LOYSEL
— ÉTYM.jiccrof(r«.
ACCUEIL (a-keull ; Il mouillées), s. m. Action d'accueillir, réception que l'on fait à quelqu'un. Tout l'accueil qu'il lui fit, ce fut de lui tendre la main. Faire un brillant accueil à quelqu'un. On ne sentait point en l'approchant ces inquiétudes secrètes que forme le succès douteux de l'accueil, mass. Dauphin. Grand roi, faites leur bon accueil, malh. vi, 4. Penses-tu que , plus vieille, en la maison céleste Elle eût eu plus d'accueil? id. vi, 18. L'accueil gracieux qu'il recevait de vous, corn. Hor. i, 3. Et vos yeux la verront, par un superbe accueil, Immoler à vos pieds sa haine et son orgueil, id. M. de Pomp. iv, 3. Lui faire tout le meilleur accueil qu'il vous sera possible, mol. l'Av. m, 5. Vous ne me dites rien ? quel accueil I quelle glace I rac. Drit. il, 6. Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père?lD. Ph. m, 5. Être d'un bon accueil à tout le monde, fléch. Serm. n, 3)1. Elle m'a fait sentir à ce premier accueil Autant d'humanité qu'Assur avait d'orgueil, volt. Sém. n, 1. ...je n'attendais pas l'accueil que je reçois, créb. Rhad. i, 3. || Faire accueil, se dit toujours en bonne part et signifie faire une réception civile et honnête. A quel étrange office, amour, me réduis-tu? De faire accueil au vice et chasser la vertu! rotrou, Vencesl. i, 2. || Mon accueil, son accueil, leur accueil, signifie d'ordinaire l'accueil que je fais, qu'il fait, qu'ils font. Mais il s'est pris aussi quelquefois au sens passif pour l'accueil que je reçois, qu'il reçoit, qu'ils reçoivent. Quoi que notre faible pouvoir En votre accueil ose entreprendre, malh. m, i.
— HIST. xii* s. Les douze pairs amis en mal acuel, Rom. de Roncevaux dans du cange, colligere. || xiu* s. Mais quevous n'i soiez que troi ; Et soit avec
vous Bel-acueil, la Rose, 15202. || xv s. Quant plaisance lui monstrera à l'ueil Gente beauté pleine de doulr acueil. ch. d'orl. i.
— ÊTYM. Accueillir; provenç. acuelh. L'orthographe de ce mot est restée celle de l'ancienne langue où notre son eu était exprimé par ue; ce qui l'a maintenue, ce qui a empêché que ue ne devînt eu comme dans les autres cas, ce fut la nécessité de laisser au c le son d'un k. Mais l'orthographe actuelle n'en demeure pas moins fautive, puisque la combinaison ue n'a plus le son de eu. On remédierait à cet inconvénient en écrivant acceuil comme cœur, ou acœil comme œil.
T ACCUEILLANT, ANTE (a-keu-llan , l!an-t';« mouillées, et non a-keu-yan), adj. Qui fait bon accueil. Accessible, accueillant, honnête, fléch. Letell. C'était [le duc de Berry] le plus beau et le plus accueillantdes trois frères, st-simon, 356, 196. Je ma représente notre prélat avec cet air affable et serein, toujours accessible, toujours accueillant.... mass. Villars.
ACCUEILLI, IE (a-keu-lli , llie ; Il mouillées, et non a-keu-yi) , part, passé. Bien accueilli partout. Il fut accueilli du nonce. Mal accueilli parson maître. Accueilli par les huées de la foule. Le vaisseau accueilli •par l'orage. Les propositions les plus cruelles étaient les mieux accueillies.
ACCUEILLIR (a-keu-llir", Il mouillées, et non a-keu-yir. Se conjugue comme cueillir : accueillant, accueilli, j'accueille, j'accueillis, j'accueillerai), v. a. || 1" Recevoir bien ou mal une personne ou une chose. Accueillir quelqu'un chez soi. Il m'accueillit avec bonté. Nulle part la députation ne fut bien accueillie. Ils accueillirent favorablement ces ouvertures. Les paroles de l'orateur furent accueillies avec des acclamations. Ce discours fut bien accueilli par le peuple. Accueillir légèrement une médisance, une accusation. Accueillir avec chaleur une idée. Jamais son père ne l'accueillit [l'enfant prodigue] avec plus de douceur ni plus d'affection ; jamais il ne parut plus sensible pour lui , bourd. Pensées, t. i,p. 286. || 2° Accueillir, sans adverbe ou locution adverbiale qui le modifie, signifie toujours bien accueillir. Accueillir une proposition. Ils accueillaient cet espoir de liberté. J'ai daigné dans ces lieux D'une femme plaintive accueillir la prière, brif. Ninus n, m, 4. On m'accueille, on me flatte, volt. Mér.m, 4. On y voit avec joie, on accueille, on honore Tous ceux qu'à votre nom le zèle attache encore, id. Tancr. m, 1. Et toi, Marseille, assise aux portes delà France, Comme pour accueillir ses hôtes dans tes eaux.... lamart. Uarm. A l'acad. de Marseille. |j 3- Accueillir , en parlant d'événements fâcheux qui surviennent. Nous fûmes accueillis de la tempête à la sortie du port. Un feu meurtrier accueillit le régiment. Depuis que cette tache eut obscurci ma vie , 11 n'est point de malheur qui ne m'ait accueillie, mair. Soph. I, 2.
— REM. Bouhours dit : • Ce verbe est presque passé ; on ne s'en sert plus en bonne part. On pourrait encore l'employer en mauvaise part dans le figuré : Accueilli de toutes sortes de malheurs. » Et Th. Corneille, approuvant, ajoute qu'au lieu de:Ilaété favorablement accueilli, on dit : Il a été bien reçu. Le fait est qu'on ne trouve pas souvent accueillir au sens actuel dans les auteurs du siècle de Louis XIV; mais le fait est aussi que accueillir est rentré dans la plénitude de l'usage.
— HIST. xi* s. Les aquillit et tempeste et oret, Ch. de Roi. 63. || xu* s. Droit vers Espaigne [il] a savoie acoillie, Ronc. 89. Donc se sont enbrunchié li quatre forsené, N'acuilentses salus, ne ne l'ont salué, Th. le Mart. 139. L'arcevesques Thomas sovent le mercia De son bel acuilleir, et que tant l'onura, ib. 68. De saint Jame par Flandres son chemin [il] acuilli, ib. 51. Sire, fait il, pur Deu, nel faites pas ainsi; Laissiez ester celplait, qu'avez ore acuilli, ib. 42. Loragait mettentdedens un val parfunt;La proie acollent et à val et à munt, Raoul de C. 230. S'aveo ces biens [beauté et courtoisie] acuiliiez félonie, Vostre fin cuer en feriez blasmer, Couci, xxi. |[ xiii* s. Tybert a laissié le plaidier ; Si aqeut [prend] l'andoille à mangier, Ren. 2390. Lietard ,qui plus celer ne veut. Ne se targe que il n'aquelt [aborde] Le garçon que il doute et crient, ib. 16388. En vostre foi, car dites ore Qui estli pires ne li mieudre; Chascun seveltas bons acueudre, t7j. 8534. Il convient faire preuve comment il puisse acuillir la preuve à soi, quand besoin lui est, Ass. de Mr. 109. Je n'acueill le congiésans la paie de ce que voz me devez, 'ib. 1, 210. Me gart l'heur que beste m'y aient acueilloite, Berte, 29. Un grant cerf ont trové, celui ont acueilli [se sont m'.i à sa poursuite], t'6. 108. Chapelez ont de fleur ver>
ACC
meille Oui trop est bêle à grand menei lie, Quant ele est freschement cueillie; Mais quant li chauz l'a acueillie.Tostest morte, matieetmate, ruteb.ii, 31. Si sont il mort [je les tuerai], s'il ne m'acoillent, la Rose, 4 4 206. Quant il otaqueillie sa praie [proie].... joinv. 272. Pour accueillir moi et mes successeurs en leur prière, du canoë, adcolligere. || juv» s. Jehan coustelier se alloua ou accueilli à un maistre du dit mestier, id. ib. || xv s. Sur le point du jour ils Tinrent devant Courtray, accueillirent, entour soleil levant, toute la proie de là environ, froiss. i, i, 407 || xvi* s. Quand les Romains se perforçoient de gravir contre mont, ilz estoient accueilliz de force coups de dard et de trait qu'ilz leur donnoient de çà et de là par les flancs, amyot, Flam. 6. La bouche de la rivière du Rosne avoit accueilli tant de vase et si grande quantité de sable, que les ondes de la mer y amassoient et entassoient, que.... id. Marius, 25. A Aubigné s'accueillent [se joignent] trente gentilshommes ou capitaines, d'aub. Hist. n, 449.
— ÉTYM. Wallon, acoï, assaillir; provenç. acuelhir; catal. acullir; ital. accogliere ; de accolligere, de ad, à, et colligere (voy. cueillir). L'italien est le seul qui ait été Adèle à la conjugaison latine; les autres ont changé la conjugaison de 3* en 4» : accolliglre pour accolligere. Le vieux français qui avait un infinitif acueudre, akcudre, le tirait par contraction de accolgere, d'où une conjugaison qui se suivait sur ce type.
ACCUL (a-kul), *. m. || 1* Lieu où l'on est acculé, qui n'a point d'issue. Les voleurs, poussés dans un accul, y furent pris. || 2° Fig. Pontchartrain fut fort blâmable de n'avoir point senti de quel accul de fortune il [Pelletier] l'avait tiré, saint-simon, 59, 440. || 3° Le fond du terrier où les chiens poussent les renards, les blaireaux, etc. Le renard est à l'accul. || 4° En termes de marine, une espèce de crique trop petite pour les grands bâtiments. || 6° En termes d'artillerie , piquets qu'on enfonce en terre pour empêcher le recul du canon.
— êtym. A et cul.
ACCULÉ, ÉE(a-ku-lé,lée), part. passé. || l'Misdans un accul , au propre et au figuré. Le renard acculé. Cet homme acculé et ne sachant plus que dire. La comtesse de Roucy me répondit, acculée et dans l'excès de sa colère, qu'enfin Praslin était lieutenant général, et que son marine l'était pas, saintsimon, (04, 407. || 2" En termes de blason, se dit du cheval et du lion quand ils sont cabrés, et de deux canons placés sur leurs affûts, et dont les culasses sont opposées l'une à l'autre.
f ACCULÉE (a-ku-lée), s. f. Action d'un navire qui frappe la mer avec sa poupe.
+ ACCULEMENT (a-ku-Ie-man), s. m. Action d'acculer, au propre et au figuré. Je le laissai dire [le duc d'Orléans] et comme prendre haleine de l'acculement où j'avais réduit son incomparable fausseté,