LA BRUY. V
— REM. Vaugelas remarque que conjoncture est un mot tré.s-nnuveaii, mais excellent.
— HIST. XVI' s. La conjointure des estrangers [la jonction opérée avec eux] , d'aub. Hist. i, 227. Conjoincture, id. ib. ir, 292.
— ÉTYM. Voy. CONJOINDRE.
CONJOUIR (SE) (kon-jou-ir), v. réfl. Se réjouir avec quelcju'un de ce qui lui est arrivé d'heureux. Permettez , mes frères, qu'à l'occasion de cette sainte solennité je me conjouisse avec vous de la consécration de ce nouveau temple dans votre ville, p. BRiDAiNE, dans le Dict. de dociiez. || V. n. Dans tous ces cas d'actions charitables, l'homme est mù par un attrait intérieur pour son semblable, par une secrète sympathie qui le fait aimer, conjouir et condouloir, PROUDHON, dans le Vicl. de docuez.
— REM. Ce mot a vieilli; mais il est bien employé dans les exemples ci-dessus, et on peut «'en servir à l'occasion.
— HIST. xii' s. Guiteclins les conjot et salue et mercie.Soi. 7. Chien mu n'aboient pas, sus le banc lié sunt; As larruns conjoîssent, al mesfait od els sunt, Th. le mort. 89. || xiii" s. Por ce que |je] ne puis h mon gré conjoïr, llerte, lxxxviii. Forment les honora li rois et conjo'i, ib. cviii. Et toute Flandres le tenoit à signeur, et moult le conjoïrent, Chron. de Rains, p. 169. Et se il vait la messe oïr, Ce n'estpas por Dieu conjo'ir, Ainz est por des deniers avoir, RUTEB. 251. Il XV* S. |I1] Vint en Brabant par devers le roi Edouard d'Angleterre, qui le reçut et le conjouit moult grandement, froiss. i, i, 79. || xvi' s. La reyne d'Angleterre envoya se conjouyr avec elle de son arrivée en Escosse, castelnau, 62. Il s'estoit conjoui avec lui, par lettres, de l'oracle qui l'avoit logé entre les dieux, mont, iv, 307.
— ÉTYM. Provenç. conjoir ; de congaudere , du latin cum, et gavdere, avoir joie (voy. jouir).
CONJOUISSANCE (kon-jou-i-san-s'), s. f. Action de se conjouir. Je ne m'attends à aucune conjouissance sur les fortunes du monde, boss. Leit. 13. Le roi ne manquait guère de demander à ses gentilshommes, quand ils revenaient, de sa part, défaire des compliments de conjouissance ou de condoléance aux gens titrés, comment ils avaient été reçus, stsim. ))0, 146. Le roi reçut [du duc de Savoie] une réponse de conjouissance [sur la naissance du fils du duc de Bourgogne] et de remerciement, id. («s, 260. Il Ce mot a vieilli.
— HIST. XV' s. Tous deux joyeusement le receurent et lui firent feste et conjouissanc», G. CffASTE- LAiN, dans le Dict. de dociiez.
— ÉTYM. Conjouir; provenç. conjoissensa.
t CONJUGABLE (kon-ju-ga-W), adj. Terme de grammaire. Qui peut être conjugué.
— ÉTYM. Conjuguer.
CONJUGAISON (kon-ju-ghè-zon), s. f. \\l° Terme de grammaire. On appelle ainsi la suite bien ordonnée des formes d'un verbe aux trois personnes du singulier et du pluriel dans tous les temps et dans tous les modes. || Conjugaison simple, c'est celle de nos verbes ordinaires, y compris les temps composés où entrent les auxiliaires être ou ai'oïr. || Conjugaison composée, celle où les temps ne son» jamais exprimés en un seul mot. On l'appelle selon le cas passive, réfléchie, inicrrogatire, négative, etc. Il Conjugaison passive, celle qui se forme avec le verbe (tre et le participe. || Conjugaison réfléchie, celle où le verbe est précédé d'un pronom complément, comme je me plains. || Classes où l'o» fait rentrer les verbes dont les terminaisons paraissent avoir beaucoup d'analogie. U y a en latin quatre conjugaisons. On dit aussi qu'il y a en français quatre conjugaisons que l'on distingue par la terminaison des infinitifs : en er, en oir, en re et en tr. Il 8° Terme d'anatomie. Conjugaison de nerfs , paire de nerfs. Peu usité présentement en ce sens. |1 Trous
CON
de conjugaison, ouverluies arrondies que forment, fn se riJunissant deux à deux, les écliaiicruros des njioiihyses transverses des vertcbres, et qui donnent passage aux nerfs spinaux.
llKM. La première conjugaison en er reproduit
!a finale latine are : amare, aimer. La seconde en oir reproduit la finale ëre, habêre, avoir, dolêre, douloir, et, par changement d'accent, recipère au lieu de recipère, recevoir (l'ancienne forme correcte était reçoivre). La troisième en re reproduit la finale latine i're, prcndire, prendre. La quatrième en ir reproduit la finale latine îrc, audlre, ouir, mentiri, mentir, portire, partir; mais elle tient aussi la place de la finale esccre dans /ïorescere, fleurir; co qui établit une très-grande difi'érence dans la conjugaison; car la plupart des verbes qui appartiennent à la finale ire sont dits irréguliers, mais ils ne font pas autre chose que se conjuguer d'après l'accent latin, méniior, je ments, pârlior, je pars, etc.; ceux qui aiipartiunnent à la finale escere, soit réellement comme fleurir , soit par assimilation fautive comme finir, sont dits réguliers, mais ils ne font non plus que se conjuguer d'après l'accent latin qui, naturellement, est placé d'autre façon : florésco, je ficuris, gemisco, je gémis, etc. Les grammairiens français, faute de faire attention à l'accent latin, n'ont pas conçu la distinction de ces deux finales oii conjugaisons, et ont dit réguliers les verbes de la seconde catégorie et irréguliers les verbes de la première.
— HIST. XVI' s. Le gouster est fait à la langue bien disposée, par le bénéfice du nerf venant de la troisiesme et quatriesme conjugation des nerfs du cerveau , paré , Introd. 9. Des nerfs de la 3' et 4« conjugaison, ID. I, <4. Des sept conjugaisons, paires ou couples de nerfs du cerveau, ainsi appelés pour Ce qu'ils sont tousjours deux à deux, lû. m, 8. La conjugaison est divisée vulgairement eu quatre espèces par les terminaisons du présent infini, bamus, dans LivET, Gramm. au xvi" siècle, p. 206.
— ÊTVM. Provenç. conjugatio, conjugazo; espagn. conjugacion; ital. conjugazione; du latin conjugationern , de conjugare (voy. conjuguer).
CONJUGAL, ALE (kon-ju-gal, ga-1'), ad}. Qui tient à l'union entre le mari et la femme. Les liens conjugaux. D'un lien conjugal joiqdre ces deux amants. C'est briser tous mes fers et finir mes tourments, CORN. Cid, I, 0. S'il y daigne écouter un amour conjugal.... m. Poly. iv, 3. Recevez de ma ninin la coupe nuptiale, Pour être après unis sous la foi conjugale, m. liodog. v, 3. Vous pouviez l'assurer de la foi conjugale, rac. Baj. ni, ■». On affranchit Néron de la foi conjugale, id. Ilrit. m, 3.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. conyugal ; ital. congiiigale ; du latin conjugalis, de cum, et jugum, union, iiroprenient joug (voy. joug).
CONJUGALEMENT (kon-ju-ga-le-man), adv. Selon l'union qui existe entre le mari et la femme.
— HIST. XVI" s. Que l'ame l'assiste et favorise [le corps] , et ne refuse point de participer à ses naturels plaisirs et de s'y complaire conjugalement, MONT. IV, sou.
— Ktym. Conjugale, et le suffixe merit.
t CONJUGATIF, IVE (kon-ju-ga-tif, ti-v') , adj. Terme de grammaire. Qui a rapport à la conjugaison.
— ÉTYM. Conjugué.
CONJUGUÉ, ÊÉ (kon-ju-ghé, ghée), part, passé. Il 1° Terme de gravure. Réuni. Pierres conjuguées, pierres gravées oii les têtes sont représentées sur le même profil.|| Tei-me de géométrie. Diamètres conjugués, diamètres liés l'un à l'autre par une relation, tnlle que chacun divise en deux parties égales les cordes iiarallèlcs à l'autre. Quelles courbes ont des points conjugués? j. j. housseau. Science, 2. || Axe conjugué, le iietit axe d'une ellipse. || Terme de botanique. Feuilles conjuguées, feuilles composées, dont les folioles sont disposées par paires, des deux côtés du pétiole. {| Terme de physique. Foyers conjugués, foyers d'un système de deux miroirs ou de deux lentilles, disposés de manière que les rayons qui partent de l'un arrivent à l'autre. || Terme de mécanique. Deux machines à vapeur sont dites conjuguées, lorsqu'elles sont installées pour concourir au même but par leur puissance simultanée. || Terme de chimie. Acide conjugué, acide que l'on considère comme formé de deux ou plusieurs autres, en proportions définies. L'acide citrique est dit acide conjugué, c'est-h-diro composé de 1 équivalent d'ac;de acétique, et de I équivalent d'acide tartrique. H »• Terme de grammaire. Qui a reçu les flexions de la conjugaison. Les verbes conjugués suivant la troisième oonjugaison. || Les conjugués, les motsti-
CON
rés de la même souche exprimant une idée semblable, par exemple: aimer, aimons, aimable, amour. CONJUGUER (kon-ju-ghé), V. a. \\ 1° Unir. Peu usité en ce sens. 1| 2''Terme de grammaire. Assembler dans un ordre déterminé les difl'érentes inflexions ou terminaisons des modes, des temps, des personnes et des nombres d'un verbe. Conjuguer un verbe. || Absolument. Savoir conjuguer. || 3° S'unir. L'astre du jour répand sur tous les mondes d'autres concerts do lumières.... en se conjuguant avec d'autres Phébés, iiEKN. DE sT-p. Mort de Socrate. \\ 4° Se conjuguer, v.réfl. Être conjugué. Co verbe se conjugue comme ou sur tel autre , avec l'auxiliaire être ou avoir.
— ÉTYM. Lat. conjugare, réunir ensemble, de cum, et jugum, union, proprement joug (voy. joug). Kn termes de grammaire, conjuguer un verbe, c'est en réunir toutes les formes dans un arrangement déterminé.
t CONJUNGO (kon-jon-go) , s. m. Mot qui se dit par plaisanterie pour la formule du mariage. Prononcer le conjungo. || Le mariage lui-même.... Hâtez le conjungo; Tous deux, jeunes, bien faits, vous vivrez à gogo, boubsault, dans le Dict. de dochez.
— ÊTYM. Latin conjungo, je conjoins (voy. CONjoindre).
CONJURATEUR (kon-ju-ra-teur) , s. m. || 1* Celui qui forme, dirige une conj uration. 1 1 Vaugelas dans ses Remarques , a condamné conjurateuren ce sens : « Ce qui a trompé ceux qui ont dit les premiers conjurateur, c'est que, la terminaison en étant active et celle de conjuré passive, ils ont cru que le nom verbal qui avait la terminaison devait être employé pour exprimer une action. » Le fait est qu'aujourd'hui conjuré a complètement banni conjurateur de l'usage. || 2° Magicien qui prétendait conjurer les démons et les tempêtes. Dès l'heure même on vous met en présence Notre démon et son conjurateur, LA FONT. Belph. Il 3" Celui qui, chez les anciens Germains, attestait sous serment avec d'autres la vérité de l'allégation d'une des parties. Prouver, se purger par conjurateurs. Il y avait habituellement douze conjurateurs.
— HIST. XVI* S. Les conjurateurs ayant descouvert que.... CARL. IX, 35.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. conjurador; Ital. congiuratore ; du latin conj'urore, conjurer.
CONJURATION (kon-ju-ra-sion; en poésie , de cinq syllabes), s. f. \\ 1° Complot contre le prince ou l'État. Elle accusa Narbal d'être entré dans une conjuration contre Pyginalion, fén. Tél. viu. Dites que tout cela ne se fit pas à l'instigation de la Renaudie en suite des résolutions de cette assemblée; dites encore que la Renaudie, huguenot lui-même, ne fut pas établi par les huguenots et par leur chef pour être le conducteur de la conjuration d'Amboise, qui éclata quelques mois après, Boss. Variât. Défense, i" discours, § <6. || 2" Par extension, hgue, cabale. Comment résister à une si forte et si générale conjuration? On n'aurait encore obtenu qu'une partie de ce qu'on peut espérer d'une conjuration d'hommes éclairés en faveur du progrès des sciences, CONDORCET, sur V Atlantide. \\ 3° En langage ecclésiastique, exorcisme ou cérémonie pour chasser l'esprit malin et d'autres choses nuisibles. || 4° Paroles de sortilège. Le magicien commença ses conjurations. Platot [général des cosaques] a dit luimême qu'à celte aflaire un officier fut blessé près de lui, ce qui le surprit peu; mais qu'il n'en fit pas moins fustiger devant tous ses cosaques le sorcier qui l'accompagnait, l'accusant hautement de paresse pour n'avoir pas détourné les balles par ses conjurations, comme il en était expressément chargé, SÉGUR, Ilisl. de A'op. VII, 5. || 5° Au pluriel , prières instantes, avec protestations, promesses. Ses sanglots et ses conjurations ne purent le fléchir. ||6°i Rome, serment de mourir pour la patrie, que prêtait solennellement le peuple assemblé.
— HIST. xii* s. E cume Absalon fist le sacrefise, ces ki od lui furent firent cunjùreisun encuntre David, Rois, <74. Pur ço que vus avez fait cunjùreisun encuntre mei, e nuls n'est ki rien me vuille acuinter, ib. 80. || xv s. Pour aucunes conspirations, monopoles et conjuroisons longtemps apensées et contrepensées, du canoë, appensatus. \\ xwi' s. Pompeius eut recours à l'amitié, ou, pour parler plus rondement, à la conspiration et conjuration de Crassus et de Caesar, AMVor, Lucul. 85.
— ÉTYM. Proveiiç. conjuration; espagn. conjuracion; ital. congiuraiione ; du latin conjuralionem, de conjurare , conjurer. La formation régidiore est conjuraison ou conjuroison, comme dans les plus anciens textes, la finale latine atio se changeant en oison ou oison, comme dans oraison, raison, etc. I
LOiN
L'ancien français avait aussi eonjur et conjure, ment.
I CONJURE (kon-ju-r'), s. f. Terme de coutume. Semonce et conjure, invitation adressée par le seigneur féodal aux feudataires ou censiers, afin que ceux-ci vinssent juger une affaire qui était de leur compétence.
CONJURÉ, ÉE (kon-ju-ré, rée), part, passé. Il 1" Qui prend part à un complot. Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses fondements encor mal assurés, corn. Ilor. iv, B. Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus conjuré contre elle, et plus craint qu'Annibal, rac. Uithr. m, <- Tous les Grecs conjurés fondaient sur un rebelle, ID. Androm. II, 5. Ils virent les rois conjurés contre eux, BOSS. Hist. II, B. Les démons vsonjurés à notre ruine, ID. Démons, t. \\ S. m. Je fais d'Héraclius un chef de conjurés, corn. Jléracl. n, 7. Et tous vos conjurés deviendraient ses amis, ID. Cinna, m, t. Et que vos conjurés entendent publier Qu'Auguste a tout appris et veut toutoubiier, id. t6. v, 3. || 2° Exorcisé. Les démons conjurés par le prêtre. || 3° Détourné par des conjurations magiques ou de toute autre façon. L'orage conjuré. |{ 4° Supphé. Coriolan conjuré par sa mère de ne pas aller plus avant.
CONJURER (kon-ju-ré), v. a. \\ 1° Projeter par complot, par hgue. Les Juifs virent mille fois.... tout l'univers conjurer leur ruine , mass. Car. Vérité de la religion. Dès qu'ils se sentirent de la force, on a vu qu'ils conjurèrent sa porte, et que ce fut de l'avisde leurs docteurs, BOSS. Variât. x. Mille embûches toujours certaines Semblent conjurer vos malheurs, J. B. Rouss. Cantate, <'i. \\ V.n. Les ennemis de Rome conjuraient contre elle, ou elle conjurait contre ses ennemis. Cet ambitieux était toujours prêt à conjurer, Dict. de l'Acad. La France et l'Espagne, par manière de dire, sont conjurées contre lui seul, voit. Lett. 74. Il Par extension. Conjurer contre quelqu'un, se concerter avec d'autres contre les intérêts de quelqu'un. Le monde entier conjure contre eux, et ils sont plus forts que le monde, mass. Confér. Zèle contre les scandales. || 2" V. a. Exorciser. L'on ne voyait que des prêtres qui conjuraient des démons, VOLT. Louis XIV, 2. Il 3° Détourner soit par des cérémonies religieuses soit par des pratiques magiques. Va porteries présents aux autels des Furies, Conjure leurs serpents prêts à te déchirer, volt. OEdipe, IV, 1. Tout le peuple avec lui, conduit par le grand prêtre, Vientdes dieux irrités conjurer les rigueurs, ID. «6. I, t. Cet airain résonnant qui, balancé dans l'air. Intercédait le ciel et conjurait l'orage, masson, Helvétiens,y. Des prières.... Pour conjurer des sorcières L'œil malfaisant tourné vers nous, béhang. Chev. et lait. Un homme enfin sort de nos rangs; Il dit : je suis le dieu du monde. L'on voit soudain les rois errants Conjurer sa foudre qui gronde, lu. Ch. d'asile. \\ Fig. Conjurer l'orage, détourner un péril, un malheur qui menace. C'est loin d'ici qu'il faut conjurer un orage, volt. Sémir. m, I. Quand par des soins prudents j'ai conjuré l'orage, id. TriumtK i, 4. || On dit dans le même sens conjurer la colère céleste. 11 ne put conjurer sa destinée. Il 4" Prier avec beaucoup d'instance. Je l'eusse conjuré de se donner la vie, corn, l'omp. m, 4. Pour la dernière fois, ingrat, je t'en conjure, id. Uor. v, 3. Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, rac. Esth. III, 4. Elle me conjurait de me donner à vous, ID. Baj. v, 4. J'ose vous conjurer de ne vous perdre pas, th. corn. Essex, ni, 2. Sa mère.... La conjure en tremblant de presser son départ, volt. Uariamnc, m, ). || S* Terme de féodalité. Adresser i ses vassaux l'invitation dite semonce et conjure. Il 6" Se conjurer, se liguer. Les deux partis se conjurèrent pour renverser sa puissance.
— IIEM. Conjurer, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire aroir, quand on veut marquer l'action : ces deux puissances ont conjuré de le perdre ; avecl'auxiliaire être, quand on veut marquer l'état : ces deux puissances sont conjurées contre lui.
— HIST. XII' s. Lores conjurad Saûl le pople, que tant n'entendissent à mangier, cume sei de lur ene-
mis vengier, Roi$ , 48. {| xiii* s illui a demandé
S'ele estoit de par Dieu, moût l'en a conjuré, Bertc, XLV. Ge te eonjur, se tu es tex [tel] Que tu doies parler à gent, Parole à moi isnelemont, Ren. 2)S02. Cilqui lesdeus arbres plantèrent, Trestos les diex en conjurèrent, FI. et Dl. 627. Et lors le seignor deit mander deus ou trois de ses homes ce enquerre, et les deit conjurer, par la fei que il U doivent, que il enquiereni, vis»", de J. (04. 0 tu, li miens puepies, oies moi, et je te conjureré que tu soies mes feels, Psautier, f° 99. ||xiv' s. Tout celui temps il emploierent en conseillant a#ecques le» '•juriez,
CON
CON
CON
BERCnçuBE, f» 28 , fcrso. || xvi" S. Il attira aucuns ie ses compagnons à conjurer avec lui contre ce capitaine. Si furent. seize conjurez en tout, amïoï, Cimo7i, 2. Il y avoit un temple où l'on conjuroit les aines (les tresp:issez, m. i6. H. Je vous supplie et conjure, que vous me tuez vous mesme en ce lieu, m. Eumènes, 30. 0 Grecs, qui plus de maux vous procurez, Qu'oncques n'ont fait liarbares conjurez, m. Agésil. 23. Conjurant et conjoignant de nouveau les Estats de France avec le roi , tous les prétextes de la Ligue estoient esteints, d'aub. Uist. ii, *69. U sembloit que toute la chre-stienlé est conjurée à sa ruine, carl. i, M. Ceux qui ont esmeu cesto pierre civile, ont conjuré de troubler la tranquillité du royaume , condé. Mémoires, p. C50. Car amour, Dieu, beauté ne sont ensemble qu'un; Qui contre l'un des trois conjure une querelle, Celuy-là des géants l'audace renouvelle, Digne que son destin avec eux soit commun , AM. jamin , Poésies, p. 89, dans LACURNE. Mes tentations sont si cassées et mortifiées qu'elles ne veulent pas qu'elle [la raison] s'y oppose; tendant seulement les mains au devant, je les conjure [écarte], mont, m, 272.
— ÉTYM. Provenç. et espagn. conjurar; ital. con- Oiurare; du latin conjurare, de cum, et jurare, jurer.
t CONJUREUR (kon-ju-reur) , s. m. Celui qui fait des exorcismes ou des conjurations. Portier, lecteur, conjureur, acolythe, volt. Dial. 27.
— ÉTYM. Conjurer.
i CONNAISSABLE (ko-nfi-sa-W) , adj. Qui peut Être connu. Le cardinal n'est pas connaissable, sÉv. 202. L'Etre suprême, que je conçois comme l'être absolument infini, la substance douée d'une infinité d'attributs, ou plutôt connaissable par une infinité de propriétés, dont chacune exprime infiniment son essence éternelle et infinie , boullainvilukrs, Réfut. de Spinosa, p. 30.
— HlST. xiv s. Chose congnoissable , oresme, Thèse de meunier. ||xv" s. Si fut mis ens [Jacques Lambe, assassin d'Yvain de Galles] et recueilli des gardes, car il s'en fit connoissable [il s'en fit reconnaître], FROISS. II, II, 30.
— ÉTYM. Connaître.
CONNAISSANCE (ko-nê-san-s') , s. f. \\l' État do l'esprit de celui qui connaît et discerne. La connaissance de Dieu. La connaissance du bien et du m;il. La connaissance du cœur humain. Ce guide a la connaissance de la montagne. Qu'est-ce que Jupiter [planète] ? Un corps sans connai.ssance, la font. Fabl. VIII, <6. 11 n'est pas question ici de savoir si les bêtes ont de la connaissance, fén. Exist. xxiii. Les vaisseaux des Phéaciens ont de la connaissance comme les hommes et savent le chemin des villes, id. t. XXI, p. 387. Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne point à aimer et se trahit elle-même! ROSS. Connaiss. iv, )0. Qui se connaît soi-même en a l'âme peu vaine; Sa propre connaissance en met bien bas le prix, corn. Imitation, i, 2. || Être en âge de connaissance, dans l'îtge où l'on agit avec discernement. Elle eut de la faveur, dîs qu'elle eut de la connaissance , fléch. Panég. ii , p. 224. || X ma connaissance, de ma connaissance, c'est-à-dire je sais que. Â ma connaissance, il possède au moins dix mille livres de rente. 1| Avoir connaissance de, connaître, savoir, être au courant de. Il eut de nos desseins si claire connaissance, rEgnier, Sat. iv. Ce fanfaron chez elle eut de moi connaissance, m. Sat. vni. Madame, pour le moins, vous avez connaissance De l'auteur de ce bruit, corn. Hér. ii, 8. Ceux qui n'ont aucune connaissance de cet auteur, PASG. Prov. 17. Si vous aviez la connaissance des choses qui se sont passées, id. Prov. 2. Avez-vous de son cœur si peu de connaissance? rac. Phèd. v, 3. Il Avoir connaissance de, avoir des nouvelles de, des renseignements.... Je suis, dit-on, un orphelin Entre les bras do Dieu jeté dès ma nais.sance. Et qui de ses parents n'eut jamais connaissance , rac. Athal. H, 7. Je n'ai de tout mon sort que cette connaissance, id. Iphig. ii , i. Hélas! De mes enfants auriez-vous connaissance? volt. Zaïre, ii, 3. Il Donner connaissance, faire connaître. Et lui-même il en donne assez de connaissance [il fait assez connaître qu'il n'est pas de naissance royale] , corn. Don Sanehe, iv, ). Nous lui donnâmes une connaissance parfaite de nos desseins, sév. 423. || Venir à la connaissance, être connu par une voie quelconque. Ouand il ne vient rien à ma connaissance, sÉv. 43. Comme il est venu à la connai.ssance de notre siège apostolique, boss. Mand. \\ Prendre connaissance d'une chose, l'examiner, s'en faire rendre compte. Il Agir, parler en connaissance de cause, avec connais- «ance de cause, c'est-à-dire pertinemment, pour rai-
sons connues. One ce soit un jugement rendu avec connaissance <le cause, VkSC.Prov. <8.M. Turgotest le protecteur de tous les arts, et il l'est en connaissance de cause, volt. Leit. de Lalande, fOdéc. <774. Il Avoir une grande connaissance des affaires, y être très- habile. |i Avoir une grande connaissance des tableaux, des livres, se connaître très-bien en tableaux, en livres. || 2° État de celui qui se connaît lui-même, qui a le sentiment de son existence. Quoi- •7ue voisin de l'agonie, il avait toute sa connai.ssance. Etre sans connaissance, être privé de sentiment. Perdre connaissance, perdre le sentiment. Reprendre connaissance, sortir d'un évanouissement, d'un état de coma, d'un état de délire. On l'emporta dans sa tente plus mort que vif, ayant perdu toute connaissance, VAUGEL. Q.C. liv. III, ch. 6. Elle n'est pas encore morte, mais elle n'a aucune connaissance, sÉv. HO. 11 fut trois heures sans connaissance, id. 47) . St Ambroise avait perdu la connaissance quand son confrère lui apporta la communion, boss. Déf. comm. La foule s'agite, on m'emporte sans connaissance, CHATEAUB. René, 209. || 3° Terme de procédure. Droit de connaître et déjuger. La connaissance de ce crime appartient à tel tribunal. François I" 6ta au parlement la connaissance de ce qui concerne les évêchés , VOLT. Mœurs, 138. || 4» Terme de marine. On a connaissance des côtes par les divers signes qui s'y rencontrent, la couleur et hauteur des terres, caps et montagnes, nature du fond, herbes, poissons et oiseaux qu'on y rencontre. Le soir, nous eûmes, comme disent les marins, connaissance de quelques palmiers, chateaub. Itin. m, 69. || Avoir connaissance d'un navire, l'apercevoir en mer de la côte sur laquelle on est. || Connaissance des temps, almanach nautique publié dojiuis 1879 par le Bureau des longitudes. || S" Au plur. Lumières acquises, savoir, érudition sur divers sujets. Il a, il possède des connaissances très- variées. Les connaissances humaines. Dans l'état actuel de nos connaissances. Il favorise en roi ces hautes connaissances, LA font. Fahl. VII, i s. Attribuer aux anciens des connaissances astronomiques dont ils n'ont jamais eu que des soupçons très-vagues, volt. Lett. de Lalande, 0 fév. 1775. Il avait un esprit trop juste pour ne pas voir l'inutilité, le ridicule ou même le danger des demi-connaissances, coneorcet, Maurepas. \\ 6" Liaison qui se fait entre des personnes qui se voient, qui se fréquentent. La postérité saura que cette considération m'obligea premit:rement de rechercher votre connaissance, balz. liv. i, lett. 6. Je voudrais l'accoster.... Et tâcher de heravec lui connaissance, MOL. Éc. des mar. i, B. || Faire connaissance avec quelqu'un, ou faire la connaissance de quelqu'un, nouer avec lui quelque liaison. Hé! Ditesmoi un peu , s'il vous plaît : combien aviez-vous d'années lorsque nous fîmes connaissance? mol. Mar. forcé, se. 2. Il Gens de connaissance, gens que l'on connaît ou qui se connaissent entre eux. Le grand bien que voici pour des gens de ma connaissance, PASC. Prov. 4. Trouve-t-on ici des gens de connaissance? SÉV. 85. Elle a trouvé beaucoup de gens de sa connaissance, id'. t32. c'est beaucoup tirer de notre ami, si, ayant monté à une grande faveur, il est encore un homme de notre connaissance, la BHUY. VIII. Il Une figure de connaissance, une personne que l'on connaît. || Il n'y avait personne de connaissance au bal, à la promenade, il n'y avait aucune de ces personnes qui sont généralement connues dans le monde. || Être en connaissance avec quelqu'un, avoir dos relations avec lui. Il y a dix ans que je suis en connais.sance avoc cette famille. Il Renouveler connaissance avec quelqu'un, reprendre avec lui une liaison qui avait été interrompue. Et fig. U y a trois mois que je suis dans mon lit, et sans vous je n'aurais renouvelé connaissance avec aucune planète, volt. Lett. de Lalande, s fév. 1776. Il Personne avec qui on a ce genre de liaison. De vieilles connaissances. Dans le monde, on a beaucoup de connaissances et peu d'amis. Deux ou trois des connaissances qu'il s'était faites à la chasse, iiamilt. Gramm. 4. Le maître de la poste était son ancienne connaissance, id. Gramm. il. C'est une de mes anciennes connaissances que je voulus renouveler exprès, pAsc. Prov. B. Le vrai objet est de se faire des connaissances et des amis, boss. Lett. quiét. 81. Il On dit qu'un homme est en pays de connaissance, pour signifier qu'il est en un lieu où il a des connaissances, et fig. qu'il a à traiter des matières qui lui sont familières. Quand on parle à un géomètre de figures, il dit qu'il est en pays de connaissance. Tant qu'il sera en pays de connaissance, BOSS. Lett. quiét. 185. || 7" Terme de vénerie. Marques, traces du pied de la bête, "^ "loven des-
quelles on reconnaît .son âge et sa grosseur, etc. Des pinces de son cerf et do ses connaissances, MOL. Fâcheux, II, 7. || Ce chien a connai.ssance de quelque chose, .se dit quand un chien, mettant le nez en terre, se réjouit. || Avoir connaissance, se dit quand on revoit du cerf qui va de bon temps, sans que les voies, trop vieilles, permettent au chien de se rabattre. || 8" Terme de théologie. Connaissance charnelle, cohabitation de l'homme et de la femme. || 9» Populairement, maltresse, bonne amie. Avoir, faire une connaissance. Il est allé dîner avec sa connaissance.
— RFM. Elle resta longtemps sans connaissance; à peine l'eut-elle reprise.... i. i. rouss. Jlél. vi, ». La règle est qu'à un mot pris sans article on no fait pas rapporter les pronoms relatifs ou les pronoms tels que îi, elle, lui, etc. Pourtant Jullien, Gramm. p. 249, pense que la phrase de Rousseau peut être admise, remarquant qu'aucun principe logique ne s'y oppose et qu'ici il n'en résulte pas d'obscurité.
— HIST. XI' s. F;scuz [ils] ont gens [beaux] de moultes cunoisances [armoiries], Ch. de Roi. ccxxm. Chrestienne [elle] e.st par veire conoi.sance , ib. ccxcii. Il XII* s. Dix mille [ils] sont à une conoisance [bla.son], Ronc. p. 134. Connoissez, dame, au viz et à la chère. Que je n'os [ose] mon voloir Dire por parcevoir [parce qu'on s'en apercevrait] ; Mais bone dame doit savoir Conoissance et merci avoir, Couci, xvni. Il XIII' s. Qui là fust à cel point, as.sés peust veoir banicros et escus de diver.ses connissances, et desus toutes l'ensegne impérial, ii. de VALENC. VI. Vos n'estes mie nez de France, Ne de la nostre connoissance, Ren. 12112. Geste fortune que j'ai dite. Quant avec les homme» habite, Ele troble lor congnoissance. Et les norrist en ignorance, la Rose, 4907. Le sen de droit est de savoir ou avoir les quenoissences des choses dou ciel et de terre, et de tort et de droit, Liv. de just. 3. Quant connissance est fête en cort, on ne pot pas fere niance de ce qu'on a reconnut, keaum. vu, 12. Il xiv s. Et encor est il plus convenable à celui qui veult savoir politiques que il ait connoissance de l'ame, oresme, Eth. 29. || xv's. Le roi d'Angleterre qui là estoit sans la connoissance de ses ennemis, FROISS. I, I, 328. U est venu à nostre congnoissance que nostre cousin le duc de Bourgongne ha naguieres escript, juvén. Charles VI, 1413. Et prenoiton argent des subjets, sanslesouyr en congnoissance de cause, ID. ib. 1409. Toutefois il fut assez bien apaisé par aucuns cardinaux ses amis et de sa connoissance, MONSTREL. liv. I, ch. BB. SI ai-je eu autant de congnoissance des grands princes que nul homme, comm. Prcl. S'il est en moi de vous faire autant de service, pensez que j'aurai connoissance [reconnaissance] de la courtoisie, LOuis xi. Août), xxxvii. ||xvi*s. La cognoissance de la plupart des choses, mont, i, 201. Les choses qui sont à nostre cognoissancelesplus grandes, ID. ib. Les hommes qui perscrutent immoderéement les copnoissances qui ne sont de leur apparleuance, id. ii, 278. Tuer un homme sans cognoissance de cause, id. m, 195. Hz n'avoient pas grand sentiment ny gueres do cognoissances de leur calamité pour le bas aago auquel ilz estoient, amyot, P. yEm. 66.
— ÉTYM. Connaissant; bourguig. queneussancc ; provenç. cnnoissensa, conoichenssa; cm\. conexensa; anc. espagn. conocmcia; ital. conoscensa. Paisgrave, p. B7, qui écrit cognoisance , dit qu'on prononce conoisance.
CONNAISSANT, ANTE (ko-nê-san, san-t'), adj. Il 1° Qui connaît. Mme la Palatine, quoique trèsconnaissante de cette cour [de France] , en fut surprise au dernier point, retz, iv, 2(6. Il y a des êtres connaissants qui ne peuvent être précisément déterminés par leurs objets, mais qui doivent s'y porter par leur propre choix, Eoss. Libre arb. 2. La comtesse de Maure avait de l'esprit infiniment, un esprit capable, instFuit, connaissant et extraordinaire en toute chose, tallemant, Hisl. t. m, p. 268. L'être sensible et connaissant, c'est-à-dire l'individu humain, boullainvilliers, Réful.de Spinosa, p. 251. Il a» Terme de pratique. Gensàce connaissants, gens qui se connaissent à la chose dont il s'agit.
CONNAISSEMENT (ko-nê-se-man), s. m. Terme de commerce maritime. Acte, entre l'armateur et le capitaine, qui constate le chargement des marchandises sur un navire et les conditions du transport. On fait trois copies du connaissement, l'une pour le marchand chargeur, l'autre pour le capitaine, l'autre pour le destinataire. Vendre sur facture ou connaissement. J'ai reçu les connai.sscmenls des trois bâtiments que vous avez fait chaiger nour
CON
r.rest et Rocliefoil, (les marchandises et munitions di; Nivernais, Lettre de Colbert à de Varaignes, (iaos JAL.
— HlST. XV* S. Adono se retireront à part les deux compaignons, par devers leurs amyes, où la fesle etiecongnoissement [caresses d'amis qui se revoient] fut grand, Perce forext, t. vi, 1° 93.
— ÉTYM. Connoffre; provenç. conoissimen; catal. coneaement; espaga. conocimiento; ital. conoscimenln.
CONNAISSEUR, EUSE (ko-nê-seur, seû-z'), s. m. et f. Il l°Ce!ni, celle qui se connaît à quelque chose. Une dispute élevée entre nous Sur ce problème, attendait la sentence D'un connaisseur, d'un juge tel que vous, MALFiL. JVorctsse, ch. m. Je voudrais que vous eussiez entendu tout ce qu'il nous a dit de la beauté de sa compagnie, ces hommes faits exprès et choisis par vous qui êtes la bonne connaisseuse, ces chevaux jetés dans le même moule, SÉv. 602. Votre femme fait la connaisseuse, ID. 349. Il y en a tel dont il ne faut que la seule fréquentation pour vous donner bruit de connaisseuse, mol. Préc. <0. Il est vrai qu'elle [la pièce] n'est pas approuvée par les connaisseurs, mol. Critique, 7. La plupart des connaisseurs demeurent d'accord de cela, RAC.jBn'f. Préface. Et sur le mérite et les mœurs On pourrait défier les plus fins connaisseurs De vous souhaiter quelque chose, desiioulièbes, dans iuchelet.|| Adj. 11 portaunoeilconnaisseursurcestableaux.il 2°'rerme qui s'est introduit dans les beaux-arts, pour signifier celui qui juge de leurs productions avec une connaissance parfaite. C'est alors un connaisseur iVjuitable qui se promène dans une galerie de peinture, DiDER. lissai sur la vertu. {| En ce sens, P. L. Courier a dit connaisseur en parlant d'une femme : Mme Pepe veut passer pour connaisseur en peinture et en musique, Lett. i, 29. Mais cela ne vaut rien, et il faut dire connaisseuse. || 3° Terme de chasse. Se dit d'un veneur qui juge bien le cerf au bois et qui le reconnaît par le pied.
— HIST. xrii* s. Cil baillis qui loa celé élection fut quenesseor ou elliseor, Liv. de just. 42. || xv s. Ce duc Charles estoit de long souvenir et de longue retenance, connaisseur d'amis et d'ennemis pour rendre en temps, G. chastelain, dans le Dict. de cochez. Il xvi' s. Et pour tromper l'ennui des civiles fureurs, [Charles IX] Aima chiens et chevaux, cognoisseurs et coureurs, Hons. C6C.
— ÉTYM. Connaître; provenç. conoissere , conoissedor; espagn. cotiocedor; ital. conoscitore. Le provençal conoissere est le nominatif, conoissedor, le régime; le vieux français a eu de même conoissere et conoisseor , bien que nos exemples ne nous donnent pas ces deux cas.
CONNAÎTRE (ko-nê-tr'), je connais, tu connais, il connaît, nous connaissons; je connaissais ; je connus, nous connûmes; je connaîtrai; connais, connaissons; que je connaisse, que nous connaissions; que je connusse, que nous connussions; connaissant; connu, V. a. \\ 1° Savoir ce qu'est une personne ou une chose. Le loup qui la connaît, malin et défiant, BÉGNiEii, Sa(. ni. Si vous m'aviez connu, vous l'auriez su prévoir, cohn. Sertor. v, 6. Après qu'on eut bien contesté, Répliqué, crié, tempêté. Le juge, instruit de leur malice. Leur dit : Je vous connais de longtemps, mes amis, la font. t^ab. ii, 3. Elle confesse humblement que, de ce jour seulement, elle commence à connaître Dieu, n'<ippelant pas !e connaître que de regarder encore tant soit peu le monde, boss. Vuch. d'Orl. Heureuse de connaître et d'aimer celui qui se connaît et s'aime éternellement [Dieu], l'àme a voulu, comme lui, faire ellemême sa félicité, boss, la Vallière Pour un enfant qu'ils no connaissent pas, kac. Athal. ni, 3. Nourri dans le sérail, j'en connais les détours, id. Baj. IV, 7. Ne connaissez-vous pas la voix de votre époux? RAC. Estk. II, 7. Si, dès mes premiers ans, heurtant tous les mortnls. L'encre a toujours pour moi coulé sur tes autels [de la chicane]. Daigne encor me connaître en ma saison dernière, boil. Lutr. v. Je lui dirais bientôt : je connais tous vos pères. Je sais qu'ils ont brillé dans ce fameux combat Où sous l'un des Valois Enghien sauva l'État, boil. Sat. x. Je ne le connais plus que pour votre assassin, bac. Iph. TU, 0. U devait me connaître. Il devait respecter un cœur tel que le mien, volt. Tancr. iv, B. Un vieux conteur de voyage, Qui vous dit d'un air ingénu Ce qu^onn'a ni vu ni connu, id. GoAt. || Se faire connaître, dire son nom, dire qui on est. Si Je mari ne s'était fait connaître. Elle en allait enfiler encor plus, la fo.nt. Hari confess. La premn,re fois que je vis M. Rebours, je me fis connaître û lui.... je lui demandai permission de le revoir de
CON
temps en temps, pasc. Lettre a sa sœur, 2» janv. 1048. Il Se faire connaître, apjieler sur soi l'attention, montrer de quoi l'on est cajiable. Mes pareils à deux fois ne se font point connaître Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître, corn. Cid, ii, 2, Il Se faire connaître, venir à la connaissance, en parlant des choses. Mais si la vérité par toi se fait connaître, volt. Zaïre, v, (0. || Ne vouloir pas être connu , garder l'incognito. || Familièrement. Ne connaître ni Dieu, ni diable, n'avoir point de religion. Il Absolument. 0 âme, vous connaissez et vous aimez, c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que connaissance et qu'amour, boss. la Vallière. || 2° Avoir des relations d'afi'aires ou de société avec quelqu'un. Connaissez-vous beaucoup de monde en cette ville? || Familièrement. Je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam, je ne le connais aucunement. Il Je ne connais autre, c'est l'homme que je connais le plus, |{ Ne plus connaître quelqu'un, ne plus vouloir l'aborder ou en être abordé. Il ne méconnaît plus depuis que je suis dans l'adversité. Allie vous a nommé, je ne vous connais plus. — Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue, corn. Ilor. II, 3. Il 3° Terme de l'Écriture. Connaître une femme, avoir avec elle un commerce charnel. Joseph n'avait point connu Marie quand elle enfanta son fils premier-né , Nouveau Test. St Matthieu, ch. i, Nicoclès faisait gloire de n'avoir jamais connu d'autre femme que la sienne pendant tout le temps de son règne, bollin, Hist. anc. OEuvres, t. v, p, 466, dans pouGENS. Adam connut sa femme Eve, qui conçut et enfanta Caïn, volt. Phil. iv, 21. || On dit aussi connaître charnellement. || 4" Savoir, avoir appris, s'apercevoir. Je n'ai pas connu cet accident. Vous connaissez mon malheur, mes peines. Surpris de cette réponse, je connus bien que.... PASC. Prov. t. J'ai connu que notre nature.... m. dans COUSIN. Ils connaissent que la gloire ne peut s'accorder qu'avec le mérite, boss. Ilisl. Pré(. Les pilotes connaissaient que l'île était inaccessible, fén. Tél. VII. Je connais que ces mages sont très-utiles, VOLT. Bahouc. || 5° Être devenu habile en. 11 connaît les mathématiques, le grec, le latin. U connaît toutes les ruses du métier. C'est un homme qui connaît bien la guerre. Je ne parle point de ce que je ne connais pas. Racine, c'est-à-dire l'homme qui après Virgile, a le mieux connu l'art des vers, volt. Hariamne,préface. \\ Familièrement. C'est un homme qui ne connaît rien, c'est un ignorant, il est étranger à tout. Il Absolument. S'instruire, s'éclairer. Le désir de connaître. || Terme de manège. Connaître les éperons, les jambes, la bride, etc. se dit d'un cheval qui comprend les divers mouvements de son cavalier. || 6° Discerner. Connaître le bien et le mal. Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche. A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse, MOL. femmes sav. Ii, 7. || Fig. Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge, hac. Estk. i, 3. || 7" Distingusr, reconnaître. 11 me connut à la voix. Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connaîtrais entre mille. Le chien connaît bien son maître. Si c'était lui-même, il ]iourrait me connaître, corn, le Menteur, m, 3. Il Absolument. Votre enfant embellit; elle rit, elle connaît, sÉv. 2(. || Fig. Je ne le connais plus, ce n'est plus le même homme. Vous avez fait d'idoniénée le plus sage des rois, je ne le connais plus ni lui ni son peuple, fén. ï'eJ. xxii. Ami, depuis deux jours je ne la connais plus, rac. Atltal. m, 3. Il 8° Apprécier, juger. Je vous connaissais mal, corn, llodog. II , 2. J'ai mal connu César.... m. Pomp. IV, (. Mon bras.... Ingrat, va me punir de l'avoir mal connu, volt. lirutus, iv, 3. J'ai mal connu les dieux; j'ai mal connu les hommes, J'en attendais justice, ils la refusent tous, id. Mérope, II, 3. Il Connaître son monde, bien juger les gens à qui l'on a afl'aire. || 9° Admettre. Ils ne connaissent de bonheur que dans la vertu. Mais ici mon pouvoir ne connaît pas le sien, rac. Millir. i, *. Il 10" Ressentir, être sujet à. On ne connaît point l'hiver à la Martinique. Au sortir du berceau, j'ai connu les revers, volt. Tancr. i, 4. Antoine, tu lo sais, ne connaît point l'envie, id. Mort de Ces. i, i. Les dieux qui vengent le parjure. Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture, id. Mérope, m, ♦. Il 11° Se soumettre. L'Angleterre ne connaît point la loi salique. Une armée romaine ne connaissait que la discipline. U connaîtra des supérieurs. Je ne connais de maître que vous. Une liberté qui ne connaît aucune règle, BOss. Pensées, 33. |{ Il ne connaît plus rien, sa passion l'emporte. Quand il s'agit de ses intérêts, il ne connaît ni parents ni amis, il n'a pas plus de considération pour eux 1
CON
que s'ils lui étaient étrangers. || 12' Ne connaître que, ne considérer que, tenir exclusivem'ent à. Ne connaître que son devoir, que la règle. Ne connaître que ses intérêts. Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement. || Familièrement. Je ne connais que cela, c'est la seule chose à faire. U faut que vous obéissiez, je ne connais que cela. || 13° V. n. Terme de procédure. Connaître de, avoir caractèri» pour juger ou faire des actes d'instruction en certaines causes. Ce tribunal, ce juge connaît des matières civiles, criminelles. Le roi voulut connaître de l'affaire , vaugel. Q. C. liv. x , dans lu- CHELET, Quelque bruit que fît le nonce d'abord, de ce qu'on ne prenait pas des ecclésiastiques pour connaître d'une matière ecclésiastique, PASO. Prov. xix, Lettre d'un avocat à un de sesamis. Ils obtinrent un arrêt du conseil, qui défendit au parlement de connaître de cette afiaire, id. ib. Le préteur qui connaissait des crimes dont on l'accusait [Pison], per- ROT, Tac. 123. Il Par extension. S'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d'en connaître, pasc Prov. is. L'autorité y est inutile; la raison seule a lieu d'en connaître, id. Vide. || 14° Se connaître, f . réfl. Savoir qui on est. De tous trois ce désordre en un jour me fait naître Pour me faire mourir enfin sans me connaître, corn. Iléracl. v, 6. De grâce, dites-moi, vous connaissez-vous bien ?id.Z). Sanche, IV, 3. Vos destins sont comblés, vous allez vous connaître,volt. OEdipe, m, 4. || Fig Si jeune encor
se connaît-illui-mème?D'un regard enchanteur connaît-U la poison? rac. Brit. u, 2. || 15° Se connaître, avoir la connaissance de ce qu'on est, de ses penchants, de ses forces. Connais-toi toi-même. Sous lui [Louis XIV] la France apprit à se connaître; elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas, boss. Marie-Thér. Je crains de me connaître en l'état où je suis; De tout ce que tu vois, tâche de ne rien croire; Crois que je n'aime plus; vante-moi ma victoire, rac. Andr. ii, i. Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière, volt. Al%. V, 7. Il Ce malade ne se connaît plus, il n'a plus sa connaissance. |j Neplus se connaître, être hors de soi, s'abandonner sans frein à son emportement. Guide-moi, Dieu puissant, je ne me connais pas, VOLT. Zaïre, v, 10. Alors cette femme nese connaît plus ; elle se répand en invectives, en menaces, DIDER. Ess. s. Claude. || Ne pas se connaître, méconnaîtresa condition, élever trop haut ses visées. Martian se connaltrailsi peu Que d'oser... corn. Othon, IV, t. Il 16" Se connaître, être de connaissance, être lié. Ils se connaissent l'un l'autre depuis longtemps. Il Fig. Adieu, monde fuyant, nature, humanité, Vaine forme de l'être , ombre d'un météore , Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore, lamaht. llarm. iv, a. \\ 17° Se connaître d ou en, pouvoir bien juger d'une matière. U se connaît en livres, eu tableaux. Je vois bien que je ne me connais guère en péché, pasc. Prov. 9. Je ne me connais pas trop mal en amitié, sév. 3.... Je suis quelque peu du métier, X me devoir connaître en un pareil gibier, MOL. l'Étour. lu, 2. Jupiter qui sans doute en plaisirs se connaît, id. Prol. Amph. Ceux qui se connaissent en hommes, fén. Tél. xxii. Les femmes so connaissent plus finement à bien faire les choses, parce que l'avantage de plaire leur est naturel, le CHEVALIER DE MiîBÉ, dans BicHELET. La Suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu'il ne se connaît pas mieux en morale qu'en christianisme, boss. Variations, x. Le héros [de la satire de lioileau sur la noblesse] était bien choisi et par sa naissance et par sa réputation de se connaître en vers, et par son inclination à favoriser le mérite, fonten. Dangeau. Moi, j'en crois ceux qui s'y connaissent, Les anciens préjugés renaissent, bérang. Vieux habits. Il 18° En parlant des choses, être jugé, apprécié. L'arbre se connaît à ses fruits. |{ Impersonnellement, il se connaît, on connaît, on voit. Que sa façon est brave et sa mine assurée! Qu'elle a fait richement son armure étoffer! Et qu'il se connaît bien, à la voir si parée. Que tu vas triompher! malh. u, 12.
— UEM. Se connaître à, pour dire être habile dans, ne peut s'expliquer par connaître soi-même. C'est une locution qui a une autre explication; connaître est ici verbe neutre, signifiant être habile, entendu, et le pronom réfiéchi y est joint commo dans plusieurs verbes neutres. Voy. au mot apercevoir, Remarque l , où cela est expliqué. On trouve des exemples de se connaître à dès le xiii* siècle.
— HIST. XI" s. Si home occit altre et il seit conusaunt.... I/)is de Guill. S. N'est hom qui 1' veit et conuisire le sait. Qui ce ne die, Ch. de Roi. xxxii. Au fier visage [il] le connut veirement, ib. cx.viu.