LILLE
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pièces. Le saint homme ne put empêcher que TArabe ne fût mis ea prison, et il faisait tous s*»8 efforts pour le sauver, lorsque ce malheureuxt de rage d*avoir manqué son coup, s'étrangla lui-4DÔme.
Raymond Lidiei après cet é?énement, parcourut TEuropoi fondant nartout des écoles et ouvrant des cours de langues orientales pour préparer la fusion de l'Orient avec TOceident ; puis il passa la mer et se rendit à Tunis, ou il alla disputer avec les imams, leur prouvant la fausseté du mahométisme et la vérilé éternelle de rEyan^^ile de Jésus- Christ. On sait que chez les musulmans le prosélytisme en faveur d'une religion étrangère k celle de Mahomet est un crime digne de mort. Raymond Lulle fût dénoncée et ne
Eut obtenir encore la délivrance qu*il souaitait avec tant il ardeur. Sa vieillesse vé« nérable et sa haute réputation de science le tirent épargner : il fut seulement battu de verges et reconduit avec des coups et des huées jusqu'au vaisseau génois, oik il s'embarqua avec tous ses livres. Il vint alors & Naples, où il demeura, enseignant publiquement son grand art, jusqu'au pontificat de Célestin V.
A cette é|)oque, il recommença ses courses apostoliques, et prêcha la vraie religion, c'est4-dire celle de Tunité catholique, aux hérétiques, nestoriens , jacobiles et Géorgiens, qui pullulaient dans l'Ile de Chypre. Mais, au lieu de proHter de ses leçons, ces hommes endurcis voulurent le retenir dans une prison perpétuelle, d'où il s'échappa par une assistance presque miraculeuse du ciel.
Enfin, las de combattre sans obtenir la couronne, il résolut de retourner en Barbarie ; mais avant de s'y rendre, il voulut revoir Paris, qull prévoyait devoir être un )Our un centre de lumières pour la religion catholique. Là, il eut l'occasion de connaître le docteur Scot et d'argumenter victorieusement contre lui. Damtnus quœ pars? lui avait demandé le docteur, comme pour lui rappeler cette parole des moines lorsqu'ils prennent l'habit : Dominus pars hœreditatis meœ et calicis mei. Le docteur croyait ainsi embarrasser et hnmilier le vieux moine,
au'il ne connaissait pas, et qui se permettait e sourire et de hocher la tête en l'entendant, lui, docteur accrédité, avancer une chose peu exacte. Mais il fut bien étonné de la réponse de Raymond Lulle : Dominus non est parSf dit le vieillard, sed est totum. Scot alors interrogea plus sérieusement le franciscain, et s'incnna avec respect lorsqu'il entendit le nom de RayuKHid Lulle, déjà célèbre Alors par tout le monde, et s'entretint longtemps avec le docteur illuminé.
Enfin nous touchons au dernier voyage et a la mort de Raymond Lulle. Ayant continué son second tour du monde et prêché la foi en Asie, il passa en Afrique et s arrêta quelque temps oans la ville ae Bone, où, malgré les mauvais traitements des barbares, fl convertit soixante-nlix philosophes de l'é-
cole d'Averroès ; il prit sa route vers Alger, où, ayant f^it encore un cpand nombre de conversions, il fut battu^ mis en prison, btillonné et privé de nourriture pendant quatorze jours, puis livré à la populace, traîné par les rues et banni enfin du royaume, tant la vie chez lui était forte, et tant il loi était difficile de mourir.
D'Alger il se rendit à Tunis* d*où il fut encore chassé ; mais il y revint, et passa de là à Bougie, où il osa prêcher Jésus-Christ hautement sur les places publiques. « Ceux qui vous gouvernent m'ont chasse de ee pays et de Tunis, de peur que je ne vous éclaire ; mais je suis revenu, afin que vous sachiei que la religion de Jésus-Christ est la seule véritable, et que pour elh? ie suis disposé à mourir I » On s'étonne d*abord, et on feint de ne pas l'entendre ; mais comoie il insiste et élève toujours de plus en plus la voix, on s'assemble autour de lui, on murmure, puis une sédition éclate. Raymond Lulle est poursuivi à couds d'épée et de bâton jusque sous les murs ae la ville ; il fait quelques pas vers le port, et chancelle accablé soui une nuée de pierres ; bientôt la place où il est tombé en est couverte, et le corps du martyr a disparu sous ce tombeau.
La nuit suivante, quelques marchands génois, entre autres un nommé Etienne Colon et un certain Luis de Pastorga, venant du cdté de Tunis, aperçurent de loin une pyra* mide de lumière qui semblait s'élever audessus d'un monceau de pierres. Us trour vèrent la chose assez intéressante pour se détourner de leur chemin, et ayant ieté Taocre et pris terre, ils allèrent déblayer ce monceau et trouvèrent Raymond Lulle eotièrement brisé, mais encore vivant : ils le portèrent dans leur vaisseau et firent voile vers Majorque, pour ramener le ip'and docteur mourant daîns sa patrie ; mais la pénitence de Raymond touchait à sa fin : il expira tranquillement, deux jours après, en vue de l'Ile, le 3* des calendes de Juillet, la veille ou le jour même de la fête des saints apôtres Pierre et Paul.
Les Génois, arrivés au port de Palma, voulurent cacher les restes du martyr, afio de les remporter avec eux ; mais quand ils fuirent prêts à repartir, les voiles étendues, leur navire ne put avancer : ils furent obligés, pour obtenir un vent favorable, de déclarer leur pieux larcin. Alors le vice-roi, accompagné de toute la noblesse et du clergé de rile, vint chercher processionnellemeot les reliques du saint docteur, qui ne devaient
I)as reposer dans une terre étrangère, et que a Providence consentit enfin à rapprocher, après une si longue et si éclatante expiation, des ossements (TAmbrosia di Gastello.
Cette légende, bien qu'un peu longue, est tellement empreinte du génie du movenAge et de la poésie merveilleuse de cette époque, qu'on nous saura gré sans doute de l'avoir racontée en entier.
LYRIQUE (PoâsiE). Toy. Poésib,
HAISTRE
MAISTRE
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MAISTRE (Joseph de).— Le comte Joseph deMaistre^dont nous D*avons pas è juger ici les opinions^ est un des plus hardis peu* seurs et l'écrivain peutrêtre le plus incisif et le plus énergique du siècle. L*audace de ses assertions les fait ressembler souvent à des paradoxes, mais sa logique serrée et la profondeur de ses aperçus épouvantent. La croix lui a révélé la grande loi du sacrifice^ rbumanité lui apparaît assu\^ettie aux infirmités de la femme; elle expie sa maternité par le sang« Le supplice est une prière, et le bourreau un sacrificateur providentiel » ou, si Ton veut» un chirurgien social. C'est pour cela que les assassins ont souvent conspiré contre le bourreau. Marat avait écrit pour Tabolition de la peine de mort.
Ces doctrines du comte de Maistre ont quelque chose de terrible et d'effrayant , el il est difficile de lire certains passages des Soirées de Saint-Pétersbourg sans avoir le cœur serré. On a accusé de Maistre d'avoir lait du catholicisme une application de Ti* dée russe ; on s'est trompé , car en défen-* daot avec autant d'énergie qu'il le fait l'au^ torité pontificale , il élève contre l'ambition des héritiers de Pierre le Grand la seule di* gue qui pourra jamais les arrêter.
Napoléon avait dit : « Dans cinquante ans TEurope sera républicaine ou cosaque^ »
et un autre penseur a répondu : 11 est déjà trop tard pour l'alternative ; l'Europe sera cosaque» parce qu'elle sera républicaine. Achevons la pensée, en ajoutant : A moins qu'elle ne redevienne sincèrement et forte^ ment catholique.
Telle était ta pensée du comte de Maistre, dont le coup d'œil était sûr et Tintuition profonde. En effet , la république n'a d'issue que dans le sodalisme communiste et égahtaire. La communisme est impossible sans la dictature, et cette dictature ne peut être imposée et maintenue que parla force. Nous voici donc sous le knout d'un autocrate des Cosaques. Qui résistera à cette force bru-* taie? l'intelligence. Comment? par l'union et l'autorité. Où l'union et l'autorité sont^ elles possibles? dans le catholicisme. Comment 7 par l'infaillibilité du pape. 11 est impossible de sortir de cette alternative , et de Maistre était de ces hommes qui ne savent pas louvoyer entre le oui et le non. De Maistre n'est donc pas un ami de l'absolutisme imposé par la force brutale ; mais il ne voit de remède contre l'autocratie du mal que dans la souveraineté absolue du bien. II est
monde , la civilisation , le progrès » tout ce qui tient enfin à l'intelligence n'a de sauvegarde que dans l'autorité religieuse. De Maistre l'avait compris: aussi est-ce au nou) de la liberté qu il émet ses fortes doc-
trines. Voyez le second chapitre du troîaième livre de son traité du Pape,
c Nous avons vu » dit-il « que le souverain pontife est le chef naturel , le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civi* lisation universelle ; ses forces sur ce point n'ont de bornes que dans l'aveuglement ou la mauvaise volonté des princes. Les papes n'ont pas moins mérité de l'humanité paf l'extinction de la servitude qu'ils ont com* battue sans relâche, et qu'ils éteindront infailliblement, sans secousses, sans déchirer ments et sans danger, partout où on les lais** sera faire. »
M. de Maistre établit ensuite qru'à eausa des vices de sa nature , l'homme abandonné à lui-même est trop méchant pour être U* bre. Vérité niée opiniAtrément par Rous* seau , qui s'est suicidé dans un accès de misanthropie , et par Lamennais , qui a écrit des boutades semblables à celle-ci :
« On dit qu'il y a eu des antfiropophages; mais en tout cas cela n'a pas duré longtemps: ils ont dû mourir empoison-* nés. 9
De Maistre montre ensuite le catholicisme seul, c'est-à-dire l'Eglise ou le pape^ e*eH tout ufi , consacrant la fraternité des bom-^ mes qui est la destruction de l'esclavage ^ el relevant la nature humaine par Témancipa^ tion morale de la femme. Ecoutons-le par» 1er:
{DuPapef liv. m, cb. 2.} « Partout où règne la servitude , il ne saurait y avoir de véritable morale, à cause de l'empire désor* donné de Thomme sur la femme. Maîtresse de ses droits et de ses actions , elle n'est déjà que trop faible contre les séductione qui l'environnent de toutes parts. Que sera-ce lorsqiie sa volonté même ne pourra la défendre ? L'idée même de la résistance s'évanouira ; le vice deviendra un devoir ; et l'homme, graduellement amolli par la fac^ lité des plaisirs , ne saura plus s élever au<* dessus des mœurs de l'Asie.
« M. Buehanan... a fort bien remanjué (|ue dans tous les pays où le christianisme ne rèsne pas, on observe une certaine tendance h la dégradation des femmes.
« Rien n'est plus évidemment vrçii ; il est
Sossible même d'assigner la raison de cette égradation, qui ne peut être combattue qu6 par un principe surnaturel. Partout où UiH tre sexe }>eut commander le vice , il ne saurait y avoir ni véritable morale, ni véritable dignité de moeurs. La femme, qui peut tout sur le cœur de l'homme, lui rend toute la perversité qu'elle ne reçoit , et les nations croupissent dans ce cercle vicieux dont il est radicalement impossible qu'elles sortent par leurs propres forces.
« Par une opération, toute contraire el tout aussi naturelle , le moyen le plus efficace de perfectionner l'homme , c csi d*eu-
MAISTRE
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Doblir et d*eiaUer la femme ; c*est à quoi le christianisme seul traraille sans relâche avec un succès infaillible , susceptible seulement de plus ou de moins, suivant le genre et la multiplicité des obstacles qui peuvent contrarier son action. Mais ce pouvoir immense et sacré du christianisme est nul, dès gu'il n'est pas concentré dans une main unique qui I exerce et le fait valoir. Il en est du christianisme, disséminésur le globe, comme d'une nation qui n*a d'existence, d*aclion, de pouvoir, de considération et de nom même 9 qu'en vertu de la souveraineté qui la représente et lui donne une personnalité morale parmi Tes peuples.
« La lemme est donc, plus que l'homme, redevable au christianisme; c'est de lui qu'elle tient toute sa dignité. La femme chrétienne est vraiment un être surnaturel^
Jmisqu'elle est soulevée et maintenue par ui à un état qui ne lui est pas naturel. Mais par quels services immenses elle paye celte espèce d'ennoblissement !
« Ainsi le genre humain est naturellement en grande partie serf, et ne peut être tiré de cet état que iumaturellement. Avec la servitude , point de morale proprement dite ; sans le christianisme, point od liberté générale ; et sans le pape , point de véritable christianisme, c'est-à-dire, point de christianisme opérateur, puissant, convertissant, régénérant, conquérant, perjfectilisant. C'était donc au souverain pontife qu'il appartenait de proclamer la liberté universelle ; il l'a fait, et sa voix a retenti dans tout l'unirers. Lui seul rendit cette liberté possible en sa qualité de chef unique de cette religion seule capable d'assouplir les volontés, et qui ne pouvait exercer toute sa puissance que par fui. Aujourd'hui il faudrait être aveugle pour ne pas voir que toutes les souverainetés s'affaiblissent en Europe. Elles perdent de tous c6lés la confiance et l'amour. Les sectes et l'esprit particulier se multiplient d'une manière effrayante. Il faut purifier les volontés ou les enchaîner, il n'jr a pas de milieu. Les princes dissidents qui ont la servitude chez eux , la conserveront ou périront. Les autres seront ramenés à la servitude ou à l'unité. »
Ainsi donc le pape ou un autocrate des Cosaques : il n'y a pas de milieu pour la société qui veut sortir de ses angoisses. C'est la liberté durable et fondée sur un
}>rincipe, ou la domination aveugle de la brce qu'il faut prendre : voilà pourquoi de Maistre, en servant la cause du pape, est le champion de la liberté.
Supposons que demain l'idée révolutionnaire triomphe de toutes lés monarchies de l'Europe, le pape sera infailliblement exilé et proscrit avec les autres souverains , et ne sera plus que le chef du catholicisme opprimé. Cependant la révolution enfantera son César, et ce sera un Napoléon quelconque, moins le sacre ; un résumé vivant du panthéisme, un homme qui se fera Dieu. Cet homme proclamera le droit aux jouissances da la vie et l'émancipation physique et con-
tre nature des femmes, avec la sanction des échafauds et des baïonnettes; il reconstituera la servitude universelle, en abolissant la propriété et la famille. Cet homme sera l'Antéchrist, et, peu importe par quelle Dation il soit vomi, ses sujets seront des Cosaques. Qui protestera alors? et qui pourra le faire efficacement, sinon le représentant immortel du christianisme divin, le pape, successeur de saint Pierre, crucifié comme Jésus-Christ? Et qu'on ne s'y trompe pas, tous les éléments chrétiens ])erdus dans la démocratie moderne se rallieraient alors aa souverain pontife , ou se perdraient dans le panthéisme matérialiste, parce que la logique des faits est plus forte que celle des hommes. Entre de Maistre et Proudhon il n'y a pas de place pour Lamennais.
« O sainte Eglise de Rome 1 s'écrie de Maistre, en terminant son beau livre du Pape, tant que la [ arole me sera conseryée, je l'emploierai pour te célébrer. Je te saine» mère immortelle de la science et de la sainteté ! Salve, magna parens I C'est toi qui répandis la lumière jusqu'aux extrémités de la terre, partout où les aveugles souveraiDetés n'arrêtèrent pas ton influence, et souvent même en dépit d'elles. C'est toi qui fis cesser les sacrifices humains , les coutumes barbares ou infSmes, les préjugés funestes, la nuit de l'ignorance; et partout où tes envoyés ne
imrent pénétrer, il manque quelque chose à a civilisation. Les grands hommes Tappartiennent. Magna virum ! Tes doctrines purifient la science de ce venin d'orgueil qui la rend toujours dangereuse et souvent funeste. Les pontifes seront bientôt universellement proclamés agents suprêmes de la civilisation, créateurs de la monarchie et de l'unité européennes, conservateurs de la science et des arts, fondateurs, prolecteurs-nés de la liberté civile, destructeurs de l'esclavage, ennemis du despotisme, infatigables soutiens de la souveraineté, bienfaiteurs du genre humain. Si quelquefois ils ont prouvé qu'ils étaient des hommes : Siauid iÙU Aumanitus acciderit^ ces moments furent courts : un vaisseau qui fend Us eaux laisse moins et traces de son passage^ et nul trône de Tunivers ne porta jamais autant de sagesse, de science et de vertu. Au milieu de tous les bouleversements ima^nables , Dieu a constamment veillé sur toi, ô ville éterneueI Tout ce qui pouvait t'anéantir s'est réuni contre toi, et tu es debout; et comme tu fus
{'adis le centre de l'erreur, tu es depuis diiluit siècles le centre de la vérité. La puissance romaine avait fait de toi la citadelle du paganisme, qui semblait invincible dans la capitale du monde connu. Toutes les erreurs de l'univers convergeaient vers toi, et le premier de tes .empereurs , les rassemblant en un seul point resplendissant, les consacra toutes dans le Panthéon. Le temple de TOUS LES DIEUX s'éleva dans tes murs, ei seul de tous ces grands monuments il subsiste dans toute son intégrité. Toute la puissance des empereurs chrétiens, tout le zèle, tout l'enthousiasme, et, si l'on veut mèmei
MAISTRE
HAISTRE
tout le ressentiment des chrétiens» se déchaînèrent contre les temples. Théodose ayant donné le signal, tous ces magnifiques édifices disparurent. En vain les plus sub'imes beautés de l'architecture semblaient demander grâce pour ces étonnantes constructions; en Tain leur solidité lassait les bras des destructeurs. Pour détruire les temples d'Apamée et d'Alexandrie, il fallut appeler les moyens que la guerre employait dans les sièges. Hais rien ne put résister à la proscription générale : le Panthéon seul fut préservé. Un ^and ennemi de la foi, en rapportant ces fiiits, déclare par quel concours de circonstances heureuses le Panthéon fut conservé jusqu'au moment où, dans les premières années du vu* siècle» un souverain pontife le consacra a tous lbs saints. Ah I sans doute il Vignorwt: mais nous, comment pourrionfr-nous l'ignorer? La capitale du paganisme était destinée à devenir celle du christianisme ; et le temple qui , dans cette capitale, concentrait toutes les forces de ridolâtrie, devait réunir toutes les lumières de la foi. Tous les saints à la place de TOCS LBS DIEUX I quel sujet intarissable de profondes méditations philosophiques et religieuses I C'est dans le Pantséon que le papisme est rectifié et ramené au système pnmitif dont il n'était qu'une corruption visible. Le nom de Dieu, sans doute, est exclusif et incommunicable ; cependant il y a plusieurs dieux dans le ciel et sur la terre. Il y a des intelligences, des natures meilleures, des hommes divinisés. Les dieux du christianisme sont les saints. Autour de Dieu se rassemblent tous les dieux, pour le servir k la place et dans l'ordre qui leur sont assignés.
« O spectacle merveilleux, diçne de celui qui nous l'a préparé, et fait seulement pour cenx qui savent le contempler I
« P»Ems,avec ses clefs expressives, éclipse celles du vieux Janus. Il est le premier partout, et tous les saints n'entrent qu'a sa suite. Le dieu de l'iniquité, Plutus, cède la
Place au plus grand des thaumaturges, k humble François, dont l'ascendant inouï créa la pauvreté volontaire, pour faire équilibre aux crimes de la richesse. Le miraculeux Xavier chasse devant lui le fabuleux conquérant de l'Inde. Pour se faire suivre
rr des millions d'hommes, il n'apoela point son aide l'ivresse et la licence; il ne s'entoura point de bacchantes impures : il ne montra qu'une croix ; il ne prêcha que la vertu, la pénitence, le martyre des sens. Jean de Dieu, Jean de Matha, Vincent de Paul (que toute langue, que tout fige les bénissent!), reçoivent l'encens qui fumait en l'honneur de l'homicide Mars, de la vindicative JuNON. La Vierge immaculée^ laj)lus excellente de toutes les créatures dans l'ordre de la pAce et de la sainteté, diseemée entre Us $atn$$ comme le soleil entre les astres ; la
remiire de la nature humaine qui prononça nom de salut; celle qui connut dans ce monde la félicité des anges et les ravissements du ciel sur la route du tombeau ; celle dont
ÏEtemel bénit les entrailles en soufflant son esprit sur elle^ et lui donnant un fils qui est le miracle de Vunivers; celle à qui il ftit donné d'enfanter son Créateur; qui ne voit que Dieu au-dessus d'elle, et que tous les siècles proclameront heureuse; la divine Mabib monte sur l'autel de la Vénus pandémioub. Je vois le Christ entrer dans le Panthéon^ suivi de ses évangélistes, de ses apôtres, de ses docteurs, de ses martyrs, de ses confesseurs, comme un roi triomphateur entre, suivi des grands de son empire, dans la capitale de son ennemi vaincu et détruit. A son aspect, tous ces dieux-hommes disparaissent devant I'Homme-Dieu; il sanctifie le Panthéon pat sa présence et l'inonde de sa majesté. C'en est fait, toutes les vertus ont pris la place de tous les vices; l'erreur aux cent tètes a fui devant l'indivisible vérité. Dieu règne dans le Panthéon comme il règne dans le ciel , au milieu de tous les saints !
« Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte « lorsque le génie chrétien, jusqu'à la fin vainqueur du paganisme, osa norter le Panthéon dans les airs, pour n'en faire que la couronne de son temple fameux, le centre de l'unité catholique, le chef-d'œuvre de l'art humain , et la plus belle demeure terrestre de CELUI qui a bien voulu demeurer avec nous, plein d'amour et de vérité. »
Ajoutons à ce magnifique passage, qui est une des plus belles pages dont puisse se glorifier la littérature chrétienne, une citation des Soirées de Saint-Pétersbourg , qui complétera la pensée de Joseph de Maistre dans sa portée presque prophétique :
« Il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs ; des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. Plusieurs prophéties contenues dans l'Apocalypse se rapportaient k nos temps modernes, lin écrivain est allé jusqu'k dire que l'événement avait df^à commencé, et que la nation française devait être le grand instrument de la plus grande des révolutions. Il n'y a peut-être pas un homme véritablement religieux en Europe (je parle de la classe instruite) qui n'attende dans ce moment quelque chose d'extraordinaire. Or, n'est-ce nen que ce cri général qui annonce de grandes cnoses? Remontez aux siècles passés, transportez-vous k la naissance du sauveur ; k cette époque , une voix haute et mystérieuse, partie des rénons orientales, ne s'écriait^ile pas : L'Orient est sur le point de triompher,.. Le vainqueur partira de la Judée.,. Un enfant divin nous est donné; il va paraitre: il descend du plus haut dee deux; il ramènera Vdge d'or sur la terre,,. Ces idées étaient universellement répandues , et comme elles prêtaient infiniment k la poésie, le plus grand poëte latin s'en em-
Eara, et les revêtit des couleurs les plus riliantes dans son Pollion. Auûourdliuj, comme au temps de Virgile , Tunivers est dans l'attente. Comment mépriserions-nous cette grande persuasion » et de quel droit
MAISTRB
MAISTRB
o()ndaninerion&4ious les houaoK's qui, arerlis par ces signes divins, se livrent à de saintes recherches?
« Voulez-vous une nouvelle preuve do ce qui se prépare : cherchez-la dans es sciences; considérez bien la marche de la chimie, de l'astronomie même» et vous verrez où elles nous conduisent. Croiriez-^vous , par exemple» que Newton nous ramène à Pytnagore, et qu'incessamment il sera démontré que le$ corps eëleêtes iont mus précisémeni^ comms le corps humain^ par des intelligences qui leur soni unies sans qu'on sache comment : c'est cependant ce oui est sur le point de se vérifier, sans qu'u y ait bientôt aucun moyen de disputer. Cette doctrine pourra sembler paradoxale sans doute, et même ridicule, parce gue l'opinion environ-' nante en impose; mais attendez que l'affinité naturelle de la religion et de la science lc»s réunisse dans la tôte d'un seul homme de génie. L'apparition de cet homme ne saurait être éloignée. Alors des opinions qui nous paraissent aujourd'hui ou nizarres ou insensées seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter, et l'on parlera de notre stupidité actuelle comme nous parlons de la superstition du moyen âge. » (Extrait des Soirées de Suint-PAerêbourg^ par Joseph de Maistre, ouvrage publié en ISil, p. 308.) Comme on le voit, Joseph de Haistre croit au progrès, à la synthèse des sciences qui doit soumettre la raison à la foi, ^ une révolution immense qui âvorisera le triomphe déflnitif de la religion, dont elle agrandira le domaine et augmentera les conquêtes.
Nous n'avons pas ici à discuter cette idée, et nous constatons seulement que Joseph de Haistre est un de nos plus profonds pen<» seurs, un de nos plus forts logiciens et un de nos écrivains les plus éloquents.
HAISTRE (Xavibr de), frère du précédent, est loin d'être un écrivain aussi sérieux que le comte Joseph; mais c'est un littérateur aimable , connu par quelques nouvelles écrites avec beaucoup de grftce. Quelques-uns de ses opuscules ne sont pas «xempts d'une légèreté mondaine qui nous «mpêcbe de les citer dans ce Diettosmaire. La littérature chrétienne le revendique ce^ pendant, à cause du touchant dialogue intitulé Le Lépreux de la cité d'À^ste^ ouvrage que nous citerions ici tout entier si l'espace nous le permettait, mais dont nous détacherons seulement les paffes les plus intéres- 5dotes« Le but de œ dialogue est de montrer combien la religion peut apporter de soulagement aux maux les plus désespérés , et comment le souvenir de Bien peut peupler «t rendre tolérable la plus affreuse solitude. Voici le sujet et les personnages de ce dialogue : Pendant la guerre des AlfHss, en 1797, un militaire, voyant près des anciennes ninrailles de la cité a'Aoste une sorte d'habitation solitaire et un petit jardin, dont la porte était entr'ouverte, a la curiosité d'y entrer, et se trouve bientôt en présence d'un lépreux, qui lui parle en cachant son visage. La conversation s'engage, et bientôt la con-
fiance s'établit. Après les premiers compliments, quelques demandes et quelques réponses sur la position du malheureux solitaire; après que les deux interlocuteurs ont échange quelques observations sur la campagne, sur les fleurs, le dialogue se poursuit ainsi :
LB MIUTAIRB.
Avez-vous toujours vécu seul ?
LB LÂPBBUX.
J'ai perdu mes parents dans mon enfonce, et je ne les connus jamais ; une sœur qui m^ restait est morte depuis deux ans. Je o'ai jamais eu d'ami.
LB MILITAIAB.
Infortuné 1
LB LftPRBUX.
Tels soni les desseins de Dieu.
LB MILITAIRB.
Quel est votre nom, je vous prie?
LE l6pBBUX.
Ah 1 mon nom est terrible 1 je m'appelle le Lépreux l On ignore dans le monde celui que je tiens de ma famille et celui qae la religion m'a donné le jour de ma naissance. Je suis le Lépreux ; voilà le seul titre que j'ai à la bienveillance des hommes. Puisseutili ignorer éternellement qui je suis 1
LB HILITaillB.
Cette sœur que vous avez perdue vl?attelle avec vous ?
LE LÉPREUX
Elle a demeuré cinq ans avec moi dans cette même habitation où vous me voyez. Aussi malheureuse que moi, elle partageait mes peines, et je tActiais d'adoucir les sieones.
LB MILITAIEB.
Quelles peuvent-étre maintenant voso^ cupations , dans une solitude aussi profonde?
LE LiPRBUX.
Le détail des occupations d'un soltoire tel que moi ne pourrait être que bien monotone pour un Iiomme du monde, qui troore son bonheur dans l'activité de la vie sociale.
LE UILrrAIRB.
Ah 1 vous connaissez peu ce monde, qal ne m'a jamais donné le bonheur. Je suis souvent solitaire par choix, et il y a V®^'" être plus d'analogie entre nos idées qae tous ne le pensez ; cependant, je l'avoue, une s^ Utude éternelle m'épouvante ;i'ai de lapeiM à la concevoir
LB LÉPREUX
Celui qui chérit sa cellule y trouvera lapai*- L'Imitation de Jésus-Christ nous Y^^^ Je commence par éprouver la venté ^ ces paroles consolantes. Le sentimeot da la solitude s'adoucît aussi par le tratai> L'homme qui travaille n'est jamais ooQjplétement malheureux , et yen suis »
preuve. Pendant la belle saison, la cuiwjf de mon jardin et de mon parterre moccifc
UAiSTRE
UAISTRE
loffisamiuent : pendant l*hiver, je fois des corbeilles el des naites : je travaille à me fcire des habits ; je prépare chaque jour moimôme ma nourriture avec les provisions
sée, elle me parait encore avoir été bien courte.
LE «tLrrAmt.
Elle devrait vous paraître un siècle.
LE LÉPREUX
Les maui et les chagrins font paraître les heures longues ; mais les années s'envolent toujours avec la même rapidité. Il est d'aiN leurs encore au dernier terme de Tinfortune, uue jouissance que le commun des hommes ne peut connaître, et qui vous paraîtra bien singulière, c'est celle d'eiister et de respirer. Je passe des journées entières de la belle saison, immobile sur ce rempart, à jouir de l'air et de la beauté de la nature : toutes mes idées alors sont vagues, indécises ; la tristesse repose dans mon ccaur sans l'accabler ; mes regards errent sur cette campagne et sur las rochers qui nous environnent ; ces différents aspects sont tellement empreints dans ma mémoire, qu'ils font, pour ainsi dire, partie de moi-même, et cnaque site est un ami que je vois avec plaisir tous les jours.
LE MILITAIRE
J*ai souvent éprouvé quelque chose de semblable. Lorsque le chagrin s'appesantit sur moi, et que je ne trouve pas dans le eœor des hommes ce que le mien désire, l'aspect de la nature et cfes choses inanimées nie console ; je m'affectionne aux rochers et aux arbres, et il me semble que tous les êtres de la création sont des amis que Dieu m'a donnés.
LE LÉPREUX
Vcms m'encouragez à vous eip..quer à moo tour ce qui se passe en moi. J'aime véritablement les objets qui sont, pour ainsi dire, mes compagnons de vie, et que je vois chaque jour : aussi, tous les soirs , avant de me retirer dans la tour, je viens saluer les glaciers de Ruitorts, les bois sombres du mont Saint-Bernard, et les pointes bizarres qui dominent la vallée de Rnème. Quoique la puissance de Dieu soit aussi visible dans la création d^une fourmi que dans celle de runi?ers entier, le grand spectacle des montagnes en impose cependant davantage à mes sens : je ne puis voir ces masses énormes recouvertes de glaces éternelles, sans éprouver un étonnement religieux; mais, dans ce vaste tableau oui m'entoure. Vai des sites favoris et que j aime de préférence ; de ce nombre est l'ermitage que vous voyez là haut sur la sommité de la montagne de Charvensod. Isolé au milieu des bois, auprès d'un champ désert, il reçoit les derniers rayons du soleil couchant. Quoique je n'y aie jamais été, j'éprouve un plaisir singuHer à le voir. Lorsque le jour tombe, assis dans
mon jardin, je fixe mes regards sur cet ermitage solitaire, el mon ima^nation s'y repose, n est devenu pour moi une espèce do propriété ; il me semble qu'une réminiscence confuse m'apprend que j'ai vécu Ih jadis dans des temps plus heureux, et dont la mémoire s'est effacée en moi. J'aime surtout à contempler les montagnes éloignées qui se confondent avec le ciel dans l'horizon. Ainsi que l'avenir, Téloignement fait naître en moi le sentiment de l'espérance, mon cœur op-
Erimé croit qu'il existe peut-être une terre ien éloignée où, à une époque de l'avenir, je pourrai goûter entin ce bonheur pour lequel ie soupire, et qu'un instinct secret me présente sans cesse comme possible.
LE MILITAIRE
Avec une flme ardente comme la vôtre, il vous a fallu sans doute bien des efforts pour vous résigner à votre destinée, et pour ne pas vous abandonner au désespoir.
LE LipREUX.
Je vous tromperais en vous laissant croire que je suis toujours résigné à mon sort ; je n*ai point atteint cette abnégation de soimême où quelques anachorètes sont parvenus. Ce sacrifice complet de toutes les affections humaines n'est point encore accompli : ma vie se passe en combats continuels, et les secours puissants de la religion ellemême ne sont pas toujours capables de réprimer les élans de mon imagination. Elle m'entraîne souvent malgré moi dans un océan de désirs chimériques, qui tous me ramènent vers ce monde dont je n*ai au:une idée, et dont l'image fantastique est toujours présente pour me tourmenter.
LE MILITAIRE
Si je pouvais vous faire lire dans mon Ame, et vous donner du monde l'idée que j'en ai, tous vos désirs et vos regrets s'évanouiraient à l'instant.
LE LÉPREUX
En vain quelques livres m ont instruit de la perversité des hommes et des malheurs inséparables de l'humanité , mon cœur se refuse à les croire. Je me représente tou- . jours des sociétés d'amis sincères et vertueux ; des époux assortis, que la santé, la I'eunesse et la fortune réunies comblent de )oaheur« Je crois les voir errants ensemble dans des bocages plus verts et plus frais ({ue ceux qui me prêtent leur omore, éclairés par un soleil plus brillant que celui qui m'éclaire, et leur sort me semble plus digne d'envie, à mesure que le mien est plus misérable. Au commencement du pnntemps, lorsque le vent du Piémont souffle dans notre vallée, je me sens pénétré par sa chaleur vivifiante, et je tressaille malgré moi. J'éprouve un désir inexplicable et le sentiment confus d'une félicité immense dont je pourrais jouir et qui m'est refusée. Alors je fuis de ma cellule, i'erre dans la campagne pour respirer plus librement. J'évite d è(re vu par ces mêmes hommes que mon cœur brûle de
MAISTRE
MÂlSTRE
rencontrer ; et, du haut de la colline, caché entre les broussailles comme une bête fauve, mes regards se portent sur la ville d'Aoste. Je vois de loin, avec des yeux d'envie, ses heureux habitants qui me connaissent h peine ; je leur tends les mains en gémissant, et je leur demande ma portion de bonheur. Dans mon transport , vous Tavouerai-je 7
t'*ai quelquefois serré dans mes bras les ar- )res de la forêt, en priant Dieu de les animer pour moi, et de me donner un ami I Mais les arbres sont muets ; leur froide écorce me repousse ; elle n'a rien de commun avec mon cœur, qui palpite et qui brûle. Accablé de fatigue, las de la vie, je me traîne de nouveau dans ma retraite, j^expose à Dieu mes tourments, et la prière ramené un peu de calme dans mon ftme
LB MIUTAIRB.
Ainsi, pauvre malheureux, vous souflfrex à la fois tous les maux de TAme et du corps?
LK LÉPREUX
Ces derniers ne sont pas les plus cruels.
LB mUTAIBE.
Ils vous laissent donc quelquefois du reiAche ?
LE LÉPREUX
Tous les mois ils augmentent et diminuent avec le cours de la lune. Lorsqu'elle commence à se montrer , je souffre ordinairement davantage ; la maladie diminue ensuite, et semble changer de nature : ma peau se dessèche et blanchit, et je ne sens presque plus mon mal ; mais il serait toujours supportable sans les insomnies affreuses qu il me cause.
LE MILITA IRB
Quoi I le sommeil même vous abandonne I
LE LÉPREUX
Ah ! Monsieur, les insomnies 1 les insomniesl Vousne pouvez vous figurer combien est longue et triste une nuit qu un malheureux passe tout entière sans fermer l'œil, l'esprit nxé sur une situation affreuse et sur un avenir sans espoir. Non ! personne ne peut le comprendre. Mes inquiétudes augmentent à mesure que la nuit s'avance ; et lorsqu'elle est près de finir, mon agitation est telle que je ne sais plus que devenir : mes pensées se brouillent ; Réprouve un sentiment extraordinaire que je ne trouve jamais en moi que dans ces tristes moments. Tantôt il me semble qu'une force irrésistible m'entraîne dans un gouffre sans fond ; tantôt je vois des taches noires devant mes yeux ; mais pendant que je les examine elles se croisent avec la rapidité de l'éclair, elles grossissent en s'approchant de moi, et bientôt ce sont des montagnes qui m'accablent de leur poids. D'autres fois aussi, je vois des nuages sortir de la terre autour de moi, comme des flots qui s'enflent, qui s*amoncellent et menacent de m'engloutir ; et lorsque je veux me lever pour me distraire de ces idées, je me sens comme retenu par des liens invisibles qui m'ôlent les forces. Vous croirez
peut-être que ce sont des songes ; mais non, je suis bien éveillé. Je revois sans cesse les mêmes objets, et c'est une sensation d'hotreur qui surpasse tous mes autres maui.
LE MILITAIRE
Il est possible gue vous ayez la fiè?re pendant ces cruelles insomnies, et c'est elle sans doute qui vous cause cette espèce de délire
LB LiPRBUX.
Vous croyez que cela peut venir de la fièvre ? Ah I je voudrais bien que vous dissiez vrai. J'avais craint jusqu'à présent que ces visions ne fussent un symptôme de foliei et je vous avoue que cela m'inquiétait b^ucoup. Plût k Dieu que ce fût en effet la fièvre!
LE MILITAIRB.
Vous m'intéressez vivement. J'avoae que je ne me serais jamais lait Tidée d'une situ»tion semblable h la vôtre. Je pense cependant qu'elle devait être moins triste lorsque votre sœur vivait.
LB LEPREUX.
Dieu lui seul sait ce que j'ai perdu par U mort de ma sœur. — Mais ne craignez-TOus point de vous trouver si près de moi î Asseyeivous ici, sur cette pierre ; je me placerai derrière le feuillage, et nous converseroos sans nous voir.
LE MILITAIRE
Pourquoi donc ? Non, vous ne me (witl^ rez point ; placez-vous près de moi. (En disant ces mots, le voyageur fit un mouyemeal involontaire pour saisir la main du Lépreoif qui la retira avec vivacité.)
LE LÉPREUX
Imprudent 1 vous allez saisir ma nuiint
LE MIUTAIRB
Eh bien I je l'aurais serrée de bon cw.
LE LÉPREUX
Ce serait la première fois que ce boaaeur m'aurait été accordé : ma main n'a jamais été serrée par personne.
LB MILITAIRB
Quoi donc I hormis cette sœur dont toiis m'avez parlé, vous n'avez jamais eudeli«son, vous n'avez jamais été chéri par aucon de vos semblables 7
LE LÉPREUX
Heureusement pour l'humanité , jo d<< plus de semblable sur la terre.
LE MILITAIRE
Vous me faites frémir 1
LE LÉPREUX
Pardonnez, compatissant étranger Uojtf savez que les malheureux aiment à paner de leurs infortunes.
LE MILITAIRE
Parlez, parlez, homme intéressant 1 Vous m'avez dit qu'une sœur vivait jadis aT« vous, et vous aidait à sup|)orter vos sooh frances. \
HAISTRF
LK LÉPREUX
MAISTRE
Céiatt le seul ]ien par lequel ie tenais encore au reste des humains. Il plut k Dieu de le rompre et de me laisser isolé et seul au milieu du monde. Son âme était digne du ciel qui la possède, et son exemple me soutenait contre le découragement qui m'accable souvent depuis sa mort. Nous ne vivions cependant pas dans cette intimité délicieuse dont je me fais une idée, et qui devrait unir des amis malheureux. Le senre de nus maux nous privait de cette consolation. Lors mémo que nous nous rapprochions pour prier Dieu, nous évitions réciproquement de nous regarder, de peur que le spectacle de nos marux ne troublât nos méditations , et nos regards n'osaient plus se réunir que dans le ciel. Après nos prières , ma sœur se retirait ordinairement dans sa cellule ou sous les noisetiers qui terminent le jardin , et nous virions presque toujours séparés.
LE mUTAIRB.
Mais pourquoi vous imposer cette dure contrainte ?
LB LéPRBÛX.
Lorsque ma soeur fut attaquée par la ma* ladie contagieuse dont toute ma famille a été la victime, et qu'elle vint partager ma retraite, nous ne nous étions jamais vus : son effroi fut extrême en m'apercevant pour la première fois. La crainte de Taffliger, la crainte plus grande encore d'augmenter son mal en rapprochant, m'avait forcé d'adopter ce triste genre de vie. La lèpre n'avait attaqué que sa poitrine, et je conservais encore quelque espoir de la voir guérir. Vous voyez ce reste de treillage que j ai négligé : c'était alors une baie de noublon que j'entretenais avec soin et qui partageait le jardin en deux parties. J'avais ménaxé de chaque cAté un petit sentier, le long auquel nous pouvions nous promener et converser ensemble, sans nous voir et sans trop nous approcher.
LE MILITAIRE
On dirait que le ciel se plaisait à empoisonner les tristes jouissances qu'il vous
laissait.
LB LÉPHEUX.
Mais du moins je n'étais pas seul alors ; la présence de ma sœur rendait cette retraite vivante. J'entendais le bruit de ses pas dans ina solitude. Quand je revenais à 1 aube du
C' ur prier Dieu sous ces arbres , la porte de tour s'ouvrait doucement , et la voix de Da sœur se mêlait insensiblement à la nieone. Le soir, lorsque j'arrosais mon jarlin, elle se promenait quelquefois au soleil x)uchaot^ ici, au même endroit où je vous «rie, et je voyais son ombre passer et revisser sur mes fleurs. Lors même que je ne a voyais pas, je trouvais partout des traces le sa (présence. Maintenant il ne m'arrive lus de rencontrer sur mon chemin une fleur ffeuiilée ou quelques branches d'arbrisseau H'elie y laissait tomber en passant; je suis eul : il n'jr a plus ni mouvement ni vie au- >ur do moi, et le sentier qui conduisait à
son bosquet favori disparaît d^à sous l'herbe. Sans paraître s'occuper de moi , elle veillait sans cesse k ce qui pouvait me faire plaisir. Lorsque je rentrais dans ma chambre, j'étais ouelqueiois surpris d'y trouver des vases de fleurs nouvelles, ou quelque beau fruit qu'elle avait soigné elle-4nême. Je n'osais pas lui rendre les mêmes services, et je l'avais même priée de ne jamais entrer dans ma chambre; mais qui peut mettre des bornes à l'affection d'une soBur t Un seul trait pourra vous donner une idée de sa tendresse pour moi. Je marchais une nuit à grands pas dans ma cellule, tourmenté de douleurs affreuses. Au mil.eu de la nuit, m'étant assis un instant pour me reposer, j'entendis un bruit léger a l'entrée de ma chambre. J'ap* proche , je prête l'oreille : jugez de mon éionnemeul 1 c'était ma sœur qui priait Dieu en dehors, sur le seuil de ma porie. Elle avait entendu mes plaintes. Sa tendresse lui avait fait craindre de me troubler; mais elle venait pour être à portée de me secourir au besoin. Je l'entendis qui récitait h voix basse le Miitrere. Je me mis à genoux prés de la porte, et, sans l'interrompre, je suivis mentalement ses paroles. Mes yeui étaient pleins de larmes : qui n'eût été touché d'une telle affection? Lorsque je crus que sa prière était terminée : « Adieu , ma sœur , lui dis-je à voix basse; adieu, retire-toi, je me sens un peu mieux; que Dieu te bénisse et te récompense de ta piété l » Elle se retira en silence, et sans doute sa prière fut exaucée , car je dormis entiu quelques heures d*un sommeil traiiquille.
LB MILITAIRE
Combien ont dû vous paraître tristes les premiers jours qui suivirent la mort de cette sodur chérie 1
LE LiPREUX.
Je fus longtemps dans une espèce de stu-
Jieur qui m'ôtait la faculté de sentir toute 'étenaue de mon infortune ; lorsque enfin je revins à moi, et que je fus k même déjuger de ma situation, ma raison fut prête à m'abandonner. Cette époque sera tougours doublement triste pour moi ; elle me rappelle le plus ^and de mes malheurs et le crime qui faillit eu être la suite.
LB MILITAIRE
Un crime I je ne puis vous en croire capable.
LE LiPKBUX.
Cela n'est que trop vrai, et en vous racontant cette époque de ma vie , je sens trop que je perdrai beaucoup dans votre estime ; mais je ne veux pas me peindre meilleur que je ne suis , et vous me plaindrez peut-être en me condamnant. Déjà, dans quelques accès de mélancolie, l'idée de quitter cette vie volontairement s'était présentée à moi : cependant la crainte de Dieu me l'avait toulours fait repousser, lorsque la circonstance la plus simple et la moins faite en apparence pour me troubler pensa me penli e ()Our Téternité. Je venais d'éprouver un nouveau cliagrin. Depuis quelques années, un petit
MAISTRE
MA1STRE
7li
ehten s'était donné h nous : ma sœur Tàvait nimé, et je tous avoue que depuis qu'elle n'existait plus, ce pauvre animal était une TéritabJe eonsoialion pour moi.
Nous devions sans doute à sa laideur le choix qu'il avait fait de notre demeure pour son refuge. Il avait été rebuté par tout le monde ; mais il était encore un trésor pour la maison du Lépreux. En reconnaissance de la faveur que Dieu nous avait accordée en nous donnant cet ami, ma sœur l'avait apH pelé Miracle f et son nom, qui contrastait avec sa laideur , ainsi que sa gaîté continuelle, nous avaient souvent distraits de nos chagrins. Malgré le soin que j'en avais, il s'échappait quelquefois, et je n'avais jamais pensé que cela pût être nuisible à personne. Cependant quelques habitants de la ville s'en alarmèrent, et crurent qu'il pouvait porter parmi eux le fferme de ma maladie; ils se déterminèrent a porter des plaintes au commandant, qui ordonna que mon chien fût tué aur-le-champ. Des soldats, accompagnés de quelques habitants, vinrent aussitôt chez moi pour exécuter cet ordre cruel. Ils lui passèrent une corde au cou en ma présence, et l'entraînèrent. Lorsqu'il fut à la porte du jardin, je ne pus m'empècher de le regarder encore une fois : je le vis tourner ses yeux vers moi pour me demander un secours que je ne pouvais lui donner. On voulait le noyer dans la Doire; mais la populace, qui l'atten'dait en dehors , l'assomma à coups de pierres. J'entendis ses cris , et je rentrai dans ma tour plus mort que vif; mes genoux tremblants ne pouvaient me soutenir : je me jetai sur mon lit dans un état impossible à décrire. Ha douleur ne me permit de voir dans cet ordre juste , mais sévère , qu'une barbarie aussi atroce qu'inutile ; et quoique j'aie honte aujourd'hui du sentiment qui m'animait alors, je ne puis encore y penser de sang-froid. Je passai toute la journée dans la plus grande agitation. C'étiiît le dernier être vivant qu on venait d'arracher d'auprès de moi , et ce nouveau coup avait rouvert toutes les plaies de mon cœur.
Telle était ma situation, lorsque le même jour, vers le coucher du soleil, je vins m'asseoir ici, sur cette pierre où voas êtes assis maintenant. J'y réfléchissais depuis quelque temps sur mon triste sort , lorsque là- bas, vers ces deux bouleaux qui terminent la haie , je vis paraître deux jeunes époux qui venaient de s'unir depuis peu. Ils s'avancèrent le long du sentier, à travers la prairie, et passèrent près de moi. La délicieuse tranquillité qu'inspire un bonheur certain était empreinte sur leurs belles physionomies ; ils marchaient lentement; leurs bras étaient entrelacés. Tout à coup le les vis s'arrêter : la jeune femme pencha la tête sur le sein de son époux , qui la serra dans ses bras avec transport Je sentis mon cœur se serrer. Vous l'avouerai-je 7 l'envie se glissa pour la première fois dans mon cœur : jamais l'image du bonheur ne s'était présentée à moi avec tant de force. Je les suivis des yeux jusqu'au bout de la «prairie, et j'allais les perdre de
vue dans les arbres, lorsque des cris d'aI14-
Sesse vinrent frapper mon oreille : c'étaient urs familles réunies qui venaient à leur rencontre. Des vieillards , des femmes, des enfauts les entouraient : j'entendais lemuN mure confus de la joie; je voyais entre les arbres les couleurs brillantes de leurs Tèiements , et ce groupe entier seoablait environné d'un nuage de bonheur. Je ne pus supporter ce spectacle; les tourments de l'enrer étaient entrés dans mon cœur: je détournai mes regards, et ie me précipitai dans ma cellule. Dieu 1 qu'elle me parut déserte, sombre, elTroyable I C'est doncici,medi»r je, que ma demeure est fixée pour toujoun; c'est donc ici où, tratnant une vie déplorable , j'attendrai la fin tardive de mes 10u^! L'Etemel a répandu le bonheur, il Va répandu à torrents sur tout ce qui respire; et moi , moi seul I sans aide, sans amis, sans compagne... Quelle affreux destinée 1
Plein de ces tristes pensées, j'oubliai quil est un être consolateur, je m'oubliai moimême. Pourquoi, me disais-je, la lumière me fut-elle accordée? Pourquoi la nature n'est-elle injuste et marâtre que pouriuoi! Semblable à l'enfant déshérité , j'ai sous les yeux le riche patrimoine de la famille hamaine, et le ciel avare m*en refuse ma part Non I non I m'écriai-je enftn, dans un accâ de rage, il n est point de bonheur pour loi sur la terre ; meurs 1 infortuné, meurs! Assez longtemt»6 tu as souillé ta terre par la présence ; puisse-t-elle t'englontir virant et ne laisser aucune trace de ton odieuse eiistence I Ma fureur inseaitée s'augmeotanlptr degrés, le désir de me détruire s'empara ile moi et fixa toutes mes pensées. Je couçoi enfin la résolution d'incendier ma rclraile, et de m'y laisser consumer avec tout ce qui aurait pu laisser quelque souvenir de moi. Agité, furieux, je sortis dans la campagiv^; j'errai quelque temps dans l'ombre aotour de mon nabitatiou : des hurlements ioToiontaires sortaient de ma poitrine oppressée et m'effrayaient moi-même dans la silence de la nuit. )e rentrai plein de rage dans ma demeure, en criant : Malheur à toi, Léi»reuil malheur à toi I £t comme si tout avait dû contribuer à ma perte, j'entendis l'écho qui* du milieu des ruines du château de Bramafan , répéta distinctement : îlalhear à toil Je m'arrêtai , saisi d'horreur , sur la place de la tour, et l'écho faible de la montago^ répéta longtemps après : Malheur à loi !
Je pris une lampe, et, résolu de mettre ie feu à mon habitation , je descendis dans 1« chambre la plus basse , emportant aTec nxÀ des sarments et des branches sèches. C était la chambre qu avait habitée ma sœur , et je n*y étais plus rentré depuis sa mort : soq fauteuil était encore placé comme lorsque je l'en avais retirée pour la dernière ibis; je sentis un frisson oe crainte en voyant soa voile et quelques parties de sas vêtemeois épars dans la chambre : les dernières paroles qu'elle avait prononcées avant d'en sortir se retracèrent à ma pensée. « Je dc t> bandonnerai pas en mourant, me disail-^H^'
7CJ
MAISTRE
9ijuf i<Hi»-toi que je serai présente dans tes angoisses. » vn posant la lampe sur la table, j'aperçus le ooraon de la croix qu'elle portait k son eoa, et qu'elle avait plaeée ellemème entre deui feuillets de sa Bible. A cet aspect, je reculai plein d un saint effroi. La ^irofoDoieur de l'ablme où j*aUaîs me prédpiler se présenta tout à coup à mes veux dessillés; je m'approchai en tremblant du li« m sacré. VoilÀ, voilà , m'écriai*je , le secours qu'elle m*a promis I Et comme je re> drai la croix du livre , j'j trouvai un écrit cacheté ({ue ma bonne sœur j avait laissé pour moi. Mes larmes, retenues jusqu^alors par la douleur, s'échappèrent en torrents: tous mes funestes projets s'évanouirent k l'iostant. Je pressai longtemps cette lettre précieuse sur mon coeur avant de fiouvoir la lire, et, me jetant à genoux pour implorer la miséricorde divine , je l'ouvris et j'y lus en sanglottant ces paroles , qui seront éteraellement gravées dans mon cœur : « Mon frère Je vais bientôt te quitter; mais je ne fabandonnerai pas. Du ciel, où j'espère aller, je veillerai sur toi; je prierai Dieu qu'il te donne le courage de supporter la vie avec résignation jusquà ce qu'il lui plaise de BOUS réunir dans un autre monde : alors je pourrai te montrer toute mon affection; rien De in*empèchera plus de l'approcher, et rien n^ pourra nous séparer. Je te laisse la petite froii que j*ai portée toute ma vie; elle m*a soureot consolée dans mes peines , et mes larmes n'eurent jamais d autres témoins qu'elle. Rappelle-toi , lorsque tu la verras, que mon aeanier voeu fut que tu pusses Tirre ou mourir en bon chrétien. » Lettre chérie 1 elle ne me quittera jamais : je l'emporterai avee moi dans la tombe ; c'est elle qui m'ouvrira les portes du ciel , que mon crime devait me fermer k jamais. Ln achetant de la lire, je me sentis défaillir, épuisé par tout ce que je venais d'éprouver. Je vis on nuage se répandre sur ma vue , et pen- >Jaiit quelque temps je perdis à la fois le souvenir de mes maux et le sentiment de mon existence. Lorsque je rerins à moi, la lioil était avancée. A mesure que mes idées «'éclaireissaient, j'éprouvais un sentiment de [■aix indéfinissable. Tout ce qui s'était passé <U7i5 la soirée me paraissait un rêve. Mon premier mouvement fut de lever les yeux vers le ciel pour le remercier de m'avoir préservé du plus grand des malheurs. Jamais le firmament ne m'avait paru si serein H si beau : une étoile brillait devant ma fei>^; je la contemplai longtemps avec un plaisir inexprimable, en remerciant Dieu de €« qu'il m accordait encore le plaisir de la ^oir, et j'éprouvais une secrète consolation à penser gu*nn de ses rayons était cepen- ^n\ destiné pour la triste cellule du Lépceux.
Je remontai chez moi plus tranquille. J'employai le reste de la nuit à lire le livre de Job, et le saint enthousiasme qu*il fit passer dans mon âme finit par dissiper entièrement tes noires idées qui m'avaient obsédé. Je n'avais jamais éprouvé de ces moments afieux
lorsque ma SŒ:ir vivait; il me suflisait de b savoir près de moi pour être plus calme, et la seule pensée de l'affection qu'elle avait pour moi sulfisait pour me omisoier et me donner du courage.
Compatissant étranger! Dieu vous préserve u'élre jamais obligé de vivre seul ! Ma soBur, ma compagne, n'est plus, mais le ciel m'accordera la force de supporter courageusement la vie ; il me raccordera , je T'espère , car je le prie dans la sinoéritié de mon eœur.
LE iDLrrAiaB.
Quel âge avait votre sœur lorsque vous la perdîtes ?
LB LÉPHBUÏ.
Elle avait à peine vingt-cinq ans ; mais ses souffrances la faisaient paraître plus âgée. lial^ré la maladie qui l'a enlevée, et qui avait altéré SCS traits, elle eût été belle encore sans une pâleur eSrayante gui la déparait : c'était l'image de la mort vivante, et je ne pouvais la voir sans gémir.
LB MILITAlBB.
Tous l'avez perdue bien jeune.
LE LÉPBEIJX.
Sa complexion faible et délicate ne pouvait résister â tant de maux réunis : depuis ouelque temps je m'anercevais que sa perte était inévitable, et tel était son triste sort, que j'étais forcé de la désirer. En la voyant languir et se détruire chaque jour, j'observais avec une joie funeste s'approcher la fin de ses souffrances. D^è, depuis un mois, sa faiblesse était augmentée; ae fréquents évanouissements menaçaient sa vie d*heure en heure. Un soir (c'était vers le commencement d'août) je la vis si abattue, que je ne voulus pas la quitter : elle était dans son fauteuil, ne pouvant plus supporter le lit depuis ouelques jours. Je m'assis moi-même auprès d'elle, et , dans l'obscurité la plus profonde, nous eûmes ensemble notre dernier entretien. Mes larmes ne pouvaient se tarir; un cruel pressentiment m'agitait, « Pourquoi pleures-tu ? me disait-elle? pourquoi t'affliger ainsi ? je ne te quitterai pas en mourant, et je serai présente dans tes angoisses. »
Quelques instants après, elle me témoigna le désir d'être transportée hors de la tour, et de faire ses prières dans son bosquet de noisetiers : c'est là qu'elle passait la plus grande partie de la belle saison. « Je veux^ disait-elle, mourir en regardant le ciel. » Je ne croyais cependant pas son heure si proche. Je la pris dans mes bras pour l'enlever. « Soutiens-moi seulement, me dit-elle; j'aurai peut-être encore la force de marcher. » Je la conduis'S lentement jusque dans les noisetiers : je lui formai un coussin avec des feuilles sèches qu'elle y avait rassemblées elle-même, et, rayant couverte d'un voile, afin de la préserver de l'humidité de la nuit, je me plaçai auprès d'elle; mais elle désira être seule dans sa dernière méditation : je m'éloignai sans la perdre de vue. le vof ais
MAISTRfi
MAISTRE
son voile s*élever de temps en temps et ses mains blanches se diriger vers le ciel. Comme je me rapprochais da bosquet, elle me demanda de Teau : j'en apportai dans sa coupe ; elle y trempa ses lèvres , mais elle ne put boire. « Je sens ma fin ^ me dit-elle en détournant la tète; ma soif sera bientôt étanchée pour toujours. Soutiens-moi, mon frère ; aide ta sœur à franchir ce passage désiré, mais terrible. Soutiens-mot , récite la prière des agonisants. » Ce furent les dernières paroles qu'elle m'adressa. J'appuyai sa tôte contre mon sein; je récitai la prière des agonisants : «c Passe à l'éternité 1 lui disais-je, ma chère sœur; délivre-toi de la vie; laisse cette dépouille dans mes bras!» Pendant trois heures je la soutins ainsi dans la dernière lutte de la nature ; elle s'éteignit enGn doucement, et son Ame se détacha sans effort de la terre.
Le Lépreux , à la fin de ce récit , couvrit son visage de ses mains; la douleur ôtait la voii au voyageur. Après un instant de silence, le Lépreux se leva. Etranger^ dit-il» lorsqiM U chagrin ou le découragement f 'opprochera de vous^ penêex au io Maire de ia cité d'Aosté; voim ne lui aurez point fait une visite inutile.
ils s'acheminèrent ensemble vers la porte du jardin. Lorsque le militaire fut au moment de sortir, il mit son gant à la main droite : Vous n'avez jamais serré la main de personne, dit-il au Lépreux; accordez-moi la faveur de serrer la mienne : c'est celle d'un ami qui s'intéresse vivement à votre sort. Le Lépreux recula de quelques pas avec une sorte d'effroi , et, levant les yeux et les mains au ciel : Dieu de bonté, s'écriat-il, comble de (es bénédictions cet homme com^ pâtissant 1
Accordez-moi donc une autre grAce, reprit le voyageur. Je vais partir; nous ne nous reverrons peut-être pas de bien longtemps : ne pourrions-nous pas, avec les précautions nécessaires, nous écrire quelquefois? une semblable relation pourrait vous distraire, et me ferait un grand plaisir à moi-même. Le Lépreux réfléchit quelque temps. Pourquoi, dit-il enfin, chercnerais^je à me faire illusion? Je ne dois pas avoir d'autre société que moi-même, d'autre ami que Dieu; nous nous reverrons en lui. Adieu, généreux étranger, soyez heureux.... Le Lépreux ferma la porte et en poussa les verrous.
MALâCHIË. — Le prophète Malachie» oui écrivait après le retour de la captivité, dut s'attirer toute la haine des faux zélateurs et des membres corrompus de la Synagogue. Il s'indigne contre l'orgueil national des Israélites, qui les portait a se vanter des préférences de Dieu, alors qu'ils ne préféraient pas eux-mêmes la loi de Dieu A leurs mauvaises passions ; il attaque avec véhémence le sacerdoce juif, et prédit la fin des sacrifices de l'ancienne loi par l'inauguration d'une nouvelle oblation universelle. Il dévoile sans pitié les turpitudes du sanctuaire, et révèle au monde l'affaiblissement des croyances anciennes : les Israélites n'offrent
plus en sacrifices que le rebut de leurs trou> peaux, les prières sont vénales, les prtuts sont indifférents et regardent leur saint ministère seulement comme une besogne qm les fait vivre; les vœux deviennent dérisoires, l'autel du sacrifice est une mangeoire souillée.... et pourtant je suis le graod roj, dit le Seigneur Dieu des armées, et mon nom est l'épouvante des nations l (Chap. i.
« A vous maintenant, ô prêtres ! ce qu'i m'est enjoint de vous dire (Chap. n) : si vous ne voulez pas m'entendre, si vous n'imposex pas à votre cœur de rendre gloire k mon nom, dit le Seigneur des armées, je jetterai sur vous la misère, et je maudirai vos bénédictions. Je les maudirai, vous dis^je, pan» que vous n'avez rien appris à votre cœurl J étendrai le bras sur vous et je vous éparpillerai sur la face le fumier de vos fêles, et ie balayerai le tout ensemble. {lbid„y. 3.) Les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science, et c'est k sa bouche qu'il faut demander la loi, parce qu'il est l'ange du Dieu des armées {Ibtd., v. 1).
« Mais vous vous êtes écartés de la voie, vous avez fait de la loi une pierre d*achoi>pement pour la multitude, vous avez reoda inutile mon alliance avec Lévi, et c'est Dour cela que je vous ai abandonnés au mépris des nations, et vous êtes devenus les derniers des hommes, parce que vous v!mi pas gardé la rectitude de mes voies, et vous avez donné plusieurs faces à ma loi. (/tt't V. 8.) C'est ainsi que les passions des hommes altèrent la vérité qui était confiée i leur sagesse. C'est ainsi que lès institutions salfaiblissent et que la routine fait dégénérer le culte en profanations ; mais moi« dit Dien^ je suis le Seigneur, et je ne change pas: Ego Dominus et non mutor. L'huile est tarie dans la lampe des vierges folles. Ceux qui ont mis toute leur religion dans des pratiques intéressées, sans se mettre en peine de la charité* qui seule entretient la lumièrri voient pAlir et s'éteindre en vacillant la lueur (}ui les éclairait. Cependant un grand crise lait entendre : voici le fiancé qui vient I allez tous au-devant de lui ! malheur alors ï ceui dont les pieds sont embarrassés dans les vaines observances des pratiques du phansaïsme L. Je vous envoie mon ange pour préparer la voie devant ma face. iCh* "'• V. 1.) Le maître que vous cherchez, leDo»^ nateur, va visiter son temple, dit le Seigueur Dieu des armées. Je vais venir vous trouter la justice à la main; je rendrai lémoig^ge* sans aue rien m'arrête, contre les malCuleurs, les adultères et les parjures. Je confondrai ceux qui calomnient le travail et son salaire {qui calumniantur mercedem me^ narii, en. m, v. 5), qui mentent au pr^udice de la veuve et de l'orphelin, et qui oppnment le pauvre étrangerl... A-t-onjiwis entendu dire que l'homme paisse ^tre le meurtrier de Dieu? et pourtant vousniV^^
f^ercé de vos coups, dit le Seigneur..* ^^ e prophète, après avoir tonné contre le$ prêtres et contre les puissants, reproche au peuple sa négligence à payer les dlme» ei
MASCÀRON
IIERVEILLEUll
la pénurie du Sanctuaire : enfin il annonce le grand jour de la justice qui va s*alluiner comme une fournaise» et qui dévorera tou* les les iniquités comme de la paille* puis le solei! de justice montera dans jo ciel comme an aigle rayonnant de splendeur, et le salut sera la rosée de ses ailes; alors le troupeau béni de Dieu sortira joyeux dans les campagnes* et foulera aux pieds la cendre de ses ennemis ; mais avant cette grande épreuve le Seigneur enverra Elie le prophète, qui ramènera le cœur des j^res à. leurs enfants et le cœur des enfants a leurs pères, afin que la terre ne périsse pas enveloppée dans un immense anathème. (Cb. iv, v. 6.)
Comme on le voit» le style de Malachie est énergique et sobre d*ornements; c*est un tribun plutôt qu'un poète, et l'on comprend k son audace que, pour obéir k Tesprit qui l'inspire» il fait bon marché de sa vie ; mais on sent bien aussi que ce n'est pas un res* sentiment haineux contre le sacerdoce, mais le pur zèle de la gloire de Dieu qui l'anime dans ses reproches adressés aux mauvais pasteurs. Ils ont mérité sans doute leur abjediob et leur misère, mais cette misère et cette abjection n'eu sont pas moins le crime et le malheur du peuple. H respecte toujours la cbaiire de Moïse, ou sont assis les docteurs dont la foi s'est affaiblie, et ce n'est pas en le renversant qu'il veut purifier le sanctuaire. La prophétie de Malachie est fort courte» pul»|u'elle ne comprend que quatre chapi^ très, dont le plus long n'a pas plus de dixhuit versets ; elle est néanmoins d'une grande importance, et a été plusieurs fois citée dans le Nouveau Testament, où l'on applique spécialement k saint Jean-Baptiste ce qui est dit de cet ange du Seigneur qui vient lui préparer les voies, et de Tavénement d'Elie k la tin des temps.
MASCARON (JuLBs)» — évèque d'Agen, osa» étant simple prêtre de TOratoire» prêcher contre les vices des grands et les mauvais exemples des rois» devant la cour même de Louis XIV, et en présence de ce fier monarque, si fort accoutumé aux adulations de toat ce qui l'environnait. H y eut alors dans réalise un silence terrible ; tous les yeux étaient portés sur le roi» et les cœurs des fidèles palpitaient de crainte. Louis XIV avait les yeux baissés, et paraissait prêter au prédicateur l'attention la plus docile. Les courtisans» qui croyaient voir dans ce silence les signes précurseurs d'un orage d'autant plus violent qu*il aurait été d'abord mieux contenu, s'approchèrent du roi k la fin du sermon» et commencèrent k murmurer contre le prédicateur. II a dit son devoir» messieurs» faisons le nêtre» dit alors ce priuee, qui se counaissait en grandeur» et uui ne confondait pas le courage avec rinsoience. Quelque temps après, Mascaron fut nommé évoque de Tulle» et plus tard évèque d*Agen« Le toi ie redemanda plusieurs fois pour son prédicateur» et Tentendit même avec plaisir daus sa vieillesse. Votre éloquence seule ne vieillit point, lui disait-il, avec cette obligeance gai, a»di|.^c^rs tant de prix, dans la
9icrid!«N. i»it LrrrÉRATVRE chrét.
bouche des rois. Mascaron» dans Toraison funèbre» tient le premier rang après Fléchier»
Sui ne le cède» comme on sait, qu'au grand ossuet.
MASSILLON. — Jean-Baptiste Massiilon est un des écrivains les plus polis» les plus corrects» les plus faciles en même temps et les plus brillants de la langue française. Son PeM-^arime^ qui est un chef-d'œuvre de goût, de pensées sages et de belle diction, a été critiaué par les amis de la vraie littérature chrétienne, comme trop fleuri et d*une éloquence trop mondaine. Peut-être, avec plus de simplicité et d'onction, l'œuvre eôtelle été plus pârCiiite et mieux appropriée au but que l'auteur se proposait d'atteindre. Du reste, l'éloge et la critique de Massiilon appartiennent moins k notre Dictionnaire qu'à celui qui traite spécialement de l'éloquence sacrée.
MERVEILLEUX. — Le merveilleux » en littérature, consiste dans les moyens empruntés au monde surnaturel ; l'intervent on des esprits supérieurs k l'homme et les pro* diges qui résultent de leur influence, les apparitions» les enchantements , les nrosopopées, les visions du ciel et de l'enfer, les combats des anges et des démons» constituent le merveilleux chrétien» comme le merveilleux païen consistait dans les métamorphoses des dieux et des hommes, dans les intrigues de l'OlyqEHpe ou dans Jes tremble-* ments de l'Erèbe, éclairé tout k coup {Mir l'ouverture que fait à la terre un coup de trident de Neptune, ou ébranlé par le froncement du noir sourcil de tepiter* Le merveilleux ouvre k la fiction un champ immense qui n'est borné que par les limites du possible. Mais jusqu où va le possible dans le domaine du merveilleux? Telle est la question qu'une sage critique peut examiner sans parvenir peut-être facilement k la résoudre.
Le plus sûr dans la pratique, et ce qu'on peut conseiller le plus sagement aux poètes chrétiens» est de se tenir dans les limites de TEcriture sainte et de la tradition catholique. Le savant dom Calmet a laissé sur cette ma*tièro une dissertation entachée peut-être d*un léger soupçon de crédulité trop excessive. Nous engaseons nos lecteurs k le consulter, et nous n en citerons ici que les quelques pages irréprochables qui se rapportent <nux apparitions, tant des bons que des mauvais anges. Nous laissons parlerdom Calmet :
Les apnaritions de bons anges sont fré^ quentes dans les livres de l'Ancien Testainent : celui qui fut mis k l'entrée du paradis terrestre {Gen, m, 24) était un chérubin armé d'un glaive flamboyant ; ceux qui apparurent k Aoraham, et qui lui promirent . la naissance d'un iils(Creiu xviii 1, S, 3) ; ceux qui apparurent k Lot , et lui prédirent I4 ruine ne Sodome, et des autres villes criminelles (ffen. xix) ; celui qui parla k Agar dans le désert (Gen. xxi, 17;, et lui ordonna de retourner dans la maison d'Abraham, et de demeurer soumise k Sara sa maîtresse ; ceux qui apparurent k Jacob allant en Mé« sopotamie» qui montaient et dcsccnditicnt
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MERVEILLEUX
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réchelle mystérieuse [Gen, xxvin, lî); celui
3ui lui enseigna la manière de faire nattre e ses brebis des moutons de différentes couleurs {Gen. xxxi, 10, 11 ) ; celui qui lutta contre Jaco!) à son retour de la Mésopotamie (Gen.xxxii), étaient des anges de lumière et bienfaisants, de même que celui aui parla à Moïse dans le buisson ardent à [oreb (Eœod. m, 6, 7), et qui lui donna les tables ae la loi sur le mont Sinaï. Cet ange, qui prend ordinairement le nom de Dieu, et agit en son nom et avec son autorité
iExod. m, it), qui servit de guide aux Héireux dans le dçsert, caché d^s une nuée sombre et obscure pendant le jour, et brillante pendant la nuit ; celui qui parla à Balaam, et qui menaça de tuer son ânesse (Num. XXII, xxni) ; celui enfin qui corniiattit contre Satan i)Our le corps de Moïse (Jud. ix), tous ces anges étaient sans doute des bons anges.
H faut porter le même jugement de celui qui se présenta en armes à Jo^ «ué dans la plaine de Jéricho (Jogue v, 13), et qui se déclara chef de Tannée du Set-
Fneur: on croit avec raison que c'était ange saint Michel. Celui qui se nt voir à la femme de Manué (Judic. xvii) père de Samson, puis à Manue lui-même, et lui prédit la naissance do Samson. Celui qui ' annonça à Gédéon qu'il délivrerait Israël de la servitude des Madianites [Judic. yi, 7). L'ange Gabriel apparut à Daniel à fiabylone {Dan. VIII, 16 ; ix, 21 ) ; et Raphaël conduisit le jeune Tobie à Rages de Médie [Toh. v). La prcJphétie du prophète Zacharie est remplie de visions d'anges [Zach. V, 0, 10, 11, etc. ). Dans les livres de TAncien Testament on nous décrit le trône du Seigneur posé sur les chérubins; et on nous représente le Dieu d'Israël ayant devant son trône s)opt anges principaux {PstU. XVII, 10; Lxxix, 9, etc.}, toujours prêts à exécuter ses ordres ; et quatre chérubins chantant ses louanges, et adorant sa sainte* té souveraine ; le tout faisant une espèce d'allusion à ce qu'on voyait dans la cour des anciens rois de Perse [Dan. vu, 10 ; /// Reg. XII, 16 ; Tob. xii ; Zaeh. iv, 10 ; Apoc. I, 4), où il j avait sept principaux ofliciers, qui voyaient la face du roi, qui s'approchaient de sa personne, et qu on appelait les yeux et les oreilles du roi.
Les livres du Nouveau Testament sont de même remplis de faits qui prouvent les apparitions des bons anges. L ange Gabriel apparaît à Zacharie, père de Jean-Baptiste, et lui prédit la future ftaissanco du Précurseur (Luc. 1, 10, 11, 12, etc.). Les Juifs qui virent sortir Zacharie du tempfô, après y avoT demeuré plus longtemps qu'à l'ordinaire, ayaat remarqué qu'il était devenu muet, no doutèrent pas qu'il n'y eût eu quelque apparition d'ange. Le même Gabriel annon^^a à Marie la future naissance du Messie [Luc. i, âG, 27). Jésus étant né à Bethléem, Tango du Seigneur apparut aux pasteurs pendant la nuit [Luc. ii, 9, 10), et leur déclara qtie le Sauveur du monde était
néàBelhléem. Il y a tout lieu de croire
«ue réioile qui apparut aux niaecs en Prient, et qui les conduisît droit k Jérusalem, et de là à Bethléem, était dirigée par un bon ange [Maith. ii, 13, \k). Saint losepb fut averti par un esprit céleste de se retirer en Egypte avec la mère et l'enfant Jésas, de peur que Jésus ne tombât entre les maios d'Hérode, et ne fût enveloppé dans le massacre des Innocents. Le même ange info^ ma Joseph de la mort du roi Hérode, et lui dit de retourner dans le pays d'Israël.
Après la tentation de Jésus-Christ au d^ sert, les anges vinrent lui servir à manger IMatih, IV, 0, 11). Le démon tentateur dit k Jésus-Christ que Dieu a commandé à ses anges de le conduire, et d'empèchef qull ne lieurlât contre la pierre ; ce qui est tiré du psaume xcii et qui prouve la créance des^Juifs sur l'article des anges ganiiens. Le Sauveur confirme la même vérité {Maith, xviir, 16), en disant que les anges des enfants voient sans cesse la f^ce du Père céleste. Au jugement dernier les bons anges feront la séparation des justes (Matihieu xiii,<^5, 47), les conduiront au royaume des cieux, et précipiteront les méchants dans le feu éternel.
A l'agonie de Jésus-Christ dans le jardin des Oliviers, un ange descendit du eiei pour le conîîoler {Luc. xxii. M). Après sa résurrection les anges apparurent aux saintes femmes, qui étaient venues à son tombeau pour l'embaumer {Maith. xxviii ; Joan. i): dans les Actes des apôtres, ils apiMrurent aux apôtres dès que Jésus-Christ fut monté au ciel : et l'ange du Seigneur vint ouvrir tes portes de la prison où étaient enfermés les apôtres et les mit en liberté (Ad. v, 19). Dans le même livre, saint Etienne nous apprend que la loi a été donnée à Moïse par le ministère des anges lAct. vu, 30, 35) ; par conséquent ce sont aes anges qui lui ont apparu à Sinaï et à Horeb, et qui lui ont parlé au nom de Dieu comme ses ambassasadeurs, et comme revêtus de son autorité : aussi le môme Moïse, parlant de l'auge (la Seigneur qui devait introduire Israël dans la terre promise, dit que le nom de Dieu est en lui : et est nomen meum in iUo (Exod. xxiii, 21).
Saint Pierre étant en prison en est délivré par un ange {Aci. xii, 8, 9), qui le conduisit h la longueur d une rue, puis disparut. Saint Pierre frappant àJa porte du logis où étaient les f^è^es, on ne pouvait se persuader que ce fût lui : on. crut que c'était un enge qui frappait et parlait. Saiut Pauii instruit dans l'école des Pharisiens, pensait comme eux sur le. sujet des anges; il^n erovait l'existence contre les Saducéens {Rom. U 18 ; l'Car. iv, 9 ; vi, 3 ; xii, 7 ; Gaiat. m, 19; AcL XXIII, 9; xVf, 5; Apoc. L, H)* et supposait qu'ils pouvaient apparaître. Lorsque cet apô(re, ayant été arrêté \)m ^^^ Romains, raconta au peuple assemblé la manière dont il avait été renversé à Damas, ic^ Pharisiens qui se trouveront présents répoii* dirent à ceux qui criaient contre lui : Q^
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