‹ Dictionnaire de la langue française (volume 3)Chapitre 380 sur 403 · NIÈRE · texte numérisé non relu

NIÈRE

t COUSINET (kou-zi-né) , s. m. Un des noms vulgaires de l'airelle myrtille. Voy. coussinet, qui est plus autorisé.

f COUSINETTE (kou-zi-nè-f) s. f. Variété de pomme. Voy. coussinette, qui paraît meilleur.

4. COUSlNIÈRE(kou-zi-niê-r') s.f. Rideau de gaze dont on entoure un lit pour se défendre des cousins. || On dit aujourd'hui plus habituellement moustiquaire.

— ÉTYM. Cousin 2.

f 2. COUSINIËRE (kou-zi-niê-r'), ». f. Parenté nombreuse et à charge. J'arrive, et n'y suis pas une journée entière, Ou'abîmé tout d'un coup dans une cousiniùre, Je pense, tant je souffre et d'esprit et de corps, Que jamais assez tôt je n'en serai dehors, du cerceau , dans le Dict. de bescherelle.

— êtym. Cousin 4.

f COUSOIR (kou-zoir), ». m. Instrument de relieur et de gantier.

— ÉTYM. Coudre.

COUSSIN (kou-sin),«.m. || l' Sorte de sac rempli de plumes, de crin ou de bourre, et qui sert à supporter quelque partie du corps dans le repos. Coussin ie canapé. Une pitié qui leur a fait porter des cous-

sins sous les coudes des pécheurs, Bor.s. Corner. Son menton sur son sein descend à double étage; Et son corps ramassé dans sa courte grosseur Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur, boil. Lutr. i. Sur des coussins il endort la mollesse, Bernard, Art d'aimer, m. Sur les coussins où la douleur l'enchaine, Quel mal, dis-tu, vous fait ce roi des rois?BÉRANG. Octavie. ]| Coussin de carrosse, espèce de traversin qu'on pose sur las banquettes du carrosse. || 2' Partie du collier qui s'applique contre l'épaule de l'animal attelé. || 3* Synonyme de coussinet, dans la machine électrique. || 4° Terme de relieur. Planche garnie débourre et de peau pour couper l'or. || Sac de cuir rempli de sable sur lequel on lie les pièces qu'on veut ciseler. || 8" Coussin de canon, gros billot de bois posé sur le derrière de l'affût et qui soutient la culasse. || Terme de marine. Coussin d'amure, tissu de bitord qu'on met sur le plat-bord du vaisseau, afin d'empêcher que la ralingue de la voile ne s'y coupe, ou sur le beaupré pour recevoir le frottement de certaines manœuvres. || Nom de morceaux de sapin ou de peuplier qu'on met sous les écubiers.

— HIST. xiii* s. Ne coûte ne coissin, linceul ne oreiller, Berle , xxxvm. Tuit se tesent parmi la sale, Et Tybert defferma sa maie, Et dist au roi : Sire, or escoute, Lai le coissin, si pren la coule, ilen. 48006. || xiv* s. Et de prendre auquetons de soie ou bouquerant Et coittes [couettes] et coussins moillies par avant, Guescl. 20162. || xv* s. Lors en moillant de larmes mon coessin, Je regrectay ma dure destinée, ch. d'orl. Bal. 67. || xvr s. Fournissant les licts de coettes, cuissins, oreillers, materas, o. de serres, 884.

— ÉTYM. Namurois, cosin; génev. coissin; bourguig. côssin; Berry, coissin, cuissin , cossin; espagn. coxin; ital. cuscino; angl. cushion ; d'un diminutif culcitinum, dérivé du latin culcita (voy. couette). Il y a aussi dans les langues romanes : ital. côl- Irice, lit déplume; provenç. cousser, casser, même sens. L'allemand Kissen, qui signifie coussin, vient des langues romanes, d'après les germanistes.

f COUSSINER (kou-si-né), v. a. Garnir de petits coussins. || Se coussiner, v. re'fl. Se garnir de petits coussins pour remédier aux défauts de la taille.

— ÊTYM. Coussin.

COUSSINET (kou-si-nè; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, l's se lie : des kou-sinè-z élastiques; coussinets rime avec traits, succès, paix), s. m. || i* Petit coussin. Coussinet de selle, de cuirasse. Perrette sur sa tête ayant un pot au lait Bien posé sur un coussinet, la font. Fabl. vu, 40. || Fig. et familièrement. Mettre son coussinet sur quelqu'un ou sur quelque chose, s'emparer de quelqu'un ou de quelque chose; locution tirée de l'usage de retenir sa place en y mettant son coussinet. Celui-ci [Maisons], qui voulait circonvenir le prince [duc d'Orléans], ne trouva pas Canillac suffisant; il jeta son coussinet sur moi , st-sim. 369, 238. || 2" Terme de bourrelier. Petit coussin qu'on met sur le garrot des chevaux de carrosse, de peur qu'ils ne s'y blessent. || Rouleau de paille nattée que les couvreurs attachent sous leurs échelles. || Petit sac garnissant les genouillères des bottes. || Terme de graveur. Petit oreiller rond fait de cuir sur lequel on appuie et tourne la planche de cuivre, lorsqu'on grave avec le burin. || Dans une machine électrique, petit coussin en cuir de buffle, enduit d'un amalgame d'étain, sur lequel frotte le plateau circulaire de verre. || 3* Terme de vétérinaire. Coussinet oculaire, amas de tissu adipeux qui entoure la face postérieure de l'œil. || Coussinet plantaire, la partie du dessous du pied des monodactyles qui compose la fourchette molle ou de chair. || 4° Terme de botanique. Petite excroissance de la tige sur laquelle repose la base du pétiole des feuilles, dite aussi corps calleux. || 5° Terme de mécanique. Morceaux de bois ou de métal creusés en demi-cylindres, entre lesquels tournent les tourillons ou collets d'un axe. || 6° Terme d'architecture. Ornement du chapiteau ionique, qui sert à former les volutes, entre l'ove et l'abaque. || Pierre placée à la partie supérieure d'un pied-droit, et dont le lit inférieur est horizontal, tandis que celui de dessus est taillé en coupe. || 7" Pièce de fonte qui, portant un rail de chemin de fer, sert d'intermédiaire entre lui et le support proprement dit. || 8° Terme d'artillerie. Coin de bois sur lequel on appuie le mortier pour le pointer. || 9" Coussinet des marais, un des noms vulgaires de la plante vaccinium oxyccccos, dit aussi canneberge et airelle des marais.

— HIST. xv* s. Mieux amassent [aimeraient] à gogo Gésir sur molz coussinès, en. d'orl. Chanson.

|| xvi* s. Le duc de Parme y succéda le mesme jour, et le dernier du mois envoia saisir le logis de Cheles, mais lesmarescliaux de camp du roy y aians mis leur coissinet et mieux soustenus que les estrangers, les poussèrent jusques au passage du marais, d'aub. Ilisl. m, 238. Voudriez-vous mettre vostre coussinet sur une haquenée qu'on a chevauché à dos et qui a les genoux tout escorchezT id. Conf. iv.

— ÉTYM. Diminutif de coussin; namurois, cosinè.

t COUSSINETTE (kou-si-nè-f), ». f. Variété do pomme, dite aussi passe-pomme.

fCOUSTILLADE (kou-ti-lla-d', Il mouillées), s. f. Coup de couteau. Qui n'aimaient pas la coustillade, scarr. Virg. trav. il. || Inusité.

— HIST. xvi* s. Coutillade, cotgrave.

— ÊTYM. CousleJ, ancienne et mauvaise orthographe pour coutel (voy. couteau); de coustel on avait fait aussi coustiller, celui qui est armé d'un couteau.

f COUSTON (kou-ton), ». m. Filaments courts qui restent après que l'on a passé le chanvre écru.

— ÊTYM. Diminutif de caste ou côte.

COUSU, UE (kou-zu, zu-e), part, passé de coudre. || 1" Des souliers bien cousus. || Fig. des finisses cousues de fil blanc, de gros fil, des finesses grossières et faciles à reconnaître. || Terme de blason, qui se dit d'une pièce d'une autre couleur, ou d'un autre métal, placée sur une autre pièce, comme si elle y était cousue. |j 2° Joint, uni comme par une couture. Que d'éloges charmants cousus les uns aux autres! boursault, Merc. gai. iv, 3. || 3" Par extension. Elle ne s'est point condamnée a être cousue avec la reine [toujours avec elle] , sév. 41 9. || Terme de manège. Cousu à la selle, se dit d'un homme qui est solide à cheval. || Bouche cousue, se dit pour recommander de ne pas divulguer un secret, comme si la liouche était fermée par une couture. Tenir bouche cousue, garder le silence. M. de Hevel et moi dans la confWence, nos bouches cousues, sév. 574. Lisette, quelque temps tiens la bouche cousue, Si tu peux; va fermer la porte de la rue, regnard, Légat, m, 8. Adieu, bouche cousue au moins, mol. G. Dand. i, 2. Motus, bouche cousue, la font. Juin. || 4" Avoir les joues cousues, avoir le visage trèsmaigre, comme si les joues étaient tenues près des os par une couture. || Ce cheval a les flancs cousus, il est maigre et efflanqué. || 8° Être tout cousu de.... avoir une grande quantité, comme si la chose dont il s'agit était cousue partout à la personne ou à la chose dont on parle. Un livre cousu de passages grecs, hébreux, arabes, de citations de rabbins et d'autres auteurs obscurs et extraordinaires, malebr. Recherche, iv, 7. Loin de ces sots atrabilaires Qui, cousus de petits mystères, Ne nous parlent qu'incognito, gresset, Chartreuse. || Être tout cousu d'or, avoir en ornements beaucoup d'or sur ses habits. Aux pieds de prélats cousus d'or Charles dit son confiteor, bérang. Ch. le Simple. || Fig. Être tout cousu d'or, être fort riche. Oui, de pareils discours et les dépenses que vous faites, seront cause qu'un de ces jours on me viendra couper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu de pistoles, mol. l'Avare, 1,6. Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or, Chantait peu, dormait moins encor, la font. Fabl. vin, 2. Ce vieux Crésus, en sablant du Champagne, Gémit des maux que souffre la campagne Et, cousu d'or, dans le luxe plongé, Plaint le pays de tailles surchargé, volt. Epit. lxiv. || Eue tout cousu de coups, être couvert de blessures. || Avoir le visage cousu de petite vérole, être trèsmarqué de petite vérole.

COÛT (koû ; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, l's se lie : les koû-z et dépens), s. m. Ce que coûte une chose. Il ne se dit guère qu'au palais. Le coût de l'acte est de tant. Les menus coûts, les petites dépenses. Monsieur le mort, j'aurai de vous Tant en argent, et tant en cire, Et tant en autres menus coûts, la font. Fabl.va, il. Un gentilhomme fera son loyal devoir à mes coûts et dépens, volt. Mœurs, 400. Et puis, la sainte alliance, que de coûts I que de dépenses! p. l. couk. n, 94. || Proverbe. Le coût fait perdre Je goût, c'est-à-dire le prix élevé d'une chose Ole l'envie de l'acheter.

— HIST. xti* s. E pur quei dune te serreie k grief e à charge e à cust? Bois, 4 95. || xiii* s. Et paierai tout vostre coust as Veniciens , villes, lxxxviii. Et s'il ne plaisoit à Paprentiz à aler au mestier, il li convendroit forjurer le meslier, et rendre à son mestre toz les couz et touz les doumages qu'il li auroit fez, Liv. des met. 64. Trop sunt nonains

COI

COU

cou

de praindrcfplus grand] coust, laRnse, M(î3o. Dame, [celui] qui tele vie maine, Sans coust, sans travail et sanz paine, Lai du conseil. Ançois l'emportera cil qui le plet maintint à son coust, beaum. xii, 24. Et des coz qui y sunt à mètre [faire], id. xhi, 22. Li procureur ne sont pas tenu à procurer les besognes de lor mestres à lor coz, ainçois doivent avoir salaire soufizant, ' in. 82. || xv' s. Faites le parfaire bien et noblement, et n'espargnez coust qui y puisse estre, Perceforest, t. I, f° 105. || xvi* s. De peu de coust, mont, i, <8. Nous ne considérons que nostre coust à les recouvrer, n>. I, 3)2. Loyaux coûts sont entendus, frais de lettre [acte], labourages, semences, façons et réparations nécessaires, loysel , 460. Clinias ayant armé et equippé une galère à ses propres cousts et despens, amyot, Aie. 1.

— ÊTYM. Voy. coûter; génev. coûte, s. f.; provenç. eotl; espagn. et ital. costo. L'ancien français avait constance ou coustange, encore usité du temps de Malherbe : C'est chose contraire à la nature de se tourmenter le corps et de mépriser les choses qui sont de peu de coustange, Épit. v.

COÛTANT (kou-tan) , ad}. Usité seulement dans cette locution : Prix coûtant, le prix qu'une chose a coûté.

f COUTA RDE (kou-tar-d'), s. f. Espèce de pâtisserie, composée de lait, d'œufs, de miel et de fleur de farine.

t COUTAUDER (kou-tô-dé) , v. a. Voy. cour-

TAUDER.

COUTEAU (kou-tô), s. m. H 1° Instrument tranchant composé d'une lame et d'un manche. Couteau de table. Couteau de poche. Ce couteau coupe bien. Mettre couteaux sur table, donner à manger. || Fig. Porter le couteau sur, supprimer sans miséricorde. 11 veut porter le couteau jusqu'aux inclinations les plus naturelles, boss. I, Pdq. 1. 1| Fig. Couteau pendant, homme qui en accompagne toujours un autre; locution tirée de l'habitude d'avoir, en certaines professions, un couteau pendu à son côté. Un tel est toujours avec lui , c'est son couteau pendant. Il Couteau de tripière, couteau qui tranche des deux côtés; et fig. C'est un couteau de tripière, c'est un couteau à deux tranchants, c'est un couteau qui tranche des deux côtés, celui qui dit du bien et du mal d'une même personne. || Familièrement. On vous en donnera de petits couteaux pour les perdre, se dit aux enfants à qui l'on refuse quelque chose. Il Boîte à couteaux, boîte où l'on serre les couteaux. || 2° Terme de chirurgie. Instrument tranchant dont on se sert pour diviser les parties molles et qui ne diffère du bistouri que parce qu'il est ordinairement plus grand et que la lame est toujours fixée à demeure sur le manche. Il Couteau à deux tranchants ou couteau interosseux, dit ainsi parce qu'il sert particulièrement pour pratiquer les amputations dans les articles, et pour diviser les chairs des espaces interosseux à la jambe ou à l'avant-bras. || Couteau lenticulaire, couteau dont on se sert dans la trépanation , pour détruire les inégalités que la couronne du trépan a laissées au voisinage des bords de l'ouverture faite à l'os. || 3° Poétiquement, coutelas, poignard. Où toi-même, des tiens devenu le bourreau, Au sein de ton tuteur enfonças le couteau, corn. Cinna, iv,2. Qu'on lui fasse en mon sein enfoncer le couteau, rac. Athal. v, 6. Il Fig. Plonger le couteau dans le sein de quelqu'un, lui causer un violent chagrin. Vous par qui je plongeai le couteau dans le sein maternel, J. j. rouss. Ml. 11, 5. Comment mettre le couteau dans le cœur de ses parents? volt. Blanc et noir. || Être sous le couteau, avoir le couteau sur la gorge, être contraint par force ou par menace. Rien n'est changé, je suis encor sous le couteau, id. Tancr. m, 7. || On dit dans le même sens : mettre le couteau sur la gorge. Il Couteaux sacrés, ceux qui servaient à égorger les victimes dans les anciens sacrifices. [Elle] tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés, rac. Iph.v, 4. C'est peu que de vouloir, sous un couteau mortel, Me montrer votre cœur fumant sur un autel, id. tb. in, 6. Les victimes qui tombaient sous le couteau sacré, fén. Tél. xi. || 4° Instrument de supplice. L'abandonnerez-vous a l'infâme couteau Qui fait choir les méchants sous la main du bourreau? corn. Hor. v, 3. Il Le couteau de la guillotine. Il 5" Couteau de chasse, courte épée qui ne tranche ordinairement que d'un côté , pour couper les branches quand on brosse au travers des bois. Il 6° Courte épée. Il ne porte qu'un couteau. Vieux en ce sens. || Fig. En être aux couteaux tirés, être à couteaux tirés, être en inimitié ouverte. Il était avec lui ouvertement aux épées et aux couteaux, sév. 244. D'Achy était aux couteaux tirés avec Puyrobert,

st-sim. 11, 126. Mme de Montespan fut toujours aux couteaux avec ce ministre [Louvois], id. IM, 69. Il Aiguiser ses couteaux, se préparer au combat, à la dispute. || Jouerdes couteaux, se battre à l'épée. J'ensuis, etj'yjouerai, comme il faut, des couteaux, scarron, D. Japhet,m, 4. || 7° Terme de vétérinaire. Couteau de feu, instrument qui est de fer ou de cuivre, et qui, étant chauffé dans la forge, sert à brûler quelque partie malade d'un cheval. || Couteau anglais, instrument dont les maréchaux anglais se servent pour rogner la corne des sabots et qui remplace le boutoir des ouvriers français. || Couteau de chaleur, latte de bois polie sur ses bords, dont on se sert pour racler la surface de la peau du cheval et abattre la sueur après un exercice forcé. || 8° Couteau â papier, autrement dit plioir, ustensile en bois ou en ivoire qui sert à couper le papier. || Couteau sourd, instrument des corroyeurs dont le tranchant est fort émoussé. || L'arête du prisme triangulaire qui porte le fléau d'une balance. || Couteau ramasseur, couteau qui ramène constamment la pâte de cacao sous la meule. || 9" Couteau aimanté, sorte d'instrument en forme de couteau qui servait à des recherches sur le magnétisme. Le couteau aimanté nous découvre, dans les cendres de plusieurs espèces, des particules ferrugineuses, bonnet, Consid. corps org. Œuvres, t. v, p. I6t, dans pougens. H 10° Terme de marine. Partie saillante du faux étambot, et mèche du gouvernail qui lui est opposée. Il 11" Couteau de St-Jacques , nom d'un coquillage long et plat. || Manche de couteau, coquillage bivalve. || Couteau polonais, espèce du genre solen. || 12°Terme de fauconnerie. Premières pennes des ailes des oiseaux qu'on emploie à la chasse. |] Proverbes. Les mauvais couteaux coupent les doigts et laissent le bois. || Tel couteau, tel fourreau, j] C'est comme le couteau de Jeannot, se dit d'une chose qui conserve le même nom, mais qui n'a plus rien de ce qui la constituait autrefois. Cette locution est fondée sur ce que Jeannot, personnage de comédie et type des niais, des imbéciles, raconte qu'il a depuis longues années un couteau auquel il a fait remettre successivement et plusieurs fois tantôt une lame, tantôt un manche; et il croit que c'est toujours le même couteau.

— HIST. xn* s. Il a traite l'espée dont tranche li coutel, Ronc. p. 194. Dune fist saint Thomas prendre li reis senz nul demur, E escorchier le chief à cutaus tut entur, Th. le mart. 401. Pristrent sun bon cultel qui valeit une cit, E sun anel ù out un safir mult eslit, tb. 152. [Ils] se trenchierent, si cume fud lur usages, de cultels,erifflerent lacharn jusque il furent sanglenz. Rois, 3)7. || xin" s. Et li quens de Pierche i fu mors par un ribaut qui li leva le pan dou haubert et l'ocist d'un coutiel, Chr. de Rains, 167. Miex vodroie à [avec] cotiaus d'acier Pièce à pièce estre despeciés, la Rose, 2906. Li dis Jehans courut sus à celi qui fu tués, le coutel tret, beaum. xxxix, 4 2. Il se combatent à ceval, armé de toutes armeures, teles comme il lor plest, exepté coutel à pointe et mâche [massue], id. lxi, 7. Devant le roy, tranchoit du coutel le bon conte Jehan de Soissons, joinv. 205. 11 tenoit trois coutiaus en son poing, dont l'un entroit ou manche de l'autre, id. 259. || xiv" s. Li pons fu avalés, qui estoit levés haus : Chil de l'ost i entrèrent, tout mirent as coutiaus, Fors que la damoiselle qui se rendi à iaus [eux], Baud. de Seb. vin, 606. Un tel cop, que il li départ Jus les maistres coutiaus [plumes] de l'ele, Renart Je novel, dans du cange, Gloss. franc. Et doit avoir le chappon de rente [fourni par le fermier ou autre] couteaulz [plumes des ailes] suffisans; et si n'estoient suffisans, on rabat de chascun couteau deux deniers tournois, bouteiller, Somme rurale, titre 87. Je Guillaume Tirel, maistre des garnisons de cuisine du roy, certifie à tous quej'ey baillé et fait bailler dix paires de costeaux aux personnes ci-dessus nommées, de laborde, Émaux, p. 231. Une paire decousteaux à tranchier, c'est à sçavoir deux grands et un petit, à manche de lignum alloes, garnis d'or esmailliez de France, et a en chacun une perle au bout, id. tb. || xv s. Un gros cousteaul d'alemaigne, garni de six cousteaulx, une lyme et ung poinsson, et d'une forsetes , pendans à une courroye de fil blanc, àclouz de leton,iD. tb. Le vallet servant doibt mectre son pain et les trençoirs sur la table, et puis doibt tirer les cousteaux, et doigt asseoir les deux grans cousteaux, en baisant les manches, devant le lieu où le prince doibt estre assis, et doibt mettre les poinctes devers le prince en couvrant icelles pointes de la nappe qui est redoublée, et puis doibt mettre le manche vers le prince ; et les causes sont, que les grans couteaux se doivent

rotirr-r par l'escuyer trnnchant, et pour ce sont les manches devers luy, et le petit couteau est tourné au contraire, pour ce que le prince s'en doibt ay. dor, id. tb. Il avoit deux coutiaulx de bouchier c'on dit rousse, en une gaigne; et estoit de ces lairges coustiaulx de quoy qu'ils escourchent les bestes c'on appelle rousses, id. tb. || xvi's. Gaisne garnie dedeux cousteaulx, à manches d'acier, faits à combats, pour servir à ouvrir les huistres en escaille, id. tb. Celuy se monstre estre bien veau, qui parlapoincte rend le Cousteau, gênin, Récréât, t. H, p. 236. L'ung Cousteau aguise l'autre, id. ib. p. 244. Ce Cousteau ne vient pas deceste gaine, lerouxde lincy, Prov. t. il, p. 193. Changer son couteau à une allumette [faire un troc désavantageux], id. tb.Ceuzqui portent les longs cousteaux ne sont pas tous queux [cuisiniers] ne bourreaux, id. tb. En une belle gaine d'or Cousteau de plomb gist et dort, id. ib. Le Cousteau n'appaise l'hérésie [proverbe tiré des supplices inutiles contre l'hérésie au xvi' siècle], id. ib. Les mauvais couteaux coupent les doigts et laissent le bois, id. tb.

— ÉTYM. Picard, coutiau, coutieu ; Berry, couliau; saintongeois, coula; provenç. coltelh, colelh; catal. coltell; espagn. cuchitlo; portug. cutello ; ital. cultello: du latin cultellus, diminutif de culter (voy. coutre). Dans le vieux français au nominatif singulier, li cultcls ou cultaus; au régime, le cultel.

f COUTEL (kou-tèl), s. m. Serpe pour couper les roseaux.

** — ÉTYM. Voy. COUTEAU.

COUTELAS (kou-te-là; Vs se lie : des kou-te-lâz-affilés),s. m. || 1° Sorte d'épée courte, large ettranchante d'un seul côté. Derrière ce héros tirant son coutelas..., corn. Pomp. H, 2. Point de tambours, force bons coutelas, la font. Fianc. Le bourreau tenait un grand coutelas pour l'exécution, fén. xix, 1G. Au mousquet réuni le sanglant coutelas [ baïonnette] Déjà de tous côtés porte un double trépas, volt, llenr. vin. Le monstre [J. Clément] au même instant tire son coutelas, id. tb. v. || Grand couteau de cuisine. || 2° Outil de papetier, propre à rogner. || 3° Un des noms vulgaires de l'espadon, poisson. || 4° Terme de marine. Nom de petites voiles qu'on emploie quelquefois à côté des grandes, et qui s'appellent autrement bonnettes à étui.

— HIST. xv* s. Le quel Benoit se mit à défense à tout une grant coutelesse qu'il portoit, du cange, coutelarius. Icellui Helie s'efforça de prendre une coutelasse que le suppliant avoit pendue à sa sainture,iD. tb. ||xvi*s. Ores rouant sa grand masse, Et ores sa coutelace, rons. 342. Et de la main leurs c.utelas trouvèrent Bien aiguisez qui de l'arçon pendoient, id. 6(9. En tous endroits s'estend la dure coutelace; Le fer n'épargne aucun, et les temples sacrés Sont enivrez du sang des hommes massacrés, am. jamin, Poésies, p. 248, dans lacurne.

— ÉTYM. Couteau, par l'intermédiaire de coutel, avec la finale péjorative ou augmentative ace, accio, as; génev. coutelar; ital. coltellaccio.

•fcOUTELÉ, ÉE (kou-te-lé, lée), ad). Terme de mégissier. Peau coutelée, peau qui a été endommagée par le couteau.

— êtym. Couteau.

t COUTELET (kou-te-lê) , *. m. Terme de pêche. Entrée des bourdigues.

COUTELIER, 1ÈRE (kou-te-lié, liê-r'), s. m. et f. || 1° Celui, celle qui fabrique ou qui vend des couteaux, des ciseaux, des rasoirs, etc. \\Adj. Maître coutelier. Apprenti coutelier. || 2° Nom d'un coquillage, qui est dans sa coquille comme un couteau dans sa gatne. Le coutelier ne rampe point; il perce le sable perpendiculairement, il s'y creust un trou ou une sorte de cellule qui a quelquefois deux pieds de longueur et dans laquelle il monte et descend à son gré, bonnet, Contempl. nat. 12" part. ch. 9.

— HIST. xih* s. Fevre marischal, grossier et greifier et hiaumier pueent ovrer de nuiz, se leur plaist, et tout li mestier devant dit, hormis serruriers et couteliers, Liv. des met. 45.

— ÊTYM. Couteau, par l'intermédiaire de coutel, ital. coltelliuaio.

COUTELIÈRE (kou-te-liê-r'), j. /. Etui à couteaux de table. || On dit à présent boîte à couteaux.

— HIST. xiv's. Le suppliant sacha [tira] de la coutelière un coutel, du cange, coutelarius.

— étym. Coutelier; ital. coltelliera.

t COUTELINE (kou-te-li-n'), s. f. Grosse toile do coton des Indes.

COUTELLERIE (kou-tè-le-rie), s. f. L'art du cou telier. Il entend bien la coutellerie. || Fabrique de couteaux. Etablir une coutellerie. || Objets de coutellerie. Acheter, vendre de la coutellerie.

cou

— H1ST. xiir s. Nus fevre coutelier no puet no ne doit ouvrer au jour de festo que li commun de la ville foire [célèbre], ne par nuit, en chose qui apartiegne à son mestier de coutelerie, Liv. des met. 48.

— êtym. Coutelier.

f COUTELURE (kou-te-lu-r"), s. f. Défaut du parchemin endommagé par le couteau.

— ÊTYM. Le verbe fictif couteler, formé de coutel ou couteau.

COCTER (kou-té), v. n. || l'Être acquis à un certain prix. Combien vous coûte cette étoffe, ce cheval, cette maison? || 2° Causer des frais, de la dépense. Combien coûte un cheval à nourrir? Les réparations de sa maison lui ont coûté dix mille francs. || Il m'en coûte bon, j'ai payé fort cher; et fig. cela m'a été très-onéreux, très-pénible. || Coûter cher, revenir à un prix élevé. || Fig. Cette sottise lui coûtera cher, il en sera cruellement puni. Son amitié vous a coûté cher à ce prix, sêv. 4)6. Ohl mon îilsl que tes jours coûtent cher à ta mère! rac. Ândr. ni, 8. || Absolument. Les bâtisses, les voyages coûtent. || 3" Etre cause de quelque perte, de quelque effort, de quelque sacrifice. La place à l'emporter coûterait bien des têtes, corn. Nicom. i, 2. Sa perte aux Romains a coûté bien du sang, id. Pomp. v, 3. Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang, id. Cinno, II, t. Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté! rac. Brit. Vf, 2. Hercule à désarmer coûtait moins qu'Hippolyte, id. ib. u, i. || Coûter la vie, être cause de la mort. Cette imprudence lui coûta la vie. Vous, cruels, vous, tyrans, qui lui coûtez la vie, volt. Taner. v, 6. || On dit d'un homme prodigue, que l'argent ne lui coûte guère, il le dépense comme si l'argent ne coûtait rien à gagner. || On dit qu'une chose ne coûte guère, ne coûte rien à un homme qui la prodigue,sansyattacher d'importance ou pour tromper. Il vous promettra tout ce que vous voudrez, cela ne lui coûte rien. Toutes ces accusations d'hérésie qui ne vous coûtent rien qu'à les avancer, pasc. Lettre de Nicole ou P. Amat. Les larmes ne coûtaient rien à cette femme artificieuse, fén. Tél. vin. Denys de Syracuse faisait sans peine l'aveu de ses fautes, apparemment parce qu'elles ne lui avaient guère coûté, barthel. Anach. ch. 63. || Coûter des larmes, être cause d'une grande douleur. Ne croyez pas, seigneur, qu'auteur de mes alarmes, Pharnace m'ait jamais coûté les moindres larmes , rac. Milhr. ni, 5. Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes, id. Iphig. li, 6. Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter? n>. Brit. n, 6. || 4° Etre lait à regret ou avec difficulté. Madame, ce qu'on fait sans honte et sans remords, Ne coûte rien à dire; il n'y faut point d'efforts, corn. Suréna, u, 2. Jamais résolution ne m'a tant coûté à prendre, voit. Lelt. 28. Il ne coûta rien aux Athéniens d'abandonner leur ville au pillage et à l'incendie, boss. Hist. m, 6. || Absolument. Les mortifications coûtent, les observances deviennent pénibles, mass. Profess. rel. 2. Cette paresse invincible à qui tout coûte, id. Car. Tièd. 2. Qu'on interroge les écrivains de génie sur les plus beaux endroits de leurs ouvrages , ils avoueront que ces endroits sont presque toujours ceux qui leur ont le moins coûté, parce qu'ils ont été comme inspirés en les produisant, d'alemb. Uèl. litt. OEuvres , t. m , p. 240, dans lacurne. || Rien ne lui coûte, il n'épargne rien. || Tout lui coûte, il a de la peine à faire tout ce qu'il fait. || 5° Impersonnellement. Dans quelque pauvreté que je sois, je voudraisqu'il m'eût coûté mille écus et pouvoir.... voit. Lett. 25. En vain nous appelons mille gens à notre aide ; Plus ils sont, plus il coûte, et je ne les tiens bons Qu'à manger leur part de moutons, la font. Fab. xi, t. || Fig. Il coûte si peu aux grands à ne donner que des paroles, la bruy. ix. Le plus fort et le plus pénible est de donner; que coûte-t-il d'y ajouter un sourire? id. vin. Benoit parut instruit sur le vide et l'amertume des plaisirs sans qu'il eût coûté à son innocence pour s'en instruire, mass. Panég. St Benoit. Et je sais ce qu'il coûte à de certaines gens Pour avoir pris les leurs [leurs femmes] avec trop de talents, mol. te. des femmes, i, t. Quand celui qui est assis sur le trône d'où relève tout l'univers, et à qui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire parce qu'il fait tout ce qu'il lui plaît par sa parole, boss. la Vallière. || Coûte que coûte, à quelque prix que ce soit, quoi qu'il puisse arriver. Locution elliptique qui équivaut à : (que cela) coûte (ce) que (l'on voudra que cela) coûte. || 6" Impersonnellement avec le pronom en. Ce sont vingt mille francs qu'il m'en pourra coûter, mol. Mis. v, 2.

cou

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles, la font. Fabl. ix, 9. || Fig. Il m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire, corn. Cinna, iv, 7. L'autre [tonnerre] s'écarte en son cours; Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte; Bien souvent même il se perd, la font. Fabl. vin, 20. Quand il en devrait coûter quelque petite chose à la bienséance, sêv. <38. Sans qu'il en coûte une goutte de sang, id. 605. Il lui en coûta la vie, boss. Hist. m, 6. U apprit ce qu'il en coûte à sauver les enfants de Dieu, m. ib. u, 3. 11 ne lui en coûte que de le vouloir, m. ib. n, t. Il m'en coûterait trop s'il m'en coûtait deux fils, rac. Théb. ni, 6. Je l'ai voulu sans doute, Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte, id. Baj. m, \. Toi-même, je m'assure, as rougi plus d'un jour Du peu qu'il t'en coûtait pour tromper tant d'amour, id. ib. iv, 6. Crois qu'il m'en a coûté pour vaincre tant d'amour, id. Bèr. u, 2. Partons, et quelque prix qu'il en puisse coûter.... id. Phèd. u, 8. Quel plaisir barbare, grand Dieu! pour des chrétiens! il faut qu'il en coûte le sang et la réputation à leurs frères, pour les délasser , mass. Paraphr. ps. xv, verset 4. Vous regarderiez comme des insensés ceux qui mettraient en balance des difficultés de pure spéculation, qu'il n'en coûte rien de croire, avec une éternité malheureuse qui au fond peut devenir le partage des incrédules, id. Av. Vêlai de la conversion. Ils [les apôtres] attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres sans qu'il leur en coûtât ni soins ni peines poury monter, id. Car. Fausse confiance. Jésus-Christ a donc prévu qu'il nous en coûterait pour aimer nos frères, id. ib. Pardon. Qu'il en coûte pour se préparer des malheurs éternels! id. Av. Bonh. Vous le feriez, quoi qu'il en dût coûter, id. Car. Tiéd. t. Quelques efforts d'esprit que l'on fasse et quelque assiduité qu'on y donne, on est trop heureux quand il n'en coûte que de demeurer dans son cabinet, fonten. Uaraldi. Il pourra m'en coûter; mais mon cœur s'y résout, volt. Zaïre, iv, 2. Je sais ce qu'il en coûte, id. Tancr. v, 3.

— REM. 1. Coûter est un verbe neutre, et quand ondit:cela m'a coûté dix francs, beaucoup de peine, quelques larmes, francs, peine, larmes ne sont point des régimes directs; il y a une ellipse, et la locution entière est : cela m'a coûté (pour) dix francs, (pour) beaucoup de peine, (pour) quelques larmes. En effet on ne peut pas dire : dix francs m'ont été coûtés; des larmes me sont coûtées, etc. Coûter ne pouvant se tourner par le passif, n'a donc dans les phrases de ce genre que l'apparence de l'actif; il dérive du latin constare qui signifie proprement être avec, être acquis; de là provient l'impossibilité d'un passif. || 2. Coûter n'étant pas actif, il faut dire : la somme que cette maison a coûté, et non coûtée; les pleurs que la mort de cet enfanta coûté à sa mère, et non coûtés, etc. Cependant l'Académie, qui dit bien que coûté" est toujours invariable, note que plusieurs écrivains ont accordé coule' en ces cas-là. En voici en effet des exemples. Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés, rac. Brit. v, 3. Quede soins m'eût coûtés cette tête si chère! m. Phèd. n, 6. Vous n'avez pas oublié les soins que vous m'avez coûtés depuis votre enfance, fën. Tél. vu. Il parait en effet digne de vos bontés; Il mérite surtout les pleurs qu'il m'a coûtés, volt. Comtesse de Givry, II, 2. Mes manuscrits raturés, barbouillés et même indéchiffrables, attestent la peine qu'ils m'ont coûtée, i. j. rouss. Ém. liv. i. Un enfant devient plus précieux en avançant en âge; au prix de sa personne se joint celui des soins qu'il a coûtés, id. ib. On ne peut considérer cesexemples que comme des licences condamnables en prose et tout au plus permises en poésie.

— HIST. xir* s. Car qui le sien donne retraianment [de mauvaise grâce] , Son gré en pert, et si couste ensement Corn à celui qui volontiers l'otroie , Couci, xvi. || xiii' s. Sixante sols [il] cousta, un an a, en certain, Berte, lxxiu. Ma volonté ferez, quoi qu'il doie couster, ib. cxn. Renart me quide plus costerQue ne me costera des mois, Ken. 16432. Et me dit la royne, que la façon avoit cousté cent livres, joinv. 285. || xrv s. De ci ne partirons, quoi qu'il doie couster, S'arons prise la ville.... Guesci. 8092. || xv s. Je voudroie bien avoir un tel messager; il ne vous couste rien, et si savez véritablement tout quant que il avient parle monde, froiss. h, m, 22. Dit en soi-mesme Jean Lyon : Je mettrai un tel trouble entre cette ville et le comte , qu'il coustera cent mille vies, id. h, n, 52. Quand le capitaine vit que les seigneurs françois ne se départiraient point sans

COU

avoir le fort, quoique il coustast, id. h, m, 23. .... No me chault, couste et vaille! Encor ay denier et maille Qu'oncques ne virent père ne mère, Patelin, 216. Alors luy bailla le varlet un glaive dont la hante estoit à merveilles moult forte et le fer tranchant, et la damoyselle dist que elle veult \ comment il couste [comment il vaut, est mis en usage], Lancelot du Lac, t. m, f» 37. || xvi* s. Les lettres qui me coustentle plus sont celles qui valent le moins, mont, i, 293. Il me coustoit à m'empescher de le faire, id. i, 3(6. Quoyqu'il mo couste, je délibère de dire ce qui en est, m. m, 07. U ne porta onques robbe qui eust cousté plus de cent drachmes d'argent, amyot, Caton, 40. Il ne leur feist pas couster pour luy un tout seul denier, id. ib. 13. Il leur portoit envie, de ce qu'ilz avoient la guerre à des ennemis qui leur cousteroient si peu à desfaire, id. Philop. 29. Il se jettoit à clos yeux au danger : aussi lui en cousta il la vie dedans l'isie de Chio, id. Phocion, 8. Cela, direz vous, est bien cher; toutes fois couste mais que [pourvu que] vaille, Contes de

CHOLIERES, f° 20, dans LACUHNE.

— ÊTYM. Provenç. et espagn. costar ; portug. cu»lar; ital. coslare ; du latin constare, coûtez, proprement, être avec, être fixé, déterminé, de cum, et stare, demeurer (voy. stable).

t COUTEUSEMENT (kou-teû-ze-man), r.dv. D'une manière coûteuse.

— êtym. Coûteuse, et le suffixe ment.

COUTEUX, (kou-teû, teù-z'), adj. || 1» Qui cause

de la dépense. Les voyages sont coûteux. Il est inutile et il serait coûteux de leur opposer de grosses armées, le p. catrou, dans desfontaines. Le luxe d'une monarchie rendant le mariage à charge et coûteux, il faut y être invité et par les richesses que les femmes peuvent donner et par l'espérance des successions qu'elles peuvent procurer, montesq. Esp. xxvn, ch. unique. || 2° Fig. Il a eu pour mes avis des déférences coûteuses [qui lui coûtaient à avoir] que je n'oublierai jamais, 1. J. rouss. Ilél. vi, 8. La souveraineté de l'homme, titre si cruel et si coûteux à tous les êtres vivants, raynal, Hist. phil. xv, 8. Sans lui reprocher sa coûteuse victoire, lemèrc. Charles VI, v, *. Que m'importe une gloire et coûteuse et peu sûre Îarnault, MariusàM. in, s.

— HIST. xm* s. Que me vaut ceste cointerie [toilette], Ceste robe cousleuse etchiere? la Rose, 8883. Et ceste proeve si est le [la] meillor, et le [la] plus clere, et le [la] mains coûteuse de toutes, beaum. xxxix, 2. Héritage qui est cousteus à retenir, id. xxii, 4. Et je ne sui pas trop cousteux; Je ne manjue fein ne aveine, jubinal, Denier et Brebis, t. u,

— êtym. Coûter.

COUTIER (kou-tié), s. m. Tisseur en coutil.

— HIST. xiv s. Les coustiers et coustieres de la ville de Paris nous ont fait monstrer que les droiz, libériez et franchises de leur mestier de cousterie....

DU CANGB, COUta.

— étym. Couette.

f COUTIÈItES (kou-tiê-r') , s. f. pi. Terme de marine. Gros cordages qui , contenant les mâts d'une galère, lui servent de haubans.

COUTIL (kou-ti; \'l ne se prononce jamais), s. m. Toile serrée et lissée, propre à envelopper des matelas, des oreillers, à faire des tentes, des habits d'été, des robes.

— hist. xui' s. Doivent de chascun drap en carete ou en car un denier, et del keutil un denier, tailliar, Recueil, p. 25. || xv s. Toiles, coulis, or, argent en plate et en vaisselles, froiss. h, u, 188. Apportèrent grant pillage de coutils, de charroy, do pourveances, id. liv. u, p. 225, dans lacuune.

— ÊTYM. Couette, par l'intermédiaire de l'ancien franc, keute.

t COUTLLLADE (kou-ti-Ua-d', H mouillées), s. f. Voy. coustillade.

t 1. COUTILLE (kou-ti-ll', Il mouillées), s. f. Nom vulgaire de iafétuque dorée, plante.

— ÉTYM. Anç. français, coutille, qui signifiait petit couteau; ainsi dit par quelque assimilation.

t 2. COUTILLE (kou-ti-LT, II mouillées) , s. f. D..e le moyen âge, sorte d'arme tranchante.

— HIST. xiv s. Et s'avoient coustilles, qui biet furent tranchans, du cange, cultellus. Garni et prémuni d'une grant coutille ou miséricorde, id. ib.

— ÊTYM. Lat. cultellus, petit couteau (voy. couteau).

t COUTTLLER (kou-ti-llié , «mouillées), s. m. Soldat armé d'une coutille, qui accompagnait un homme d'armes.

— HIST. xv" s. Les hommes d'armes seront montez de trois chevaux, dont l'un sera souffisanl de

COU

COU

COU

courre et rompre lance.... les deux autres chevaux ne soient moindres du priz, l'un de xxx escus, et l'autre de xx escus, pour porter leur paige et coustiller, nu cange, cultellus.

— ÊTYM. Coutille 2.

t COUT1SSÉES (kou-ti-sée), t. f. plur. Terme de broderie. Ensouples garnies d'une bande de grosse toile à laquelle on coud l'étoffe à broder.

f COUTON (kou-ton), s. m. Terme de cuisinière. Ce qui, dans la chair des jeunes poulets, canards ou oies, et avant la pousse des plumes, est le rudiment de la plume ou duvet, et qu'il faut ôter avant de mettre la pièce à la broche.

+ COU-TORS (kou-tor), s. m. Nom vulgaire du torcol, oiseau. || ^lu plur. Des cous- tors.

— étym. Cou, et tors.

t COUTOUBÉE (kou-tou-bée), s. f. Terme de botanique. Genre de la famille des gentianacées, qui renferme plusieurs espèces appartenant à la Sud- Amérique.

t COUTOUILLE (kou-tou-11', II mouillées), t. f. Un des noms vulgaires du torcol.

t COUTRAU (kou-trô), s. m. Variété de poire.

COUTRE (kou-tr'), s. m. || 1° Espèce de fort couteau en fer, à lame courte, à tranchant mousse, à dos épais, adapté, en avant du soc, à la flèche de la charrue, et servant à fendre la terre. Et lecoutre aiguisé s'imprime sur la terre Moins avant.... malh. i, 2. J'ai des maisons au bourg, j'ai des troupeaux au* champs, Je fais fendre la terre à vingt coutres tranchants, quinault, la Comédie sans comédie, u, 5. Mais gardez d'enfoncer le coutre trop avant, segrais, Géorg. i. || 8* Fer tranchant pour fendre le bois à échalas. || Outil de fer, dit vulgairement merlin, qui sert à fendre le bois.

— HIST. xv s. Laver les piez, seur, y alastes.... Or sont-il perciez d'oultre en oultre, X gros clous loncs cemnie un coutre, Résurr. de tf. S. J. C.

— ÉTYM. Picard, keute; provenç. coltre; ital. coltro; du latin culter.

t COUTR1ER (kou-tri-é), s. m. Sorte de charrue labourant profondément la terre.

— ÉTYM. Coutre.

t COUTCMAT (kou-tu-ma), s. m. Pays régi par le droit coutumier.

COUTUME (kou-tu-m'), s. f. || i° Manière à laquelle ia plupart se conforment. Cela est passé en coutume. Cette vieille coutume en ces lieux établie, corn. Cid, lv, 5. La coutume ne doit être suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle soit raisonnable, pasc. Vrai bien, 9. Aigris par la nécessité, emportés par les coutumes, mass. Car. Prière, i. Les coutumes d'un peuple esclave sont une partie de sa servitude ; celles d'un peuple libre sont une partie de sa liberté, montesq. Esp. xix, 87. Si ce n'est pas la religion, ce sont les coutumes qu'on y vénère au lieu des lois, id. ib. u, 4. La coutume, la loi plia mes premiers ans X la religion des heureux Musulmans, volt. Zaïre, i, t. Ces raisons ne furent jamais senties dans une cour où la coutume était la loi suprême, raynal, IJist. phil. vin, 29. La coutume a sur les hommes une force qui n'a nullement besoin d'être appuyée de la raison, fonten. Oracles, I, 7. || 2" Terme de jurisprudence féodale. Législation introduite par l'usage seul en certaines provinces, par opposition à droit écrit. La coutume de Normandie, de Bretagne. Le roi Pépin ordonna que partout où il n'y aurait point de loi, on suivrait la coutume, mais que la coutume ne serait pas préférée à la loi, montesq. Esp. xxvin, 18. Bientôt les coutumes détruisirent les lois, id. ib. 42. || Recueil de droit coutumier particulier a un pays. La coutume porte que.... Sans cesse feuilletant les lois et la coutume, boil. Lutr. v. Cet avocat qui vient enseigner la coutume de Paris à St-Pétersbourg, volt. Lett. à Cath. 4 43. Faire une coutume générale de toutes les coutumes particulières serait une chose inconsidérée, même dans ce temps-ci où les princes ne trouvent partout que de l'obéissance, montesq. Esp. xxvm, 37. || Il s'est dit de certains péages et impôts. Payer la coutume. || Terme de pêche. Poissons de coutume, redevance qu'on donne avant la vente au propriétaire du bateau ou au maître pêcheur. || 3* Manière ordinaire d'agir, de se comporter, de parler, etc. Si c'est par instinct dénature Ou par coutume de m'aimer, corn. Héracl.v, 4. Sa coutume l'emporte et non pas la raison, id. Cinna, u, 4. Contre sa coutume il ne peut me déplaire, id. Hor. 1,3. Je n'en ferai pas ma coutume, sEv. 24. Vous savez sa coutume, et sous quelles tendresses Sa haine sait cacher ses trompeuses adresses, rac. Mithr. i, 5. Le sénat aima mieux armer, contre sa coutume, 8000 esclaves que.... boss. Uisl. m, 6. Et tout ce

qu'en semblable cas On est en coutume de dire, la font. Fiancée. || Avoir la coutume, faire comme chose déterminée par une coutume. Les Anglais ont la coutume de finir presque tous les actes par une comparaison, volt. Lett. à M. Maffei en tête de Mèrope. || Avoir coutume, faire d'ordinaire. Les gens qui ont coutume d'exagérer perdent bientôt toute créance, l'abbé Régnier, dans bouhours, tiouv. rem. Une dame de la première qualité se défit de tous les vains ornements dont elle avait coutume de se parer, bouhours, Souv. rem. || De coutume, loc. adv. X l'ordinaire. Il en use comme de coutume. Il se porte mieux que de coutume. Et qu'étant loin de moi, quelque ombre d'amertume Vous fit trouver les jours plus longs que de coutume, rac. Théb. II, 4. || Avoir de coutume, locution vieillie pour avoir coutume. Pour vous ôter l'envie de nous faire courir toutes les nuits comme vous aviez de coutume, mol. Scapin, II, t>. Plus librement que je n'ai de coutume, desc. Ép. ||4"Fig. En parlant des choses. Ce pommier a coutume de donner du fruit. Cette cheminée a coutume de fumer. || Proverbes. C'est la coutume de Lorris, les battus payent l'amende, se dit quand un homme qui a sujet de se plaindre est encore condamné. || Une fois n'est pas coutume.

— SYN. 1° coutume, habitude. Coutume est objectif, c'est-à-dire indique une manière d'être générale à laquelle nous nous conformons. Au contraire, habitude est subjectif, c'est-à-dire indique une manière d'être qui nous est personnelle et qui détermine nos actions. L'habitude devient un besoin; mais la coutume ne le devient jamais. Cependant on dira également : j'ai la coutume ou j'ai l'habitude de prendre du café, avec cette nuance cependant que avoir la coutume exprime seulement le fait que je prends ordinairement du café, tandis que avoir l'habitude exprime qu'un certain besoin s'y joint. || 2° j'ai coutume, j'ai la coutume. J'ai coutume de fumer, veut dire je fume d'ordinaire ; j'ai la coutume de fumer, veut dire que cela est entré dans mes coutumes. C'est cette nuance délicate il est vrai mais réelle qui fait que avoir coutume peut se dire des choses, tandis que avoir la coutume ne peut pas s'en dire. La rivière a coutume de déborder à cette époque de l'année; mais elle n'en a pas la coutume.

— HIST. xi* s. Ço'st la custume en.... Lois de Guill. 4. Sa coustume est qu'il parole à leisir, Ch. de Roi. x. || xii* s. Il vous a de chevage la costume requise, Sax. xxm. Custume n'est pas dreiz, bien lepoez veeir; Kar chascuns riches hum, qui ne volt nul cremeir [craindre] , Alieve sur sa gent custume à sun voleir, Th. le mart. 92. ||xm*s. [Il y] Avoit une coustume ens au Tyois païs, Berle, v. Mainte maie coustume [impôt] i ot ele establie, ib. lx. Dessur les marcheans [elle] fist coustume [impôt] asseïr, ib. lxiu. Chascun jour [il] l'avoit [cela] à coustume, Lai d'ignaur. Ceste floiche ot fiere coustume, Douçor i ot et amertume, la Rose, 4 883. Nous disons qu'il soit mis en trois pures defautes, toz sans les jors qu'il puet contremander et essonier par coustume, beaum. 48. La différence qui est entre coustume et uzage, si est que toutes coustumes font à tenir, id. xxiv, 3. Loys rois dit que costume doit valoir loi; quant aucune doutance est de la loi, ele doit avoir l'autorité des choses qui toz jors sunt jugies, Liv. de just. 7. || xiv's. Des choses justes, aucunes en y a qui semblent estre justes seulement par loy ou par coustumes et non pas par nature, oresme, Eth. lit. Ainsi comme au pays est de coustume, DU cange, avantagium. Oye la complainte qui nous a esté faite par la coustume [corps de métier] des tisserans, du cange, consueludo. Cognoistre et déterminer sommierement selon la coustume de la mer,iD. ib. || xv* s. Un usage est en Angleterre, et aussi est-il en plusieurs pays, que les nobles ont grands franchises sur leur hommes et les tiennent en servage; c'est à dire que ils doivent de droit et par coustume labourer, froiss. ii, u, tua. Ilsavoisnt et ont de coustume encores d'aller.... comm. u, 3. Coustume rend maistre et devient nature, Roman du Jouvencel, f* 80, dans leroux de unct, Prov. t. u, p. 488. Il xvi* s. La force de la coustume [habitude], mont, i, 405. Ce que disent quelques coutumes: quand argent faut, finaisen nulle, loysel, 592. Entre enfans, n'y a qu'un droit d'ainesse.... Toutefois, s'il y a diverses successions, coutumes ou bailliages, il prendra droit d'ainesse en chacune d'icelles, id. 63). Une fois n'est pas ooutume [ne suffit pas pour prouver la coutume], îu. 780. Il sortit de son logis, et s'en alla sur la place promener avec ses amis comme il avoit de coustume, amvot, Aratus, 7. Us et coustumes, id. Huma, 20. Coustume est ce qui a esté gardé d'ancienneté, Ane. coust. de iVt/r-

mandie, f* 21 , dans lacurne. Qui croirait combien est grande et impérieuse l'authorité de la coustume, qui la dit estre une autre nature, ne l'a pas assez exprimé; car elle fait plus que nature, elle combat nature, charron, Sagesse, p. 336, dans lacurne. Gasteau et mauvaise coustume se doivent rompre, cotgrave. Le loup alla à Rome, et y laissa de son poil, mais rien de ses coustumes, id. Les bonnes coustumes sont à garder, et les mauvaises à laisser,

LEROUX DE L1NCY, t. Il, p. 332.

— ÉTYM. Berry, cotume, couteume ; provenç. costum, s. m. et costuma, cosdumna, s. {.; espagn. costumbre, s. [.; portug. costume, *. m.; ital. coitume, s. m. et costuma, s. f.; bas-lat. cousluma, dans un texte du commencement du vin' siècle. Il y a des distinctions à faire dans ces mots romans. Diez fait remarquer que les masculins ne peuvent venir directement de consuetudinem, et qu'il faut supposer que le suffixe s'est transformé en umen: consuetumen. Quant aux féminins en e: coutume et costumbre, ils viennent de eoruueludt'nem, comme amertume, de amaritudinem. Enfin les féminins en a répondent à un pluriel neutre consuelumina (ces neutres pluriels deviennent souvent des noms féminins dans les langues romanes).

4. COUTUMIER, 1ÈRE (kou-tu-mié, miê-r'), adj. || 1° Qui a coutume de faire quelque chose. Il est coutumier de mentir. Je suis coutumière De payer toute la première, la font. Cord. || Être coutumier du fait, se dit de quelqu'un qui commet souvent un acte blâmable. || 2" Ordinaire , habituel. L'inconstance à nos ans coutumière, malh. i, 4. Et mes yeux, éclairés des célestes lumières, Ne trouvent plus aux siens [de Pauline] leurs grâces coutumières, corn. Poly. lv, 2. || 3° Qui appartient à la coutume ou droit non écrit. Droit coutumier. || Régi par la coutume. Pays coutumier. Le droit commun de la France coutumière doit servir de loi, patru, Plaidoy. 10, dans richelet. La distinction du pays de la France coutumière et de la France régie par le droit écrit était déjà établie, montesq. Esp. xxvin, 4. || Établi par la coutume. Douaire coutumier. Réserves coutumières. || 4° Terme d'ancienne législation. Qui n'est pas noble, qui est roturier. Homme coutumier, et, substantivement, un coutumier. || Terme d'eaux et forêts. Usager.

— REM. Voltaire, de son temps, regrettait que ce mot ne fût plus d'usage. Il a repris faveur et est très-bon aujourd'hui.

— HIST. xii* s. N'oncques cil de Herupe n'en furent costumier [du tribut] , Sax. xvi. Miex me venroit celui [celle] haïr, Qui de moi nuire est costumière, Que li amer en tel manière, Gautier d'arras, llle et Galeron. || xin* s. Il n'est costumiers d'outrage, toi d'ignaur. Et se li plastriers en est costumiers, li mestre li puet deffendre le mestier, Liv. des met. 440. Tout li vins, quiex que il soit, qui vait contremant Marne, il doit de coustume tant corne li coustumiers [péager] qui la coustume garde de par lou Roy en veut prendre, laquiele chose serait à amender se il plait au Roy, ii. 3oi. Par son gré sui-ge coustumiere De parler proprement des choses, Quant il me plest, sans mètre gloses, 2a Rose, 7116. Et quant tu iras par les rues, Gar que tu soies costumiers De saluer les gens premiers, ib. 24 13. Et d'ouvrer est si coustumiers Que il ataint [égale] toz les premiers, ruteb. u, 406. Se gentis feme prent home vilain coustumier, nu cange, consuetudo. || xiv* s. Six muis et dix sestier de froment que les coustumiers de la forest doivent chascun, du canoë, areale. Les hommes coustumier doublent à leur seigneur leur coustume, id. auxxlium. Depierdre et de gaaingnier ierent [ils étaient] Coustumier, pour çou peu plorerent; Car si fais est li mestiers d'armes, J. de condet, p. 76. || xv* s. [îdouard chassa de Calais tous les habitants pour le repeupler de purs Anglais] et ne retint que trois hommes : un prestre et deux autres anciens hommes, bons coustumiers des lois et ordonnances de Calais ; et fut pour enseigner les héritages, froiss. i, i, 322. Les bourgeois, qui n'estoient mie bons coustumiers de guerroyer, id. i, i, 302. Le dieu d'amours est coustumier, Àcejour, de feste tenir, ch. d'orl. Bail. 47. Comme fortune est souvent coustumiere de nuire aux bons et aux vaillants, Bouciq. i, ch. 23. Les quelz pillarz prenaient femmes par force, tant nobles que coustumiere?, du cange, consuetudo. || xvi's. Ce précepte est salubre en l'usage des amitiez ordinaires et coustumieres, mont, i, 215. La douleur avant coureuse coustumiere de la mort, id. i, 302. Selon l'avis de M* Eudes de Sens, reçu contre l'opinion de quelques autres coutumiers, loysel. 4 37. Femme qui

fiOU

prend douaire convenance se prive du coutumier, loysel. (47. Toute prescription annale ou moindre coutumiere court contre les absens et mineurs, •ans espérance de restitution, id. 72). Es pays coutumiers, id. 883. Et s'il faut préférer celuy qui le premier Ose prier sa dame et s'en fait coustumier, Sur mes deux compagnons je doy gaigner la place, bons. 806. Historien coustumier d'extravaguer hors de la vérité, amtot, Péricl. 53.

— ÉTYM. Coutume ; provenç. costumier, cosdumnier.

■i. COUTUMIER (kou-tu-miê), s. m. Recueil de coutumes, c'est-à-dire des articles qui forment le droit particulier de quelque pays, de quelque province, f»u de quelque juridiction.

— HIST. xvi* s. Un livre intitulé le Coustumier de Rheims, imprimé par Nicolas Bacquenois, l'an 4 663, Coust. gêner, t. i, p. 660.

— ÉTYM. Coutumier 4 . Coustumier a eu aussi le sens d'homme habile dans le droit coutumier : Nul ne soit reçeu à jurer l'assise, s'il n'est suffisant coustumier ou licencié en l'un des droiz civilz ou canons, Ordonn. des ducs de Bret. f° 822, dans lacurne.

t COCTUMIÈREMENT (kou-tu-raiê-re-man) , adv. || 1° D'une façon coutumiere. Le raisonnement des tout-puissants de ce monde étant trop naturellement et trop coutumierement celui-ci, que.... st-sim. 254, 466. Otanès fit demander à sa fille près de qui elle couchait coutumierement, p. L. cour, ii, 483. || 2* Suivant la coutume, ou loi des roturiers. Partager coutumierement.

— hist. xv* s. Il se levé par chascun jour coutumierement moult matin, Bouciq. iv, 4 4. || xvi* s. Coustumierement un sçavant est moins suffisant que toutaultre, mont, i, 160.

— ÉTYM. Coutumiere, et le suffixe ment. COUTURE (kou-tu-r"), s.f. || i" Action de coudre.

Faites la couture de cette robe. || Manière de coudre. Bellecouture.|| L'art de coudre. Apprendre la couture. || Assemblage de deux pièces d'étoffe ou de cuir, par leurs bords, fait avec l'aiguille ou avecl'alène. Couture ronde, plate. Couture en surjet. Couture à grands points. Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant La couture invisible et qui va serpentant, a. chén. 4 93. || Feuiller les coutures, ou rabattre les coutures, les replier et aplatir sous le carreau. || Par une extension plaisante, rabattre les coutures, battre quelqu'un, comme si, eu frappant sur lui, on rabattait les coutures; et fig. rabaisser l'orgueil, les prétentions de quelqu'un. j| X plate couture, loc. adv. En rabattant à plat les coutures qu'on frappe, et de là, figurément, battre une armée à plate couture, la défaire complètement. Il accourt tout hors d'haleine, et, après avoir respiré un peu: Voilà, s'écrie-t-il, une grande nouvelle, ils sont défaits à plate couture, la bruy. x. L'armée les battit à plate couture, volt. Oreilles, 7. j 2° Nom donné vulgairement à certaines cicatrices saillantes, allongées, plus ou moins difformes, produites par une balafre et surtout par la petite vérole. Visage plein de coutures. || 3° Terme de marine. Distance entre deux bordages d'un vaisseau qu'on remplit d'étoupe et de calfat. Couture ouverte, celle dont le calfat est sorti. || L'étoupe même qui sert à cette opération. || 4" Terme d'architecture. Assemblage de deux tables de métal par le moyen d'un pli fait sur le bord de chacune d'elles. || 5° Marque des joints du moule sur une figure coulée en plâtre. || Ornement fait sur une botte en forme de couture, quoiqu'il n'y ait pas de couture.

— HIST. xiie s. Adès senti les pointes li clers de la custure, Cum li saint le cusurent après la tailleûre, Th. le mart. 4 68. L'une nef à l'autre hurter, Et mats cheoir et traverser, Cousture froissier et bois fendre ; Port ne rive ne puent [peuvent] prendre, Homan du Brut, p. 33, dans lacurne. || xiii's. Li valet couturier du mestier dessus dit qui mesprendront au dit mestier par leur cousture ou par leur fet, Liv. des met. 4 43. Toute est déroute [la robe] par devant, N'i remest mes cousture entière Ne par devant ne par derrière, ruteb. ii, 4 21. S'aucuns pour ses enfans endure Aucune grant maie adventure, Ou les amis pour les amis, Loiauté et droit de nature Font et joingnent ceste cousture Par les poins que Dieu y a mis, s. de meung, Tr. 404.||xv's. Ceux là furent rompus à plate cousture et chassés jusques au charroy, comh. i, 3. || xvi* s. La cousture du test [la suture du crâne], mont. I, 96. L'estroicte coustur do l'esprit et du corps, id. i, 40). Je n'aime point de tissure où les liaisons et coustures paraissent, id. i, 4 92. Il s'est trouvé des philosophes desdaignant cette cousture naturelle [les liens de la parenté],

COU

ID. i, 207. Cette saincte cousture [l'amitié], id. ii, 24 0. Cestuy Gylippus descousut par dessoubs les coustures des sacs où l'argent estoit, et en tira un* bonne somme, puis les recousut, amyot, Lysand. 31. De forte cousture, dure deschirure, cotgrave.

— ÉTYM. Bourguig. côture ; provenç. cordura, costura, coscdura , coiidura; espagn. coslura; du latin fictif consutura, formé de consutum, supin de consuere, coudre (voy. coudre).

COUTURÉ, ÉE (kou-tu-ré, rée), part, passé. Qui a des coutures, des cicatrices. Visage tout couturé de petite vérole.

t COUTURER (kou-tu-ré), ». o. Couvrir de cicatrices ou coutures. La variole lui a couturé le visage.

— ÉTYM. Couture.

t COUTURERIE (kou-tu-re-rie), i. f. Atelier de couture.

— ÉTYM. Couture.

COUTURIER (kou-tu-rié), ». m. ||1* Celui qui fait métier de coudre du linge ou des vêtements. Elle donna du temps pour s'y préparer, et durant ce temps on peut croire que les tailleurs, les couturiers et les brodeurs ne furent pas sans occupation, hamilt. Gramm. 7. Des couturiers qui apportaient de belles étoffes de soie pour habiller la mariée, Usage, Cil Bios, x, 9. || Cet emploi a vieilli; on dit tailleur. || Celui qui coud bien. Ce garçon est bon couturier. || 2" Terme d'anatomie. Muscle qui s'attache, d'une part à l'épine iliaque antérieure supérieure, et de l'autre à la partie supérieure antérieure et interne du tibia, ainsi nommé parce qu'il sert à porter la jambe dans la position que prennent les tailleurs assis sur l'établi.

— HIST. xni* s. Li valet couturier du mestier dessus dit qui mesprandront par leur couture ou par leur fet, Liv. des met. 4 43. Couturier de lormerie [ouvrages de cuir, brides, etc.], ib. 361. || xiv* s. Et puis croisent les jambes ainsi que cousturier, Guescl. 22253. || xv" s. Ceste maison estoit toute asseulée hors des autres, et un pauvre homme cousturier y demeurait, froiss. h, m, 9. Et le dit cousturier respondit qu'il avoit leans une pièce de la robe de son maistre que naguère il avoit taillée, monstbel. i, ch. 210. Ne fut trouvé en la maison du suppliant cousturier tant seulement que un pourpoint taillé, du cange, appire. Cousturiers qui feront les robbes linges, prendront et auront de la façon d'une robbe linge à homme, d'oeuvre commune, huit deniers, et de la chemise à femme, d'oeuvre commune, quatre deniers et non plus, et les autres œuvres de linge à la value, Ordon. des rois de France, t. H, p. 372. Estre l'un chapuis [menuisier] ou maçon, L'un fevre et autre vigneron, L'un cousturier estre failloit; Ly autres les bestes gardoit, e. desch. Poésies mss. f°648, dans lacurne. ||xvi* s. Ce cousturier cousoit aussitost une manche par derrière comme par devant; tout lui estoit un; de sorte qu'il renonça du tout à ce fascheux cousturage, pour se retirer au plaisant mestier de boire, desper. Contes, lxxix. Les muscles cousturiers que nous appellerons muscles longs, paré, i, 8.

— ÉTYM. Couture; provenç. cordurier; anc. catal. costurer.

COUTURIÈRE (kou-tu-riê-r'), s. f.\\ i* Autrefois ouvrière en linge. || Aujourd'hui, ouvrière en robes. || Celle qui dirige un atelier où l'on confectionne des vêtements de femme. || 2° Espèce du genre fauvette.

— HIST. xii* s. E pois [il] me fist aprendre à costuriere, Gérard de Boss. p. 362. || xvi« s. À la couturière qui a vacqué quatre jours à adoubar les aubbes et aultres draps de l'esglise, unze sols neuf deniers, jaubkrt, Glossaire. Lequel on disoit encore n'estre pas son filz légitime, ains avoir esté supposé, estant né d'une cousturiere qui se nommoit Gnathenium, amyot, Aratus, 64. Les cuisses croisées, comme volontiers font les coustureres, pabé, xix, 44.

— ÉTYM. Couturier; provenç. corduriera; espagn. costurera; portug. costureira.

t COUVAGE (kou-va-j'), s. m. Voy. couvaison.

— ÉTYM. Couver.

COUVAIN (kou-vin), s. m. Amas d'oeufs d'abeilles ou d'autres insectes. Les fourmis cherchent avec avidité le couvain des punaises. || Hayon de cire des abeilles, ne contenant que des œufs et des larves. Il faudrait s'assurer si un essaim qui a du couvain et qu'on prive de sa mère, ne continue pas à travailler, au moins jusqu'au temps où les petits se transforment en mouches, bonnet, {Ouvres, t. x, p. 98,danspouGENS. || Faux couvain, couvain corrompu.

— ÉTYM. Couver; Berry, couain.

COUVAISON (kou-vè-zon), s. f. Temps pendant

lequel couvent les oiseaux de basse-cour.

COU

ver)

ÉTYM. Latin, cubalio, de cubare (voy. cou-

COUVR, ÊE (kou-vé, vée), part, passé. Les rjBufl couvés par la poule. Un œuf couvé. || Fig. Des desseins longtemps couvés éclatèrent enfin. || Un œuf couvé se dit quelquefois au lieu de œuf couvi.

COUVÉE (kou-vée) , s. f. || 1« Les œiffs qu'une femelle d'oiseau couve en même temps. Il y avait tant d'œufs à la couvée. Achetait un cent d'œufs, 1 triple couvée, la font. Fabl. vu, 40. || 2" Les petits éclos. Notre alouette de retourTrouve en alarme sa couvée, id. ib. iv, 22. On ne voit pas que le coq se mette aucunement en peine de la couvée, j. j. rouss. Inég. note u. Poète, prends ton luth; c'est moi, ton immortelle, Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux, Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle, Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux, a. de musset, Poésies nouvelles, la Suit demai. || 8* Fig. et familièrement. 11 se dit de certaines gens et de leur famille. Toute la couvée n'en vaut rien. Quelle tristesse de se séparer de ce qui est bon, et quelle joie de voir partir une foule de Provençaux tels que vous melesnommezl Ne vous souvient-il point de la couvée [visite nombreuse] de Fouèsnel , et comme nous tirions agréablement le jour et le moment de leur bienheureuse sortie? sév. 34n. Et vous souhaite toute sorte de bonheur et à cette jolie couvée qui est sous votre aile, et qui vous doit donner tant de plaisir et de consolation, sév. t. vm, lett. 762, dans pougens.

— HIST. im' s. Et s'el n'a pas prise provée D'eus deus ensemble la covée, Mes bien en cliiet en jalousie Qu'el set ou cuide estre acoupie.... la Rose, 9840. || xv* Il viendra d'estrange terre par mer une grande couvée de fortes et merveilleuses gens en la grande Bretaigne qui toute la terre mettra en sa subgeclion , Perceforest, t. v, f* 97. || xvr s. On remuera les œufs une couple de fois durant la couvée [incubation artificielle] , o. de skiires, 368. Pour les prinieraines couvées seront les cabinets les plus chauds et ensuite les autres par ordre, id. t'6. Plusieurs petites couvées pourra-on assembler pour faire une grande bande de poulets, id. 360. Comme la meilleure conduite des poulets appartient au chapon, ainsi la plus profitable couvée est celle deue à la poule d'Inde, m. 364. Ainsi pour vous, oyseauxdu ciel, Ne sçauriez faire une couvée, marot, t. u, p. 366.

— ÉTYM. Couver; Berry, couée; saintong. coûée. COUVENT (kou-van), s. m. || 1° Maison religieuse

d'hommes ou de femmes. Mettre une fille au couvent. Les seigneurs et les évêquesde France mirent, par le consentement du pape Zachaiie en 762 , Pépin maire du palais sur le trône, et Cluldéric le dernier de leurs rois dans un couvent, mézerai, liist. de France, t. i, dans richelet. Ah 1 souffrez qu'un couvent, dans les austérités, Use les tristes jours

que le ciel m'a comptés, mol. Tart. iv, 3 Après

qu'une personne, Bon gré, mal gré, s'est mise en un couvent, la font. Maxet. Les garçons dans les collèges et les filles dans les couvents, j. j. rouss. Ém. i. On tolère quelques asiles pour de vieilles filles à Bahia et à Rio-Janeiro; mais jamais il ne fut permis , dans le Brésil, de fonder aucun couvent pour des religieuses, raynal, Hist. phil. îx, 44. || 2° Les religieux, les religieuses qui composent la communauté. Tout le couvent s'assembla. || 3" Pensionnat tenu par des religieuses pour des jeunes filles du monde.

— REM. D'après Vaugelas, on écrivait conrent, tout en prononçant couvent. On trouve en effet dans rêgnikr, Sat. xm : Jour et nuit elle va de couvent en convent. La première édition du Dictionnaire de l'Académie écrit convent.

— HIST. xm* s. Qui convent [union] a à mal mari, Souvent s'en part à cœur marri, audepr. le bast. Romancero, p. II. U li dit qu'ele est nice et folle, Dont tant demore à la karole, Et dont ele hante si sovent Des jolis valez le couvent [société] , la Rose, 8500. Il n'est pas mestier que li convent des églises voisent as pies por lor drois maintenir, beaujan. xlv, 42. Et là vint le mestre du Temple et tout le convent, toutdeschaus parmi l'ost,pource que leur héberge estoit parmi l'ost, joinv. 20a. ||xvs. Ainsi s'en retournèrent à leur convent, comm. vin, 19. || xvr* s. Si quelque beau père affectionné au convent vient à lire ceci, lanoue, 63.

— ÉTYM. Provenç. content, conven, coven, accord, convention; couent, coven, couvent, assemblée; catal. couvent ; espagn. et ital. convento. Conrent ou couvent, dans le sens d'accord, vient du latin conventum; dans le sens de réunion, assemblée, couvent, du latin conventus ; et tous deux

viennent également de convenir» (voy. convenir). Dès le xhi* siècle, contient a, du sens de réunion, passé à celui de réunion de religieux.

COUVER (kou-vé), v. a. || 1" Se tenir sur les œufs pour les faire éclore , en parlant des femelles des oiseaux. La poule a couvé tant d'œufs. J'avais d'ahord regardé comme une fable ce que Diodore rapporte de l'industrie des Egyptiens, qui savaient, par une fécondité artificielle, faire éclore des poulets, sans faire couver les œufs par des poules; mais tous les voyageurs modernes attestent la vérité de ce fait, rollin, Bitl. anc. Œuvres, t. i, p. 98, dans pougens. || Absolument. Cette poule veut couver. Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore, À la hâte; le tout alla du mieux qu'il put, la font. Fabl. iv, 22. Il [Diphile] retrouve ses oiseaux dans son sommeil : lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il perche, il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il couve, la bruy. xin. || 2° Fig. Entretenir avec soin et mystère. Ennuyés de couver leur cruelle manie, malh. h, 4. Ce fier serpent qui couve un venin sous des fleurs, bégnier, Sat. vi. Je vous avoue, ma très-aimable chère, que je couve une grande joie, mais elle n'éclatera point que je ne sache votre résolution , sèv. 4S3. N'est-ce pas sous un beau semblant d'obéissance et de modestie couver la rébellion et la violence dans le sein? boss. Var.Avert. v, § 14. Vous avez couvé le feu profane dans votre cœur, mass. Car. Tiédeur, 2. L'ouvrage d'un scélérat qui couvait de mauvais desseins, j. j. rouss. 4*r dial. Je vois sur votre visage cette méditation profonde qui couve les germes du génie et les dispose à la fécondité, marmont. Contes mor. Connaiss. Quel que soit le destin que couve l'avenir, Terre [Italie], enveloppe-toi de ton grand souvenir, lajjart. Harm. il, a. I) Couver des yeux, regarder avec plaisir, avec convoitise. Lorsqu'il est jaloux de son trésor et qu'il le couve des yeux, desc. Pass. 469. Telle prenait Goût à le voir et des yeux le couvait [un jouvenceau], Lui souriait, faisait la complaisante, la font. Psaut. Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort, Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor, id. Fabl. vu , 4 . Gaillard corbeau disait en le couvant des yeux [un mouton] : Je ne sais qui fut ta nourrice, id. ib. u, 46. || Préparer, renfermer dans son sein. Ces grands mouvements Couvent, en leurs fureurs, de piteux changements, Régnier , Sat. iv. L'air calme couve une pluie, desc. Météor. 2. || Familièment. Couver une maladie, porter en soi les germes d'une maladie qu'on craint de voir apparaître. || 3° V. n. Être entretenu sourdement, préparé en silence, sans parattre. Le feu couve sous la cendre. Tant qu'aucun souffle ne l'éveille, L'humble foyer couve et sommeille, lamapt. Médit, n, 6. || Fig. C'est un feu qui couve sous la cendre, se dit d'une passion, d'une haine prête à se réveiller. C'est le feu de l'Etna qui couvait sous la cendre, volt. Catil. v, 3. Le feu terrible qui paraissait presque éteint couvait sous la cendre, pour éclater bientôt avec plus de fureur que jamais, J. J. rouss. Ém. v. || 11 faut laisser couver cela, il ne faut le faire qu'après de mûres réflexions. || 4° Se couver, v. réfl. Etre en sourde préparation. Ne mettez point d'obstacle aux choses qui se couvent, boss. Devoirs, 2. Tous les gens un peu pénétrants virent bien qu'il se couvait, au sujet de mon livre et de moi, quelque complot qui ne tarderait pas d'éclater, j. j. rouss. Conf. xi.

— HIST. xiii* s. Ce sunt cil qui en leur cuer covent leur malice, Psautier, f° 37. Chose que H ton cuer covoit, Ben. 6720. Une geline oï cover, Qui desoz li avoit douze oes [œufs] , ib. 23388. Tel mal ai dedenz moi cové, Par quoi me covendra finer; Bien voi ne puis longues durer, ib. 8058. Quatre loviax gisent enmi , Et ma dame Hersent la love , Qui ses loviax norrist et cove, ib. 36). Car bien est ores esprouvée Latraïson qu'avez couvée, la Rose, 2954. Corn plus couve li feus, plus art, ruteb. 38. J| xiv* s. La très grant traïson qu'il ont longtemps covée Fu en l'ost dessus dit très clairement provée, Complainte sur la bataille de Poitiers, Bibl. des Chartes, 3* série, t. n, p. 201. Et ainsi [le feu d'amour] se queuve et engendre, Com li charbons desouz la cendre, machault, p. 85. Et en droite aventure, je vous acertefie, Met-on les oefs couver, on l'a dit mainte fie, Guescl. 4460. || xvi* s. Je me couve continuellement de mes pensées, et les couche en moy, mont, i, 78. Les tortues et les autruches couvent leurs œufs de la seule vue, id. i, 40t. Les accoustrements nous eschauffent de nostre chaleur, laquelle ils sont propres à couver et nourrir, id. i, SI 9. Un vieillard se faict tort et aux siens de couver inutilement un grand tas de richesses, id. h, 76. 11 couvoit de longtemps en son cœur le paganisme, id. m, 83. Que

COU

je couve quelque maladie causée d'excès, yver, p. 582. Cela descouvrit la maladie cachée et secrette, qui de long temps se couvoit en la ville de Rome, amyot, Marius, 62. Les plus téméraires se prirent à crier que Crispinus ne couvoit rien de bon en son cueur, id. Othon, 4. La poule couvante ne les poussins esclos ne peuvent souffrir l'incommodité d'un mauvais logis, o. de serres, 358. Qui te retient, disoy je, ainsi tard endormie? Tu ne dois si longtemps en paresse couver; La femme d'un vieillard matin se doit lever, desportes, Œuvres, p. 327, dans lacurne. Elle y peut bien pondre, mais elle n'y couvera pas, cotgrave.

— ËTYM. Berry et normand, couer; saintong. coller; wallon, cover; génev. gonver; Franche- Comté, gouver; provenç. coar ; catal. covar ; ital. covare; du latin cubare, être couché.

COUVERCLE (kou-vèr-kl') , s. m. Ce qui est pour couvrir et fermer. Le couvercle d'une botte, d'un pot, d'une marmite. Polyphème referme la porte sur nous avec cet horrible rocher qu'il remue avec la même aisance que si c'eût été le couvercle d'un carquois, fén. xxi, 400. || Fig. Trouver couvercle à sa marmite, se dit, dans un parler très-libre, d'une femme qui trouve mari ou amant. Il n'est si décrépite Qui ne trouve, en donnant, couvercle à sa marmite, Régnier, Sat. xm. || Dans le même sens. Il n'est pas si méchant pot qui ne trouve son couvercle, c'est-à-dire il n'y a pas de femme, quelque disgraciée qu'elle soit, qui ne trouve à se marier.

— hist. xiii' s. Item un pot qui dessus le couvercle a un chevalerot [figure de chevalier], du cange, cavaillerii. Renart tint le covercle haut, EtTybert saut hors de plain vol, Et Renaît letchaoir si fort Le covercle, et si l'empaint, Tybert en a la qeueataint, Ben. 2806. Ens au covercle [de la coupe] par desus, llloec ert paint comme Venus, Pallas et Juno ensement.... FI. et Bl. 465. || xv* s. Ha hay! qui puet avoir osté Du monument et descouvert Le couvescle et entrouvert ? Résur. de N. S. J. C. || xvi* s. Il teint le couvercle si ferme par le dedans, que plusieurs ensemble qui se preforcerent de l'ouvrir n'y sceurent onques rien faire, amyot, Rom. 46. Tel pot, tel couvercle, cotgrave.

— ÉTYM. Lat. cooperculum, de cooperire (voy. couvrir).

t COUVERSEAU (kou-vèr-sô) , t. m. || i° Planche mince dont on forme un couvercle pour les meules d'un moulin. || 2" Anciennement. Etoffe, tapisserie servant à couvrir des chaises et autres meubles.

— HIST. xv* s. Leur lit, leur habitation Estoit soubz arbres; les rainsel [rameaux] Furent leur toit et couversel, E. desch. Poésies mss. f°387, dans lacurne. Le mortier, c'est je veux complaire; le pillon, c'est vous n'aurez rien; Le couverceau , vous me faschez; La fiole, vous me plaisez, coquillard, Droits nouveaux.

— ETYM. Couvrir; provenç. cubresel, couvercle. < . COUVERT, ERTE (kou-vêr, vèr-t'), port, passe'

de couvrir. || 1° Garni, muni de quelque chose qui couvre. Maison couverte en tuile. || Clos et couvert, logé dans une maison qui est bien close et qui a bonne toiture. Le propriétaire doit tenir son locataire clos et couvert. || Fig. Se tenir clos et couvert, se tenir en lieu de sûreté. || Terme de marine. Batterie couverte, batterie de bouches à feu renfermée entre deux ponts. || Ailes couvertes, ailes des insectes qui sont tout à fait cachées sous les élytres. || Terme de botanique. Fruit couvert, fruit que le calice, persistant autour de l'ovaire, et se fermant vers le sommet, enveloppe en entier. || Fig. Servir quelqu'un à plats couverts, ne lui confier un secret qu'en partie, et aussi lui rendre de mauvais offices secrètement. || 2° Vêtu. 11 n'était couvert que de simple serge. Un homme bien couvert. Mais que veut ce soldat couvert à la romaine? mair. Sophon. iv, 4. Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante, rac. Athal. Il, 6. || D'après de Caillières, 4690, dire un homme bien couvert, était une façon de parler du dernier bourgeois. || Qui a son chapeau sur la tête. Le chancelier Guy de Rochefort était assis et couvert, volt. Mœurs, 440. || Terme de musique. Couvert, mot qui indique qu'on doit couvrir d'un drap les timbales afin d'en amortir le son. || 3° Mots couverts, paroles qui cachent un sens différent de celui qu'elles expriment. C'est me conseiller de mourir, en paroles couvertes, sév. 249. || Mots couverts, paroles honnêtes qui en font entendre d'obscènes. || 4° Allée couverte, allée taillée en berceau. || Pays couvert, pays très-boisé. || 6*Chargô, plein de. Une table couverte de mets. Pays couvert de bois. Ces portiques, ces lieux que vous voyez déserts, De

COU

nombreux citoyens seront bientôt couverts, volt Tancr. m, 3. L'océan était couvert de ses flottes, raynal, Eist. phil. ix, 8. || Par extension. Bientôt nos amis Viendront couverts du sang que je vous ai promis, rac. Andr. v, 4 Le héros en prière Demeura tout couvert de feux et de lumière, boil. Lutr. vi. Tu gémis et tes yeux de larmes sont couverts, volt. Ali. îv, 7. || Fig. Un discours couvert d'applaudissements. Et j'aime mieux voir morts que couverts d'infamie Ceux que vient de m'Ôter une main ennemie, corn. llor. iv, 2. Nous mourrons, je le sais, mais tout couverts de gloire. volt. Orphel. iv, 6. || 6" Protégé, défendu. Couverte de toutes parts, la France est capable de tenir la paix avec sûreté dans son sein, mais aussi de porter la guerre partout où il faut, boss. Marie-Thér. Mario est couverte de la vertu du Très -Haut, id. iv, Annonc. 1. Dans la gloire éternelle, les fautes des saints pénitents, couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer et de l'éclat infini de la divine miséricorde, ne paraissent plus, id. Louis de Bourbon. Mannheim.... est au confluentdu Neckeretdu Rhin, et couverte d'un côté par un marais, lafayette, Mém. Cour de France, Œuvres, t. n, p. 374 , dans pougens. Aimé du souverain, de ses rayons couvert, Vous ne servez qu'un maître, et le reste vous sert, volt. Brut, n . 2. Que l'accusé couvert de votre autorité, Sorte de son palais et parle en liberté, M. i. chén. Tibère, v, 5. || Terme d'art militaire. Cette porte est couverte par une demi -lune. Chemin couvert, chemin sur le bord extérieur du fossé et où l'assiégé est à l'abri du feu des assiégeants. || 7° Caché. Et lorsque sous»non nom il se livre à sa perte, Tiendrai-jesouslesienma fortune couverte? corn. Héracl. iv, 4. Il tient en ma faveur leur naissance couverte, id. tb. v, 3. Mais, tenons, s'il se peut, notre douleur couverte, mol. Mélic. n, 2. Tes yeux sur ma conduite incessamment ouverts M'ont sauvé jusqu'ici de mille écueils couverts, rac. Brit. i, 4. Votre empire n'est plein que d'ennemis couverts, id. Alex, il, 2. Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux, id. Andr. n, 2. Au milieu d'ennemis couverts ou déclarés, la bruy. x. Quoi I vous le soupçonnez d'une haine couverte? rac. Brit. v,

4 Je ne sais quel ennemi couvert Révélant nos

secrets, vous trahit et me perd, jd. lft'fnr. iv, 2. Jalousies tantôt couvertes, tantôt déclarées, boss. Bist. m, 6. Ecouta-t-il Jason, quand sa haine couverte L'envoya sur nos bords se livrer à sa perte! corn. Médée, n, 2. Ce feu, tantôt couvert, tantôt soufflé avec violence, désolait ces beaux climats, volt. Scarmentado. || Terme de musique. Quinte, octave couverte, synonyme de quinte, octave cachée. || 8" Dissimulé. C'est un homme couvert. || Se tenir couvert, cacher ses pensées, ses projets. Il [Monsieur] se tint «ouvert au dernier point au sujet des trois ministres, retz, Mém. liv. m, p. 464, dans pougens. H On dit dans le même sens : clos et couvert. || 9° Vin couvert, vin d'une couleur rouge foncée. Il y pleut [dans l'Ile des Plaisirs] du vin couvert quand le temps est chargé, et, dans les plus beaux jours, la rosée du matin est toujours du vin blanc, fén. xix, 38. || 10° Drap couvert, drap qui n'a pas été tondu d'assez près.

2. COUVERT (kou-vêr; le t ne se lie pas; un couver épais; au pluriel, l's ne se lie pas : des cou-vèr épais ; cependant plusieurs lient: des kou-vêr-z épais) , s. m. || 1° Logis où l'on est couvert des intempéries. Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage Le vivre et le couvert : que faut-il davantage? la font. Fab. vu, 3. Des hommes ayant souvent à peine le couvert et la pâture, volt. Mœurs, 444. On donne le couvert à des passants embarrassés de leur g!te, j. j. houss. Ém. v. La solitude a préparé à l'oiseau le vivre et le couvert, chateaub. Génie, i, v, 7. X Dieu no plaise, dit le lévite, que je loge chez un peuple infidèle, et qu'un Cananéen donne le couvert à un ministre du Seigneur, J. i. rouss. Lév. d'Éphr. ch. n. |i Terme de blason. Château ou tour avec un comble. || 2° Terme de fortification. Ouvrage défendu par un autre. || Glacis qui sert de parapet au grand chemin des rondes. || 3» Ombrage que donne un massif d'arbres. Ce jeune bois donne un beau couvert. Ces boutures de peupliers et des épines qui, après avoir pris racine, ont fait un peu de couvert, buffon, Exp. sur les végét. i'mém. || 4" Sous le couvert , avec une enveloppe qui porte l'adresse d'un tiers. Je supplie V. A. R. d'adresser les ordres sous le couvert de M. du Breuil, volt. Lett. Prusse, 4 2. On m'a déjà adressé quelques volumes sous la couvert du général Miollis, p. l. cour. Lett. n, 46. || Fig. Sous le couvert de l'amitié, en prenant les dehors de l'amitié. Sous le couvert des formel

cou

judiciaires, en usant loyalement ou déloyalement des formes qu'imposent les lois. || 5" X couvert, loc. adv. Les troupeau* ne pouvaient trouver d'étables pour être mis à couvert, fén. Tél. I. || Fig. Ma fourbe est à couvert, l'autre a tout avoué, mair. Soliman, m, ». Il n'est pas de ces rois qui, loin du bruit des armes, Sous des lambris dorés donnent ordre aux alarmes, Et, traçant en repos d'ambitieux projets, Prodiguent à couvert le sang de leurs sujets, corn. Victoires du roi. Mettre à couvert son honneur, la font. Contr. Pour savoir, dites-vous, si Jansénius est à couvert, il faut savoir s'il défend la grâce efficace à la manière de Calvin, p'asc. Prov. (*. Afin de vous mettre par là à couvert du côté des juges, id. ib. (3. Voilà tout ce qu'on peut souhaiter pour mettre l'honneur à couvert, id. ib. 7. Cette définition vous met fort à couvert, sfiv. 442. Pour mettre la conscience à couvert, boss. Var. 7. On mettait à couvert la faiblesse et l'innocence, mass. Prière, 2. || Mettre son bien, sa fortune à couvert, les garantir contre les dangers de les perdre, contre des répétitions qui pourraient les compromettre. Voyant ses affaires embarrassées, il a mis la dot de sa femme à couvert. On leur permet de mettre une partie de leur bien à couvert, pasc. Prov. 8. Mazarin prit ses mesures pour mettre à couvert ses richesses, volt. Louis XIV, 6. || Terme de commerce. Etre à couvert, avoir des garanties sûres pour les avances faites à quelqu'un. || 6* A couvert de, loc. prépos. Dans une situation où l'on est couvert, et défendu contre quelque chose. Être à couvert du canon. Une tente où l'on pourra se mettre à couvert de tout, sév. 435. Vous qui mettez sa tête à couvert delà foudre, corn. Hor. v, 3. C'est attendre l'issue à couvert de l'orage, id. Pulch. m, I. La vengeance dont Dieu avait voulu les mettre à couvert, boss. Hist. n, 9. || Fig. Je veux me voir en vous renaître de ma cendre, Et, par vous à couvert des outrages du temps, Commencer à mon âge un règne de cent

ans, rotr. Vencesl. i, i Nous, à couvert de toutes

ses poursuites, De ce coup hasardeux ne craindrons point les suites, mol. VÉlour. m, 7. Quand on est faite comme vous, on doit être à couvert de toutes ces sortes de craintes, ID. Festin de P. a, 2. Il entre [dans la rivière], et son cheval le met A couvert des voleurs, mais non de l'onde noire, la font. FM. vm, 23. Je me crois à couvert des rhumatismes, sév. 282. Dans ces refuges où la pudicité est à couvert des tentations du désespoir et de l'indigence, flécb. Panég. n, p. 321. Etant seul à couvert des traits de la satire, boil. Sat. îx. Votre vertu vous met à couvert du trépas, rac. Théo, H, 2. On y est [dans la vertu] du moins à couvert des dégoûts du monde et des passions, mass. Car. Dégoûts. La vertu la plus entière n'est plus à couvert de la contradiction des langues, m. ib. Pet. nombre des Élus. Que n'opposez-vous pas pour vous mettre à couvert de ce devoir? jd. ib. Mot. de conv. Elle mit à couvert de la contagion le trésor de la grâce, id. Av. Conc. Pour mettre son héros à couvert de surprise, volt. Calil. a, 1. 1| Dans un tout autre sens, à couvert de, protégé par. Le régiment était à couvert d'un bois. A couvert de sa mauvaise mine, sév. 498. Il n'a songé qu'à se mettre à couvert de Rome, boss. Lett. quiet. 464.

— sym. A couvert, A l'abri. X l'abri ajoute une idée de protection qui n'est pas dans la locution à couvert. Celui qui est à couvert est simplement couvert; celui qui est à l'abri est protégé, défendu, garanti.

— HiST. xiir» s. Il deit jurer sur sains que il n'a, ne autre por lui, dou sien à covert ne à descovert, de quei il li puisse fere que plege.... Âss. de J. i, 192. Meson en laquele ele doit avoir le covert por son cors garder et garantir, beaum. xxx, <0». || xvi* s. S'estant jecté hors du couvert d'un moulin à vent, mont, i, 49. Il ne change, pour hyver et temps qu'il face, le mesme bonnet qu'il porte au couvert, id. i, 260. Nul moyen de loger à couvert ses blecez, id. 1,356. Il le fit lever, lui priant de lui donner le couvert pour cette nuit. — Endurez que je demeure ici à couvert, attendant qu'il soit jour, dksper. Contes, xliii. Un grand couvert [hangar] comme haie de marché, y sera dressé, o. de serres, 21. Ce que les veneurs en leurs termes appellent couvert, l'opposans à la campagne , pithou, Coust. de Troyes, p. 636, dans lacurne. O combien de biens faits obmis, et de mechancetez se commettent sous le couvert des formes, lesquelles l'on ne sent pas, charron, Sagesse, p. 43, dans lacurne.

— ÊTYM. Couvert (; provenç. cubert ; portug. coberta; ital. coprrlo.

J. COUVERT (kou-vêr; le t ne se lie pas; un cou-

cou

vert élégant; dites : un kou-vêr élégant; au pluriel, l's ne se lie pas: des kou-vêr élégants; cependant plusieurs lient : des kou-vêr-z élégants), s. m. || 1° Ce dont on couvre une table, nappe, assiettes, cuillers, fourchettes, etc. avant de servir les mets. On apporte la nappe et l'on met le couvert, réonier, Sat. x. La vieille.... met le couvert, la font., Fauc. Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis; Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis, la font. Fabl. i, 9. Mais, que vois-je! de bons amis Que rassemble un couvert bien mis, bêrano. Acad. et Cav. || Grand couvert, repas qu'un monarque fait en public avec un certain cérémonial. Mais je vois en pitié le Crésus imbécile Qui jusque dans les champs me transporte la ville; Avec pompe on le couche, on l'habille, on le sert, Et Mondor au village est à son grand couvert, delille, Homme des ch. 1. 1| Petit couvert, repas sans cérémonie des rois et princes. Elles [les princesses] mangèrent à leur petit couvert, volt. Babyl. 4. || J° L'assiette , la serviette, la cuiller, la fourchette, le couteau et le verre de chaque convive. Mettez un couvert pour Monsieur. Il y avait dans un coin cinq ou six couverts où se mettaient tantôt les unes [des princesses] tantôt les autres, mais qui n'étaient tenus par personne, st-sim. 32, 121. Alexandre dressa pour le festin une tente qui contenait cent tables, où par conséquent il pouvait y avoir neuf cents couverts, rollin, Hist. ane. Œuvres, t. vi, p. ^9\ , dans pougens. On lui apporta un couvert; il se jeta d'abord sur l'omelette avec tant d'avidité qu'il semblaitn'avoir mangé de trois jours, lesaqe, GU Blas, i, 2. || Avoir toujours son couvert mis chez quelqu'un, être certain qu'on y sera toujours reçu à dîner. || 3" La cuiller et la fourchette réunies. Une douzaine de couverts d'argent à filet. || 4° Etui garni d'un couvert et du couteau. Couvert de vermeil. Il porte toujours son couvert en voyage.

— HIST. XV s. Messire Gautier de Passac et messire Guillaume de Lignac demourerent avec les chevaliers et les menèrent en une belle chambre où on avoit couvert pour disner, froiss. h, m, 86. Madame ma mère vit que l'on servait madame la Dauphine à couvert, et madame la duchesse de Bourgogne point, de laborde , Émaux, p. 232. Quand madame la duchesse mangeoil là où monsieur le Dauphin estoit, l'on ne la servoit point à couvert, et ne faisoit on pas d'essay devant elle, mais beuvoit en sa coupe sans couvrir, id ib. || xvi* s. Puis furent amenez en la grande sale, qu'ils trouvèrent si riche parée , et le couvert de quatre longues tables si bien ordonné que.... carl. v, 42.

— ÊTYM. Couvert l; bourguig. couvar. Mettre le couvert se disait ainsi parce que, aux tables des rois et des princes, les plats, hanaps, salières avaient un couvercle, sorte de garantie extérieure contre l'empoisonnement; de là couvert a pris le sens des assiettes, fourchette, cuiller, couteau, qu'on met devant un convive, et plus particulièrement encore, de la fourchette et de la cuiller.

COUVERTE (kou-vèr-f) , s. f. || 1* Terme de manufactures de terres fines. L'émail dont est revêtue la terre mise en œuvre, faïence ou porcelaine, et qui est composé de substances facilement vitrescibles. C'est sur la couverte que l'on peint. Quoi qu'ii en soit de cette conjecture, on peut assurer qu'il n'y a point de porcelaine dont la couverte soit plus agréable à la vue, plus égale, plus unie, plus solide et plus fine, raynal, Hist. phil. v, 7. De quels métaux fondus la pâte blanchissante Forma d'un riche enduit leur couverte brillante, delille, Trois règnes, iv. || La portion extérieure de la porcelaine qui est à demi vitrifiée par la cuisson. On donne le nom de couverte à cette couche qui constitue proprement la porcelaine, raynal, Hist. phil. v, 27. || 2" Couverture. Un garde-robe gras servait de pavillon, De couverte un rideau, Régnier, Sat. xi. Hors d'usage en ce sens. || Aujourd'hui, couverture de laine employée par les militaires. || Chez les emballeurs, enveloppe extérieure de toiles qui viennent du Levant. || Châssis sur la forme du papetier. || 3° Terme de marine. Toiture des bâtiments désarmés; pont supérieur. || 4" Terme de fauconnerie. L'une des deux grandes pennes du milieu de la queue d'un faucon. || Vol à la couverte, chasse où l'on approche le gibier à la faveur de quelque couvert, haie ou bosquet.

— HIST. xiv s. Pour ce convint que il jurast; S'il ne l'eust fait, il estoit mast ; Mais il joua d'une couverte Et se sauva de plus grant perle, /.il), du bon Jch. 2960. Il s'est, à la couverte, aimé souffisamment, Baud. de Seb. vin, 895. || xv* s. Si chevauchèrent bien un grand temps à la couverte tuusdis

COU

encostiantl'ostauxAnglois, froiss. i, i, »l.|| xvi*s. Quand il eut bien fait du mauvais, il fut contraint de s'apaiser pour une couverte de Catalogne que lui donna le sire André, desper. Contes, xi.

— ÊTYM. Couvert > ; provenç. cuberta/ espagn. cubierta.

COUVERTEMENT (kou-vèr-te-man), adv. D'une manière couverte, cachée. M. de Mayenne se servit, quoique couvertement, des seize, qui étaient les quarteniers de la ville, retz, h, 268. On corrompt mes sujets, on conspire ma perte, Tantôt couvertement, tantôt à force ouverte, desmaiiuts, Mirame, i, i.

— HIST. nii' s. Car li plusor songent de nuit Maintes choses couvertement Que l'on voit puis apertement, la Rose, 19. Et cil meisme qui estoient contre lui estoient si ami couviertement, Chr. de Jiairu, p. 131. || xv* s. Quand jour fut, ces marchands qui estoient couvertement armés.... froiss. i, i, 431. || xvi" s. Dès la naissance de l'Eglise chrestienne telles diversitez ont aparu, qui se sont continuées tantost couvertement, tanlost ouvertement, et du reront jusqu'à la fin du monde, lanoue, 70. Les femmes Scythes crevoient les yeulx à touts leurs esclaves et prisonniers de guerre, pour s'en servir plus librement et couvertement , mont, m ,

— ÊTYM. Couverte, et le suffixe ment; provenç. cubertament ; espagn. cubiertamente ; ital. coperlamente.

COUVERTURE (kou-vèr-tu-r') , s. f. || 1* Toile, drap, étoffe quelconque qu'on étend ou qu'on dresse sur une chose pour la couvrir. Couverture de canapé. Les capuchons sont les plus anciennes couvertures de tête que les ecclésiastiques aient portées à l'église, thiers, Jïiîf. des perruques, ch. 4. || î* Papier, peau, etc. qui sert à couvrir un livre. La couverture d'un livre. Une riche couverture, jj On dit plutôt reliure, quand la couverture est en peau. || 3" Absolument, la couverture d'un lit. Une couverture de laine. Il mit la tête sous les couvertures, iiamilt. Grcmm. 9. De peur que son père ce découvrît par la lumière qui était dans sa chambre toutes les nuits, qu'il les passait à travailler, il étendait devant sa fenêtre les couvertures de son lit qui ne lui servaient plus qu'à cacher qu'il ne dormait pas, fonten. Hartsoeker. Des domestiques qui étaient entrés dans sa chambre lui jetèrent des couverlurcs sur la tête et l'étouffèrent [Démétrius] , rollin, //ût. anc. t. vm, p. 676, dans pougens. || Faire la couverture, replier le drap et la couverture et préparer lé lit de façon à ce qu'il n'y ait plus qu'à se glisser dedans. || Mettre un homme dans la couverture, le berner; et fig. se moquer de lui. Je fus berné v< n dredi après dlnê.... j'eus beau crier et me défendre ; la couverture fut apportée, et quatre des plus forts hommes du monde furent choisis pour cela, voit. Lett. 9. Une des choses qui m'effrayait le plus était que, lorsque j'étais bien haut et que je regardais en bas, la couverture me paraissait si petite, qu'il me semblait impossible que je retombasse dedans, id. ib. || Fig. Tirer la couverture à soi, de son côté, se faire sa part plus grosse qu'il ne serait juste. || 4* Pièce d'étoffé en fil ou en laine, plus ou moins ornée, et attachée par un surfaix sur le corps des animaui et surtout des chevaux, pour les protéger contre le froid, la malpropreté, les insectes. || 6" Terme de jardinage. Objet mauvais conducteur du calorique, employé par les jardiniers pour protéger les semis ou plantes contre le froid ou les rayons du soleil, et qui est fait de paille, de litière, de feuilles, de branches sèches, de paillassons, de caisses en bois, de cloches. || 6* Ce qui forme la surface extérieure d'un toit. Couverture en tuile, en chaume, etc. || 7" Le droit, en Espagne, de se couvrir devant le souverain, droit dont l'octroi est l'objet d'une certaine solennité. D'abord le nouveau grand ou celui qui succède à un autre, car cela est pareil pour l.i couverture, visite tous les grands; j'y menai m< n (ils; ensuite il en choisit un pour être son parrain. .... Je remarquai la bonté du roi , qui , en peine que mon fils manquât à se couvrir à temps, lui fit den» fois signe de le faire comme il se relevait de ton inclination après le cobrios [couvrez-vous] ; il obéit, et s'étant couvert , il fit, comme c'est l'usage, un remerciment au roi de demi-quart d'heure, pen lequel il mit quelquefois la main au chapeau et le souleva deux fois, à une desquelles le roi mit la main au sien, st-sim. 676, 264. La couverture de mon second fils se fit le ••* février, jour pour jour, précisément quatre-vingt-sept ans depuis la réceplion de mon père au parlement, comme duc et put de France, ib. 68», 81.118" Fig. Prétexte, masque,

COU

COU

COU

faux-semblant. Des excuses de mal faire et des couvertures de crimes. Puis outre le saint voeu qui sert de couverture.... Régnier, Sat. xm. L'étroite parenté leur sort de couverture, tristan, Mort de Chrispe, II, 2, C'est pour servir de prétexte et de couverture à l'avarice et à l'ingratitude, patru, Plaidai/. », dans richelet. Il paraît que tout ce qu'il [Henri VIII] publia sur l'embarras de sa succession ne fut qu'une ; couverture, tant de ses nouvelles amours que du dégoût qu'il avait conçu de la reine sa femme, boss. j Var. vu, § 51. Il fallait trouver quelque couverture j à un défaut si visible, id. ib. xv. M. le Prince, sen- ; sible à la gloire d'une couronne pour un gendre qu'il ; estimait, cachait sous cette couverture la joie du / repos de sa famille, st-sim. 48, 62. || 9° Terme de banque et de commerce. Provisions, cautions données pour assurer un payement. Ce négociant me doit beaucoup, mais j'ai de bonnes couvertures. || Terme de bourse. Dépôt de titres ou d'espèces exigé souvent du client par l'intermédiaire pour diminuer les risques que ce dernier a à courir dans la conclusion des marchés à terme. || 10° Morceau de gros acier forgé recouvrant un morceau d'acier fin. || Plaque d'une serrure. || Planches inclinées pour garantir de la pluie des piles de bois. || 11° S. f. plur. Plumes recouvrant le dessus et le dessous des pennes des ailes et de la queue des oiseaux.

— HIST. xii" s. E [tu] dunas à mei la coverture de la tue salut, e la tue destre receut mei, Liber psalm. p. 20. X ma dolor n'a mestier couverture ; Si souspris sui, que je ne sai que faire, Coud, p, (26. Por ce ke il puist ferir et ocire les dévotes pensées, s'atapist il desor la eovreture de dolor, Job, 446. Fiert soi [le feu] es tours, et el maistre clochier ; Les covretures covint jus trebuchier, Raoul de C. 60. || xm* s. Toute la couverture [du lit] à ses deus mains [elle] saisi, Berle, lxxxix. Lacovreture de la sele Ert d'un brun paile de Castele, FI. et Bl. 4(87. || xv s. Et le bourgeois qui trahit les avoit, se mit à fuire par couverture avec eux [afin de couvrir sa trahison], froiss. i, i, (»o. Je vous vouldroye prier que vous me prestissiez ung de ces escus à porter à ceste assemblée et les couvertures [cottes] et tout l'autre habillement, Lancelot du lac, t. m, f° ((6. Sire chevalier, que povez vous avoir rie ainsi seigner? Certes, dit Nero par couverture | feinte], c'est pour la douleur de ma playe qui se est repriuse à seigner , Perceforest , t. v , f" 33. || xvi* s. Les femmes saisissent à deux mains toute couverture de contraster à leurs maris, mont, iii, 8(. L'harquebuserie sans couverture se renverse aisément, lanoue, 32(. Les nappes, les couvertures du lit, il vendoit tout cela, desper. Contes, lxxix. Elle leur monstra un flambeau ardent de dessus un figuier sauvage, en estendant derrière quelques tapis et couvertures, amyot, Rom. 4». Des couvertures de licts, id. Luc. 23. Ses faultes n'ont aucune couverture ne couleur honneste, id. Thés, et Rom. comp. 6. Il ordonna que les couvertures des maisons se feissent avec la cognée, et les huisseries avec la sie seulement, id. Lyc: 23. Leur commune voix [des chirurgiens] est que ce fut le roy St Louys, le tirant en couverture [preuve] de l'appointé qui fut fait entre maistre François Fromond et Robert de Langres, chirurgiens du roy jurez du chastelet d'une part, et maistre François de Troy.es prevost d'autre, pasquier, Recherches, îx, p. 824 , dans la-

CUHNE.

— ETYM. Couvert (; bourguig. couvature; rouchi, couverto; wallon, cofeteu; provenç. coopertura, cuberlura; catal. cubertora; espagn. cobertura; ital. coprilura. L'ancien fiançais avait aussi covertor, coverlur,couvretoir,na\ étaient masculins et venaient de cooperlorium. Fort sont li lac [liens] et grant li couvertour, Ce n'est pas gas, Enquelz cil est ki aime par amours, Poésies mss. avant 4300, t. i, f°63, dans i.acurne.

COUVERTUR1ER (kou-vèr-tu-rié ; Vr ne se lie jamais; au pluriel, l's se lie: des kou-vèr-tu-rié-z' achalandés) , s. m. Fabricant ou marchand de couvertures de lit.

— ÉTYM. Couverture ; provenç. coberlurier. COUVET (kou-vè; le t ne se lie pas dans le parler

ordinaire; au pluriel, l's se lie: les kou-vè-z et la braise), t. m. Petit pot de cuivre ou de terre qui sert de chaufferette aux marchandes se tenant en plein air.

— Etym. Couver; génev. covet; bourguig. côvà, touveau, chaufferette.

COUVEUSE (kou-veû-z') , s. f. Poule qui couve. Une bonne couveuse. || Four hydraulique où l'on fait les couvaisons artificielles, soit de graine des vers à soie, soit d'œuis de poule.

— HIST. xvi* s. En quelque lieu qu'on loge les couveuses, o. de serres, 369.

— ÉTYM. Couver; picard, couvoère.

COUVI (kou-vi), adj. m. Des œufs couvis, œufs gâtes soit par un commencement de couvaison, soit pour avoir été trop longtemps gardés.

— HIST. xv s. Nous allons par péché périssant pour plusieurs dieux, où sommes obéissant; dont puons trop plus que l'œuf couvy, et tout par nostre folye, Perceforest, t. I, f° 64.

— ÉTYM. Autre forme de couvé; Berry, coût.

t COUVOIR (kou-voir), s. m. Appareil à couver artificiellement des œufs.

— HIST. xvi' s. La hauteur de la couche appellée couvoir [dans un jardin] montera jusqu'à deux ou trois pieds sur terre.... au couvoir, en telle manière dressé et accommodé, sera semée la graine de melon, o. de serres, 643.

— êtym. Couver.

t COUVR AILLE (kou-vra-11', Il mouillées), s. f. Nom des semailles dans quelques contrées.

— ÉTYM. Couvrir.

COUVRE-CHEF (kou-vre-chèf; Chiffiet, Gromtn. p. 208, au xvii' siècle, dit que l'fne se prononce jamais),*, m. || 1° Bonnet, chapeau. Jupiter fit àTyphon leur grand chef D'une montagne un couvre-chef, scarron, Gigantomachie. Ayant sur soi ce nouveau couvre -chef, la font. Psaut. Elle [Mme la duchesse] était sur son lit en robe de veuve bordée et doublée d'hermine, pareille à celle des duchesses veuves, et comme elles ayant le couvre-chef, stsim. 262 , 7. || Aujourd'hui il ne se dit plus que par plaisanterie. || 2° Terme de chirurgie. Bandage pour la tête, ainsi appelé parce que les circonvolutions recouvrent la tête. || Au plur. Des couvre-chefs.

— HIST. xm* s. Quiconques veut estre teisserandes [ouvrière] de queuvrechiers de soie à Paris, Liv. des met. 99. S'il vuet à s'amie novele Donner cuevrechief ou cotele, (o Rose, 9808. || XV s. Chacun de nous prit sa buire et les emplismes, et puis nous mismes au retour vers la ville, nos visages enveloppés de couvre-chefs, proiss. n, m, (0. Ladicte damoyselle estoit en son habit de dueil et n'avoit que ung couvre chief sur la teste, qui estoit habit humble et simple et pour leur faire pitié par raison, comm. v, (7. Pour faire draps et cravechiez, Nappes, touailles et oreillez.... la Nativité de N. S. J. C. Ilystère. ||xvi's. Les femmes mariées, icy prez, en forgent, de leur couvrechef, une figure sur leur front, pour se glorifier de la jouissance [d'être mariées]; et, venant à estre veufves, le couchent en arrière et ensepvelissent soubz leur coelïure, mont. m, 332. J'ayme mieulx mourir l'espée au poing à la deffense de la muraille pour le service du roy, que languir en mon list le couvrechief en la teste, pour naturelle mort attendre, jean d'auton, Ann. de Louis III, ms. f° 27 , dans lacurne.

— étym. Couvrir, et chef dans le sens de tête; wallon, courchi.

t COUVRE-FACE (kou-vre-fa-s'), s. m. Ancien terme de fortification. Pièce à peu près pareille aux contre -gardes. || Au plur. Des couvre-faces.

— étym. Couvrir, et face.

COUVRE-FEU (kou-vre-feu), s. m. || 1" Ustensile dont on se sert pour couvrir le feu et le conserver. || 2° Coup de cloche qui marquait l'heure de se retirer chez soi et d'éteindre feu et lumière. Sonner le couvre -feu. Elles [les femmes publiques] étaient obligées de s'y rendre à dix heures du matin et d'en sortir dès qu'on sonnait le couvre-feu , saintfoix, Ess. Paris, Œuvres, t. ni, p. 7», dans pougens. || Au plur. Des couvre-feu.

— HIST. xm* s. S'il ne portent lanterne et candelle ardant, puis ke li cloke de cuevrefu ara soné, tailliar, Recueil, p. 398. Nus crespignier ne puet ne ne doit ouvrer ne faire ouvrer en nule seson, puis l'eure que quevre feu est sonez à Saint Merry, Liv. des met. 86. S'oïrent covre-feu soner, Et con il l'orent entendu, Onques n'i ont plus atendu, Ren.

— ÉTYM. Couvrir, et feu; angl. curfew.

t COUVRE-GIRERNE (kou-vre-ji-bèr-n'), s. m. Étui , soit de toile écrue , soit de cuir verni , dont on enveloppe la giberne. [| Au plur. Des couvre-gibernes.

— étym. Couvrir, et giberne.

t COUVRE-JOINT (kou-vre-join), s. m. || 1° Terme de maçonnerie. Maçonnage qui cache le joint de deux dalles. || 2° Terme de menuiserie. Tringle de bois dont on couvre les joints des planches. || Au plur. Des couvre joints.

— ÉTYM. Couvrir, eljoint.

t COUVRE-LIT (kou-vre-li), *. m. Pièce d'étoffe

ou de tapisserie servant à couvrir des lits. || Au plur. Des couvre-lits.

— ÉTYM. Couvrir, et lit.

t COUVRE-LUMIÈRE ( kou-vre-lu-miê-r"), t. m. Terme de marine. Autrefois petite plaque en plomb ou en cuivre, aujourd'hui petit dôme en plomb ou en cuivre, dont on recouvre la lumière des canons, pour empêcher que rien n'y entre. || Au plur. Des couvre-lumières.

— ÉTYM. Couvrir, et lumière.

COUVRE-PIED (kou-vre-pié), s. m. Petite couverture qui sert à couvrir les pieds. || Couverture en laine ouvragée, ou en étoffe blanche, ou en autre étoffe, généralement assortie aux rideaux, et qui s'étend sur le lit tout entier pour l'orner et cacher le dessous.

— REM. L'Académie ne dit rien sur le pluriel. De son côtéLaveaux remarque : «On devrait écrire, au singulier, un couvre-pieds, car il s'agit de ce qui couvre les pieds et non le pied. Mais, puisque l'usage veut qu'on écrive couvre-pied sans s au singulier, on doit l'écrire de même au pluriel; car, au singulier comme au pluriel, il a la même signification.» X ce que dit Laveaux, il faut ajouter que, au pluriel, s'il n'y a pas de faute à écrire des couvre-pied, il n'y en a pas non plus à écrire des couvre-pieds-

— ÊTYM. Couvrir, et pied.

t COUVRE-PLAT (kou-vre-pla) , f, m. Couvercle qu'on place sur un plat. || Au plur. Des couvre-plats.

— ÉTYM. Couvrir, et plat.

t COUVRE-PLATINE ( kou-vre-pla-ti-n' ) , s. m. Morceau de cuir qui couvrait la platine d'un fusil pour la défendre de l'humidité. || Plaque de plomb dont on recouvre la batterie-platine d'un canon. || Au plur. Des couvre-platines.

— étym. Couvrir, et platine.

t COUVRE-SHAKO (kou-vre-cha-ko), *. m. Couverture de shako en toile cirée. || Au plur. Des couvre- shakos.

— étym. Couvrir, et shako.

COUVREUR (kou-vreur), s. m. Ouvrier qui fait ou répare les couvertures de maison. Un homme de cœur pense à remplir ses devoirs, à peu près comme le couvreur pense à couvrir.... Le premier n'est guère plus vain d'avoir forcé un retranchement, que celui-ci d'avoir monté sur de hauts combles, ou sur la pointe d'un clocher, la bruy. ii. Et des couvreurs, grimpés au toit d'une maison, En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison, boil. Sat. vi. La tête ne tourne point aux couvreurs sur les toits, j. j. rouss. Ém. il. || Adjectivement. Compagnon couvreur.

— HIST. xm* s. Et li couvreres ki autrement le [la maison] couverroit, il serait à dis livres [d'amende], tailliar, Recueil, p. 226. Charrons, couvreurs de mesons et toutes autres manières d'ouvriers qui euvrent du trenchant en merrien, Liv. des met. (04. || XV s. Cil Vautre estoit un couvreur de maisons, FROISS. II, h, (07.

— ÉTYM. Couvrir.

COUVRIR (kou-vrir), je couvre, nous couvrons; je couvrais; je couvris; je couvrirai; je couvrirais; couvre, couvrons ; que je couvre, que nous couvrions; que je couvrisse; couvrant; couvert, v. a. || 1° Garantir à l'aide d'une chose qu'on étend ou met sur une autre. Couvrir une voiture avec la bâche. Qu'il voie que tous les hommes portent à peu près le même masque, mais qu'il sache aussi qu'il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre, j. j. rouss. Ém. iv. || Se couvrir, couvrir à soi. Elle s'était couvert la tête de son voile. La jeune fille se mit à pleurer en se couvrant le visage, id. Lévite d Éphr. ch. i. || Mettre le couvercle. Couvrir la marmite. || Garnir d'un toit. Couvrir une maison en ardoises, en tuiles. || Envelopper. Couvrir un livre. Couvrir un canapé de toile de Perse. || Terme de jeu de dames. Couvrir une dame, mettre une dame sur celle qui est arrivée à dame. || Terme de trictrac. Couvrir une dame, mettre sur une flèche une seconde dame pour empêcher que la première ne soit battue. || Terme de domino. Couvrir un dé, adapter à un dé posé un autre dé qui manque à l'adversaire. || Terme de jeux de carte. Couvrir une carte, mettre une carte sur une autre. Couvrir une carte, mettre de l'argent dessus. Couvrir un momon, accepter le défi d'un momon (voy. momon). || Par exagération, couvrir d'or un tableau, un manuscrit rare, en donner un prix excessif. || Terme de banque et de bourse. Donner une couverture, offrir des garanties. || Couvrir le feu, mettre de la cendre dessus pour le conserver. || Populairement. Couvrir la joue à quelqu'un, lui donner ua soufflet. || 2° Couvrir les pauvres, leurdouner des vêtements. || Couvrir

cou

cou

cou

quelqu'un, augmenter ses vêtements pour qu'il n'ait pas froid. Cet enfant s'enrhumera, vous ne le couvrez pas assez. || Couvrir un malade, augmenter ses couvertures, pourqu'il n'aitpas froid ou pour qu'il sue. || 3" Charger, remplir à l'extérieur. Couvrir un habit d'or. Ce cabriolet m'a couvert de boue. Les Anglais couvrirent la mer de leurs vaisseaux. Je couvrirai plafonds, voûte, voussure Par cent magots.... volt. Goût. Ce fut lui qui voulut que son fils, encore enfant, montât sur l'échafaud et qui lui dit : Soyez couvert de mon sang, et apprenez à mourir pour vos rois, id. Louis XV, 25. || Couvrir les bougies, y mettre la dernière couche, en les attachant par la tête au cerceau. || Couvrir les perles, enduire d'essence d'Orient l'intérieur des perles factices. || Fig. Couvrir de honte. Cette action le couvrit de honte. 11 ne lui sera pas difficile de couvrir de confusion de simples particuliers comme vous et vos jésuites, qui, par un attentat criminel, usurpent l'autorité de l'Église, pasc. Prov. 42, Défense. Son infâme Antinous, dont il fit un Dieu, couvre de honte toute sa vie [de l'empereur Adrien], boss. Hist. i, 40. || 4" Être répandu sur, être étendu sur. Une foule nombreuse couvrait les rues et les places. Quand de tels gens couvriront vos remparts, Je vous dirai : dormez, poètes picards; Devers la Somme on est en assurance; Devers le Rhin tout va bien pour la France, la font. Poésies mêlées, xli. Où se peuvent cacher tes saints ? Les pécheurs couvrent la terre , bac. A thaï, il, 9. La rougeur me couvre le visage, id. Phèd. i, 3. Tout imita Paris [lors de la St-Barthélemy]; la mort, sans résistance, Couvriten un moment la face de la France, volt. Henr. H. Ce sont les vignes qui couvrent principalement les campagnes voisines de la capitale, haynal, Hist. phil. n, 48. Aucun physicien ne doute aujourd'hui que la mer n'ait couvert une grande partie de la terre habitée, d'alemb. Abus de la crit. Œuvres, t. îv, p. 266, dans pougens. Kutusof, plus confiant dans ses canons que dans ses soldats, ne cherchait* à vaincre que de loin; ses feux couvraient tellement tout le terrain occupé par les Français, que le même boulet qui renversait un homme du premier rang allait tuer sur les dernières voitures les femmes fugitives de Moscou, ségub , Hist de Nap. x, 8. || Absolument. On dit qu'une encre couvre, quand elle a une bonne teinte noire sur le papier qu'on imprime. || 6° Interposer une chose comme défense ou rempart. Il le couvrit de son corps. L'armée qui nous couvrait des ennemis était invincible, la bruy. xii. La plus grande partie de la cavalerie, bardée de fer, couvrait le front de cette aile droite, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. x, p. 219, dans pougens. Ces forces destinées à couvrir les établissements de leur nation, à détruire ceux de leur ennemi, étaient plus que suffisantes pour ce double objet, raynal, Hist. phil. iv, 23. Les montagnes de Norvège sont des boulevards admirables qui couvrent de ce vent les pays du Nord, montesq. Esp. xvii, 3. Elles couvriront les racines des ardeurs du soleil, id. Arsace et lsm. En même temps que sur son flanc droit le maréchal se fait un rempart de ces malheureux, il a regagné les bords du Dnieper, dont il couvre son flanc gauche, et il marche entre deux s'avançant ainsi de bois en bois, de plis de terrain en plis de terrain, profitant de toutes les sinuosités, des moindres accidents du sol, sêgur, Hist. de Nap. x, ». || Terme militaire. Couvrir un siège, empêcher que l'ennemi ne le fasse lever. Couvrir ses derrières, empêcher que l'ennemi ne puisse inquiéter l'arrièregarde ou couper les communications. || Terme de marine. Un vaisseau en couvre un autre quand il se place, dans un combat, entre ce vaisseau attaqué et l'ennemi. || Le pavillon couvre la marchandise, c'est-àdire que, par exemple, un navire de commerce sous pavillon français ne peut être visité par aucun vaisseau de guerre d'une autre nation. || Fig. Couvrir quelqu'un de sa protection. Nous pourrons tous les deux, empressés à lui plaire, Couvrir de nos respects la vieillesse d'un pore , ducis, Abuf. m, 2. || 6° Cacher. Le voile de la nature qui couvre Dieu, pasc. dans cousin. Toutes choses couvrent quelque mystère; toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu, id. ib. Dieu ne sort du secret de la nature qui le couvre, id. t'6. Les affections temporelles couvrent les biens spirituels où elles conduisent; les joies temporelles couvrent les maux éternels qu'elles causent, id. ib. Vous le couvrez [le moi], vous ne l'ôtez pas pour cela ,id. ib. Etant jeune , j'ai su bien user des plaisirs; Ores j'ai d'autres soins en semblables désirs; Je veux passer mon temps et couvrir le mystère, Régnier, Sat. xin. Et ce masque trompeur de fausse hardiesse Nous déguise sa crainte et couvre sa faiblesse, corn.

Nicom. ni, 4. Qui, pour perdre quelqu'un, couvrent insolemment De l'intérêt du ciel leur fier ressentiment, mol. Tart. i, 6. Couvrons à l'infidèle un vif ressentiment, id. D. Garde, II, 4. L'amour-propre que l'on couvre du beau nom de l'amour de la vérité, sév. 96. D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice, rac. Iphig. ni, 6. Je me suis tu cinq ans; et jusques à ce jour D'un voile d'amitié j'ai couvert mon amour , id. Bérén. i, 2. Elle tâchait de couvrir sous ces paroles menaçantes la joie de son cœur, fén. Tél. i. Le feu qu'il porte dans son cœur est couvert sous de viles apparences, mass. Car. Resp. Le ciel , qui dans mes mains a remis votre enfance, D'une profonde nuit couvre votre naissance, volt. Œdipe, v, 2. Couvre plutôt ce nom d'un éternel silence, lemerc. Idom. il, 4. La loi était presque anéantie; elle fut couverte par [disparut sous] l'opulence de la cité, montesq. Esp. 27. Ces exemples nous montrent combien une religion mal entendue, qui couvre du nom respectable de la divinité les plus grands crimes, est capable de faire illusion à l'esprit humain, rollin, Hist. anc. Œuvres, t. v, p. 4 5, dans pougens. Couvrant leurs intérêts de l'intérêt des cieux, volt. Henr. il. || Terme militaire. Couvrir sa marche, la cacher, la dérober à l'ennemi. || Par extension. Ils [les chats] savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, bufp. Chat. Il Fig. Couvrir sa marche, cacher sa conduite, ses démarches, ses vues, etc. Tantôt couvrant sa marche et ses finesses, la font. Conf. || Couvrir son jeu , tenir les cartes que l'on a en maiD, de manière qu'elles ne soient pas vues des autres joueurs; et fig. cacher ses intentions, ses actions. Il fautavouerqueM. le cardinal Mazarin joua et couvrit très-bien son jeu en cette rencontre, retz, Hem. liv. u, p. 440, danspouGENs.|| 7° Pallier, excuser.. ..Unadroit mensonge à couvrir le forfait, corn. 0eracJ.il, 2. Ciel I faut-il que le rangdonton veut tout couvrir, De cent sots tous les jours nous oblige à souffrir! mol. Fâch. i, «. Non, vous voulez en vain couvrir son attentat, rac. Phèd. v, ». D'un voile d'équité couvrant mon injustice, id. Andr. iv, 6. Sa haute réputation et l'éclat de ses victoires couvrirent ces irrégularités, vertot, Révol. rom. xi, p. 4 45. On blâme les faveurs dont vous couvrez leurs crimes, delav. Vêpres sicil. n, 2. Mais quelles qualités purent jamais couvrir les vices qui le rendirent l'objet de la haine de ses sujets? bollin, Hist. anc. Œuvres, t. v, p. 23t. L'agrément couvre tout, il rend tout légitime; Aujourd'hui dans le monde on ne connaît qu'un crime, C'est l'ennui.... gresset, Méchant, iv, 7. ^"Effacer, réparer, en parlant des fautes, des manquements. Une amnistie a couvert ce délit. Un mariage subséquent couvre le défaut de naissance des enfants. || Terme de pratique. Couvrir la prescription, l'interrompre. Couvrir une nullité, l'écarter de manière qu'elle ne puisse plus être opposée. || Couvrir un crime, s'est dit quelquefois dans un sens analogue. || 9° Dominer, étouffer. Le bruit qui se faisait dans l'assemblée couvrait la voix de l'orateur. Il [le poète] n'a qu'àdire un mot pour couvrir nos voix grêles, Comme un char en passant couvrele bruit des ailes De mille moucherons, v. hugo, F. d'aut. 4 1. 1| 10" Terme de commerce. Suffire à. Le produit de la recette n'a pas couvert les frais. || 11° Couvrir une enchère, enchérir au-dessus de quelqu'un. || 12° En parlant des animaux, s'accoupler avec la femelle. Lorsque les brebis étaient couvertes par les mâles, volt. Phil. iv, 85. || 13° Se couvrir, v. réfl. Se vêtir, s'envelopper. Se couvrir d'un manteau. La fière Fulvie Se couvre, sans rougir, d'un vil déguisement, id. Catil. n, 4. || Mettre un vêtement qui garantisse du froid. Il fait froid, il faut se couvrir davantage. || Fig. Se couvrir d'un sac mouillé, apporter de méchantes excuses. || Se couvrir de diamants, s'en parer avec profusion. || Fig. Se couvrir des apparences, du manteau de la vertu, cacher ses vices sous des apparences d'honnêteté. || 14° Mettre sur sa tête quelque chose qui coiffe. Venez du diadème à leurs yeux vous couvrir, bac. Athal. iv, 5. || Absolument. Mettre sou chapeau. Couvrez-vous, monsieur. Henri IV, à l'audience qu'il donna àDom Pèdre de Tolède, le 3 juillet 4608, dit aux maréchaux de Fiance et aux ducs de se couvrir, voyant que cet ambassadeur entrait et s'avançait sans se découvrir, saint-foix, Ess. Paris, Œuvres, t. iv, p. 362, dans pougens. || Fig. Se couvrir de lauriers, remporter d'éclatantes victoires. Assez d'autres viendront à mes ordres soumis Se couvrir des lauriers qui vous furent promis, rac. Iphig. iv, 6. || 15° Être rempli. La place se couvrit de curieux. Voyez comme son visage se couvre d'une rougeur subite. La terre se couvre de verdure. Ses sept collines Se couvrent à vue veux de meurtres ,

de ruines, volt. Catil. îv, s. Ses yeux se couvrirent a l'instant d'un épais nuage semblable à celui de la mort, fen. Tél. vu. |i Avec ellipse du pronom se. Le héros, à ce discours flatteur, Sentit couvrir son front d'une noble rougeur, volt. Henr. m. || Se couvrir du sang de quelqu'un, le tuer ou le faire tuer. || Fig. Secouvrirdegloire. Se couvrir de honte. Secouvrirde bouc, s'avilir par des bassesses. L'accepter [la vie] , ce serait me couvrir d'infamie, id. Catil. v, 6. |[ Le ciel, le temps se couvre de nuages, ou, absolument, le ciel, le temps se couvre, des nuages s'étendent sur le ciel. Allons, rentrons ici ; j'ai changé de pensée; et puis le temps se couvre un peu, mol. Sicil. 40. || Fig. L'horizon se couvre, il survient des obstacles, des circonstances difficiles. || 16° Terme de guerre. Se couvrir d'un bois, d'un retranchement, d'une rivière, s'en faire un abri contre l'ennemi. On remarquera dans le campement de Chatenoy l'éminence qu'occupa ce grand capitaine et le ruisseau dont il se couvrit sous le canon du retranchement de Selestadt, boss. iout'j de Bourbon. || Terme d'escrime. Se couvrir, tenir la pointe de l'èpée de son adversaire hors de la ligne du corps. Se couvrir de son épée, manier si adroitement son épée qu'on défende contre les coups toutes les parties de son corps. || Par extension, se défendre, se protéger. Ils leur laissent à peine au bout de dix années, Pour se couvrir de nous, l'ombre des Pyrénées, corn. Sertor. u, 4. Ceux qui se couvraient de l'autorité de la loi civile, boss. Usure. En vain vous vous couvrez des vertus de vos pères, boil. Sat. v. || Absolument, au trictrac, se couvrir, placer une seconde dame sur une flèche qui n'en avait qu'une. || 17° Se couvrir de, se cacher sous. Il [Jésus] s'est encore plus caché en se couvrant de l'humanité, pasc. dans cousin. Le désir de vaincre est si naturel, que, quand il se couvre du désir de faire triompher la vérité, on prend souvent l'un pour l'autre, id. ib.

— HIST. xr»s. Qui fut ouvert d'un paile alexandrin, Ch. it Roi. xxxiv. Cuvert en sont li val et les montagnes, ib. lzxxiv.

— xii° s. Et son cheval [il] fait enseler et covrir, Ronc. p. 66. Al segnor chi covre le ciel de nues e aprested à la terre pluvie, Liber psalm. p. 227. Ou cil qui aint [aime] du cuer a son pooir Et ne s'en sait mie très bien couvrir [cacher], Couci.xx. [Au temps] Que bois et prés sont de mainte semblance, Vert et vermeil , couvert d'erbe et de flor, ib. xvi. À icel jour [vous] serez tuit mal bailli, Se sa pitié [de Dieu] ne cuevre sa puissance, quesnes, Romancero, p. 97. E covrit confusiun la meie face, Liber psalm. p. 88. Reis esteit, e «vesques voleit estre altresi; Deus s'en est coreciez, de liepre le covri, Th. lie mart. 76. E tûtes lurfunteines estuperez; et tuz lur champs de pierres cuverez, Rois, 353.

— xm° s. [Rue qui] ne fust toute couverte de dras très richement, Berte, ix. Au lit au roi Pépin [elle] fait sa fille couvrir [mettre sous les couvertures], ib. xiii. [Il] n'i ot fors [que] buissonciaus où du vent [elle] s'est couverte, ib. xxxv. Comment le peuvent-il avoir ainsi couvert [caché le meurtre] T ib. xciu. Et la damoisiele fu renvoiie dechà mer, et arriva en Pontiu; et là, couvri son grant pieché, et ne s'osoit demonstrer au roi Felippe son frère, Chr. de Rains, p. 43. Compainz, compainz, ce doivent querre Cil qui sunt en aperte guerre; Mes Male- Boucheest tropcouvers, Il n'est mie anemis ouvers, la Rose, 7859. En ung destor fu li cuivers [perfide] D'erbes et de fuelles couvers, Por ceus espier et surprendre Qu'il voit as roses la main tendre, 16. 2841. La joie del retor lui cuevre Le pensé dont il est en doute, Lai de l'ombre. Sens est perdus qui est couvers [caché] , Lai d'Ignaur. Mais la famé si bien se cuevre, Ne ja n'i sera descouverte, Devant qu'ele soit espousée, la Rose, 8712. Cornent et de quei les chevaus doivent estre covers, Ass. de J. 1, 4 66. Et après, quant li commun veut avoir conte, il se queuvretit qu'il ont conté li uns à l'autre, beaum. l, 7. Quant [je] voi ces oisiaus esjoîr Por la douçor de la saison, Lors [je] chant por ma dolor covrir, Hist. litt. t. xxin, p. 749. Pour couvrir sa desloyauté, et pour geler le blasme sur le calife de la prise de la ville, joinv. 278. Et quant ce vient après la Saint ltemy, les sept rivières s'espandent par le pais et cuevrent les terres pleinues [les plaines], id. 219. Toute sa gent qui estaient mal armées, il les envoia par une valée couverte, in. 274.

— xiv'a. Le gouvernement des princes françois [titre d'un livre], couvert de cuir blanc à queue, de laborde, Emaux, p. 232.

— xv* s. Et jà estoient les tables couvertes en la chambre mesme; adonc demanda il l'eau pour laver, froiss. m, iv, 23. Par ma foi, respondirent

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