GLU
Le provençal suit la même déclinaison. C'est de glot au nominatif que dérive glout, employé pour glotiton dans les âges postérieurs, et même par la Fontaine. Dans l'ancienne langue, glox, gloton avait un sens plus étendu, et était un terme d'injure signifiant méchant.
GLOUTONNEMENT (glou-to-ne-man), adv. D'une manière gloutonne. Que mainte assiette et mainte écuelle, Faute de meilleur aliment, Seront par lui gloutonnement Et par ses soldats dévorées, scabron, Virg. m. Les loups mangent gloutonnement, LA FONT. Fabl. m, 9.
— HIST. XV' s. C'estoit grand pitié de la maladie du roi [Charles VI] ; et, quant il mangeoit, c'estoit bien gloutonement et louvissement, juv. des ursms, )40B. Il xvi* s. Manger trop gloutement les viandes, paré, vi, 6.
— ÊTYM. Gloutonne, et le suffixe ment; portug. glotonamente. 11 y avait aussi gloutement, de gloule, et le suffixe ment.
GLOUTONNERIE (glou-to-ne-rie) , s. f. Vice du glouton. Il faut remonter jusqu'au vieux Porphyre et aux compatissants pythagoriciens pour trouver quelqu'un qui nous fasse honte de notre sanglante gloutonnerie [habitude de manger des animaux], VOLT. Princ. d'action, )B.
— HIST. XIII* s. Cil qui sunt norri en outrage et en gloutonnerie. Psautier, f" 70.
— ÉTYM. Glouton, par l'intermédiaire d'un substantif fictif fftoutonnier. X part l'exemple cité d'un texte du sui* siècle, gloutonnerie ne se trouve nulle part; c'est toujours gUmtonie, bien plus régulier, depuis le xiii* siècle jusqu'-u xvi"; et il demeure usité dans le xvii', où Rie! ""i dit qu'on s'en sert plus que de gloutonnerie. Aujourd'hui il a disparu.
+ GLOUZE (glou-z'), s. f Nom, sur quelques côtes, d'un endroit où le sable du rivage s'imbibe d'eau et s'affaisse.
GLU (glu), s. f. Il 1° Matière visqueuse et tenace dont on se sert pour prendre les oiseaux et qui est fournie par la seconde écorce du houx et par le gui. Cela tient comme de la glu. |{ Fig. Le plaisir est une glu qui colle et attache l'âme à son objet, Nicole, dans BicHELET. Le style de la Calprenède est maudit en mille endroits.... je trouve qu'il est détestable, et je ne laisse pas de m'y prendre comme à de la glu ; la beauté des sentiments, la violence des passions.... SÉV. 67. Non, pour les cours Dieu ne m'a pas pas fait naître ; Oiseau craintif, je fuis la glu des rois, BÉRANG. À mes amis. X lui |Béranger] plus d'un cœur vint se rendre, Mais les oiseaux en feront foi. J'ai [la muse] fourni la glu pour les prendre, id. Épitaphe. \\ i" Espèce de colle forte employée dans la marine.
— HIST. xii» s. Cum se il fust aers [attaché] à un petit de gluz. Th. lemart. 446. Qui nos desseverrat de la chariteit de Crist? cist est li gluz par cuy toz li corz de sainte Eglise creist ajunz et enlaciez ensemble, ST BERN. 562. || xiii* s. Mors à la roi [rets] et à la glui A tant pris de gens qu'aujourd'hui N'y a remès [resté] fors que menuis, la ttort, dans ju- BINAL, n, 273. Femme prent le musart à la glu et à l'haim [hameçon], Chattie-musart. Jehan le Ernim, qui estoit artillier le roy, ala lors à Damas pour acheter cornes et glus pour faire arbalestres, JOINV. 258. N'i ot codre [coudrier] ne chastainier, U il ne mettent laz u glu. Tant que pris l'unt [l'oiseau] e retenu, marie, Laustic. || xiv s. La glu doit estre de joennes houx; la plus verde est la meilleure, Modus, f° cxxxiii. || xvi' s. Le guy de chesne, dont on fait la glus pour prendre les oiseaux, AMYOT, Cor. 4. Un merle qu' à la glu en nos forests je pris, bons. 720.
— ÉTYM. Berry, llu; génev. le glu; provenç. glut; esp. gluten; ital. glutine; du lat. ghiten.
GLUANT, ANTÉ (glu-an, an-t'), adj. Qui est visqueux comme la glu. Le tamanoir ne se nourrit que par le moyen de sa langue, laquelle est enduite d'une humeur visqueuse et gluante avec laquelle il prend des insectes, bufp. Quadrup. t. ix, p. (4). Il Fig. La pauvreté est si gluante qu'on ne s'en saurait dépêtrer, d'ablancourt, Lucien, t. i, dans riciiELET. Il Avoir les mains gluantes, avoir les mains salies de quelque chose de gluant. || Fig. Avoir les mains gluantes, retenir plus qu'on ne doit de l'argent qui passe par les mains.
— HIST. xiii' s. La boe de celui lac [la mer Morte] est si tenans et si gluans que, se uns hom en preist une fiole, ele ne se despeceroit jamais, brun, latini. Trésor, ç. 155. || xvi" s. Adventuriers qui gluyantes les mains Ont comme colle. J. marot, v, 146. Mon amy, elle est de Paris, Ne t'y fie, car c'est un lieu Le plus gluant, id. i, 20S,