GUIZOT
— HIST. xn* s. Car qui a à la gloire celestial partirai covient estre el cors à les eises fuir, Ensi cum sainz Polz dict.... Th. le Mart. 79. Jamais [nous] n'aurons tel aise [facilité] de nos hontes vengier, Sax. vi. || xm* s. Lors furent li nostre moût à aise et moût riche , villeh. cxxxii. || xv* s. L'aise que j'ay, dire je ne sauroye, ch. d'orl. Bal. 38. En ce morlel monde ne faut y prendre ses aises ni constituer sa fin , al. chart. Consolation des trois vertus. Et ainsi qu'ils venoient [les Ecossais] , ils se logeoient à l'usage de leur pays, et n'avoient pas tous leuTs aises, froiss. u, u, 235. C'est un mol chevalier qui ne veut autre chose que ses aises, de boire et de manger et de aloer le sien follement, id. u, ni, «S. Je le remercie grandement des beaux presens qu'il m'a présentés; mais ce n'est mie l'aise ni la paix du roi d'Angleterre, monseigneur, que je les retienne, id, i, i, 300. Pour avoir l'aise de eux et de leurs chevaux, id. n, u, 3. Le roy d'Angleterre lequel aymoit fort ses aises et ses plaisirs, comm. iv, 3. Et prièrent le dit Anthoine qu'il se parteist de leur escot et les laissast à leur privé et faire leur aise , du cange , aisamenta. || m' s. Ne pleurons plus si ce n'est de grand'aise, Puis qu'envers nous l'ire de Dieu s'appaise, Tant nous aymant, que de mortel mesaise Tire le roy, marot, u, 272. Et de ma part, tant pour vostre aise que pour la nostre, il vous en prie autant que luy est possible, marg. Lett. 4. Je sens vostre aise tel pouravoirMme la Mareschale avecques vous, qu'il ne vous souvient de vos amys, id. ib. 2. Là, assisà nos aises, chacun dira quelque histoire, marg. Nouv. Préface. Vous en parlez bien à votre aise ; mais.... id. Nouv. 4 8. Elle vequit longtemps, par sa finesse fort à son aise ; —c'est un aise bien malheureux, dit Oisille, quand il est fondé sur le péché, id. ib. xxxix. Se mettre à son ayse, mont, i, 8. L'ame doibt faire luire jusques au dehors son repos et son aise, id. i, 4 76. Les soeurs de Pernette estoient jalouses de son aise, et de ce qu'elle marchait la première, desper. Contes, cxxix. Puis l'ayant prié de prendre son aise [de s'asseoir], commence rent à deviser de diverses choses, yver, p. 638. Le reste de l'armée eut tout loisir de marcheràson aise jusques là, amyot, Fab. 47. Ceste nouvelle joye survenue par dessus l'aise de la victoire.... id. Marius, 38.
— ÉTYM. Bressan, éso ; franc-comtois, a?e; bourguign. ose; wallon, dhe; namurois, auje; provenç. ais; anc. ital. asio; ital. mod. agio ; anc. catal. aise; portug. azo ; angl. ease; anglo-sax. ddhe, eadhe, facile; vieux sax. 6dhi, ôthi, facile; gaél. dthais,adhats,aise; corn, aiiia, mettre à l'aise ;bas-bret. èaz, et, aisé. Mot d'origine incertaine. On l'a rattaché au gothique asêts, aisé. Quant au basque, aisia ,aisina , il parait venir du provençal et non en être l'origine. En somme, il y a dans l'allemand et dans le celtique une racine adh, ai, ais, qui est sans doute la source du mot roman.
AISE (ê-z'), adj. Il 1° Qui a de l'aise, qui est content. Combien il sera aise, en apprenant cette nouvelle I Je suis aise que vous ayez réussi. Cela me rend fort aise. On peut juger si Camille était aise , la font. Court. Elle était aise de parler à quelqu'un , sév. 42.
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l.lle ne pouvait rien promettre qui me fit si aise, voit. Let. 66. Ce que vous me dites méfait aise, mol. Fest. n, 2. Votre lettre me trouvera bien sain et me fera bien aise, p. l. cour. Lett. 1, 27. Elle en sort plus aise de s'être acquittée d'un devoir onéreux où elle n'a trouvé rien de plus consolant que le plaisir ue le voir finir, mass. Car. Chute, Tiédeur. Cette joie d'un père toujours aise de voir ses enfants, id. Conf. Zèle pour les dmes. Aussi aise d'être employé aux ministères les plus obscurs qu'aux plus éclatants, id. Conf. Vices. Je suis bien aise d'apprendre cela, mol. Scapin, n, 6. Je suis bien aise de cette rencontre, id. Mar.f. 2. J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire, Et suis bien aise ici qu'aucun ne nous éclaire, id. Tart. m, 3. Mais vousseriezpour lui fort aise d'obéir, corn. Agésil. u, 7. Je serai fort aise de vousdépeindre ce pays,FÉN. Tél. vm. Vous serez bien aise de recevoir Nestor, ld. ib. xxi. On fut aise de le visiter, avant que la cour y vienne , sév. 295.|| Je suis aise que, veut le subjonctif: 11 est bien aise que vous lui ayez écrit.
— SYN. aise, content. On donne aussi ravi comme synonyme; mais ravi est un terme d'une bien plus grande énergie et sur lequel personne ne peut se tromper. Aise et content expriment tous deux un état qui affecte l'âme agréablement ; mais on aura une idée de la nuance qui les sépare en comparant ces deux exemples : Je suis content de mon sort; je suis aise de mon sort ; le premier signifie que mon sort me satisfait et que je ne désire rien de plus; le second signifie que mon sort me cause un sentiment de bien-être qui dépasse le contentement. Là est la distinction entre les deux termes, qui se manifeste aussi dans cette phrase : Je suis aise que vous soyez content de moi.
— I1IST. xni* s. Or est ele moût aise , mais tost sera dolente , Berte , x. Je ne sui pas si aise com le poisson qui noe [nage] , ib. xxxui. Et mais [elle] ne sera aise de ci qu'aura seu Se c'est Berte sa fille, ib. cxxin. Je vous di que soies tout aese, que vostre estât plet miex à nostre seigneur en ce cas que ne fait le mien, joinv. 4 98. || xv* s. Comment ils pourroient faire pont pour passer cette rivière et les crolieres [fondrières] plus aise et plus seurement, froiss. i, i, 4 33. Et la tint toute aise selon son estât [le sire d'Aubrecicourt qui reçut la reine Isabelle] , id. i, i, 4 2. Et si en mourray plus aise [si vous accomplissez mon vœu], n>. I, I, 47. Un souper est tantost passé, vous serez demain plus aise [mieux traité], louis xi, Nouv. xcix. H xvi* s. Des tristes tristeur destournoit, Et l'homme aise en aise tenoit, marot, m, 232. La bonne comtesse a esté très-aise de veoir que le roy se porte bien, marg. Lett. 38. Je suis bien aise que vous estes de mon opinion, id. Nouv. lxx. Auguste fut bien ayse d'avoir trouvé un.... mont, i, 429. Ceux là sont pleins et ayses [riches] qui peuvent non pas seulement entretenir leur maison, mais encores la combler de reserves, la boêtie, 4 99. Les uns bien aises de son malheur, amyot, Timol. 20.
— ETYM. Provenç. ais (voy. aise, s. f.).
AISÉ, ÉE (è-zé, zée), adj. || i" Qui se fait ou qui est sans peine. Tout deviendra aisé. 11 est aisé de prouver. Il était aisé à la reine de faire sentir une grandeur qui lui était naturelle, boss. Reine d'Angl. Il était encore plus aisé au roi de lever des soldats que de les armer, io.t'6. Ce beau feu dont pour vous ce cœur est embrasé, Trouvera tout possible et l'impossible aisé, rotr. Vencesl. v, 2. Il n'est pas bien aisé de m'obtenir de moi , corn. Rodog. m , 4. Que vous êtes heureuse I et qu'un peu de soupirs Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs! id. Poly. u, 2. Sans doute il est aisé de s'en laisser troubler, volt. Zaïre, iv, 7. Il est aisé de juger à quels mouvements et à quelles contentions tout cela engage , bourd. Pensées , t. 1 , p. 269. De grands pécheurs ouvrent les yeux, écoutent les remontrances qu'on leur fait, reviennent de leurs égarements ; et plus même ils sont grands pécheurs, plus il est quelquefois aisé de les émouvoir, id. i'6.p. 208. Sous ce terme nous comprenons tout ce qu'il y a dans le monde qui peut éblouir les yeux, charmer les sens, piquer la curiosité, nourrir Pamour-propre , rendre la vie aisée, commode , agréable , molle et délicieuse , id. ib. p. 224. Votre profession et tous les engagements, bien loin d'être encore pour vous un fardeau aussi pesant qu'ils l'étaient ou qu'ils vous le semblaient , vous deviendront aisés , et vous porterez le joug du Seigneur avec une sainte allégresse, id. ib. t. u, p. 396. Il y a des places, des rangs, des professions, où la réputation est beaucoup plus précieuse , plus délicate, plus aisée à blesser que dans les autres, id. ib. t. in, p. 464. Gloire aisée, rac. Phèd. n, 4. Vous avez trouvé toutes choses si aisées qu'elles se pouvaient
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quasi faire d'elles-mêmes, balz. Liv. îv, lelt. 4*. Il Cela est aisé à dire, se dit quand quelqu'un donne un conseil difficile à pratiquer et qu'il n'est pas obligé de suivre. || 2' Où l'on est à l'aise. Boute aisée Une voiture aisée. Un habit aisé. Des souliers aisés, larges. || 3' Fig. Libre, dégagé. Une taille aisée. Un air aisé. Mouvements aisés. || 4* En termes de peintstra, pinceau aisé, celui dont la touche est franche, libre, facile. En gravure, pointe aisée, celle qui est nette etcoulante. || 5° Peu sévère, relâché. Une dévotion aisée. Une morale aisée. || 6' Facile, agréable. Des vers naturels et aisés. Manières aisées. Oh I que j'aime bien mieux cet auteur plein d'adresse Qui , sansfaire d'abord de si hautes promesses, Médit d'un ton aisé, doux, simple, harmonieux.... Bon,. A.P.m. || 7° Oui jouit de quelque fortune. C'est un homme aisé. Cette famille est aisée. || 8° Familièrement. Cet homme n'est pas aisé, il est d'une humeur, d'un caractère difficile. || Cet homme est aisé à vivre, il est d'un commerce facile et doux. Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficilesàvivreselonDieu,PASc..P.;e's.49. || 9°S.m. plur. Les gens a leur aise, qui ont quelque fortune. La taxe des aisés. Le rôle des aisés. Vieux en ce sens. || Aisé suit d'habitude son substantif.
— REM. 11 est aisé (impersonnel) prend de avec l'infinitif : Il est aisé de voir. Cependant, au temps de Descartes, cela n'était pas constant : Il est aisé à remarquer que cette altération estsentie, desc. Pass. i 33. Mais aisé prend à devant un infinitif dans les autres cas, c'est-à-dire quand il n'est pas employé impersonnellement : Cela est aisé à faire ; homme aisé à vivre. Mme de Sévigné a dit aisé à, dans le sens de qui se laisse aller : Si j'étais aussi aisée à succomber à l'envie de vous entendre.... 402.
SYN. aisé, facile. Ils marquent ce qui ne coûte
pas de peine. En ce sens ils sont à peu près synonymes, et il est difficile d'y saisir une nuance, malgré les efTorts des auteurs pour en signaler. Une démonstration aisée, ou une démonstration facile; cela est aisé à apprendre, ou cela est facile à apprendre, ne présentent pas de distinction bien sensible. Mais les distinctions deviennent manifestes dans les emplois dérivés : un habit est aisé , et non facile ; le cœur, le caractère, un homme, sont faciles, c'està-dire qu'ils inclinent à des actes d'indulgence et de bonté, et non aisés. Mais on dit également facile à vivre, et aisé à vivre. Une chose est aisée à croire, c'est-à-dire à être crue; mais une personne est facile à croire, c'est-à-dire qu'elle croit facilement.
— HIST. ttii« s. De quoi je sui certein que se il eussent esté en leur cloistre , il ne fussent pas si aine comme il sont avec le roy, joinv. 288. L'un des poins de la loy Haali est que quant un homme se fait tuer pour faire le commandement son seigneur, que l'ame de li en va en plus aisié cors qu'elle n'estoit devant, n>. 260. |j xvi* s. Et s'il te jlaist, menu les briseras , Aussi aisé comme un vaisseau de terre, marot, nr, 228. Au demeurant vous m'avez laissée en une compaignie tant aisée à vivre, que je n'ay encores ouy une seule parole que une seur ne deust dire à l'autre , marg. Lett. xcvm. Enfin, Cinna, je t'ai rendu accommodé et si aysé [à son aise, riche] que.... mont, i, 429. Ils sont plus aysez à concevoir qu'un conte de Boccace, m. i, 4 80. A mesure qu'elle se treuve plus molle, il est plus aisé à y empreindre quelque chose , ip. i, 4 99. Je suis bien aysé que les tesmoings nous sont plus à main où nous en avons plus affaire, in. i, 309. J'avais prins un cheval bien aysé, id. I, 52. Un mesme pas de cheval me semble tantost rude, tantost aysé, m. n, 324. Ceulx qui estoient plus aysez desfrayoient les plus nécessiteux, in. i, (75. L'aysé et le malaysé lui sont un , id. n , ( 5( . Sa voix estoit doulce , sa langue diserte et sa parole aisée, amyot, Péric. 44. Il n'est pas aisé de dire quelle raison l'en détourna, id. Fab. 34. Entendement aisé [vif, pénétrant] , in. Marcel. 27. Son père luy faillit en l'aage de sept ans , et le laissa assez aisé, car son bien ne valoit gueres moins de quinze talents, id. Démoslh. 6. Quant à Marius, qui estoit pesant et mal aisé de sa personne, amyot, Marius, 67.
— ÉTYM. Participe de l'anc. franc, aiser, aisier, faciliter; picard , aisié ; provenç. aisado ; angl. easy (voy. aise).
AISEMENT (ê-ze-man) , s. m. Commodité. A son point et aisément, à ses bons points et aisements, à son aise , à son loisir. I j Vieux.
— HIST. xiu* s. Si ferai je certainement, Se j'en puis avoir l'aisement, la Rose, 2(638. Je ne dis pas qu'en doigne [donne] quan qu'en a requesté, Mais selon l'aisement que Diex t'ara preste, i. de meung, Test. 370. Aisemens d'hostel , c'est assavoir vaissel où
on met vin et tout aisément d'or et d'argent, du canoë, aisamenta. Une place où ils pourront édifier à lor aisément une mareschaussée, m. t'6. Entre les autres cozes que noz avons dites des aisements communs que cascuns doit avoir es quemins por aler et por venir pesivlement, beaum. xxv, 25. || xiv's. Le prisonnier demanda pour Dieu au dit sergent qu'il le defferrast.pouraller faire son aisément [ses besoins] , du canoë, t'6. Louis fit fuir le dit sergent tout au hors de son lit, le poursuivit jusques à uns aisemens où il s'estoit retrait, id. ib. || xv* s. Vous veez tous les aisements de céans; veez là mon lit, et là sus gissent mes enfans, froiss. il, n, 457. La tierce bataille eut le roi pour son corps, et grand foison, selon l'aisement où il estoit, de bons chevaliers et escuiers, id. i, i, 284. Le deable, qui onques ne dort, resveilla ceux de Bruges à faire fossés pour avoir l'aisement de la rivière du Lis, ro.n, il, 62. || xWs. Heureuse fut d'honneur et d'aisément La chère espouse à un roy tant heureux, i. ma», v, 88.
— ÉTYM. Ane. franc, aisier, rendre facile (voy.