RICHELET
— REM. 1. Quand échapper signifie s'enfuir, il faut de: il échappe de prison; s'il signifie être sauvé de, on met d ou de: il a échappé au naufrage ou du naufrage; s'il signifie se soustraire à, on met à: il a échappé à la mort, aux flammes. Il a échappé de prison signifie qu'il s'est enfui de la prison; il a échappé à la prison ou il a échappé la prison, signifie que, courant le risque d'être emprisonné, il l'a évité. Il 2. S'échapper veut toujours de et jamais à. Il 8. Échapper se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand ou veut exprimer l'action; avec être, quand on veut exprimer l'état. Ainsi dans ce vers de Racine : Quelque Troyen vous est-il échappé? Il faut est, puisque le poëte veut dire: reste-t-ii quelque Troyen qui vous ait échappé? Mais, si l'on rappelait le meurtre de Priam par Pyrrhus dans le sac de Troie, il faudrait dire: Priam vous a-t-il échappé? jj 4. D'après l'Académie, échapper, dans le sens de n'être pas saisi, compris, se conjugue avec le verbe otioir. Pourtant Fontenelle s'est servi du verbe être; et on ne voit pas en effet pourquoi il y aurait obligation d'employer le verbe oiotr. || 6. D'après l'Académie, échapper, signifiant être fait ou dit par mégarde, veut toujours l'auxiliaire être. Cette décision est, en fait, contraire à l'usage d'excellents auteurs (voy. les exemples); et, en grammaire, il n'y a aucune raison pour qu'en cet emploi on ne puisse signifier aussi l'état ou l'action avec les auxiliaires être ou avoir.
— HIST. XI* s. Kar leist [il est permis] à faire damage à altre par poQr [peur] de mort, quant per el [par autre moyen] ne pot e.scbapcr. Lois de Guilt. 38. S'uns en escape, morz es et confondus, Ch. de Roi. ccxc.
— XII" s. Se truis [si je trouve] Rolant, vis [vif, vivant] non puet escaper, Ronc. *0, Li doze pair n'en escamperont mie, tb. 4ï. Jà cil d'Espaigue n'escamperoiit entier, ib. Si. Eschapez [ilj fu [de prison] par Brehas sa moillier [sa femme], ib. 13*. Et tors de .^^on poing destre li eschappa re!>pée, ib. 106. Mais retrait m'a en la folour [folie] Mes cuers [mon cœur], dont [de laquelle] [je] l'avoie escapé, Couct,
m. X peine [je] sul sans mourir e<:chapez, tî>. xiv. Kt eschapés de perillouse voie, tf). p. «st. Si [il] comanda sor tote rien [sur toute chose] L'enfant à garder par maistrie, Sor lur menhres et sor lor vie. Qu'il n'en chapt ne qu'il ne fuie, benoIt, ii, <37<s. Si corn chascuns estoit eschapez de la hart, Sax. XXIX. Merci al creatur. Que sûmes eschapé de si grant deshonur. Th. le mart. (09.
— xiii' s. Car de moût grant péril furent eschapé, viLLEii. cv. Ainsi eschapa Berte Tyliert sans son congé, Berte, xxi. Puisqu'ele est eschapée, au meilleur nous tenons [tenons-nous à ce qu'il y a de mieux] , ib. xxiii. Si j'avoie cent vies.... Ne me pourroit pasestre uneseiUeeschapée.... ib. ilvi. Se Berte nous eschapé [nous quille], jamais joie [je] n'aurai, ib. LVii. Bien [elle] voit [que] par autre tor ne pourra eschaper, ib. CXJI. Et li rois Phelippes et li autre prince li mandèrent que.... s'il ne le rendoit dans tier jour, il n'en escaperoit, fors par la hart, Chron. de haint, 38. Se Diex plaist, je ne morrai pas, Ainçois en eschaperai bien, Ren. 2B787. Par les justices qui trop délaient, sont maint malfeteur escapé et maint mal fet, beauu. *o. Et en tels degrés de lignage se pot fere mariages, puisqu'il escape le quart, 10. XIX, 6. Et il respondi que il entendolt que j'avoie l'apostume en la gorge, par quoi je ne pouoie eschaper, joinv. 24t. Honniz soit qui por endetor Laira bone vie à mener; Adès la voit on eschaper, X quel chief que doie torner, colin muset, dans Ilist. liltér. de la France, t. xxiii, p. 666.
— XIV s. Le sanglier vient aux lévriers. Et ilz le prennent volentiers; Au regarder a grant plaisance; X l'ung échappe, à l'autre lance, Et font un grant tourniement, Uodus, f° cxii.
— XV* s. Si se mit dans un Taisseau qu'on appelle lique à tout ce de gens qu'il avoit eschappés, froiss. I, I, t82. Si avons entendu qu'il n'y eschappe journée qu'il n'y ait jouste, Perceforest, t. v, f° 89. Le cheval effroyé et espouvantô se eschampade costé, ou recula parmi de grosses pierres, du cange, escapium.
— XVI* s. Ce lévrier n'eschappoyt ni lièvre ni regnard devant luy, rab. Garg. i, 42. Ainsi commenceoytescamper de la chambre, mais.... id. /'anl. m, (7. Richelieu parlementa, et composa à armes et bagues sauves: les soldats eschapperent aux chefs pour le bagage seulement, d'ahb. Hist. i, 22«. Ici il faut faire distinction en tels accidens des capitulations qui se faussent avec le gré des chefs, ou seulement par la mutinerie des gens de guerre, ce que nous appelions en tel cas eschapper, in. t6. i, 313. Huict qui eschapperent la première fureur furent gardez. pour le bourreau, id. ib. ii, 284. Se sentant défaillir et eschapper du cheval, mont, i, i6. Il leur eschappe de belles paroles, mais.... id. i, 446. Si cette piperie m'eschappe à veoir, au moins ne m'eschappa il pas à veoir que je suis très pipable, in. I, 81. Si quelqu'un se defaisoit en prison, celuy-là m'est eschappe, disoit-il, in. ii, 383. Perseus, lui embrassant 4es genoulx, se laissa eschapper de la bouche des paroles si lasches et de si viles prières, que.... AMïOT, P.JSm. 44. Le jeune Marius, voyant bien qu'il ne pouvoit eschapper qu'il ne fust pris, se desfeitluy mesme, m. Sylla, 87. Celui n'est eschappe, qui traîne son lien, r. est. Apol. d'Ilér.
— ÉTYM. Picard, ieaper; bourguig. ichaipé; Berry, achopper ; provenç. espagn. et portug. escapar; ital. scampare. En lisant l'historique, on verra qu'il y a deux formes, escaper el escomper; elles répondent à deux étymologies différentes : escaper vient de ex-cappare, sortir de la cappe, se mettre à découvert (l'italien, remarque Diez, a in-cappare, tomber dans) ; escamper vient de ei-compare, sortir du champ, s'en aller. On trouvera dans un exemple du xn* siècle chapt au subjonctif pour eschapt; mais c'est une faute ; le simple chaper ne pourrait rien signifier, et ici le vers est fautif, manquant d'une syllabe, il faut donc lire eschapt.
t ÉCUAQUETTE (é-clia-kè-f) , s. f. Voy. échau-