SYN. DÉTRUIRE, DÉMOLIR, ABATTRE. RUINER
RENVERSER. On abat un mur, cela signifie simplement qu'on le met à terre; ruiner un château, ce n'est pas l'abattre, il reste un chSteau en ruine ; renverser joint à l'idée d'abattre celle de violence ; la démolition est une œuvre de maçon et non une œuvre de destruction. Détruire, c'est défaire la structure ; un château abattu est détruit dès que la forme générale n'existe plus. On le dira d'une tour renversée , si les pierres se disjoignent de manière à ne plus laisser subsister l'apparence d'une tour; les matériaux ne sont pas détruits, la tour l'est certainement. Il en est de même de tous les ouvrages li'a-rt : un tableau sera détruit si le feu par exemple ou un caustique en a gâté les couleurs au point qu'on ne puisse plus reconnaître les personnages.
— niST. XI' s. Par Guenelun sera destruite France, Ch. de Roi. Lxv. Il XII' s. Si i mist fuo [feu] , e destruit [détruisit] les maisons, Machabées, i, i. Par son orguel assez destruis en a [de Français] , Ronc. p. < 38. Le règne d'Alemagne [ils] vous ont mis à charbon. Et Cologne destruite, et mort le duc Milon , Sax. XIV. [Ils] ne sufferunt [souffriront] ... . K'um destruie les lius qu'il unt à Deu conquis. Th. le mart. »6. Etlesleis [lois] que vus dites, à quel li reis «'allé. Ne sunt de leauté, anz [mais] sunt de felunie Contre Deu et raisun, pur destruire clergie, ib. 40.
Il XIII' s. Il avoit peor que descorde ne venist entraus [eux] et lesGrieus; et, se ce li venoit, la cité en porroit bien estre destruite , villeh. lxxxvii. Faites la [cette femme] tost destruire, jà n'en aiez pitié, Berte, xv. Parcui maint Sarrazin furent mort et destruit, ib. xxxvi. Sire, nous sommes destruict et hounit, car li rois s'en va en France, et bien set par le conte Phelippe çou que nous avons trailié, Chr. de Rains,p. 45. Si prit une partie de sa gent, et les envoia es marches pour destruire le pays, ib. p. 72. Iréement à soi parole : Renart, fet-il, Diex te destruie, Ren. (8615. Diex, destrue langue genglouse [menteuse], Et leivre qui est envieuse, Psaumes en vers, dans Liber psalm. p. 268. Et par cel jugement pot on veoir que toutes fraudes, là où eles sunt connues ou provées, doivent estre des- Vruites, beaum. xxxiv, 49. Les barons vindrent armant et destruiant d'une part, le duc de Bourgoigne d'autre, joinv. 203. || xV s. Il entre en plus grande jalousie que devant, il se destruit, et entre en grand pensée, il espie, il enquiert; dont il fait que fol; car noble cœur d'homme ne doit point enquérir du fait des femmes , Les quinte joyes du mariage,
p. (01 , dans LACURNE.
— ÊTYM. Provenç. et espagn. destruir; ital. distruggere; du latin deslruere , de la préposition de, et strurre, bâtir (voy. structure). Destruit [détruisit] est régulièrement formé du prétérit latin destruxit, avec l'accent sur (ru.
t DÉTKUISANT, ANfE (dé-trui-zan, zan-t'), adj. Qui détruit. Cet amour détruisant est difficile à porter, Boss. Letl. Corn. 14.
DÉTRUIT, ITE (dé-trui, trui-f), por». passé de détruire. || 1° Défait de manière qu'il ne reste plus apparence de la structure. Une ville détruite par un tremblement de terre. Et de vos murs détruits rétablissant la gloire, VOLT. Alx. v, 7. || Par extension. Une terre non plus n'est pas détruite, c'est pure
DICT. DE Li LANGUE FRANÇAISE.
façon de parler; bien le peut être un marquisat, un titre noble , quand la terre passe à des vilains, p. l. COUR. Lelt. V. Il Fig. Mes ans se sont accrus, mes honneurs sont détr'iits, rac. Milhr. m, 6. |{ 2° Perdu dans son crédit, dans sa puissance, dans sa grandeur. Vous-même n'allez point, de contrée en contrée. Montrer aux nations Mithridate détruit. Et de votre grand nom diminuer le bruit, rac. Mithr. m, ). David, David triomphe, Achab seul est détruit, iD. Athal. v, 6. Il 3° Mis à mort. L'impie Achab détruit, et de son sang trempé Le champ que par le meurtre il avait usurpé, rac. Athal. i, 1.
DETTE (dM') , s. f. ||1° Ce qu'on doit à quelqu'un. Être criblé de dettes. Être noyé de dettes, avoir des dettes par-dessus la tête , devoir beaucoup plus qu'on n'a vaillant. Eh bien I je prends sur moi la dette tout entière, tristan. Mort de Chrispe, i, 3. Un tas d'iiommes perdus de dettes et de crimes, CORN. Ci7ina, V. 4. Je dis une vérité sur le malheur d'avoir des dettes : ceux qui nous pressent sont pressants; ceux qui ne nous pressent pas le sont encore davantage, sév. 59(. Je veux premièrement qu'on acquitte mes dettes, regnard , Légat, iv, 6. Affranchissez-les tous de la dette usuraire Dont vos cruels secours accablent leur misère, M. J. chén. Gracques, II, 3. Il Dettes criardes, sommes dues àdes ouvriers, à de petits marchands, à des fournisseurs de tous les jours, et qui sont réclamées avec insistance. Il Dettes d'honneur, dettes contractées sur l'honneur, et, partlculifirement, dettes de jeu (les dettes de jeu étant ainsi nommées parce qu'on ne peut les faire valoir en justice). Mes dettes de Venise, dettes d'honneur, si jamais il en fut, me pesaient sur le cœur, i. j. eouss. Conf. vu. || Dette véreuse, celle dont le remboursement n'est pas sûr. || 2" Terme de jurisprudence. Dette privilégiée , celle pour laquelle on a un privilège, de sorte qu'elle est payée avant toutes les autres. || Dette réelle, dette à laquelle on n'est tenu qu'à raison d'un immeuble que l'on détient. Dette propre, celle à laquelle l'un des conjoints est tenu sur ses biens personnels. || Avouer une dette, avouer la dette, nier, désavouer la dette, convenir, nier qu'on doit la somme dont il est question. Il Fig. Avouer la dette, nier la dette, avouer une chose qu'on voudrait cacher, la nier. La princesse : Non je ne puis souffrir qu'il soit heureux avec une autre, et, si la chose était, je crois que j'en mourrois de déplaisir. — Moron : Ma foi, madame, avouons la dette, vous voudriez qu'il fût à vous, MOL. la Princ. d'Élide, rv, 5. Parlons à cœur ouvert, et confessons la dette : Je suis un peu coquet, tu n'es pas mal coquerte, regnard, ie Distr. IV, 3. Il J'en fais ma dette, je m'en rends caution. Il Dette hypothécaire, dette garantie par hypothèque. Il Dettes actives, celles dont on a le droit d'exiger le payement; dettes passives, celles qu'on est obligé de payer. || 3° Terme de finances. Dettes publiques, les sommes que l'État a empruntées et pour lesquelles il paye un intérêt annuel nommé rente. Il est étonnant, mais il est vrai, que cette immense dette [2 600 000 ooo , à la fin de Louis XI Vj n'aurait point été un fardeau impossible à soutenir, s'il y avait eu alors un commerce florissant, un papier de crédit établi, et des compagnies solides qui eussent répondu de ce papier comme en Suède, en Angleterre, à Venise et en Hollande, volt. Louis XIY, 30. Les dettes publiques ont, de l'aveu de tous les hommes éclairés, sensiblement affaibli les Provinces-Unies et altéré la félicité générale par l'augmentation progressive des impôts dont elles ont été la source, raïnal, Hist. philos. II, 26. Le poids de la dette publique pesait sur les contribuables de manière à attaquer tous les moyens de reproduction, montesquiou. Rapport, 27 août 1790, p. 4. La dette arriérée dont vous avez ordonné la liquidation, id. ib. p. 6. Ladette constituée, tant perpétuelle que viagère, dont 3 522 694 livres seraient éteints par le remboursement de la dette exigible, ib. p. 7. || Dette flottante, la partie de la dette publique qui se compose d'emprunts momentanés remboursables dans des termes assez rapprochés. Les bons du trésor font partie de la dette flottante. Jl Dette consolidée, l'ensemble de ladette qui se trouve inscrite au grand-livre. M. de la Place a demandé une explication sur le sens de l'expression dette consoliilée, employée pour la première fois depuis 181 4, Disc, de la loi du 10 juin 1833, duveegier, Collect. des lois, t. xxxiii, p. 198, note 1. {| 3' Prison où les créanciers font détenir leurs débiteurs. Il est à ladette. || 4° Fig. Tout devoir dont l'accomplissement est indispensable. Acquitter la dette de la reconnaissance. La dette que nous contractons envers nos parents. || Payer sa dette à la patrie,
se dit du jeune homme qui entre au service militaire, ou bien de l'hommequi, se mariant, donne des enfants au pays. [11] ....cesse de devoir quand la dette est d'un rang X ne point l'aciiuitter qu'aux dépens de son sang, corn. Pomp. i, 1. Si vous lui devez tant, ne me devez-vous rien? Et lui faut-il payer vos dettes de mon bien? id. Sertor. 11, 2. X présent que la gratitude Ne peut passer pour dette en qui s'est acquitté, id. Agésil. v, 7. Elle rend cette dette volontiers, boss. Char. frat. 2. Les Juifs oublièrent que sa bonté seule [de Dieu] les avait séparés des autres peuples, et regardèrent sa grâce comme une dette, m.Hist.n, 5. Si la modération est une vertu, l'exécution des lois est une dette et une justice, mirabf.au. Collection, \. m, p. 15. || Payer sa dette à la nature, payer la dettn de la nature, mourir. Il Proverbes. Cent ans de chagrin ne payent pas un soudedetles, oulechagrinnepayepointlesdettes, c'est-à-dire se chagriner d'une dette ne sert à rien, il faut s'évertuer pour la payer. || Qui paye ses dettes s'enrichit. || Qui épouse la veuve épouse les dettes.
— HIST. xii* s. E tote la dette real e ço que est à venir au rey de dete des ore en avant, je te pardoing, Machab. i, 15. Cil sevent la deite e l'onor Qu'il [Dieu] quiert, qu'il volt que l'om li face, benoît, I, v. 204. De mil soupirs que je lui doi par dete , Couci , VI. || xiii' s. Tere [il] avoit bien cinq cens livrées, Se toutes fuissent délivrées De detes et d'assenemens, Bl. et Jeh. 59. Si avint que li rois lor pères moru, et li convint paier le debte que nous paierons tous, Chron. de Rains, p. 2. Chevalier ne puet ne ne doit, par l'assise dou reaume de Jérusalem, estre aresté por dette que il deit, .4ss. deJér. i, 188. Cil à qui les dettes sont deues, ne poent pas toutes lor detes demander à l'un des oirs, beauh. VI, 27. ||xiv' s. Il avoit emprunté autrui argent, et soy obligié à grosse debte, bercheure, {° 35, verso. Il XV' s. Et quand on nous aura rendu et restitué ce en quoi le roi d'Angleterre et le royaume est par dette endetté et obligé envers nous, le roi d'Angleterre et ses gens auront belle entrée de venir en Flandre [Philippe d'Artevelle aux Gantois] , froiss. n, II, 166. Il xvi' s. Lesquels sans géhenne etcontrainte confessèrent librement la dette, et fut leur procès fait et rapporté au roi, mahg. iVou». I. Il s'en retourna à sa femme, à laquelle il confessa sa dette [sa faute, et combien il lui étoit obligé]; et que, sans le moyen de cette grande douceur et bonté, il estoit impossible qu'il eust jamais laissé la vie qu'il menoit , id. ib. xxxviii. Dettes privilégiées sont celles qui sont adjugées par sentences, salaires des mercenaires , louages de maisons , loysel , 684. Une dette n'empesche point l'autre, id. 704. Compensation n'a lieu, si la dette qu'on veut compenser n'est liquide et par escrit, id. 705. Toutes dettes du roi sont payables par corps, id. 908. 11 y avoit dangier qu'un marchand luy feist mettre la main sur le collet à cause d'un vieux debte, mont. I, 296. Un si gros debte comme celuy de ma totale conservation, id. iv, 99. C'est autant d'acquit et descharge de ma debte, id. iv, 95.
— ÉTYM. Latin, debitum, chose due, de debere (voy. DEVOIR, V. a.). Le genre de dette a varié; tantôt on l'a fait masculin à cause de l'étymologie; tantôt on l'a fait féminin à cause de la finale féminine; c'est ce genre qui a prévalu.
t DETTEUR (dè-teur), s. m. Débiteur, celui qui doit. Ainsi bi,,û souvent vous qui êtes créancier serez condamné envers votre detteur, pource qu'il se trouvera qu'il n'a pas tant du vôtre comme vous avez du sien, malh. le Traité des bienf. de Sénèque,yi, 4. Je connais maint detteur, qui n'est ni souris-chauve, Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé.... LA font. Fabl. XII, 7. || Inusité présentement.
— HIST. xiii' s. Por ce que fins et agréable Fusse vers tous mes bienfaitors. Si cum doit faire bons detors, Rendi grâces dix fois ou vint, la Rose, 22014. Les dettes son père [il] paia; Ses detteurs trestous apaia, Bl. et Jehan, 2i4i. || xvi' s. Il n'est point da presteur, S'il veut prester, qui ne fasse un debteur, MAROT, Ép. au roi pour atoir été dérobé.
— ÉTYM.Lat. debitor,de debere, devoir (voy. devoir, verbe).
t DÉTUMESCENCE (dé-tu-mè-ssan-s') , s. /•. Terme de médecine. Résolution d'une tumeur, d'un gonflement qui se désenfle.
— ÉTYSI. Lat. detumescere, se désenfler, de la préposition de, eltumescere, s'enfler (voy. tumeur).
■\ DÉTURBATRICE(dé-tur-ba-tri-s'), adj./'. Teime d'astronomie. Force déturbatrice, force perpendiculaire au plan de l'orbite de la planète troublée.
— ÉTYM. Lat. deturbare, déranger, delà préposition de, eituriare, troubler.
DEU
DEU
DEU
UEUIL (deuil, Il mouillûes), *. m. || 1° Profonde tristeise causée par une grande calamité, par la perte de quelqu'un. I.a perle de plusieurs navires, corps et biens, jeta ce port de mer dans le deuil. Le jour de sa naissance fut un jour de deuil pour sa mère L'extrême deuil dont mon âme est atteinte, MAiB. Sophon. I, 3. Il est très-assuré que je mourrais de deuil. Si le glaive des miens l'avait mis au cercueil, m. ib. n, 2. Et la peur d'être ingrat étouffe votre deuil, corn. Tois. i, ). Où prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil De paraître en des lieux que tu remplis de deuil? ID. Cid, m, t. Et vous, allez au temple Y changer l'allégresse en un deuil sans pareil, id. liodog. y, 4. Une consolation si peu attendue redouble son deuil, st-évre- MONn , Matrone d'Éphhe, dans richelkt. Sa mort mit en «ieuil une armée de trois cent mille hommes, et fit pleurer tous les princes clirétiens, sÈv. Ï30. Achille mit vingt fois tout Ilion en deuil, bOil. Ép. I. Ils pleurèrent beaucoup Jonathas et ceux qni étaient avec lui, et tout Israël en fit un grand deuil, SJiCi, Bible, Slachab. i, xii, 52. Votre fin soudaine et surprenante répandra le deuil parmi nous, mass. Car. Impénit. Les marques de deuil, chez les Israélites, étaient de déchirer ses habits, sitôt que l'on apprenait une mauvaise nouvelle, fleury, Moeurs des Israélites, titre xviii, 2' part. p. 222, dans pougens. On venait d'apprendre la mort d'Alfieri; c'était un deuil général pour tous les Italiens qui voulaient s'enorgueillir de leur patrie, staël, Corinne, XIX, 6. Toutes [les nymphes] frappant leur sein, et traînant un long deuil, Répétèrent hélas! autour de son cercueil, A. chén. Élég. 20. Les cieux nous enviaient Sombreuil ; Ils ont repris leur exilée : Nous tous, bannis, traînons le deuil! v. hugo. Odes, a, 9. |{ Familièrement. Faire son deuil d'une chose, n'y plus compter, et se résigner à sa perte. Il 2° Fig. et poétiquement. Le deuil delanature, l'aspect triste de la nature par l'effet de l'hiver ou de toute autre cause. La terre qui s'ébranle et se couvre de deuil, mass. Car. Passion. De la croix où ton œil sonda ce grand mystère. Tu vis ta mère en pleurs et la nature en deuil, lamart. Médit, n, 22. Salut! derniers beaux jours; ledeuil delà nature Convient à la douleur, et plaît à mes regards, id. ib. i, 29. Il 3° Il se dit des signes extérieurs du deuil. On prend ici le deuil de M. le duc d'Anjou, SÉV. 69. Mlle Duplessis en grand deuil, id. 43(. Elle est en deuil de son beau-frère, ID. 46». Onprend aujourd'hui le deuil de la reine d'Espagne, id. 623. 11 faut porter un deuil éternel au dehors , boss. Lett. Corn. 83. Ce long deuil que Titus imposait à sa cour, rac. Bérén. I, *. Ses nymphes de regret prirent toutes le deuil, id. Poésies, t. Un amant en grand deuil a toujours son mérite, hegnahd. Distrait, n, 7. C'est à Misène, dans le lieu même où nous sommes, que la veuve de Pompée, Cornélie, conserva jusqu'à la mort son noble deuil, stael, Corinne, xiil, 4. Il Grand deuil, le costume de deuil dans toute sa rigueur pendant les premiers temps qui suivent la mort de la personne perdue. Petit deuil, costume de deuil devenu moins sévère à mesure qu'on s'éloigne davantage de l'époque de la mort. Une dame là-bas, monsieur, avec sa suite. Oui porte le grand deuil, vient vous rendre visite, begnard. Légat, m, 6. Il Deuil de cour, costume de deuil que prend la cour quand meurt quelqu'un de la fami' e régnante ou quelqu'un des princes des maisons souveraines de l'Europe. Ne vois-tu pas, Hector, que c'est un deuil de cour? begnard, le Joueur, n, <♦. || 4° Couleur de deuiU Le deuil est noir pour les particuliers. Le violet est le deuil des rois. || Très-familièrement. Avoir les ongles en deuil, les avoir noirs, malpropres. Il B° Dépenses faites pour prendre le deuil. Donner tar?t à une veuve pour son deuil. || 6* Le temps du deuil. Elle attend la fin de son deuil. Il 7° Cortège de parents et d'amis dans les funérailles. Il Conduire le deuil, être en tête du cortège funéraire. Le chevalier n'aura point un enterrement magnifique, comme on prétendait : ils voulaient un prince du sang pour conduire le deuil; M. le prince a dit qu'il était incommodé; M. le duc, que cela était bon du temps passé, et que les princes du sang de ce siècle-ci sont plus grands seigneurs qu'ils n'étaient, sÈv. <27. || 8° Les étoffes, ordinairement noires , dont on tend une chambre, une église, etc. Tendre une chambre, une église de deuil. Il 9° Demi-deuil, moitié du temps du deuil. Il Costume que les parents d'un défunt portent après que la moitié du temps de leur deuil est expirée. Le demi-deuil n'est pas aussi sévère que le grand deuil. Il Fig. i l'heure où de la nuit le lugubre lambeau D'un pâle demi-deuil revêt tes sept collines.
LAMART. IfWit. n, 20. Il 10° Dans la botanique et l'entomologie, deuil se dit d'êtres qui, dans leur coloration , offrent un mélange de noir et de blanc. Il Grand deuil, petit deuil, espèces de papillons. Il Demi-deuil, nom vulgaire de l'argé galatée (lépidoptères diurnes), appelée aussi galatée, et par certains auteurs, satyre galatée; tandis que d'autres la nomment satyre demi-deuil, leooarant. || Proverbe. Faire le deuil sur la fosse, acquitter sur-lechamp une dette peu honnête du défunt.
— HIST. XI' s. Donc [il] ad tel doel, pour poi d'ire ne fent, Ch. de Uol. xxii. Dient Franceis : Deusl quel doel de [de la mort du] prodhome, ib. cxv. Charles se gist, mais doel a de Rolant, ib. CLxxx. Ce dist li reis : Seigneur, vengez vos doels, ib. ccLxv. Il xii" s. Les dox [régime pluriel], Jlonc. p. 4. Voir, dit Rolant, ce est diaus et pitiés, ib. p. «8. Comenciez est li dex et li estriz, ib. p. 72. Charles fait duel, onques hon ne fit tel, ib. p. <4i). Car cil qui voit tel amor desevrer [séparer], A assez plus de duel eldepesance Que n'auroit jà li rois s'il perdoit France, Coud, xxiv. De duel pleure li dux, et de pitié souspire, Sax. x. Deus! que^ duel des prelaz que lur mestierne funt! Mucie est la lumière qui e-iclaire le munt [le monde]. Th. le mart. «9. || xiii" s. Blanchelleurs fait tel duel, que près li cuerslui fent, Berte, ix. Qant li dels fu un poi lessiez Et il fu del tôt abessioz, Emperere, font li baron.... Ben. t0l3l. Du duel lessier moult la reqnistrent. Moult de bêles raisons li distrcnt, la Rose, S6B9. Mais ele qui son duel menoit, Ung coutel en son sein tenoit Repost [caché].... ib. 867). Por que cis duel plus ne te liengne. De Mainfroi voil qu'il te soviengne , De Henri etdeCorradin, ib. 6777. El [tristesse] ne se vosist [voulût] pas retraire Ne reconforter à nul fuer Du duel qu'ele avoit à son cuor, ib. 3)0. Maint grant deul en furent en cest monde, et maintes grans joies en sont en paradis, joiNV. 201. Il XIV* s. Si comme Dido la royne, qui mourut de deul que elle perdit son amant, obeshe, Eth. 83. Il n'est doelz c'on n'oublie à terme bien prochain, Baud. de Seb. l, 865. |1 xvi" s. Pense il que la pelade soulage le dueil [affliction]? MONT. I, 22 Les chiens se laissent mourir de dueil de la perte de leurs maistres, ro. i. -lOi.
— ÉTYM. Voy. DOULOIR. Picard (Boulonnais), dol; Mayenne, duel; wallon, doû; rouchi, doel; provenç. dol; espagn. duelo; ital. duolo. 11 est trèsprobable que l'auteur du jeu des trois rois (mystère du XV* s.) prononçait duel comme on prononce dans la Mayenne; car il fait rimer avec hardel ce mot, qui pour lui est de deux syllabes, tandis que dans les textes plus anciens duel, prononcé deul, est constamment monosyllabe : Tuer nous fault, par grand desroy, Tous les enfans que trouverons.... Tant qu'arons tué le hardel. Qui tant de peine et de duel Nous fait; avant, ne lessons rien. Dans l'ancienne langue, au nominatif, li dels, li dex, li diaux. au régime, le duel.
tDEUTERGIE(deu-tèr-jie),s. ^ Terme de médecine. Ensemble des effets secondaires, consécutifs des médicaments.
— ÊTYM. AEutè;, secondaire, et Ep-jfov, œuvre, office.
t DEtrrÉRIE (deu-té-rie), s. f. Terme de médecine. Nom donné par quelques-uns aux accidents que produit la rétention de l'arrière-faii.
— ÉTYM. Aeutéptov, arrière-faix, de SeÛTepoç, second.
DEUTÉROCANONIQCE ( deu-té-ro-ka-no-ni-k') , adj. Terme de théologie. Livresdeutérocanoniques, livres saints qui n'ont pas été mis d'abord dans les canons de l'Rcriture.
— ÊTY»I. AeÛTepo;, second, de îûu, deux (voy. DEUX), et canonique : canonique en second lieu.
t DEUTfiROGAME (deu-té-ro-ga-m'), s. m. et/'. Terme didactique. Celui, celle qui se marie en secondes noces.
— ÉTYM. AeÛTspo?. second, et Yân^oCi mariage, t DEUTÉROGAIUIE (deu-té-ro-ga-mie), ». f. Ëtat
du deutérognme.
f I . DEUTÉROLOGIE (deu-té-ro-lo-jie), s. /'.Terme de médecine. Traité sur la nature, les usages et les connexions de l'arrière-faix.
— ÉTYM. Ta îeÛTtpa, l'arrière-faix, les secondines, et )6fo;. traité.
t 2. DEUrÉROLOGIE (dcu-té-ro-lo-jie), t. (. Terme d'antiquité. Réplique que devant les tribunaux athéniens faisait un défenseur officieux en place de la partie toujours obligée de faire le premier discours.
— ÉTYM. AeÙTtpo;, second, et Wyoç, discours. DEUTÈRGNOME (deu-té-ro-no-m') , ». m. Nom
du cinquième livre du Pentateuque.
— ÊTYM. AtuTcpovip:i'/'< , Ue ôtÛTepo; second, et v6uio;, loi (voy. noue); ainsi nommé parce que Moïse a ajouté, dans ce livre, d'autres lois, de secondes lois.
t DEUTÉROPATIUE (deu-té-ro-pa-tie), ». f. Terme de médecine. Affection secondaire ; état morbide qui so développe sous l'influence d'une autre maladie.
— ÊTYM, AeÛTtpoi;, second, et icàOoç, maladie.
t DECTÉROPATHIQCE (deu-téro-pa-ti-k") , adj. Oui a le caractère de la deutéropathie.
t DEUTRROSCOPIE (deu-té-ro-sko-pie), ». f. Terme de médecine. Hallucination de l'esprit, qui porte dans le monde le nom de seconde vue; c'est un état nerveux dans lequel les patients croient voir des choses qui sont éloignées ou futures.
— ÉTYM. AeOttpoç, second, etoxoTttïv, voir: avoir' la seconde vue.
t DEUTIODORE (deu-ti-o dur') , ». m. Terme de chimie. Composé qui contient deux proportions d'iode. Plus souvent biiodure.
— ÉTYM. Deut, abréviation de d«ufo.... préfixe, et iodure.
t DECTO.... préfixe dont se servent les chimistes pour indiquer le rang d'un composé ou la pro[)ortion relative de son élément électro-négatif; ainsi deutoxyde d'étain indique le 2* oxyde de ce méial ou celui qui renferme deux fois autant d'oxygène que le premier; il s'emploie avec la même signification pour les sulfures, les chlorures, les iodures, les bromures, les cyanures, etc. C'est le grec îtuTè;, second, secondaire.
— SYN. DEUTO , Bi. Deuto indique l'ordre des composés des mêmes éléments, et bi la quantité absolue de l'élément négatif. Ainsi, le protoxi-de de manganèse contenant une partie de manganèse et une partie d'oxygène, l'oxyde rouge, qui contient 4 d'oxygène sura de manganèse, serait un deutoxyde par rapport au premier. Mais il est loin d'être le bioxyde qui contient 2 d'oxygène contre < de manganèse. Les préfixes sesqui, bi, tri, etc. représentent donc des quantités relatives beaucoup mieux connues que proto, deuto, trito, etc. et se rapportent i une connaissance plus avancée. Aussi sont-ils préférés aujourd'hui.
t DECTOCARBONÉ, ÊE (deu-to-kar-bo-né , née), adj. Terme de chimie. Oui est carboné au second degré.
— ÉTYM. Deuto. et carboné.
t DEnTOCIILORURE (deu-to-klo-ru-r") , ». m. Terme de chimie. La seconde des combinaisons que le chlore forme avec un corps simple, quand il peut en produire plusieurs.
— ÉTYM. Deuto, et chlorure.
t DEnTOSÉLÉNIURE (deu-to-sé-lé-ni-u-r'), ». m. Terme de chimie. La seconde des combinaisons que le sélénium forme avec un corps simple, quand il peut en produire plusieurs.
— ÉTYM. Dputo, et sil-'niure.
t DEUTOSCLFCRE (deu-to-sul-fu-r'), ». m. Terme de chimie. La seconde des combinaisons que le soufre forme avec un corps simple, quand il peut en produire plusieurs.
— ÉTYM. Deuto, et sulfure.
t DECTOXYDE (deu-to-ksi-d'), ». m. Terme de chimie. Second degré d'oxydation d'un corps qui peut se combiner en plusieurs proportions avec l'oxygène.
— ÉTYM. Deuto, et oxyde.
I»ECX (deù ; Vx se lie : deù-z hommes). || 1* Adj. numér. des deux genres signifiant un nombre double de l'unité. Deux hommes. Deux francs. Deux et deux font quatre. Ils sont deux. Jusques à quand auronsnous deux consciences, deux mesures, deux balances, l'une en notre faveur, l'autre à la ruine du prochain? batnal, Hist. phil. xviii, 32. |j Tous deux, tous les deux, locution qui signifie soit l'un et l'autre, soit ensemble. Allons-y tnus deux. Ils sont partis tous les deux. Vous me semblez tous deux fatigués du voyage, la font. Phil. et Pour,. || Familièrement. N'en faire ni un ni deux, n'en pas faire à deux fois, se décider sur-le-champ. Il ne fit ni un ni deux et croqua la poire. |{ On dit aussi, au féminin, n'en faire ni une ni deux, en sovis-entendant le mot fois. || Cela est clair comme deux et deux font quatre, cela est évident. || Il n'y a pas deux voix là-dessus, tout le monde est d'accord làdessus. Il n'y a pas deux voix sur ce personnage, LA BRUY. VIII. Il Deux à deux, par couples. Considérez toutes les œuvres du Très-Haut, vous les trouverez ainsi deux à deux et opposées l'une à l'autre, svci. Bible, EccUsiastique . xxxiil, ih. Olil que ne viennent-ils. comme nous, deux à deux Habiier ici des cabanes! pavabi, Annette et Lubin, se. 3. || Marcher
DEU
deux à deux comme frères mineurs, marcher en rang, en bon ordre. || En deux, en deux parties. C'est un magicien maladroit qui casse en deux sa baguette, dider. Salon de t767, CKuvrejt, t. xiv, p. 211, dans pouoKNS. Il [BurgoyneJ avait conçu le dessein de réunir les troupes du Canada à celles de New-York par les rives de l'Hudson; ce projet était grand et hardi; s'il eût réussi, il coupait en deux l'Amérique septentrionale, et peut-être il terminait la guerre, baynal, llisl. phil. xviii, 45. H De deux en deux, se dit pour exprimer un retour périodique après deux (actes ou choses). De deux en deux ans il va visiter sa terre, c'est-à-dire que, chaque fois que deux ans sont écoulés, il s'y rend. || Donner, piquer des deux, appuyer des deux éperons à la fois, c'est-à-dire exciter le plus possible le cheval , aller le plus vite possible. Le drôle, ayant vu de loin tout le cas.... Donne des deux, gagne devant lanuit Château-Guillaume.... la font. Orais. Il donna des deux vers Bapaume,nAMiLT. Gramm. 6. Dès la première poste, le courrier donne des deux, s'échappe et arrive le premier, st-sim. 2, 37. || Fig. Faire grande diligence. Piquerdes deux pour réussir dans uneaffaire. || Ce sontdeux, ou, plus familièrement, ça fait deux, se dit dans la conversation pour exprimer que deux choses ne peuvent se comparer. Pour une armée, la Seine à passer ou un ruisseau ce sont deux. Il On dit dans le même sens : c'est deux. Promettre et tenir, c'est deux. || î" Petit nombre indéterminé. J'ai deux mots à vous dire. Il n'est qu'à deux pas d'ici. X moi, comte, deux mots, corn. Cid, ii, 2. Il 3* Deuxième. Article deux. Page deux. Tome deux. Henri deux, roi de France. Catherine deux, impératrice de Russie. Puis [il] souffre un coup avec grande constance; Au deux il dit..,, la font. Pays. || Dans les noms propres, oii le cardinal est pris pour l'ordinal, on écrit plus ordinairement deux en chiffres : Henri II, Catherine II. || i° Substantivement. Le produit de deux multiplié par deux. || Le deux du mois, ou, simplement, le deux, le deuxième jour. Le deux de mars, de mai, ou, par abréviation, le deux mars, le deux mai. Voltaire mettait toujours la préposition de ; Racine l'omettait. || Chiffre qui marque le nombre deux. Effacer, ajouter un deux. Ce deux est mal fait. || Terme du jeu de cartes. Le deux de cœur, de pique, etc. la carte qui porte deux cœurs, deux piques, etc. || Terme du jeu de dés. Le deux, la face du dé qui a deux points. Rafle de deux, coup de dés qui amène sur la face du deux tous les dés, quand on joue avec plusieurs dés. || Terme du jeu de dominos. Le double deux, le doojino sur lequel le point de deux est répété. || Terme du jeu de trictrac. Amener le double deux, amener le deux sur chacun des deux dés. Il Terme de chasse. Le deux, sorte de plomb à tirer, moins gros que celui qui s'appelle l'un, et plus gros que celui qu'on nomme le trois. Ou emploie ordinairement le deux pour la chasse du lièvre. || 5° Terme de blason. Deux un, se dit de la disposition ordinaire de trois pièces en armoiries, dont deux sont vers le chef et une vers la pointe, comme les trois fleurs de lis de France.
— REM. 1. 11 est difficile de se rendre un compte exact de la locution (ous deux, tous les deux. Elle répond, pour le sens, à l'ancien français ambedui, nominatif, ambcdeui, régime, et, par contraction, andui, andeux. Il semble que le pluriel tous joint à deux fait une sorte de contradiction ; car peut-on dire tous en parlant de deux.' Si on disait : allons-y deux, cela signifierait que nous sommes plusieurs et que deux d'entre nous vont y aller; au lieu que allons-y tous les deux signifie que nous ne sommes que deux qui y allons l'un et l'autre. C'est pour exprimer cette nuance que, ayant perdu ambedui, on l'a remplacé en joignant tous avec deux; adjonction qui a été facilitée par l'ancienne préposition à tout ou atout et qui signifiait ensemble. Cette locution , n'étant pas dans l'historique , paraît née dans le xvn' siècle. Outre ombedu», qui est tout à fait ancien, on exprimait la même idée en joignant à deui le pronom personnel : allons-y nous deux ; ils y allaient eux deux; et dans les vers de la Fontaine, cités ci-dessus, on aurait dit : Vous me semblez vous deux fatiguésdu voyage. || 2. Faut-il distinguer, avec certains grammairiens, tous deux et tous les deux; allons- y tous deux , signifiant allons-y ensemble ; allons-y tous les deux , signifiant allons-y l'un et l'autre? Il y a là, comme dans plusieurs synonymes, une différence grammaticale qui disparaît dans l'usage. Tous les deux a, grammaticalement, un sens emphatique que n'a pas tous deux. Mais ce sens emphatique dû à l'article a si peu d'importance dans le langage que personne n'y fait attention et qu'ainsi les deux locutions deviennent synonymes.
DEU
— HIST. XI' S. Dous de vos contes al paien tramesistes, Ch. de Roi. xiv. Li dui message [messagers] descendent au peron, ib. cxc. Deus fa.sse hui entre nous dous le dreit ! ib. cclxxxv. || xu* s. En ces deus orent [eurent] paien mauvais voisin, Uone. p. 61. Si que la teste [il] lui fist en deus partir, ib. p. 74. Il XIII* s. Avec ces contes se croisierent dui moult haut baron de France, villeh. ui. Or [il] n'ot que deus enfans, n'est drois qu'on m'en desdie, Berle, ii. En tant que les deux tiennent Tybert le renié, ii>. xxi. Car deux larron venoient de marclieans guetier, ib. xxxviii. Bien surent les deux fille d'or et soie ouvrer, ib. lvii. Vous deux dedeiis m» chambre ensemble [je] coucherai, ib. lvii. Car puis fu par eus deus mainte gent essilie, tb. LX. Cil dui sont mi enfant de vo fille ma drue [femme], ib. Lxxx. Or s'en vont li doi roi, n'i firent longue atente, tb. cxxxiv. Par là, soit esté, soit ivers, S'encorent dui ffueves divers, la Rose, 6004. Puis furent doi et doi ensamble enchaîné ; Les puins detriers les dos lor ont estroil noé, Ch. d'Ànt. i, «15. || xiv s. Entre deux [pendant ce temps], les diz legaz commencierent à traitier diverses choses, berciieure, f° 28, verso. Il XV' s. Se temps avoie dou parler. Et que cl fuissiemes nous doi. Je le vous diroie par foi, FROiss. Espinette amour. Là furent du comte de Bouquenghen appelés Chandos et Aquitaine, doy rois d'armes, ID. ii, u, 67. Vostre conseil avoir m'en fault: L'advis de deux mieulx que d'un vault, CH. d'orl. Réponse de Frédet. Entre deux [entre nous], je ne vouldroye Estre en lieu où eûst joye, Com souloye. Car ma douleur doubleroit, id. Rondeau. Si ne lui cela guère ce qu'il avoit sur le cœur, et, sans aller de deux en trois, il demanda l'aumône amoureuse, lodis xi, Nouv. xviii. L'ne femmede Paris a bien trouvé moyen de tyrer hors du Louvre Monseigneur de Ponts. Alors le bastard respondit : Le Louvre etla Bastide [Bastille] , ce sont deux, Jfs. relatif à Louis XI, Bibl. des Chartes, 4' série, t. i, p. 267. Il XVI' s. Le secrétaire fut si joyeux qu'encore qu'il eust la bouche parfaitement laide et grande en faisant de deux, la rendit si petite que l'on n'eust pas cuidé qu'il eust su mordre dedans le jambon , MARG. ffouv. xxvui. Ce n'est pas une ame, ce n'est pas un corps, qu'on dresse ; c'est un homme : il n'en fault pas faire à deux, mont, i, (83. Ils alloient deux à deux armez à cheval à la guerre [deux sur un cheval], id. i,388. Lors eulx deux ensemble mangent la proye, id. ii, <»6. Et se sauvoient aucuns d'entre eulx nageans entre deux eaux, et s'en fuyoient, amyot, Brulus, 39. Le cavalier donnant des deux à son cheval, le rejetta une seconde fois par terre tout couvert de sang, d'aub. Vie, xxvi. Il demeura sur l'heure en suspens et, comme l'on dict, entre deux et as, s'il en devoit parler à son bon compère, carl. ii, 8.
— ETYM. Picard, deusse; provenç. dui au nominatif, dos au régime; espagn. dos; portug. dous, doas; ital. duo, due; du latin duo; grec, JOo); basbreton, daou; angl. two ; allem. iwei; sanscrit, di'o. Dans l'ancien français doi ou dut est le nominatif, et deus, dous le régime, du moins dans les textes corrects.
t DEUX-CENT-VINGT-ET-UN (deû-san-ïin-téun), s. m. pi. Chiffre de la majorité parlementaire qui, votant une adresse hostile au ministère Polignac, amena les ordonnances, l'insurrectionde juillet 1830 et la chute de Charles X.
t DEUX- DENTS (deû-dan), t. m. Nom vulgaire du dauphin bidenté, dit aussi dauphin diodon.
DEUXIÈME (deu-ziê-m') , adj. ord. Second, qui vient après le premier. Je suis le deuxième sur la liste. Article deuxième. Loger au deuxième étage, et, simplement, au deuxième. || Terme d'hippiatrique. Deuxième sang, ou demi-sang, race de chevaux anglais employés à la chasse (voy. sang).
— ÊTYM. Deux; bourguig. deuieim«.
DEUXIÈMEMENT (deû-zié-me-man) , adv En second lieu.
— ÊTYM. Deuxième, et le suffixe ment.
t DEUX-MATS (deû-mà), s. m. Terme de marine. Bâtiment à deux mâts. Un deux-mâts.
t DEUX-POINTS (deù-poin) , s. m. plut. Terme de grammaire. Signe de ponctuation indiquant une suspension plus forte que la virgule, et même que le point et virgule. Le même que comma.
t DEUX- PONTS (deû-pon), s. m. Terme de marine. Vaisseau à deux ponts ou à deux batteries couvertes. Un deux-ponts.
t DEUX-QUATRE (deù-ka-tr'), t. m. Terme de musique. Mesure qui contient deux noires. C'est un deux-quatre, c'est-à-dire un morceau où la mesure est en deux-quatre.Une mesure en deux-quatre.
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— ÉTYM. Ce mot vient de ce que cette mesure se marque par un 2 sur un 4, comme une fraction dont on aurait retranché la barre. Elle vaut en effet deux quarts, c'est-à-dire la moitié de la mesure complète marquée par la ronde : et au lieu de dire deux quarts, ce qui serait le vrai sens, on a nommé les deux chiffres par leurs noms spéciaux.
t DÉVA (dé-va),s. m. Nom des dieux ou bons génies dans la religion indienne. || Nom des mauvais génies dans la religion parse.
— ÊTYM. Sanscrit, deva, divin; grec, iîoç; latin, divus (voy. divin).
DÉVALE, ÉE (dé-va-lé, lée), part, passé. Du vin dévalé à la cave.
t DÉVALEMENT (dé-va-le-man),». m. Action de dévaler; état de ce qui est dévalé. || Mot vieilli et populaire.
— ÊT^M. Dévaler; provenç. dei^afament; ital. dtvallamenlo.
DÉVALER (dé-va-lé) , v. a. \\ 1' Faire descendre quelque chose. Dévaler du charbon à la cave. Un sac que je dévalais à terre avec une corde, J. i. rouss. Prom. 6. || Dévaler les degrés, les descendre. Il a° F. n. Descendre, aller en bas. Ouvrez de par le roi; au diable I un qui dévale! Régnier, Sat. xi. Payen [nom propre], sau-vons-nous de ta .salle; Voilà le nuage crevé; Oh ! comme à grands flots il dévale; Déjà tout en est abreuvé, st-amant, ûEuires, 79. Pauvres enfants [Auvergnats] qui dévalentbien tristes de leurs montagnes, CHATEAL'B. Clermont, t22. Il Fig. On ne montera point au rang dont je dévale, CORN. Rodog. n, 2. || 3' Se dévaler, v. réfl. Être dévalé, descendu. La chenille qui s'est dévalée à l'aide d'un fil de soie extrait de sa filière, remonte assez vite et avec une adresse admirable en saisissant avec ses premières jambes une portion plus élevée du fil qui la tient suspendue, bonnet, Observ. 8', Insectes.
— REM. Ce mot, dans le sens propre, est vieilli et populaire; cependant on peut le rajeunir par un emploi heureux, comme a fait Chateaubriand, ou par un emploi technique comme Bonnet; mais, dans un sens figuré, comme chez Corneille, il est tout à fait hors d'usage.
— HIST. xii* s. Li cops [le coup] dévale par delez le blason [bouclier], llonc. p. 88. jj xiii" s. Peor ot Renart de morir. Si a esté moult effreez. Mes li cox [coq] est jus de.svalez, Ren. 2076. Et viellesce, scez où demore? Dire le te vueil sans demore : Car là te convient-il aler, Se mort ne te faitdesvalerOu tens dejonesce en sa cave, la Rose ,t639. As ciex firent lor habitacles, N'onc puis, se ne fu par miracles. N'osèrent çà jus dévaler, ib. 64(7.Comment Raison, de Dieu aimée, Est jus de sa tour dévalée. Qui l'amant chastie et reprent De ce que fol Amour emprent [entreprend], tb. 2978. ||xiv' s. Ay sire! font ilz, par Dieu le roi amant, Nous avons oy gent qui vont en dévalant La voie du chastel.... Guescl. (6657.
Il xv s. Et ordonnèrent trois batailles sur le dévaler de la montagne où ils estoient logés, froiss. i. I, 4t. Il se hasta tant de dévaler la montée, qu'il estoit près hors d'haleine comme il vit son père, LOUIS XI, Nouv. u. X l'aide d'une corde qu'elle lui dévala , il fit tant, qu'il fut en la chambre , id. tb. lvii.
Il xvi* s. Par ycelluy avecques deux mains montoyt, puys devalloyt si roiddement que.... rab. Car. I, 23. Je me vois semblable X ceux qu'on dévale au tombeau, marot, Ps. 143. Les yeux me troublent à monter devant une grande lumière comme à dévaler à l'ombre, mont, x, 224. Use devalla la nuict avec des cordes par une petite fenestre estroite la long de la muraille, amyot, /'. ASm. 42. Couvert de sa petite housse. Qui jusqu'au bas luy devalloit, Sat. Mén. p. 2)6.
— ÊTYM. Dé.... préfixe, et t'ai; aller le long d'un val. Bourguig. devaulai; provenç. davalar, devalar; ital. divallare.
DÉVALISÉ, ÊE (dé-va-li-zé, zée), part, passé. Dépouillé par des voleurs d'un bagage de voyageur. Jupin et son fils déguisés En deux marchands dévalisés, SCARRON, Gigantom. v.
t DÉVALISEMENT (dé-va-li-ze-man), s. m. Action de dévahser; état de celui qui est dévalisé.
— HIST. XVI' s. Desvalisement, oudin, Dict.
— ÉTYM. Dévaliser.
DÉVALISER (dé-va-li-zé), v. o. ||1» Voler à quelqu'un sa valise, ses bardes, son argent. Une escorte de 60 hommes armés qui souvent dévalisent ceux qu'ils accompagnent, p. l. cour. Lett. i, 66. || 2° Par extension. Et le gros marchand, vous l'avez dévalisé [gagné au jeu] ? hamilt. Gramm. 3.
— HIST. xvi* s. Ils furent en divers lieux et diverses occasions chassez, dovarisez, d'aub. Ilist. i. 222. Dévaliser, id. Ilist. ii, 282. U se jectoient su^
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les marchands et les desTalisoient de l'argent de leurs marchandises, CARL. vi, 3. Le soMat de Lucullus ayant esté desvnlisé par les ennemis, uont. II, 6. Il fut poursuivy, tué et desvaliséde toutes ses 'lespeschcs, dhant. Pescayre.
— Ktym. Di.... préfixe, et valise.
t DÉVALISKUR, EUSE (dé-va-li-zçur, zeû-z*),*. m. et f. Celui , celle qu\ dévalise. 11 a crié le premier au voleur, comme Arlequin dévaliseur de maisons, VOLT. Lett. cCArgenlal, 2 nov. <784.
— ÊTYM. Dévaliser.
tDÉVANAGAUI (dé-va-na-ga-ri),«. m. Sorte d'écriture ou (le caractère pour écrire le sanscrit. Le (lùvanàgari a été remplacé postérieurement par le bengali, qui en est une forme plus cursive. || Adj. Le caractère dévanâgari.
— ÉTYM. Sanscrit, deva, divin, et ndgari, sorte d'écriture.
DEVANCÉ, ËE (de-van-sé, sée), part, patte. Il 1° Avant qui on arrive. L'armée devancée par sa cavalerie. || Fig. La raison devancée par l'instinct. Il 2* Surpassé. I.e maître devancé par son disciple.
DEVANCER (de-van-sé. Le c prend une cédille devant o ou o;je devançais; nous devançons), v. a. Il 1" Dépasser en gagnant les devants. Devancer quelqu'un à la course. La reine dont ma course a devancé les pas, rac. [phig. i, 4. Sans murmure à l'autel vous l'alliez devancer, ID. Jfi(/ir. iv, l. Il craignait que je ne passasse entre la borne et lui; car mes chevaux, mieux ménagés que les siens, étaient en élat de le devancer, fén. Tél. v. || Il se dit aussi des choses avant lesquelles on arrive. Quel important besoin Vous a fait devancer l'aurore de si loin? RAC. Iphig. I, 1. Ce matin j'ai voulu devancer la lumière, ID. Èsth.n, t. Abner chez le grand prêtre a devancé le jour, ID. Ath. ii, «. Devançant la raison, croissant avec notre âge, volt. Fanât, m, 3. Il Par extension , faire quelque chose avant quelqu'un. Il croyait être le premier à demander cette place, mais d'autres l'avaient devancé. Le peuple, tout ravi, par ses voeux le devance, CORN. /iodoj. V, 2. ||2* Aller en avant. Les éclaireurs devancent l'armée. Il 3° Avoir le pas sur quelqu'un dans les cérémonies. Il 4* Précéder dans l'ordre des temps. Ceux qui nous ont devancés dans la carrière. Votre père et les rois qui vous ont devancés, rac. Théb. iv, 3. ||6° Surpasser, dépasser. Il devança tous ses rivaux. || Devancer le temps, l'âge, être plus avancé que ne comporte l'âge qu'on a. Il rompt l'ordre commun et devance le temps, hol. ilélic. l, 4. Et déjà son esprit a devancé son âge, rac. Ath. i, 2. {| Devancer son siècle, lui être supérieur par quelques connaissances que l'on a acquises et qui ne sont pas encore devenues la propriété de tous. Celui qui devance son siècle, celui qui s'élève au-dessus du plan général des mœurs communes, doit s'attendre à peu (le suffrages, diderot. Salon de (767, Œuvres, t. XV, p. ) 3, dans pougens. Combien peu d'hommes savent devancer leur siècle, et combien il doit être rare que le hasard les conduise aux grandes places l CONDORCET, MauTcpas. Il 6° Se devancer, aller plus loin l'un que l'autre. Ils s'efforçaient de se devancer dans la carrière.
— SYN. DEVANCER, PRÉCÉDER. Devancer vient de devant, et précéder a en composition la préposition latine prse qui veut dire en avant. De là vient que celui qui devance arrive le premier, et que celui qui précède marche en avant, en tête, le premier. Cette différence est purement étymologique et grammaticale, et, dans l'usage, les deux mots se prennent fréquemment l'un pour l'autre.
— HtST. XII' s. Assez [je] vel mieux devancer mon aage [mourir avant le temps], Ronc. p. 47. Il xiii's. Mes [mon] morirs devancira ratendre,ilticienncs poésies mss. t. i, p. 318, dans lacuhne. Il XVI* s. Souvent la renommée a devancé l'accident, MONT. I, 203. Pour faire le hardy et devancer ses compaignons, lo. ii, b2. J'ay des affaires et du mesnage en main, depuis que ceulx qui me devanceoient en la possession des biens que je jouys m'ont >|uitté leur place, id. m, 69. Le premier qui s'advisera de se poulser en faveur et en crédit par cette voye là [la bonté et la justice], je suis bien deceu si, à bon compte, il ne devance ses compaignons, iD. m, 60.
— ÉTYM. Dé.... préfixe, et arant; picard, devancher; provenç. devancir. La conjugaison en ir se trouve aussi dans l'ancien français.
DEVANCIER, 1ÈRE (de-van-sié, siê-r'), ». m. et f. Celui , celle qui a précédé un autre dans une cariiftre, un emploi. Ce peintre n'imite point ses devanciers. Je tiens cela de mon devancier. Les armes sa sft) deranciàres [celles qui étaient en charge
avant elle] se voient en beaucoup de lieux, pàtru, Plaidoyer <«. \\Auplur. Aïeux. Imitez l'exemple de vos illustres devanciers.
— HlST. xni* s. As us et as coustumes que si devancier l'ont gardé par devant lui, tin. de» met. 4.1. Toutes ces choses a usé cil Guerins et si devancier très letensaubon roi Phelippe, tb. 263. On pot sivir [suivre] les oirs du plet qui fu commenciés contre lor devanciers, beaum. vi,29. Sire, nous nous merveillons moult que rostre volonté est tele, que vous voulez donner au roy d'Angleterre si grant partie de vostre terre que vous et vostre d(îvancier avez conqui.se sus li et par leur meffail, joinv. 292. || xv* s. Or m'est avis que c'est grand ennui de piteusement penser et aussi considérer que ces grands bourgeois et ces nobles bourgeoises et leurs beaux enfants, qui d'estoch et d'extraction avoient demeuré, et leurs devanciers, en la ville de Calais, devinrent, FHOiss. 1,1, 323. Il n'a riens de bon en la ville Dont je ne soye devancière [que je n'aie le premier], e. DEScn. Poésies mss. C 378, dans lacurne. jj xvi* s. Ils [les principes d'Aristote] ne sont non plus exempts du boute-hors qu'estoicut leurs devanciers, hont.
— ÉTYM. Devancer. Dans E. Deschamps, devancière est le nominatif dont le régime serait devanceor (devanceur) ; débris de cas qui au xv* siècle disparaissaient très-rapidement.
DEVANT (de-van ; le t se lie : de-van-t un arbre), pr^p. Il 1* En avant, dans la direction de l'avant, en face. Il se promenait devant la maison. Assis devant le feu. Passer devant quelqu'un. Mettre le siège devant une ville. 11 était d'avis que ce trop fidèle disciple fût fouetté devant la porte du collège par la main du bourreau, pasc. Prov.S. || Fig. Les services d'Hipal en ce même moment Lui reviennent devant la vue, la font. Fiancée. Un roi sage.... Craint le Seigneur son Dieu , sans cesse a devant lui Ses préceptes.... rac. Àth. iv, 2. || AUerdevant soi, cheminer sans s'écarter de son chemin; et fig. Être simple d'esprit. Alix était fort neuve sur ce point; Le trop d'esprit ne l'incommodait point.... La pauvre dame allait tout devant elle, la pont. Faiseur. Il 2* En présence de, avec cette nuance que les personnes sont supposées nous regarder. Je vous jure devant Dieu. Cela fut dit devant plus de vingt personnes. La parfaite valeur est de faire, sans témoins, ce qu'on serait capable de faire devant tout le monde, la Rochefoucauld, dans bjchelet. Un plus noble dessein m'amène devant vous, bac. Phèd. V, t. Je nomme à M. Basnage, M. Basnage luimême, et je lui demande devant Dieu quel intérêt il peut prendre à excuser, comme il fait, une si noire entreprise, Boss. Déf. Var. <*• dise. § **■ Vous êtes souples devant les hommes et orgueilleux devant Dieu, bourdal. Purifie, de la Vierge, Uyst. t. il, p. t63. Tous les cœurs des Romains.... Dans ces solemnités volent devant Titus, volt. Brutus, m, a. Tâchons de mourir aussi saintement qu'elle; nous nous reverrons devant Dieu , harmontel, Hém. xi. Il Être devant Dieu, être mort. || Par extension. Devant quelqu'un, à ses yeux, à son esprit. Un tel abrégé, monseigneur, vous propose un grand spectacle; vous voyez tous les siècles précédents se développer, pour ainsi dire , en peu d'heures devant vous, BOSS. Hist. Dessein général. Que peuvent devant vous tous les faibles humains? rac. Iphig. iv, 9. Quant à Daniel, depuis ce jour-là et dans la suite du temps, il devint grand devant le peuple, saci, Bible, Daniel, xui,64. Nous sommes tous égaux devant Dieu, mais devant les hommes ce n'est pas de même, Marivaux, Pays. parv. t. n, 3* part. p. 37, dans POUGENS. Ces prêtres ombrageux M'ont dépeint devant vous comme un monstre, un impie, df.lav. Vêpres sicil. m , 2. {| Fig. I>es gouvernements devant l'opinion publique. Devant la honte qu'd allait encourir, il s'arrêta. Devant de tels objets l'amour a peu de charmes, volt. Tancr. i, 2. Ces Castillans, autrefois si redoutés, sont aussi petits devant la superstition que des esclaves asiatiques en présence de leur despote, raynal, Uist. phil. vu, si. Non, je ne le puis croire, et ma raison tremblante Devant le châtiment recule d'épouvante, delav. Yépr. ticil. m, *. Il Terme de pratique. Cette affaire a été portée devant tel tribunal, elle est soumise à son jugement. Il 8' En avant de. Porter quelque chose devant soi. Je me figure encor sa nourrice éperdue Qui devant les bourreaux s'était jetée en vain, rac. Ath. i, 2. Il Avoir du temps devant soi, avoir du temps de reste pour faire quelque chose. || Avoir de l'argent devant soi, avoir une réserve d'argent disponible. Il 4* Préposition d'ordre par rapport au lieu, à la place et par opposition à apri*. C'est mon ancien ,
il passe devant moi. || Fig. L'intérit de l'honneur va devant l'amitié, botbou, Bélis. iv, ». La vie va devant toutes choses halr Traité det bienf. de Sénèqtu, i, 40. A vous paner fr^riCuemeût, l'intérêt du directeur va presque toujours devant le salut de celui qui est sous sa direction, et-évrem. Conv. du P. Canaye. Je mettrai désormais ma santé devant toutes choses, sÉv. Mt. Tant que vous mettrez toutes sortes de choses devant votre santé.... ID. ï»6. En France j'ai des parents, à Rome j'ai des amis, et je mets l'amitié bien loin devant la parenté, p. L. cour. Lett. I, î69. ||B* Préposition d'ordre par rapport au temps et marquant l'antériorité. Devant cet ouvrage Vous n'en vîtes jamais qui fût digne de vous, halh. iv, 8. Le ciel devant les temps avait marqué pour lui Ce trésor amoureux qu'il possède aujourd'hui, rotbou, Bélit.iy, 3. Devant ce temps [vingt ans] l'on est enfant, pasc. Sur l'amour. Devant toutes choses je lus quatre de vos lettres, sÊv. 166. Je ne vous dis ici que ce qu'a dit Voiture: L'ami de Mécénas, Horace, dans ses sons. L'avait dit devant lui; devant eux la nature L'avait fait dire en cent façons, la FONT. Poétiet mêlées, lviu. De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore, id. Fabl. vi, ti. Si les Egyptiens n'ont pas inventé l'agriculture, ni les autres arts que nous voyons devant le déluge, boss. llitt. m, 3. Un peu devant sa mort, u>. ib. i, 3. Us ajoutaient deux points dignes d'une particulière considération : l'un, que tous les enfants des fidèles étaient sanctifiés, et qu'aucun de ces enfants, qui mouraient devant l'usage de la raison, n'était damné; l'autre... ID. Variât. <4. || 6* .4di\ Exprimant un rapport de situation en avant. Courez devant Mettez cela devant; moi, je mettrai ceci derrière. Vous alliez devant; lui allait après. Nos amis sont devant; allongez le pas, vous les rattraperez. |{ Terme de marine. Être vent (levant, se dit d'un navire qui est debout au vent, qui reçoit le vent sur ses voiles en le prenant de devant. Donner vent devant, présenter sa proue au vent par suite d'une manœuvre. Prendre vent devant, présenter sa proue au vent par suite d'un accident. || Fig. Cet homme est vent devant, il ne sait quel parti prendre. || Terme de vénerie. Un valet de limier met devant, quand il déploie le trait et commence sa quête. || 7* Il exprime un rapport d'antériorité dans le temps, auparavant. Ses flots.... Sont trouvés par ceux qui les boivent Aussi peu salés que devant, malh. iv, 6. Avecques un bon jour amis comme devant, Régnier, Sat. m. Que si, comme devant, il vous faut encor suivre. J'y consens.... mol. l'Étour. V, 3. Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis gros Jean comme devant, la pont. Fabl. vu, iO. Le père avait longtemps devant Cette fille légitimée. .. m. Coupe. ....La joie que me donne souvent l'avance d'années que j'ai sur vous; vous savez que je ne suis pas insensible à la tristesse de cet état; mais je le suis encore moins à la pensée que les premiers vont devant [meurent d'abord] , et que vraisemblablement et naturellement je garderai mon rang avec ma chère fille, sév. 6I3. On s'arrête là [à une époque] pour considérer comme d'un iieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après, et éviter par ce moyen les anachronismes, boss. Hist. Dettein général. Une constance qu'il n'avait jamais connue devant, bamilt. Gramm. n. L'aumônier [de l'Evêque] mangeait devant, à la table du maître d'hâtcl, stsih. 32, 120. Il 8* Ci-devant, Inc. adv. Précédemment. Comme nous avons dit ci-devant. || Autrefois. 11 demeurait ci-devant en tel endroit. Ci-devant employé. Il Adj. invar. Les ci-devant récollet.s, les récollels qui ne le sont plus. Un ci-devant noble, un noble qui ne l'est plus. || Pendant la Révolution on a dit populairement, par abréviation, un ci-devant pour un noble, les lois révolutionnaires ayant aboli la noblesse. Les ci-devant. || Il s'emploie encore dans le style familier et par moquerie devant un qualificatif. Un ci-devant jeune homme. Un ci-devant beau. Il 9* Sens devant derrière, loc. adv. Voy. sens. Il 10* Devant derrière, en mettant le devant à la place du derrière. Trébuchant par le cul s'en va devant derrière, Régnier, Sat. x. || il* Devant que, loc. eonj. gouvernant le subjonctif, avant que. Ils pourraient facilement détruire le cardinal Mazarin, devant qu'il eût le temps de s'établir, la rochkf. Uém. te. Je crie toujours : vodàqui est beau, devant que les chandelles soient allumées, MOL. Préc. <o. Et devant qu'il vous pût 6ter à mon ardeur. Mon bras de mille coups lui percerait le cœur, ID. Éc. des marit, ni, s. Devant que l'Amour fût le mari de I^syché, c'était son amant, la pont. Psyct^y u, p. <36, Cependant devant qu'il fût nuik
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H arriva nouvel encombre, la FONT.Fabl. ix, • o. Celleci prévoyait jusqu'aux moindres orages, Et devant qu'ils fussent éclos, Les annonçait aux matelots, p. ib. I, s. Vous l'apprendrez devant qu'il soit demain, m. Psaut. Deux ans devant qu'il [Galérius] eût obligé Diôclétien à quitter l'empire, Boss. Ilist.i, lo. Il était devant qu'Abraham fùtfait, id. ib. n, «. Couronnonsnous de roses, devant qu'elles soient flétries, id.ii, Finit. 3. Ces vérités subsistent devant tous les siècles et devant qu'il y ait eu un entendement humain, ID. Connaiss. IV , i Etdevantque votre âme, Prévenant mon espoir, m'eût déclaré sa flamme, bac. Baj.y, *. Ah! devant qu'il expire.... id. ^ndr. v, t. .... Devant qu'il soit deux ans Je veux que l'on me voie avec des airs fendants. Dans un char magnifique.... REGNARD, Ménechmes, iv, 2. Et devant que je meure, Consolez mes vieux ans dont vous faites l'espoir, VOLT. Tancr.j,*. || Devant que de, avec l'infinitif, même sens. Le sang.... est plus subtil et plus vif, et plus chaud après en être sorti [du cœur], c'est-à-dire étant dans les artbres, qu'il n'est un peu devant que d'y entrer, c'est-à-dire étant dans les veines, m:sc. Wéth. 5, 8. Depuis que je suis parti de Madrid, j'ai fait, devant que de venir ici, deux cent cinquante lieues d'Espagne, qui n'en valent guère moins que cinq cents de France, voit. Lett. 4 3. Devant que de prendre connaissance de ces distinctions, hamilt. Gramm. i. Il lui demanda, devant que de l'acheter, à quoi il lui serait propre, LA FONT. Vie d'Ésope. Devant que de procéder à l'ordination, boss. Yar. 7. |1 Devant que, avec l'infinitif, même sens. Et devant que mourir ou d'une ou d'autre sorte, Régnier, Élég. i. Si devant que sortir des confins d'Italie, la font. Joe. Autrement il mourrait devant qu'être à la ville, id. Fabl. VI, (6. Si, devant que mourir, la triste Bérénice Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur, ID. Bérén. iv, 6. || 12° S. m. La partie antérieure. Le devant de la tête. Les pieds de devant. Le devant d'un édifice. Loger sur le devant. Rangez cela [une déchirure à un vêtement] du côté de la muraille, et présentez toujours le devant au monde, mol. Avare, m, 2. Paul Scarron et sa femme [depuis Mme de Maintenon] n'avaient pour tout logement que deux chambres sur le devant, séparées par l'escalier, une cuisine sur la cour, et un cabinet où couchait un petit laquais, saint-foix, Ess. Paris, t. m, p. 303, dans podgens. || Fig. et familièrement. Il bâtit sur le devant, se dit d'un homme qui engraisse et prend du ventre. Elle bâtit sur le devant, se dit d'une femme enceinte. || Terme de vétérinaire. Cheval serré du devant, cheval dont les membres antérieurs sont trop rapprochés. Large du devant, ou trop ouvert, disposition inverse. || Devant de perruque, les cheveux bouclés qui couvrent le front. || Terme de marine. Synonyme d'avant ou même deproue.|| 13° Ce qui se met devant quelque chose. Un devant d'auteL || 14° Le devant, ce qui précède dans un écrit. Les décisions d'Escobar sont commodes, en ce qu'étant indépendantes du devant et de la suite, et toutes enfermées en de petits articles, elles ne sont pas sujettes & vos distinctions, PASG. Prov. <2. Il 15* Les devants d'un tableau, les premiers plans. || On le dit aussi au singulier. On voit sur le devant un soldat mort ou blessé, Diderot, Salon de <766, Œuvres, t. xiii, p. <69, dans POUGENS. Il L'avance qu'on a. Prendre , gagner le devant, les devants, partir avant quelqu'un ou le devancer en route. Alors que le roi passe, il gagne le devant, Régnier, Sat. x. Il leur ordonna de prendre les devants, bahilt. Gramm. s. Le duc de Mayenne prit toujours le devant avec un corps d'environ dix mille hommes, anquet. Ligue, m, p. (50. Il Fig. Prendre les devants, prévenir quelqu'un, le gagner de diligence en quelque affaire. Ainsi je me comptais de ses premiers suivants. Mais déjà Vinius avait pris les devants, cohn. Othon, i, t. Ils vous écriront; pour moi je prends les devants, sév. 57. Il Prendre les devants, prendre d'avance toutes les mesures nécessaires. M. l'abbé de Choisy fut reçu sans opposition [à l'Académie] ; il avait pris tous les devants qu'il fallait auprès des gens qui auraient pu lui faire de la peine, rac. Lettre à Boileau, 5. Il Terme de vénerie. Prendre les devants, se dit (juand on a perdu la voie d'une bête et que l'on fait un grand tour pour en rencontrer d'autres. Prendre les devantsd'une enceinte, c'est en faire le tour avec un limier, afin qu'il se rabatte des voies qu'il rencontrera. Prendre les grands devants, rechercher, dans un défaut, la voie d'une bête de meule, en avant de l'endroit où le défaut a lieu. || 16° Au-devant de, Joe. prép. X la rencontre de. La foule se portait au-devant du prince. Il va au-devant des en-
nemis, FÉN. Tél. X. Il Fig. Aller au-devant de, prévenir. Aller au-devant d'une objection. La loi vient au-devant de l'Evangile, boss. Ilist. u, 13. Il va audevant de tout ce que je puis souhaiter, pén. Tél. XIII. Il Au-devant, loc. adv. X la rencontre. Aller audevant. Il se porte au-devant, lui parle, le cajole, RÉGNIER, Sat. VIII. Il Fig. Aller au-devant, faire les premiers pas, être le premier à entamer une affaire, à se réconcilier, etc. Quand nous avons quelque différend ma sœur et moi, si je fais la froide et l'indifférente, elle me recherche; si elle se tient sur son quant-à-moi, je vais au-devant, la font. Psyché, II, p. HO. Il Courir au-devant, s'exposer à. Tel qui les craint [les tentations] court au-devant; Tel qui les fuit s'y précipite, CORN. Imit.i, 13. || 17°Par- (ievant, loc. adv. Par la partie antérieure. Il le saisit par-devant. C'est toujours par-devant qu'ils se trouvent blessés, TRISTAN, PonlWe, iv, 2. Ils avaient reçu leurs blessures par-devant, vaugel. Q. C. liv. III, ch. H, dans bichelet. || Terme de palais. Par-devant, loc. prépos. En présence de. L'arrangement se fit par-devant notaire. Je ne donne mon coeur que par-devant notaire, regnard, Joueur, IV, 9. Il 18° Dès devant, dès avant. Et les sergents et les procès Et les créanciers à la porte Dès devant la pointe du jour, la font. Fo6J. xii , 7. || Proverbe. Les premiers vont devant, c'est-à-dire les plus diligents ont l'avantage. || Voy. au-dkvant à son rang alphabétique.
— REM. 1. Devant que ou devant de , avec un verbe, a été condamné comme une expression vieillie; mais, cette locution étant autorisée comme elle est, on pourrait très-bien s'en servir, surtout en poésie. Il 2. Il lui est allé au-devant est une locution incorrecte; il faut dire : Il est allé au-devant de lui. Cependant on la trouve quelquefois : Vous semblet-il point que vostre cœur se tourne de son costé et en certaine façon luy va au-devant? ST pr. de sales, p. B58. Voy. aussi l'hist. au xV s. || 3. Pourquoi au-devant avec un trait d'union, et au delà sans traitd'union? Le mieux, c'est-à-dire le plus simple, serait de supprimer le trait d'union.
— lliST. XI* s. N'i a casiel qui devant lui remaigne, Ch. de Roi. i. Blanoandrins vint devant l'empereor, ib. xxxi. Terre major moût est loin ça devant, ib. cxxxii. Si com li cers s'en va devant les chiens, ib. cx.xxix. De devant sei [il] fait porter son dragon, ib. ccxxxvii. Seigneur baron, devant chevaucherez, ib. ccxxxviil.
— xn* s. Devant le roi vint dus Naymes errant, jRonc. p. 36. Tout primerains devant [en avant de] sa compegnie Va demandant pris de chevalerie, ib. p. 68. L'eve de Sebre lor estoit de devant, «6. p. <09. Li amiraus a parlé tout devant [le premier], ib. p. <<». Tout droit à Blaive [ils] en sont devant aie, ib. p. tes. Et [il] s'est assis sur moi en mon devant, ib. p. (63. Une beauté m'est venue devant. Qui me semontet prie que je chant [chante]. Coud, v. Car sa beautez me fait tant esbahir Que je ne sai devant li [elle] nul langage, ib. xix. Et que pourront dire si ennemi [de Dieu] , Là où li saint trembleront de doutance Davant celi qui onques ne menti ? qïïesnes , Romancero , p. 96. Et Gilemers l'Escot dit outrage et folie. Quant de ceste besogne devant tous vous desfie, Sax. xx. Salomons les apele devant le duc Richart, ib. xxix. E pis que nuls qui devant lui out ested, envers nostre Seignor uverad [il agit] , iiois, p. 309.
— xiii* s. Et passèrent par-dovant Constantinoble, si près des murs qu'on peust traire desus etseur les tours, viLLEH. LXii. Halasl quels damages leur avint el quaresmes, devant ce qu'il [avant que] deussent movoir, m. xxix. Devant en la poitrine bien il [le] sut assener [le coup], Berte, m. [Elle] Fut devant le roi Flore son père à genous mise, ib. vi. X désire etàsencstre, et devant et derrière, ib. ïxviii. [Que] Leur maie traïson devant tous en appert, ib. xxxiv. Devant la mienuit li tems un peu s'escure, ib. xui. J'ai dit à la royne que [vous] ne venrez noient , Devant que il sera près de l'avesprement, ib. Lxxxiii. Il a tantost Morant par devant lui mandé, ib. cm. Mais or en savons mains [moins] que ne savions devant, ib. cvir. Ci devant [en face] maint [habite] Symons, preudoms est durement, ib. ex. Vers la terre viennent siglant : Li vens lor est venus devant; Ne porent prendre cil le port; Adont i ot grant desconfort, iat de Melion. Et ainsi comme les anciens dient, les roys de Jérusalem qui furent devant le roy Jehan, tindrent bien ceste coustume,
JOINV. Î47.
— XIV* s. Et au devant il sont paisibles sans estre esmeus, oresmb, Eth. 82. Quant deux personnes sont amis, c'est sainte chose que devant [de
préférence] honnorer et préférer vérité, id. ib. vi, to. Là furent li Juif ainsi comme devant, Et sauvé de la mort, ainsi conje vous chant, Guescl. 9723. Les sajettes de coili fer furent trenchant. Retournèrent sour iaus [eux], che que derier devant, Baud. de Seb. v, 260.
— XV* s. Là [à Bristol] furent pris ledit messire Hue le père et le comte d'Arondel, et amenés par devant la roine, froiss. i, i, 20. En devant ce temps, en l'an de grâce mil trois cent soixantequinze, estoit advenu une cruelle justice en la cité de Bordeaux, id. ii, ii, 2. Là furent toutes les paroles au devant dites relatées et proposées, entendues, accordées, id. i, i, 96. Ainsi chevauchoit le comte Derby le pays d'un lez et d'autre; ni nul ne lui alloit au devant, et conqueroit villes, cités et chasteaux, id. i, i, 243. Plusieurs horribles faits qui eussent esté faits, se il ne fust allé au devant, dont il fist aumosne et gentillesse, id. i, i, 272. Quand la roine ouït ces nouvelles, si fut plus desconfortée et esbahie que devant.... id. i, i, t2. Et avoientune grande haye et ung fossé au devant d'euli, COMU. I, 3. Leur remonstroit et leur mettoit au-devant les dommages qui estoient pretz de leur venir, id. ui,3. Le dit prince print congié du dit duc le soir devant la bataille, id. v, 3. Hz en tuèrent une partie devant que ilz sceussent gaignerla ville, id. iir, 3. Jamais robe ne vestira Que de blanc, ne ne partira Dont il est, que les pieds devant. Patelin. X tromper devant et derrière, Estoit un homme diligent, VILLON, i" Repue franche. Et entreprint le chirurgien à guarir cet œil. Dieu devant [après Dieu],