‹ Dictionnaire de la langue françaiseChapitre 330 sur 388 · HABILITÉ, ÉE (a-bi-li-lé, tée), part, passé de habiliter · texte numérisé non relu

HABILITÉ, ÉE (a-bi-li-lé, tée), part, passé de habiliter

HABILITER (a-bi-li-té), V. a. Terme de jurisprudence. Rendre quelqu'un habile à faire quelque

chose, lever les obstacles qui l'en empêchaient. Habihter un mineur à contracter.

— HIST. xiv* s. Nous loons tels pour les faiz et pour les œuvres à quoi ces choses les habiletent, oresme, Eth. 27. Il xv s. En toutes vertus se vouloir habiliter et conjoindre, Bouciq. I, 7. Les gens frequentans les armes et qui se habilitent à icelles, DU CANGE, habilitare.

— ËTYM. Provenç. habilitar, abilitar; espagn. habilitar ; ital. abilitare; du latin habilitare, de habilis, habile.

t HABILLABLE (a-bi-Ua-bl' , Jt mouillées) , adj. Qui peut être, qui doit être habillé.

— ÉTYM. Habiller.

HABILLAGE (a-bi-Ua-j', U mouillées, et non abi-ya-j'),ï. m. || 1° Terme de cuisine. Préparation des pièces qu'on met à la broche. L'habillage d'une perdrix. {| 2° Terme de boucherie. Opération qui consiste à écorcher, vider, et mettre en état pour la cuisine les bêtes tuées. Habillage d'un veau, d'un mouton. Un garçon boucher ne pouvait être reçu maître, qu'il n'eût travaillé un certain temps fixé à l'habillage ou à la vente des chairs. || a'Terme de pêche. Action d'arracher les ouïes au poisson qui doit être salé. || 4° Action d'accoupler les coupons d'un train de bois. || 5» Action de passer le chanvre par le séran. || 6» Action de couper un arbre à une certaine hauteur et d'en rafraîchir les racines avant de le planter. || 7° Action de disposer certaines marchandises de manière à les faire valoir aux yeux des acheteurs. || 8° Préparation qu'une peau subit avant d'être employée. 119° Action d'enluminer les figures des cartes à jouer. || 10° Action d'ajouter une oreille, un manche, un pied, etc. à une pièce de poterie. Il 11' Action de disposer convenablement les diverses pièces du mécanisme d'une montre.

— HIST. XVI' s. Habillage de poulailles, cotgrave.

— ÉTYM. Habiller.

HABILLANT, ANTE (a-bl-Uan, !lan-t', U mouillées), adj. Qui sied, qui va bien. Etoffe habillante.

HABILLÉ, ÉE (a-bi-Ué, liée. Il mouillées), part. passé d'habiller. || 1° Qui est couvert d'un vêtement. Une demoiselle habillée moitié ville, moitié campagne, SCARR. Rom. com. 1, 1. Hé! laissez-moi faire; nous ne som mes pas si sots que nous sommes mal habillés; il me croit plus niais que je ne suis, hauteroche, Crtsptnm(?decin,i, 9. Il Fig la plupart des

gens sont habillés en sots, Régnier, Sat. iv. || Substantivement. Cette épée sanglante avec laquelle on vous a saisi, dit l'habillé de noir, est un article fâcheux, MARIVAUX, Pays. parv. 3* part. || Fig. et populairement. Un habillé de soie, un porc. Il 2° Familièrement. Un habit habillé, un habit de

cérémonie, de grande toilette il [Millin] arrive

n'ayant que trois habits habillés.... M. Millin projette d'aller jusqu'en Calabre, pays où l'on n'a jamais vu d'habits habillés ; à peine y habiUe-t-on les hommes, P. L. COUR. Lett. II, 67. De fort honnêtes gens ont cru honorer Hérodote, en nous le présentant sous les livrées de la cour, en habit habillé, id. Trad. d'Hérod. Préface. \\ 3° Cartes habillées, celles dont les traits sont couverts par des enluminures. Il 4° Terme de blason. Se dit des figures humaines couvertes de leurs habits. |i Se dit aussi d'un navire qui a ses voiles et ses agrès.

HABILLEMEIST (a-bi-Ue-man, U mouillées, et non a-bi-ye-man), s. m. || 1° Tout ce qui sert à couvrir le corps, sauf la chaussure. Lélie : Pourquoi ces armes-là? — Sganarelle : C'est un habillement Que j'ai prispourla pluie, mol. Sgan. 21. Revêtons-nous d'habillements Conformes à l'horrible fête Que l'impie Aman nous apprête, rac. Eslh. i, B. L'habillement des Orientaux, des Asiatiques, des Grecs, des Romains, développe le talent du peintre habile, et augmente celui du peintre médiocre, dider. Salon de 1767, ÛEuB. t. XIV, p. 382, dans pougens. Cette révolution se fait remarquer jusque dans l'habillement des femmes ; je ne puis m'accoutumer à les voir aux spectacles, aux promenades sans collier, sans poudre, avec des robes à la fois si négligées et si recherchées, genlis, Adèle et Théod. t. u, p. <«9, dans pougens. Il 2"" Habillement de tête, s'est dit pour casque, armure. 11 fit signe avec les doigts que l'on coupât son habillement de tête [un chapeau où sa tête s'était enfoncée] avecdes ciseaux, scarr. Rom. com. I, (0 II 3° Action d'habiller, de pourvoir d'habits. L'habillement des troupes. L'habillement des élèves d'un collège. || Officier, capitaine d'habillement, l'officier qui, dans un régiment, veille à l'habillement des hommes.

— Hi.ST. xiv s. Une grange et pressouer avec toutes les cuves et cuvierset autres abillemens [outils] apparteuans audit pressouer, du camoe, abil-

hamentum. || xv* s. Pour le plus contraindre à dire et confesser à leur bon plaisir, luy firent monstror les habillemens de gehaine et assembler trois sergens pour le questionner. Preuves sur le meurtr» du duc de Bourg, p. 27«, dans lacurne. Le roy à tout son habillement de nuict sur sa teste vint à la grand fenestre, et la royne aux treillis. Petit Jehan deSaintré, p. 534, dans lacurne Ilsneles nourrissent [leurs enfants] seuUemcnt que à faire les sotz en habillemens et en parolles, comh. 1, lo.

— tT\tl. Habiller; provenç /lofcifhamcnt; espag. habillamiento. Habillement, dans l'ancien français, signifie tout ce qui rend dispos, utile à un emploi, et, par consé |uent, outil.

HABILLER (a-bi-llé, Il mouillées, et non a-biyé), V. a. \\l° Rendre propre à, disposer (sens primitif, conservé seulement dans certains métiers). Il Terme de cuisine. Dépouiller, vider du gibier, du poisson pour l'accommoder. Habiller un lapin, de la volaille. Habillez-moi ces poissons, et, pour ce grand brochet, laissez-le un peu jouer dans l'eau, Port-Royal, Térence, Adelphes, 111, 4, dans bichelet. Il Terme de boucherie. Faire l'habillage d'une bête tuée. Il Terme de pêche. Fendre la morue que l'on veut saler et en éter l'arête. || Terme de jardinage. Habiller un arbre, en écourter les branches.en visiter les racines avant de le planter, les rafraîchir en les taillant et retrancher les racines endommagées. Il Enluminer les cartes à jouer. || Préparer une peau de manière qu'elle puisse être employée. Il Préparer un cuir pour le mettre au tan. || Monter et terminer une carde. || Passer le lin et le chanvre par le séran ou peigne. || Ajouter une anse, un pied, une oreille au corps d'une pièce de poterie. Il 2° En un sens particulier. Mettre sur quelqu'un les diverses pièces d'étoffe dont on couvre le corps. Habiller un enfant. Un valet de chambre cjui habille son maître. On voit assez à l'air dont il est habillé, Que c'est l'original dont on nous a parlé, reonard, Démocrite, iv, 5. || 11 n'est pas achevé d'habiller, signifie également, on n'a pas achevé de l'habiller, ou il n'a pas achevé de s'habiller. || 8° Donner, fournir des habits à quelqu'un. Tous les ans il habille une famille pauvre. Il [un prince qui fait la guerre] trouve incontinent un grand nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre, il les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, et marche à la gloire, VOLT. Dict. phil. Guerre. || Fig. Jé^us, mon Sauveur, qui dites que l'on vous habille, quand on couvre la nudité de vos pauvres, boss. Panég. St Franc. d'Ass. I. Il 4° Faire des habits à quelqu'un. C'est depuis vingt ans le même tailleur qui m'habille. Un philosophe se laisse habiller par son tailleur, et il y a autant de ridicule à fuir la mode qu'à l'affecter, la bruy. xiii. Il Absolument. Ce tailleur habille très-bien. || Fig. Habiller quelqu'un de toutes pièces, en dire beaucoup de mal. || On dit dans le même sens, simplement, habiller. Voilà comme ils vous habillent, d'alemrert, Lett. à Voltaire, 2.'! janv. <757.||5° Faire prendre tel ou tel costume. U y en a eu [des empereurs] qui ont habillé des Romains en Penses, afin de montrer des captifs dis provinces qu'ils n'avaient pas conquises, BALZ. le Prince, 5. || Fig. Habiller une pensée en vers, la mettre en vers. L'un en style pompeux habillant une églogue,BOiL. Disc, aurai. Souvent j'habille en vers une maligne prose, id. Sat. vu. Le temps n'est plus, mes vers, où ma muse en sa force. Du Parnasse français formant les nourrissons, De si riches couleurs habillait ses leçons, ip. £p(t. x. Il Fig. Donner à un personnage un caractère qui lui est étranger. En vain certains rêveurs nous l'Habillent en reine [la raison], Veulent sur tous nos sens la rendre souveraine, boil. Sat. iv. |] En mauvaise part, habiller à la française les héros de l'antiquité. Il On dit dans un sensanalogue: Ce traducteur aliabillé Démosthène à la française. || 6" 11 se dit do l'effet que font les habits qu'on porte. Ce costume vous habille très-bien. || Absolument. Cette étoffe habille bien, elle est souple, maniable, s'adapte aux formes du corps. Il 7° Par extension, couvrir, envelopper. Habiller de ronces le tronc d'un arbre pour le préserver de la dent des animaux. Il est fâcheux, grand roi, de se voir sans lecteur, Et d'aller du récit de ta gloire immortelle Habiller chez Francœur le sucre et la cannelle, boil. Ëptt. i. Fjchyle dans le chœur jeta les personnages. D'un masque plus honnête habilla les visages, id. Art p. m. \\ Fig. Habiller un conte, le raconter de manière que ce qu'il peut renfermer de graveleux ou de trop libre soit caché. Il 8° Terme d'arts. Draper les figures. Ce peintre, ce sculpteur ne sait pas habiller ses figures. Il 9° S'habiller, v. rifl. Uettre des habits. Je m'b%-

HAB

bille et je pars. Il s'habille en berger, endosse un hoqueton, Fait sa houlotte d'un biton, la font. Fabl. III, 3. ||,So pourvoir d'habit.s. Il s'h.ibillo chez les premiers faiseurs. || Il se dit de la manière de s'habiller. Il s'habille très-bien. Il s'habille à l'antique. Cette femme ne sait pas s'habiller. || Absolument, s'habiller, se mettre en toilette. Je vais dîner volontiers chez eux, parce que je n'ai pas besoin de m'habiller. || Fig. Se couvrir. Quant Saintr-Marc s'habilla des enseignes de Thrace, Régnier, Sat. z. Le monde aujourd'hui n'est plein.... que de ces imposteurs qui.... s'habillent insolemment du premier nom illustre (|u'ils s'avisent de prendre, mol. l'Av. v, B. || 10° S. m. L'action d'habiller. Tant à son habiller qu'à sa promenade j'observai soigneusement son maintien [du roi], 8T-SIH. 268, <28. Si on lui faisait attendre au roi quelque chose à son babiller, c'était toujours avec patience, id. 4<o, 444.

— HlST. XV" s. Et aprîjs s'assemblèrent la plus grand partie des plus nobles et mieux habillés [armés], M0N8TREL. II, 96. I^e fo; entra le lendemain en la cité de Florence ; et lui avoit ledit Pierre fait habiller [tendre] sa maison, comm. vu, t. Vindreut aucuns messagers qui avoient ainsi veu habiller CCS cbanoynes [il est dit plus haut qu'on en tua cinq ou six et mit un autre en pièces], id. ii, 7. Lors fit ainsi habiller les perdrix, et, quand elles furent prestes et rosties.... le vin apporté, œufs en diverses façons habillés et mis à point, Loms xi, Nouv. xcix. La suppliante se print à habiller le disner d'elle et des gens de son hostel, ou cange, habilitare. Comme le suppliant est prest et habillé de faire plaisir et service à autruy, m. ib. Il fut habillé et pensé [pansé] ainsi qu'on le peut faire, saligny, Hist. de Charles VIll , p. 24, dans lacubne. Lors n'eut povoir d'aller plus avant, comme celluy qui tellement estoit habillé [maltraité] que il avoit perdu le povoir du corps, Lancelot du lac, t. iii.f'' H2, dansLACtiRNE. Si trouva son cheval tout sellé que Brisanne luy avoit faict habiller, ib. t. ii, f" 86. Incontinent fit mondit seigneur habiller un bateau, qu'il fit bien équiper de mariniers, Hist. d'Àrtus III, connest. de France, p. 776, dans lacurne. ||xvi* s. Le mestier d'habiller à soupper et de faire la cuisine, ahyot, Lyc. et Numa comp. 4. Ne saichants par quel bout y commencer, ils habillèrent bien fort à rire aux viels guerriers, cabloix, ii, (8. Le chirurgien, chacune fois qu'il habillera le patient, comprimera la dure mère avec un tel instrument, paré, viii, 46.

— ÈTYM. Bourg, habillé , de habile dans le sens de commode, qui est à point, qui va. Habiller est proprement rendre dispos, mettre à point, d'où vêtir.

+ HABILLEUR (a-bi-lleur, {( mouillées), s. m. Il 1° Celui qui habille. || , S', f. Habilleuse, se dit, dans les théâtres, des femmes qui sont chargées d'habiller les actrices subalternes et les figurantes. Il 2° Terme de pèche. Se dit de celui qui habille la morue. Le décoUeur, après avoir coupé la tête à la morue, lui vide le corps, et la livre à l'habilleur, qui la tranche et la met dans le sel où elle reste huit ou dix jours, raynal, Hist. phil. xvii, 43. Il 3" Ouvrier qui habille les peaux.

— HIST. xvi" s. Une bonne commère, tirant un peu sur l'âge, estant tombée, s'estoit escroupionnée, et estant habillée [pansée], elle avoit dit à son habilleur [chirurgien] le quel avoit remédié à la dislocation.... BoucHET, Serves, p. 4 1 4, liv. i, dans lacurne.

— ÉTYM. Habiller.

t HABILLOT (a-bi-llo. Il mouillées), s. m. Morceau de bois qui accouple les coupons, dans les trains de bois flotté.

— ETYM. Habiller, dans le sens de disposer. tHABILLURE (a-bi-llu-r',Ji mouillées), *. ^. Point

de jonction d'un tieillage.

— ETYM. Habiller.

HABIT (a-bi ; le f ne se lie pas dans le parler ordinaire; au pluriel, Vs se lie : des a-bi-z étroits),

I. m. Il 1" Ce qui se met par-dessus la chemise et le gilet pour couvrir le corps, chez l'homme, et, chez la femme, ce qui se met par-dessus le jupon. Un habit bourgeois, ecclésiastique, militaire. Ma foi, les beaux habits servent bien à la mine, Régnier, Macette. Sous l'habit de Diriyme elle-même est sortie, CORN. Théod. IV, b. Une femme ne prendra point un habit d'homme, et un homme ne prendra point un habit de femme, saci, Bible, Deutéron. XXII, B. Quoique son habit [de Psyché] fût de deuil, c'était aussi un habit de noces, chargé de diamants en beaucoup d'endroits, et qui avait consumé deux année* du revenu de son père, la pont. Psyché,

II, p. 4 41. Le deuil n'est bien souvent que changement d'habits, m. Coupe. Je tâte votre habit [l'habit

HAB

d'Elmire] , l'étoffe en est moelleuse, mol. Tart. m,t. L'habit qu'il eut sur lui fut son seul héritage, boil. Sat. 1. Quelles trace» de sang vois-je sur vos babits? RAC. Théb. I, 3, Et lui-même marchant en habits magnifiques, lo. Eslh. Ii, &. Je l'ai vu : son même air, son même habit de lin. Sa démarche, ses yeux, et tous ses traiLs enfin, lo. Àthal. ii, 6. Laissez là cet habit, quittez ce vil métier, lo. ib. u, 7. Vous savez que l'habit ne fait pas la science, re- GNARD, Folies am. i, 6. Chez de certaines gens, un habit neuf, c'est presque un beau visage , marivaux, Marianne, 1" part. L'ur ut lus diamants brillent sur ses habits, vot-T. Scythes, l, 4 . Les autres sont armés sous un habit de paix, id. Irène, u, <. Klle avait un habit de cheval qui dessinait à ravir l'élégance de sa taille, stael, Corinne, xvii, 6. L'hiver moscovite les attaque de toutes parts : il pénètre au travers de leurs légers vêtements et de leur chaussure déchirée ; leurs habits mouillés se gèlent sur eux; cette enveloppe de glace saisit leurs corps et roidit tous leurs membres, sEoun, Hist. de Nap. ix, 4 4. || Habits de chœur, babils que les chanoines, les ecclésiastiques et les religieux portent durant l'assistance aux offices de l'église. Il Terme de religieuses bénédictines. Habit de chœur, grande robe noire plissce, avec des Laanches longues, qu'on porte aux cérémonies. || Mettre habit bas, quitter son habit pour se livrer à quelque travail manuel. [[ Fig. Mettre habit bas pour jamais, mourir. Je dois bientôt, il me semble. Mettre pour jamais habit bas; Attends un peu, nous finirons ensemble. Mon vieil ami, ne nous séparons pas, béhang. Jfon habit. || Vieux habits, vieux galons! cri des fripiers ambulants qui demandent à acheter de vieilles défroques. Gens vêtus d'or et d'écarlate, Pendant un mois chacun vous flatte ; Puis à vos portes nous allons : Vieux habits, vieux galons, bérang. Vieux habits. \\ Un habit qui montre la corde, un habit tout à fait usé. Cet habit fait bien dire aux gausseurs qu'il fait peur aux larrons, en leur montrant la corde, cyrano de berg. le Pédant joué, m, 2. Il Grand habit, s'est dit pour habit de cérémonie. Sans prendre le temps d'aller à la maison qu'elle occupait à Paris, pour y quitter son grand habit et son éclatante pai-ure, genlis, Mlle de la Fayette, p. 21, dans pougens. || 2» Particulièrement. Partie de l'habillement de l'homme ouverte par devant, et à basques plus ou moins larges. C'est un chef-d'œuvre que d'avoir inventé un habit sérieux qui ne fût pas noir, mol. Bourg, gent. u, 8. Vous avez tout à fait bon air avec cet habit, id. ib. m, ♦. L'ignorance et l'erreur à ses naissantes pièces [de Molière], En habit de marquis, en robes de comtesses, "Venaient pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau, boil. Ép. vu. J'ai à présent sous mes yeux un paysage que Vernet fit à Rome pour un habit, veste et culotte, et qui vient d'être acheté mille ccus, didepot. Salon de 4 767, ÛEue. t. xiv, p. 7, dans pnuGENS. Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aime ; Ensemble nous devenons vieux ; Depuis dix ans je te brosse moi-même. Et Socrate n'eût pas fait mieux, bérang. Jfon habit. || Par antonomase, celui des vêtements du haut du corps que l'usage fait choisir comme seul convenable dans les réunions un peu cérémonieuses; c'est aujourd'hui le frac. — Irez-vous là en redingotet — Non, je serai en habit. — Et que mettrez-vous sur votre habitT — Mon paletot. || Habit veste, habit à basques très-courtes. || 3° Habit long, la soutane, habit des ecclésiastiques , et aussi autrefois de quelques professions. Le roi me demanda hier si vous ne seriez pas toujours en habit long, maintenon, Lett. au tard, de Noailles, 6 nov. 46*&. Il Habit court, l'habit que les ecclésiastiques portent quelquefois au lieu de leur soutane. || Habit court, s'est dit aussi pour certaines gens qui, dans leurs fonctions, portaient l'habit long. Lorsque, ayant quitté la robe consulaire, vous êtes à Saint- Mandé ou à Paris , dans votre chambre, en habit court, et à peu près dans l'équipage et dans l'humeur où se trouvait Scipion quand il rama.ssait des coquilles au bord de la mer avec son ami Lélius, scARRON, Lett. CEup. t. i, p. 230. Tel rit d'un juge en habit court, qui tremble au seul a.spect d'un procureur en robe, beaumahcii. Jfor. de Fig. m, 4. Il 4° Habit se dit du vêtement des religieux et des religieuses. De retour dans sa patrie il [Roger Bacon] prit l'habit de franciscain, diderot, Opin. des anc. phil. {scholastiques), OEuv. t. vu, p. 278. Il Absolument. Prendre l'habit, se faire religieux, religieuse. Votre cousine a pris l'habit à Montmartre, sÉv. 300. Il Prise d'habit, entrée en rehgion. Il Proverbe. L'habit ne fait pas le moine, on ne doit

HAB

pas juger des personnes par l'apparence. C «la sa dit aussi des personnes dont la conduite n'est pas conforme à leur état. Cette façon de parler est prisa des auteurs du droit canon, traitant de U capacité ou incapacité de posséder des bénéfices; elle veut dire au propre : Il faut être profès et non simple novice pour posséder un bénéfice régulier, par 0|>position aux bénéfices séculiers, de brieux.

— HIST. xii* s. Faites roi del moine Costant ; Drois oirs [légitime héritier] est, tolons Ii l'abit, WACE, Brut, V. 8642. Il xiu* s. Li mesdisans ont parlé Seur aucuns amis. Que, s'il se fussent mené En simples habis, Jà n'en fust issuz mesdiz [sortie médisance], Mss. de pois. fr. avant *3oo, t iv, p. 4448, dans LACURNE. Note que habit fet muine; et qui est profès ne se pot marier. Lit), de jutt. t«3. Moult volontiers [je] quesisse une religion Où je m'ame salvaisse en bonne entention; Mais tant voi en pluseurs envie, elation, Qu'il ne tiennent de l'ordre fors l'abit et le nom, ruteb. 238 || xiv* s. Les habis [habitudes) naturels sont en enfàns et en besles, ORESHE, Eth. 4 80. Bien semble à leur abit uns poure maisnie, Guescl. 3780. || iv* s. Et là seoit le jeune roi en habit royal, proiss. u, u, 74. Us [les Gantois] mirent tout hors, femmes et enfans, et les envoyèrent toutes nues en leurs chemises ou es plus povres et petits habits qu'elles eu.ssent, id. ii. II, 24 3. Trop de gens sont qui bonourent l'habit, Et au corps font pour robe révérence. Kt ne tiennent compte de l'esperit, e. desch. Bail. L'habit ne fait pas Vhomme. Et entre tous ceulx que j'ay jamais congneus [Louis XI] le plus humble en parolles et en habitz, cohh. i, 40. ||xvi* s. U n'est pas si fol qu'il en porte l'habit, cotorave. D'habits (i'autrui mal on s'honore, leroux de uncy, Ptov. t. II, p. 468. Perdre son habit en un jour de froid, ID. ib. p. 370. Tout habit au pauvre duit, iD. ib. p. 427.

— ETYM. Bourg, haibi; provenç. habit, abit; cat. habit; esp. habilo; ital. àbito; du latin hibitus, qui veut dire proprement manière d'être, venant de habere, avoir, mais qui signifie aussi dans la meilleure latinité vêtement; on comprend comment, de manière d'être, le passage s'est lait à vêtement ; ce passage appartient non au moyen âge scolastique, mais à l'antiquité latine. Habit, bien qu'il remonte au xm* siècle, est fait sur le latin; habitxis, avant l'accent sur ha, aurait donné hcUe.

t HABITABILITÉ (a-bi-ta-bi-li-té), *. f. Qualité de ce qui est habitable. La pluralité des mondes habités; étude où l'on expose les conditions d'habitabilité des terres célestes, discutées au point do vue de l'astronomie et de la physiologie. Titre (fun outToge de Flammarion, i862.

HABITABLE (a-bi-ta-bl'), adj. Qui peut être habité, où l'on peut habiter. Maison, logement habitable. Ce pays n'est pas habitable. S'il [Napoléon] y avait [à Vitepsk] conservé et rétabli son armée.... alors ses quartiers d'hiver eussent été habitables; mais aujourd'hui rien n'y est prêt, ségur. Bisl. de Nap. IX, B. Il La terre habitable, chez les anciens, les continents et lies réelles ou imaginaires qu'ils supposaient dans les deux zones tempérées, parce qu'ils regardaient les glaciales et la torride comme absolument inhabitables. || Chez les modernes, la partie du globe terrestre où les hommes peuvent résider. Un pays plus charmant qu'aucun autre qui soit sur la terre habitable, sÉv. 44 sept. I6"B. Gengis et ses fils, allant de conquête en conquête, crurent qu'ils subjugueraient toute la terre habitable, volt. Moeurs, 6o.

— HIST. XIV* s. Ptolémée dit que es extrémités de la terre habitable sont gens sauvages, oreshe.^iA. 81 .

— ÊTYM. Provenç. et esp. habitable; port, habitatel; ital. abitabile; du lat. habilabilis, de habitare, habiter.

HABITACLE (a-bi-ta-k1'), s. m. || 1* Habitation, demeure ; il ne se dit çuère que dans le style soutenu et dans celui de l'Ecriture. L'habitacle du Très- Haut Se retire aux tombeaux, habitacle d'horreur, R. garnier, Jfare-i4n(otne, iv, 4. Un bourg était autour, ennemi des autels. Gens barbares, gens durs, habitacle d'impies, la pont. Phil. et Baucis. Non loin de l'armorique plage, H est une ile, affreux rivage, Habitacle marécageux. Moitié peuplé, moitié sauvage, grfsset. Carême impromptu. Quels beaux échanges d'amitié Font, digne de regrets l'habitacie des hommes? a. cher. îanUM m. Le souverain des hiérarchies maudites est entré dans son habitacle impur, cbateaubr. Jfar». vui. || Fig. et par plaisanterie. L'habitacle de la raison, la tête, le cerveau. Paris a peur qu'on ne lui fêle L'habitacle de la raison, scabron, Virg. v. || i' Terme de marine. Armoire dans laquelle est placée en suspension la

HAB

HAB

HAB

houesolc ou compas do route. D'apr!>s Legoarant, liaoitacle, terme de marine, est féminin; l'Académie le dit masculin.

— HIST. XII' s. Le habitacle as escuiers, à ki apendeit le cors le rei guarder, flots, p. 388. || xm' s. M lessiereiit tretuit les terres, Qu'il ne porent soffrir les guerres ; As ciex firent lor habitacles, N'onc puis, se ne fu par miracles, N'osèrent ça jus dévaler, la Rose, 54i6. ||xvi* i. Leur excellence périra, le sepulchre sera leur habitacle, calv. Itistit.

3S6 Au Louvre, ancien temple et habitacle des

roys de France, Sat. Mén. p. 3.

— ETYM. Provenç. habitacle, abitacle; esp. ho6t- (aculo ; ital. abitacolo ; du lat. habitaculum, de ho Hilare, habiter.

nAfllTANT, ANTE (a-bi-tan, tan-tT , t. m. et f. Il 1° Celui, celle qui habite, qui fait sa demeure fixe en un lieu. Le sommes-nous [touchés] des maux de la Hongrie et de l'Autriche ravagées? leurs habitants passés au fil de l'épée.... Boss. Mar.-Thér. Au premier bruit de ce funeste accident [la mort de Machabée], toutes les villes de Judée furent émues; des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous leurs habitants, flSch. Turenne. Les dieux mêmes, les dieux, de l'Olympe habitants.... Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes, rac. Phèd. iv, 6. Je n'ai rien voulu imaginer sur les habitants des mondes qui fût entièrement impossible et chimérique, FONTEN. Slondes, Préface. Paul Jove, dans son Histoire de Léon X, rapporte que du temps de Clément Vil, Rome ne possédait que 32 ooo habitants; quelle différence de ces temps avec ceux des Trajan et des Antonin! volt. Mœurs, 185. Elles [les voitures] portent aussi des femmes françaises avec leurs enfants ; jadis ces femmes furent d'heureuses habitantes de Moscou; elles fuieflt aujourd'hui la haine des Moscovites que l'invasion a appelée sur leurs têtes; l'armée est leur seul asile, ségur, Hist. (le Xap. IX, i.JI Poétiquement. Les habitants des forets, les animaux sauvages. Les habitants de l'air, les oiseaux. Les habitants des eaux, les poissons. Que peuvent tes amis et leurs armes fragiles, Des habitants des eaux dépouilles inutiles? volt. Alg. II, 4. Il 2° Il se dit de celui qui possède un domaine, une habitation dans une colonie. Un habitant de la Martinique, de la Guadeloupe. || 3* A4j. En termes de pratique , domicilié. Elle a établi" «a demeure en tel endroit, où elle est encore habitante.

— HiST. XIII' s. En tous tex cas ne doit nus [nul] estre espargniés des abitants, beaum. xlix, 6.

■\ HABITAT (a-bi-ta) , s. m. Terme de botanique. Lieu spécialement habité par une espèce végétale. Ces plantes ont différents habitats (voy. habitation). Il On l'applique aussi aux animaux et à l'homme, considérés selon les diverses races. Dira-t-on que les races humaines sont dirigées dans leurs migrations par une sorte d'instinct merveilleux qui leur fait pressentir l'habitat le mieux approprié à leurs aptitudes natives et à leurs besoins futurs? cour- KOT, De l'enchaînement, etc. t. ii, p. 370.

— ÉTYM. Lat. partie, passif neutre, habitatum, de habilare, habiter.

tHAmTATEUR(a-bi-ta-teur),^.m.Celui qui habite.

— HIST. xu' s. Dolurs purtindrent [eurent de tout côté] li habitedur de Filistiim, Liber psalm, p. 238. Il xvi* s. Et d'Athénien esté fait habitateur de l'isle Andros, g. tory, dans baynouard, Lex.

— ÊTYM. Provenç. habitaire, habilador; esp. habitador; ital. abilatore; du lat. habitatorem , de

. habilare, habiter. Le provençal habitaire est au nominatif, et vient d'habilàtor ; habitador est au régime, et vient d'habilatârem.

HABITATION ( a-bi-ta-sion ; en vers, de cinq syllabes), «. ^. Il 1° Action d'habiter un lieu, séjour que l'on y fait habituellement. L'habitation de cette maison est malsaine. L'Écriture nous dit que l'habitation terrestre abaisse l'esprit qui pense à plusieurs choses, NicoLLE, Ess. i.Mr. i" traité, ch. <o. Vous avez donc changé d'habitation : je vous souhaite, quelque part que vous soyez, autant de bonheur que de talents, volt. Lett. la Harpe, 29 sept. 4772. Il II se dit des animaux. Le tigre fait son habitation dans les contrées brûlantes. || 2° L'endroit où l'on demeure, domicile, maison. Cette haibitation me plait. Ce n'étaient point des barbares cherchant de meilleurs climats, des habitations plus commodes, des spectacles plus enivrants, de plus grandes richesses, séuur, Hist. de Nap. ix, 7. Il laissa derrière lui quelques cosaques pour brûler les fourrages; les habitations furent respectées, lo. ib. vi, 2. Il Terme de jurisprudence. Droit d'habitation, droit de demeurer dans la maison d'autrui sans payer de loyer. Celui qui a un droit d'habitation dans une

maison peut y demeurer avec sa famille, Code Nap. art. 638. Il Terme d'ancienne législation. Habitation en cas de survie, droit que l'on conférait, par contrat de mariage, à la femme, dans le cas où elle survivrait à son mari, d'habiter la maison conjugale ou une maison propre au mari. || S" Terme d'histoire naturelle. Climat que chaque être vivant préfère. On ne doit pas confondre l'habitation avec l'habitat, qui est un lieu spécial, tandis que l'habitation est un climat, une région. |1 L'habitation d'un animal, les lieux qu'il fréquente habituellement. Il i' L'établissement qu une colonie forme dans un pays éloigné. Les Français ont établi une nouvelle habitation au Canada.'lj Par extension, bien possédé par un particulier aux colonies. Il avait cent nègres sur son habitation. || 6° Avoir habitation avec une femme, avoir avec elle un commerce charnel. || Il se dit aussi des animaux. Ceux [œufs] qu'elle [la poule] a produits dans le temps de son habitation avec le mile, buff. Hist. anim. Œuv. t. IV, p. 77.

— HIST. XII* s. Il establirent cited d'abitaciun. Liber psalm. p. tee. Que deviendront lors vos maisons, Vos bêles habitations? Adam, Mystère, p. 76. Cil de Jérusalem s'en foirent, et devint Jérusalem habitacions d'estranges, Machabées, i, l.||xiii' s. Il [le phénix] vole et s'en va à son leu [lieu] là où s'abitacions est, brun, lati.vt. Trésor, p. 214. Amphion.... par ses bones paroles retraist les homes des sauvages roches où il habitoient, et les amena à la commune habitation de cité, ID. t6. p. 469. Il xiv s. Hostelier doit savoir que quiconques est entré en sa maison pour hostelier et fait son habitation de la maison son hoste.... j. de vignay, Eschecs moralises, f 68, «erso. ||xvi* s. Combien que l'apostre enseigne que Jésus Christ habite en nos cœurs par fo^, neantmoins personne n'interprétera que ceste habitation est la foy mesme, CALv. Inst. 4097. Il lui sera nécessaire d'entretenir ses logis et maisons d'habitation, o. de serres, 4 402.

— ÉTYM. Provenç. et esp. habitacion ; ital. abitaiione; du lat. habitationem, de habilare, habiter.

+ HABITATIVITÉ (a-bi-ta-ti-vi-té) , s. f. Terme du système de Gall. Faculté affective qui attache l'homme à une demeura fixe.

— ÉTYM. Habiter.

HABITÉ, ÉE (ha-bi-té,tée), porî. passade habiter. Les lieux habiles. Cette île habitée par un peuple antiiropophage. Une feuille d'arbre est un petit monde, habité par des vermisseaux invisibles.... à plus forte raison, ce me semble, une grosse planète serat-elle un monde habité, fonten. Mondes, 3' soir. Il On dit familièrement d'un enfant : Sa tête est habitée, c'est-à-dire il a de la vermine.

HABITER (a-bi-té), V. a. || 1° Occuper comme demeure. Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habitons, Boss. Duch. d'Orl. Souffrez que pour jamais le tremblant Hippolyte Disparaisse des lieux que votre épouse habite, rac. Phèd. m, 5. Les déserts, autrefois peuplés de sénateurs. Ne sont plus habités que par leurs délateurs, m. Brit. i, 2. Abandonnez ce temple aux prêtres qui l'habitent, id. Athal, ii, 3. Tout ce peuple nombreux dont il [le sérail] est habité. Assemblé par mon ordre, attend ma volonté, ID. Bajai. m, B. Ils habitent des champs, des tentes et des chars, volt. Orphel. i, 3. Rome est bien belle pendant le silence de la nuit ; il semble alors qu'elle n'est habitée que par ses illustres ombres, staél, Corinne, IV, 6. Il On le dit aussi des animaux et des végétaux. Le renne habite les contrées du Nord. Mille oiseaux efl'rayants, mille corbeaux funèbres De ces murs (la tour de Monthléry] désertés habitent les ténèbres, BOIL. Lutr. i:i. Chacun [végétal] a ses penchants, sa saison et sa place. Habite les lieux chauds, ou se plaît sous la glace, delille, Trois règnes, vi. Il Fig. La paix habite ce séjour. Smyrne qu'habite encor le souvenir d'Homère, a. chén. El. vi. || Familièrement. Ne pas bouger de. H habite toujours son canapé, son fauteuil. || 2° V. n. Faire sa demeure. Habiter à la campagne. Parlez.... sur son tombeau voulez-vous habiter? volt. Scythes, v, 2. Cicéron, Hortensius, les Gracques habitaient sur ce mont Palatin qui suffit à peine, lors de la décadence de Rome, à la demeure d'un seul homme [Néron] , STAËL, Corinne, iv, ft. L'homme vit sur mille points où il n'habite pas, dans mille moments qui ne sont pas encore; et, si ce développement de sa vie lui est retranché...., la viesociale est mutilée, la société n'est plus, cmzoT, Hist. de la civil, en France, 8* leçon. || Il se dit des animaux et des

plantes. On a vu, avec des lunettes, de très-petites gouttes d'eau de pluie ou de vinaigre ou d'autres liqueurs, remplies de petits poissons ou de petits serpents que l'on n'aurait jamais soupçonnés d'y habiter, FOsTEN. Mondes, s* soir. || Fig. Ce n'est point sur ses bords [du Pormesse] qu'habite la richesse, BOIL. Art p. IV. Que la terreur habite aux portes du palais, VOLT. Zaire, iii, 7. Mais vous qui m'assuriez, dans mes troubles cruels. Que la paix habitait au pied de ses autels, id. Ali. i, i. On concevait [dans l'antiquité] une hauteur de vertu plus qu'humaine qui se devait de ne jamais habiter avec la tyrannie,CARREL, (T.uv. t.v, p. su . || 8" En termes de dévotion, il se dit de l'impression sanctifiante que Dieu fait sur l'àme. No savez-vous pas que Tousète: le temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu habite eu vous? SACi, St Paul, i" (pU. aux Corinth. m, 4 0. Nous savons que les corps saints sont habités par le Saint-Esprit jusqu'à la résurrection, qui se fera par la vertu de cet esprit qui réside en eux pour cet effet, pasc. Lett. sur ta mort de ton père. Le Saint-Esprit revient habiter dans son âme, boil. Épttre xn. Dieu descend et revient habiter parmi nous, RAC. Esth. III, 9. Il En un sons contraire, il se dit de l'impression funeste du péché. Ce n'est plus moi qui fais cela ; mais c'est le péché qui habite en moi, SACI, Bible, St Paul, Éptt. aux Rom. vu, 17. Il 4° Habiter charnellement avec une femme, ou, simplement, habiter avec une femme, avoir avec elle un commerce charnel. On dit qu'Apollon, épris de la beauté de sa mère Périctioné, habita avec elle, et que notre philosophe [Platon] dut le jour à ce Dieu, DIDEROT, Opin. des anc. phil. { Platonisme) . ~ HIST. XII' s. Quant la cité sainte fu habitée en bone pais.... Machab, n, 3. E Jérusalem non estoit mie habitée, ains estoit ausi come désert, ib. i, 3. Cil qui à Roem abitoent. Ne qui el païs conversoent, BENOÎT, II, 3081. Que je habite en la maisun nostre segnur tuz les jurz de ma vie. Liber psalm. p. 32. Il xiii' s. Chascuns doit voidier son corage de la volonté au charnel délit [plaisir] ; car autrement vertus n'i porroit habiter, brun, latini, Trésor, p. 370. Trop ai en mauves leu marchié; Li dé m'ont pris et emparchié ; Je les claim quite ; Fols est qu'à lor conseil abite ; De sa dete pas ne s'aquite, Ainçois s'encombre, hdteb. 28. || xiv* s. Homme et femme ne habitent pas ensemble tant seulement pour ceste cause, mais avecques ce pour les choses qui leur sont convenables, oresme, Eth. 253. || xV s. Ceste complainte ay formée et escripte, De cueur courcé [courroucé] où nul plaisir n'abite, alain chahtier. Complainte contre la mort. |{ xvi' s. Toutesfoisil j en a qui disent que Helpinice n'habitoit point clandestinement, ains publiquement avec son frère Cimon, AMYOT, Cimon, 8.

— ÉTYM. Provenç. et espagn. habitar; ital. abitare; du latin habitare, fréquentatif de habere, avoir : avoir souvent, être souvent, habiter.

t HABITUABLE (a-bi-tu-a-W), adj. Que l'on peut habituer.

t HABITCATION (a-bi-tu-a-sion), s. f. Action d'habituer. || Terme de liturgie. Qualité de prêtre habitué dans une paroisse.

— HIST. XVI' s. Est nécessaire et très utile avoir de bonne heure connaissance de sa complexion, affin que, si elle est mauvaise, on y pourvoie parhabituation et fréquentation des choses contraires à icelle, les Triomphas de la noble dame, f 93, dans lacurnb.

HABITUDE (a-bi-tu-d') , s. f.\\i' lerme d'histoire naturelle. Conformation, configuration d'un végétal ou d'un animal. Nous ignorons quelle sorte de respiration s'opère dans la chenille; nous savons seulement qu'elle ne saurait respirer à la manière des grands animaux, puisque les parties qui font chez elle l'office de poumons, sont répandues dans toute l'habitude du corps et jusque dans le cerveau, BONNET, Con/cmpt. nat. m, M, note i.|| Terme de médecine. Habitude extérieure, habitude du corps, la constitution, l'aspect général du corps. Cette habitude du corps menue, grêle, noire et velue, mol. Pourc. 1, 41. Il Dans le langage général, habitude du corps, l'air qui résulte généralement du maintien, de la démarche, des attitudes. Reconnaître quelqu'un à l'habitude du corps. || 2' Par extension, disposition acquise par la répétition des mêmes actes. Prendre une habitude. Si le péché dont on s'accuse est un péché d'habitude, fa»c. Troc 40. Ceux qui sont dans les habitudes de crime contre la loi de Dieu, m. Prov. ib. Encore qu'elle [l'âme du pécheur] ne sente pas ces charmes dont Dieu récompense l'habitude dans la piété, ID. Convert, du pécheur, édit. paugère. L'Espagne sur ce sujet [certaines observances] a des coutumes que la

HAB

France ne siiit pa» ; mais la reine se rangea bientét à l'oWissanco ; l'habitude ne put rien contre la règle, Boss. Mar.-Thér. Ce qui forme les habitudes, ce «ont les actes fréquents et réitérés, bourdal. Pensfet, t. m, p. 7.1. Qdand il luirait quelque rayon de connaissance [sur le lit de mort], les puissances de l'âme se trouvent ou liées par la douleur ou usées par l'habitude, flèch. Mar.-Thér. Il mot du rouge, mais rarement, il n'en fait pas habitude, lA BHUY. xiii. Je crois qu'alors [dans le cas de chefsd'œuvre] l'ancienne école a raison, elle qui l'a si rarement : habitude ne fait point passion, volt. Viet. phil. Rare. Lisez Tacite sur les mœurs des Germains, c'est le tableau de celles des Hurons, ou plutôt les habitudes de l'espèce humaine enti^re sortant de l'état de nature, buff. 7' ép. nat. CEut'. t. xii, p. 327. La force de l'habitude, qui étouffe si souvent le cri de la raison, et qui gouverne encore plus absolument les Ëtats que les individus, batnal, Hist. phil. VIII, 43. Je m'avoue, non sans amertume et sans regret, qu'on a des liaisons d'habitude dans l'âge avancé; mais (]u'il ne reste en nous, à côté de nous, que le vain simulacre de l'amitié, diderot, Claude et Jfér. ii, bi. Les besoins répétés amènent l'habitude, delille. Trois règnes, vu. || Habitude se dit des animaux. Nous n'avons rien appris des habitudes naturelles de ces oiseaux ; cependant celte connaissance seule anime le tableau des êtres vivants, et les présente dans la véritable place qu'ils occupent dans la nature, êUFF. Ois. t. ix, p. 336. Il Familièrement. C'est un homme d'habitude, le moindre changement dans sa manière de vivre le dérange. l!Fig. et familièrement, et dans le même même sens : C'est un animal, une bête d'habitude. Je suis bête d'habitude. |{ Habitude avec la préposition de suivie d'un substantif ou d'un verbe. Ces grands cœurs.... Font du commandement une douce habitude, cobn. Nicom. ii, ). Je n'ai reçu qu'une lettre de vous, ma chère fille, et j'en suis fâchée, j'étais dans l'habitude d'en avoir deux, BÉv. 67. Je me suis fait une habitude nécessaire de vous voir, ID. <60. La dernière heure [de la vie] n'en sera pas moins insupportable, et l'habitude de vivre ne fera qu'en accroître le désir, noss. le Tellier. L'un [Louis XIV] nourri dans ses camps et dans ses armées commençait à prendre cette glorieuse habitude qu'il a de vaincre, fléch. Mar.-Thér. Vous vous êtes fait une habitude de votre présomption, bourdal. Sur la fausse conf. i" avent, p. <80. J'ai déjà vieilli dans l'habitude de ne dire jamais mon secret, et encore plus de ne trahir jamais, sous aucun prétexte, le secret d'autrui, fén. Tél. m. || Habitude avec la préposition à suivie d'un substantif ou d'un verbe. L'habitude à régner et l'horreur d'en déchoir, CORN, l'ulch. I, t. Instruit par tes maximes, Il s'est fait do ton ordre une habitude aux crimes, m. Attila, IV, 3. L'habitude qu'elle a aux péchés où elle a Técu.... PASC. Conv. du péchmtr, édit. fai'Gèee. J'ai une si grande habitude à être faible, que, malgré vos bonnes leçons, je succombe souvent, sÉv. )88. L'habitude qu'il a à la flatterie, la bruy. v. L'habitude à souffrir pourra fortifier Mon courage éperdu qui craignait de plier, volt. Scythes, m, 4. || Par habitude, pour obéir à ses propres habitudes. M. de Luxembourg ne sait pas fuir : il gagne des batailles par habitude, haintenon, Lett.à Mme de St-Géran, «4 avr. 1691. Il D'habitude, selon l'habitude qu'on a. Il 8" Bonne, mauvaise habitude, se dit particulièrement de certaines dispositions de corps ou d'esprit auxquelles on s'habitue. Prendre de bonnes, de mauvaises habitudes. Vous avez une mauvaise habitude, c'est de toujours disputer. Il Absolument. Avoir do mauvaises habitudes, se dit, par euphénisme, del'onanisme. || 4" Accès auprès dequelqu'un, fréquentation ordinaire. Vous avez habitude avecce cavalier, corn. Suite du Ment, iv, 6. L'amant et lui, comme étant gens d'étude. Avaient entre eux lié quelque habitude, la font. Mandr. Mon père était homme savant dans les mathématiques et avait habitude par là avec tous les habiles gens en cette science, m"* pF.rier, Vie de Pascal. Je vous avoue que je n'ai aucune habitude avec ces messieurs-là, et que je ne suis point les règles de l'art, mol. Crit. se. 7. Les habitudes qu'il avait eues avec les plus renommés politiques, fléch. le Tellier. Suivant de Démocrile en cotte solitude. Ce n'est qu'avec les ours que j'ai quelque habitude, bégnard, Démocrite, I, 4. Il On dit, et surtout on disait, dans le même gens, faire des habitudes. Cultiver, entretenir ses habitudes. Acquérir des habitudes. || Avoir une habitude, se dit quelquefois d'un commerce de galanterie. Ce jeune homme a une habitude qui le dérangera. Il 6* Terme da liturgie. Etat d'un prêtre

HAB

habitué. Il Proverbe. L'habituae ert une autre nature, une seconde nature, c'est-à-dire elle a beaucoup d'influence sur l'esprit.

— HIST. XIV* s. Il va hors de bonne habitude ou habilité de corps, oresuf-, Thèse de meunier. || xv«9. Habitude est une seconde nature, babletp,. Sermons, )'• part, f* 2),dan8LACtJRNF.. Il xvr s Si c'estoit une habitude de vertu, et non une saillie, mont, h, 7. T. Ouintius luy dit un jour, semblant se mocquer de l'habitude de son corps : 0 Philopœmen, tu as bien belles mains et belles jambes, mais tu n'as point de ventre, amtot, Philop. 3.

— ÊTYM. Lat. hahitudinem, état extérieur, manière d'être, de habilum, supin de habere, avoir, être en un certain état.

HABITUÉ, ÉE (a-hi-tu-é, ée), part, passé de habituer. ||1* Habitué à vivre de peu. || Substantivement. Celui qui va habituellement dans un lieu. C'est un habitué de la maison. J'avais d'abord fréquenté ce café Procope, le rendez-vous des habitués et des arbitres du parterre, marmontf.l, Mém.

IV. Il 2" Prêtre habitué, ecclésiastique attaché au service d'une paroisse, sans avoir charge ni dignité dans l'église de cette paroisse. || Substantivement. Un habitué de paroisse. Un simple habitué. Il y a tant d'habitués dans celte église. Je demande s'il serait tombé dans l'esprit d'un seul curé, ou d'un seul habitué d'excommunier ces seigneurs [qui avaient joué la comédie], volt. Dial. 2 4. Un habitué de (|uartier vint avec douceur.... ID. Candide, ii.

HABITUEL, ELLE (a-bi-tu-èl, è-!'), adj. Qui est passé en habitude. Un mal habituel. Je pense continuellement à vous; c'est ce que les dévots appellent une pensée habituelle, sÉv. l.etl. 9 février 4 074. Leurs mouvements [des passions], même les plus prompts, dépendent toujours de la réflexion, et ne sont que des effets d'une volonté habituelle de l'âme, BUFF. llist. nat. hom. OEub. t. iv, p. 376. Il Terme de théologie. Grâce habituelle, celle qui réside toujours dans le sujet. || Terme d'histoire naturelle. Caractère habituel, celui qui se rencontre dans un être organisé sans différence de l'un à l'autre de même espèce. || Terme de rhétorique. Qualités habituelles du style, celles qui doivent s'y trouver constamment, comme la clarté , la précision, la correction , le naturel ; on les oppose aux qualités accidentelles, comme la galté, la finesse, etc. qui ne doivent se trouver que dans certains sujets.

— HiST. XVI' s. Habituai, cotgrave.

— ÉTYM. Provenç. etespagn. habituai; ital. abituale; du lat. habitualis, de habitus, manière d'être {voy. habit).

HABITUELLEMENT (a-bi-tu-è-le-man) , adv.

D'habitude, d'ordinaire. Dans ces différents ouvrages et dans quelques autres postes moins importants, sont habituellement répartis deux régiments, RAYNAL, Hist. phil. XIV, 25. Les objets que nous voyons habituellement ne nous font pas apercevoir de la rapidité de notre vie, bernard de st-pierrk, Paul et Virg.

— ÉTYM. Habituelle, et le suffixe ment. HABITUER (a-bi-tu-é) , V. a.\\ l' Faire prendre

l'habitude. Habituer les jeunes gens à la fatigue. Habituer les enfants à obéir. || Avec la préposition de et un verbe à l'infinitif. Souvent ce souffle pur dont l'homme est animé.... Redoute un autre ciel, et ne veut plus nous suivre Loin des lieux où le temps l'habitua de vivre, a. cbén. El. vi. || ï» S'habituer,

V. réfl. Prendre l'habitude. S'habituer au travail, à supporter la fatigue. Mais, lorsqu'à la chercher [la rime] d'abord on s'évertue. L'esprit à la trouver aisément s'habitue, boil. Art p. 1. 1| 3° S'habituer, s'établir dans une colonie, dans un pays (sens qui commence à vieillir). Ceux qui allèrent s'habituer au Canada furent, en grande partie, des Normands. Depuis que les Espagnols se sont habitués au Pérou et au Chili, on en a tiré une immense quantité de cuivre, buff. Min. t. v, p. 4 46.

— HIST. XIV s. Adont ala Henris sez frerez adouber, Il meîsmez aussi s'ala il cnarmer; Et quant il vit ses frerez ainsi habituer [s'habiller].... tfujuej Capet, v. 2340. Celui qui est habitué en vertu, ORESMB, Eth. 88. || XV' S. On se pourroit bien esmerveiller en pays lointain et estrange du noble royaume de France, comment il est situé et habitué do cités, de villes et de chastels si très-grand fol.son que sans nombre, fboiss. ii, m, 24. Le roy fit départir le toumoy et crier que tous chevaliers d'honneur vcnissent au bancquet au franc palais ; après ce cry tous chevaliers se relrayrent en leurs logis eulx desarmer et habituer de nobles vestements, Perceforest, t. m, 1* 424. || xvi' s. Il y avoit grand* presse pour acbepter des maisons k Theon-

Page 1