SYN. AMPOULÉ , EMPHATIQUE , BOURSOUFLÉ
Trois qualités défectueuses d'un style qui dépasse la mesure. Emphatique marque l'exagération , et indique que l'on fait paraître ou briller les choses plus qu'il ne faut. D'après Marmontel, on appelle un style, un vers, un discours ampoulé, celui où l'on emploie de grands mots à exprimer de petites choses. Bousouflé exprime une redondance de grands mots vides de sens et d'idées. On remarque que, seul de ces trois mots , emphatique n'a pas toujours une signification défavorable ; par exemple, dans cette phrase de Bossuet : En marquant ce passage décisif, on aurait fait entendre d'abord que le terme être appelé, loin d'être diminutif, était emphatique et confirmatif.
— hist. xvi' s. Je trouvay l'autre costé tout empoullé , paré , ix , I " Disc. Et rapporte au logis les deux mains empoulées, rons. 894. Maintenant que l'hyver de vagues empoulées Orgueillit les torrens.... id. 278. Et ceux qui de gands emplombez Meurtrissoient la chair empoullée, ro. 621. Lesautres sont trop empoulez et presque creux d'enfleures comme hydropiques, lesquels pensent n'avoir rien fait d'excellent, s'il n'est extravagant, creux et bouffy, id. 684. Beaucoup plus empoullé que plein de majesté, ID. 660.
— ÊTYM. Ampullatus, â! 'ampulla, ampoule (voy. ampoule); provenç. ampulhos; ital. ampolloso. Dans le xvi' siècle, ampoulé s'employait aussi pour signifier affecté d'ampoules.
f AMPOULÊMENT (an-pou-lé-man), adv. D'une manière ampoulée.
— rem. Rien n'empêcherait de se servir de cet adverbe . qui est autorisé par un ancien usage.
— HIST. xvi' s. X mon commencement, quand l'humeur pindarique Enfloit empoulément ma bouche magnifique ronsard, 126.
— ÊTYM. Ampoulé et ment.
f AMPOULETTE (an-pou-lè-f) , *. f. || 1* Terme d'art militaire. Cylindre de saule, d'aune ou de tilleul, qui sert à fermer l'œil d'un projectile creux et à en contenir la fusée. ||2* En termes de marine, se dit de deux petites fioles opposées l'une à l'autre par leur orifice, et formant un sablier dont on se sert pour mesurer la durée d'une demi-minute.
f AMPULLACÉ , ÉE (an-pul-la-sé , sée) ,adj. Terme d'histoire naturelle. Qui a la forme d'une ampoule, d'une vessie ou d'une bouteille.
— ÊTYM. Ampulla, ampoule.
AMPUTATION (an-pu-ta-sion ; de cinq syllabes
en vers), s. f. Terme de chirurgie. Opération par laquelle on sépare du corps, avec l'instrument tranchant, un membre, une portion d'un membre ou une partie saillante, telle que la mamelle.
— HIST. xvi* s. Lorsqu'on veut faire amputation d'une jambe.... paré, x,2l. L'amputation des testicules, id. Au lecteur.
—ÊTYM. Amputatio, amputation (voy. amputer).
AMPUTÉ, ÉE (an-pu-té, tée). || 1° Part, passé. Un membre amputé. || 2° 5. m. Les amputés éprouvent souvent des douleurs dans le membre qu'ils n'ont plus. Un amputé, celui qui a eu un membre coupé.
AMPUTER (an-pu-té), v. a. Faire une amputation. Amputer un membre, le sein.
AMU
— HIST. xvr s. Si on connoit par le contraire que ces tumeurs se puissent amputer, il y faut procéder comme s'ensuit, PARÉ, V, (7.
— ÊTYM. Amputare, de am, amb, autour, et putare, couper, tailler (voy. putatif).
t AMSCIIASPAND (a-mcha-spand'), s. m. Terme de la mythologie des anciens Perses. Les sept amchaspands, les sept esprits purs, dont Ormuzd est le premier, et qui, sous la direction d'Ormuzd, sont les auteurs de la création.
— ÊTYM. Zend, ameshd çpentA , de ameshd, immortel, et çpentd, saint.
AMULETTE (a-mu-Iè-f), î. m. Objet qu'on porte sur soi par superstition, dans l'idée qu'il préserve des maladies ou des maléfices. C'est une espèce d'amulette que les amants portent volontiers, j. j. rouss. llêl. n. 28. Théophraste raconte que Périclès malade montrait à un de ses amis certains amulettes que les femmes lui avaient attachés au cou, p. l. coub. Lelt. II, 376.
— REM. Amulette ne se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie qu'à partir de l'édition de ("62, où il est masculin; cependant c'est un mot plus ancien; car il est dans d'Aubigné, qui l'a fait féminin. Chateaubriaild aussi l'a fait féminin : Mon hôte avait des amulettes suspendues au cou, Ilinér. 74. Des grammairiens ont demandé que, prenant en considération la désinence elle, qui est partout ailleurs féminine, et l'usage, qui n'est pas assuré, on donnât le genre féminin à ce mot, contre l'étymologie il est vrai , mais en raison de l'analogie des désinences.
— SYN. amulette, talisman. L'amulette est destiné à préserver du mal, des blessures , de la mort. Le talisman est tout objet auquel des idées superstitieuses font attribuer le pouvoir d'exercer une influence extraordinaire.
— HIST. xvi' s. La frayeur croissoit avec les artifices exquis des voluptés, quand monsieur le convertisseur y mit la main avec des amulettes pluspuissantes, d'aub. Conf. i, 7.
— ÊTYM. Amulelum.
t AMUNITIONNER (amu-ni-sio-né), v. a. Pourvoir une place des munitions nécessaires.
— ÊTYM. À et munition.
AMURE (a-mur'), s.f. Terme de marine. Cordage fixant le point d'en bas, nommé point d'amure, d'une basse voile qui se trouve au vent (voy. écoute).
— HIST. xi* s. Contre le ciel [il] vait l'amure [pointe de son épieu] tornant, Ch. de Roi. lxxxix. Du bon espieu au corps [il] lui met l'amure [pointe, lame], t'6. xcvn. Charles en a l'amure [de la lance dont J. C. fut percé]; mercit Deu, ib. clxxix. Envers Carlon l'amure [de sa lance] [il] en a tournée, ib. ccxl. Du brand d'acier l'amure [il] lui présente, ib. cclxxxvh. ||xvi' s. Haul amure, amure bas, rabel. Pantagr.iv, 10.
— ÊTYM. Ital. amura, mura; grec mod. noOpa; génois, amiio; malt, mura; espagn. amura, mura. D'après Jal, de o et mura, qu'il tire de morari; mais amure veut dire proprement pointe, comme on le voit par les exemples de l'ancien français; c'est en effet le cordage de la pointe, du coin de la voile; l'étymologie en est inconnue; amarre est un autre mot.
AMURE, ÉE (a-mu-ré, rée),port. passé. Un navire amure.
AMURER (a-mu-ré), v. a. Terme de marine. Fixer l'anftre d'une voile selon l'angle qui lui fera recevoir le vent.
— HIST. xm* s. Il s'espée devant lui tourne.... La pointe mist devant en som [en haut], Bien tranchant et bien amourée, Bl. et Jehan, v. 4(34. || xiV s. Par leurs malvaises langues ont tout renouvelé, Etamurent le roi à si très grant haine, Que nés [même] pour despit d'eux hoyoit il la roïne, Girart de Ross. v. 3H8. || xvi's. Comme ceux de la caraque lui commandèrent de ameiner, il abat et amure sa grand voile tout d'un coup, et hinsant lacivadiere.... d'aub. Hist. n, 50. Amurerest pezer à force d'hommes sur les couetz d'une voile pour tenir le point de la voile sur le bord, vers le vent, fournier, Inventaire des mots, dans jal, Glossaire nautinue.
êtym. Amure. Comme on voit, amure voulait
dire pointu.
AMUSABI.E (a-mu-za-hT) , adj. Qui peut être amusé, distrait. Si vous saviez ce que c'est que d'amuser un esprit qui n'est plus amusable, volt. Dial. 3.
— ÊTYM. Amuser.
AMUSANT, ANTE (a mu-zan. zant-ty adj. Qui
AîHU
amuse. Un homme amusant. Une conversation amusante.
AMUSÉ, ÉE (a-mu-zé, zée), part, passé. Amusé par des promesses. Amusé a des bagatelles. Amusé par ce récit. En lui [le prince] , toute apparence de galanterie, tout air passionné ou amusé cause un scandale, fén. t. xxn, p. *7î.
AMUSEMENT (a-mu-ze-man), s. m. ||l*Ce qui amuse, divertissement. Les choses qui font mon amusement. C'était un amusement de le tromper. J'y trouve encore quelque amusement, sév. 62. Une lunette qui faisait notre amusement dans le bateau, id. 223. Faibles amusements d'une douleur si grande , bac. Bérén. -, ». Lesbos même conquise.... De toute autre valeur éternels monuments, Nesont'd'Achille oisif que les amusements, id. Iph. I, 2. Ces pompeux bâtiments Du loisir d'un héros nobles amusements, boil. Épit. 1. Le lecteur sage fuit un vain amusement, id. Art poét. ni. Leur esprit toutefois se plaltdans son tourment Et se fait de sa peine un noble amusement, id. Épit. xi. N'attendez point de moi de soupirs et de pleurs; Ce sont amusements de légères douleurs, corn. Perthar. iv, 5. La fille aînée de Croissy avait infiniment d'esprit, de grâces et d'amusement dans l'esprit, st-sim. 33, 4 32. || 2* Perte de temps, retardement. Ah ! que d'amusement, mol. Mis. iv, 4. Je t'attends ici pourmoins d'amusement, id. Tart. i, 3. || 3° Tromperie, prétexte. Tu prends d'un feint courroux le vain amusement , mol. Sgan. 6. Henriette , entre nous , est un amusement , Un voile ingénieux, un prétexte, mon frère, X couvrir d'autres feux dont je sais le mystère , id. F. sav. n, 3. La haine entre les grands se calme rarement; La paix souvent n'y sert que d'un amusement, corn. Rodog. i, 7.
— HIST. XV s. Si firent aux Françoys savoir Que, soubz umbre de parlement, L'en taschoit à les décevoir Et tenir pur admusement, Vigil. de Charles VU, part, n, p. 53.
— ÉTYM. Amuser.
AMUSER (a-mu-zé) , v. a. || 1' Procurer de l'agrément. Cela amuse. Tout ce qui n'est pas Dieu peutl'amuser [l'âme] ; mais Dieu seul est capable de la remplir, fléch. m, 4)9. || 2 Faire perdre le temps en choses qui amusent. Quand il s'aperçut qu'on l'amusait. Amusez-le du moins à débattre avec vous, corn. Nicom. v. 6. Tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu'au ht de la mort, mass. Carême, Élus. || Amuser l'ennemi, le tromper par des lenteurs. || 3° En parlant des choses. Amuser la tristesse , la douleur. Jusques àquandamuserai-je les inquiétudes secrètes de mon âme par de vains projets de pénitence? mass. Car. Fausse conf. La harpe d'un berger amuse sa tristesse [de Saûl],et ne la guérit point, id. Avent, Cône. Mon cœur saignait encor des maux qu'il m'avait faits; D'un rayon d'espérance amuser ses souhaits, Malheureuse 1 c'était compromettre ma gloire, gilb. la JSarq. de Gange. Pisonpeut cependant amuser leur fureur, corn. Othon, v, s. Ce qui me choque de ces beaux esprits , c'est qu'ils ne s» rendent pas utiles à leur patrie et qu'ils amusent leurs talents â des choses puériles, montesq. Lett. pers. 36. || 4* Repaître de vaines espérances, abuser, tromper. Il les amusait par des espérances. Il veut que je l'amuse et ne veut rien de plus, corn. Sertor. n, 3. C'est ainsi qu'on déguise un violent dépit.... Et qu'on croit amuser de fausses patiences Ceux dont en l'âme on craint de justes défiances, id. Rodog. iv, 6. Les promesses dont Hananias amusait le peuple, boss. Or. 7. On ne se laissera pas amuser aux vaines excuses qu'il débite, m. Conc. C'est amuser le monde que défaire des réponses vagues, id. Déf. comm. Quand on raconte dépareilles choses, on veut amuser le monde , id. Var. 7. Les a-t-il jamais amusés parde» caresses? fléch. H. de Mont. || 6° Familièrement. Amuser le tap s, dire des choses vaines, des paroles inutiles. Il est bon quelquefois de savoir agréablement amuser le tapis. Ceux qui savent parler sans rien dire et qui amusent une conversation pendant deux heures de temps sans qu'il soit possible de retenir un mot de ce qu'ils ont dit, montesq. Lett. pers. 82. || 6' En termesde jardinage, amuser la sève, laisser à l'arbre plus de bois et de bourgeons que de coutume.
— s'amuser, v. re'/l. H i* Se divertir. Les enfants qui aiment à s'amuser. Il s'est fort amusé â cette soirée. S'amuser à lire un auteur. Il a fait cela pour s'amuser. On ne s'amuse pas longtemps de l'esprit d'autrui. || 2° Perdre le temps. Il broute, il se repose, Il s'amuse à toute autre chose, la font. Fab. vi, 4 0. Morbleu 1 je suis bien sot de m'amusera raisonner avec vous, mol. le Fest. m, t. Comme s'il eût été capable de s'amuser à penser à nous, pasc. Prov. 4.