucunement. || Je ne connais autre, c'est l'homme que Je connais le plus. || Ne plus connaître quelqu'un, ne plus vouloir l'aborder ou en être abordé. Il ne méconnaît plus depuis que je suis dans l'adversité. Albe vous a nommé, je ne vous connais plus. — Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue, corn. Hor. n, 3. || 3" Terme de l'Écriture. Connaître une femme, avoir avec elle un commerce charnel. Joseph n'avait point connu Marie quand elle enfanta son fils premier-né , Nouveau Test. St Matthieu, ch. i. Nicoclès faisait gloire de n'avoir jamais connu d'autre femme que la sienne pendant tout le temps de son règne, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. v, p. 456, dans pougens. Adam connut sa femme Eve, qui conçut et enfanta Caïn, volt. Phil. iv, 2). || On dit aussi connaître charnellement. || 4° Savoir, avoir appris, s'apercevoir. Je n'ai pas connu cet accident. Vous connaissez mon malheur, mes peines. Surpris de cette réponse, je connus bien que.... pasc. Prov. t. J'ai connu que notre nature.... m. dans cousin. Ils connaissent que la gloire ne peut s'accorder qu'avec le mérite, boss. Ilist. Préf. Les pilotes connaissaient que l'île était inaccessible, fén. Tél. vu. Je connais que ces mages sont très-utiles, volt. Babouc. || 5° Être devenu habile en. H connaît les mathématiques, le grec, le latin. 11 connaît toutes les ruses du métier. C'est un homme qui connaît bien la guerre. Je ne parle point de ce que je ne connais pas. Racine, c'est-à-dire l'homme qui après Virgile, a le mieux connu l'art des vers, volt. Mariamne,préface. || Familièrement. C'est un homme qui ne connaît rien, c'est un ignorant, il est étranger à tout. || Absolument. S'instruire, s'éclairer. Le désir de connaître. || Terme de manège. Connaître les éperons, les jambes, la bride, etc. se dit d'un cheval qui comprend les divers mouvements de son cavalier. || 6° Discerner. Connaître le bien et le mal. Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche. À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse, mol. Femmes sav. n, 7. || Fig. Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge, rac. Esth. I, 3. || 7° Distinguer, reconnaître. Il me connut à la voix. Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connaîtrais entre mille. Le chien connaît bien son maître. Si c'était lui-même, il pourrait me connaître, corn, le Menteur, m, 3. || Absolument. Votre enfant embellit; elle rit, elle connaît, sêv. Il, || Fig. Je ne le connais plus, ce n'est plus le même homme. Vous avez fait d'idoménée le plus sage des rois, je ne le connais plus ni lui ni son peuple, fên. Tél. xxn. Ami, depuis deux jours je ne la connais plus, rac. Athal. m, 3. || 8° Apprécier, juger. Je vous connaissais mal, corn. Rodog. n , 2. J'ai mal connu César.... id. Pomp. iv, i. Mon bras.... Ingrat, va me punir de l'avoir mal connu, volt. Brutus, iv, 3. J'ai mal connu les dieux; j'ai mal connu les hommes, J'en attendais justice, ils la refusent tous, id. Métope, n, 3. || Connaître son monde, bien juger les gens à qui l'on a affaire. || 9° Admettre. Ils ne connaissent de bonheur que dans la vertu. Mais ici mon pouvoir ne connaît pas le sien, rac. Mithr. i, l. || 10° Ressentir, être sujet à. On ne connaît point l'hiver à la Martinique. Au sortir du berceau, j'ai connu les revers, volt. Tancr. I, 4. Antoine, tu lo sais, ne connaît point l'envie, id. Ifort de Ces. I, i. Les dieux qui vengent le parjure, Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture, id. Mérope, m, 4. || 11° Se soumettre. L'Angleterre ne connaît point la loi salique. Une armée romaine ne connaissait que la discipline. Il connaîtra des supérieurs. Je ne connais de maître que vous. Une liberté qui ne connaît aucune règle, boss. Pensées, 33. || Il ne connaît plus rien, sa passion l'emporte. Quand il s'agit de ses intérêts, il ne connaît ni parents ni amis, il n'a pas plus de considération pour eux

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que s'ils lui étaient étrangers. || 12" Ne connaître que, ne considérer que, tenir exclusivement à. Ne connaître que son devoir, que la règle. Ne connaître que ses intérêts. Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement. || Familièrement. Je ne connais que cela, c'est la seule chose à faire. Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela. || 13° V.n. Terme de procédure. Connaître de, avoir caractère pour juger ou faire des actes d'instruction en certaines causes. Ce tribunal, ce juge connaît des matières civiles, criminelles. Le roi voulut connaître de l'affaire , vaugel. Q. C. liv. x , dans wchelet. Quelque bruit que fît le nonce d'abord , de ce qu'on ne prenait pas des ecclésiastiques pour connaître d'une matière ecclésiastique, pasc. Prov. nx, Lettre d'un avocat à un de ses amis. Ils obtinrent un arrêt du conseil, qui défendit au parlement de connaître de cette affaire, id. ib. Le préteur qui connaissait des crimes dont on l'accusait [Pison], perrot, Tac. 123. || Par extension. S'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxqutls il appartient naturellement d'en connaître, pasc Prov. 18. L'autorité y est inutile; la raison seule a lieu d'en connaître, id. Vide. || 14° Se connaître, v. réfl. Savoir qui on est. De tous trois ce désordre en un jour me fait naître Pour me faire mourir enfin sans me connaître, cohn. Héracl. v, 6. De grâce, dites-moi, vous connaissez-vous bien? m. D. Sanche, iv, 3. Vos destins sont comblés, vous allez vous connaître,volt. Œdipe, m, 4. || Fig Si jeune encor

se connaît-il lui-même? D'un regard enchanteur connaît-il le poison? rac. Brit. n, 2. || 15° Se connaître, avoir la connaissance de ce qu'on est, de ses penchants, de ses forces. Connais-toi toi-même. Sous lui [Louis XIV] la France apprit à se connaître; elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas, boss. Marie-Thér. Je crains de me connaître en l'état où je suis; De tout ce que tu vois, tâche de ne rien croire; Crois que je n'aime plus: vante-moi ma victoire, rac. Andr. n, I. Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière, volt. Ali. v, 7. || Ce malade ne se connaît plus, il n'a plus sa connaissance. || Ne plus se connaître, être hors , de soi, s'abandonner sans frein à son emportement. Guide-moi, Dieu puissant, je ne me connais pas, volt. Zaïre, v, 10. Alors cette femme ne se connaît plus; elle se répand en invectives, en menaces, dider. Ess. s. Claude. || Ne pas se connaître, méconnaître sa condition, élever trop haut ses visées. Martian se connaîtrait si peu Que d'oser... corn. Othon, iv, 1. 1] 16° Se connaître, être de connaissance, être lié. Ils se connaissent l'un l'autre depuis longtemps. || Fig. Adieu, monde fuyant, nature, humanité, Vaine forme de l'être , ombre d'un météore , Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore, lamart. Harm. iv, II. || 17° Se connaître à ou en, pouvoir bien juger d'une matière. Il se connaît en livres, eu tableaux. Je vois bien que je ne me connais guère en péché, pasc. Prov. 9. Je ne me connais pas trop mal en amitié, sév. .").... Je suis quelque peu du métier, A me devoir connaître en un pareil gibier, mol. l'É'.our. m, 2. Jupiter qui sans doute en plaisirs se connaît, id. Prol. Amph. Ceux qui se connaissent en hommes, fên. Tél. xxn. Les femmes se connaissent plus finement à bien faire les choses, parce que l'avantage de- plaire leur est naturel, le chevalier de mère, dans richelet. La suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu'il ne se connaît pas mieux en morale qu'en christianisme, boss. Variations, x. Le héros [de la satire de Boileau sur la noblesse] était bien choisi et par sa naissance et par sa réputation de se connaître en vers, et par son inclination à favoriser le mérite, fontf.n. Dangeau. Moi, j'en crois ceux qui s'y connaissent. Les anciens -préjugés renaissent, bérang. Vieux habitt. || 18° En parlant des choses, être jugé, apprécié. L'arbre se connaît à ses fruits. || Impersonnellement, il se connaît, on connaît, on voit. Que sa façon est brave et sa mine assurée 1 Qu'elle a fait richement son armure étoffer ! Et qu'il se connaît bien , à la voir si parée, Que tu vas triompher! malh. ii, 12.

— REM. Se connaître à, pour dire être habile dans, ne peut s'expliquer par connaître soi-même. C'est une locution qui a une autre explication; connaître est ici verbe neutre, signifiant être habile, entendu, et le pronom réfléchi y est joint commo dans plusieurs verbes neutres. Voy. au mot apercevoir, Remarque i , où cela est expliqué. On trouve des exemples de se connaître à dès le xin* siècle.

— HIST. xi* s. Si home occit altre et il seit conusaunt.... Lois de Guill. 8. N'est hom qui 1' veit et conuistre le sait, Qui ce ne die, Ch. de Roi. xxxix. Au fier visage [il] le connut veirement, i7>. cxxm.

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fJe"| bien le contiis, gueredon [je] vous en dei, fl>. ccxlviii. L'un conuist l'autre as hautes voiz et claires, ib. eux De vasselage te conoissent ti pair, «6. cclxxxvi. || xn* s. Bien conoisez quels est ses fier talens, Ilone. p. 35. Bien le conuit Rolant li niés [neveu] Charlon As garniments qu'il ot et au dragon, ib. p. 47. En tant estor as esté coneilz, ib. p. 75. De pitié plore li vassaus coneûz [renommé], ib. p. 8*. Et dit au roi : cist cors [ce cor] est conoissanz [se fait connaître], ib. p. 84. Ne coneit il negun home charnel, th. p. oi. S'il ce conoit [avoue] que ci [je] vous oi [ouïs] conter, ib. p. 180. Connissiez [connaissez] donc la folie, Couci, in. Ele voit bien et conoist et entent Qu'il n'en est plus qui si aimt [aime] leaument, ib. v. Et bien [je] connoiz que [je] n'i puis avenir [arriver], t'b. vm. Dont li torz est conneûs et prouvés, ib. xiv. Tel blasme amors qui en toute sa vie Leal amor ne bonne ne connut, quesnes, Romancero, p. 86. Du servir est drois; Maintenir le devons;ce[je]tesmoignetconnois,.S'ai. xvm.... Habraam à qui Deus comanda Que de sa terre eissist; e li bers s'enala, Guerpi ses coiiissanz, sa feme od sei mena, Th. lemart. 65. || xm*s. Mais, espoir [sans doute] , ce m'a grevé Qu'on ne connoit boin servise Tant qu'on ait autre esprouvé, aub. de sezanne. Romancero, p. 127. N'est nus [nul] qui la connoisse, qui forment ne la prise, lierte, vi. Et peut on clairement connoistre leur afaire, ib. lxix. [Je] bien sai que par mes pies conneûes [nous] serons, ib. lxxvii. X ce qu'il a oj, [il] connoist la tricherie, ib. xc. La traïson [elle] connoist [avoue], tout ainsi faitement Comme elle l'arréa, ib. xcv. Ele m'a conneû [avoué] qu'ele est Berte apelée, ib. cxv. Vous ne me cognoissiez? je sui le roi Pépin, ib. cxx. Tantost [elle] connut [reconnut] sa mère, as pies lui est alée, t'b. cxxvi. Li rois regarde et vit Blondiel et pensa cornent il se feroit à lui conoistre, Chr. de Rains, p. 55. Ceus qui connussent [avouent] aussi bien come ceus qui nient, Lit), des mit. p. 13. L'en ne doit pas mètre fil ne coton avecques soie, pour ce que c'est decevance à ceus qui ne s'i connoissent, t'b. 193. X ce sunt cil bien cognoissant Qui vont les dames traïssant, la Rose, 2563. Et se tu es bien congnoissans, Et vois que Diex est tous poissans, ib. 6331 . Je me fais apeler oiseuse, Dist-ele, à tous mes congnoissans; Si sui riche famé et poissans, ib. 583. Acoustumance est trop poissans; Et se bien la sui congnoissans, Mainte chose desplet novele Qui par acoustumance est bêle, ib. 7)78. Je vos connois bien [je reconnais] qu'il a cinq ans que je voz convenenchai à asseïr dix livrées de terre sor mon héritage, beaum. ix, 7. L'uitisme vertu [du bailli] si est que il soit très bien connissans, m. 23. Vous gardez que vous ne faites ne ne dites rien à vostre escient nulle riens, que se tout le monde le savoit, que vous ne peussiez congnoistre, joinv. 194. Il [Dieu] conoist miauz [mieux] les gens que il ne se connoissent, Merlin, f° 71, recto. Maistres, qu'est che cbi qui me lieve? Vous connissiez vous en cest mal? Théâtre français, p. 62. Sires, fait ele, or m'esbahis De ce qu'ainçois ne vos connui, Je vos en ai fait grant ennui; Je me tieng ore molt por foie; Or vous connois à la parole. Fabliaux mss. p. 365, dans lacurne. ||xiv* s. Et pour ce quierent ilz et désirent ilz estre honerez des saiges et entre ceulx de qui il sont congneuz et en bien et en vertu, oresme, Eth. v, 9. Et vous devez faire semblant devant vos gens que vous y congnoissiez et que vous l'avez à cuer, Uénagier, il, 3. || xv* s. Et ne trouvoit on médecin qui se connust en sa maladie, froiss. m, iv, 82. Lesquels ils ne vouloient mie connoistre [faire connattre] à ceux qui leur en demandoient, id. i, i, 63. Je ne me connois mais à l'estat de France, id. Il, il, 22!). Le roi d'Angleterre, qui ouït et entendit messire Godefroy parler, connut assez qu'il disoit vérité, ID. I, I, 272. Et s'ils [les princes] le [un sage homme] connoissent, si ne leur en chaut-il, et départent leur auctorité à ceulx qui plus leur sont agréables, comm. i, 12. Un légat du pape envoyé pour pacifier et pour congnoistre du différent de l'evesque et du peuple, id. H, 10.... Etprint suspection, le regarda au visage et le congneut [reconnut], id. iv, 1. Comment le roy estoit allé en Bourbonnoys, congnoissant que tous les seigneurs du royaulme se declairoient contre luy.... id. i, 2. Il faut que ayez homme qui se congnoisse bien en chevaulx, Jehan de Saintré, ch. 15. || xvi* s. Compte de tes cognoissants [connaissances] combien il en est mort, mont, i, 73. Il avoit cogneu longtemps un marchand à Toulouse, id. i, ioo. Je me cognois assez aux ouvrages d'aultruy, id. m, 34. Ceste prophétie luy defendoit de toucher et cognoistre femme, qu'il ne

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fust de retour à Athènes, amtot, Thés. 4. Il les mesla parmy les autres filles, sans que personne y cogneust rien, id. ib. 27. 11 donna aux nobles la charge de cognoistre des choses appartenantes au faict de la religion, id. ib. 29. Hz lavoient envoyé quérir pour cognoistre, composer et pacifier leurs différents, id. Pélop. 48.

— ÊTYM. Wallon, kinohe; namurois, conoche , conèche; rouchi, conoitre; lîerry, conneûtre, cou- j neutre; bourguig. cônay , connaître, queneussu , connu; provenç. conoscer , conoiscer , conoisser ; catal. conexer; espagn. conocer; portug. conhecer; ■ ital. conoscere; du latin cognoscere, de cum, et gnoscere, connaître (voy. gnose). Le participe coneit * dans l'ancien français suppose un suffixe bas- latin ! ùtus, cogne-utus, italien conosci-ulo, attendu quel dans coneù (dont connu est une contraction), eu j représente deux syllabes. Palsgrave.p. 61 , qui écrit ] je cognois , dit qu'on prononce conoi. L'orthogra- j phe de Voltaire appliquée à ce verbe ne permet plus ; de reconnaître pourquoi il y a un u dans je connus (cognovi) , et elle brise les relations avec les mots j de même origine : nod'on, notoire, etc.

t CONNATUREL, ELLE (kon-na-tu-rèl, rê-P), adj. Terme didactique. Qui est conforme à la nature d'autrui ou d'une autre chose.

— HIST. xiv* s. Delectacions plus connatureles à ; nous. — Chose à la quelle passion est connaturele, oresme, Thèse de meunier.

— ÊTYM. Com, et naturel.

CONNÉ, ÉE (ko-nné. née) , adj. Terme didactique. Qu'on apporte en naissant. Terme rare. || Terme de pathologie. Maladie connée, maladie congénitale. Il Terme de botanique. Feuille connée, celle qui est réunie par sa base avec une semblable qui lui est opposée.

— ÊTYM. Lat. connatus,de cum, avec, et nafus, né.

+ CONNECTER (ko-nnè-kté) , v. a. Terme didactique. Mettre en connexion. || Se connecter, v. réfl. Avoir de la connexilé. Je vous enverrai la traduction du traité de Dieu, de l'âme et du monde par Wolf, dès qu'elle sera achevée ; et je suis sur que la force de l'évidence vous frappera dans toutes les propositions qui se suivent géométriquement et connectent les unes avec les autres comme les anneaux d'une chaîne, Lettre du roi de Prusse à Volt, dans

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