FROISS. 1, I
— ÊTVM. Provenç. guaxardon, guixardon, guixerdon, guierdon; anc. cat. gaxardon, ijaiiardon; esp. galurdon; port, qalardào; ital. guiderdone; du bas-latin widerdonum (sous Charles le Chauve). Suivant Diez, le mot germanique d'où guerredon dérive est l'ancien haut-allemand widarlin, de widar, en retour, contre, et lôn, récompense, avec cette remarque que le latin donum, don, a infiué sur la forme du mot. Il paraît en effet très-probable que c'est donum qui a donné le d dans toutes les langues romanes, tandis que lôn donnait ia déclinaison; il y aurait eu guiderdono en italien si donum eût été seul.
GCF.RDONNÉ, ÉK {ghèr-do-né, née), port, passé de guerdonner.
GL'KRDONNER (ghèr-do-né), «. o. Terme vieilli. Récompenser.
— HIST. xii* s. Moult chèrement [la trahison] sera gueredonée, ilonc. p. 49. Bien m'a amor» guerredonné Ce que je l'ai à mon pooir Servie sans desloiauté, Couci, m. || xvi' s. Vostre âge est tant de grâces guerdonné. Qu'à tous les coups un printemps estimable Pour vostre hiver seroit abandonné, MAROT, III, 429.
— ÉTYM. Cufrdon; provenç. guaiardonar , ffutardonar; anc. cat. gaiardonar, guiierdonar; esp. gaiardonar; pon. galardoar; ital. guiderdonare.
GUÈRE ou GUÈRES (ghê-r'. On n'écrit guères qu'en vers, suivant le besoin de la rime ou de la mesure). Il !• Adv. signifiant beaucoup, mais qui n'est de nos jours employé qu'avec la négation; combinaison qui a le sens de peu. Je ne puis m'empêchcr de vous dire que cette générosité vous a pensé coûter bien cher, et qu'il ne s'en est guère fallu que ces pierres n'aient été des pierres de scandale pour vous, VOIT. Lett. 23. Une douleur si sage et si respectueuse, Ou n'est guère sensible ou guère impétueuse, corn. Rodog. n, 4. On ne trouve guère d'ingrats tant qu'on est en état de faire du bien, LA R0CHEK. Uax. 313. Je reviendrai dans peu conter de point en point Mes aventures à mon frère; Je le désennuierai; quiconque ne voit guère N'a guère à
cuft
dire aussi.... Li font. FaU. ix, i. Guère ne mit i déclarer sa flamme, iD. Cuc. Malgré tous ces avantage», l'Italie ne demeura guère aux empereurs, Boss. Hist. i, 14. Il La négation peut être dans la membre de phrase principal, et guère dans le membre relatif. Ne donnons, s'il se peut, à l'une [1 1 représentation] que les heures que l'autre remplit ; je ne crois pa< que Rodogune en demande guère davantage, corn. 3' dise. || Guère se construit avec mil, qui alors a son sens propre de quelque chose. On ne sait guère rien de l'ensemble en toutes choses qu'à l'aide des détails, STAtL, AUem, m, 4u. Il 2° Ne... guère...., presque point. Cest un don que le ciel ne nous refuse guère, bac. Théb. V, 4. On remarque toujours qu'il n'y a guère de grand homme qui n'ait aimé les lettres, volt. Mirurs, 4 19. Il Ne.... guère.... que...., à peu près seulement. Il n'y a guère que vous qui ayez lu ce livre. L'émulation et la jalousie ne se rencontrent guère que dans le» personnes du même art, de m'^me talent et de même condition, la brut. xi. il 8" Guère précédé de la préposition à. Vous savez que .Mademoiselle a ch.xssé Ouilloire; le pauvre Segrais ne tient à guère, sév. UtI. lu mara l«7l. Il 4" Guère précédé de la préposition de. Vous voyez qu'il no s'en faut de guère que je ne réclame, BALZ. Iiï. V, lett. 2. L'un fait beaucoup de bruit qui ne lui sert de guères; L'autre en toute douceur laisse aller les affaires, mol. Ec. dfs f. i, 1 . Il B" Guère suivi de la préposition de. Il n'a guère d'argent. Il [un certain principe) ne servira plus i guère de gens, pasc. l'rov. 4. || 8* Dans le langage très-familier, on sous-entend dans quelques cas U négation; ce qui donne k guère le sens de peu. Je vais vous verser du vin. — Guère, je vous prie. C'est-à-dire n'en versez guère. De la sorte le sens de peu dans guère n'est qu'apparent. D'ailleurs, cette locution, très-familiére et très-elliptique , ne pourrait pas être écrite. || On dit de même elliptiquement et familièrement : La ville avait une demilicuo de tour, ou guère moins. Dans le style écrit on devrait dire : peu moins.
— HEM. I. La rf-gle donnée au mot beaccoup (il s'en faut beaucoup, il s'en faut de beaficoup). Laveaux conseille de l'étendre à guère, et de dire : Il ne s'en faut guère qu'il ne soit aussi avancé que son frère; mais : /( ne s'en faxU de guère que ce vase ne soit plein. \\ 2. Tandis que beaucoup s'emploie avec pas (je n'ai pas beaucoup d'argent), guère ne comporte pas cette particule; et l'on ne dit pas : Je n'ai pas guère d'argent; mais : Je n'ai guère d'argent. Cependant guère se construit avec plus : Seigneur, tant de grandeur ne nous touche plus guère, rac. Andr. i, 4. || 3. Dans les temps composés, guère se met toujours entre l'auxiliaire et le participe : Il n'a guère mangé ; il n'aura guère dormi. Dans les temps simples, il se met après le verbe: Il ne mangea guère; il ne dormira guère. (| 4. Les adverbes de comparaison se mettent toujours après guère : guère plus, guère moins. On ne lit guère plus Rampale et Mcnardière, Oue Magnon, du Souhait, Corbin et la Morlière, boil. Art p. IV. Il 6. L'Académie, qui explique guère par peu, se trompe; et, comme on voit, son explication ne convient nulle part, ni dans le langage présent, ni dans le langage passé.
— HIST. XI' s. Li quens Rolanr ne li est guaires loin, Ch. de R. Cxl. Et or [je) sai bien , n'avons guairesàvivre, tft. cxli || xii's. Si metomes un terme prochain, ne demort gaire. Puis soromes ensemble pour faire au roi contraire, Sax. xxxi. Si metomes un jour prochain , jusqu'à ne gaire , ib. xxii. Il xiii* s. [Ours] Oui mangée l'auront ains que soit guère tart, tierle, xxu. Il n'i a si fol ne si sage. S'il a guère esté en ménage. Qu'il ne le doute, Choses qui faillenl en ménage. || xiV s. S'il eust guerres vesqu, il eust conquis toute Italie, Chr. de St Denis,
t. II, f" 4 45, dans LACURNE. Il XV' s Et que, si je
dcmeurois au pays gueres de temps, le roi, par mauvaise et fausse information, me feroit mourir, Fiioiss. I, I, 7. Nous voyons nostre prince qui depuis quatre ans n'a cessé de voyager sans gueres de repos, al. chart. Quadrilogue invectif. Il n'y avoit gueres que le roy avoit rachapté les ville».... COMM. I, 4. Il XVI' s. Tout cela ne nous profite d» gueres, jusques à ce que Dieu nous ait ouvert le» yeux pour voir, calv. /n»(t(. 4 09. La fny et la vocation n'est gueres, sinon que la persévérance soit conjointe, id. i6. 777. Il est malaysé que l'art [sans la nature] aille gueres avant, mont, i, 77. Ur art qui ne peult venir à la cognoissance de gueres de genU, va. i, 286. Si sui»-je trompé , si gueres d'aultres donnenL... m. i, IM. Et me
GUÉ
GUÉ
GUÉ
deplaist d'en dire gueres oultrc ce que j'en crois, MONT. 1 , 29». Oui y regarde privéement ne se trouve guère deux fois en mesme estât, id. h, «. le nn suis pas homme qui me laisse gueres garrotter le jugement par préoccupation, id. m, i. Ceulx qui naissent roys ne sont pas communément gueres meilleurs, id. iv, 367. Seigneur d'une ville non gueres grande, amyot, Solon, 65. Ces tables ne sont pas gueres certaines, id. Thém. 48. Il entortilla autour de son col ce qu'il avoit d'habillements, qui n'estoient pas beaucoup ny de guère» pesans, m. Cam. 44. Les plus grosses grenades qui se soient gueres veues furent employées à cet assaut, d'aub. Hist. m, 259. Us jugèrent bien qu'en peu de temps le secours de la mer ne leur serviroit de gueres, castelnau, )57. Je sçay qu'un prescheur du roy prescha publiquement, après le combat de Antraguet et Quielus, que ceux qui estoient morts là estoient damnez , et les vivans pas guicres mieux s'ils ne s'amendaient, bhant. Sur les duels, p. i9i.
— Etym. Picard, ouère, wère; wallon, wair ; provenç. gaire, guaire ; ital. gari. On l'a tiré de l'allemand gar, anciennement garo, qui signifi? tout à fiit. Diez, au contraire, remaniuant que les formes guaire, guari, ouère répondent à un doubh w allemand, propose l'ancien haut-allemand wdri, qui signifie vrai; guère voudrait dire vraiment, et de vraiment à beaucoup il n'y a pas loin. Cette étymologie, bonne pour la forme, ne l'est pas autant pour le sens. Aussi Diez lui-même est venu à en douter, remarquant qu'il serait singulier que wdri, employé pour beaucoup dans les langues romanes, n'eût jamais eu cet emploi dans les langues germaniques. Son érudition lui a fourni une autre étymologie, ce semble, meilleure. Le moyen hautallemand a unweiger, qui signifie pas beaucoup et qui suppose un simple weiger, beaucoup; ce simple se trouve dans l'ancien haut-allemand ne weigaro, non beaucoup. Ici tout concorde, le sens et la forme ; et, comme Diez le remarque, cette étymologie trouve un grand appui dans l'ancienne forme provençale jaigre, beaucoup, Poème sur Boèce, v. <3.
GUÊRET (ghé-rè ; le ( ne se lie pas dans le langage ordinaire; au pluriel, l's se lie : des ghé-rè-z étendus; guérets rime avec traits, succès, paix, etc.), *. m. Il 1° Terre labourée et non ensemencée. Le asement des bâtiments [de Port-Royal], le violement des sépulcres, la profanation de ce lieu saint réduit en guéret, excitèrent l'indignation publique, st-sim. 4)5, 221. J'aime un gros bœuf dont le pas lent et lourd, En sillonnant un arpent dans un jOj^r, Forme un guéret où mes épis vont naître, VuLT. Pauvre Diable. Il y a des gens dont la récolte ne craint ni temps ni grêle, et ce ne sont pas ceux qui, versant , labourant, font le meilleur guéret, mais qui, ayant une place, ne font rien ou font la cour, p. L. couH. Galette du village. || Lever ou relever les guérets, labourer une terre qu'on a laissée se reposer pendant un an. || 2° En langage agricole, ancien guéret, la partie non labourée d'un champ qu'on est en train de labourer. Ainsi, la charrue versant à droite, le laboureur a l'ancien guéret à sa gauche, la gauche est le côté de l'ancien guéret. Il 3° Poétiquement. Toutes terres labourables. La victoire balança; Plus d'un guéret s'engraissa Du sang de plus d'une bande, la font. Fabl. IV, 6. Cérès s'enfuit éplorée De voir en proie à Borée Ses guérets d'épis chargés, boil. Odes, i.
— HIST. XI" s. Mort [ils] le trestournent très en mi un guaret, Ch. de Itol. cvi. || xii" s. Andui s'abatent très enmi le garais, Raoul de C. lOi . || xm- s. Fuiant s'en va tôt un garet, Que grant peor ot des gaingnons [chiensj . Ren. 2992. || xvi* s. En temps sec on l'arrouse aiant i'eau commode, et chacune année on le serfsue, pour tenir la terre en guéret,