‹ Dictionnaire de la langue française. Supplément. Ce supplément est suivi d'un dictionnaire étymologique de tous les mots d'origine orientaleChapitre 597 sur 638 · DUR · texte numérisé non relu

DUR

1 DoLiiA. Qu'on écrit à tort dourah par un /;,, sorte de millet. De l'arabe i^i dliorra. Bocllior (aux mots maïs, mil) écrit 5ji, Iji, dora, dora, par un seul r et par un i d sans point; Cherbonneau (au mot maïs) met aussi un d sans point, mais il double le^ r [dorra). Enfin Freytag et Richardson écrivent Sji dhora avec le i dh et un seul r*. L'orthographe que j'ai adoptée est celle que je trouve dans

Razi, qui parle du doura en ces termes : aXaXï SjJJI (jkJJ iûïls *lJvii)! ^ «le dliorra est peu nourrissant et resserre le ventre. » Niebuhr, sans doute d'a[irès la prononciation de la péninsule Arabique, double aussi Yr : kLos champs dans ces montagnes (du Yémcn) étaient semés uniquement de durra, espèce de gros millet dont le petit pen[)le fait son pain '. »

DiioGMAN ou DiiAGOMAN. Co mot et SOU équivalent trucltcmciil représentent l'arabe ij^y tardjumau, tardjouman , touvdjouman. Esp. trujaman, ital. drogmano, dragomaiio, turcimanno ; bas lat. dragumanus , drocmandus , turchimannus; bas grec Spayovixavos, vieux français (xn* et kui" siècles) drughemant, drugcmcnt; on a dit truchement dès le xv° siècle. La racine sémitique du mot ^jl^V tardjamm se retrouve dans le nom de targum qu'on donne à la paraphrase chaldaïque de la Bible et qui s\fyn\?\& interprétation^,

DiB. Sorte de lézard d'Afrique. De l'arabe 4"-<o dahb. Le changement de a en u [ou) est dû à la prononciation

emphatique du ^Jp d, ou à l'influence des pluriels Z^

adouhb, yll*» doubban.

Dugong. Vache marine de la mer des Indes. Du malais ^jji doïiyoung, nom qu'on retrouve dans les autres langues de l'archipel Indien sous la forme roudjong ou rouyang.

Di'RioN, DouRioN ou DouRiAN. Fruit d'un arbre des Indes, le Durio zibethinus de Linné. «Le fruit est une baie solide, hérissée de for tes pointes pyramidales; et grosse comme un melon, dont elle a presque la forme ^. » C'est le malais (jjji dourïan, venant de <^j|ji doûri, épine. Le voyageur Linschot, parlant du dourion, appelle hatan l'arbre qui le produit et buaa la fleur de cet arbre'". Or hnlan et huaa sont deux mots malais, dont le premier, ^U bâtnng, signifie simplement arbre, tronc d'arbre, et le second, »^ boiiah, fruit; peut-être faut-il lire è jj boûnga, fleur.

• Dict. d'hist. nat. t. IX, p. 55o. J'ignore de quel mol arabe il peut être qiicslion.

' Cherbonneau, Dicl. fr.-arab. au mot village, p. 617. J'ai déjà fait observer que M. Cherbonneau, tout en rédipcanl un dictioun.iire spécial de l'arabe al{;érien, a négligé de donner les mots que nous avons empruntés à noire colonie. Il n'y faut donc pas chercher douar.

' Ilùl. nal. l. I", i" partie, p. 53-58. MM. Cammas et André Lcfèvre ont eu lort d'écrire i^ouin» par un » au singulier : «C'est Ip rfoui/u, qui dillère du dattier par la conformation cl par le fruit.» {Voij. en E;jiipte, dans le Tour du momie, 1" scni. i8C3, p. 203.)

' Le (jraiid ouvrajjc ilc la commission de l'Institut d'Égyple aussi i^yo doûruh. {Ilist. tint. t. Il, p. 53.)

' Man. de la Bibliothèque nalionale, n° ioo5 du supplément i fol. 35 recto.

' Voy. en Arabie , édil. Smith, p. 3oa.

* A vrai dire, le verbe chaldaïque DÎTri Im-j^em. interpréter, ne pas élre d'origine sémitique, et récemment M. J. Halévy essayait rntlacher au grec ■tpiy\tos. {Société de linj^uistique , séance du >8 1876.)

» Hicf. d'hiH. nal. de Délerville, t. IX, p. 61a.

'» Ihid. t. III, p. ."oS.

lunne irabc.

paraît de le niaC'

ÉBL

ÉPI

Eblis ou Iblis, 11' démo». Do l'arabo (j^aAjI tblis, qui paraît être uue altération du grec Siâ^olos.

EcuEcs (Le jeu des). Portug. escaqttes, ital. scacchi. C'est de ce jeu que paraît venir notre substantif ('chec. Le nom du jeu serait lui-même une altération de sUJ! echcliâli, le roi, formé de l'article arabe ecli pour al et du persan chah, roi. Le joueur qui met le roi sous le couj) d'une prise avertit son adversaire en disant : ech-chàh, le roi! L'espagnol dit xaque! L'expression échec et mat est, dans le même ordre d'idées, une altération de l'arabe c»L» «UJI ech-chàh mât, le roi est mort, en portugais xamate ou xaque mate, en espagnol xaque y maie, en italien scacco matlo.

La présence du q ou du c dans ces mots s'expliquerait par la manière dont les Arabes faisaient sentir le » h persan final; on sait qu'ils rendent souvent cette lettre par un ^ dj ou g dur, ce dont on peut voir un exemple plus loin au mot Emblic. Il est vrai qu'on trouve en vieux français eschas, escas, bas lat. scacatus; mais la forme actuelle échec ou eschec est encore plus ancienne et remonte au xi' siècle.

Quant à songer à l'arabe n^^ cheikh comme employé pour chah, l'a de eschas, xaque, scacco, etc. ne le permet pas.

Efendi ou Effendi. Titre turc correspondant à notre mojisieur. Transcription du turc ^gJv^ij! efendi, mot corrompu, dit-on , du grec «iJÔ/i/t/js (prononcé à la moderne aj'thcmlis) , qui agit de sa propre autorité, seigneur'.

Ellmi. Résine qu'on tire du balsamier de Geylan et du balsaœier élémifère de l'Amérique du Sud. Esp. elemi, portug. garni terne. Boctlior traduit ce mot par i^i) ^*.^ samagh lâmi, gonune de lami. J'ignore quelle est la provenance de ce lâmi. Dans une liste de termes tcclmicjues de médecine et de thérapeutliique arabes-, M. Sanguinelti a noté ^i) lâmi, gomme élénii. Mais l'ouvrage où il a recueilli ce terme est trop récent pour ([u'on en puisse rien conclure sur la nationalité du mot'.

I'Jlixir. Esp. et portug. elixir, ital. elisire. C'est l'arabe .AM»^i)t cl-ihalr, terme par lequel les alchimistes désignent la pierre philosophale, la matière solide ou liquide qui doit servir à la transmutation des métaux, la poudre de projection : «In ipsis pulveribus qui a philosopbis vocantur elixir. V (^Opns mirahilc de Mercurio ad cjus fxalioncm'^ .) On trouve aussi alexir, «medicina alchymice pneparata); (l>uland, Lexic. alchem.), xir, yxir cl y sir.

Le mot arabe lui-même n'est autre chose que la transcription du grec ^np6v, sec, médicament sec. On a objecté^

contre cette origine que les Arabes transcrivent le ^ par J*. sic et non par jm^ les; mais il existe d'autres exemples de cette dernière transcription ks ou qs, et M. Defrémery en a cité trois": (j»»a-Jù> boqs'is, buis = -av^os: loUv-Jb haqsamàt, biscuit = -aa^ctixâStov, et (j..«.w..^»jl ahrahsls — -apà^ts. Dans la terminologie pharmaceutique, elixir a subi une déviation de sens analogue à celle iValrool; le mot ne se dit plus aujourd'hui que de liqueurs résultant d'un mélange de certains sirops avec des alcoolats.

Embuc, Embliqi'e, Ambi-ique. Terme de droguerie; espèce de myrobolan. Latin du moyen âge emblicus (voy. Ciiebule), «emblica Arabes cmbelgi vocant", dit Jean Bauhin, d'après Garcias [Ilistor. plantarum univers.). C'est en effet l'arabe J^\ amlcdj, qui est le persan nXt) amleh, venant lui-même du sanscrit âmlah. À«l amledj est dans Bazi. (Trait. III, ch. xxvui, folio /17 recto du man. déjà cité.) La forme sanscrite est restée dans le malais JiU maiâka, emblic officinal, lequel, d'après les traditions malaises, a donné son nom à la presqu'île de Malacca''.

Emir. Transcription de l'arabe ^t etnïr ou amlr, cbcf; le même mot qui a donné amiral. Dans certains pays nmsulmans, on dit mir; et de là vient le mirza !)»«-«, iils d'émir, monsieur, des Persans.

Enif. Etoile s de la constellation de Pégase. C'est l'arabe Uù\ anf, nez, ^J«^t obi anf al-faras, le nez du cbeval. L'étoile est en effet placée sur le museau ou la bouche de Pégase.

Ei'i.vAnn. Vieux franc, espinard, espinare, espinoce , espinoche; esp. espmaca, portug. e.ipinafre, ital. spinace, iat. mod. spinacium, spmachium, spmaccum, spanachium; prec niod. antvdxtov. Les étymologistes (et M. Dozy est sans doute du nombre, puis([uo espinaca, esjmafre manquent dans son Glossaire) s'accordent à dériver ces mots du lalin spiiia, épine. Toutes les langues romanes se seraient donc entendues, le mot n'existant pas en latin, pour dénommer celte plante d'après un de ses caractères qui n'a rien de frappant, à savoir deux ou quatre petites pointes épineuses placées à la surface du calice*; encore manquentelles dans le grand épinard.

Mais la vérité est que le mot a une origine tout autre; il vient sans contredit de l'arabe-persan ^Lou.!, ^bUu,!, ^Ua*»!, isjinâdj, isfânâdj, aspanâkh. Bichardson (pii cite ces trois formes, les donne comme venant du grec aT^ivâxta, mais amvdKia, est moderne et n'r;xistc pas dans la langue

' I.illiv, Dicl.

^ Journ. asiat. mai i8f)6, p. .S22. On peut voir aussi Dozy, Glosa, p. iuiç).

' L'auteur, Alkalioiibi, est mort en i()5g.

' Dans le man. iat. n" 71^7, ancien fonds, de la Bibl. nal. p. 18 verso. Le m(!mc volume contient un traité intitule EUxiris coin/jositio vera; il souibie traduit de l'hébreu et commence par ces mots : <■ In nomine Adonay.n

' H. Zotenberg, Itev. crit. ao avril 18G7, p. a'ia.

" Journ. atiat, août 1867, p. i85.

' Voy. le Chedjarat maluyou, p. ir=. du texte édité par M. Dnlaiiricr.

' nEspinars ou espinoclies, ainsi dites à raison que leur {[raine ist spineuse.i! (/fgric. el maison viislique de M. Charles Eslienne et .\<:ui Lieli.uill, p. aoli.)

ESC

classique; c'est la ddrivafion inverse qui est vraie^ Jean Baiiliii» écrit tnr^vdy^is., qui correspond à spanachium et à aspwiahh, rsumpto nomine (dit-il) a raritate [cnrolvios signifiant rare), quod raro illo nicdici utuntur», ce qui rappelle la fameuse élymologie ^aqua, a qua vivinius. »

Du reste, le célèbre botaniste du xvi" siècle ajoute qu'on appelle aussi 1 epinard hisjaniense ou hispanicum ohis, légume d'Espagne, «lortasse quod inde primum duxerit origincm. » Nous voilà bien loin de i'éphie de nos é(\ mo- Jogistcs actuels. Nous n'avons pas besoin de dire que la prétendue qualification d'espa-^nol est due à une coïncidence fortuite de son. Jean Baubin ajoute d'ailleurs que îcs anciens auteurs ne font aucune mention dei'épinard, salifies Arabes qui le nomment hispanac^,

Bauhin , en ell'et, avait pu relever le mot dans Razi qui, dès la fin du i\° siècle, faisait un grand éloge de ce légume'. «Les épinards ont été apportés d'Orient en Espagnes, dit une phrase citée en exemple dans Littré; et les botanistes savent que cette plante, jadis inconnue en Europe, croît spontanément en Perse, ainsi que i'a constaté le voyageur Olivier*. 11 ne peut donc rester de doute sur l'origine arabo-persane du mot epinard.

EscABPm. Esp. escarpin, portug. escarpim, ital. acarpa, scarpino. L'éf vmologie de ces mots serait bien difficile, si l'on n'avait l'italien scappino et les vieilles formes françaises eschapin, eschappin, qui sont antérieures à toutes las autres. Joignez-v l'expression u mettre les souliers en escapinev, c'est-à-dire en pantoufles (dans Du Gange). Il me semble impossible de ne pas rattacher ces formes sans r aux vieux mots : escafe, chaussure, et aussi coup de pied au jeu de ballon, escajilon, escajillon, escafrpwn, chau'-sure légère; escajinon, même sens; bas lat. scajfones, scuffones, scojoni^. Et maintenant, comment ne pas songer à l'arabe oi^l, olil«I askaf, iskâf (^eshâfi, dans Boctbor). o^i^S omkoûf,

O'Xm sahhôf, tous mots signifiant cordonnier?

On peut joindre aux mots qui précèdent, comme ayant, suivant toute vraisemblance, une même origine ; escoffraic, c'cojfrai, écofroi, boutique de marchand de cuirs; escojier, bas lat. escofferius, marchand de cuirs, et peut-être escaupile, mot emprunté à l'espagnol, qu'on lit dans ce passage de Robertson : cLes armes des Mexicains ne pouvaient pénétrer ni les boucliers des Espagnols ni leurs corselets piqués appelés escaupiles. » {Hist. d'Amer, trad. t. II, p. 3o8.)

iMais tous ces mots sont-ils d'oriffine orientale? C'est

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