‹ Dictionnaire de législation usuelle comprenant les éléments du droit civil, commercial, industriel, maritime, criminel, administratif, etcChapitre 456 sur 773 · LIEE 437 LIEE · texte numérisé non relu

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compagnon à celle de maître, il fallait subir des examens, obtenir des brevets. Encore le brevet obtenu dans une ville, n’était-il pas valable dans l’autre. Mais si ces brevets ou diplômes ne s’obtenaient pas sans peine, ils ne s’obtenaient pas non plus sans argent. Recevait-on la lettre de maîtrise , il fallait payer l’enregistrement du titre, et le droit royal, et le droit de police, et le droit d’ouverture de boutique, et les honoraires de doyen, et ceux des maîtres ouvriers, et ceux des maîtres modernes, et ceux de l’huissier, et ceux du clerc, etc. Puis venaient à l’église les frais du Te Deum, dont je passe le détail. Roland de la Platière porte les frais d'obtention de maîtrise à 2,000 fr. Il en coûtait 200 fr. pour passer maîtresse bouquetière ! »

— Il faut savoir de plus jusqu’où pouvait aller la police des manufactures. « Descentes de justice, conliscations, amendes , combustion de tissus en place publique, nom de fabricant exposé au carcan, emprisonnements, violences de la maréchaussée, des gens de loi, etc., et ûnalement honte, frais et discrédit; le tout pour une matière inégale, un tissage irrégulier, un nombre de fils ou une teinte contraire à la lettre des règlements ou à l'interprétation des agents administratifs et des inspecteurs des manufactures.

« Ce système - était un obstacle à tout progrès; les idées nouvelles étaient obligées de se cacher et de fuir à l’étranger : c’est ce qui arriva notamment pour l’invention de la tôle vernie, trouvée en 1761, et qui ne revint en France qu’en 1703. »

(Jos.Carnier, Éléments de finances, elc.

p. 364 et suiv.j

2. — Pour taire ressortir encore davantage le côté si tristement comique de l’ancienne organisation de l’industrie, nous extrayons ces deux éjiisodes de l’intéressante Histoire des classes ouvrières en France, de .M. E. Levasseur ftome II, p. 83-88):

« Les oyei-s-rotisseurs n’avaient vendu dans le principe que des oies rôties. Peu à peu, ils étendirent leur

commerce et, au commencement du xvii" siècle, ils étalaient dans leurs boutiques toute espèce de volaille et de gibier. Ils tirent renouvele’r leurs statuts en 1509, sous le règne de Louis XII, et eurent soin de faire consacrer dans un article nouveau leur droit de faire cuire et de vendre toute viande en poil et en plume,

« Mais il existait à Pans une corporation qui avait le privilège de faire commerce de volaille : celle des poulaillers. Elle réclama contre cette usurpation, demandant que ses rivaux se bornassent à tenir les grosses viandes et les oies. Le Prévôt fut saisi de l’affaire, et donna raison aux poulaillers. Les rôtisseurs interjetèrent appel au Parlement.

' « La question était difficile. Si les oyers avaient usurpé d’une part, l’usurpation avait été légitimée par une autorisation légitime, et, d'ailleurs, les poulaillers n'étaient pas eux-mêmes sans reproches; ils vendaient de la volaille cuite, et leurs statuts ne parlaient que de volaille crue. Le procès fut long.

« Sur ces entrefaites, en mars 1 526, les rôtisseurs, qui étaient alors à peu près ce que sont aujourd’hui chez nous les restaurants, et qui jouissaient d’une grande vogue, eurent assez de crédit pour obtenir des lettrespatentes, défendant à quiconque n’était pas maître oyer-rôtisseurd’exposer en vente viande qui ait odeur de feu. C'était enlever aux poulaillers te plus clair de leurs profits.

« Ceux-ci réclamèrent énergiquement. 11 y eut, de part et d’autre, saisies, poursuites nouvelles, entraves de toute espèce à l’exercice de la profession. Le gibier renchérit, et ce fut le public qui sonllrit de la querelle. En 1541, le Prévôt s’interposa encore, et rendit une seconde ordonnance en faveur des poulaillers. Les rôtisseurs refusèrent de s'y soumettre au nom de leurs privilèges, et la lutte se prolongea ainsi lusqu'en 1546, sans qu’il fût possinle, au milieu d'usages et de statuts contradictoires, de déterminer exactement quel était le droit de chacun.

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