‹ Dictionnaire de la langue françaiseChapitre 26 sur 388 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

— ETYM. Lat. deglutitio, de deglulire, avaler, de de, et glutire, avaler (voy. omuton).

DËG

t DÉGOBILI.AGE (dé-go-bi-lla-j', Il mouillées) , I. m. Terme bas. Matières vomies. |1 Fig. En le montrant au doigt, vous lui ferez trop d'honneur; et puis la belle malii^reà remuer pourvous que son dégobillage! Fi! laissez-le là; jamfœtet [il pue déjà], P.L. COUR. Leit. n, 28.

— ÉTYM. Dègobiller.

DÉGOBILLÊ, ÉE (dé-go-bi-llé, liée. Il mouillées, et non dé-go-bi-yé), port, passé. Un dîner dégobiUé.

SËCiOBILLER (dé-go-bi-Ué , Il mouillées, et non dé-go-bi-yé), v. a. Terme bas. Vomir ce qu'on a mangé avec excès.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et goher.

DÉGOBILLIS (dé-go-bi-Ui, Il mouillées, et non

dé-go-bi-yi), i. m. Terme bas. Matières vomies.

— ÉTYM. Dègobiller.

t DÉGOGNADE (dé-go-gna-d') , ». f. Action de se dégogner. C'est ici où les Bohémiennes poussent leurs agréments; elles font des dégognades où les curés trouvent un peu à redire, sÉv. 277. {| Fléchier, dans ses Grands Jours , dit goignade.

— ÉTYM. Dégogner.

t DÉGOGNEK (SE) (dé-go-gné) , v. réfl. Se livrer à des mouvements dégingandés, désordonnés. Il y a beaucoup de mouvement, et l'on se dégogne extrêmement [dans la bourrée à Vichy], sÉv. 279.

— ÉTYM. Origine inconnue.

DÉGOISÊ, ÊE (dé-goi-2é, zée), yart. passé. Un petit babil joliment dégoisé.

t DÉGOISEMENT (dé-goi-z9-man) , s. m. Action de dégoiser.

— HiST. XV' s. Nous connoissons ces passions, mouvements ou affections es petits enfants par voix ou sons qu'ils jetten t par dehors, lesquelles voix nous disons en grammaire interjections, et en commun langage on les appelle aucunes fois degoisement, GERSON, dans le Diot. de dochkz. || xvi* s. Le degoisement des oisillons qui, avisant l'aube du jour, se prindrent hautement à chanter, D. Florès de Grèce, f*cxv, dans lacurnb.

— ÉTYM. Dégoiser.

DÉGOISER (dé-goi-zé) , e. o. || 1» Chanter, gazouiller, en parlant des oiseaux. || Par extension, dire avec volubilité, dire ce qu'on devrait taire. Ce n'est pas tout, je dis sornettes. Je déguise des chansonnettes, RÉGNIER, Ép. III. Comment diable m'y prendrai-je pour lui dégoiser tout ça? pont de VESLE, Somnamb. se. <3. || Absolument. Peste, madame la nourrice, comme vous dégoisez! mol. iléd. m. lui, II, 2. Elle est fille et jaseuse, par conséquent elle dégoisera, dancourt, Cal. jardinier, so. 8. Mme d'Armagnac dégoisa sur sa propre naissance d'une manière très-fâcheuse, st-sim. 74, 220.i| 2° Se dégoiser, v. réfl. Babiller beaucoup. Vieux en ce sens. Il Se dégorger. Vieux en ce sens. Que la rivière d'Oise Sur des arènes d'or en ses bords se dégoisé, Régnier, Sat. xv.

— HIST. ïiii* s. Lors s'esvertue et se desgoise Le papegau et la calandre, j. de meung, dans le Dict. de DOCHEz. Il XV* s. On rit, on raille, on sorne, on dit. On escoute, on preste l'oreille. On se desgoyse, on s'esgaudit, On se resjouit, on se resveille, co- QUiLLAHT, le Blason des armes et des dames. || xvi' s. Quand tout boys reverdist, et parmy les boccages Les oyseaui bien chantans degoysent leurs ramages, DUBELL. IV, 77, verso. On dit par excellence: il chante, il se degoise, il gringotte comme un rossignol, PARÉ, Animaux, 49 Ny la noise Du rossignol qui se degoise, Ne luy rameine le sommeil, SONS. ^m. Escoutez comment ce petit garçon se sçayt dcsgoyser, palsgr. p. 482. Les oiseaux degoisent leurs chansonnettes et ramages, nicot, Dict.

— ÉTYM. 7)(,'.... préfixe, et gosier; Berry,dégoiit'iïer. t DÉGOMMA GE (dé-go-ma-j'), ï. m. L'action de dégommer ou décreuser la soie.

— ÉTYM. Dèyommer.

t DÉGOMMER (dé-go-mé), V. a. \\ 1° ôter la gomme. || Décreuser la soie. || 2° Fig. et populairement, destituer d'un emploi, d'un poste quelconque. On l'a dégommé. |{ Faire mourir, tuer. Le choléra en a joliment dégommé.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et gomme.

+ DÉGONDER (dé-gon-dé) , V. a. ôter une porte de ses gonds.

— HIST. XVI* s. Au lieu d'un panier il porte son escarcelle où estoient ses tenailles et crodiets, avec lesquels il ouvroit les serrures et degondbit les huis,

MEHUN COCAYE, t. I, p. 263, dans LACDRNE.

— ETYM. Dé.... préfixe, et gond.

DÉGONFLÉ, ÉE (dé-gon-llé, liée), part, passé.

Un ballon dégonflé, jj Fig. J'attends que mon cœur soit un peu dégonflé de la joie inexprimable.... volt. Utt. Damilatille, 23 mars ^^66.

DEG

DÉGONFLEMENT (dé-gon-fle-man), s. m. Action de dégonfler, de se dégonfler; résultat de cette action. Le dégonflement du ballon empêcha l'aéronaute de partir.

— ÉTYM. Dégonfler.

DÉGONFLER (dé-gon-flé), v. a. || 1° Faire cesser lé gonflement. Dégonfler une vessie. Une application de sangsues dégonfla le doigt enflammé. |i 2" Se dégonfler, v. réfl. Cesser d'être gonflé. Ce ballon se dégonfle. Cette tumeur commence à se dégonfler. Il Fig. Le père alors posait ses coudes sur sa chaise; Son cœur plein de sanglots se dégonflait à l'aise , V. HUGO, Crép. v.

t DÉGOR (dé-gor) , s. m. Tuyau de décharge par lequel on fait passer la liqueur distillée.

— ÉTYM. Voy. DÉGORGER.

+ DÉGORGEAGE (dé-gor-ja-j'), s. m. Action de débarrasser un tissu de toute matière étrangère, avant de le teindre.

— ÉTYM. Dégorger.

DÉGORGÉ, ÉE (dé-gor-jé, jée), part, passé. Il 1° Rendu par la gorge. Des viandes dégorgées. Il 2° Débouché. Un conduit dégorgé. Indépendamment de sa destination principale, qui est de défendre l'entrée du port, il [un fort] a plusieurs batteries dégorgées sur la campagne et qui fian<iuent quelques parties de l'enceinie de la ville, raïnal, Bist. phil. XII, <2. Il 8° Vidé de ce qui avait rempli. Des sangsues dégorgées du sang qu'elles avaient sucé.

DÉGORGEMENT (dé-gor-je-man), ï. m. || 1» Action de rendre gorge. Le dégorgement après des excès de table. || Par extension, action de faire rendre les liquides qui ont été absorbés. Le dégorgement des sangsues. || 2° Action de faire écouler des eaux et des immondices. Dégorgement d'un canal, d'une gouttière. Il Écoulement des cours d'eau les uns dans les autres, ou dans la mer. En cinglant toujours à l'ouest, nous parvînmes à l'extrémité du dégorgement de cette immense écluse [harre du Nil],CHATEAnB. Itinér. m, 61. || Par extension , écoulement d'une foule. Le dégorgement de cette foule par un étroit passage devint presque impossible, SÉGUR. Uist. de Napol. xii, 3. || 3° Terme de médecine. Ecoulement au dehors. Dégorgement de la bile, des humeurs. || Dégorgement des jambes, d'un organe, écoulement des humeurs qui engorgeaient ces parties. || 4° Terme d'arts. Action de dépouiller certaines matières des corps étrangers. Dégorgement des laines, des cuirs.

— ÉTYM. Dégorger.

t DÉGORGEOIR (dé-gor-joir), i. m. || l" Issue par où quelque chose dégorge. Vous a-t-on ouvert ces portes de la mort, et en avez-vous vu les dégorgeoirs ténébreux? bern. de st-p. Études, iv, lirre de Job. Il 2" Instrument dont le serrurier se sert pour vider les mortaises. || Instrument pour tordre la laine. || Fil de fer qui sert à nettoyer la lumière des canons. || 3° Magasin fermé où l'on dépose les cabosses ou graines du cacaoyer pour les débarrasser de la substance visqueuse qui les entoure.

— ET '.M. Dégorger.

DÉGOKGER (dé-gor-jé. Le g prend un « quand il est suivi d'un a ou d'un o; nous dégorgeons; je dégorgeais), V. a. Il !• Dégorger, rendre gorge, revomir. Polyphème dégorgeait en dormant les débris des malheureux qu'il avait dévorés. Il ne lui fut plus possible [à une femelle d'oiseau] d'aller prendre sa nourriture comme auparavant; mais le mâle, toujours officieux et toujours empressé, allait la prendre pour elle et la lui dégorger dans le bec, bonnet, Contempl. nat. xi* part. ch. 8, note 2.|| 2" Terme de couture. Dégorger une chemise de femme, couper l'étoffe d'une chemise pour laisser passer la tête et dégager le cou. 1| 3» Déboucher un canal, débarrasser un passage obstrué. Dégorger un tuyau, une gouttière, un égout. || 4" Terme d'arts. Dépouiller, nettoyer une chose des substances étrangères qu'elle contient. Dégorger du cuir. Dégorger de la laine ou de la soie, les laver dans l'eau de rivière, après les avoir fait cuire dans divers ingrédients. || Dégorger du poisson, le mettre dans de l'eau pure pour lui faire perdre le mauvais goût qu'il a contracté dans de l'eau fangeuse. (| Fig. et familièrement, se débarrasser comme par dégorgement. Il faut laisser les Velches dégorger leur Roméo et leur Juliette, VOLT. ie«. d'Argental, 2i sept. 1772. J'élève un acteur de province qui a de la figui-e, de la noblesse et de l'âme; quand je lui aurai fait dégorger le ton provincial, je vous l'enverrai , id. Lett. d'Argental, 20 juin 4 767. Il B" Terme de vétérinaire. Dégorger un cheval, le promener pour lui faire dissiper quelque engorgement. || 6° F. n. Se répandre, déborder. Si l'égout vient à dégorger, il infectera

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le voisinage. || 7* Se dégorger, v. n/l. Se désobstruer, se déboucher. || 8° Épancher ses eaux. Des rivières qui, cherchant à se dégorger dans l'Océan, trouvent leur embouchure fermée par des sables que le mouvement de la mer y a poussés durant la saison sèche, raynal, llist. phil. iv, 4. Des torrents larges et profonds comme des mers se dégorgent des détroits de Bafftn, bern. de st-p. Ilarm. liv. I, Tabl. général. \\ Avec ellipse du pronom se. Les ravines d'eau ont fait dégorger cet étang. Quand le Tigre, efi'rayé, de .ses grottes profondes .lusqu'aux monts d'alentour fit dégorger ses ondes, BOTROU, Bélis. V, 5. Il Épancher ce qui est comparé à de l'eau, à un liquide. J'évite d'être repoussé à une porte par la foule innombrable de clients et de courtisans dont la maison d'un ministre se dégorge, la bruy. ix. Ne troublez pas le Dieu qui me met en fureur; Je sens qu'en tons heureux ma verve se dégorge, regnard, Foites amour, ii, 7. 119° Se débarrasser de substances étrangères, de la bourbe. La laine se dégorge dans l'eau de rivière. Donnez à ces poissons le tempsde se dégorger. || Avec ellipse du pronom se. Faire dégorger des sangsues, leur faire rendre le sang qu'elles ont pris. Faire dégorger du poisson, le mettre dans l'eau claire pour qu'il perde le goût de marée ou de hourhe. Il 10° Cesser d'être engorgé, enflé. Les jambes de ce malade commencent à se dégorger.

— HIST. XV" s. Le duc avoit aucun murmurement en cueur qui point ne degorgeoit, g. chastei.lain, dans le Dict. de dochf.z. ||xvi* s. Elle se fasche et se desgorge contre Dieu et son mari , à cause qu'elle est contrainte d'espandre le sang de son fils, calv. Imtit. 1064. Ceux qui desgorgent des resveries si monstrueuses , id. ib. < 4 08. Nos pédantes vont pillotant la science dans les livres et ne la logent qu'au bout de leurs lèvres pour la dégorger seulement et mettre au vent, mont, i, <43. Ayant desgorgé une bottelée de paragraphes, in. iv, (74. Il faut garder les sangsues environ un mois et plus, à fin qu'elles se desgorgent de leur boue et ordure.... et qui lesappliqueroit sans estre desgorgées, elles, etc.... il les convient faire desgorger et vomir leur ordure auparavant que les appliquer, paré, xv, 69. Les rossignols gringottent et desgorgent ainsi que peut faire le plus parfait chantre du monde, id. Animaux, 19. Que dirai plus? grandes tours submergées, Cachées sont sous les eaux desgorgées, mabot, iv, 27. Et [lo] s'efTorçant lamenter, de sa gorge Un cri de vache et mugissant desgorge, id. iv, 47. Mais cependant Venus, de deuil attainte. Desgorge ainsi à Neptune sa plainte, du bellay, iv, 37, verso.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et gorge.

DÉGOTÉ, ÉE (dé-go-té, tée), part, passé. Dégoté par son adversaire.

DÉGOTER (dé-go-té), v. a. Terme très-familier. Il 1° Faire tomber avec une pierre, une balle, une bille, etc. un objet placé comme but. Voyez cette bouteille placée sur un piquet, je vais la dégoter. Il 2° Fig. Déposséder quelqu'un de son posie, de son rang. J'ai peur que M. le duc de Prasiin n'aime pas mon impératrice de Russie; j'ai peur qu'on ne la dégote, volt. Lett. d'Argental, 13 août )7(i3,

— REM. Dégoter, qui n'est ni dans Furetière ni dans Richelet, n'est pas non plus dans les éditions du Dictionnaire de l'Académie antérieures à (836.

— ÉTYM. Origine inconnue. On peut songer k dégoutter, pris transitivement : faire tomber comme une goutte. On lit dans les Excentricités du langage, i' édit. 1 862 ; « Dégotter, surpasser. On disait en 1 8o8 dégoutter, qui veut dire être placé au-dessus de quelqu'un , sans quoi on ne pourrait dégoutter sur lui. » C'est une autre manière d'expliquer la transformation du sens de dégoutter en dégoter. Mais puisqu'on a dit efiectivement dégoutter en ce sens, il y a lieu de croire que dégoter en est une corruption quelconque.

t DÉGOUPILLER (dé-gou-pi-llé, U mouillées), t!. a. Enlever des goupilles.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et goupille.

1. DÉGOURDI, lE (dé-gour-di, die), part, passé de dégourdir. || 1° Qui n'est plus engourdi. Membres dégourdis. L'animal dégourdi piqua son homme :ui bras, LA FONT. Fabl. x, lO. ||2° Fig. Adroit, avise. Voilà un garçon bien dégourdi. Cette lemme a l'air bien dégourdie. || Substantivement. C'est un dégourdi. Quelle dégourdie I || 3° Qui a perdu l'âpreié du froid, en parlant d'un liquide. De l'eau dégourdie.

t 2. DÉGOURDI (dé-gour-di), s. m. Première cuisson de la porcelaine, qui se fait dans l'étage supérieur du four.

— ÉTYM. Dégourdi 4.

DÉGOURDIR (dé-gour-dir), ». o. U 1° Redonner

DÉG

du mouvement k ce qtii était engourdi. Dé(?our<lir ses jambes. Oi'ond nos doigt» engourdis de froid ne pouvaient plus tenir la plume, la flamme de la lampo était le seul foyer où nous pouvions les d^içourdir, MARMONTEL, Uém. liv. 1. 1| 2° Fig. et familièrement, faire perdre à quelqu'un sa gaucherie, sa timidité. Mon frère m'ayant tenu quelque temps auprès de lui pour me dégourdir, hamilt. Gramm. ». C'est un nigaud qui est frais émoulu de la province, vous me le dégourdirez, cousin, dancodbt. Vend, de Surine, se. <î. Alain, le sot Alain a dégourdi Nicette, fa- VART, Cherch. d'esprit, se. ai. Eh bien! monsieur, avez-vous dégourdi notre homme? boissy, Frari' eais à Londres, se. 42. || 3° ôter à un liquide l'/lpreté du froid qui l'engourdit pour ainsi dire et qui fait une impression douloureuse sur les dents, sur les mains, etc. Je dégourdis mon eau, afin de pouvoir la boire. L'eau que j'ai dégourdie.|| 4" Se dégourdir, V. réfl. Cesser d'être engourdi. Je me suis un peu dégourdi en marchant. Mes jambes commencent à se dégourdir. ||Fig. Agir avec plus de promptitude. Allons, courage I dégourdissez-vous. Te voilà sur tes pieds droit comme une statue; Dégourdis-toi, couragel allons, qu'on s'évertue, bac. Plaid, m, i. Je suis tout engourdi de tristesse. — Allons, allons, dégourdis-toi, puisque tu m'aimes, marivaux, l'Heur, stratag. m, a. || Avec ellipse du pronom se. Il sent dégourdir sa gravité en faveur de vos attraits, hamilt. Gramm. 9. || 5° Perdre l'âpreté du froid. Pendant que vous parliez, votre eau se dégourdissait. || Avec ellipse du pronom se. Faire dégourdir de l'eau, la faire tiédir légèrement. De l'eau pure sans la faire dégourdir, j. j. rouss. Ém. II.

— HIST. xin's. Soions à 11 servir preuz et despordeli. Et usons bien des grâces que nous tenons de li, J. DE MEUNO, Test. 207. Il xvi's. S'oindre pour rendre les nerfs plus souples et despourdis, mont. Il, 281. Occupation propre àdesgourdir un esprit et un corps poisant, ID. m, 479.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et goura.

DÉGOCRDISSEMENT (dé-gour-di-se-man), t. m.

Il 1° Action par laquelle les membres reprennent de la chaleur et du mouvement; résultat de cette action. Il 1° L'action d'ôter à un liquide l'âpreté du froid. Le dégourdissement de l'eau.

— f.TYM. Dégourdir.

+ DÉGOÛT (dé-gou, ou bref), ». n». Action de dégoutter. Il pleuvait.... Et du haut des maisons tombait un tel dégoût, hêgnirr, Sat. x. || Jus qui dégoutte des viandes en rôtissant. || Au jea de l'bombre, payement.

— HIST. XII* s. Là fors, là il chet [tombe] li degoz, Girrai [je serai gisant], làertmis [mon]monumens, benoît, Chron. dans ratnooard. |{ xiii* s. Es dcgouz des fluns de paradis s'esleecera la terre germanz. Psautier, f 7B. Es viles campestres nul ne pot mesonner si près de moi, que li degous de me [ma] meson ne me demeurt toz franz, beauman. XXIV, 22. Il XVI* s. Chappons roustiz avecques leur degoust, BAB. Pant. rv, 59. Par le degout des larmes que je pleure, dobell. ii, ai, verso. Quand le degout d'une pluie dorée, ID. vi, 63, rfcto. L'esprit humain, un degoust de l'immortelle substance, charron, Sngesse. p. <oi, dans lacdrne.

— Etym. Voy. dégoutter; norm. dégoût, eau qui tombe de la gouttière ; provenç. degot.

DÉGOtT (dé-goû, ou long, ce qui le distingue de dégoût; le t se lie: un dé-goû-t affreux; au pluriel, Ys se lie : des dé-goû-z affreux) , s. m. || 1° Manque de goût, d'appétit. Le soir elle eut un grand dégoût, MOL. Tart. i, 5. A quoi bon ce dégoût et ce zèle inutile? Est-il donc, pour jeûner, qiiatretemps ou vigile? boil. Lutrin, l. || 2° llépugnance qu'on a pour certains aliments. Il avait un dégoût pour les choux. Mon parrain, dSs qu'il l'eut apprise [cette histoire], Me prédit le dégoûtdu vin, bérang. Sourrice. || 8* Aversion, répugnance pour une per- -yjnne ou pour une chose. C'est donc là le dégoût qu'apporte l'hyménée, corn. Poly. iv , 3. Il ne faut qu'un soupçon, un dégoût, un caprice, Pour en faire à sa haine un soudain sacrifice, id. Attila, IV, ). Et guérir aisément d'un dégoût qu'elle a pris, ROTR. Vencesl. in, 5. Il conçoit du dégoût pour les délices du péché, pAsc. Proo. 8. Qu'altendez-vous, chrétiens, à vous convertir?... ne craignez ni la maladie, ni les dégoûts, ni les tentations, ni les peines les plus cruelles, ross. Anne de Gonx. Si vous avez un dégoût général de tout ce qui vous éloigne de Dieu, fléchier, Serm. ii, 4B2. M. de Louvois paraît désolé de ce que son crédit commence à tomber; il m'envie ma faveur et m'attiiUie les dégoûts du roi, maintsnon, Lett. à Urne

VitCr

de St-Geran, »3 mars (6«». Ce dégoût naturel que nous avons delà prière, massill. Car. Priire, ». .... L'outrage qu'elle [une religieuse infldèle]ajoute à ses infidélités, et au dégoût où elle est tombée de son état, m. Profess. relig, 2. Cette raison [le peu d'usage de la prière] n'est pas si générale, qu'on ne voie souvent les Ames les plus fidèles à la prière éprouver constamment ces dégoûts, id. Car. Prière, I. Je n'ai lu qu'avec un extrême dégoût ses vers grossiers [d'Horace] contre des vieilles et contre des sorcières, volt. Cnnd. 28. C'est là le point de l'ennui le plus profond, de cet horrible dégoût de soi-même, qui ne nous laisse d'autre désir que celui de cesser d'être, bdfp. Nature des animaux. Mais comment expliquer ces lugubres accès, Ce dégoût des humains, cette pâleur mortelle? nncis, llamlet, ii, 6, jj 4* Déplaisir, mortification. M. de Coulanges a essuyé un violent dégoût, s8v. 235. On ne voudra pas donner un tel dégoût à notre gouverneur, id. 6H. Mille dégoûts viendront, dit le prophète ermite; Il en vint en effet, l'ermite n'eut pas tort; Mainte peste de cour fit tant par maint ressort Oue la candeur du juge, ainsi que son mérite, Furent suspects au prince.... LA font. Fabl. X, to. N'admirez-vous point que nous nous trouvons heureux d'avoir repassé le Rhin, et que ce qui seraitun dégoût s'il [Turenne] était au monde, nous paraît une prospérité, parce que nous ne l'avons plus? sÉv. 203. Combien d'âmes ont été comme arrachées à Jésus-Christ par ces dégoûts qu'on leur adonnés? fléchier, Serm. i, 8). Notre premier duc de Piney est fort connu par ses deux ambassades à Rome où il reçut tant de dégoûts, st-sim. <6, 4S2. Le monde a ses dégoûts comme la vertu, mass. Car. Dégoûts. Les confrères [les conseillers] les accablaient de dégoûts, VOLT. Louis XIV, ♦. Afin que la cour de Turin, qui n'a pas voulu le retenir, et qui est pourtant fâchée de l'avoir perdu, ne s'imagine pas que M. delà Grange, en arrivant à Berlin, ait commencé par essuyer un dégoût apparent, d'a- LEMBERT, Lett. OU rot de Prusse, <2 sept. (766.

— HIST. XVI* s. Tous ces dégoûts engagèrent d'Aubigné à s'en venir à Lyon au desceu de ses parens, d'add. Vie, XII. Bouffement à l'estomach avec degoust, PARÉ, XX, 22. Le vin nuit aux malades;c'est la première chose de quoy ma bouche se degouste, et d'un desgoust invincible, mont, iv, 263.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et goût.

t DÉGOCtamMENT (dé-goû-ta-manj.ado. D'une façon dégoûtante.

— ÉTYM. Dégoûtant, et le suffixe ment.

DÉGOÛTANT, ANTE (dé-goû-tan, tan-t'), adj.

Il 1* Qui inspire du dégoût. Malpropreté dégoûtante. Des injures dégoûtantes. Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme sain s'en accommoderait assez, mol. Méd. malgré lui, II, «. Le blanc et le rouge les rend affreuses et dégoûtantes, LA BRUY. III. Sa femme était jeune et belle, lui vieux et dégoûtant, hamilt. Gramm. 9. Il faut disputer sans interruption à des reptiles dégoûtants des récoltes achetées par les travaux les plus assidus, raynal, Hist. phil. xir, 27. || 2* Fig. Qui inspire de la répugnance, de l'aversion. Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend. Un tel mot [mariage] àl'esprit offre de dégoûtant? mol. F. sav. I, I. L'agitation des parties et des plaisirs rend la retraite plus dégoûtante, mass. Car. Dégoûts. Il [le monde] met tout en œuvre afin que le saint ministère leur devienne [aux ministres de la religion] aussi dégoûtant qu'il est odieux à lui-même , ID. Confér. Zèle contre les t'tces.Tout le détail de la vie religieuse n'est qu'une suite d'occupations dégoû tantes qui ne font que diversifier son ennui [de la religieuse infidèle] , id. Profess. relig. 2. Notre cœur, pas encore corrompu par un long u^age des plaisirs, ne trouvait pas la piété si dégoûtante, id. Panéggr. Ste Agnès. Le monde tout seul est trop triste et trop dégoûtant pour nous plaire, id. ib. St Benoit. \\ 8"Familièrement, décourageant, rebutant. Cela est dégoûtant.

DÉGOCTÉ, ÊE (dé-goû-té, tée) , part, passe. Il l°Qui n'a plus de goût pour certaines choses. Dégoûté de pâté à l'anguille. || Absolument. Qui n'a aucun goût pour les aliments. Enfin vous dormez, vous mangez un peu, vous avez du repos; vous n'êtes point accablée, épuisée, dégoûtée comme ces derniers jours, sÉv. 333. || 2* Fig. Qui n'a plus de goût pour; qui a de l'aversion, de la répugnance. Vous êtes, à vrai dire, un peu bien dégoûté, cohn. Ment. lii, K. Son cœur était dégoûté de toute atnitié, fén. Tél. XXI. Cette âme dégoûtée du monde, Boss. la Vallière. On est dégoûté du monde et dos plaisirs, MASS. Car. Itespect hum. Je suis vieux< ma-

DÉG

lade et dégoûtant, mais je ne suis point du tout dAgoûté, volt. i>lt. Jfm«d« St-JuUen. 30sept.47e8. Le luxe leur vend cher ses voluptés perfides, Et toujours dégoùtésjils sont toujours avides, h. j. chém. Craeques, i, a. || Familièrement, par litote ironique. N'être pas dégoûté, prétendre à une chose qu'il est fort dil'ficile d'avoir. || Aimer ce qui est très-bon , excellent. Je mange avec plaisir une perdrix auf choux. — Vous n'êtes pas dégoûté. On lui offre ui» préfecture, il aimerait mieux une recette générale. — Il n'est pas dégoûté. || Substantivement. Faire le dégoûté, faire le difficile. Le monarque irrité L'envoya chez Pluton faire le dégoûté, la pont. Fabl. vn, 7. D'autres fois je fais l'indifférent et le dégoûté dans la bonne fortune, pasc. Pens. part, i, art. 9. Chacun en veut tâter [de la noblesse]; et ceux qui autrefois firent les dégoûtés, ont bien changé d'avis, p. L. codh. i, «)8. || C'est un bon dégoûté, il aime la bonne chère, il mange de bon appétit.

t DÉGOCTEMENT (dé-goû-te-roan), t. m. Effet de ce qui dégoûte; état de celui qui est dégoûté.

— HIST. XVI* s. Malade d'une sorte de maladie dont les médecins n'ont faict aucune mention, d'un desgoustement de ses actions accoustumées qui l'a contrainct de chercher appétit en des nouvelles, a. EST. Con/briniJ^ , préface. Après, hantansavec les hommes moins connus, nous rencontrions de la douceur et un desgoustement des fureurs pas.sées, LANOUB, 69. Rots aigres et puants, desgoustement, nausée, par*, Inirod. U. Mes desgoustements et les jeusnes estranges que je passe digèrent mes humeurs peccantes, mont, iv, 276.

— «TYM. Dégoûter.

DÉGOÛTER (dé-goû-té, ou long), V. a. \\ 1« Ôter l'appélit. La vue de ce mets m'a dégoûté. || Inspirer de la répugnance pourun aliment, llsm'ont dégoûté du poisson à force de m'en faire manger. || 2* Fi(f. Inspirer de l'éloignement, donner de l'aversion. Ce pompeux appareil où sans cesse il ajoute Recule chaque jour un nœud qui le dégoûte, coait. Tite et B. 1, 4. Savez-vous ce qu'a fait votre frère? il ne quitte pas la demoiselle.... il lui fait tourner la tête, il la dégoûte d'un parti proportionné, stv. 384. Il y a assez d'injustice et de perfidie dans le procédé des hommes, assez d'inégalité et de bizarrerie dans leurs humeurs incommodes et contrariantes; c'en est assez sans doute pour vous dégoûter; hél ditesvous, je n'en suis que trop dégoûté [du monde]; tout me dégoûte en effet, mais rien ne me touche; le monde me déplaît, mais Dieu ne me plaît pas pour cela, ROSS, la Vallière. Les artifices de Protésilas me dégoûtèrent de Philoclès, Ftn. Tél. xm. Votre fierté est si ridicule qu'elle me dégoûte de la mienne, Marivaux, Préj. faincu, se. 9. || 3° Oter l'envie de.... On avait de la peine à dégoûter les gentilshommes de voler sur les grands chemins, ratnal, Hist. phil. 1, Introduction. || 4* Fatiguer, ennuyer. La prolixité dégoûte le lecteur. L'on voit des gens qui dans les conversations.... vous dégoûtent par leurs ridicules expressions, la brot. v. || 6* Se dégoûter, v. réfl. Prendre du dégoût. D'une vertu sauvage on craint un dur empire ; Souvent on s'en dégoûte au moment qu'on l'admire, corn. Olhon, ni, 3. Ne te dégoûte point surtout des paraboles, Quel qu'en soit le projet, Et ne les prends jamais pour des contes frivoles Qu'on forme sans sujet, id. Imitation, i, 5. J'ai quelques infirmités sur mon corps qui pourraient la dégoûter. — Cela n'est rien, une honnête femme ne se dégoûte jamais de son mari, mol. Uar. forcé, se. 4*. Comme les hommes ne se dégoûtent pas du vice, il ne faut pas aussi se lasser de le leur reprocher, LA BRUY. Caract. préface. Si les hommes S4i délassent quelquefois d'une vertu par une autre vertu, ils se dégoûtent plus facilement du vice par un autre vice, id. xi. Tandis que tant d'autres [prêtres].... se dégoûtent de leurs fonctions, u*ss. Disc, tyn. Observ. des stat. et des ordonn. du dioc. || Absolument. On se dégoûte, on s'ennuie. || 6* Renoncer à ce qu'on avait pris, commencé avec goût, perdrel'enviede.... Le choc fut terrible; tout fut reconquis une quatrième fois, et tout fut perdu de même; plus ardents que leurs anciens pour commencer, ils [de jeunes soldats) se dégoûtèrent plus tût et revinrent en fuyant sur les vieux bataillons qui les soutinrent, sEgdr, Hist. de Nap. ix, a.

— HIST. XV* s. Je ne me puis degouster De hanter Ces bons cerveaux de taverne, basselin, xxix. Il XVI* s. Je suis desgousté de la nouvelleté, mont. I, 42). Le degouste charge la fadeur au vin; l'altéré, la friandise, m. ii, 373.

— RTYM. Dégoût; bourguig. dégôlai.

DÉGOUTTANT, ANTE (dé-gou-tan, Un-t'), adj.

DÉG

Oui dégoutte. Du linge dégouttant. Un habit tout dégouttant de pluie. Être tout dégouttant de sueur. Un arbuste dégouttant de rosée. Le fils tout dégouttant du meurtre de son pète, corn. Cinna, i, s. Les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes, bac. Phèd. v, 6. Les vengeances toutes dégouttantes de sang, fén. Tél. xvili. t DÉGOUlTEMENT(dé-gou-te-man), t. m. Action de dégoutter, de tomber goutte à goutte. || Ce qui dégoutte d'un objet. Ce petit nombre de plantes est bientôt étouffé par l'ombre continuelle , ou supprimé par le dégouttement de l'arbre, buff. Mxpér. sur les végét. 2' mém.

— ÉTYM. Dégoutter.

DÉGOUTTEU (dé-gou-té , OU breO, V. n. || i' Couler goutte à goutte. La sueur lui dégoutte du front. 11 ne se sert à table que de ses mains; il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire.... le jus et les sauces lui dégouttent du menton et de la barbe, LA BnuY. XI. L'eau dégouttait de tous les endroits de son manteau, fën. Ding. || 2° II se dit aussi des clio-

.ses d'où dégoutte quelque liquide le chiêne de

manne et de miel dégouttait, bégnier, Sat. vi. Voyez, voyez le sang dont ce poignard dégoutte, EOTR. Vencesl. iv, 6. || 3° V. a. Fig. Pressez-les, tordez-les, ils dégouttent l'orgueil, l'arrogance, la présomption, la bruy. viu. || Proverbes. X la cour, auprès des grands, s'il n'y pleut, il y dégoutte; c'est-à-dire on y a toujours quelque profit. || Quand il pleut sur le curé, il dégoutte sur le vicaire; ou, dnns le même sens, s'il pleut sur moi, il dégouttera sur vous, vous aurez part au bien ouaumalqui m'arrivera. || lise conjugue avec l'auxiliaire avoir.

— HIST. XII' s. Les enseignes à or batues S'en issent des cors degutantes, Descolorées e sanglantes, BENOÎT, Chron. ii, 96)7. Devant le hait aliel fu li cors sainz portez, E de moines e d'altres fu tute nuit gardez; Receûs fu 11 sancs qui en ert degutez, Ih. le mart. iti. 111] Lui ront auprès l'cspaule tote. Si que lisans [sang] jus en degote, 2a Charrette, 4 4 47, Il XIII* s. Et certes li ciel dégoûtèrent d'esperital rosée, Psoutier,!" 77. En la trace du sang [elle] s'est mise, Qui du chevalier degutot, marie, Yvenec. El se doit ou faire laver le [la] tieste en ewe dégoûtant qui vient par tuiaus , alebrant, f° 33. De pité et de dol [deuil] est aval aclinés. Les larmes 11 degotent fil à fil sor le nés, Ch. d'Ant. v, 479. Doulz Diei qui de doulceur serondes [abondes] et desgoutes, Sur mon dur cuer desgoutes de ta doulceur deux goûtes, j. de meuno, Teslam. 2082. Car il si durement suoit. Que touz ses cors en degoutoit, Saint-Graal, v. 46u5. ]| xiv" s. Sans leur vie espaignier ne doubler char navrée. Ne saignie de sauc, ne sueur dégoûtée, Cuescl. 8394. i tel meschef cheï, ce nous dit li rommans. Que par bouche et par nés li degoutoit li sans, Baud. de Seb. m, 874. Il xv s. Hé deal s'il ne pleut, il dégoûte, Patelin, v. 4244. ]| xvi* s. Au vase estroit, qui dégoûte Son eau, qui veult sortir toute, du bell. m, "5, verso. Le nez lui degouttoit, principalement en hiver, comme la poche d'un pescheur, despkr.

Contes, Lxxxv Tout moyte et dégoûtant s'est

sauvé du naufrage , dubell. vi , 4 0 , verso. Souffrir des contractions et convulsions estranges, desgoutter par fois de grosses larmes des yeulx, mont, m, 274 .

— ÊTYM.W.... préfixe, etgoutte; provenç. degotar.

t DÉGOUTTUllE ( dé-gou-tu-r' ) , s. f. Ce qui dégoutte. Il était placé sous une lampe qui laissait échapper l'huile ; il a reçu toute la dégoutture.

— ÊTYM. Dégoutter.

t DÉGRADANT, ANTE (dé-gra-dan, dan-f), adj. Qui dégrade, qui déshonore. Une conduite dégradante. Des habitudes dégradantes. Un vice dégradant.

+ DÉGUADATIF, IVE idé-gra-da-tif, ti-v"), adj. Qui indique une dégradation de nuance. La finale dire est dégradative dans bleuâtre.

— ÉTYM. Voy. DÉGRADATION. Ce terme a été proposé par Bulet (de la Sarthe), Cours complet de lexicologie , n' 385.

4. DÉGRADATION (dé-gra^da-sion ; en poésie, de cinq syllabes), s. f. \\ 1» DesUtution infamante d'un grade, d'une dignité, d'une qualité. Dégradation militaire. Aucune peina infamante ne peut êtie exécutée contre un membre de la Légion d'honneur, sans que d'abord il n'ait subi la dégradation. ]] Dégradation civique, peine infamante qui consiste dans la privation de certains droits civils et politiques. ]] Terme d'église. Censure par laquelle un ecclésiastique, à cause de quelque faute considérable, est privé pour toujours de l'exercice de son ordre et du bénéfice ecclésiastique. || i° Fig. Avilissement. La dégradation des âmes est une suite de la servitude. Tel est le sort de ces malheureux connus à la cOte de

DËG

Coromandel sous le nom de parias; leur dégradation est bien plus entière au Malabar, qui n'a pas été asservi par le Mogol et où on les appelle pouliats, KAYNAL, Hist. pliil. i, 8. Il Se dit aussi des choses. La dégradation du goût, de la couleur, de la composition, des caractères, de l'expression, du dessin, a suivi pas à pas la dégradation des mœurs, DIDER. Soion de 4 766, CEuDrct , t. XIII , p. 43 , dans POU- GENS. ]] 3" Acte duquel résulte la détérioration d'une chose. La dégradation des monuments publics est prévue par la loi. || Terme de palais. Dégradation de biens, dommages et altération qui se font dans les terres, It^bois ou les bâtiments. || Terme de géologie. Action destructive très-lente, mais continuelle, à laquelle sont soumises les roches, les montagnes, les terres des continents. ]{ État de délabrement d'une chose par une cause quelconque. La dégradation de ce mur est telle qu'il menace ruine. {] 4' Terme de pathologie. Arrêt de développement, aberration d'évolution du corps vivant, soit partielle, soit générale, soit acquise, soit héréditaire.

— HIST. XVI* s. Par dégradation d'honneur, confiscation d'estat, de biens, et coufiiiemeut, caul. II, «. Qu'ils meriterolent tous deux une honteuse degradation d'armes et de tout honneur, id. vi, 43.

— ËTïM. Dégrader 4 ; piovenç. desgradatio; espagn. degradacion; ital. degradaiione.

2. DÉGRADATION (dé-gra-da-sion), *. f. Le fait de présenter des degrés successifs. || Terme de physique. Diminution progressive de la lumière, des ombres, des couleurs. Il «emble que , m'imaginant comme des bandes colorées qui traversent en tout sens toutes les nations d'un continent, je vois les langues, les mœurs, les figures mêmes former une suite de dégradations sensibles ; chaque nation est la nuance entre les nations ses voisines, tuhgot, Plan du 4" dise, sur l'hist. universelle. La loi de la dégradation de la lumière dans le passage de la partie obscure [de la lunej à sa partie éclairée, la PLACE, Expos. 1, 6. ]{ Terme de peinture. iNom donné à de certains ménagements des jours, des ombres et des teintes, suivant les degrés d'éloignement. Ce peintre entend bien la dégradation des ombres. Pour former ce vif coloris, ces distributions de lumières, ces dégradations de couleurs, FâN. Exist. s. La perspective approche les parties des corps ou les fait fuir, par la seule dégradation de leurs grandeurs, Diderot, Ess. surlapeinture, ch. s.Pointdeplans, point de dégradation, point d'air entrelesfigures, m. Salon de 4 767, Œuvres, t. xv, p. 70, dans pougens. Dans la succession de nos penchants, comme dans une bonne dégradation de couleurs , 3. 3. aouss. Ém. v.

— ÉTYM. Dégrader 2.

4 . DÉGRADÉ , ÉE (dé-gra-dé , déej , part, passé de dégrader 4 . || 1* Qui a perdu d'une manière infamante son grade, son rang. Un officier dégradé. || 2" Qui a perdu son rang , sa dignité. Trois princes dégradés en un même mois en marquentle commencement, Boss. Hist. u, 4. Le sanhédrin étant dégradé, les membres de ce grand corps n'étaient plus considérés comme juges, id. ib. u , 4 o. C'est là que les plus grands rois n'ont plus de rang que par leurs vertus, et que, dégradés à jamais par les mains de la mort, ils viennent subir sans cour et sans suite le jugement de tous les peuples et de tous les siècles , id. Duch. d'Orl. \\ 3° Fig. Avili. Un homme dégradé. Nous avons vu l'âme raisonnable dégradée par le péché, BOSS. Conn. de Dieu, v, 4. L'élévation des préceptes dégradée par la bassesse des exemples [que l'on donne], gresset,Cùc. de réception à l'Àcad. Il 4° Qui a éprouvé une détérioration matérielle. Mur dégradé et couvertde plantes parasites, niDEBOT.Salonde 4767, Œuvres, t. xiv, p. 440, danspouGENS.

2. DÉGRADÉ, ÉE (dé-gra-dé, dée), part, passé de dégrader 2. || Terme de physique et de peinture. Diminué progressivement, en parlant de la lumière. On aurait pu chercher de combien l'intensité de la lumière d'un objet que le mouvement rend continuellement visible, se trouve dégradée, condohcet, d'Arci. La Magdeleine, belle perspective, lumière bien dégradée, grande précision, didekot. Salon de 4 707, Œuvres, t. xiv, p. 284, dans pougens.

t DÉGRADEMENT (dé-gra-de-man) , *. m. Action de dégrader. || Perte d'im grade militaire, en vertu d'un jugement,

— HIST. XVI* s. Le degradement de Louis le Débonnaire, fauchet, Orig. des dignités de France, liv. Il, p. 43, dans lacurne.

— ÉTYM. Dégrader 4.

4. DÉGRADER (dé-gra-dé), v. a. |] 1° Dépouiller quelqu'un de son grade, de sa dignité, de son emploi, etc. Dégrader un militaire, im magistrat. La cour l'a dépouillé et dégradé, patro, Plaidoyer 7,

DÉG

dans HicHELET. Et [elle] vous dégraderait peut-être dès demain Du titre glorieux de citoyen romain, corn. Nicom. i, 2. Le lieutenant du roi et le majoi de la place de Brisach furent dégradés des armes, sT-siu. 130, 482. Quelle hauteur dans ces fiers républicains, qui dégradent ainsi sur-le-champ un roi malheureux I rollin, Uist. anc. Œuvres, t. ix, p. 4 37, dans POUGENS. Il Par extension. Dégrader le' héros pour te mettre en leurs places, boil. Sat. viii. U n'est plus saint, M. Jurieu l'a dégradé, boss. Yar. 3* avert. § 6. C'est Dieu seul qui fait régner lesrois, qui les place sur le trône ou qui les en dégrade, MASs. Myst. Soum. En dégradant [faisant descendre] ceux qui étaient au haut de la roue [de la fortune], ID. Av. Bonh. Il 2° Fig. Rendre vil, méprisable. La flatterie dégrade le prince et les flatteurs. Ils nous obligent à dégrader votre parole à des détails rampants, mass. Car. Jeûne. Ce n'est pas un éloge de bienséance ; à Dieu ne plaise que je dégrade ainsi mon ministère ! id. Panég. Vilieroy. Le joug s'est appesanti depuis, et l'espèce humaine a été de plus en plus dégradée, raynal, Uist. phil. v, 20. || Absolument. La passion de conserver une première place fait prendre des précautions qui dégradent, fonte». Varignon. || 3° Détériorer, endommager. Les longues pluies ont dégradé les chemins. Des palais superbes que le temps va dégrader et détruire, mass. Paraphr. ps. xvm. Il 4* Terme de maçon. Abattre par le pied. Dégrader une muraille. || 6° Terme de marine. Ôter les agrès d'un vaisseau devenu inutile. || 6° V. n. Terme de marine. Un navire est dégradé quand le vent, les courants ou une mauvaise manœuvre l'ont entraîné sous le vent de sa route et éloigné du but où il tendait. || 7* Se dégrader, v. réjl. s'avilir. U croirait se dégrader en fréquentant une telle société. Nos titres sont trop beaux, ne nous dégradons point, TRISTAN, If. de Chrispe,i, 4. Un gentilhomme sans cœur se dégrade lui-même, boss. Uist. m, a. Je me dégradais jusques à me rendre semblable aux bêtes, bouhd. Puri/ic. de la Vierge, myst. Tremblons quand ils [les grands] nous comblent de leurs bienfaits; plus ils nous élèvent, plus nous devons craindre que nous ne nous soyons dégradés nous-mêmes, MASS. Confér. Zèle contre les scand. || Se détériorer. Les peintures se dégradent promptement à l'air.

— HlST. xu* s. S'evesques u prestre est esliz e alevez U diaclmes par prince, que il seit dégradez, Th. le mart. 4 27. || xiv* s. Dou mémoire des hommes dégradez Et des livres où il ha esté mis. Maudis de Dieu, de tous sains et dampnez..,, puist estre li mois de mars, MAcnAULT, p. 4 30. || xv* s. Vous avez droit.... car si je n'allois ou fusse allé devant la volonté du peuple, vous eussiez esté ou seriez près du peuple et dégradé à grand confusion et dérision, froiss. m, IV, 77. Or regardez des œuvres de fortune, comme elles vont.... quand ce vaillant homme et bon chevalier fut ainsi demeuré et vitupereusement dégradé d'honneur et de chevance, id. m, IV, 30. En plain parlement d'Angleterre furent degradées deux filles du roy Edouard et declairées bastardes, comm, vi, 9. || xvi* s. Julien condemna dix de ses soldats à estre desgradez, mont, i, 66. Il fu condemné à estre dégradé de noblesse, id. i, 66. Il estoit loisible aux censeurs de dégrader et ostor du sénat un sénateur qui se gouvernoit indignement, amïot, p. JBn». 64. Nycolas fust condampné à estre desgradé des armes etde tout l'honneur, carl.vi, 2).

— ÉTYM.I^e',... préfixe, et (/rade ; provenç. dejradar, desgradar; espàga, degradar; ilal. dcgradare; du latin degradare, de de, et gradus, degré.

2. DÉGRADER (dé-gra-dé), v. a. || 1" Terme de peinture. Diminuer graduellement. Dégrader la lumière, les ombres. Us emploient, avec un art qu'on ne se lasse point d'admirer, les teintes, les demiteintes et toutes les diminutions de couleurs nécessaires pour dégrader la couleur des objets, rollin, Uist. anc. Œuvres, t xi, 4" part. p. 4 30, danspou- GENS. Il 2° V. n. Aller par dégradation. Je dirais au graveur : que les formes soient bien rendues par vos tailles, que celles-ci dégradent donc scrupuleusement selon les plans des objets, diderot. Salon de 4766, Œuvres, t. xin, p. 360, dans pougens. Il est bien posé; la lumière dégrade à merveille sur lui , id. Sa- 2on de 4 767 , p. 67. || 3° Se dégrader, v. réjl. Diminuer par degrés. Comme cette terrassa est éclairée, comme la lumière s'y dégrade, diderot, ilejret* «ur ma robe de chambre. Les campagnes non bornées doivent, en se dégradant, s'étendre jusqu'où l'horizon confine avec le ciel, id. Salon de 4767, Œuvres, t. XIV, p. 284, dans pougens.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et le latin gradus. degré. DÉGRAFÉ, ÉE (dé-gra-fé, fée), pari, pasii. Luc

camisole dégrafée.

DËG

DËGRAFKIt (dé-gra-fé), v. a. || 1* Détacher une chose qui était agrafée. Elle en cornette, et dégrafant sa robe, la font. Gageure. Dégrafez-moi cet atour des dimanches, ID. Jum. || 2* Se dégrafer, v. rifl. Défaire ses agrafes. Je me suis dégrafé. || Etre dégrafé. Sa camisole s'est dégrafée.

— ËTYM. Dé.... préfixe, et la radical grafqax est dans a-graf-er.

DÉGKAIS.SAGK (dé-grè-sa-j'), «. ni. Action de dégraisser les étoffes. Faire le dégraissage. Knvoyer un habit au dégraissage. Burats étaminés : 5/8 d'aune moins t/i pouce, après le dégrais.sage, Tabl. annexé aux lettres patentes du 48 sept. 4780, Auch.

— Etym. Dégraitser.

t DÉGRAISSE (dé-gr6-s'), ». f. Terme de marine. Etat d'une pièce de bois dégraissée.

— ÈTYM. Voy. DÉGRAISSER.

DÉGRAISSÉ, £e (dé-grâ-sé, sée) ,part. posté. Dont on a été la graisse. Du bouillon dégraissé. || Dont on aôté, par le nettoyage, la crasse graisseuse. Un habit dégraissé.

DÉGUAISSEMENT(dé-grè-se-man),». m. Résultat du dégraissage.

— ÊTYM. Dégraisser.

DÉGRAISSER (dé-grè-sé),D. o. || !• ôterla graisse de quelque chose. Dégraisser une sauce. || Par extension. Dégraisser le pot. |{ Familièrement. Diminuer l'embonpoint. Faites de l'exercice, cela vous dégraissera. || Fig. et populairement, rançonner, imposer une amende, une restitution. Ce financier avait fait des gains énormes, mais on l'a bien dégraissé. Toute cette province a été dégraissée, SÉV. 26<. Vous savez que le parlement aime un peu à dégraisser tout fermier du roi, volt. Lett. Tabareau, juillet 4770. ||î° Dépouiller la terre labourable de ses parties fertiles. Les torrents, les ravines d'eau ont dégraissé ce champ. || 8° Dépouiller une chose de la matière grasse qui la couvre. La poudre dégraisse les cheveux. || ôter les taches de graisse d'une étoffe. Dégraisser un habit, un collet. || Dégraisser le drap, le fouler, après l'avoir arrosé de savon noir, ce qui emporte les taches. || Fig. Nous dégraissâmes notre proposition, nous la revêtîmes de ce qui pouvait lui donner et de la couleur et de la force, betz, n, 364. || 4° Dégraisser le vin, lui 6ter, par quelque ingrédient, la mauvaise qualité qu'il contracte en tournant à la graisse. || 6° Terme de gravure. Frotter le cuivre avec du blanc d'espagne. Il Terme de plombier. Séparer la soudure des parties de plomb où elle est adhérente. || Terme de dorure. Nettoyer les parties sales des blancs qui doivent être dorés. || Terme de peintre en bâtiment. Laver des fonds qu'on veut repeindre. Frotter les teintes dures avec de l'esprit-de-vin. || Terme de miroiterie. Donner du brillant à la feuille d'étain avant de la couvrir entièrement de vif-argent, jl'l'enne de charpentier de marine. Abattre plus ou moins les anples d'une pièce de bois, dont la première forme a été celle d'un parallélipipède rectangle. || 6° Se dégraisser, V. réfl. Être dégraissé. || Par plaisanterie. Il se dégraisse, se dit d'une personne qui, malade et alitée , maigrit.

— HIST. XVI' s. Bois-le-Comte, neveu de VUlegagnon, qui, passant au cap de St-Vincent, dégraissa [rançonna] plusieurs navires espagnols et portugais, d'aub. Hisl. I, 4t;

— ÉTYM. Di.... préfixe, et graisse.

DÉGRAISSEUR, EUSE (dé-grè-seur, seû-z'), s.

n». et^. ||1° Celui, celle qui dégraisse les élolîes. Porter un habit au dégraisseur. || 2" Dégraisseur,

voy. BÉGHAISSOIR, 4*.

— ÊTYM. Dégraisser.

+ DÉGRAISSIS (dé-grè-si), t. m. Ce que l'on enlève par l'op'ératioii du dégraissage.

— ETYM. Dégraisser.

t DÉGRAISSOIR (dé-grè-soir) , s. m. || 1" Instrument qui, muni d'un moulinet, sert pour tordre la laine trempée dans de l'eau de savon, avant de la mettre sur le peigne. || On dit aussi dégraisseur. Il 2° Instrument pour enlever la graisse des boyaux. Il 3" Morceau de serge pour dégraisser l'étain d'une glace.

— f.TYM. Dégraisser.

t DÉGRAPPER (dé-gra-pé), v. a. Séparer les grains de certains fruits de leurs grappes. Dégrapper les raisins, les groseilles. || On dit aussi égrapper.

— ETYM. Dé.... préfixe, et grappe. fDÉGRAPPINER (dé-gra-pi-né) , v. a. Terme de

marine. Tirer un vaisseau hors des glaces, parle moyen des grappins.

— ETYM. Dé.... préfixe, et ^appi'n.

f DÉGRAPPOIR (dô-gra-poir), ». m. Instrument ■ervant à dégrapper

DEG

t DÉOWAS (dé-gri), ». m. Terme de chamoiserie. Graisse exprimée des peaux. || Mélange d huile de poisson et d'acide nitrique pour passer les peaux en chamois et les cuirs en blanc.

— HIST. xiii* s. Avoi, sire Tybert li chaz, Por ce s'oraavez vosdegraz [satisfaites voire gourmandise], Kt se vostre panceest or plaine. Ne durra inie la semaine Cist orgoulz que vos ore avez, Hen. 20668.

— ETYM. Dé.... préfixe, et gras.

tDÉGRAT (dé-gra), s. m. En dégrat se dit du bateau quittant le havre oii le navire est ancré et allant chercher ailleurs meilleure pèche.

— ETYM. Provenç. degrat, degré, c'est-à-dire le degré, le point d'où l'on part. Il y a dans l'ancien français se degrater : Ribau/. nus, qui U se dcgratent, De toutes parz les feus embattent, o. guuht,

t. II, p. 469, v. 4IU7 (430»3).

t DÉGRAVELER (dé-gra- ve-lé) , je dégravelle, je dégravellerai , je dégravellerais, v. a. Débarrasser un tuyau de conduite du sédiment qui s'y est accumulé.

— ETYM. Dé.... préfixe, et gravelle.

f DÉGRAVER (dé-gra-vé), v. a. Synonyme de dégraveler.

— ETYM. Dé.... préfixe, et le radical yrao qui est dans grav-ois.

PÉGRAVOIEMENTou DÉGRAVOÎMENT (dé-gravol-man), ». m. Effet d'une eau courante qui dégra voie, déchausse un mur, un pilotis.

— ETYM. Dégrarnyer.

DÉGRAVOyJË, ÉE (dé-gra-vo-ié, iée, oudé-gravoi-ié, iée), part, fiasse. Une muraille dégravoyée.

DÉGRAVOYER (dé-gra-vo-ié; plusieurs disent dé-gra- voi-ié), je liégravoie, tu dégravoies, ildégravoie, nous dégravoyons, vous dégravoyez, ils dégravoient; je dégravoyais, nous dégravoyions, vous dégravoyiez; jedégravoierai; je dégravoierais; que je dégravoie, que nous dégravoyions, que vous dégravoyiez; que je dégravoyasse; dégravoyant, v. a. Déchau.sser, en parlant d'une eau courante, des murs ou des pilotis. || Enlever le gravier au moyen de quelque courant d'eau.

— ETYM. Dé.... préfixe, et gravais.

DEGRÉ (de-gré ; dans le dictionnaire de Richelet il est écrit degré, et cette prononciation s'entend souvent; mais l'Académie l'a condamnée), s. m. Il 1* Chacune des parties qui dans un escalier servent à monter ou à descendre. Le premier degré, le deuxième degré. Mais k peine tous deux dans sa chambre étions-nous Qu'elle a sur les degrés entendu son jaloux, iiOL. Éc. des f. IV, 8. Il a presque vu la tour de Babel; il en compte les degrés, là BRUT. V. Il Marches qui servent d'entrée à un édifice. Sur les sanglants degrés ses serviteurs périssent, H. J. cbBn. Charles IX, v, 2. Qui marche en ses conseils à pas plus mesurés Qu'un doyen au palais ne monte les degrés, boil. .Sot. viii. Du lieu saint à pas lents je montais les degrés, delav. Vêpres sicil. v, a. Vois: l'infortune assise à la porte du temple [de la gloire] En garde les degrés, lahaht. Uéd. I, 44. Il L'escalier même. Miron trouva, en descendant mon degré, un frère de son cuisinier, RETZ, u, 436. Comprenez-vous ce que je sentis en montant ce degré T sêv. 4 4. Se mettre en embuscade sur un degré, hamilt. Gramm. 6. Trouvant au bas du grand degré un carrosse qu'il prend pour le sien.... la brut. xi. Comme ils [Vardes et mon père] descendaient ensemble le degré, mon père feignit d'avoir oublié quelque chose en haut, ptsiM. 40, 4 4 9. {12" Fig. Rangs, emplois considérés comme les échelons d'une échelle d'honneurs. Vous voyez donc, mon père, que le degré éminent où sont les papes, ne les exempte pas de la surprise, PASC. Prov. 48. C'était le plus proche degré pour parvenir à l'empire, Boss. Hist. i, 4 0. Plus on a de degrés d'élévation, plus on a de degrés à descendre à l'abaissement, fléch. Serm. 1. 1, p. 484. Vous êtes monté d'un degré dans le service, Mass. l'élit carême, Drap. Maupertuis était arrivé par les degrés, de maréchal des logis des mousquetaires jusqu'à les commander en chef, st-sim. i, 23. Entre ton trône et moi je ne vois qu'un degré, volt. Sémir, ii, 2. Il 8° Moyens mis en œuvre pour parvenir à.quelque chose. Et quels afl'reux périls pourrons-nous redouter, Si c'est par ces degrés qu'où peut vous mériter? CORN. Rodog. m, 4. Et la mort que mes vœux s'efforcent de hâter Est l'unique degré par où j'y veux monter, id. Uéracl. I, 2. Par sa propre main mon père massacré Du trône où je le vois fait le premier degré, lu. Ciimo, l, 4 . Toutes ces cruautés.... Sont les degrés sanglants dont Auguste a fait choix Pour monter sur la trône et nous donner des lois, ID. ib. I, S. Et pour haut qu'on ait mis des titres si

DEG

■acres, On y monte souvent par de moindres degrés, ID. Théod. I, 4. Et ne voulut, puur mouler à ses emplois, d'autres degrés que ses vertus, fléch. Panég. t. i, p. 336. Ils voulaient que l'innocence fût le degré pour monter à l'épiscopat, id. ib. u, p. 282. Souvent avec prudence un outrage enduré Aux honneurs les plus hauts a servi de degré, «ac. Esth. m, 4, Les droits de mes aïeux.... Etaient même, sans moi, d'inutiles degrés, id. Brit. iv, i. Mon culte épuré De ma grandeur naissante est le premier degré, VOLT. Fanal, u, 6, || 4* Transition, acheminement. Les premières connaissances ont servi de dogrés aux autres, PASC. Préf. Vidt. Vous qui devez savoir les choses de la vie. Qui par tous ses degrés avez déjà passé, Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé, la font. Fabl. ui, 4. On répond que la i>erfection a plusieurs degrés, bom. Or. 8. Monter de degré eu degré jusqu'à cet état sublime, mass. Pruf. 2. Vous n'êtes jamais séparé que d'un petit degré de la mort, lo. Carême, Tiéd. 4. Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés, bac. Phèd. iv, a. U n'est point de degré du médiocre au pire, boil. Art p. IV. U avait passé par tous les degrés de la débaucha et de la misère, volt. l'Ingénu, 49. || Par degrés, loc. adv. Graduellement, il faut aller par degrés et commencer par la procédure, boss. Bibliot. J'approchai par degrés de l'oreille des rois, hac. A thaï, m, 3. Il On trouve aussi, au singulier, par degré, dans le même sens. J'ai tenté par degré d'effacer cette horreur, volt. Brutiu, m, 2. || 5» Grade coùféré dans une université. Dans les facultés, il y a trois degrés, celui de bachelier, celui de licencié et celui de docteur. Degrés académiques. Prendre ses degrés. Et si l'on n'est docteur sans prendre ses degrés, RÉGNIER, .Sat. ui. Mais quoi! j'entends déjà plus d'un fier scolastique. Qui.... Curieux, me demande où j'ai pris lues degrés, boil. ÉptI. xu. k Bourge, un écolier peut percer ce mystère; Je n'ai point mes degrés.... volt. Dise. 6. || 6* Terme d« grammaire. Degrés de signification, le positif, le comparatif, le superlatif, ii Degrés de comparaison, le comparatif et le superlatif. || ?• Terme de jurisprudence. Degrés de juridiction, ordre hiérarchique des tribunaux devant lesqueli on peut successivement porter la même affaire. Il n'y a plus en Franc4i que deux degrés de juridiction pour les affaires civiles. Cet*'! affaira a parcouru tous les degrés de juridiction. ||8° Terme de jurisprudence ecclésiastique et civile, se ditdes générations suivant lesquelles on compte la proximité ou l'éioignement des parentés ou alliances. Grégoire le Grand fut le premier qui défendit les mariages jusqu'au septième degré; le 2* concile de Latran restreignit la prohibition au quatrième degré. En ligne directe les degrés ascendants sont : le premier, père et mère; le second, aïeul et aïeule; le troisième, bisaïeul et bisaïeule; lequatrième, trisaïeul et trisaïeule. Les degrés descendants sont: le premier, fils et fille; le second, petit-flls et petite-fiUe; le troisième, arriére-petit-fils et arrière-petite-fille; le quatrième, fils et fille da l'arrière-petit-fils. En ligne collatérale les degrés ascendants sont: <• Oncle paternel, tante paternelle, et oncle maternel et tante materceUe; 2* Grand-oncle paternel, graud'tante paternelle, grand-oncla maternel et grand'tante maternelle; 3* Père ou mère du grand-oncle ou de la grand'tante paternels, et père ou mère du grand-oncle et de la grand' tante maternels, et ainsi de suite. Dans la même ligne les degrés descendants sont : i* La frère ou la sœur; 2° Les fils ou les fiUes du frèra et de la sœur, qui s'appellent cousins germains et cousines germaines; 3* Les cousins et cousines issus des germains, c'està-dire les petits-fils ou petites-filles du frère ou de la sœur, et ainsi de suite. S'il était parent au delà da cinquièmedegré, il ne succédait pas, montesq. Esp. xviu, 22, Il Degré de noblesse, la nombre de générations que l'on compte entre la personne dont on parla et le premier individu anobU dans la famille. L'anobli fait le premier degré, ses enfants la second, etc. Il 9* Différence successive que présentent les qualités sensibles des choses. L'atmosphère est arrivée k un très-grand degré da léobaresse. La fer exige un haut degré de chaleur pour se fondre. U y a un fort degré de froid quand la Seine gèle. || Dans différents arts, degré de fau, la point où il faut que le feu soit porté pour que la résultat soit obtenu. Il En médecine , degré indique le plus ou moins d'intensité d'une maladie. Phthisie au troisième degré, llrùlure au premier degré. || Terme de la scolastique. Degrés métaphysiques, se disait de la série des propriétés d'un objet, en commençant par la plus générale. Il Dans l'ancienne médecine, certaine extension des qualités élémentaires qu'on divisait en quatre

DEG

Le poivre était chaud à tel degré. || Dans t ancienne physique, ces mêmes qualités élémentaires étaient partagées en huit. Le feu était chaud au huitième degré et sec au quatrième. || Fig. et par analogie, le plus ou le moins que présentent les choses intellectuelles ou morales. Sa grandeur doit atteindre au.x degrés les plus hauts, corn. Attila, i, 2. Vous ne me donnez rien par cette haute estime Que vous n'ayez déjà dans le degré sublime, ID. Serlor. m , 2. Oui, du degré de l'âge il faut porter la peine, rotrou, Vencesl. i, 2. Le degré où les hommes n'avaient pu atteindre est rempli par une jeune reine, pasc. dans cocsiN. Mon envie (le partir est au dernier degré, SÉV. <29. Dieu distribue ses dons dans le degré qu'il veut, Boss. iet(. Corn. H6. Les plaisirs innocents le deviennent [péchés mortels, par l'excès de l'attachement], selon la doctrine des saints.... mais qui sait le degré qu'il faut pour leur inspirer ce poison mortel? ID. Marie-Thér. Deux choses vous vont faire voir l'émineat degré de sa vertu, id. tb. Alors au suprême degré de son éclat, hamilt. Gramm. t*. Haut degré de gloire et de puissance, hac. Bérin. I, 4. Quand la religion des chrétiens n'aurait point d'autre preuve contre l'incrédulité que l'élévation de celte maxime pa charité envers tous], elle aurait toujours ce degré de sainteté ït, par conséquent, de vraisemblance sur toutes les sectes qui ont jamais paru sur la terre, mass. Carême, Pard. Un hoaime médiocre peut avoir de la justesse à son degré, un petit ouvrage de même, vauven. Justesse. Chaque fonction est pour lui [le prêtre indigne] un nouveau crime et ajoute un nouveau degré à sa réprobation, HASS. Confér. Disc, sur la voc. Il fallait non-seulement un grand usage de la cour, mais une liberté bien circonspecte, une hardiesse bien mesurée, de peur qu'un degré de moins ne gâtât l'ouvrage, et qu'un degré de plus ne perdit l'auteur, d'ouvet, Hist. Acad, t. Il, p. 265, dans pougens. {| Points successifs que l'on parcourt. Premierdegréd'instruciion. Il IC Tsrme de physique. Chacune des divisions principales qui sont marquées surdesinstrumentsdestinés k apprécier la chaleur, l'humidité, la pesanteur. Les degrés d'un baromètre, d'un hygromètre, d'un aréomètre. L'eau bout quand le thermomètre est à cent degrés ; la glace fond quand il est à zéro. |{ 11' Terme de géométrie et d'astronomie. Chacune des .160 parlies dans lesquelles on divise la circonférence. Si je veux mesurer un angle de 60 degrés, J. J. rouss. Ém. II. Il Terme de géographie. Degré de longitude, l'espace compris entre deuxméridiens; degrédelatitude, l'espace compris entre deux parallèles. Des lieues de vingt-cinq au degré. Le degré se divise en «0 minutes et la minute en 60 secondes. L'on comptera toujours au nombre des œuvres qui ont illustré notre siècle l'entreprise de mesurer en même temps deux degrés du méridien, l'un sous l'équateur, l'autre près du pôle boréal de notre continent, condorcet, lUaurepas. Ces marchands faisaient leur route, tenant à peu près le 40« degré de latitude nord, par des pnys qui sont au couchant de la Chine, montesq. Esp. XXI, < 8. Il Degré décimal, chacune des 400 parties dans lesquelles, suivant la division décimale, on divise le cercle. Cette division est moins usitée que la division sexagésimale ou en 360 parties. {| Dans le langage de la physique, de la géométrie et de l'astronomie, degré se repré.sente souvent par ce signe '. Le thermomètre est à 2* au-dessous de glace. Latitude <0« .10' 3' (to degrés, 3o minutes, * secondes). || 12° Terme d'algèbre. Équation du premier, du second degré, etc. équation dont l'inconnue est à la première, à la deuxième puissance. Il 13° Terme de musique. Différence de position ou d'élévation entre deux notes placées dans une même portée. Degrés conjoints, Degrésdisjoints. || li°Terme de fauconnerie. L'endroit où l'oiseau, durant sa montée, tourne la tête et prend une nouvelle carrière, qu'on appelle second ou troisième degré, jusqu'à ce qu'on le perde de vue au quatrième.

— SYN. DEGRÉ, MARCHE. «Degré, dit l'Encyclopédie, V, 9-29, s'employait dans le dernier siècle pour désigner chaque marche d'un escalier, et le mot de marche était uniquement consacré pour les autels ; nous aurions peut-être bien fait de conserver ces termes dislinctifs. » La distinction indiquée par l'Encyclopédie n'existe plus; reste à voir en quoi ces deux termes diffèrent. Le degré est, étymokigiquement, ce qui sert à changer de place (degredi), à monter ou à descendre; la marche est sur quoi l'on marche. On monte ou l'on descend les degrés; on se tient sur une marche. Au pluriel, il montait ou descendait les degrés, ou les marches, sauf que degré est réservé , de préférence, au style élevé et aux grands escaliers : les degrés du grand

DICT. DE LA LANâUE: FHANÇAISE.

DÈG

DÉG

escalier du Louvre. Au singulier, marche s'emploie mieux que degré : il se tenait sur la première marche mieux que sur le premier degré. En un mot, toutes les fois que l'on considère les différents échelons d'un escalier comme servant à monter ou à descendre, on se sert plutôt de degré; comme servant à poser le pied et à se tenir, de marche.

— HIST. XI* s. Eufemien, bel sire, riches hom, Ouar me hesberges pur Deu en ta maison; Suz tun degret me fais un grabatum, St Alexis, xuv. Par les degrez au palais [il] monte sus, Ch. de Roi. cxcvii. Il XII* s. Les degrez [ils] montent tost et isnellement, Ronc. p. <2i. Tost les degrez de marbre [il] est montez au donjon, Sas. xiv. Or est-il moult en bas degré; Mais Dieus le metra au plus haut; Car c'est li sires qui ne faut, cautieh d'arras, Éracles, V. 4 604. Il xui's. Celui cui il l'ot conmandé A tost le cheval enselé, Et puis au degré li amené, lien. 22207. Amours respont: Or ne t'esmaie [chagrine]; Puisque mis t'ies en ma menaie [direction]. Ton servise prendre en gré, Et te métrai en haut degré, la Rose, 2036. Puisque li quars degrés est passés, mariages se pot fere, beaum. xvm, 7. Avant qu'on en viengne dusqu'à li, on doit porsivir les segneurs songes de degré en degré, id. xi, (2. Ans piez des degrez s'agenoilla un poure [pauvre] chevalier et li dit ainsi.... JOINV. 206. Il XV" s. Je montay sans compter Les degrez.... COQUILL. ifonol. de la botte de foin. Apportant ung plat de viande sur le degré, comm. i, 9. ||xvi's. La première grâce, qui est comme un degré à la seconde, est nommée cause d'icelle, calv. Instit. 620. Ce moyen, par lequel Dieu esleve les siens en haut comme de degré en degré, id. tb. 8(6. Ils devoyent estre recognus pour ministres légitimes, ayans le degré de prestrise, m. tb. 842. Une montoit gueres sans s'eslancer trois ou quatre degrez à la fois, mont. 11, t7. C'est un degré de fermeté auquel je ne pourrois arriver, id. ii, 385. Il se laissoit maintes fois tomber du haut d'un degré, ou en la trappe d'une cave, despbr. Contes, lxxix.

— ÉTYM. Wallon, egré; provenç. degra, degrat; portug. degrâo; du bas-latin degradus, formé de de, et gradus (voy. grade).

t DfiGltÉ.\GE (dé-gré-a-j'), ï.tn. Voy.DÉGBÉEUENX.

DÉGRÉÉ, ÉE(dé-gré-é, ée), part. posî^. Un vaisseau dégréé.

t DÉGRÉEMENT (dé-gré-man), s. m. Terme de marine. Action d'ôter les agrès d'un vaisseau. Il Perte accidentelle des agrès.

— ÉTYM. Dégréer.

UÉGRÉER(dé-gré-é),je dégrée, nous dégréons;

je dégréais, nous dégréions; je dégréerai; je dégréerais; que je dégrée, que nous dégréions: que je dégréasse, dégréant, v. a. Terme de marine, ôter ou détruire les agrès, les cordages, etc. d'un vaisseau. Notre frégate, qui n'avait été qu'à demi dégréée par le combat, le fut entièrement par des coups de vent.

— REM. On a écrit, par une mauvaise orthographe, degrnyer: Je suis tout dégrayé, mes mâts ne tiennent à rien , Rapport de la Clocheterie sur le combat de la Belle- Poule, (8 juin 1778, dansJAL.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et gréer.

t DÉGRÉNAGE (dé-gré-na-j') , s. m. Action de retirer du moulin les matières dont on fait les pâtes céramiques.

— ÉTYM. Dégréner.

t UËGRËNER (dé-gré-né. La syllabe gré prend l'accent grave quand lu syllabe qui suit est muette : je dégrène; mais l'accent reste aigu au futur et au conditionnel : je dégrénerai, je dégrénerais) , ». a. Exécuter le dégrénage.

DÉGREVÉ, ÉE (dé-gré-vé, vée), part. post^. Le budget est dégrevé.

DÉGRÈVEMENT (dé-grè-ve-man) , *. m. Action de dégrever; état de la chose dégrevée. || Réduction ou remise de la cote imposée à un contribuable.

— ÉTYM. Dégrever.

DÉGREVER (dé-gré-\é. Legoarant remarque que l'Académie écrivant grever sans accent, c'est peutêtre par une faute d'impression qu'elle écrit dégrever avec un accent. L'Académie ne conjuguant pas ce verbe, on le conjuguera comme elle fait pour les verbes de cette sorte, c'est-à-dire en mettant un accent grave quand la syllabe qui suit est muette, je dégrève, excepté au futur et au conditionnel où l'accent aigu est conservé : je dégrèverai, je dégrèverais), V. a. Supprimer, réduire les charges. Dégrever un immeuble, éteindre les hypothèques qui le grèvent. || Diminuer, remettre une imposition, une taxe. Dégrever les objets de consommation.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et grerer.

tDÉGRILLEK (dé-gri-llé, {( mouillées, et non

dé-gri-yé), «. a. ôter les grilles, et. par extension, faire sOTtir du couvent. La mort du comte de Verne dégrilla sa femme, qu'il tenait dans un couvent, ST-SIM. (37, 4.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et grille.

DÉGRINGOLADE (dé-grin-go-la-d'), s. f. Action

de dégringoler. || Fig. Chute, décadence, ruine. Gare la dégringolade.

— ÉTYM. Dégringoler.

DÉGRINGOLER (dé-grin-go-lé), V. n. || 1* Descendre précipitamment avec la rapidité d'une chute, et surtout avec un sens de moquerie ; on n'emploierait pas ce mot en parlant par exemple d'un homme qui se tuerait dans la chute. Dégringoler d'une échelle. La voiture a dégringolé dans un trou. || 2° Fig. et familièrement. Si deux ou trois personnes ne soutenaient le bon goût dans Paris, nous dégringolerions dans la barbarie, volt. Cité dans corblet. Glossaire picard. Nos ministres dégringolent l'un après l'autre comme les personnages de la lanterne magique, id. Lelt. Mme du Deffant, 3 déc. 1769. Mlle Clairon et MmeduChappe soutieniaml la gloire de la France; mais ce n'est pas assez : noua dégringolons furieusement, id. Lell. Duc de Richelieu, 25 oct. t78t. Il 3° V. a. Dégringoler un escalier, Dict. de l'Académie.

— REM. L'Académie fait, de ce verbe, un verbe actif, parce qu'on dit : dégringoler un escalier ; mais il y a une ellipse, dégringoler un escalier est pour dégringoler le long d'un escalier; et dégnngolei n'est pas plus un verbe actif que ne le sont marcher, courir dans ces phrases: marcher deux heures, courir deux lieues. L'Académie écrirait : les marches que j'ai dégringolées; la grammaire veut qu'on écrive ; les marches que nous avons dégringolé. On ne peut pas dire dégringoler quelque chose ; dfgringoler une carafe, etc. Cependant, à l'appui de l'Académie,voy. descendre (descendre un escalier, une pente).

— ÉTYM. Picard, déringoler, d^grtbouter. Origine inconnue. D'après Richelet, il vient de gringnle, corruption de jarjowiJie, gouttière; cela n'est pas impossible.

DÉGRISÉ, ÉE (dé-gri-zé, zée), part, passé. Dégrisé le lendemain et revenu à lui.

f DÉGR5SEMENT (dé-gri-ze-man), f. m. Action de dégriser; résultat de cette action.

— ÉTYM. Dégriser.

OÉGRISER (dé-gri-zé), ». o. |1 1* Faire passer l'ivresse. Le sommeil l'a dégrisé. || 2* Fig. et familièrement, détruire des illusions, des espérances conçues trop vite. Cet échec l'a un peu dégrisé. Les bravos retentissaient; Lambel était enthousiasmé de ces acclamations; Cromwell, pour dégriser son ami, lui dit : On nous applaudirait bien davantage, si nous allions à l'échafaud, Mirabeau, Collection, t. V, p. 466. Eh! ehl notre ami, cela vous contrarie et vous dégrise un peu, beaum Barb. de Scv. II, t4. Il 3" Se dégriser, ». réft. Cesser d'être gns, un peu ivre. Laissez-lui le temps de se dégriser. Il Fig. Perdre des espérances trop vite conçues.

— HIST. XVI' s. Les hommes qui s'estimoient le plus de loin se dégrisent souvent les uns des autrea en s'approchant, mont, dans le Dict. de oocbez.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et jriser.

t DÉGROSSAGE (dé-grô-sa-j'), ». m. Action de dégrosser.

— ÉTYM. Dégrosser.

f DÉGROSSER (dé-grft-sé), ». o. Faire passer l'or ou l'argent par la filière, pour le rendre plus menu.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et gros.

i. DÉGROSSI, lE (dé-grô-si, sie), port, passé de dégrossir. || 1° Dont on a ôté le plus gros. Des pièces de bois dégrossies. || 2° Fig. Nous ne considérnnsle monde quecommeinformeetàpeinedégrossi, volt, ilfasurs, Conn. de l'dme. Ma petite drôlerie [traduction] dont vous me demandez des nouvelles, est assez dégrossie, p. l. cour. Lett. i, 2<».

+ 2. DÉGROSSI (dé-grô-si) , s. m. Laminoir dei plombiers. || Presse pour unir les monnaies. || Action de dégrossir une glace.

— ÉTYM. Dégrossi t .

DÉGROSSIR (dé-grô-sir), e. a. \\ 1" Ôter le plus gros d'une matière pour qu'elle reçoive la forme qu'on veut lui donner. Dégrossir un bloc de marbre. Il Les sculpteurs dégrossissent leurs ouvrages avec une masse qui est une espèce de gros marteau. lA peintre a couvert sa toile de figures, avant que le statuaire ait dégrossi son bloc de marbre, DintRor, Observ. sur la sculpt. || 2° Fig. Ébaucher, dégrossir un ouvrage. Tout le faix des marches et des ordres de subsistances portait sur Puységur, qui môme dégrossissait les projets, st-sim. us , 42. |j Débrouil-

DÊG

1er. Dégrossir une «flaire. )| 8' Terme d'imprimerie. Dégrossir une épreuve (locution peu usitée présentement), en 6ter les plus grosses fautes avant de l'envoyer à l'auteur. || *• Se dégrossir, v. ri(l. Devenir moins grossier. Quand une nation se dégrossit, elle est d'abord émerveillée de voir l'aurore ouvrir de ses doigts de rose les portes de l'orient, et semer de topaies et de rubis le chemin de la lumière, Zéphyre cares-ser Flore.... volt. Diet. phil. Lieu» eommuru.

— ÈTYll. Di.... préfixe, et gros.

DÉGROSSISSAGE (dé-grô-si-sa-j*), t. tn. Terme

de métallurgie. Commencement d'étirage qui , succédantau cinglage, donne une Terme plus régulière à la loupe. || Se dit en particulier de la première opération faite pour réduire en plaques d'une épaisseur de 6 à 7 millimètres les barres de fer primitivement de 30 à 32 millimétrés, destinées à la fabrication de la tôle mince, LF.Go*nANT. || Terme de coutellerie. Action de dégro.ssir, à la lime, la pi*ce qui doit fournir un couteau et qui a été préalablement forgée.

— ETYM. Dégrossir.

t DÉGU0SsisSEMENT(dé-gr4-si-se-man), *. m. Action de dégrossir; état de ce qui est dégrossi.

— ÉTYM. Dégrossir.

t DÉGROSSISSEUR (dé-f-TÔ-si-seur), t. m. Cylindre qui, dans les laminoirs, réduit la loupe en grosses barres.

— ÉTYM. Dégrossir.

f DÊGU (dé-gu), (. m. Nom d'un petit mammifère du Chili.

DÉGCENU.LÉ, ÉE (dé-ghe-ni-llé , liée, H mouillées, et non dé-ghe-ni-yé), part, passé. Qui a des vêtements en guenilles. Les rois d'Espagne n'avaient jamais eu de gardes que quelques méchants lanciers déguenillés qui ne les suivaient pas, st-sim. (20, 140. Quelle comparaison de ta vie molle, rampante, efféminée, et delà vie libre et ferme du cynique déguenillé! didehot, Bcgrrcljjurnio robe de chombre. Il Substantivement. Une troupe de déguenillés.

t DÉGUEMLLKR (dé-ghe-ni-llé, Ji mouillées),». a. Déchirer les habits, mettre en guenilles. || Par extension. Dégueniller quelqu'un, le ruiner, lui faire perdre sa fortune. || Kig. et populairement. Dégueniller quelqu'un, le maltraiter de paroles.

— lllST. XVI' s. Se desgueniller [sortir de la gueuserie], oudin, Dict.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et 9u«nt7Ie.

DÉGUERPI, lE (dé-ghèr-pi, pie), part, passé

de déguerpir. Abandonné. Cet immeuble déguerpi par celui qui en avait la possession. || Qui a déguerpi , qui s'en est allé. Bon I les voilà déguerpis.

DÉGUERPIR (dé-ghèr-pir), v. a. || 1° Terme de pratique. Abandonner la po.ssession d'un immeuble. Déguerpir un héritage. || 2* Faire sortir. Avec un instrument croche Le déguerpirent de la roche, scarr. Virg. trav. vi. || Il n'est plus usité en cet emploi. Il 3° V. n. Sortir, se retirer d'un Heu malgré soi. Il fut forcé de déguerpir. Nous fatiguerons tant notre provincial, qu'il faudra qu'il déguerpisse, mol. Pourc. II, i\. Qu'on se garde surtout de me mettre trop près De quelque procureur chicaneur et mauvais; Il ne manquerait pas de me faire querelle ; Ce serait tous les jours procédure nouvelle, Et je serais encor contraint de déguerpir, beonard. Légat. IV, 6. Ahl nous verrons un peu S'ils feront déguerpir la nièce et le neveu, collin d'harlev. Yietis célib. il, to.

— HIST. m* s. Et quant m'aurez mortelment déguerpi [abandonné], Jà n'i croistra vos los ne vos Monors, Couci, vu. É David, li psalmistes, qui nus dit ensement : Ne vit aine déguerpi nul qui vit lealment. Ne nului painquerant de sun engendrement, Th. le mart. 77. Quant le rei d'Engleterre en virent si partir. Clerc e lai comencierent l'arcevesque à laidir, E dientqu'il out tort qu'il ne se volt tenir En ço qu'ot graanté, e k'um nel puet gernir [défendre] ; Ne virent unches pais pur si poi déguerpir, tb. to». Si com nos avons dist, la conireie des deserz ce est la degerjne assembleie des malignes espirs, Job, p. 602. Il par nule raison ne welentdewerpirceu [ce] où li primier puyent mettre lor mains, si bern. p. 624. Il xin'8.N«nouspuetdelessiercequi nous fait pesance, Ne nous quiert déguerpir cil qui nous fait grevanoe; Tost oblie pechié qui en fait la penance. Car riens ne grievo tant com maie acoustumauce, j. DK MEcNO, Test. 2046. || IV' S. 11 défendit, sui peine de perdre la vie, que nul ne feust tant hardy de retourner en galée, ne de déguerpir la place, Bouciq. II, ch. 20. || xvi' s. Le preneur ou son héritier qui déguerpit [pour se décharger d'une rente foncière), doit payer les arrérages passés, l'année courante et ua terme de plus, lotsbl, 622.

OÊG

— *TYM. Di.... préfixe, et l'anc. franc, guerpir, abandonner, de l'allemand wérfen, jeter; suéd. verpa; goth. vairpan; wallon, diwerpi; provenç. degMrpir.

DÊGPERPISSEMENT (dé-gh*r-pi-»e-man), t.m.

Il 1° AiMndonnement de la possession d'un immeuble. Il Acte par lequel l'acquéreur à rente foncière renonçait à la propriété pour se décharger du payement de la rente. || 2° Familièrement, action de déguerpir, de se retirer, contraint et forcé.

— niST. XVI' s. Tout deguerpissement se doit faire en justice, loysel, 621.

— RTYM. Déguerpir.

t DÉGUERPisSECR (dé-ghèr-pi-seur), t.m. Terme de pratique. Celui qui fait abandon d'une possession immobilière.

— f.TYM. Déguerpir.

t DÉGnEUI-EMENT (dé-gheu-le-man ) , t. m. Il 1' Terme irès-bas. Action de vomir. || 2° "Terme de charpente. Pour que les arêtiers et leurs contre fiches viennent dans l'arête du poinçon, il /aut une barbe de chaque côlé et autant d'une part que de l'autre, ce qu'on appelle dégueulement, pernot, Dict. du constructeur.

— ETYM. Dégueuler.

BÉGCEULER (dé-gheu-lé). || 1' F. a. Rejeter par la gueule. Le chien a dégueulé sa soupe. || 2° Y. n. Terme très-bas. Vomir, rendre gorge. || Fig. Proférer des paroles violentes ou grossières.

— HIST. XV' s. Nous avons ouy tous vos plaits; Maistre Simon, sus, dcsgueullez, coquillabt, Flaid. de la Simple et de la Rusée.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et gueule.

t DÉGUEULIS (dé-gheu-li), s. m. Terme très-bas. Ce qui a été dégueulé.

— ETYM. Dégueuler.

DÉGUIGNONNÉ, ÉE (dé-ghi-gno-né, née), port. passé. .Me voilà enfin déguignonné.

DÉGOIGNONNER (dé-ghi-gno-né), V. a. Délivrer d'un gnignon qui fait que rien ne réussit, que toutes les chances tournent mal, || Se déguignonner, v. réfl. Cesser d'avoir du guignon. Je change de partner pour me déguignonner.

— Emi. Dé.... préfixe, ei guignon.

t DÉGCISABLE (dé-ghi-za-bl'), adj. Qui peut être déguisé.

— ÉTYM. Déguiser; provenç. deguisahle.

DÉGUISÉ, ÉÈ (dé-ghi-zé, zée), pari. passé.\\ !• Qui

a pris un déguisement. Qui t'aurait reconnu déguisé de la sorteî rac. Plaid. 11, 2. Ne m'aurait-il pas mieux valu passer une longue et délicieuse vie chez le roi Lycomède, déguisé en fille, avec les princesses filles de ce roi? fén. Dial. des morts, Achille, Chiron. || 2* Fig. Des sentiments déguisés. La vérité déguisée par les flatteurs. Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés, corn. Rodog. i, 7. Un abrégé historique de la vie de plusieurs princes, où leurs vices ne sont pas déguisés, dider. Opin. des anc. phil. (Chinois).

DÉGUISEMENT (dé-ghi-ze-man), f. m. || !• Ce qui sert à déguiser une personne. Ce noir déguisement cache au moins quelque chose, haoteboche. Deuil, se. I. Et la fière Fui vie Se couvre , sans rougir, d'un vil déguisement, volt. Catil. n, t. || Etat d'une personne déguisée. Il passa à la faveur de son déguisement. Sous ces déguisements j'ai déjà rétabli Presque en toute sa force un amour afiaibli , corn. Toison, II, 4. Il 2° Fig. Travestissement accidentel de la vérité, de la réalité. La renommée N'a porté jusqu'à nous ces grands renversements Que soua l'obscurité de cent déguisements.... CORN. Rodog. l, t. [| 8° Artifice pour cacher la vérité. Dis, mais en peu de mots, et sûr que les tourments M'auront bientôt vengé de tes déguisements, corn. Théod. iv, 6. Fidèle en ses paroles, incapable de déguisement, sûre à ses amis, boss. Duchesse dOrl. C'est ambition, c'est avarice, c'est envie, c'est animosité, c'est déguisement et supercherie, boureal. Instruct. Prudence du salut, Exhortatiofi. Je dis ce que je pense, et sans déguisement; Je suis, sans réfléoliir, mon premier mouvement, regnard, Distr.iv, 7. Cent vertus que l'erreur couronne Sont de vains noms que l'orgueil donne X ses adroits dégui-sements, lamotte. Odes, t. 1, p. 363, dans pouGENs. Les hommes qui agissent sans déguisement, pén. Tél. ii( Que faistu, lui dit-il, faible et timide amant ? Pourquoi troubler les airs de plaintes éternelles? Est-ce d'aujourd'hui que les belles Ont recours au déguisement? j. B. nouss. Cantate 6. Par là, malgré la fraude et les déguisements, Vos yeux démêleront ses secrets sentiments, volt. Zaïre, iv, 6. || 4* Action de déguiser, par l'art de la cuisine, une viande ou autre aliment. Jamais rien oe fut mieux servi, et, entre

DEG

autres choses, il y eut douze sortes de viandes et de déguisements dont personne n'a jamais oui parler, et dont on ne sait pas encore le nom, voit. l^tl. )0.

— HIST. XIII' s. Si pren.... Autre desguiseûre.... la Rose, H244. || xvi' s. Hz n'usèrent plus de desguisemcnt ny ne controuvercnt plus de desfaittes, pour la révérence de Caton, amtot, Cat. d'Utiq. 80

~ ETYM. Déguiser; provenç. desguisamen.

DÉGUISER (iléghi-zé), ti.o.'ll !• Changer la guise, habiller de manière qu'il soit difficile de reconnaître. Déguiser des enfants. || Changer les traits. La rouge les vieillit et les déguise, la BRrr. m. || 2* Par extension. Déguiser sa voix, la changer pour qu'on ne la reconnaisse pas. || Déguiser sou écriture, ne pas user des mêmes caractères que ceux dont on • coutume d'user. Il en aurait fait, en déguisant son écriture, une douzaine de copies, qu'il aurait adressées aux comédiens, aux mousquetaires, aux auteurs mécontents, mahmontkl, )Iév\. liv. vi. || Déguiserson nom, se cacher sous un pseudonyme. |i Déguiser une viande, déguiser des œufs, les accommoder de manière qu'on ne reconnaisse pas ce que c'est. || 8* Fig. Cacher une chose sous des apparences trompeuses. Les faux honnêtes gens sont ceux qui déduisent leurs défauts aux autres et à eux-mêmes; les vrais honnêtes gens sont ceux qui le» connaissent parfaitement et les confessent, la rocmep. lléflex. mor. 202. Il paraissait avec une gravité sto'i :11e et avec l'air d'un homme de bien, pour mieux déguiser sa perfidie, d'ablanc. Tac. Annal, liv. i, dans richklet. Il fallait, pour y réussir, savoir déguiser ses passions, PLÉCH. Jf. de Mont. Il déguise ou il exagère les fiits, LA BRUT. xiv. Et, sous un front serein déguisant mes alarmes. Il fallait bien souvent me priver de mes larmes, rac. Phid. iv, ». Ne prétendais, tu point par tes fausses couleurs Déguiser un amoui qui te retient ailleurs? id. Baj. v, 4. Quiconque ne sait pas dévorer un afi'ront Ni de fausses couleurs se d^-guiser le front.... id. Eslh. iv, I. Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise, id. Jfi(/ir. m, 4. Seigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur, m. Brit. u, 3. Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leur» injustices, et n'emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées, volt. Dial. xiv. Il Absolument. Dissimuler. Ce n'est plus avec vous qu'il faut que je déguise, corn. Héracl. il, ». Que sens-tu? dis-le-moi; parle sans déguiser, la font. Fabl. vu, 7. Il 4* Présenter une chose autrement qu'elle n'est. Je ne puis déguiser que j'ai peine à vous suivre, corn. Pofycude , 11, S. X ne riendéguiser, Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user, iD. Sertor. iv, 3. Vous déguisez en vain une chose trop claire, m. Bor. i, 3. Les ministres qui leur déguisaient la vérité, BOSS. llist.ui,9. Us suppriment quelques noms pour déguiser l'histoire ou pour détourner les applications, la bruy. v. J'irai, bien plus content et de vous et de moi. Détromper son amour d'une feinte forcée. Que je n'allais lanlôl déguiser ma pensée, rac. Baj. m, *. S'il faut ne te rien déguiser, Mon innocence enfin commence à me peser, id. Androm. m, t. Je déguisai partout ma naissance et mon nom, voit. Œdipe, i\ , 1. H Se dtguiser, déguiser à soi-même, cacher à soi-même quelque chose. Il s'est déguisé ses torts en cette affaire. Je fais cette remarque en réponse & ce qu'a dit Moreau de Mautour, qui, pour soutenir son opinion, se déguise à lui-même les faits, st-foii, Ess. Paris, Œuvres, t. v, p. 239, dans pougens. || 8' Se déguiser, f réil. S'habiller de manière à n'être pas reconnu. Se déguiser en marquis, en nécromancien. Le roi d'Israël se déguisa, avant que de donner la bataille, sact. Bible, Rois, m, 22, »o. || Prendre un faux nom. Le cardinal Bellarmin n'a point fait paraître plus de soumission ou de déférence que les autres pour le décret du concile [de Trente, qui interdisait les pseudonymes], lorsqu'il se déguisa sous le faux nom de Matheus Tortus contre le roi de la Grande-Bretagne, Auteurs déguisés, p. 7i. || 6' Fig. Cacher ce qu'on pense, ce qu'on sent. Ce n'est point avec toi que mon cœur se déguise, »*c. Andr. iv, I. 11 .se déguise en vain, je lis sur son visage Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage, id. Brit. I, t. Qui peut se dégui-ser pourrait trahir sa foi, VOLT. Ali. I, B. C'est trop me déguiser sous l'éclat (|ui t'abuse, dklav. Parto, i, 2. || Se déguiser à soimême, se faire illusion sur ses torts, ses faiblesses. Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu'à la fin nous nous déguisons à nousrmêmes, LAROCHEF. Réfl. 41». On ne peut plus se déguiser à sfii-mêmc, mass. Carême , J. de Pdq. Il 7' Etre dégui-sé. La vérité ne peut se déguiser aisément Mais un feu mal éteint ne peut se déguiser, COBN. Perthar. 11, ».

DEIl

— SYN. DÉGUISER, THATESTiR, MASQUER. Déguiser, c'est changer la guise, la façon, la manière d'être. Travestir, c'est vêtir de travers. Masquer, c'est couvrir le visage d'un masque. De cette façon la nuance de ces trois mots est marquée: se déguiser, c'est plus que se masquer, puisque le masque ne couvre que le visage, tandis que le déguisement couvre le corps entiur. Se travestir, c'est prendre un vêtement qui ne vous convient pas, et dans ce mot il n'entre aucune idée de cacher le corps sous un déguisement ou le Ti.sage sous un masque.

HIST. XII» s. Pur ço cumandad Jerohoam à la

reïne, que ele de sa vesture se deguisast, Itois, Mi . E li reis se desguisad, e od dous cumpaignuns i alad, ib. *i>9. Lors liad li prophètes son chief et desguisad sei de puidre, ib. 32». || xiu's. Ainsinc Fortune se desguise, la Rose, 6157. N'onc si desguisée maison Ne vit, ce croi, onques mes bon, ib. etii. Il s'en feroit boen desguisier. Et vestir robe senz coleur, nuTEB. 11, 76. Li jugement se desguisent en moult de manières de le [la] cort laie à cix de la crestienté, beaum. lxvu, 117, || xiv s. N'est-ce pas chose plus honourable Que tu voies devant ta table Tes chevaliers, tes escuiers Vestis ensamble en ordenance  la bonne guise de France, Que ce qu'il soient en tel guise Que chascun ainsi se desguise? MACHAULT, p. < 20. || XV* 8. Grand plenté de mets et d'enireiuets si estranges et si desguisés qu'on ne les pourroit deviser, proiss. i, i, 3<. Prince qui veult que le bon temps reviengne. Les trois estas en bonnes meurs repringne. Et que nul seul des trois ne se desguise, e. desch. Souffrance du peuple. Il xvi« g. Il n'y a aulcune apparence que par haine , faveur ou vanité, il ayt desguisé les choses, mont. u, H 2. Il se desguisa en habit de femme, et dansa en tel habit, amyot, Flamin. 3S. Ils des^'uisent la cessation ou surseance de l'exécution de leur mauraise voulunté par le sainct nom de justice ou d'amitié, m. Pyrrhus, 23.

— ÉTYM. Di.... préfixe, elguùe; provenç. desguim r.

t DÉGCISEUR (dé-ghi-ieur),*. m. Celui qui déguise.

— HIST. XVI" s. Comme à rencontre non d'ennemis, mai» d'infracteurs, abuseurs, et deguiseurs

de foy, M. du BELLAY, 301.

— KTYM. Dégtiiser.

DÉGUSTATEUR (dé-gu-sta-teur) , ». m. Celui qui déguste les boissons jiour en vérifier la qualité. || Adjectivement. Commissaire dégustateur.

— ÊTVM. Déguster.

DÉGUSTATION (dé-gu-sta-sion), s. f. Action d'apprécier par le sens du goût les qualités sapides d'une substance quelconque. La simple dégustation prouve que les filets d'eau de cette fontaine sont presque tous d'une nature différente, le père fery, Mémoires sur la fontaine d'Amiens, dans richelet.

— ÉTYM. Lat. degustalio, de degustare, déguster. DÉGUSTÉ, ÉE (dé-gu-sté, stée), part, passé. Ces

vins dégustés par un gourmet.

DÉGUSTER (dé-gu-sté) , V. a. Goûter une liqueur pour en apprécier la qualité. || Se déguster, v. réfl. Être dégusté. Le vin se déguste mal avec les fruits.

— ÉTYM. Lat. dcguiUire, de dï.etjiuwre, goûter. t DE HAIT (de-è), ». m. Terme de fauconnerie.

Hajailie des oiseaux de proie.

— HIST. XI* s. Dieiit Franceis: dehet ait qui s'enfuit, Ch. de Hol. Lxxx. ||xui*s. Laidor ait ores mal dehé , Quant si guerroie chasleé [chasteté] , Que deflendre et tenser [proléger] deûst, la Rose, 9031.

— ÊTVM. Dehaii ou dehé signifie malheur, et est formé de la préposi tion de et de l'ancien substantifhatl, plaisir; de l'ancien Scandinave heit, promesse, voeu.

tDEHAITÉ, ÉE (de-è-té, tée), adj. Terme de fauconnerie. Oiseau dehaité, oiseau qui ne vole pas de bon degré.

— HIST. XIII" s. De noient [pour rien] mes [il] ne se dehele, Ainz est moult liez et moult joiant, Ren. 4 6052. Il XV* s. U fut ainçois en Bretagne revenu que le roi ni autres sçussent rien de son département ; mais pensoit chascun qu'il fust dehaité [malade] en son hostel, froiss. i, i, t63. U lui va conter comment sa femme estoit debaitée et merveilleusement malade, louis xi, Nouv. xc.

— KTYM. Dehait.

t DEM A LÉ, ÉK (dé-ha-lé, lée), part, passé. Barque déhalée.

DÉUÂLÊ, ÉE (dé-hà-lé, lée), port, passé. Visage déhâlé

t UÉHALER (dé-ha-lé) ,t). a. Terme de marine. Ha- 1er en dehors, relever, retirer. || Se déhaler, «. réft. Reculer par une manœuvre contraire au halage. 1 1 Fig 3t populairement, sortir d'une mauvaise position.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et haler.

DÉH

DËHXLER (dé-hà-lé, V. o. || 1* ôter l'impression produite par le hâle sur le teint. || Absolument. Cela déhâle. Il i* Se déhSler, i;. 'éfl. Se débarrasser du hâle. Elle garde la chambre pour se déh&ler.

— HiST. XVI* s. Espérant que les ennemy» estant travaillez du long chemin qu'ils avoyent faict, et leur chevaux déballez, les trouvans en cest estât , leur pourroit faire recevoir une honte, M. dubell. 641. Estans desjà ses soldats déballez pour le travail et faute de vivresqu'ils avoyent souffert, ID. 587. Il demeure immobile aussi froid qu'un rocher, Descharné, deshallé, sans puissance ni force, rons, »tt (dans le français du xvi* siècle, déhâler signifie non ôter le hâle, mais accabler, fatiguer par le hftle).

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et hdk. Dans la signification du xvi* siècle, di.... est non pas privatif, mais augmentatif.

DÉHANCHÉ, ÉK (dé-han-ché, chée) , par». po»s^. Il 1° Qui a les hanches rompues ou disloquées. Où diantre as-tu péché Les figures d'un corps à demi déhanché? hauteroche. Bourg, de qualité, iv, 8. H Parexiension, trés-fatigué Il a toujours marché; Il m'a fallu le suivre, et j'en suis déhanché, HAUTEHOCHE, Esprit fol tet, ni, 4. || Terme de vétérinaire. Cheval déhanché, cheval chez lequel la fracture de l'angle externe de l'ilium a produit l'abaissement ou l'effacement de la saillie d'un des angles des hanches ou des deux à la fois. || 2* Famihèrement, peu ferme sur ses hanches.

t DÉHANCHEMENT (dé-hân -che-man) , ». m. Action de se déhancher. Certains déhanchements qui sont plus d'une courtisane que d'une femme du monde.

— ÉTYM, Déhancher.

t DÉHANCHER (SE) (dé-han-ché) . v.réfl. Flg. Affecter une démarche molle et abandonnée. Se déhancher, secouer la tête, baiser le bout de son gant bien tendrement : cela s'appelle faire des mines, baron. Homme à bonnes fortunes, iv, 7.

— HIST. ivi* s. La raison va toujours et torte et boiteuse et deshanchée, mont, n, 322.

— ÉTYM, Dé.... préfixe, et hanche.

t DÉHARDER (dé-har-dé), V. a. Terme de chasse. Lflcher des chiens qui sont liés quatre à quatre, ou six à six. Il Débarrasser les chiens qui se prennent dans leurs couples ou dans la barde. || Se déUarder, V. réft. Des chiens qui se déhardent.

— ÉTYM, Dé.... préfixe, et harde.

DÉHARNACUÊ, ÉE (dé-har-na-ché, chée) , part.

passé. Cheval déharnaché.

DÊHARNACUEMENT (dé-har-na-che-man) ,s.m.

Action de déharnacher.

— ÉTYM. Déharnacher.

DÉHARNACHER (dé-har-na-ché), V. a. || 1* ôter le harnais à un cheval. Au milieu des mots composés comme déharnacber, Vh s'y conserve aspirée, d'oliv. Pros. franc. \\ 2° Fig. et familièrement. Se déharnacher,», réft. Se débarrasser d'un accoutrement qui gêne.

— HIST, xiii* s. Toutes les nés [nefs, navires] issent du port ; Le tref [mit] ont tost desharneskié Et gus dusc' à tores sacié, Fl. et Bl. v. t382.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et harnacher.

DÉHISCENCE (dé-i-ssan-s'), s. f. Terme de botanique. Action par laquelle les parties distinctes d'un organe clos s'ouvrent sans déchirure, le long de la suture d'union. || Rupture déterminée et régulière qui , à une certaine époque, s'opère dans des oi^anes clos pour laisser sortir ce qu'ils contiennent.

— ÉTYM, Déhiscent.

DÉHISCENT, ENTK (dé-i-ssan, ssan-t') , adj. Terme de botanique. Se dit des organes clos qui s'ouvrentd'eux-mêraes. || Terme d'entomologie. Êlytres déhiscents, élytres qui s'écartent un peu l'un de l'autre à l'extrémité.

— ÉTYM, Lat, dehiscere, s'entrouvrir, de de, et hiscere. fréquentatif de hiare (voy, hiatus).

DÉUONTÉ, ÉE (dé-hon-té, tée), adj. Qui est sans honte, sans pudeur. Une femme déhontée. Voyez cet homme déhonté Qui va portant dans tout son voisinage Et son impudent verbiage Et son caractère effronté, delille, Convers. u. || Substantivement. Quelle déhontéel Ces déhontés.

— HIST. XIII* g. Mahomès les maudie et lor crestienté; Car, s'il le pueent faire, tout somes deshonté, Ch. d'Ant. v, 27. {| xvi" s. Aussi, depuis qu'un homme est deshonté, à grande peine se peut-il amender, parce que la honte retire autant de gens du péché que la conscience, marg. Nouv. xli. Ces encheriments deshontez, que la chaleur première nous suggère en ce jeu, mont, i, 226. 11 estoit si deshonté qu'il ne luy chaloitd'estre vitupéré, amyot. Air.. 20,

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