CARL0IX, VII
—ÉTYM. Accrocher.
ACCROCHER (a-kro-ché), v. o. || 1" Attacher, suspendre à un crochet, à quelque chose de crochu. Accrochez ce tableau au clou qui est à la muraille. Le hasard a-t-il accroché, par un concours d'atomes, les parties du corps avec l'esprit? FÉN.Exist. 45. || 2* Arrêter en perçant, en déchirant. Prenez garde à ce clou, il accrochera votre habit. Les buissons accrochent la laine des brebis. I| 3" En termes de marine, accrocher un vaisseau, y jeter les grappins pour en venir à l'abordage. || 4° Arrêter, heurter une voiture avec le moyeu d'une autre, qui en passa trop près. Cette charrette va accrocher votre voiture. D'un carrosse en tournant il accroche uno roue, Bon.. Sa'.vi. || Absolument. Ce cocher est maladroit, il accroche souvent. || 5" Fig. Embarrasser, retarder. Les bâtards ne songèrent plus qu'à embarrasser et accrocher l'affaire, ST-SIMON, 466, 4 4 45. || 6° Attirer àsoi une personne, gagner, obtenir quelque chose. À force de démarches il a accroché un» bonne place. D'Huxelles accrochait de jeunes officiers qu'il adomestiquait, st-simon, 4 46, 7. Sa rivale n'avait pas manqué de l'accrocherde conversation, ham. Gram. 7. || 7° S'accrocher, v. réfl. Votre habit va s'accrocher à ces ronces. Les atomes s'accrochent ensemble. Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux, boil. Sa*. m. || 8° Fig. S'accrocher à tout, faire tout ce qu'on peut pour se soutenir. S'accrocher à quelqu'un, s'attacher à la fortune de quelqu'un. L'amour-propre s'accroche à tout , boss. Obi. 2. Nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout, J. J. rous. Ém. il. Cette âme simple qui ne cherche qu'à s'accrocher à ce qui l'environne, id. Hél. i, 64. Ce vilain et dangereux escargot [l'abbé deVaubrun] se produisit à la cour et chercha à s'y accrocher, st-simon, 78, 4.
— HIST. xiii* s. As autres choses que son aversaire aura dittes, responde le miaus [mieux] que il saura, sanz ce que il s'acroche à prover autrement que par sa saisine et sa teneure, Ass. dcJcr. 4 4 0. Coveitise ne sait entendre À riens qu'à l'autrui acrochier, la Rose, 4 92. Et s'ele [ la femme ] plusors en acroche [hommes], Gart, comment que la chose cueure [coure] , Qu'ele ne mete à deus une heure, ib. 4 3806. Qui en porroit ung [bouton] acrochier, Il le devrait avoir moult chier [cher] , ib. 4 659.
|| xv* s. Si [ils] les jetoient [les crocs] dedans les nefs de l'une à l'autre, et les acrochoient ensemble,
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proiss. i, i, 424. || xvi* s. Les puissans accrochent tous jours sur leurs poures voysyns, palsor. p. 447.
—ÉTYM. Accroc; bourguig. écrôché.
ACCROIRE (a-kroi-r*. D'après Vaugelas on prononçait de son temps accraire. Un dictionnaire de 4 786 indique les deux prononciations , a-krè-re et a-kroi-re), v. a. usité seulement à l'infinitif et avec faire. || 1° Faire accroire, faire croire ce qui n'est pas vrai. Non qu'il y fût par un désir de gloire, Comme possible alors il vous l'a fait accroire, mairet, Sol. n, 2. Quand on voudraitfaire accroire une chose fausse, pasc. Prov. 9. J'aurais assez d'audace pour faire accroire à votre père que.... mol. l'Avare, n, 4, 4. On lui fera accroire toutes choses, dès qu'elles seront à sa louange, bourd. Pensées, t.n, p. 229. Faire accroire à tout un peuple que ce sont là les livres anciens, bos. Hist. II. 4 3. || 2° En faire accroire, conter des sornettes à quelqu'un, le tromper par de belles paroles. Ce n'est pas vous, Monseigneur, àqui on en peut faire accroire, balz. liv. vi, lett. vi. || 3° S'en faire accroire, présumer tropde soimême, s'attribuer un mérite qu'on n'a pas. Comme gens entendus [ils] veulent s'en faire accroire, Régnier, Sat. n. Vous savez mieux que personne au monde si je m'en fais accroire dans ce que je viens de vous dire, scarr. Rom. com. 2* part. 4 4. Je ne m'en fais pas accroire... marmont. Cont. mor.
— HIST. xu* s. Si idunkes fu ocis et al coeu [cuisinier] fu livrez; Li keus manja le cuer; quant li fu demandez, Fist al seignur acreire que senz cuer esteit nez, Th. le Mart. 3l.||xin* s. Et li rois li carga [lui chargea] sa lettre de proiere etd'acroire, s'il en avoit mestier, Chr. de Reins, 244. Nus ne vos devoit tant deçoivre, Que ne deilssiez aperçoivra Qui mensonge vous fait acroire Et qui vous cont* chose voire, Ren. 43709. ||xv* s. Adonc fit le comte de Bouquinghen asavoir parmi la cité que, si ses gens avoient rien acru [prisa crédit], on se traïst avant, et on seroitpayé, froiss. ii,ii,83. Et quand à l'accroire [à faire crédit] on ne leur faisoit bonne chère, ils disoient: Que nous demandez-vousî encore vaut il trop mieux que nous despendons les biens de ce pays que les François les trouvent et aient aise, id. n, li, 36. Je irai; mais il fait mal d'accroire; Ce savez-vousbienàl'estraine, le Patelin. ||xvi* s. Ferons nous accroire ànostrepeau que les coups d'estriviere la chatouillent? mont. i,3oi. Les propres condamnations sont tousjours accrues, les louanges mescrues, id. iv, 34. Hz ont feinct d'avoir communication avec les dieux, fiction utile et salutaire à ceulx mesmes à qui ilz le faisoient à croire, amyot, Numa, 8. Numa leur faisoit à croire qu'il avoit veu quelques visions estranges , id. Numa, 4 3. C'estoient hommes qui ponvoient facilement persuader et faire à croire tout ce qu'ilz vouloient, id. Caton, 47. Les armes prent, et d'un hardy courage Passo les monts pour venger cest outrage ; Cent ans d'accru [pris à crédit] à une heure se paye, J. marot, V, 87.
— ÉTYM. À et croire; Berry , accreire et ancreire; wallon, acreûre, faire crédit (comme dans Froissard) ; provenç. acreire ; espagn. acreer. La langue ancienne a souvent confondu acroire avec à croire, écrivant faire acroire ou faire à croire, surtout dans un temps où les accents n'existaient pas; mais il est certain qu'il y a eu un verhe acroire, et qu'il vaut mieux écrire dans les anciens textes faire acroire que faire à croire.
ACCROISSEMENT (a-kroi-se-man) , s. m. || 1° Action de croître, de pousser. L'accroissemenf de nos corps. L'accroissement des plantes. Pent-ant que Bernard plante et arrose, Dieu donne l'accroissement, fén. t. xvii, p. 237. Plantons, arrosons, et laissons au Seigneur l'accroissement, mass. Incarn. Plus ces membres croissent et se fortifient, plus le corps prend d'accroissement et acquiert de force, bourd. Pensées, t. n,p. 344. Le faon ne quitte pas sa mère dans les premiers temps, quoiqu'il prenne un assezprorapt accroissement, buff. Cerf. || 2° Augmentation , agrandissement, extension. L'accroissement du fleuve. Un conquérant enflé de l'accroissement de son empire. De perpétuels accroissements d'honneur et de gloire. Les accroissements successifs de la Russie. Les soucis accompagnent l'accroissement de la fortune. La gloire de Turenne reçut un nouvel accroissement. Une reine, si grande par tant de titres, le devenait tous les jours par les grandes actions du roi et par le continuel accroissement de sa gloire, boss. Marie-Thérèse. Le Seigneur, éloigné de ce lieu saint par vos profanations, ne donne plus l'accroissement à nos travaux, mass. Car. Respect, temples. L'indulgence d'Auguste en fait l'ac-
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croissement [de ce mal] , Tristan, Uorl de Chritp. îv , 4 . Tant cette doctrine reçoit d'accroissement par le temps, pasc. Prov. 13. Demandons à l'esprit de Dieu qu'il anime nos discours et qu'il nous porte par sa grâce à un accroissement de vertus que nous remarquons dans ce saint, fléch. Panég. Il, 180. En voyant les accroissements de ces pernicieuses doctrines, id. ib. 11,217. Ces accroissements de cliaritéque la grSce produit dans les cœurs dociles, m. ib. n , 469. || 3° Terme de droit. En parlant d'une chose, d'une valeur , d'un fonds territorial , action par laquelle cela accroît au profit du possesseur. Les terrres que l'atterrissement ajoute à un rivage appartiennent au propriétaire par droit d'accroissement. || 4° En minéralogie, accroissement des cristaux, propriété dés crislaux de *3 grossir sans changer de l'orme.
HIST. xiii' s. Tels miracles comme vous avez oî,
et tel acroissementà l'empire de Constantinople fist nostre Sires as chrestiens à celui termine, H. de val. x. || xiv s. La congnoissance de ceste fin donne grant aide et grant acroissement de bien à vie humaine, oresme, Eth. 2. Une de celles puissances ou vertus est cause de nourissement et de acroissement, id. Eth. 30. Par convivre et converser avecques les bons est faitte une exercitation et accroissement de vertu, si comme disoit le poète Theognis, m. Eth. 284. Puissance augmentative par quoy est fait acroissement, m. ib. IX, 15. |[ xvi* s. Arminius qui seul empeschoit l'accroissement de la domination en ces contrées-là, hont.ih, 238. Ce n'estoit pas un petit accroissement de forces et d'authorité , amïot, Phil. 25.
— ëtym. Accroître; provenç. acreisemen; espag. acrecimiento ; ital. accrescimcnto.
(■ ACCROÎT (a-kroi), s. m. En parlant d'une plante, Facilité à croître.
— HIST. xvi* s. Il bordera ses allées d'arbres, de ceux qui seront déplus facile accroist, et de plus grand profit et plaisir, o. de serres , 10.
ACCROÎTRE (a-krol-tr\ Se conjugue comme croître : j'accrois, j'accrus, accroissant, accru. Un dictionnaire de 1786 donne pour prononciation akrê-tr', prononciation aujourd'hui tout à fait abandonnée; il ne parle pas d'a-krol-tr'). || 1° V. a. Donner de la croissance , de l'agrandissement , de l'extension. Accroître sa fortune. Cette ardeur d'accroître tous les jours son nom. "Le royaume de Juda fut accru par de nouvelles conquêtes. Peutêtre fils] ne feroient qu'accroître mon malheur, rac. Ph. v, 7. Ne cours point à ta honte, et fuis l'occasion D'accroître sa victoire et ta con'iusion, corn. Véd. v, 8. Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître, malh. h, 12. J'accroîtrai, s'il se peut, son rang et ses emplois, rotrou, Bel. i, 2. jj 2° Accroître quelqu'un , lui donner plus de pouvoir, d'honneur. Ce prince avait tellement accru son ministre.... Je mourrai satisfaite après cet orgueilleux Sous qui César m'abaisse à force de l'accroître, rotrou, Bélis. il, 17. || 3" V.n. Devenir plus grand. Son avidité accroît avec sa richesse. Vos dangers sont accrus volt. Adél. iv, 6. Mes désirs toutefois sont accrus de moitié, Depuis que j'ai connu votre ardente amitié, mair. Snph. iv, 1. La beauté de l'infante était beaucoup accrue, la font. Fiancée. 1 1 4" En termes de droit , revenir au profit de q uelqu'un. La part des absents accroît aux présents. || &° S'accroître, v. 'ré(l. Prendre de l'accroissement. Cette propriété s'est accrue entre mes mains. Rome s'accroît de la ruine d'AIbe. Sa famille s'accrut d'une fille. Ton courage ne fera que s'accroître. Sa réputation s'accroissait de jour en jour. Mes ans se sont accrus, mes honneurs sont détruits, rac. Milh. ni, 5. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence, id. Uithr. i,l. Rome s'accroissait, maisfaiblement, boss. Uist. i, 7. Je sais qu'il [ton état] doit s'accroître, et que tes grands destins Ne se borneront point chez les peuples latins, corn. Hor. i, 1.
— REM. Accroître, v. n. se construit avec l'auxiliaire oïot'r et l'auxiliaire être. Dans le premier cas on pense à l'acte d'accroissement ; dans le second , à l'état d'accroissement. Ses richesses ont accru par un heureux coup de bourse ; ses richesses sont accrues à un point incroyable.
— uist. xi' s. Les humes le rei sont venu devant le rei David, si lui ont dit : Deus accreissed le num Salemun sur le tuen, Rois , 226. E vit Judas et si freie que li mal sunt acreil en la terre, ilachab. i, 3. || xm* s. Quant il furent acreû de gent, si s'esbaudirent plus etchevauchierentplus settrement que devant, villeh. 155. De chou [ce] que vous iestes accreil, est il biel [beau] à monseigneur, h. de val. 1«. La gent nostre seigneur va tousjours acroissant, Et li Turs orguillous forment amenuisant, Ch.
d'Anl. vin, 1360. Li peuples comenchaàaccroistre, et guerres et maltalent furent commencié, beaum. xlv, 31. Vous en acrestroiz [accroîtrez] votre pris, Rom. de la Poire. Se ci»t s'amie eilst creUe, Moult eûst sa vie accrette, la Rose, 15970. Guillaumes, par la grâce de Dieu, rois des Romains et toudis acroisans, ducange, auguslus. || xiv*s. Donquesestdelettacion bonne chose, car tout bien en est acreu, oresme, Eth. 296. Encore acroist ta misère par la mémoire du bon temps passé, id. ib. 22. || xv s. Naturellement la plus part des gens ont l'œil ou à s'accroistre ou à se saulver, comm. i, 9. 11 combattoit pour gens qui ne l'accreurent jamais, pour service qu'il leur fist, id. vin, 9. ||xvi*s. Les nuisibles herbes s'accroissans parmi , au vide qu'elles y treuvent, le suffoquent, o. de serres, 113.
— Étym. Provenç. acreisser ; espagn. acrecer; ital. accrescere; d'accrescere , de ad, à, et crescere (voy. croître).
ACCROUPI, IE (a-krou-pi, pie), part, passé. Il 1° Assis sur ses talons. Accroupi auprès du feu. Il 2° En termes de blason, se dit des animaux assis.
ACCROUPIR (S') (a-krou-pir), v.réfl. S'asseoir sur les talons. La vieille s'accroupit auprès du feu. Chacune sur le cul au foyer s'accroupit Régnier. Sat. xi.
— HIST. xiii' s. Quand il est à l'eve venus, Si s'acropi por soi laver, Ren. 5852. Desus Renart s'est acroupiz: Haï! fait-il, com sui traïzl Renart, 7793. Il XIV s. Ay, Dieux! ce dit Piètre, voi me ci acroupi; Je serai atrappé, et si ai tant fuï, Guescl. 164(3. Quele ribaudaille sont ceux-là qui nous veullent acroupir? carpentier, 1. 1, col. 49. ||xvi* s. Logez pesle mesle plusieurs ensemble dessouhs petites tentes et cabannesestouffées,demouransaecroupis tout le long du jour, sans pouvoir rien faire, amyot, Péric. 66. Je luy ay appris à faire acroupir le chapeau à ses perruques, d'aub. Conf. il, 1. Renjeunissez, saillez de vos cavernes, Vieux accroupis, par aage examinés, marot,ii, 232.
— ÉTYM. À et croupir; bourguig. écrepi; provenç. acropit, vil, avili.
ACCROUPISSEMENT (a-krou-pi-se-man), s. m.
Etat d'une personne accroupie.
— étym. Accroupir.
ACCRU, UE <a-kru, krue), part, passé. Ses biens accrus par une sage économie. L'hérésie accrue par tant de factions et de cabales. Athènes par mon père accrue et protégée, rac. Phèdre, n,
2 accru de leurs soldats, Nous verrons notre
camp grossir à chaque pas, id. Milhr. ni, l.
ACCRUE (a-krue), s. f. || 1° Agrandissement d'un terrain par le retrait des eaux, par l'extension des bois, etc. || 2° Maille qu'on ajoute à chaque rangée pour accroître la largeur d'un filet.
— HIST." xvi" s. Toutes accrues [terres envahies par les bois voisins] sont réputées vaines pastures,