FOU (fou) ou FOL (fol), FOLLE (fo-1'), adj
Il 1» Qui a perdu la raison. Etre, devenir fou. || Par exagération. Être fou de, avoir pour ainsi dire perdu l'esprit à cause de. Il est fou de joie. La femme est folle de douleur, sév. 207. || Il m'a pensé faire devenir fou, il m'a fait perdre patience, m'a mis hors de moi par les choses qu'il a dites ou faites. Il On dit familièrement par la même e.xagération : Vous me feriez devenir fou avec vos lenteurs. Cet homme-là me rendra fou avec ses importunités. Il 2° Folle femme, nom qu'on donnait autrefois aux femmes de mauvaise vie, aux courtisanes. || 3° Chien fou, cWen enragé. || Fig. Être fait comme un chien fou, être bizarrement accoutré, mal ajusté. H 4* Il se dit de celui ou celle qui fait ou dit des extravagances, bien que l'esprit ne soit pas dérangé. Étes-vous fou de me faire une pareille demande ? Que veux-tu? je suis folle et mon esprit s'égare, corn. Cid, n, 5. Voulez-vous que je dise? il faut qu'enfin j'éclate, Que je lève le masque et décharge ma rate ; De folles on vous traite, etj'ai fort sur le cœur... mol. Femm.sav. 11. 7. Tous les hommes sont fous, et, malgré tous leurs soins, Ne diffèrent entre eux que du plus ou du moins, boil. Sat. iv. || Par exagération, fou à lier, extrêmement fou, extrémementdéraisonnablo (locution qui vient de ce qu'autrefois on enchaînait les fous violents). || Fig. Etre fonde, avoir une passion, une affection, un goût très-pro-
FOTT
nonce pour.... Enfin 11 en est fou [de Tartufe] ; c'eet ■on tout, son héros, «ol. Tart. i, 2. Je suis folle de Corneille, sÉv. <a5. Un avare idolâtre et fou de son argent, boil. Sot. iv. C'était un riche abbé fou de l'architecture, m. Art p. iv. C'est un très-bel homme, les femmes sont folles de lui, volt. Amabed Utt. 10. Je suis fou de Lisette et j'en ai pour la vie, OHKSSET, Méchant, ii, «.La liberté, c'est, monseigneur, Une femme folle d'honneur, bérang. Ke(\is. Il B° Il se dit de ceux qui ne montrent pas le sens, la prudence, la modération nécessaires. Tel se
croit sage qui est fou Est bien fou du cerveau
Oui prétend contenter tout lemonde et son p're, LA FONT. Fabl. m, ( . Tu te prends à plus dur que toi. Petit serpent à tête folle, m. tb. v, (6. Le lion dit, pensant rugir : Je n'ai pas la tête si folle; Moi renoncer aux dons que je viens d'acquérir I m. ib. XII, ( . Il II faut être fou pour, c'est avoir bien peu de sens, c'est être bien malavisé que de.... H faut être fou pour dire que ces arts ont nui aux mœurs, ils sont nés malgré la méchanceté des hommes, et ils ont adouci jusqu'aux mœurs des tyrans, volt. Mœurs, )2). || 11 est bien fou de.... il montre peu de sens en.... Nous sommes bien fous de nous tant enquêter de l'avenir, vaovp.n. cxlvh. Vous êtes bien fou d'imaginer d'apprendre à quelqu'un ce qui lui plaît, iD. l'Étourdi. || 6" Contraire à la prudence, à la raison, à la modération. Et d'un si fol espoir mon crrur mal défendu, cohn. Cid, il, 6. Dis plutôt d'une indigne et folle résistance, id. Poly. i, 3. Quand de sa foUe erreur vous l'auriez diverti, id. Théod. V, I . Oui vous a pu soufller une si folle audace? BoiL. Sol. IX. Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée, hac. Phèdre, l, i . Qu'un cœur toujours nourri d'amertume et de pleurs Dût connaître l'amour et ses folles douleurs, id. ib. ii, 4. Vous , des que cette reine , ivre d'un fol orgueil, De la porte du temple aura passé le seuil, id. Athal.v, 3. Albéroni, ayant entendu toutes les conditions du projet, le traita de fou et de chimérique, 8T-6IM. 490, (37. Un des plus vilains hommes et des plus grands fous que j'aie jamais vus, toujours plein de projets aussi fous que lui, J. J. Rouss. Conf. V. Il 7° Terme de pratique. FoUe enchère, enchère faite témérairement et qu'on ne peut pas tenir. Vente, revente sur folle enchère. || FoUe enchère, cette vente ou revente même. Poursuivre la folle enchère. Frais de folle enchère. || La différence en moins entre le prix de la seconde adjudication devenue nécessaire et celui de la première ou folle enchère, différence qui est à la charge de celui qui a fait la folle enchère. Payer la folle enchère, payer cette différence. || Fig. Payer la folle enchère, voy. ENcnÊRE. Il Fol enchérisseur, celui qui fait une folle enchère. || Terme de pratique. Folle intimation, assignation donnée à une personne pour procéder sur l'appel d'une sentence qui lui est étrangère. Il Terme de droit coutumier. Fol appel, appel mal fondé. Il 8° Excessif, et qui a, pour ainsi dire, quelque chose de fou. 11 y avait un monde fou. Avoir un mal de tête fou. Ma brochure a un succès fou, tu ne peux imaginer cela, p. l. cour. Lett. ii, <66. Oubliant tout jusqu'à leurs chaînes. Nos gens poussent des rires fous, bérang. Nègres. || 11 faut distinguer un rire fou et un fou rire. Un rire fou est un rire excessif. Un fou rire est un rire qu'on ne peut m.iltriser. Je fus pris d'un fou rire. || 9° Fort gai, très-enjoué. Que vous êtes fou I II a l'humeur folle. Il est fou comme un jeune chien, comme un braque. Il Gaieté folle, gaieté qu'on manifeste sans retenue. Il 10° Maladie folle, voy. tremblante, maladie. Il 11° Boussole folle, aiguille folle, boussole, aiguille aimantée qui ne s'arrête plus à un point fixe; ce qui arrive, par exemple, par l'effet d'un coup de fourire. Il On dit aussi balance folle, balance qui ne s'arrête pas au point fixe. || Terme de marine. Folle lirise, petit vent qui varie sans cesse. || 12° FoUe avoine, ou avoine stérile, noms vulgaires d'une praminée du genre avoine, appelée par les botanistes airna fatua, 1. 1| 13° Folle farine, la plus subtile floiir de la farine, ainsi dite parce qu'elle s'envole au moindresoufflejpourainsi dire follement. || 14" Dame folle, se dit, au jeu de la bête, d'une dame d'atout accompagnée de deuxatouts inférieurs. || 16° Fou, folle, ». m. et f. Celui, celle qui a perdu la raison. Hôpital des fous. Un fou furieux. Ainsi que l'on panlonne aux fous, TRISTAN, Pan(Af«, lU, <. Jamais auprès des fous ne te mets à portée; Je ne te puis donner un plus sage conseil, la pont. Fabl. ix, 8. Après ï.ius avoir montré les fous qui sont enfermés, il faut que IJ vous en fasse voir qui mériteraient de l'être, LU sage, Diab. boit. 9. Un fou est un malade dont le cerveau p&tit, comme le goutteux est
FOU
un malade qui soulTre aux pieds et aux mains, volt. Dict. phil. Folie. || 16" Par exagération. Celui, celle qui, sans avoir l'esprit dérangé, fait ou dit des extravagances. Bon Dieu I qu'Aristote et sa dialectique ont gâté de têtes ! qu'il y a dans le monde de fous sérieux, de fous qui se fondent en raison, de fous qui sont déguisés en sages I balzac. Sacrale chrétien, t. u, p. «26, dans lacurne. En courant ici comme un fou, J'ai pensé me rompre le cou, scarr. Virg. V. Pauvres gens, je les plains, car on a pour les fous Plus de pitié quede courroux, la votn. Fabl. VII, <2. Pour moi, je suis content de rire des fous; tous les hommes ne le sont-ils pas? pén. Dial. dct morts anc. Démocr. Iléracl. Fou, musicien et poète, Qui dit l'un dit l'autre, dancourt, VÊté des cogupltrs, se. 7. Plus on est de fous, plus on rit, id. Maison de camp. se. h . Le pauvre vieux fou a encore les passions vives, volt. If M. d" À rgental, u oct. <76i. Un certain dialogue entre l'illustre fou do la matière subtile fDescartes] et la cruelle folle qui assassina Monaldeschi [la reine Christine de .Suide], ID. Lett. d^Alembert, 8 mai <773. Ce vieux fou de baron voulait se mettre aussi delà partie, destouches. Fausse Agn. m, 6. Mais pourquoi sur ma couchette Hêver à ce jeune fouT bérang. Chatte. || Un fou de haute gamme, un fou achevé. || Faire le fou, faire des actes d'extravagance. Si jamais vous [Provençaux] faites les fous, je ne souhaite pas qu'on vous envoiedes Bretons pourvous corriger, SÉV.200. || Être comme un fou, avoir pour ainsi dire perdu l'esprit par quelque émotion morale, l.éontine : Il avait donc l'air bien satisfait? — Ophémon : Il est comme un fou, genlis, Thédl. d'éduc. l'Amant anonyme, iv, 5. Il Fig. lA folle du logiy, l'imagination. || 17° Bouffon , en parlant des bouffons à gages qu'avaient autrefois les rois, les grands seigneurs. Son fou , nommé le glorieux, qui lui avait souvent entendu parler de la valeur d'Annibal, lui criait en fuyant avec lui : Monseigneur, nous voilà bien annibalés, DDCLOS, llist. Louis XI, CEuv. t. m, p. 99, dans pouGENs. Le fou du roi était toujours de la nation, mais le docteur était arabe ou juif, volt. Dict. phil. Roger Bacon. Oui, noir ou blanc, soyons le fou du roi , bErano. Ad. à la gloire. || Faire le fou, faire le bouffon en société. || Fête des ibus, farce bouffonne et indécente qui se jouait dans diverses églises. Il 18° Nom d'un genre d'oiseaux palmipèdes dans lequel on distingue le fou blanc, dit aussi gentilhomme, fou de Bassan et boubie (Bassan est le nom d'une petite île du golfe d'Edimbourg où cet oiseau est très-commun), legoarant. Le fou est ainsi nommé parce qu'il se pose sans précaution sur les navires en mer et même sur la main lorsqu'on l'avance. || Bufibn l'a employé adjectivement. C'est avec les cormorans que les oiseaux fous ont le plus de rapport par la figure et l'organisation, excepté qu'ils n'ont pas le bec terminé en croc, mais en pointe légèrement courbée, Ois. t. xvi, p. (30, dans potiGENS. Il 19» Terme de jeux. Fou se dit, à la guimbarde, du valet de carreau qui est le troisième atout. Il 20° Fou, pièce du jeu des échecs, voy. poo î. Il Proverbes. Cet homme est fou, ou le roi n'est pas noble. Il Plus on est de fous, plus on rit. || Bien fou qui s'oublie, il y a de la folie à ne pas songer à ses intérêts. || X folle demande point de réponse. || Tête de fou ne blanchit pas, se dit d'une personne qui, quoique déjà avancée en Age, ne grisonne pas, parce qu'on regardait les fous comme exempts d'inquiétudes et ne grisonnant pas. {| Oui fol envoie fol attend, on ne peut espérer rien de bon d'un fou que l'on a chargé de traiter une affaire. || Les fous sont plus utiles aux sages que les sages aux fous. || Les fous inventent les modes, et les sages les suivent. IfLes fous font les fêtes, et les sages en ont le plaisir. {| X la presse vont les fous, c'est-à<lire il ne faut pas s'empresser d'acheter les marchandises, tandis que tout le monde en veut avoir. || Dieu aide à trois sortes de personnes, aux fous, aux enfants et aux ivrognes. Il J'y mettrais ma tête, qui est la gageure d'un fou. Il Tous les fous ne portent pas des marottes, ou tous les fous ne sont pas aux petites-maisons, c'està-dire il y a bien des gens qui pa.ssent pour raisonnables et qui ne le sont guère. || X chaque fou sa marotte. || 11 y a plus de sages que de fous.
— REM. 1. L'adjectif se dit, au masculin, fou devant une consonne, et fol devant une voyelle ou une h muette : un fol amour; un fol ennemi. Mais, quand le mot qui suit n'est pas le substantif de fou, on dit aujourd'hui fou et non fol: Fou est qui s'y fie. Autrefois on disait fol Le temps est cher, fol est
qui ne l'emploie, hactehoche, Nobles de Prov. I, 8. On pourrait encore, dans les vers, se servir de cet archaïsme, jj 2. Fou, substantif, placé devant une
FOU
▼oyclle, devenait autrefois fol. Je dois bien moins en prendre [des lois] et d'un fol et d'un fil», aoTH. Venceslas, i, 6. Un fol allait criant partons les carrefours Qu'il vendait la sagesse, la pont. Fabl. ut, 8. Aujourd'hui, excepté peut-être en poésie, cette forme n'est plus reçue. || 8. Bossuet a dit ût fol* amateurs : fi le soin inutilel diront les fols amateurs du siècle, Boss. 2* panégyr. St Franf. de Paule, 4. Il est certain que Ut fous amateurs ne serait pas aussi bien dit. ||4. Fou, adjectif masculin, ne se met guère (ru'après son substantif, excepté dans : un fou rire. || 6. Fol , adjectif masculin, n'a plus d'emploi que (levant son substantif. Hai« autrefois il s'employait dans toutes les positions. Meilleur est l'enfant pauvre et sage que le roi vieux et fol, PASC. Juif, 3(, édit. paugêre. || 6. La double forme vient de l'ancien français: au nominatif it fols, H fos, li fox [le fou], prononcé It fou, et au régime le fol.
— SYN. 1* FOU, msENsé. Le fou est celui qui a perdu la raison ; l'insensé est celui qui n'a pas de sens. Aussi peut-on être insensé sans être fou, l'absence du sens commun n'étant pas la même chose que la perte de la raison. || 2° fou, aliéné. Fou est l'expression générale et vulgaire; aliéné d'esprit, et, par abréviation, aliéné, est une expression médicale.
— HiST. XI* s. Laissun les fols, as sages nous tenons, Ch. de Roi. xv. Respont Rolanz : jà fcreie que folz, ib. lxxxi. Il xii° s. Olivcrs oit [ouït] celle folle raison, Ronc. p. &«. Dont parleront et li fol et li sage, ib. p. (82. Mais fol désir font souvent cuer penser En si haut lieu qu'il n'i puet avenir, Couci, X. Si me feroit Amours pour fol tenir, ib. xiii. Merci clamant de mon fol errement, [je] Ferai la fin de mes chansons oîr, tb. xx. Con.seil [il| aura creù moult fol et enfantif, Sax. xxiv. As fous et as fcluns i out plasible lei ; Contredire la dcit chascuo hum qui ad fei. Th. le mart. «3. Fous, fait il, tuz dis fustes et estes et serez. Quant vus l'espée traite de sur le roi venez, ib. 39. De fol et d'ivre se doit l'en bien garder, Bal. d'Aleschans, v, «070. |{ xiu' s. Nature vait son pareil convoitant, Tous jora Tait fol la folie querant, Bibl. des ch. ♦• série, t. v, p. 33. Et nous fesimes moût que fol et que musart, Berte, XXII. Je seroie moût foie de celer la besoigne, ib. cvi. Moult a largece pris et los; Ele a les sages et les fos Outréement à son bandon. Car el savoit fere biau don, la Rose, ( ( 48. Diex, cum menoient bonne vie! Fox est qui n'a de tel envie, tb. (30i. Com maintes femmes par le mont Qui coraiges remuans ont.... Tels femmesont non faus-s'y-fie jfou s'y fie], Bl. et Jeh. ïa((. Le commun peuple se prist aux folles femmes, dont il avint que le roy donna congé i. tout plein de ses gens, joinv. ï(7. Bon jomel fait qui de fol se délivre, Pror. du ciZotn, ms. de St-Germ. (*'74, dans lacurne. Foui est qui croit sa foie pense [pensée], Ren. 27783. || xiv s. Celui que Aristote appelle fort, l'en dit en françois que il est hardi, et de celui qui excède en oser, l'en dit que il est trop hardi ou foui hardi, oresme, Eth. 8(. Le foui largo qui a prodigalité, il superhabunde en donner et en despendre, m. tb. 48. Lors s'esforcza le cry moult grant : Alons touz d'un assentement Assaillir ce foui de Montfort, le Livre de Jean de Bretagne, (098. Se aucune foie justice [mauvais jugementl estoit qui le'îsast l'un aller hors de prison et retenist l'autre... Ord. des rois de Fr. t. i, p. (94. || xV s. Avec les folz il faut foller, coqoillaht. Simple et rusée. Par faulte de saigc maistre, on assiet le fol à la chaize, Perceforest, t. v, f* («. Il convient le fol foloier ; El puis compère il [il payel sa folie, Quant on le fait comme fo loier [lier], eust. desch. Poésies mu. f" 242, dans LACURNE. Il xvi* s. J'ay souvent ouy en proverbe vulgaire qu'un fol enseigne bien ung sage, RAB. ni, 37. Si j'eusse esté si folde rompre ce train... mont, i, (97. Le fol du duc de Florence, id. i, »M. Si ce n'estoit la contenance d'un fol de parler seul, id. 1,270. La folle despense des deniers communs, AMïOT, Calon, 7. Fol devise, et Dieu départ. Do ce que fol pense, souvent en demeure. Il n'est au monde si grand dommage que seigneur k fol courage. Il n'est pas sage qui n'a peur d'un fol, H. rsT. Précell. dulang. fr. p. (04. Folz sont sages quand ils se taisent, cotorave. Fol de Souloigne [Sologne) [celui qui s'abuse à son profit], ounm, Curios.fr. A la barbe du fol aprend on à raire [ra-serl, oémn. Récréations, t. 11, p. 233. Ne joue point au fol : endure ce qu'il dict ou faict, m. l'b. p. 24R. Au ris le fol est congneu, id. tb p. 2se. Qui de tout est mol, de tout est fol [céder sur tout est folie], in. ib. p. 2(8. Un fol faict plus de questions qu'un saige ne donne de raisons, id. ib. p. *6(. Fol est qui ce coupe dr
FOU
•on propre Cousteau , leboux de lincy, Prov. t. i, p. 237. Fol promettant, nuée non pleuvant, id. ib. Va fol a fait vœu de ne laisser en paix un feu, id. ib. p. 244.
— ÉTYM. Bourguig. fo; prov. fol, folh; anc. cat. foll; ano. espagn. fol; ital. folle; bas-biet. foll ; gallois, fôl; bas-latin, follis (dans un texte du ix» siècle, voy. du Cange : Ille more gallico sanctum senom increpitans follem) ; du latin follis, soufflet, ballon, le fou étant comparé à un ballon, à une vessie gonflée. D'ailleurs fol se trouve aussi au sens de soufflet : xiii* siècle : Li fous à fevre [soufflet de forgeron] huit deniers; et li doi foel à fevre, 16 deniers, TAtLiiAB, Recueil, p. 26.
2. FOU (fou),,v. m. Pièces (lu jeu d'échecs, dont l'une se place à côté du roi et l'autre à côté de la reine, et qui peuvent parcourir tout l'échiquier en diagonale, c'est-à-dire en conservant toujours leur couleur. Le fou blanc, celui qui est sur les cases blanches; le fou noir, celui qui est sur les cases noires. Le fou du roi, celui qui est placé à côté du roi ; le fou de la reine, celui qui est placé à côté de la reine. || Par un jeu de mots sur le fou extravagant et le fou des échecs. Elle [la fortune] avance un chacun sans raison et sans choix ; Les fous sont aux échecs les plus proches des rois, régnieb, Sat. xiv.
— ÉTYM. Anc. franc, aufin (on trouve aussi dauphin : xiv* s. Comment les dauphins doivent traire, j. DE viGNAY, Esches moralises, f 2) ; espagn. alfil, arfil ; portug. alfil ; ital. alfido ; de l'arabe al, le, et fil, éléphant; parce que, dans l'ancien jeu, le fou était représenté par un éléphant. On aura dit fil; quant au changement de il en ou, voy. fougèbe, de fWx. C'est l'opinion de du Cange et de Scheler. Mais elle n'est pas sûre, à cause qu'elle ne rend pas compte de la disparition de la syllabe al; 11 est possible que le nom du fou de cour ait été donné au fou des échecs alors que les noms des pièces changèrent, par exemple le roc en la tour.
t 3. FOU (fou), I. m. Vieux nom du hêtre.
— HIST. xni' s. Seignor, se mon conseil créez, En huimès le leron [nous le laisserons] pendant À cest fou qui est bel et grant, Ren. 7084.
— ÉTYM. Bourg, et norm. fau; Berry, fau, fou ; du lat. fagus, hêtre ; grec, çiiyôç ; allem. Bûche.
FOCACE (fou-a-s'), s. f. Sorte de pain fait de fleur de farine, en forme de galette, cuit sous la cendre ordinairement. |{ Fig. Rendre pain pour fouace, se venger d'une légère offense par une pins grande. Rendant fèves pour pois et pain blanc pour fouace, LA FONT. Faiseur.
— H'ST. xiv S. Panes albos, gallice /"ouaces nuncupatos, DU CANGE, fouhacea. || xv* s. Le suppliant print une pouche, où il avoit sept pains appeliez fouasses, id. ib. || xvi" s. Notez que c'est viande celeste, manger à desjeuner raisins avec fouaces fraîches, BABEL. I, 25.
— ÉTYM. Bourg, foisse, fouaisse; génev. figdce; prov. fogassa, fuguassa; espagn. ftoyaza; portug. fngaça; ital. focaccia; du bas-lat. focacius, cuit au foyer, de focus, foyer (voy. fed).
t FOUACIER (fou-a-sié), s. m. Celui qui fait ou vend des fouaces.
FOCAGE (fou-a-j'), s. m. Redevance féodale exigée pour chaque feu sur les biens roturiers.
— HlST. xiv* s. Car s'il eussent esté sage. Il fu.ssent quittes du fouage Dont li rois chascun an les plume, DU CANGE, foagium. || xv* s. Pour ce souloit il estre apelé fouage, car cens le paient principalement qui tienent feu et lieu, id. ib.
— ÉTYM. Prov. fogatge, foguatge; espagn. fogage; du bas-latin focaticum, de focus, foyer (voy. feu).
FOtlAlLLE (fou-â-U, Il mouillées, et non fouâ-ye), s. f. Terme de chasse. Part qu'on fait, aux chiens, d'un sanglier, après qu'on l'a pris; c'est ce qu'on appelle curée, en parlant du cerf.
— HIST. xiv s. Et depuis eust fait le fouel dudit sangler, et fait corner et huer, et lessié aller les diz chiens pour venir au fouel pour avoir leurs droiz, DU CANGE, foagium. || xv" s. Et devez savoir que le fouail doit-on appeler de sanglier, ainsi que on doit appeler curée, de cerf, Gaston de foix, JfiYoir de ta chasse, p. 39.
— ÉTYM. Bas-lat. focale, foyer, de focus, foyer (voy. feu), parce que la fouaille ou le fouail se faisait sur le feu. ,
FOUATLLÉ, ÉE (fou-â-llé, liée, M mouillées), part, passé. Ce sont les grimaces d'un singe méchant qui, fouaiUé rigoureusement, affecte encore de rire, BACHAUMONT, Mém. secrets, t. xxxv, p. <90.
FOUAILLER (fou-â-llé, Il mouillées, et non fouâ-yé), ». o. Il 1° Frapper souvent avec le fouet. Ce cocher ne fait que fouailler ses chevaux. || 2° Fami-
DICT. DB LÀ LANQUE FRANCAISB.
FOU
lièrement. Corriger des enfants indociles. Fouaillezmoi ce petit drôle. || 8° Terme militaire. Détruire par l'artillerie.
— ÉTYM. Même radical que dans fouel, avec la finale fréquentative ailler, comme dans criailler (voy. fouet).
t FOUARRE (foua-r'), t. m. Le même que foarre. L'université avait autrefois ses écoles des deux côtés de cette rue ; elle prit le nom de rue du Fouarre (vieux mot qui signifiait de la paille), de la grande consommation qu'en faisaient les écoliers ; ils n'étaient assis dans les classes que sur la paille, saint-foix, Ess. Paris, (Œuvres, t. m, p. 427, dans
POUGENS
— ÉTYM. Voy. foehee.
t FOUCADE (fou-ka-d'), s. f. Voy. fougade. I FOUCAULT (fou-kô), t. m. Un des noms vulgaires de la petite bécassine.
— ÉTYM. L'orthographe ne devrait-elle pas être foulqueau ? car ce paraît être un diminutif de foulque, du latin fulica.
1. FOUDRE (fou-dr'), s. m. elf. || 1° Sorte de trait enflammé qui vient le plus souvent des nuées, que l'on croyait venir du ciel, et qu'accompagne une violente détonation. Etre frappé de la foudre. L'éclat de la foudre. La foudre peut brûler les habits et les cheveux d'une personne sans lui faire aucun mal, rohault, Physique, dans bichelet. J'entends gronder la foudre, et sens trembler la terre, bac. Iph. v, 4. La vérité qu'ils ont craint de voir fait leur supplice.... elle est comme la foudre : sans rien détruire au dehors, elle pénètre jusqu'au fond des entrailles, fén. Tél. xvm. Sur un autel sanglant l'aflïeux bûcher s'allume ; La foudre dévorante aussitôt le consume, j. b. eouss. Cantate, Circé. La foudre étincelante éclate dans les nues, VOLT. Henr. i. C'est la foudre à la main qu'ils [les dieux] m'ont donné ma grâce, id. Sémir. m, <. Il Que la foudre m'écrase, sorte d'imprécation par laquelle on affirme ou nie. Que la foudre m'écrase tout à l'heure, si.... mol. G. Dand. m, (3. || Foudre, au propre, est, dans le langage ordinaire, du féminin , mais le langage élevé et la poésie peuvent le faire masculin. Tout chargé de lauriers, craignez encor le foudre, cobn. Cid, n, t. César à cet aspect comme frappé du foudre.... id. Pomp. Jii, «. Le foudre, ce vengeur des querelles des cieux.... botb. Bélis. iv, 8. Anastase mourut frappé du foudre, Boss. Hist. i, (1. Un foudre qu'il [Jupiter] n'envoie qu'après en avoir délibéré avec quelques dieux, et qui intimide les méchants, dideb. Opin. des anc. phil. [Romains). || On le craint, il est craint comme la foudre, se dit d'un homme très-redouté. || Comme la foudre, avec la rapidité de la foudre, avec une violence, une rapidité irrésistible. S'élancer avec la rapidité de la foudre. Ce cheval va comme la foudre. || On dit dans le même sens : aussi prompt , aussi rapide que la foudre. Il Au masculin, en ce sens, dans la poésie et le style élevé. Tu passes comme un foudre en la terre flamande, malh. ii, 5. Il [M. le prince] tomba comme un foudre au milieu de tous ces quartiers, BETZ, iv, 407. Le bruit court que le roi va tout réduire en poudre. Et dans Valencienne est entré comme un foudre, boil. Ép. vi. || 2" Aujourd'hui, ensemble des phénomènes que produit l'électricité atmosphérique lorsqu'elle se combine par étincelle avec celle de la terre ou d'i n autre nuage; écoulement subit à travers l'air, sous la forme d'un grand sillon lumineux , de l'électricité dont un nuage est chargé. || Foudre descendante, celle qui, partant du nuage, va frapper la terre. Foudre ascendante, celle qui s'élève du sein de la terre. Il La foudre est tombée, expression qui a été formée dans un temps où l'on supposait que la foudre frappait toujours de haut en bas, tandis qu'elle agit en tout sens, absolument comme l'étincelle électrique, dont elle ne diffère que par sa masse, legoa- BANT. Il 3° Coup de foudre, atteinte infligée par la foudre. Ce philosophe comme frappé d'un coup de foudre, fén. Tél. xvm. || Fig. Événement désastreux qui atterre, qui déconcerte, qui cause une peine extrême. Ce propos fut à la pauvre Constance Un coup de foudre.... la font. Court. La nouvelle de la maladie de la duchesse de Bourbon vint à Chantilly comme un coup de foudre, boss. Louis de Bourbon. Quel coup de foudre, 0 ciel ! et quel funeste avis I BAC Phèd. IV, 6. Cette séparation fut un coup de foudre pour moi, fén. Tél. u. || Fig. Condamnation infligée par une autorité supérieure. C'est une extrême folie de dire que les commandements de Dieu nous sont impossibles.... aussi tous ceux qui l'ont assuré OHt senti justement ce coup de foudre, boss.
FOU
)" sermon, dim. de la Passion, 4. ||4« Pierre da foudre ou carreau, pierre qui passait dans l'opinion vulgaire pour être tombée du ciel avec la foudre ; c'est un aérolithe. Et quand il [le lingot d'argent doré] est bien net, on le brunit avec une pierre de foudre montée au milieu d'un morceau de bois.... Dict. des arts et mdl. Tireur d'or. || 6" Sorte de darl enflammé qui, suivant les idées religieuses des Grecs et des Latins, était l'arme de Jupiter; suivant Virgile, il était formé de trois rayons de grêle, trois de pluie, trois de feu et trois de vent. Trois fois le roi des dieux lui lança un triple fondra de grêle.d'eau et de feu, bebn. db st-p. VArcadie, u. Il Terme de peinture et de sculpture. Représentation de la foudre qu'on donne pour attribut à Jupiter, et cpii consiste en une sorte de grand fuseau, du milieu duquel sortent plusieurs dards en zigzag. Un aigle tenant un foudre dans ses serres. Un foudre ailé. Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule, corn. Poly. n, 8. Les voleurs te pillent [Jupiter] tous les jours impunément.... à Olyrapie, pendant la solennité des jeux, ils ont coupé l'or de ta chevelure.... qu'il faisait beau voir alors Jupiter, avec un foudre de quinze pieds à la main, qui se laissait tondre par des brigands! d'ablanc. Lucien, Timon. || En ces deux sens, foudre est toujours masculin. || 6" Terme de blason. Meuble de l'écu fait en manière de faisceau de flammes montantes et descendantes , avec quatre dards en sautoir. || 7° La colère, la vengeance divine. Les prières ferventes apaisent Dieu et lui font tomber la foudre des mains, Dict. de l'Acad. Il devrait lancer des foudres pour venger sa gloire, mass. Carême, Comm. indignes. \\ Au masculin. Quels foudres lancez-vous quand tous vous irritez, Si même vos faveurs ont tant de cruautés? cobn. Hor. m, 4 . Si Dieu punit l'erreur. Vois quel foudre il prépare aux artisans des crimes, volt. Fanât, v, 4. Moitié chère et sacrée, et de qui les vertus Ont arrêté sur moi les foudres suspendus, ro. Olymp. iv, 5. || Il se dit, en un sens analogue, du courroux des souverains. Le prince est en colère, la foudre est près de tomber. || 8° Poétiquement et au masculin. Catastrophe, destruction. Que le courroux du ciel allumé par mes vœux Fasse pleuvoir sur elle [Rome] un déluge de feux I Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,! cobn. Hor. iv, 5. Ah! mon prince, ahl madame, il vaut mieux tous résoudre Par un heureux hymen à dissiper ce foudre, m. Béracl. i 4. Il II se dit aussi en ce sens au féminin. Quand tout cédait à Louis et que nous crûmes voir revenir le temps des miracles, où les murailles tombaient au bruit des trompettes, tous les peuples jetaient les yeux sur la reine, et croyaient voir partir de son oratoire la foudre qui accablait tant de villes, BOss. Xar.-Thér. || 9° Au fém. et au masc. Les foudres de l'Eglise, les foudres da Rome, les foudres du Vatican, les foudres de l'excommunication, les foudres des censures ecclésiastiques, les sentences d'excommunication. Il a été frappé des foudres de l'Eglise , patrd , Plaidoyer 28, dans bichelet. Allez vaincre l'Espagne et songez qu'un grand homme Nedoit point redouter les vains foudres de Rome, volt. Henr. m. jj 10° Au fém. et au masc. Les foudres de l'éloquence, les grands mouvements par lesquels l'orateur confond ses adversaires. [La journée] Où le prophète Desmarets, Armé de cette même foudre Qui mit le Port-royal en poudre. Va me percer de mille traits, boil. Épig. VIII. Il Un foudre d'éloquence, im grand orateur, un orateur qui subjugue son auditoire. \\H°Aumasc. et au fém. L'artillerie, les canons, les mines. Ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l'a frappé, fléch. Txirenne. Vauban, sur un rempart, un compas à la main. Rit du bruit impuissant de cent foudres d'airain, volt. Henr. vn. Protège les vaincus, commande à nos vainqueurs, Eteins entre leurs mains leurs foudres destructeurs, jd. Ali. 1, ♦. Avec plus d'art encore et plus de barbarie, Dans des antres p'rofonds on a su renfermer Des foudres souterrains tout prêts à s'allumer, ID. Henr. VI. Il Les foudres de la guerre, les canons, l'artillerie. WAumasculin. La giierre, son appareil. Il convient aux rois de choisir des hommes puissants pour porter leur foudre dans la conduite de la guerre, pléch. le Tellier L'air était calme et du dieu de la guerre Elle [la paix] étouffait les foudres assoupis, bébanq. Ste Alliance. Puis, quand ce trône [celui de Charles X] ose brandir son foudre, De vieux fusils l'abattent en trois jours, ID. Adieu chanson*. Il Foudre de guerre, grand foudre de guerre, un conquérant, un grand général, un guerrier qui fait trembler ses ennemis, un homme vaillant. Là se perdent