G. DE SERRES
— ÉTYM. Forme provençale du participe passé équivalente à dor^e (voy. dorer).
DORADILLH (do-ra-di-U', Il mouillées), s. f. Un des noms vulgaires d'une fougère, le cétérac officinal, appelé aussi doradille d'Espagne.
t DORAUON (do-ra-don), s. m. Nom vulgaire et spécifique d'un poisson, la coryphène doradon.
f DORAGE (do-ra-j'), s. m. || Action de dorer. Il Terme de cuisine. Couche légère de jaune d'oeuf dont on enduit le dessus de la pStisserie. || Action de couvrir d'une belle étofl'e un chapeau commun pour le faire paraître plus fin.
— ÉTYM. Dorer.
i DORCADE (dor-ka-d') ou DOKCÂS (dor-kas'), ». f. Espèce d'antilope.
— tTYM. Aopxàç.
DORÉ, ÉE (do-ré, rée), part, passé, jj !• Recouvert d'une couche d'or. Un livre relié en veau et doré sur tranche. De l'argent doré. Ces palais tout dorés qu'assiège la misère, u. s. cbén. Gracques, a, i. Que font ces nains si bien parés Sur des trd- Jes à clous dorés? bérano. Bon Dieu. X la vue de ^ette ville dorée [Moscou, dont les coupoles étaient dorées], de ce nœud brillant de l'Asie et de l'Europe, de ce majestueux rendez-vous où s'unissaient le luxe, les usages et les arts des deux plus belles parties du monde, nous nous arrêt&mes.... séguh, Hist. de ATap. viii, 4. || 2° Qui est fait d'or. U faudrait craindre peu pour la toison dorée, corn. Tois. i, 4 . Mais si Plutus revient de sa source dorée Conduire dans mes mains quelque veine égarée, A. CHÉN. Fragments, p. <71. || Siècle doré, Ige doré, s'est dit pour âge d'or. Vivre au siècle «Je Marie Sera vivre au siècle doré, ualii. lu, 2. Il 3° 11 se dit des objets qui sont d'un jaune brillant. Jaune doré. Cheveux d'un blond doré. || Qui a une belle couleur, en parlant du rAti. Ce chapon est bien doré. || PMisserie dorée, pâtisserie enduite d'un mélange de jaune d'œuf et debeiirre. || 4° Fig. Riche, brillant. Quand je vois un homme doré décrier le luxe, J. ). Bouss. Hél. u, *e Ces rois,
cour dorée et nombreuse. Qui naguère peuplait d'une tente poudreuse Le vestibule impérial I y. uuoo, Odes, m, 7. || Être doré comme un calice, avoir des habits chargés de galon ou de broderies d'or. Il Jeunesse dorée, nom donné à des jeunes gens de la classe riche et moyenne qui, à Paris, s'étaient associés, en 4 7»t, pour soutenir les thermidoriens. Il 6* Fig. Qui est comme embelli par une couche d'or. ....par des fers dorés se laissent entraîner, corh. Cinna, il, 4. Mots dorés en amour font tout, la FONT. Pdié- M. le duc d'Orléans nous lit un discours bien doré pour nous persuader de n'innover rien, ST-siM. 4*7, 27. Les vertus les plus sublimes N'étaient que des vices dorés, lauart. Harm. m, i. Il Familièrement. Avoir la langue dorée, avoir l'art d'endoctriner, de séduire. || Vers dorés, vers sentencieux attribués à Pythagore. || La légende dorée, nom de l'histoire des saints par Jacques de Voragine. Il 6* Terme de vénerie. Fumées dorées, ou, substantivement, les dorées, fumées du cerf qui sont jaunes. Il 7° S. m. Dorure. Le doré d'une glace. || 8" Doré de soufre, espèce d'agaric. || Proverbes. A vieille mule frein doré, se dit des vieilles femmes qui se parent, d'une marchandise qu'on pare pour s'en défaire. || lionne renommée vaut mieiu que ceinture dorée (voy. csiHTuaK).
DOR
t DORÉE (do-rée), *. f. \\ 1* Tranche de pain fort mince, sur laquelle on a étenuu une légère couche de beurre ou de confitures. 1| 2* Ancien synonyme générique de zée, et nom vulgaire d'un poisson, le lée forgeron, dit aussi truie et poisson Saint-Pierre. Il 8- Terme de chasse. Voy. dob«.
— ÉTVM. Doré.
t DOREme (do-rê-m'), s. m. Terme de botanique. Nom de genre de plantes ombellifères, ayant le port du panais, sécrétant une gomme résine. Le dorema ammnniacum fournit la gomme ammoniaque.
DORÉNAVANT (do-ré-na-van), adv. de temps. X partir de ce moment, à l'avenir. Nous nous sommes levés ce mois-ci à six heures du matin; dorénavant nous nous lèverons à cinq. Cessez, dorénavant, pensera irrésolus. D'épargner des enfants que je ne verrai plus, corn. Kidée, v, i. Crois que dorénavant Chimène a beau parler ; Je ne l'écoute plus que pour la consoler, id. Cid, iv, 3. Qu'ils soient dorénavant ton unique entretien, id. Hor. iv, b. Au lieu de déplorer la mort des autres, grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte, BOss. Louis de Bourbon. Le peuple romain, ayant abattu les Gaulois et les Africains, ne voit plus rien à craindre et combat dorénavant sans péril, lo. Hist. i, ». || Corneille a employé dormacan» dans le sens de depuis lors: Et le tronc sous les fiots roule dorénavant, Pomp. li, 2.
— UEM. Doresenavant est une forme archaïque et actuellement inusitée.
— HIST. xii* s. D'ore en avant serons nous compeignon, flonc. p. <40. Or est l'amors coneûe et provée; D'or en avant [je] serai à vos devis [disposition], QUESNKS, Romancero, p. 407. || xiu* s. Si auroie dès ore en avant mestier [besoin] de reposer, viLLEH. xxxii. Et li metés bien en convent [convention] Que jamès dès or en avant Ne ferés riens qui lui desplese, la Rose, 3(64. || xv s. Or soit Dieu gracié et mercié : car je mourray plus en paix dorénavant, puisque je say que.... proiss. i, i, 47. Il xvi* s. Et dez lors en avant traicta humainement luy et les siens, mont, i, 2. Nostre mescompte ne pourroit d'ores en avant excéder vingt et quatre heures, id. iv, (77. Et nous aussi doresnavant en escrivant le reste de sa vie n'userons plus d'autre nom, amyot. Public. 4».
— ÉTYM. Formé de la préposition de, ore [heure] , en, et avant : de l'heure présente en avant; génev. dorénavant (prononcé do-ran-na^ant, ran comme dans l'on; cette prononciation est aussi celle de plusieurs provinces), et d'ores en avant.
DORER (do-ré), V. a. || 1* Couvrir d'or moulu ou d'or en feuilles. Dorer un calice. Dorer à la pile. L'opulence a doré Jusqu'à ta couchette , bérang. Lisette. Il Cet homme est fin à dorer, il est très-fin, par allusion à l'or qui doit être très-fin pour être employé en dorage. || Terme de pharmacie. Dorer une pilule, la recouvrir d'une mince couche d'or pour que le goût n'en soit pas senti. ||Fig. Dorer la pilule, adoucir par des paroles flatteuses les regrets que cause une chose désagréable. Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule, mol. Amph. m, n. La pilule, à vrai dire, était assez amère; Mais il sut la dorer, et, pour me satisfaire. D'un b«ii contrat de quatre mille écus II augmenta la dot.... la font. Contrat. Il Fig. Dorer les fers, cacher sous quelque apparence ce qu'une servitude a de déplaisant ou de honteux. Toute autre liberté n'est qu'un long esclavage Qui cache ou qui dore ses fers, corn. Imit. i, 2(. || Absolument. Dorer sur bois, appliquer de l'or sur des morceaux de sculpture, comme cadres pour tableaux, pieds de table, etc. j| Dorer sur tranche, appliquer de l'or sur la tranche d'un livre. || Terme de tireur d'or. Appliquer plusieurs couches d'or en feuilles sur un lingot d'argent. || 2" Donner une teinte d'or. Les rayons du soleil doraient le sommet des montagnes, PÉN. Tél. m. Dès que l'aurore vint dorer l'horizon, Ulysse prit sa tuniqueet son manteau, id. t. XXI, p. 337. Des couleursdu malin tu dores les coteaux, LAMAHT. Jfe'd. u, 23. || Le soleildore les moissons, c'est-à-dire les jaunit en les faisant mûrir. Il Fig. [ô vie!] Que tu sais bien dorer ton magique lointain I Qu'il est beau l'horizon da ton riant malin! LAMART. Uarm. iv, H. || Terme de pâtisserie. Étendre du jaune d'œuf délayé sur de la pâtisserie. Il Terme de marine. Dorer un vaisseau, l'enduire de suif à l'extérieur. || 3' Se dorer, v. réfl. Être enduit d'une couche d'or. Le bronze se dore avec la pile électrique. || Prendre une teinte d'or. Les moissons, les raisins, les champs se dorent. |{ Fig. De vouloir sottement que mon discours se dore Aux dépens d'un sujet.... r&gnier, Sat. vi.
— UIST. xu* g. (U] Ceint Duraudart dont li poins
DOR
[la poignée] fu dorez, Bonc. p. »». || xin* ». QuensTibautdoré d'envie. De félonie fretté , De faire chevalerie N'estes vous mie alosé, hdes de la perte, Romancero , p. ( 87. Cest oignement que ci veez. De quoi estes oinz et dorez, Fabliaux vus. n' 79»e, dans LÀCUHNE. De rechief que lormier [selliers] puissent bien dorer et estamer toute bone œuvre, Liv. des met. 382. Il XIV* s. Ains n'i ot tralson faite ne devisée, Ne receû argent, ne monnoie dorée, Guescl. 8389. Veoir ne pui [je ne peux] la dorée toison. Ne les Indes ne de Rouge mer onde, hachaot, p. <32. Il xv* s. Ils ouvrirent le casier, où ils trouvèrent le pauvre prisonnier, doré et empapiné d'œufs, de fromage et de lait et autres choses plus de cent, LOUIS XI, Nouv. Lxxiii. Il XVI* s. Us roynes à cousié de leurs roys; la dorée sus le carreau jaulne, l'argentée sus le carreau blanc [aux échecs], bab. Pant. V, 24. Comment, seipneurs, refusez vous à ouïr un personnage qui a le langage si bien doréT amyot, Démoslh. 3a. Les peinctures de quoy la poésie a embellyl'aagedoré, mont, i, 236. On n'oseroil quasi comparoistre en bonne compagnie, qu'on ne soit doré comme un calice, langue, 4«i. Sa libéralité y estoit sur-tout très-nécessaire; d'aultant que s'il n'eust amplement doré ses parolles, il n'eust pas.... CABL. X, 21. L'urine est dorée et jaune, paué, Introd. <6. Les mots et sentences dorées, pasquieb, Recherches, p. 6(2, dans lacl'bne. Je faisoye un somme doré [excellent]. Sans point la nuit me re»vei'.Icr, l'Amant rendu eordelier, p. 626, dans la-
CURNE
— ÉTYM. Provenç. daurar; espagn. dorar; portug. dourar ; ital. dorare; du latin deaurare, de la préposition de, qui exprime ici l'action d'étendre, et aurum, or (voy. or, s. m.).
DOREUR, ECSE (do-reur, reû-z'), (. m. et f. Celui, celle qui travaille en dorure. Doreur sur bois. Doreur en cuivre. Les maladies des doreurs.
— HIST. XIV* s. X Jacques Leblond, doreur graveur pour des espérons, se laboroe, Émaux, p. 254.
— ÉTYM. Dorer; provenç. dauraire, daurador; catal. daurador; espagn. dorador; portug. daurador; ital. doratore. Dans le provençal, dauraire est le nominatif, et daurador , le régime.
f DORIDÉ, ÊE (do-ri-dé, dée), adj. Terme da zoologie. Oui ressemble à une doris, genre de mollusques nus.
DORIEN, lENNE (do-riin, riè-n'), od;'. ||1* Propre aux Doriens. Le dialecte dorien, et, substantivement, le dorien, le dialecte que parlaient les Doriens. Le dorien était parlé dans tout le Péloponnèse, dans la Sicile, dans la partie de l'Italie appelée la grande Grèce; U a été suivi par Pindare, Théocrite , Archimède, et par les philosophes pythagoriciens. Il 2° Terme de musique. Le modo dorien.
— ÉTYM. ^ûpe;, les Doriens, une des principales races grecques.
+ DORIMÈ^E (do-ri-mè-n'), s. m. Œillet panaché, pourpre, sur un fond blanc.
f DORINE (do-ri-n'), s. f. Genre de plantes de la famille des saxifragées, dont deux espèces croissent en France au bord des ruisseaux, où elles sont mangées au printemps par les bestiaux.
DORIQUE (do-ri-k"), adj. || !• Terme de grammaire. Qui est propre aux Doriens. Dialecte dorique. Génitif dorique. Les chœurs des tragédie» et des comédies du théâtre athénien offrent beaucoup de formes doriques, bubnoup, Gramm. grecque, § >9(. Il Substantivement. Le dorique. Le dorique a été premièrement en usage parmi les Lacédémoniens et ceux d'Argos; ensuite il passa dans l'Êpire, dans la Libye, la Sicile, Rhodes et Crète ; c'est celui qu'ont suivi Archimède et Théocrite, tous deux de Syracuse, et Pindare, rolun, Hist. ane. Œuvres, t. ii, p. 607. || 2* Terme d'architecture. Ordre dorique, le second des cinq ordres, dans lequel le rapport de la hauteur de la colonne à son diamètre est de 8 modules; on le place entre le toscan et l'ionique, parce qu'il a plus de modules que le toscan et moins que l'ionique; il se distingue par sa simplicité. Dorus, fils d'Hellen et de la nymphe Opique, roi d'Achaie et de tout le Péloponnèse, ayant autrefois fait bâtir un temple à Junoo dans l'ancienne villt d'Argos , ce temple se trouva par hasard être de cette manière que nous appelons dorique, perhaolt, fitruve, iv, (. Comme ils ne savaient pas bien quelle proportion il fallait donner aux colonnes qu'ils voulaient mettre à ce temple, ils cherchèrent le moyen de les faire assez fortes pour soutenir le faix de l'édifice et de les rendre agréables à la vue; pour c«la, ils prirent la mesure du pied d'un homme, qui «st la sixième
DOR
partie de sa hauteur, sur laquelle mesure ils fournirent leur colonne, en sorte qu'à proportion de cette mesure qu'ils donnèrent à la grosseur de la tige de la colonne, ils la firent sii fois aussi haute en comprenant le chapiteau; et ainsi la colonne dolique fut premièrement mise dans les édifices, ayant la proportion, la force et la beauté du corps de l'homme, ID. ib. \\ Substantivement. On a rappelé le dorique, l'ionique et le corinthien; ce qu'on ne voyait plus qne dans les ruines de l'ancienne Rome et de la vieille Grèce, devenu moderne, éclate dans nos portiques et dans nos péristyles, la brdt. i. || Le dorique grec, le véritable ordre dorique, tel qu'il était employé par les Grecs; le dorique romain, altération latine du dorique grec. {| Un dorique, un petit ordre de pilastres. Un dorique règne dans tous les dehors de la maison, lo. vi.
— ÊTYM. Awpixôs.
DORLOTÉ, ÉE (dor-lo-té, tée), part, passé. Comme j'aime à être dorlotée, je ne suis pas fâchée que vous me plaigniez un peu, sÉv. 256.
DORLOTER (dor-lo-té), V. a. || 1* Traiter délicatement. Cette mère dorlote son enfant. La joie que j'aurais de posséder une belle femme, qui me dorlotera, et me viendra frotter lorsque je serai las, MOL. Jfar. F. se. 2. [Un médecin] Dorlotant une longue barbe, Dont le parfum est de rhubarbe. De coloquinte et d'opium, l'Espadon satirique, dans siCHELET. Il f Se dorloter, v. réft. Se traiter délicatement. Aimer à se dorloter. Ne songez qu'à vous faire une santé qui dure; Dorlotez-vous sur le tendre duvet, CHABUKO, Ép. du due de Neven à U. de Tendôme.
— HIST. XVI' s. On me frotteroit, on me pigneroit, on m'accoustreroit, on m'adoreroit, on me dorerait, on me dorlotteroit, despeh. Cymh. tnund», <6S. Ce n'est pas pour vous faire peigner, et frisotter comme elle, ni pour dorloter vostre barbe. Pèlerin, d'amour, t. ii, p. 808, dans lacdrne. Pensez qu'elle s'estoit ainsi dorlotée [parée] pour mieux plaire à son mari, brant. Dames gai. t. i, p. 48, dans lacubnh. Si elle les dorelotte [caresse] et si par ces délices Ils dorment en son sein, tahoreah, Dial. f" (87, dans lacurne. L'Allemand qui pour drolotter, flatter et mignarder sa femme, cholières. Contes, t. II, Après din. m, p. 97, dans lacurne. La bonne demoiselle veut estre drelottée, «6. 1. 1, p. 47.
— ÊTYM. Dorelot ou dorlot, dont voici des exemples: XIII* s. Si l'esgarda et enama, Si li dist: si mar acointai, 0 dorlotin diva Robin, Mignot Robin, tes oex [yeux] mar esgardai; Se cis maus ne m'assouage, je raorrai, Poésies mss. t. m, p. 1257, dans LACURNE. Il XV* S. C'est ce qui me fait estre en grâce Ung fin mignon, un dorelot [un joli cœur], coquill. Jfonoî. de la botte de foin. \\ xvi* s. La quelle me traittoit et entretenoit mignotement comme ung petit dorelot, rab. t. m, p. 76, dans lacurne. Car je cognoissois la mignote Kstre bien frisque et dorelote, (Euvres de R. de CoUerye, p. 53, dans lacurne. Dorelors [sorte de joyau], ouDm , Dict. Comme on voit, doriof signifie un favori, un joli-cœur, et aussi un joyau; d'où dorloter a eu le sens de caresser et de parer. On a voulu tirer dorlot de or ou dorer; Scheler approuve cette étymologie; cependant on ne voit pas comment on pourrait faire une pareille dérivation. Diez propose l'anglo-saxon deôrling, favori, ou le kymri dorlatcd, même sens; bas-bret. dorlôi, dorld, caresser. La dérivation celtique est la plus plausible.
+ DORLOTINE (dor-lo-ti-n'), s. f. Sorte de dormeuse assez longue pour s'y coucher entièrement.
— ÊTYM. Dorloter.
tDORMAILLER (dor-ma-llé, ZJ mouillés), v. n. Dormir mal, dormir d'une façon interrompue.
— HIST. xin*s. En dormi'llant li respondi. Ko eslepas [aussitôt] se rendormi, FI. et Blanche/l. v, 2529, dans DUCANGE, Giosi. /r. || xvi*s. Dormailler, OUDIN, Dict.
— ÉTYM. Dormir, avec la terminaison fréquentative et péjorative ailler, comme dans criailler.
t DORMAN (dor-man), ». m. Un des noms vulgaires de la torpille.
— ÉTYM. Dormant.
DORMANT, ANTE (dor-man, man-f), adj.
Il l" Qui dort. La belle au bois dormant. Titre d'un tonte de fée. || Terme de blason. Animal dormant, animal placé dans l'attitude du sommeil. || Poétiquement, tranquille, où l'on dort bien. Trouvez-lemoi bien sombre [un manoir]. Bien calme, bien dormant, Couvert d'arbres sans nombre. Dans le silence et l'ombre Caché profondément, v. hugo, Odes, V, 25. Il Substantivement. Les sept dormants, sept frères qui, suivant la légende reli-
DOR
gieuse, fuyant la persécution, furent murés par ordre de Dèce, dans une caverne où on les retrouva endormis sous Théodose le Jeune. N'avonsnous pas dans l'Eglise grecque la fable des sept dormants? VOLT. Phil. IV, 44t. Il 2° Fig. Il se dit de ce qui reste en place sans remuer. Une eau dormante. Tantôt son bras actif desséchant les marais. De leurs dormantes eaux délivre les guérets, delille, Géorg.
I. Il Fig. C'est une eau dormante, se dit d'une personne qui caclie des passions vives sous un air tranquille. Je ne me fie pas à toutes ces eaux dormantes. Il Châssis dormant, châssis qui ne se lève point. Il Pont dorm.mt, celui qui ne se lève point, par opposition au pont-levis. || Serrure dormante, serrure à pêne dormant, celle qui ne se ferme pas seule, et dont il faut pousser le pêne avec la clef. Il Verre dormant, lucarne vitrée, par laquelle on a droit de prendre du jour sur l'hérilage d'un voisin, et qui ne doit jamais s'ouvrir. || Terme de pêche. Ligne dormante, ligne qui reste fixée dans l'eau sans que le pêcheur la tienne. || Terme de marine. Manœuvres dormantes, les manœuvres d'un navire qui ne sont jamais dérangées, telles que les haubans. Il 3* S. m. Dans le haut d'une porte carrée ou cintrée, frise ou châssis de bois attaché dans la feuillure et servant de battement aux vantaux. Un dormant de croisée. Poser, sceller un dormant. |I Un dormant de table, plateau garni de cristaux, ^^»' reste au milieu de la table pendant tout le repas. Il Terme de marine. Nom des bouts fixes des cordages, c'est-à-dire de la partie qui demeure attachée, tandis que l'autre est employée.
— HIST. XV* s. Et avoient [les Gantois] au devant de eux un grand flaschier d'eau dormante , proiss.
II, II, <64. Il xvi* s. En murs mitoyens il est loisible d'avoir fenestre sur son voisin, à verre et fer dormans, à neuf pieds de hauteur du rez-de-chaussée, lotsïl, 286. Voyans la rivière dormante comme un maretz, amtot, Lumll. 44.
DORMEUR, EUSE (dor-meur, meû-z'), ». m.eXf. Celui, celle qui dort, qui dort beaucoup , qui aime à dormir. Étant, comme vous êtes, la meilleure danseuse, la meilleure dormeuse, et la plus éloquente fille du monde, voit. Lett. 64. Le dormeur s'éveilla, tant il en [de son songe] fut surpris, la font. Fab. XI, 4. Pinuce au même instant Fait le dormeur, ID. Berc. J'avais été jusque-là grand dormeur, J. J. BOHSS. Confess. vi. || Nom d'un poisson.
— HIST. XVI* s Les sommeiUeux et dormars,
puisque l'endormy ne sçauroit ny luy mesme faire son debvoir, ny le faire faire aux autres, la boâtie:, 2<o. Jamais dormeur ne feit bon gué, lerodx nE
LINCT, Pro». t. II, p. 32).
— ÊTYM. Dormir; provenç. et espagn. dormidor; ital. dormt(ore.
DORMEUSE (dor-meû-z'), ». /; Sorte de voiture de voyage où l'on peut s'étendre pour dormir. Il Demi-dormeuse, voiture du même genre. Je me suis bien douté que ma petite demi-dormeuse, que j'appelle ma commode, et que j'avais fait faire exprès dans mon village, me serait inutiW, volt. Lett. Richelieu, 29 juillet 4774. || Sorte de fauteuil ou de chaise longue où l'on peut dormir.
— ÉTYM. Dormeur.
t DORMILLE (dor-mi-ir. Il mouillées), s. f. Un des noms du poisson appelé aussi loche.
fDORMILLEUSE (dor-mi-lleû-z'), ». f. Un des noms vulgaires de la torpille.
— ÉTYM. Dormir.
t DORMILON (dor-mi-lon), ». m. Espèce de singe du Mexique.
DORMIR (dor-mir), je dors, tu dors, ildort, nous dormons, vous dormez, ils dorment; je dormais; je dormis; je dormirai; je dormirais; dors, qu'il dorme, dormons; que je dorme, que nous dormions; que je dormisse; dormant, v. n. || 1° Reposer dans le sommeil. Il dort profondément. Le malade va mieux, il a dormi d'un bon somme. Ildormait quelquefois dans le jour. Pourras-tu dans son lit dormir en assurance? corn. Ificom. y, i. Trop dormir fait mal à la tête. Et trop dormir c'est vivre en bêle, scarron, Virg. trav. vu. Guillot,le vrai Guillot, étendu sur l'herbette. Dormait alors profondément. LA FONT. Fabl. ni, a. Cette réflexion embarrassant notre homme. On ne dort pas, dit-il, quand on a tant d'esprit, ID. ib. ix, 4. T'attendre aux yeux d'autrui, quand tu dors, c'est erreur, m. ib. XI, 3. Je ne dormirai point sous de riches lambris; Mais voit-on que le somme en perde de son prix? ID. ib. XI, 4. Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville, boil. Sat. vi. C'est là que le prélat, muni d'un déjeuné. Dormait d'un léger somme, attendant le diué, id. Lutr. i. Mais tout
DOR
dort et l'armés et les vents et Neptune, rac. Iphig. i, I. La vie est un sommeil; les vieillards.... ont eu un songe confus, informe et sans aucune suite; ils sentent néanmoins, comme ceux qui s'éveillent, qu'ils ont dormi longtemps, la brut. xi. Tout dort, tout est tranquille; et l'ombre de la nuit.... volt. Zaïre, v, 8. La nuit finissait, il était quatre heures, tout dormait encore dans les bivouacs de Deizons, hors quelques sentinelles, quand tout à coup.... sE- GOR, Ilist. de Napol. ix, 2. || Dormir à bâtons rompus, être réveillé, se réveiller plusieurs fois sans pouvoir faire un somme continu. || Dormir comme un loir, dormir beaucoup, profondément, à cause que le loir est un animai hibernant, qui dort plusieurs mois de suite pendant l'hiver. On ditde même, dormir comme une marmotte. || Dormir comme un9 souche, être profondément endormi. || Dormir tout debout, ou, simplement, dormir debout, n'eu pouvoir plus de sommeil, être accablé par le sommeil, au point de s'assoupir sans être couché ou assis. Il Conte à dormir debout, propos fabuleux qui ne méritent aucune créance. Voilà ce qui s'appelle des contes à dormir debout, sév. 73, Les contes à dormir debout que l'on vous Tait, m. 266. Il Dormir sur l'une et l'autre oreille, et, plus souvent, sur les deux oreilles, dormir profondément, et, figurément, être plein de sécurité. ... Je lui conseille De dormir, s'il se peut, d'un et <i «v»™ côté, LA FONT. Coupe. Il Dans un sens op- I posé, ne dormir que d'un œil, être en une vigilance m piiàfe. Certain iiloux ne dormant que d'un œil, ID. (M ne s'avise.... \\ Dormir en lièvre, dormir les yeux ouverts, et, figurément, être toujours sur le qui-vive. Cette crainte maudite M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts, la font. Fabl. ii, 1 4. Il II n'en dort pas, se dit d'un homme qu'une vive espérance, une crainte incessante, une préoccupation assiège constamment. || Fig. Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre, corn. Rodog. m, 4. Il 2* Dormir se dit aussi de ce qu'on a nommé le sommeil des plantes. Le soir, de nos jardins parcourez les carreaux; Voyez, ainsi que nous, sur leurs tiges baissées S'assoupir de ces fleurs les têtes affaissées. Et, dormant au lieu même où veilleron» leurs sœurs. Du nocturne repos savourer les dou< ceurs, delille. Trots règnes, vi. || 3° Dans le langage biblique, dormir avec une femme, passer la nuit avec elle. Sa maltresse [de Joseph] le prit par son manteau, et lui dit encore : Dormez avec moi, SACI, Bible, Genèse, xxxix, (2. || 4" Dormir construit avec des substantifs et ayant en apparence, mais en apparence seulement, le sens actif. Le malade a dormi plusieurs heures de suite. || Dormir la grasse matinée (c'est-à-dire dormir pendant la grasse matinée), dormir jusqu'à onze heures ou midi. Vous deviez être au lit toute cette journée, Ou tout du moins dormir la grasse matinée, poiss. le Fol raisonnable , dans le houx, Dict. comique \\ Dormir sa réfection, dormir autant qu'on en a besoin, c'est-à-dire dormir autant que la réfection l'exige. Le sommeil est néces.saire à l'homme; et lorsqu'on ne dort pas sa réfection il arrive que.... mol. Princ. d'Él. Prol. Il 6* Dans le style élevé , il se dit du sommeil de la mort. Elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre, avec ces rois et ces princes anéantis.... boss. Duch. d'Orl. Vous serez vous-même réduit en poudre au milieu des incirconcis, et vous dormirez avec ceux qui ont été passés au fil de l'épée, saci, Bible, Éiéchiel, xxxn, 28. Ses vices dormiront avec lui dans la
poussière du tombeau, mass. Car.Impért c'est ici
que dorment nos aïeux, ducis, ilbu/'. ii, 7. J'ai suivi mon époux jusqu'aux tombes sacrées Où dorment des Césars les cendres révérées, M. J. chén. Tibère, m, t. Les morts dorment en paix dans le sein de la terre; Ainsi doivent dormir nossentimentséteints, a. de MUSSET, Poésies nouv. Nuit d'octobre, jj 6* Fig. Être en repos, en sécurité. Nous ne connaissons que notre confiance dans le ministre et le malaise que nous éprouvons : nous ne dormons que parce qu'on dort au pied du Vésuve, Mirabeau, Collection, t. m, p. 2S2. Il 7* Fig. Ne point agir quand on devrait le faire. Aux menaces du fourbe on doit na dormir point, mol. Tart. v, 3. L'habitude de se laisser voler par ses domestiques, jointe à la vigilance du coupable, à qui son maître ne pouvait reprocher d'avoir dormi dans son service, le portèrent à la clémence, hamilt. Gramm. tt. Tu dors, Brutus , et Rome est dans les fers, volt. M. de Ces. ii,2. Dans tous les lieux, sans cesse, ouvrant l'œil et l'oreille, En paraissant dormir la gouvernement veille, Ducis, Othello, il, 7. Il Ea
noR
matière fiodale, quand 1« vassal dort, le seigneur veille, ou quand le seigneur dort, le vassal veille, c'est-à-dire quand l'un des deux néglige d'user de «es droits , l'autre en profite. || Famili''rement. Cet homme ne dort pas, se dit d'un homme à l'affût de toutes les circonstances qui lui sont favorables. Il Dormir sur une affaire, la conduire lentement, doucement. || I^aisser dormir un ouvrage d'esprit, attendre pour en mieux juger que l'imagination soit refroidie. Oui je dormais sur un petit volum'i Oui me vaudra d'être encore étrillé, bérano. Gohier. || Laisser dormir une affaire, attendre pour y donner suite. || Laisser dormir les lois, en suspendre momentanément l'exécution. Sparte elle-même a laissé dormir ses lois, J. i. ROtiss. Contr. iv, «. Il Laisser dormir ses fonds, ses capitaux, ne pas les faire valoir. || Laisser dormir noblesse, se disait autrefois lorsqu'un gentilhomme, qui voulait faire le commerce, déclarait qu'il n'entendait être commerçant que pendant un certain temps. ||8* Rester immobile, être sans mouvement, en parlant des choses. 11 fait beau pêcher où l'eau dort. || On dit qu'un sabot, qu'une toupie dorment, quand le mouvement qui les anime est si rapide qu'ils semblent immobiles. || Fig. Dormir comme un sabot, dormir profondément. || Terme de marine. On dit que le sablier dort, quand on a oublié de le retourner ; qu'une rose des vents dort, quand elle ne tourne pas. le bâtiment changeant de route. Laisser dormir l'horloge, oublier de la remonter. || 9* Y. a. Dan» le langage élevé et dans cette seule locution, dormir son sommeil. Dormez votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre poussière, Boss. le Tellier. Tous les riches ont dormi leur sommeil, et, lorsqu'ils se sont éveillés, ils n'ont rien trouvé dans leurs mains, saci. Bible, Psaumes, lxii, 6. Il Par une même figure grammaticale, mais dans le langage familier, dormir un bon somme, avoir un bon sommeil pendant un long espace de temps. Il C'est par analogie de cet emploi que A. de Mu.sset a hasardé dormi au passif : Suis-je pas belle encor? pour trois nuits mal dormies Ma joue est-elle creuse et mes lèvres blêmies? dans le Dict. de poitevin. Il On trouvera à l'historique : dormir une éternelle nuit. Cela pourrait aussi très-bien se dire. Il 10' S. m. Le long dormir est exclu de ce lieu, LA PONT. Papef. Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché fait vendre le dormir Comme le manger et le boire, m. Fabl. viii, a. || Proverbes. Il n'y a pas de pire eau que celle qui dort, c'est-àdire il faut se défier des gens qui ne manifestent Tien de ce qu'ils ressentent. Mais il n'est, comme on dit, pire eau que l'eau qui dort, mol. Tart. i, <. Il Oui dort dîne, c'est-à-dire en dormant on s'engraisse aussi bien qu'en mangeant. Ce proverbe se prend aussi dans un sens moqueur, pour reprocher l'indolence à un paresseux, et lui faire entendre que, s'il ne travaille pas, il ne dînera qu'en songe. || Le bien, la fortune lui vient en dormant, c'est-à-dire il devient riche sans rien faire. Les biens nous viennent en dormant, je vous assure, regnabd, Retour impr. se. <.|| Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c'est signe de mort. || Il ne faut pas réveiller le chat qui dort, il ne faut pas renouveler une méchante affaire qui est assoupie. A l'historique, on trouve : réveiller le chien qui dort, ce qui est mieux.
— REM. Les douze heures que j'ai dormi et non dormies. L'apparence de verbe actif disparaît quand on restitue l'ellipse: Les douze heures pendant lesquelles j'ai dormi.
— HIST. XI* s. Charles le dort, li empereres riches, Ch. de Roi. LV. Par touz les prez or se dorment li Franc, ib. CLXXX. || xii* s. Que il m'avint anuit [cette nuit] en mon dormant, Tlonc. p. »«3. Ne fausse amors ne veut que s'entremete De moi laisser dormir ne reposer, Couci. Il dormirent lur somne. Liber pialm. p. <0l. Li dormirs est partiz de mes eauz [yeux], Uachabies, i, «. ||xiii' s. Là dormirent la nuit, h. de valenc. ii. Anuit avecques moi [je] ferai llertain dormir, Berte, xiii. De peine et de travail [elle] dort si ferm et si dur, ib. xli. Nus selier ne autres ne doit sele tainte garnie livrer, devant que ele est esté vernicie, se ce n'est sele dormant, Liv. des mil. 313. Trop de ledes choses aviennent À ceux qui tex [tels] dormirs maintiennent, la Rose, «3«««. L'en [on] se dort le soir [dans une navigation] là où en [on] ne scet se l'en se trouvera ou fons de la mer, joinv. 2(0. || xiv* s. Ouant l'en dort, il ne appert pas ne n'est manifeste qui est bon ou qui est malvois, oresue, Eth. 30. Celui qui dort ne vit pas, fors de tele vie comme vit une plante, lo. ib. su. Hais Jehan tint leurs pziiolles Droictement comme frivolles, Et leur di-
DOR
soit: Von» faictes tort; Vous esveiUez le chien qui dort, Liv. du bon Jehan, <033. || xv* s. Le deable, qui oncques ne dort, resveilla ceux de Bruges, FROiss. II, II, a. Nos gens ne dormirent mie, ain.s saillirent contre eux par grande hardiesse à qui mieulx mieulx, Bouciq. ii, ch. 22. 11 fit faire sa sépulture pour dormir ses jours, Uist. de Louis III, duc de Bourbon, p. 371 , dans lacubne. Et tant fit qu'il se trouva en la chambre où la levriere se dormoit, loois XI, Nouv. xxviii. || xvi* s. L'esprit troublé de mon cher père Anchise En mon dormant haste mon entreprise, odbell. iv, tu, recto. Filzde déesse, en quelle seureté Es-tu icy au dormir arresté Si longuement? m. iv, m, verso. Mais quand l'homme a perdu ceste douce lumière, La mort luy fait dormir une éternelle nuict, m. vi, )7, recto. Nos voisins ne dorment pas, et n'ont que trop de connoissance de nos desordres, lanoue, :!23. Agesilaus dit que pour ce jour là il falloit laisser dormir les loix, AHTOT, Àgisil. 49. Les vents sont assoupis, les bois dorment sans bruit, bons. 74*. Oui dort grasse matinée, trotte toute la journée, leroi'x DE UNCT, Prov. t. Il, p. 38». Trop dormir cause mal vestir, id. ib. p. 429. L'autre sauvage qui avoit cependant dormy [perdu connaissance] du coup que le chevalier du dragon lui avoit donné. Don Flores de Grèce, fcxx, dans lacubne. Neantmoins en y avoit-il bien de telx qui eussent eu grand mestier [besoin] de dormir le vin qu'ilz avoient beu à oultrage, henabd, Hist. de du Guescl. p. 628, dansLA- CORNB. Essuyez de tristes yeux Le long gémir; Et me donnez pour le mieux Un doux dormir, la tfarguerite des marguerites, cité dans Kevue de l'instr. publique, <9 juin <8«2, p. (86.
— ÉTYM. Bourguig. dremi; Berry, dourmir ; provenç. dormir, durmir; espagn. dormir; ilal. dormire; du latin dormire. Dans l'ancienne langue, dormir prend la forme réfléchie, comme d'autres verbes neutres la prenaient et la prennent encore. La conjugaison je dors, lu dors, il dort, etc. n'est point, dans la vérité, une irrégularité; ces formes suivent la conjugaison latine : dôrmio, dormis, dormit, etc. oCi l'accent est sur dor.
DORMITIF. IVE (dor-mi-tif, ti-v') , adj. Terme de médec:ne. Oui provoque le sommeil. Potion dormitive. Molière dans le Ualade imaginaire (ait demander pourquoi l'opium fait dormir? On répond que c'est parce qu'il a une vertu dormitive, où vous voyez que c'est répondre en termes différents la même chose que ce qui est en question, duuarsais. Logique, art. xiii, n* ». ||S. m. Un dormitif.
— HIST. xvi's. On doit user de clysteres dormitifs, PARÉ, XXIV, 28.
— ÉTYM. Latin fictif, dormilivut, de dormitum, supin de dormire, dormir.
t DORMITION (dor-mi-sion), ». f. Terme ecclésiastique. La manière dont la sainte Vierge quitta la terre pour aller au ciel; parce qu'une pieuse tradition apprend que sa mort ne fut qu'une espèce de sommeil, et qu'elle fut enlevée au ciel par une assomption miraculeuse, dont l'Eglise célèbre la fête le 16 d'août.
— HlST. XIII» s. Une nuit iert [il était] en dormisons. Si li vint une avisions [vision].... ph. mous- KES, ms. p. 340, dans lacurne. Dormition, du cange, dormia.
— ÉTYM. Provenç. dormicio; espagn. dormicion; ital. dormixione ; du latin dormt'tionem, de dormire, dormir.
t DOROIR (do-roir), t. m. Terme de pâtissier. Sorte de petite brosse avec laquelle on dore la pâtisserie.
— ÉTYM. Dorer.
DORONIC (do-ro-nik), i. m. Terme de botanique. Genre de plantes synanlhérées, dont une espèce, le doronicum pardalianches , jouit des mêmes propriétés que l'arnica et est cultivée dans les jardins, à cause de sa floraison précoce. || Nom spécifique du séneçon doronic. || Uoronic à feuilles de plantain, ancien nom de l'arnica de montagne.
— ETYM. On dit que c'est l'altération d'un nom arabe.
t DOROTIIÉE (do-ro-tée), ». f. Espèce de libellule ou demoiselle.
— ETYM. Dorothée, nom de femme, de Sûpov, don, et 6ei;, dieu.
t DORQUE (dor-k'), ». m. Un des noms vulgaires d'un cétacé, la phocéne orque, dite aussi épaulard.
— ÊTYM. On trouve, dans Cotgrave, dorque, espèce de navire.
DORSAL, ALE (dor-sal, sa-l'), adj. Terme d'anatomie. Qui appartient au dos. L'épine, la région dorsale. Les muscles doruux. Face dorsale, région
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dorsale, la face convexe de certaines parties, delà main, du pied, de la langue, etc. || Artère et veino dorsale de la langue, rameaux de l'artère et de la veine qui se distribuent à la face dorsale de la langue. Il Le muscle grand dorsal, et, substantivement, le grand dorsal, un des grands muscles du dos. Il Consomption ou phthisie dorsale, terme vague qui se dit le plus souvent pour carie des vertèbres avec abcès. || Phthisie dorsale a été anciennement employé pour signifier les pertes séminales. || 5. f. La dorsale, nageoire située sur le dos des poissons.
— HIST. XIV* s. L'autre partie [d'une veine] tent au bras par dehors, et est dite dorsal, H. de monbeviLi-E, ^ 22. Il XVI* s. Le long de l'espine dorsale, pari!, XVI, <2. Les muscles obliques descendans et dorsaux, ID. I, 8.
— ÉTYSI. Lat. dorsum, dos (voy. dos).
t DORSCII (dorch'), ». m. Petite morue de la mer rtaitique.
t DORSË, ËB (dor-sè, sée), adj. Terme de zoologie. Dont le dos est coloré autrement que le reste du corps.
— ÊTYM. Lat. dor»um, dos.
t DORSET (dor-sè), adj. Race dorset, race de moutons du Dorsetshire, en Angleterre, remarquable par sa précocité, sa fécondité et l'aptitude des femelles & donner du lait. || Substantivement. Les dorsets, les moutons de la race dorset.
t DORSIBRANCHE (dor-si-bran-ch"), adj. Terme de zoologie. Qui porte des branchies sur le dos.
— ÊTYM. Lat. dorsum, dos, et branchies.
t DORSIPARE (dor-si-pa-r") , adj. Terme de zoologie. Dont les petits se développent dans la peau du dos de la mère.
— ETYM. Lat. dofïum, dos, et parère, enfanter. tDORSIPÈDE (dor-si-pè-d'), adj. Terme de zoologie. Qui a des pattes insérées sur le dos.
— ÊTYM. Lat. dorsum, dos, etpe», pied.
t DORSO.... Préfixe qui, dans le langage anatomique, se joint à différents mots pour exprimer qu'il s'agit du dos. Muscle dorsu-costal.
— ÊTYM. Lat. dorsum, dos.
t DORSTENIE (dor-sté-nie), ». ^. Terme de botanique. Genre de plantes urticées, voisines des figuiers.
— ÊTYM. Un nom propre.
DORTOIR (dor-toir) , ». m. Salle commune où sont les lits dans un collège , dans une communauté religieuse, elc. J'ai toujours compris qu'il était fort fâcheux de coucher dans les dortoirs des demoiselles, et je regarde celte obligation comme une si grande austérité que je voudrais qu'il ne s'en pratiquât guère d'autres chez nous, haintknon, LeU. à Mme R.... <( oct. <«93.
— HIST. XII* s. Vint i li abbes, cui Diex gart d'encombrier. Qui fist la dame en son dortoir mucier, Raoul de C. 2S8. || xiii* s. Dortor et refretor avoient, belle yglise, Vergier, praiaux et treilles, trop biau leu à devise, ruteb. (84. Encore sachez que j'ay oy conter à un preudhomme qui gisoit ou [au] dortouer où l'abbé dormoit.... jomv. 209. || xv* s. Et madame la roine tint la cour et sa.feste au dortoir, et eut bien séant i table soixante dames qu'elle avoit priées, froiss. i, i, 3|.
— ÊTYM. Provenç. dormidor, dormitori; itaL dormitorio; du latin dormilorium, de dormire, dormir.
DORURE (do-ru-r*), ». f. || 1* Or étendu sur les objets. Une épaisse dorure. De ces rondeaux [de Benserade] un livre tout nouveau  bien de» gen» n'a pas eu l'art de plaire; Mais, quant à moi, j'en trouve tout fort beau. Papier, dorure, images, caractère, Hormis les vers qu'il fallait laisser faire A la Fontaine, lk comte d'olonne, dans bichelet. Il 2* L'action, l'art de dorer. || 3" Objets dorés. C'est sous l'habit rustique d'un paysan et non sous la dorure d'un courtisan qu'on trouvera la force, j. ;. Rouss. Sciences. Des soldats ont détruit le fameux Téreuce de Bembo, pour avoir quelque» dorures dont il était orné, p. l. cour. Lett. l, 37. Il Marchand de dorures, celui qui fait le commerco des matières d'or et d'argent, ou des matières dorées et argentées. !| 4* Préparation de jaunes d'oeufs pour dorer les pâtes; couleur jaune donnée à l'aide de cette préparation. || Dorure de carême, œufs de brochet détrempés avec un peu d'eau dont on se sert en carême pour jaunir les échaudis et les pièces de four.
— HIST. XIV* s. Froumentée, venoison, dorure, gelées de poisson, Ménagier, u, 4. || xvi* s. Jimo m'a chargé en passant que je luy apporte quelque dorure, quelque jaserao, ou quelque ceintura,
DOS
DOS
DOS
DFSPER. Cymhal. 75. Il leur fit rendre par les corsaires leurs bagues et dorures, yver, p. 612.
— f.TYM. Dorer; provenç. dauradura; espagn. doradura; ital. doratura.
fDOUYLE (do-ri-l'), s. m. Espèce de papillon. Il Genre de coléoptères qui a pour type le doryle lanthope.
— ÊTYM. Ce paraît être le nom propre Dorylas. t DORYPHORE (do-ri-fo-r'), s. m. \\ 1° Terme
d'antiquité. Nom que les Grecs du Bas-Empire donnaient aux soldats de la garde impériale, qui étaient armés d'une demi-pique. || 2» Genre de coléoptères renfermant de grands et beaux insectes originaires d'Amérique, et dont la poitrine est armée d'une longue pointe dirigée en avant.
— ÉTYM. A6pu, lance, et çopôç, qui porte. DOS (dô; dans la conversation l's ne se lie pas :
un dô énorme; l's ne se lie hors de la conversation que dans cette locution : dos à dos, dites ; dôza-dô), s. m. || !• Partie du corps de l'homme et des animaux depuis les épaules jusqu'aux reins ou lombes, et qui est postérieure chez l'homme et supérieure chez les animaux. Le dos d'un cheval. Porter sur le dos. Tomber, s'étendre sur le dos. 11 faut remettre encor le harnais sur le dos, TRISTAN, ilort de Chrispe, m, 2. Depuis plus d'une semaine Je n'ai trouvé personne à qui rompre les os; La vertu de mon bras se perd dans le repos, Et je cherche quelque dos Pour me remettre en haleine, mol. Amph. i, 2. Les mains liées derrière le dos, FÉN. Tél. 1. Sur le dos des gens du village Après boire il cassait les pots, bérang. Enfant delà maison. || L'épine du dos, la colonne vertébrale. Il Le dos au feu, le ventre à table, se dit de ceux qui, en dînant, ont le dos tourné vers un bon feu; et, figurément, de ceux qui se donnent toutes leurs aises. {| FamiUèrement. Il n'a pas une chemise sur son dos, une chemise à se mettre sur le dos, il n'a rien à se mettre sur le dos, se dit d'une personne extrêmement pauvre. || Dans un sens opposé. C'est une femme qui met tout sur son dos, c'est une femme qui dépense en toilette tout ce qu'elle a ou gagne. || Fig. et familièrement. Le dos lui démange, se dit d'une personne qui fait tout ce qu'il faut pour qu'on la batte. || Faire le gros dos, se dit des chats lorsqu'ils relèvent leur dos en bosse, ce qui arrive le plus souvent lorsqu'on les caresse en leur passant la main sur le dos, dans le sens de la tête à la queue, et aussi lorsque l'animal est en colère. Il Par extension. Faire le gros dos, s'est dit d'une espèce de contorsion qu'affectaient les petits-maîtres à Paris, mettant une main dans la ceinture de la culotte, et l'autre dans la veste, et par là faisant un gros dos voitté, comme un matou, leroux, Dict. comique. Qui faisant le gros dos, la main dans la ceinture, Viennent pour tout mérite étaler leur figure, REGNARD, le Joueur, i, 2. Puis m'appuyant sur Scipion et faisant le gros dos, je gagnai une salle, LESAGE, Gil Bios, x, 3. || Fig. et familièrement. Faire le gros dos, ou faire gros dos, faire l'important, l'homme capable. Le fils de Saumery, & force de faire l'important et le gros dos, imposait à une partie de la cour, st-sim. 71 , 172. || Plier le dos, céder. Laissez passer la bourrasque, pliez le dos. Et aussi être humble devant ses supérieurs : il n'a jamais su plier le dos. || Mettre quelque chose sur le dos de quelqu'un, l'en rendre responsable. Je suis bien aise de savoir que le pont d'Avignon est encore sur le dos du coadjuteur; c'est donc lui qui vous y a fait passer, sév. 35. || Cela ira sur son dos, se dit d'une perte, d'un dommage qui sera mis au compte de quelqu'un. 11 faut que tout le mal tombe sur notre dos, mol. Sgan. il. Le roi s'était flatté toute sa vie de faire pénitence sur le dos d'autrui , ST-SIM. 260, 77. || Battre quelqu'un sur le dos d'un autre, faire à quelqu'un des reproches, des critiques qui retombent sur un autre. C'est sur mon dos que vous avez bultu Platon. || Il se laisse tondre la laine sur le dos, se dit d'un homme trop débonnaire ou insouciant qui se laisse dépouiller, Toler. Dans le môme sens, se laisser manger la laine sur le dos. || Il a été battu dos et ventre, on lui en a donné sur le dos et partout, se dit d'un homme qui a été violemment battu. Un peuple qui le pousse à bout. Et qui, dos et ventre et partout. Le batte et toute sa cohorte, scarron, Virg. trav. iv. Il Etre sur le dos, être couché ou aïité. Voilà trois semâmes que je suis sur le dos. || Tourner le dos, présenter son dos, au heu de présenter la partie antérieure du corps. Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse, Marchent à reculons, tournent le dos au port, la font. Fabl. xii, to. La noblesse supplie le roi de réformer l'immodestie de
son clergé, qui cause et parle haut et tourne le dos à l'autel, SÉV. Lett. (9 janv. 4674. || Fig. Tourner le dos à la mangeoire, se mettre dans une situation contraire à la chose qu'on veut faire. || Tourner le dos dans une bataille , fuir devant l'ennemi. Ils tournèrent le dos quand tu fus assailli, malh. i, 4. Il Tourner le dos, s'éloigner un moment. Je n'ai fait que tourner le dos, il était déjà parti. Dès que j'ai eu le dos tourné, skv. 480. || Tourner le dos à quelqu'un, lui témoigner, en lui tournant effectivement le dos, son mécontentement, son mépris. Le roi, pour toute réponse, lui tourna le dos brusquement, MARMONTEL, Mém. IV. || Il toume le dos où il veut aller, se dit d'un homme qui, au lieu d'aller où il veut, prend un chemin tout opposé. ||Fig. Tourner le dos, ne pas voir, dédaigner. Je leur tournerai le dos, et non le visage, au jour de leur perte, saci. Bible, Jérémie, xviii, 47. Lorsque Dieu courroucé vous tournera le dos. En des feux sans lumière, en des nuits sans repos Vous expierez vos vices, racan, 2« psaume. Nous tournons le dos à la vérité, Boss. Rcsp. 2. Que fait donc un poète qui finit tout? Il tourne le dos à la nature, Diderot, Salon de 4787, Œuvres, t. xiv, p. 450, dans pol-gens. || Avoir bon dos, avoir un dos sur lequel on peut frapper fortement; et, figurément et familièrement, avoir bon dos, être en état de supporter une perte, ou bien être insensible aux railleries. Il ne s'agit que de mille éous; M. Turcaret a bon dos, il portera bien encore cette charge-là, lesage, Turcaret, i, 2. Il Avoir bon dos signifie aussi ne pas s'épouvanter des reproches. Mettez les fautes sur moi, j'ai bon dos. Dans une autre nuance : On s'en prend toujours à moi fon m'accuse de tout] ; il est vrai que j'ai bon dos [que je suis souvent en faute]. || Avoir le dos solide se dit comme avoir les reins solides, avoir de grandes ressources. C'est un homme qui fait cent entreprises à la fois, mais il a le dos solide, c'est-à-dire il a les capitaux suffisants. || Dos à dos , figure de danse dans laquelle le danseur et son vis-à-vis passent l'un derrière l'autre sans se regarder. Il Fig. et familièrement. Mettre les gens dos à dos, renvoyer deux personnes qui sont en difl'érend, sans donner aucun avantage à l'une ni à l'autre. 11 se dit souvent dans les comptes rendus de procès : On les a renvoyés dos à dos. || Porter sur le dos, porter une charge qui est placée sur le dos. Il avait un sao sur le dos. || On dit au dos dans cette locution : avoir le sao au dos, c'est-à-dire porter le sac militaire, être soldat. || Fig. Avoir, porter quelqu'un sur sou dos, en être obsédé, ennuyé. Il Populairement. J'en ai plein le dos, j'en suis très-fatigué, ennuyé. || Être sur le dos de quelqu'un, l'importuner, l'obséder. 11 est toujours sur mon dos. || Populairement. Scier le dos de quelqu'un, l'ennuyer, le fatiguer. Il me scie le dos. Il  dos, derrière soi. J'avais à dos une campagne immense qui ne m'avait été annoncée que par l'habitude d'apprécier les distances entre des objets interposés, DIDEROT, Salon de 4767, Œuvres, t. xiv, p. 1 86, dans POUGENs. || Fig. Se mettre tout le monde à dos, avoir chacun contre soi. Quoi, volage, prenez-vous donc Pour vous mettre à dos les jésuites.... Coquilles, rosaire et bourdon, bérang. Peler, de Lisette. Il Avoir quelque chose à dos, ne pouvoir s'en séparer. Quittons-nous cette ville unique. Nous voyageons Paris à dos, bérang. J. de Paris. || 2° Terme d'anatomie. Partie postérieure chez l'homme, supérieure chez les animaux, du tronc depuis la dernière vertèbre cervicale jusqu'à la dernière lombaire. Il 3° Terme de manège. Dos de carpe, ou de mulet, dos convexe. Dos double, dos de cheval, dans lequel on remarque un léger sillon médian. Il Le dos présente une légère concavité; s'il est trop concave, l'animal est dit ensellé. Le dos large accuse un fort développement des muscles et l'ampleur de la poitrine. Le dos court annonce beaucoup de force. Le dos long est moins fort que le dos court. Il 4° Par analogie, la partie postérieure de certaines choses. Le dos d'un habit, d'une chaise. Qui prenaient, sur le dos de leurs chaises, de ces postures aisées et galantes qui marquent qu'on est au fait des bons airs, Marivaux, Marianne, 2* part. || La dos d'un couteau, le dos d'un rasoir, la partie opposée au tranchant. ||Le dos d'un billet, d'un acte, le revers. || Le dos du nez, de la main, du pied, de la langue, la partie supérieure du nez, de la main, du pied, de la langue. || Terme de botanique. Le dos d'une strie, la partie saillante. Le dos d'une graine, celle des faces qui est comprimée et tournée du côté des parois du péricarpe. Le dos d'une feuille, sa face inférieure. || Terme d'entomologie. La partie supérieure du mésothorax et du prothorax; l'une
ou l'autre de ces parties. || Le dos d'un livre, la partie opposée à la tranche. || Terme de reliure. Dos brisé , dos d'un livre tellement fait , que le livre que l'on ouvre demeure de lui-même tout ouvert. Il leur faut des livres à dos brisés, des livres qui se tiennent ouverts sur la table, lesné, la Reliure, p. 4 13, 4820. L'époque de l'introduction des dos biisés en France est très-incertaine.... il y a à peu près cinquante ans que cette espèce de reliure est devenue de mode, id. ib. p. 186. || 5» Dans le style élevé et dans la poésie , la partie supérieure. Cependant sur le dos de la plaine liquide.... rac. Phèdre, v, 6. Nous montions sur le dos des vagues, fén. Tél. iv. Il 6° En dos d'âne, en configuration du dos d'un âne, c'est-à-dire telle qu'il y ait un talus incliné des deux côtés. Toit, pont en dos d'âne. Les ruej étroites et sans pente, quoique le terrain soit en dos d'âne, sont toujours bourbeuses, raynal, Ilist. phil. xm, 43. Il Dos d'âne, ustensile dont se servent les bouchers. || Terme de marine. Dos d'âne, ouverture en demi-cercle, faite à certains bâtiments, pour couvrir le bout de la manivelle du gouvernail. || ?• Terme de jardinage. Dos de bahut ou dos de carpe, se dit d'une certaine manière de relever le terrain d'un parterre. 118" Dos brûlé, quadrupède du genre paresseux {achéeai). || Dos bleu, un des noms de la sittelle. Il Dos rouge, nom d'un oiseau de la Guyane, le tanyara septicolore (granivores).
— HIST. XI* s. Tute l'eschine [il] lui desevre du dos, Ch. de Roi. xci. De cens d'Espaigue qui ont les dos tournez, ib. CLxxiv. || xii* s. En son dos [il] vest un blanc aubert dopler [doublé] , Ronc. p. 4». Il XIII' s. Se Tybers de son dos la grant rue ne tert [n'essuyé, sur la claie].... Berle, xciii. Si mist arrière dos toute couardie, et se feri en els l'espée traicte, H. de valenc. xi. Quand li roi Ferrans et sa gent virent qu'il ne poroit plus endurer, si tournèrent le dos, et Angles encaucierent [poursuivirent] jusques à la nuit oscure, Chron. de Rains, p. 78. Nus [nul] chevax qui porte à dos ne doit paier que obole de chaude, Liv. des met. 276. Themis, quant oï larequeste. Qui moult estoit bonne et honeste, Lors conseilla [à Deucalion et à Pyrrha] qu'il s'en alassent. Et qu'il après lor dos gitassent Tantost les os de lor grant mère, la Rose, 4 7822., La dame, qui aler voloit Au moustier si com el soloit, Geta en son dos sa chemise. Et puis si a sa robe prise, ruteb. 324. Le roy m'apela là où je me seoie avec les riches hommes du pays, de là en un prael, et me fist le dos tourner vers eulz, joinv. 282. Il xiV s. Bien dix mille Espaignols des meilleurs qu'il y a [il] Mist en une bataille, et bien les arrousta. Une rivière au dos, qui couroit par de là, Guescl. 14660. Ne pourront prendre de corroyer un dos [peau] que deux sols six deniers, Ordonn. des rois de Fr. t. ii, p. 365. Flamens fist assalir, point ne les espargna; Chil tournèrent les dos; car cascuns s'esmaia [s'effraya]. Quant Henrisleur failli.... Baud. de Seb. vi, 674. || xv* s. Et quand les Anglois y chevauchent [en Ecosse], il convient que leurs pourveances, si ils veulent vivre, les suivent toujours à dos [par derrière], froiss. ii, n, 22». Nous faisons doute, quoi qu'il vous ait mandé ni quoi qu'il dise ni promette, que il ne vous tournast le dos, ID. II, II, 39. L'un d'iceuli compaignons fist bas dos au suppliant et à l'un des autres, el montèrent par dessus un petit mur, du canoë, dorsum. Porter harnois sur vostre doux, Bibl. des Chartes, 4" série, t. V, p. 362. J'ai toujours porté sur mon dos Paine, travail à grant planté ; Ne nulle choses n'ay hanté. Dont on dye qu'aye faiUy, ch. d'ohl. Compl. de l'amant et de l'amour. Et se riens y a d'offense passée, prestement après le pardon fait est mise darriere le dos, G. chastel. Expos, s. vérité. Ayant le dos au feu et le ventre à la table, basselin, ii. Jehanne fait la beste à deux dos, Perrette est ung peu trop pansue, L'aultre est feutrée sur le dos, Pource qu'elle est ung peu bossue, coquill. Monologue des perruques. Cinq cent dos de fines martres gebelines, /. de Saintré, p. 210, dans lacukne. Bois qui estoit croissant sur les dodasnes des fossez de la dite ville, do cange, ramilise. Le suppliant bailla à Perrinet de la quarre ou du doulx de la main gaulohe en arrière main sur la joue , id. dodus. Tous les rivaiges ou dosilasnes qui au prieur appartenoient, id. ib. Et sur le dos [de la lettre] : Au deleal Girard.... LOUIS XI, Nouv. XXVI. Le bon mari print place en une chaire à dos, id. «6. xxix. || xvi' s. Il charge sus son dours les deux pretieuses coiiignées, rabel. Fant. IV, Nouv. prol. Frère Jean daulba Rouge-museau, dours et ventre, bras et jambes id. Pant. IV, 4 8. Je voy le dos d'une mer Couppé de rames légères, du bellat, m, 44 verso et qui sa
DOS
donne los D'avoir porté son yieil père [Anchise] & «on dos, DU BELLAT, IV, 2S, verso. Brief, haut et bas, en face et i dos, à dextre et à gauche nous sommes assiégez et assaillis, Calvin, Instit. 791. Les Klamens qui nous aimoyent, et lesquels on a contrains de nous haïr, de quelle allégresse noussauteroyentils à dos! LANOUE, 24. Il disolt que, pour devenir riche, il ne falloit que tourner le dos & Dieu, cinq ou six bons ans, despér. Contes, Lv. Mais pensez qu'en chaude colère, M. de Rachaut lui donna à dos [la battit], m. ib. t. i, p. 273, dans lacurne. Ses parens maternels lui tournèrent tous le dos en haine de la Religion, d'aub. Vie, xxi. X peine fut-il parti que la reine mère, qui en fut avertie, lui mit k dos plusieurs partis pour le prendre, ID. ib. XLiii, Doux-d'asne.... dosd'asne, m. Ilist. ii, 280. Les uns à dos renversés, estendus, Les uns à ventre, en leur long espandus, am. jahyn, Poésies, f" 2», dans LACURNE. Ont ditetescrit ceque bon leur a semblé, rempli trois feuillets de papier en dos et en ventre [le recto et le verso], Souv. coutnm. génir. t. m, p. i!82. Parce que Socrates avoit la chair dure, qu'il avoit bon dos, qu'il portoit tout.... cholièbes. Contes, t. II, Après-din. n, p. 4«, dans pouoens.
— ÉTYM. Berry, douj; provenç. et ano. catal. dors, dos; espagn. et portug. dorso; ital. dorso, dosso; du latin dorsum. La suppression de \'r du latin dans dos est remarquable, d'autant plus qu'elle se trouve aussi dans le provençal et dans l'italien, à côté de la forme en r. Au xvi* siècle, quelques écrivains avaient repris l'r étymologique.
t DOSABLE (dô-za-W), adj. Dont on peut faire le dosage. L'acide nitrique et l'ammoniaque, sans «e saturer nécessairement équivalent à équivalent, ge rencontrent régulièrement en quantité dosable dans toutes les eaux pluviales, barral, Acad. des se. Comptes rendus, t. lvi, p. 768.
t DOSAGE (dô-za-j'), *. m. Terme de chimie. Détermination, en poids, des divers composants d'une substance. || Terme de pharmacie. Action de déterminer la dose d'un médicament ou de mettre la dose prescrite.
— ÊTYM. Doser.
DOSE (dê-z') , s. f. Il !• Quantité d'un médicament, soit simple, soit composé, qui doit être administrée à un malade. Une forte dose. Ordonner l'opium à haute dose. Le quinquina redonné dans sa dose ordinaire, sÉv. 697. || Quantité précise de chacun des ingrédients qui doivent entrer dans un médicament composé. || 2" Chaque partie d'un médicament prise en une fois. Prendre un remède en plusieurs doses. || 3° La quantité de ce qui entre dans un composé quelconque. Dans le métal dont on fait les cloches il entre une certaine dose de linc. La dose de poivre qu'on doit mettre en une sauce. Il 4* Par extension , une quantité quelconque. Dès qu'elle avait pris sa dose de vin , hamilt. Gramm. 9. || Fig. Je voulus prendre une petite dose de morale, bév. 89. Sa naissance doit donner une dose de respect à ceux qui savent vivre, lo. 226. Effectivement la dose des paroles y est [dans un livre] beaucoup trop forte par rapport à celle des choses, FONTRN. Leibniti. Chaque homme a sa dose d'imperfection et de démence, volt. Princ. d'Act. 2i.
— HIST. XV' s. Et bref le vin prins sobrement Est tousjours une bonne choze, Je n'en prendray que cesle doze, bassel. lx. || xvi» s. Et n'oublia le demeurant de la poudre, sans y regarder dose, poids, ne mesure, maho. JVoud. lxviii.
— ÉTVM. Lat. dosis, de Sûai;, action de donner, de îiSovai, donner (voy. don).
DOSÉ, lîE (dô-zé, zée), part, passé. Mis par dose. L'acide sulfurique dosé soigneusement.
DOSER (dO-zé), V. a. Terme de pharmacie et de chimie. Indiquer, mettre la quantité des ingrédients qui doivent entrer dans une préparation. || Absolument. Il a mal dosé.
— HIST. xvi« s. Il lui apprint à doser, l miitionncj. k brouiller, et toutes telles besognes, despeh. Contes, lxi. On parle de Thadée médecin florentin, lequel, estant apelé par aucuns princes italiens, n'eut pas dosé à moins de cinquante escus, cholièbes. Contes, f" 49, dans lacurne.
— ÉTYM. Dose.
-j- DOSIN (do-zin), (. m. Coquille bivalve du Sénégal (la Vénus-concentrique).
\ UOSSAGE (do-sa-j'), (. m. Terme d'ancienne coutume. Droit que payaient ceux qui faisaient la pelleterie.
— HIST. xv« B. Les feulpiers [fripiers] doivent chascun an diiii deniers de dossage le jour de la St André; item les peletiers, de dossage, chascun deux deniers, lejourdelaStAndré, ducanoe, dossagium.
DOS
— etYM. Bas-lat. donum ou dortum, avec le sens de peau (voy. dos).
t DOSSE (do-s'), ». f. Grosse planche qui, étant sciée d'un cOté, conserve son écorce dans l'autre; c'est la premi'Te planche qu'on enlève d'un arbre pour l'équarrir. On l'appelle aussi dosse-flache. Les dosses, chênes et entrevoux de toutes longueurs seront comptés trois toises pour deux, et les droits seront perçus comme de la planche, k proportion deslongueurs, BA(aratton,i2ocl. tT a, Tarif. || Les planches prises après les dosses se nomment contredosses. Il Planche qui sert à soutenir la surface d'une tranchée, quand on craint l'éboulement des terres. Il Se dit de planches très-épaisses qu'on place d'étage en étage sur un échafaud pourtenirlieu de plancher. Il Terme du jeu d'osselets. Le c6té de l'osselet qui est bombé, par opposition à celui oâ il y a un creux.
— HIST. XIV" 8. Le suppliant eust aussi une aisselle nommée dosse, qui fut portée en l'astelier du dit suppliant, qui est faiseur de nefs, nu cange, dossa.
— ÊTYM. Le mot parait venir de dos, à cause que le côté non équarri de ces planches, restant rond, forme comme un dos.
t DOSSERET (do-se-rè), ». m, || 1" Terme d'architecture. Nom d'un petit pilastre saillant, qui sert quelquefois à soutenir une voûte. || Petit jambage dans l'épaisseur d'un mur, pour former le pied-droit d'une porte ou d'une croisée. || %' Pièce de fer que l'on adapte au dos d'une scie pour la rendre plus solide. Il Plaques de fer réunies qui renferment et soutiennent une lime fort mince. || 3" Terme de menuiserie. Espace qui reste entre l'angle d'une pièce et l'arête de la baie d'une croisée ou d'une porte. Il Terme de maçon. Nom donné au petit exhaussement du mur de pignon ou face avec ailes pour retenir une souche de cheminée. On dit aussi dossier.
— HIST. XV* s. La chaire du roy Louis XI estoit couverte d'un veloux bleu, semé de fleurs de lys en lances d'or, et y avoit ciel et dosseret de mesme, DU TiLLET, iJec. des rois de France, p. 4<3, dans lacurne. Un dousselet à mettre sur la teste d'un roy ou d'un duc estant à table, de veloux blanc, du CANGE, dorsale.
— ÉTVM. Dossel, dousselet, diminutif de dos\ le changement est facile entra l'r et l'Z.
DOSSIER (dô-sié: l'r ne se lie jamais; au pluriel, \'s se lie: des dfl-sié-z élégants), «. m. jj !• Le dos de certains sièges, d'un canapé, d'un fauteuil. Il 2° Dossier du lit, la traverse ou la planche qui soutient le chevet de certains lits. La pièce d'étoffe qui sert à couvrir cette planche. || Le fond d'une voiture, contre lequel on appuie le dos. Se dit aussi en parlant des baignoires. || Terme de vannier. La partie de la hotte qui appuie sur le dos de celui qui la porte. || Terme de marine. Large planche placée à l'arrière d'un canot, entre les officiers et le patron. Il i' Terme de plomberie. Le derrière d'une cuvette. Il Espèce de chape composée de deux branches de fer réunies dans un seul manche, entre lesquelles on introduit la queue d'une lime pour régler la profondeur d'une denture. || Terme de maçon. 'Voy. dosseret. Il 4" Terme de pratique. Liasse de papiers enfilés avec un tiret de parchemin, et sur le premier desquels on écrit le nom de la partie, jj Carton ou chemise qui renferme tous les papiers concernant une affaire, ou tous les documents relatifs à un individu, comme les dossiers de l'Université. Examiner, dépouiller un dossier. On me dit que le dossier, les pièces [du procès] sont retournées à Paris,
p. L. COUR. Il, 324.
— HIST. XV* s. Item un ciel ou dotissier de drap de laine, que l'empereur de Constantinople donna à Monseigneur, ru cange, dor^aie. || xvi*s. Ildonnoit audience, estant assis en une chaire i dossier renversé en arrière, amïot, Rom. n.
— ETVM. Bas-lat. dorsortum, dorieri'um, dedorrom, dos (voy. dos). Dans le sens du n* 4, dossier a été tiré de dos, parce que les paperasses forment un paquet bombé qu'on a comparé à un dos.
t DOSSIERE (dô-siê-r'), s. f. Morceau de cuir large et épais qu'on met sur la selle du cheval de limon et dans lequel entrent les limons. || Partie du dos d'une cuirasse.
— HIST. XIII* s. Quiconques veut estre bourelier à Paris, c'est à savoir feseres de coliers h cheval et de dossieres de seles.... estre le puet franchement, Liv. des m(t. 220.
— ÊTYM. Dossier.
t DOSSOYER (do-so-ié), V. a. Terme de parcheminier. Exprimer l'eau qui se trouve dans les peaux, du cAié de la chair.
— ËTYM. Dos, avec le sens de peau (voy. dos, à l'historique).