‹ Dictionnaire de la langue françaiseChapitre 136 sur 388 · II, 4B · texte numérisé non relu

II, 4B

— ÉTm. Émoucher. Esmoucheteur vient de mouchette, petite mouche.

ÉMOUCUOIR (é-mou-choir), ». m. Queue de cheval attachée à un manche, dont les maréchaux se servent pour émoucher les chevaux.

HIST. xiii' s. Biau sire, ce m'a fet Renart, Et

encore m'a il-iiis fet. Mon esmocheor m'a toloit [pris]. Dont m'a malement tempesté, Ren. <3520. llxiV s. Un esmouchoirde drap d'or, à fleur de lis, escartelé des armes de France et de Navarre, à un baston d'yvoire, de labobde, Émaux, p. 300.

— ÉTYM. ^moucher.

ÉMOUDRE (é-mou-dr'), j'émous, tu émous, il émoud, nous émoulons, vous émoulez, ils émoulent; j'émoulais; j'émoulus; j'émoudrai; j'émoudrais; émous, qu'il émoule, émoulons; que j'émoule, que nous émoulions; que j'émoulusse; émoulant; émoulu, ». o. Aiguiser sur la meule. Émoudre des couteaux, des ciseaux.

— HIST. xir s. Franzois [ils] destreignent à leur brans esmouluz, Ronc. p. 80. Diable l'esmoulurent [le glaive], qui le firent forger, ib. p. 4 95.|| xiii' s. Se ce n'est à besoing que aucun preudome eust mestier que on li esmousist la pointe de son coutel ou la pointe de s'espée, Liv. des met. 2B7. Ysengrin [le loup] sueffre grant haschie, Les denz a un poi plus agues Que Renart et plus esmolues, Ren. 44976. I) XV' s. Ils se préparèrent tous deux pour aller jouster de fers esmoulus l'un contre l'autre,

MONSTR. 1, 6B. Il XVI' s Des serpes bien esmou-

lues, 0. DE SERRES, 7t 4. Socrale.... conservant pour son exercice la malignité de sa femme, qui est un essay à fer esmoulu, mont, ii, H6.

ÉMO

— ÉTYM. Berry. émeudre; provenç. etmolre; du latin emolere, de e, et molere, moudre (voy.

IIOUDBF.).

t ÉMOULAGE (é-mou-la-j'), t. m. Terme de coutellerie. Opération qui donne sa forme définitive à la pièce qui doit fournir le couteau.

— HIST. ivi* s. Esmoulage, oudin, Wel.

— ÉTYM. Émoudre.

t ÉMOULERIE (é-mou-le-rie), ». f. Action de mettre une lime en contact avec une lame en mouvement jusqu'à ce que celle-ci soit entièrement blanche.

— ÉTYM. Émoudre.

ÉMODLECR (é-mou-leur), ». m. Ouvrier employé à façonner sur la meule le tranchant de la lame, la surface ou la pointe des différents instruments métalliques.

— HIST. xvi s. Prenez fange trouvée au fond de l'auge des couteliers ou esmouleurs, pahé,xviii, 35.

— ÉTYM. Émoudre ; génev. armolan.

ÉMOULU, UE (é-mou -lu, lue), part, passé i'é-

moudre. Une lame émoulue. || Combattre à fer émoulu, se disait des tournois où l'on se battait avec des armes affilées, au lieu de n'employer, suivant l'usage ordinaire, que des armes émoussées et rabattues. Ce pas d'armes n'était pas dangereux, on n'y combattait pas à fer émoulu, volt. Mrvurt, «9. Il Fig. Etre frais émoulu du collège, ne faire que d'en sortir. Monsieur est frais émoulu du collège, et il vous donnera toujours votre reste, mol. Mal. im. n, 7. Il Etre frais émoulu d'une chose, l'avoir étudiée tout récemment.

t ÉMOUSSAGE (é-mou-sa-j'), ». m. Terme rural. Action de détruire les mousses nuisibles.

— ÉTYM. Émousser 2.

1. ÉMOUSSfi, ÉE (é-mou-sé, sée), part, passé d'émousser 1. 1| 1* Dont le tranchant, la pointe est détruite. Couteau émoussé. Il brise sa cuirasse, et le fer repoussé Sur le céleste acier se recourbe émoussé, luce de lanc. Hector, v, 6. || Terme do botanique. Se dit d'organes qui sont dépourvus de pointe. Il Terme de blason. Se dit des instruments de fer, sans pointe. ||Fig. La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments son' trop émoussés pour y toucher exactement, pasc. Puissances trompeuses, imag. \\ 2' Fig. Rendu moins actif, moins pénétrant. Mes sensations émoussées arrondissaient tous les objets et ne me présentaient que des images faibles et mal terminées, bdpf. Des sens. Tes faux biens sans attrait pour mes sens émoussés, c. delav. Paria, m, ♦.

2. ÉMOUSSÉ, ÉE (é-mou-sé, sée), part, passé d'émousser 2. Arbres émoussés.

1. ÉMOUSSER (é-mou-sé), ». a. \\ 1° Rendre mousse, moins tranchant, moins aigu. Émousser un rasoir, la pointe d'une épée. || Terme do guerre. Émousser les angles d'un bataillon, en retrancher les quatre coins, de sorte que, formant un octogone, il puisse faire face de tous côtés. || 2° Fig. Affaiblir, diminuer. L'habitude émoussé le- plaisir. La mort émoussera tous ces piquants propos, tristan, Mariane, m, 2. Son dessein pouvait être d'amollir peu à peu leurs esprits en désarmant leurs mains, d'émousser cette pointe de courage qui les piquait sans cesse par une noble émulation.... bollin, Hist. anc. CHuvres, t. v, p. BI4, dans pougens. Dût César me punir d'avoir trop émoussé Le fer sacré des lois entre nos mains laissé, volt. Guèbr.i, 4. Jean Rousseau, banni de Paris, Vit émousser dans ce pays [Bruxelles] Le tranchant aigu de sa pince, id. Ép. 53. Il 3°S'émousser, ». réfl. Devenir moins aigu. L'acier de Damas coupe le fer sans s'èmousser. Le fer.... s'émousse s'il [Dieu] l'ordonne, botr. St Genest , IV 2. Il Fig. Le courage s'émousse dans l'oisiveté. Tous ses sens s'émoussent et perdent leur usage naturel, MASS. Av. Mort du péch. Qui peut savoir combien toute douleur s'émousse, Et combien sur la terre un jour d'herbe qui pousse Efface de tombeaux? V. HUGO, F. d'automne, 6.

HIST. xiv s. Si que sa vertu [d'une substance] est mussée. Et leans sa pointe esmousséa Faulte de respiration, Traité d'alch. 206. ||xvi' s. Les aigles et les lions en marchant resserrent leurs ongles au dedans, de peur qu'ilz n'en usent et emoussent les pointes, amïot. Delà curiosité, l«. Quand la science pourroit esmoucer et rabbattr»» l'aigreur des infortunes, mont, ii, 2)1.

— ÉTYM. É pour es.... préfixe, et mousse, adj.

2. ÉMOUSSER (é-mou-sé), i;. o. ôter la mousse d'un arbre. Les arbres sont bien taillés, bien émoussés, les espaliers bien tenus, laquintinye, Jardita,

ÉTYM. É pour e».... préfixe, et mousse. ». f. •

ÉMO

+ ÉMOnSSOIR (é-mou-9oir), /. m. Terme rural. Instrument pour émousser les arbres.

— RTYM. Émnussfr 2.

RMOlJSTII.I.fi.ÉR (é-mou-sti-llé, liée, Il mouillées, et non 6-mou-sti-yé, yée), part.paité.&moustillé pnr nn petit coup de Champagne.

ÉMOUSTIM-EU (é-mou-sti-llé, Il mouillées, et non é-mou-5li-yé), ». a. Exciter à la gaioté, à la bonne humeur. Cela vousémoustille. Sa m6re ne la quittait pas d'un pas; en lui faisant apprendre à chanter, en lui donnant un jeune maître, elle faisait de son mieux pour l'émoustiller, mais cela no réussit pas , J. i. Rouss. Confess. v. || Absolument. Le Champagne émoustille. || S'émoustiller , «. rc'/l. Sortir de sa torpeur.

— ETYM.^pour es.... préfixe, et moustille, qui se dit du pétillement du vin (voy. moustille). Leroux, Dict. comique, dit qu'il signifie écarter les mouches; de sorte qu'il le regarderait comme une corruption de esmouchiller ; mais rien n'appuie ni ce sens ni cette étymologie. Êmousliller n'est ni dans les anciennes éditions de l'Académie, ni dans Kuretiére, ni dans Rlchelet.

t ÉMOUVANT, ANTE (é-mou-van, van-t'), adj. Qui émeut, qui cause de l'émotion. Scène émouvante.

t ÉMOUVEMENT (é-mou-ve-man) , «.m. Action d'émouvoir; résultat de cette action.

— • HIST. XI v s. Hz sont meuz de passion, de chaleur et esmouvement de folle hanliesse, obesme, Elh. 82. Comme un esmouvement fait la boe puir horriblement, iD. ib. it>. || xv* s. Et tout par l'emouvement et enortement faux de ce Hue le despensier, FROiss. i, i, 7.

— f.TYM. Émouvoir; provenç. esmovemm.

ÉMOUVOIR (é-mou-voir), j'émeus, tu émeus, il

émeut, nous émouvons, vous émouvez, ils émeuvent; j'émouvais; j'émus; j'émouvrai; j'émouvrais; Ameus, qu'il émeuve, émouvons, émouvez, qu'ils émeuvent; que j'émeuve, que nous émouvions, que vous émouviez, qu'ils émeuvent ; que j'émusse; émouvant; ému, v. a. \\ 1" Mettre en mouvement. Six chevaux attelés à ce fardeau pesant Ont peine & l'émouvoir sur le pavé glissant, boil. Sat. vi. Il 2" Agiter, troubler. Cette drogue émeut les humeurs. Cela lui émut un peu le pouls. Ayant ému les flots, apaisez la tempête, tristan, Pautkée, III, 1. Il ne faut rien pour vous émouvoir en l'état où vous êtes, MOL. ilal. imag. ii, 3. |{ Fig. Emouvoir la bile, exciter la colère. Et je vais lui dicter une lettre d'un style Qui de madame Argante émouvra bien la bile, begnard, Légat, n, e. || 8* Faire naître, susciter. Souffrez qu'on vous appelle Pour être entre nous deux juge d'une querelle. D'un débat qu'ont ému nos divers sentiments Sur ce qui peut marquer les plus parfaits amants, mol. Fdcli. Il, ♦. Si je ne vous vois arriver, je croirai que cela vient de la guerre que cette préférence aura émue entre eux, sÉv. 94. On émeut des troubles contre eux, Boss. Avcrt. f>. S'était-on avisé d'émouvoir une question si frivole?iD.Var. <R. Ces jours passés, chez un vieil histrion. Un chroniqueur émut la question, Quand dans Paris commença la méthode De ces sifflets qui sont tant à la mode, rac. l'Origine des sifflets {Épigr. contre Fontenelle) . On a ému la question si.... VOLT. Dict. philos, iv, 487. || 4" Pousser au soulèvement, h la sédition. M. de Beaufort ne savait pas que qui assemble le peuple l'émeut toujours, RETZ, IV, 189. [Ils] courent parmi la ville Émouvoir le soldat et le peuple imbécile, corn. Sert. V, 3. Il lui faut me bannir, de crainte que mes cris Du peuple et de la cour n'émeuvent les esprits, ID. Perthar. v, 3. Antoine émut le peuple contre ceux qui l'avaient tué [César], boss. Hist. iii, 7. La guerre émut l'Asie et l'Egypte alarmée; Et la terreur s'accrut comme ta renommée, lemerc. touis IX, m, s. Il Exciter des troubles, des séditions. Si tu n'étais qu'un lâche, on aurait quelque espoir Qu'enfin tu pourrais vivre et ne rien émouvoir, CORN. Fcrlhnr. v, 5. {| 5* Fig. Produire sur l'âme un mouvement comparé au mouvement physique. Mais mon déplaisir ne vous peut émouvoir, CORN. Poly. I, 2. Il émut le sénat pour des rois outragés, ID. Pomp. III, il. Je ne saurais voir d'honnêtes pères chagrinés par leurs enfants que cela

ne m'émeuve, mol. Fourber. ii, 8 Le coeur

qu'un vrai mérite émeut, Tn. corn. Ariane, iv, s. Ces yeux que n'ont émus ni soupirs, ni terreur, RAO. Brit. V, I. Quand mes larmes en vain tâchaient de l'émouvoir, m. Bajat. m, 3. Mais, si mes vœux ardents vous peuvent émouvoir, ID. PMd. m, R. Il Émouvoir à, porter à un sentiment. On prend plaisir à se sentir émotivoir à toutes sortes de passions, dksc. Pass, 94. Pour vous émouvoir à

ÉMO

compassion, pkrrot, Tnc. 93. Si rien k la pitié ne peut vous émouvoir, crébillon, dans desfontaines. Il Absolument. On n'émeut point sans être ému; et le langage de l'enthousiasme a cela de commun avec toutes les passions, qu'il est ridicule lorsqu'il n'est qu'imité, tuboot. Ebauche du î" dise. Progrès de l'esprit humain, p. »06. || Il se dit aussi des sentiments qu'on met en mouvement. Mon pire tout caduc émouvant ma pitié, corn. Hédie, 1, <. Mon crime redoublé n'émeut point ta colère, II), //or. IV, 7. Je pourrai de mon i>ère émouvoir la tendresse, rac. l'Itéd. m, «. Je ne cherche qu'à émouvoir sa sensibilité, et je ne veux point exciter sa crainte, u" dk gknlis, AdHe et Tbéod. t. I, lett. 25, dans pougens. || 6' S'émouvoir, v. réfl. Éprouver une émotion. X ces souvenirs de son enfance il s'émut. L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur , corn. llor. m, 2. L'orateur recourut X ces figures violentes Qui savent exciter les âmes les plus lentes; H fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put; Le vent emporta tout, personne ne s'émut, la font. Fdbl. viii, 4. Tantôt à son aspect je l'ai vu s'émouvoir, rac. Athal. v, 2. Votre cœur malgré vous s'émeut et s'adoucit, volt. Alx. 1, I . Il Par extension. La terre s'en émeut, l'air en est infecté, rac. Phèd. v, 6. || 7* S'emporter, s'irriter. Le jeune homme s'émeut voyant peint un lion : Ahl monstre 1 cria-t-il, c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers, la font. Fabl. VIII, t6. Rebuté, il s'émeut contre eux, boss. llist. II, 4. Sans doute à cet aspect sa rage s'est émue, RAC. Andr. v, «. || 8- S'inquiéter. Cléopstre s'enferme en son appartement. Et, sans s'en émouvoir, attend son compliment, corn. M. de Pomp. m, 4. Viriate, il est vrai, pourra s'en émouvoir, m. Sertor. i, 2. Le lendemain, il apprit qu'on disputait à Delzons la possession de Malo-Jaroslavetz; il ne s'en émut guère, soit confiance, soit incertitude dans ses projets, ségub, Ilisl. de Nap. :x, 2. Il 9* S'agiter, s'insurger. X ce spectacle, le peuple s'émut : les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits, bcss. //»4t. i, 44. Tout l'empire s'émeut contre l'Église naissante, id. ib. II, 7. On vit les Gaules, les Espagnes, tous les royaumes dont l'empire était composé, s'émouvoir tout à coup, ID. ib. II, 9. Il 10" S'élever, être suscité. Entre deux bourgeois d'une ville. S'émut jadis un différend, la font. Fabl. viii , 49.» || Impersonnellement. Son voisin devint amoureux de sa femme et l'enleva; il s'émut une grande querelle , monte.sq. Lett. pers. 44. || 11* On dit que la graine des vers à soie s'émeut quand elle commence à blanchir. Il Proverbe. Il nefaut pas émouvoir les frelons, c'està-dire il ne faut point aller irriter des gens irritables. — IIIST. xi's. Li amirals qui trestouz les esmut [mit en mouvement), Ch. de floi. cxcvii. || xii* s. [Cil] Qui plus ont e-smefl la tanson [querelle] et l'envie, Sax. xx. Cume ço vit la mère que l'um l'enfant dut detrenchier, tut le quer [cœur] li fud esmeûd, Tioi'i, p. 237. || xiii's. La comtesse Marie.... si acoucha d'une fille, et après, quant ele fu relevée, si s'esmut [se mit en marche] et ala outre-mer après son seigneur, villeb. cxxx. Et par ce que cis pardons fu si grans, s'esmurent moult li cuer des gens, si que maint s'en croisierent par le monde, ID. i. Quant la roine vit que li rois s'esmovoit, si l'en pesa, Chr. de Hains, 492. Raison ne s'esmovra jamais A chose qui contre vous aille, la Hose, 40388. Ne m'esmovez pas à ire. Psautier, f» (4 5. X l'esmouvoir l'ost le roy, r'ot [il y eut de nouveau] grant noise [bruit] de trompes et de cors sarrazinois, joinville, 227. Garde toy de esmouvoir guerre, sanz grant conseil, contre home crestien, ID. 301. Il XIV* s. Et la ville s'esmuit; cascuns keurt [court] tangrement. Pour assalir le [la] tour, que Bauduin deffent, Beaud.deSeb. vu, 783. Frère, dit Gloriant, par Dieu vous dites voir; Pensons de nous haster et de nous esmouvoir; Car, s'il se ravisoit, trop nous porroit doloir, ib. ix, soo. |i xv* s. Et voyoient tout le pays tourner avec la roine et son ains-né fils , et dresser et émouvoir contre eux, FR0IS3. I, i, 20. L'un ravist tout, l'autre pert son demaine; Peuples s'esmuet, l'église est sulKjurnée; Nobleco fault, tant est mal ordonnée, ïust. desch. Snuffr. du peuple. Guerre s'esmeut entre eiilx pour leur auctorité, qui a duré par longues années, COMM. I, 7. [Louis XI avait recommandé que quand on le verrait en danger de mort] on ne luy dist fors tant seullement : parlez peu, et que on l'esmeut seullement à soy confesser sans luy prononcer ce cruel mot de mort, in. vi, 42. Elle alloit et venoit, maintenant ci , maintenant là, tant émue qu'il sembloit qu'elle fust ravie de son sens, louis xi, Nouv.

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