‹ Dictionnaire de la langue françaiseChapitre 43 sur 388 · DÉPIQUER (dé-pi-ké), v. a. Opérer le dépiquage · texte numérisé non relu

DÉPIQUER (dé-pi-ké), v. a. Opérer le dépiquage

— ÉTYM. Dé.... préfixe, et épi, anciennement espic (voy. ÉPI).

t DËPIQUEUR (dé-pi-keur), ». m. Ouvrier qui conduit le dépiquage.

— ÉTYM. Dépiquer 2.

DÉPISTÉ, ÉE (dé-pi-sté, stée), part, passé. Dont on a trouvé la piste. Un sanglier dépisté. || Fig. Chanter sans guitare à Séville I vous seriez bientôt reconnu ma foi, bientôt dépisté, BEAUM.Bar6.de Sdv. I, B.

DÉPISTER (dé-pi-sté), V. a. \\ 1' Terme de chasse. Découvrir la traça, les pistes du gibier, et le poursuivre en conséquence. Dépister un lièvre. Il 2° Fig. et familièrement, chasser, poursuivre comme un gibier dont on a trouvé la trace. Il a dépisté l'auteur de cette fausse nouvelle. || U se dit des choses, dans le même sens. Dépister une intrigue.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, indiquant ici non l'action de quitter, mais l'action de suivre, elpist^.

4. DÉPIT (dé-pi; le t se lie d'ordinaire : le dépi-t amoureux; au pluriel, 1'» se lie : des dé-piz amoureux),», m. || 1° Chagrin mêlé d'un peu de colère. M'ayant fait oublier tous les dépits qu'elle m'a faits, je ne me souviens plus que des excellen-

tes qualités qui la rendent aimable et admirable, VOIT. Lett. 23. Je crève de dépit, mol. Préc. (7. J'en ai dans le coeur davantage; Et, pour exprimer tout, ce cœur adu dépit De ne point trouver de langage, ID. Amph. n, 6. De grand dépit Richard elle interrompt, la font. Rich, Les victoires de Maurice firent mourir de dépit Chosroès, boss. Hitt.i, 4t. Tous ces présents, Albine, irritent mon dépit, rac. Brit. 1, 4. Quoi qu'il en soit, Néron, d'aussi loin qu'il me vit. Laissa sur son visage éclater son dépit, ID. ib. Crois que dans son dépit mon cœur est endurci, id. Androm. ii, 4. Que vous importe, ô dieux, sa joie ou son dépit? id. ib. ii, 6. Entre amants tel dépit n'est qu'une bagatelle; Je veux dès aujourd'hui vous remettre avec elle, regnarl, Ménechmes, iv, 4. Ces paroles le remplissaient de dépit contre Mentor, fén. Tél. vu. 11 laissa tomber sa lyre de dépit, id. i6. viii. Les divisions, les dégoûts, les dé|iits ne peuvent y avoir aucune entrée, ID. ib. xiv. Pour faire dépit au maître des choses, volt. Taur. 3. Croyez-moi, ces dépits que l'orgueil vous déguise, Sont partout dangereux et surtout à Venise, Ducis, Othello, i, «. || Se couper le nez pour faire dépit à son voisin, se nuire pour une vengeance qu'on n'obtient même pas. |{ On dit qu'une chose croît par dépit, quand elle croit sans qu'on en prenne aucun soin. || 2° En dépit de, loc. prép. Malgré. Adieu; fais lire au prince, en dépit de l'envie, Pourson instruction, l'hisloiredeta vie, corn. Cid, I, 3. Mais lorsqu'on dépit d'eux on en a voulu d'autres.... m. Ilor. m, 5. Des cheveux assez, pour nepointporter perruque; j'en ai beaucoup de blancs, en dépit du proverbe, scarhon, Portrait de Scarron fait par lui-même. Je vous l'avais prédit qu'en dépit de la Grèce De votre sort encor vous seriez la maîtresse, rac. Androm. in, 8. ||Fig. et familièrement. Faire une chose en dépit du sens commun, du bon sens, etc. la faire très-mal. Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants Semblent être formés en dépit du bon sens, boil. Sat. ii. Ils ont l'air d'être faits en dépit de l'art, didebot, Salon de 4767, CEuwp», t. XV, p. 6, dans pougens. || En dépit qu'on en ait, c'est-à-dire quoi qu'on fasse. Quelquefoisendépitquej'enaie, VEscMédit. 2. J'ai caché si longtemps l'ennui qui me dévore Qu'en dépit que j'en aie enfin il s'évapore, corn. Pulch. u, 4. J'ai beau voir ses défauts et j'ai beau l'en blâmer. En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer, mol. jlfi». i, 4. Il faut que je lui sois fidèle en dépit que j'en aie, mol. I). Juan, I, 1. Je me sens pour vous de la tendresse en dépit que j'en aie, id. l'Av. m, 5. Ahl vous y resterez, en dépit qu'on en ait, collin d'harlev. Vieux célib. iv, 40.

— REM. 1. Voltaire remarque au sujet de ces vers de Corneille : Et je m'ose assurer qu'en dépit de mon crime, Mon sang leur servira d'assez pure victime, Cinna, iv, 7 : « On ne peut pas dire en dépit de mon crime, comme on dit malgré moncrime, parce qu'un crime n'a point de dépit. On dit bien en dépit de ma haine, de mon amour, parce que les passions se personnifient. » Cette remarque n'est pas fondée; car elle atteindrait aussi malgré , attendu qu'un crime n'a ni gré ni mauvais gré. || 2. U faut appeler l'attention sur la locution : en dépit qu'il en ait. La construction ne peut s'en faire; seulement on comprend comment elle est née ; la locution correcte serait : dépit qu'il en ait, comme malgré qu'il en ait; c'est-à-dire : quelque mal gré qu'il en ait; tandis qu'il est impossible de dire : quelque en dépit qu'il en ait. Mais là il y a eu confusion et fusion avec la locution en dépit; d'où est résultée la locution en dépit qu'il en ait. Toutefois, venant du XVI' siècle, comme on peut voir par l'historique, elle a été consacrée par les meilleurs écrivains du XVII' siècle.

— HIST. XII' s. Et si unt Adonie snn filàrei esllt; Abiathar le volt [voulut] sacrer al Deudespit, Th. le mart. 27. || xiii' s. Or ne pui je pas dire que m'eQst endespit Li bonspreudoms hermites... Berte, lui. Si ne tenez pas endespit Lesgenz porlor petit d'avoir. Lai du conseil. Li fes [le fait] touquoit [touchait] à despit au segneur, beaum. xxx, 20. Il me demanda se je lavoie les pies aus poures le jeudy absolu; et je li respondi que nanin, que il ne me sembloit pas bien; et il me dit que je ne le dévoie avoir en despit; car Dieu l'avoit fait, jorav. 293. || xv s. Et tantost messire Robert Canolle fitouvrirune poterne hors du chastel, et sur les fossés il fit descoler, au despit des François, tous les prisonniers qu'il tenoit, FROiss. H, m, 8. Et trouvèrent cinq povrea prisonniers anglois que les Escots avoient liés tous nuds aux arbres, par despit, et deux qui avoient les jambes brisées, id. i, i, 44. Messire Jean da

DÉP

Hainaut,qui lui avoit fait, si comme il estoil informé, plusieurs despils, fboiss.i, i, »b. ||xvi' s.Jelacognois, c'est une noire. Noire faite en despit des cieux, HABOT, m, »*. En despit qu'ils en ayent, il faudra qu'ils confessent.... calv. Inslit. <)34. lisse tuèrent, en despit de son humanité, mont, u, 37. Dedans peu de jour.s 11 eust conlrainct les Lacedaemoniens de venir à la bataille contre eulx, en despit qu'ils en eussent, amyot. Aie. 76. Et sembloit qu'ils le feist par despit d'eulx tant seulement, et pour leur desplaire expressément, iv.Alcib. et Cor. eomp. 6. Son cheval se tourna et l'emporta en arrière en despit qu'il en eust, id. Marcell. s. Ter. Culeo, pour leur faire despit, persuada au peupla de le commander ainsi, in. Hamin. 35.

— ÉTYM. Bourguig. dépey ;norm. dépit, mépris; proveiiç. despieg, despieyt; anc. calai, despeit ; espign.despecho; ilàl. dispetto ; du latin dapectus, de despicere, regarder de haut en bas, mépriser, delà préposition de, et spicere, regarder (voy. spectre).

t 2. DÉPIT, ITE (dé-pi, pi-t'), adj. Qui a du dépit, de la mauvaise humeur. Kérie honteuse et dépite, LA PONT. Coupe. Il Inusité présentement.

— HIST. xiu* s. Sachez qu'ele en a fait que mauvaise et despite, Berjc, 64. Car poure chose, où qu'ele soit. Est adès boutée et despite, la Rose, 4&9. Il XVI* s. S'il advenoit qu'il feust despit, courroussé, fasché ou marry.... bab. Garg. i, 7. On la peut nommer despite, vindicative, opiniâtre et muable, IIABO. Nouv. *6. Ils sont allez feindre cette sotte image [de la philosophie] triste, querelleuse, despite, mineuse.... hont. i, (76. Je suis despit de quoy nostre vie s'embesogne toute à cela, ID. i, «93. Les Corinthiens furent bien despits de se voir en ceste sorte abusez et mocquez par Icetes, amyot, Timol. (3.

— ÊTYM. Dépit I .

DÉPITÉ, ÉE (dé-pi-té, tée) , part, passé. Qui éprouve du dépit. Tant je suis dépité contre ma destinée, MALH. V, «6. Mais à l'offre des vœux d'un amant dépité, Trouvez-vous, je vous prie, entière sûreté? MOL. Femm. sav. i, 4.

DÉPITER (dé-pi-té), V. a. jj 1* Causer du dépit à quelqu'un. Rien ne nous dépite davantage que de voir.... PASC. Imag. i.\\t' Se dépiter, v. réft. Concevoir du dépit. Contre sa fureur ma raison se dépite, RÉGNIER, Sat. XV. Un croquis informe sort de dessous sa main [de l'élève]; il se dépite, chateaub. Dessin, 273. {| Familièrement. Se dépiter contre son ventre, se priver de manger par dépit ou humeur; et fig. refuser par dépit ce qu'on désire au fond.

— REM. Dans le commencement du xvii' siècle on donnait à dépiter le sens de braver, outrager, accuser. Où la troupe maudite Son seigneur attaché par outrage dépite, malh. i, ♦. Ah! j'en rougis de honte et dépite mon âge.... dégnier , ÉUg. 4. Je semble dépiter.... linforlune, id. Sat. vu,

— HIST. XIII* s. Et quant Mahcmmet se fu mis en la seigneurie du peuple, si despita son oncle et l'esloigna de II, joinv. 260. || xvi' s. 0 que vous jourez bien ! je despite la dyablerie de Saulmur, de Doué, voyre, par Dieu, de Poictiers, en cas que ils puissent eslre à vous parragonnez, bab. Pant. iv, 43. Oudartrenioytetdespitoytlesnopces, iD. tb. iv, 45. J'ai un mari qui me fuit, qui me hait et me despite plus qu'une chambrière, mabg. Nouv. xv. Quand il s'en va, son aller nous despite [chagrine], uarot, III, 20. Cette poictrine que, despitée, tu bals si cruellement, hont. i, 22. Je me suis souvent despite de veoir ez comédies italiennes tousjours un pédante pour badin, ID. i, (3». Despite contre sa besogne, ID. i, 254. Si je traduis, ma plume s'en despite D'estre asservie à tourner un ouvrage. Qui n'est pas mien, en un autre langage, la goktie, 481. Son ambition faisoit qu'il se despitoit, courrouçoit et douloit quand il se sentoit mespriser, amyot. Aie. et Cor. comp. 8. Vitri en sortant du mesme con- (cil, en jurant et despitant la causerie: il vaut bien mieux, dit-il, servir le brave Huguenot, d'aub. Bisl. m, 293.

— ETYM. Norm. et Berry, dépiter, défier, braver; provenç. despechar, despeytar; catal. detpilar; cspagn. despcehar; iial. dispettare; du latin despectare, de la préposition de, et tpeclore, regarder (voy. spectacle).

t DÉPITEUX, EUSE (dé-pi-teû, teû-i"), adj. Qui est plein de dépit. Un a vu les élans de sa résistance [du roi] et de ses dépiteux regrets; il ne put résister à ce i|u'ils [le duc du Maine et Mme de Maintenon] en extorquèrent, st-sim. 416, 237. || Mot tombé en désuétude. || Terma d* fauconnerie. Oiseau dépi-

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tcux, oiseau dressé à la chasse qui ne revient pas, quand il a perdu sa proie.

— HIST. xui* 8. Larmes ne sont pas despiteuses, Meïsmement as gens piteuses, la Rose, 7601. Bien sembloit maie créature Et despiteuse et orgueilleuse. Et mesdisant et ramponeuse, tb. )«4.||xiv's. Et pour ce semble il à aucuns que les magnanimes soient despiseeurs ou 'despiteux, obksme, Eth. tsi. Il XV" s. Porlingalois sont chauds, bouillans, et mal souffrans: et aussi sont les Anglois fols, despiteux et orgueilleux, froiss. ii, m, 82. || ivi* s. Mais ceste gent fut aspre et despiteuse, Blasmant les dieux, de meurdres convoiteuse, mabot, iv, 20.

— Etym. Dépit.

DÉPLACÉ, ÉE (dé-pla-sé, sée), part, patte. Il !• ôté de sa place. Ce livre, déplacé, ne put être retrouvé. Il 2° Kévoqué d'une fonction, d'un emploi. Aucun dos ministres déplacés ne fut exilé, co.nuob- CET, Uaurepas. || Changé de résidence, ordinairement par punition. Un professeur déplacé, un professeur changé de lycée, d'une ville à une autre. Il 8* Fig. Qui n'est pas dans un lieu, dans une situation, dans un emploi convenable. Cette personne est déplacée dans cette société. U faut encore louer les enfants de tout coque l'amitié leur fait faire, pourvu qu'elle ne soit point déplacée ou trop ardente, FÉN. Édue. filles, ch. 6. Si, par une affection déplacée, il eût porté des secours à quelque autre.... il eût été coupable d'injustice , dider. Ess. s. ta vertu. Dans ce monde, toutes les vertus sont déplacées, aussi bien que les vices; les bons et les mauvais cœurs ne se trouvent pcjint à leur place, MABivAUX, Paysan port). 1. 1, «"partie, p. 78, dans pouGENs. || Qui manque de mesure, inconvenant. Propos déplacés.

DÉPLACEMENT (dé-pla-se-man), ». m. ||f Action de déplacer ou de se déplacer. On ne saurait dire où gît le principe de son déplacement [du reptile], car il n'a ni nageoires, ni pieds, ni ailes, CHATEAUB. Génie, 1, m, 2. || Déplacement d'un vaisseau, le volume d'eau que déplace un vaisseau, la place qu'occupe dans l'eau toute la carène. |1 Terme de pharmacie. Procédé de lixiviation, dans lequel les couches de liquide se déplacent mutuellement. Il Terme de pathologie. Le déplacement d'un organe, le changement de situation que quelques organes peuventéprouver. Le déplacementde l'utérus. || 2° Action d'ôter un emploi, une fonction. Ces cabales que l'on voit dans toutes les cours et qui se terminent d'ordinaire dans les nôtres par quelque déplacement de ministre ou tout au plus par quelque exil, VOLT. Charles XII, 6. || Action de faire changer un fonctionnaire de résidence, ordinairement par punition. On se plaint de ce préfet; son déplacement devient très-probable.

DÉPLACER (dé-pla-sé. Le e prend une cédille devant a ou 0.- nous déplaçons; je déplaçais), t). a. Il 1* Changer une chose de place. Il déplace tout dans sa chambre. Et toi de qui la voix inspire l'âme aux arbres, Enchaîne les lions et déplace les marbres, coBN. Tois. d'or, v, B. || Terme de procédure. Enlever quelque chose d'un lieu, d'une maison, et le transporter ailleurs. || S" Déplacer quelqu'un, prendre sa place. Vous étiez là, je n'ai garde de vous déplacer. || Sans déplacer, loc. adv. Sans changer de lieu, sans rien changer. Nous terminâmes l'affaire sans déplacer. || 3° Déplacer quelqu'un, lui ôter son emploi. Le ministre a déplacé les créatures de son prédécesseur. {| Faire changer un fonctionnaire de résidence. || 4' Fig. Déplacer le point de la question, changer le point sur lequel porte la difficulté. Comme ils connaissent toute son anxiété, ils admirent la force de son génie et la facilité avec laquelle il déplace et fixe où il lui plaît toute la puissance de son attention, sëgur, llist. de Napol, viu, H. Il 6* Se déplacer, v. réft. Changer de place, de lieu. L'homme a un penchant naturel à se déplacer, DIDEB. Ess. s. Claude, liv. u.

— HIST. XVI* s. Si vous supply que de bénigne grâce Vous me donniez congié que je desplace [que je marche] Avec mes gens voz bons pensionnaires, Pour aller veoir un peu noz adversaires, J. mabot, v, 131. Mais puis que luy, et le temps et l'affaire Veulent tous trois que ta bonté desplace [que tu partes]. Monts et torrents te puissent faire place, ID. II, 482. Favas remontra le péril de desplacer i la veue de l'ennemi et enlui parant le costé, d'aub. llist. Iii, 60. Fol se doit nommer en face. Qui bien ai'sis se desplace, cotgrave. Les ennemis commencèrent à desplacer et à prendre le chemin droit & moi, MONTLUC, Méin. t. u, p. 7«l , dans lacubne.

— ËTYM. Dé.... préfixe, et place; picard, déplaehtr.

DÉPLAIRE (dé-plê-r') , je déplais, tu déplais, il déplaît, nous déplaisons, vous déplaisez, ils déplaisent; je déplaisais; je déplus; je déplairai; je déplairais; déplais, déplaisons; que je déplaise, que nous déplaisions; que je déplusse; déplu; déplaisant, V. n. Il 1* Ne pas plaire, être désagréable. Et je crois que ce nom ne vous déplaira pas, corn. Uodog. T, 3. De nos désirs errants rien n'arrête le cours; Ce qui plaît aujourd'hui déplaît en peu de jours, ST-EVBEMOND, dans riciielet. Celte action que David avait faite déplut au Seigneur, sact, Bible, Roit, 11, n, î7. II vous aurait déplu s'il pouvait vous déplaire, rac. Androm. 11, t. Je sais que tout déplaît aux yeux d'une captive, id. Iphig. 11, 4. Je ne me suis jamais donné le soin d'examiner en moi en quoi j'avais pu lui déplaire; mais je savais bien, moi, ce qui me déplaisait en lui, mabmon.tel, Uém. VI. Il i' Donner du chagrin, irriter. La délicatesse d'une conscience qui se redoute ellemême, ou l'excès d'un amour qui craint de déplaire, Boss. Anne de Goni. S'ils sont d'un ennemi qui cherche à vous déplaire, bac. Androm. m, 7. Si quelqu'un me déplaît en ce moment, c'est vous, BEONABD. Ditirait, u, «. Qu'ai-je donc fait, Tancrède? ai-je pu vous déplaireT volt. Tancr. iv, 6. Il 3* Impersonnellement. Croyez qu'il me déplaît et très-sensiblement. De vous devoir dédire une fois seulement, rotboo,- Antig. n, î. Ma mère.... empêchait ma sortie.... Dont il m'a bien déplu.... m. ib. a, 8. Il Familièrement. Qu'il ne vous eh déplaise, ou , elliptiquement, ne vous déplaise, formule qui sa dit comme une sorte d'excuse: que cela ne vous

déplaise pas, ne vous fâche pas Ma bru, qu'il

ne vous en déplaise. Votre conduite en tout est tout ft fait mauvaise, mol. Tart. 1, *. Nuit et jour à tout venant. Je chantais, ne vous déplaise, la font. Fabl. I, t. Ce fut alors, dame, ne vous déplaise. Que le courroux lui montant au cerveau.... ID. Rémois. Mais que fais-je donc tant, monsieur, ne vous déplaise, Pour trouver ma conduite k tel excès mauvaise? begnabd, le Dittrait, i, «. || N'en déplaise à, malgré, en dépit de. N'en déplaise aux arrêts de notre parlement, hégnieb, Sat. xiv. Je dirai, n'en déplaise à monsieur votre amour, mol. Dép. am. l, *. Et parfois, n'en déplaise à votre austère humeur, Il est bon de cacher ce qu'on a dans le cœur, id. Ifti. i, 1. 1| 4" Se déplaire, déplaire & soi-même, être mécontent de soi-même. Elle s'est déplu , aussitôt qu'elle connut ses défauts. Pour plaire à Dieu, il faut nous déplaire à nous-mêmes; et, pour nous déplaire k nous-mêmes, il faut nous voir, bourdal. /«gemerit dern. i"arent, p. 8«. Ce n'est pas parce qu'on est ennemi de Dieu qu'on se déplaît, c'est parce qu'on est à charge à soi-même, MASS. Car. Passion. Il Se déplaire, déplaire l'un à l'autre. Ils se sont déplu mutuellement. || B' S'ennuyer, se trouver mai à son aise. Se déplaire avec quelqu'un. Je me déplais en cette ville. Mme Levasseur parut s'y déplaire et trouver l'habitation trop seule . l. J. BOuâs. Confest. ix. || Il se dit des animaux. Les bœufs se déplaisent en cette localité. Il U se dit, par extension, des plantes qui ne viennent pas bien en certains endroits. La vigne se déplaît en une telle exposition. || Fig. Mon sang se déplaît dans mes veines, rotrou. S» Gen. u, 7.

— REM. L'Académie ne dit pas comment elle accorde,dans les temps composés de se déplâtre, le participe avec le sujet; mais au mot piairc, qui est équivalent,elle fait le participe passé toujours invariable; on dira donc: elle s'est déplu; ils se sont déplu; elles se sont déplu. Cependant des grammairiens ont dit que, quand te d^piotre signifie s'ennuyer de, se trouver mal k l'aise, il devient un verbe réfléchi, comparable à se (aire, à s'enfuir, k s'écrier, et que dès lors le participe passé devait s'accorder avec le sujet : elles se sont déplues à la campagne ; il paraît que ces arbres se sont déplus dans ce terrain. L'assimilation de se déplaire, en ce sens, avec d'autres verbes neutres réfléchis, est plausible; la remarque, qui doit s'étendre à se plaire et à se complaire, mérite d'être prise en considération.

— HIST. xii* s. Mais [ils] n'i voient riens qui fasse à desplaire, Couci, 11. Amours, amours, je meur, et sans droiture [justice] ; Certes ma mort vous devroit bien desplaire, ib. p. «26. Son prent, par droit, d'un larron la justice. Doit-on desplaire as loiaus, de néant? quesnes. Romancero, p. 8*. Seigneur baron, fait-il, forment vous doit desplaira De ce roi orgueilleux qui manda tel contraire [telle chose contrariante], Sax. xxxi. Contredire la [une loi] deit chascuns hum qui ad fei : Car par tut desplaiseit al celestien rei, Th. U mari. *3. || xiii* s. Durement [cela] lui despkit et moût lui dostalente.

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Herte, cxxxiv. Examples fu de pénitence E drois mireors d'ingnorance, Si com briefment m'orrez retrere, Mfes qu'il ne vous doie deplere, ruteb. ii, 4 57. Que nuls en tôt le jor vos face Chose qui granment vos desplace, Ren. 7656. || xiv s. Oui tout desprise, à tout desplait, Uénagier, i, ». Il xV s. Toutesvoies ne te desplaise, je te dis que tu en fais sur tous le plus à blasmer, al. chabtieh, Quadrilogue inteclif. Certez, à qui qu'il en despleust, Autre que moy pas ne l'eUst, N'est pucelle qui la resemble, Natir. de JV. S. J. C. De tout cecy despleut bien au duc Phelippe, comm. i, 2. Il me desplait à dire ceste cruaullé, id. m, 9. |1 xvi" s. L'un va rithmant la Fere contre affaire, Et l'autre aussi frère contre desplaire, marot, ii, 208. La sagesse ne se desplaist jamais de soy, mont, i, 42. Il me desplaist que Platon n'aye eu la cognoissance de ces nations, ID. 1, 235. Ceste ordonnance despleut encore plus aux pauvres, amyot, Solon, 26. Et luy mesme se puisse à luy raesme desplaire, rons. <9h. Je me dcsplais des lieux où la jeunesse X escrimer et à luicter s'adresse; Les arcs aysez de cormier me desplaisent, LA BOÉTIE, 327.

— ÊTYM. Provenç. desplaier; catal. desplaurer ; espagn. desplacer; portug. desprazer; ital. dispiacere ; du latin displicere, de dis, préfixe, et plicere ou placere (voy. plaire). Le français déplaire suppose un verbe latin displicere, où, l'e étant devenu bref, l'accent s'est reporté sur l'antépénultième, displicere. Mais, à côté de cette irrégularité, la vraie accentuation s'est conservée dans déplaisir, qui est un infinitif pris substantivement. Desplace ou desplaze est l'ancien subjonctif de desplaire.

t DÉPLAISAMMENT (dé-plè-za-man), adv. D'une manière déplaisante.

— HlST. xV s. Et disoit qu'il vivûit desplaisamment, quand il falloit qji'il se donnast de garde de ceux en qui il se devoit fier, math, de coucy, Hist. de Charles VU, p. 702, dans lacurne.

— ÉTYM. Déplaisant, et le suffixe ment. DÉPLAISANCE (dé-plÈ-zan-s'), s. f. || 1° Qualité

de ce qui est déplaisant. La déplaisance de cette habitation. Prendre quelqu'un en déplaisance. |{ 2° Action de se déplaire à. [La contrition] Ce n'est pas même une simple déplaisance de la raison, qui, naturellement droite, ne peut s'empêcher d'apercevoir le désordre du péché et de le condamner, bourdal. Pensées, t. i, p. 289.

— HIST. xiii* s. De peresce renessent négligence et oiseuse [oisiveté]. Desplaisance de Dieu qui trop est périlleuse, Mauvese acoustumance, faintise l'oublieuse, J. I)E MEUNG, Test. 1738. \] XIV* S. Celui qui, en telles choses soutenir, a tristeceet desplaisanoe, il est couart, oresme, Eth. 38. La chose faite pour ignorance, de laquelle l'en a tristesce, desplaisance et pesance ou pepentance, elle est involuntaire, id. ib\ 60. Il XV* s. [Le pape Grégoire] Quand il vit qu'il ne pouvoit trouver nulle paix entre le roi de France et le roi d'Angleterre, dont trop lui venoit à deplaisance.... s'avisa que il iroit revisiter Rome, FROiss. n, u, 20. Je prends à grand desplaisance à estre avecques mon mari, m. n, m, H. Et trouveray, ce-m'a dit espérance, Par le pourchas du regard de mes yeux, Autant de bien que j'ay de desplaisance, OH. d'orl. Bal. <t. U print desplaisance de demeurer à l'hostel en oisance, louis xi, ffouv. c. Il xvi' s. Hors de sa trousse une sagette [il] tire De bois mortel, empenné de vengeance. Portant un fer forgé par desplaisance Au feu ardent de rigoureux refus, MAROT, i, t60. Je suis tant loing d'en estfeendesplaisance, id. i, 303. Ils nous font accroire qu'ils en ont grande desplaisance et remors au dedans, MONT, m, 268. La pauvre dame avoit vescu en grande desplaisance, amyot, Lucull. 32.

— ÉTYM. Déplaisant; provenç. desplaaensa ; ital. àispiacenza.

DÉPLAISANT, ANTE (dé-plè-zan, zan-t') , adj. Il l'Oui déplaît, quifâche,quichagrine. Un homme déplaisant. Des manières déplaisantes. Un séjour déplaisant. L'âme végétale développe dans les espèces innombrables des animaux toutes les formes imaginables depuis les plus gracieuses jusqu'aux plus déplaisantes, bern. de s.-p. Ilarm. liv. v, Uann. animales. \\ 2° Mécontent, qui se déplaît. Nous allâmes à l'Etang où nous trouvâmes Chamillart fort déjilaisant d'une si désagréable nouvelle mais peu alarmé, st-sim. t99, (64.

— HIST. XV* s. Les bourgeois et les notables hommes sont très bonnes gens et très desplaisans de la folye du peuple, comm. u, 4. || xvi* s. Je suis bien desplaisant [fftché] qu'ils en vaillent moins, mont. iv, 96. Des offices de l'amitié, celuy là est le seul dcsplaisant, id. iv, <tO. Theseus un peu après y re-

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tourna, qui fut fort desplaisant de cestemort, amyot, Thésée, 24. Quand on veit que le nom de monarchie estoit desplàisant au peuple, id. Publ. n. Si sa mort fut desplaisante aux alliez de Thebes, elle leur fut encore plus profitable, iD. Pélop. 64. La royne, très-desplaisante de ceste nouvelle, luy dist.... carl. vni, 42.

DÉPLAISIR (dé-plè-zir), s. m. || I* Sentiment que cause ce qui déplaît Je veux seulement malgré mon déplaisir Remettre mon visage un peu plus i loisir, CORN. Cid, i, 6. Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes! id. IIw. i, 3. J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs, id. Nicom. m, 2. J'en ai le déplaisir, vous en aurez la honte, iD. ib. m, 7. Une nouvelle qui lui donne beaucoup de déplaisir, sÉv. 8. Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre? boss. Marie-Thér. Il se forme dans les grandeurs une nouvelle sensibilité pour les déplaisirs, dont le coup est d'autant plus rude qu'on est moins préparé à le soutenir, m. ib. \\ Contrariété, mécontentement. Il a été accablé de déplaisirs dans ce poste. Si je me trompe , on me ferait déplaisir de me déloger de mon erreur, dider. sur Térence. Il 2" Par extension, douleur, amertume de cœur. Et je doute comment vous portez cette mort. — Sire, avec déplaisir mais avec patience, corn. Hor. v, 2. Les faibles déplaisirs s'amusent à parler, id. Pomp. V, i. Parmi les déplaisirs que vous en recevrez, iD. D. Sanch. v, 5. Les plus grands déplaisirs sont les moins éclatants, id. Perlhar. iv, 3. Le grand déplaisir que sent monsieur mon maître [à l'occasion de la mort de son père] , mol. l'Étour. ii , 4. Parmi les déplaisirs où mon âme se noie , rac. Andr. 1, <. Un cœur accablé de tant de déplaisirs, id. ib. i\, i. Mais toujours quelque espoir flattait mes déplaisirs, id. Bérén. i, 4. ô filles de Lévi, troupe jeune et fidèle. Enfants, ma seule joie en mes longs déplaisirs, id. Athal. i, 3. Le Cyclope chante ainsi ses déplaisirs, en promenant ses yeux sur les flots, ciiateaub. Génie, n, m, 6. Sa prétendue trépassa bientôt par grand déplaisir, id. t6. iv, ui, 3.

— SYN. DÉPLAISIR, DÉFLAisANCE. Ces deux mots ne durèrent que par la finale. Déplaisir est l'ancien infinitif du verbe déplaire (voy. déplaire à l'iîtym. et PLAISIR, ancien infinitif du verbe plaire), et signifie propiemcnt h' déplaire ; déplaisance est le substantif de l'adjeclif déplaisant. Déplaisir signifie donc le déplaire; et déplaisance, la qualité de ce qui est déplaisant.

— HIST. xiv* s. Et celui qui, en delessier telx desiers [désirs], a trlstece et desplaisir., il est desatrempé, oresme, Eth. 38. Mentir Ii faisoit tristece et desplaisir, ID. ib. t94. ||xvi*s. Marcellus, l'ayant emportée d'assault [une ville], ne feit aucun desplaisir aux naturelz habitants, amyot, llarcell. 19. Ainsi estans ces douleurs et desplaisirs domestiques conjoincts avec les publiques, m. Pyrrhus, 60.

— ÉTYM. Voy. déplaire; picard, déplaisi; provenç. desplazer; anc. catal. desplaer, despler ; espagn. desplacer; portug. desprazer; ital. dispiacere.

t DÉPLANCHER (dé-plan-ché) , ». o. Ôter les planches, le planclier.

— HIST. XV* S. Ce petit grenier estoit d'ancien édifice, tout desplanohé, tout deslatté, et pertuisé, et rompu en plusieurs lieux, louis xi, iVoue. xxxiv.

— ÉTYM. Dé.... préfixe, el planche.

t DÉPLANTAGE (dé-plan-ta-j") , s. m. Voy. déplantation.

t DÊPLANTATION (dé-plan-ta-sion), s. f. Action de déplanter un arbre.

— ÉTYM. Déplanter.

DÉPLANTE, ÉE (dé-plan-té, tée), port, passé. Un arbre déplanté.

DÉPLANTER (dé-plan-té), 'v. a. \\ i' ôter une plante, un arbre de terre pour le replanter. || 2° Retirer de terre ce qui y e.st enfoncé. Déplanter un piquet. Il Terme de marine. Déplanter une ancre, l'arracher du fond de la mer. || Ce navire déplante, son ancre quitte le fond. || 3* Dépouiller de ce qui est planté. Déplanter un parterre, un bosquet.

— HIST. XVI* s. Il conseilloit de mettre son argent en une terre qui fust oisive et desolantée, la

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