‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 105 sur 194 · IH · texte numérisé non relu

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saroBS-tlcrus si un anse ou un esprit ne lui a pas parlé? Si tpiriius loetUu$ est et\ aut angdmt Saint Luc dit qu'un Macédonien (apparemment l'ange de la Macédoine) appa* rut à saint Pau)« et le pria de venir annoncer l'fiTangile dana ce pays»

Saint Jean dans l^pocalypse parle des sept anges qui présidaient aux Boises d'Asie. Je sais que ces sept anges sont les évoques de ces Églises ; mais la tradition ecclésîas* tique veut que chaque Eglise ait son ange tutélaire. Dans le même livre de l'Apocalypse sont racontées diverses apparitions des anges : toute l'antiquité chrétienne les a reconnues; la Synagogue les a reconnues de même , en sorte que I on peut avancer que rien n'est plus certain que Texistence des bons anges et leurs apparitions

Je range au nombre des apparitions, non<seulement celles des bons ou des mauvais ançes, et des Ames des défunts qui se font Toir aux vivants, mais aussi celles des vivants qui se font voir aux anges et aux Ames des trépassés : soit que ces apparitions se fassent en songe, dans le sommeil ou dans la veille ; soit qu'elles se manifestent à tous ceai qui sont présents, ou seulement aux personnes à qui Dieu iuge à propos de les Bianifester. Par exemple, dans l'Apocalypse {Apoe. IV, t*, 10), saint Jean vit les quatre animaux et les vingt -quatre vieillards qui étaient vêtus d'habits olancs, portaient des couronnes d*or sur leurs têtes, étaient as-* sis sur des trônes autour de celui du Tout- Puissant, se prosternaient devant le trône de celui qui vit éternellement , et jetaient leurs couronnes à ses pieds.

Et ailleurs : « Je vis quatre anges qui étaient debout sur les quatre coins du monde, qui tenaient les quatre vents, et les empêchaient de souf9er sur la terre ; puis je vis un autre ange qui se levait du côté de Torient, et qui cria aux quatre anges qui avaient ordre de ooire à la terre et à la mer : Ne faites aucun pMl à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu'à ce que nous ayons imprimé un signe sur le front des serviteurs de Dieu ; et j'ouïs que le nombre de ceux qui avaient reçu ce ^igne était de cent quarante-quatre mille, Ensuite je vis une troupe innombrable de gens de toutes nations, de tribus, de peuples et de langues, qui étaient debout devant le trône du Très-Haut vêtus de robes blanches, et ayant des palmes k la main {Apoc. vu, 1, % 3). »

Et dans le même livre {Apoc. vit, 13, ib) saint Jean, après avoir décrit la majesté du trône de Dieu, et les adorations que lui rendent les anges et les saints prosternés devant lui, un des anciens lui dit : « Ceux que vous voyez couverts de robes blanches sont ceux qui ont souffert de grandes épreuves et de grandes aiBictions, et qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau : c'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le seront nuit et jour dans son temple; et celui qui est assis sur le trône, régnera sur eux, et l'ange qui est au milieu du trône les conduira aux fontaines de l'eau vive.» Et en-

core : « J*ai vu sous l'autel de Dieu les Ame$ de ceux qui ont été mis à mort pour la défense de la parole de Dieu, et pour le t^" moignagë qu;ils lui ont rendu ; ils criaient à haute voix, disant : jusqu'à quand, Seigneur, ne vengerez-vous pas notre sang contre ceux qui sont sur la terre (Apoe. vi, 9, 10), etc.» Toutes ces apparitions et plusieurs autres semblables que l'on pourrait rapporter tirées tant des Livres saints que des nistoires au*thentiques, sont de véritables apparitions,

âuoique ni les anges ni les martyrs dont est parlé dans l^pocalypse, ne soient pas venus se présenter à saint Jean ; mais qu'au contraire cet apôtre ait été transporté en esprit au ciel, pour y voir ce que nous venons de raconter. Ce sont des apparitions qu'on peut appeler passives de la part des anges et des saints martyrs, et actives de la part du saint apôtre qui les voit. . La manière la plus ordinaire dont les bons anges apparaissent dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, est sons la forme hu-^ maine : c'est sous cette forme qu'ils se sont fait voir à Abraham, h Lot, à Jacob, à Moïse, à Josué, à Manué père de Samson, à David, i Tobie, aux prophètes; et, dans le Nouveau Testament, ils ont apparu sous la même forme à la sainte Vierge, a Zacharie père de saint Jean-Baptiste, à Jésus^hrist après son jeûne de quarante jours, et au même, dans le jardin des Oliviers, dans son agonie : ils se montrent de même aux saintes femmes après la résurrection du Sauveur. Celui qui apparut à Josué {Josue V, 19) dans la plaine oe Jéricho, se montra apparemment sous la forme d'un guerrier, puisque Josué lui demanda : Etes-vous des nôtres, ou de nos ennemis?

Quelquefois ils se cachent sous quelque forme qui n'a nul rapport à la figure nu-maine, comme celui qui apoarut à Moïse dans le buisson ardent lExoa^ m, 3, U), et qui conduisit les Israélites dans le désert sous la forme d'une colonne de nuée obscure et épaisse pendant le jour, et lumineuse penclant la nuit (Exod. xiii, 14). Le Psalmiste nous dit que Dieu se sert de ses anges comme d'un vent subtil et d'un feu brûlant, pour exécuter ses ordres {Psal. cm, 4). Les cbé-rubinsydont il est souvent parlé oans l'Ecriture, et qui sont dépeints comme servant de trône à la majesté cfe Dieu, étaient des fiigures hiéroglyphiques, à peu près comme les sphinx des jSsyfûiens s ceux qui sont décrits dans Ezéchiei (^xecft. i, M), sont comme des animaux composés de la figure de l'homme, ayant les ailes d'un aigle, les pieds d'un b(Buf : leurs tètes étaient composées de la figure du visage de l'homme, de celle d'un bœuf, d'un lion et d'un aigle ; deux de leurs ailles étaient étendues vers leurs semblables, et deux autres leur couvraient tout le corps; ils étaient brillants comme des charbons ardents, comme des lampes allumées, comme le ciel enflammé, lorsqu'il lance des éclairs* C'était un spectacle terrible h voir.

Celui qui apparut à Daniel {Dan. x, 5) était différent de ceux que nous venons de décrire : il était sous la forme d'un homme

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couvert d'une robe de lin, ayant sur les reins une ceinture d*or très-fin; son corps était aussi brillant que la pierre chrysolithe, sa face éclatante comme un éclair*: ses yeux jetaient un feu comme une lampe enflammée» ses bras et tout ie bas de son corps ressemblaient à Tairain fondu dans la fournaise, sa vois était bruyante comme celle d'une multitude de personnes.

Saint Jean dansr Apocalypse {Apoe. iv^ 7,8) Yît autour du trône du Très-Haut quatre animaux, qui étaient sans doute quatre anges: ils étaient couverts de quantité d'yeux devant et derrière. Le premier ressemblait à un Kon, le second à un bœuf, le troisième avait la forme comme d'mi homme, ei le quatrième ressemblait à un aigle ayant les ailes ëployées : ckacun d'eux avait six aHes, et ils ne cessaient de crier nuit et jour : Sainiy sainte sainty le Seigneur Dieu loufpuisionif qui itait^ gui est,'et'qui'doit venir.

L'ange qui fut rais à l'entrée du paradis terrestre était armé d^une épée brillante (Gen. III, 2b}, de même que celui qui apparut à Balaam (Num. xxu, 22, SS^ et qui menaçait de le tuer lui et son Anesse; et s^pparemment celui qui se fit voir à Josué dans (a |>Iaine de Jéricno {I Par. xxi, 16), et l'ange qui apparut à David disposé à frapper tout Israël. L'ange Raphaël conduisit le jeune Tobie à Rages sous une forme humaine de voyageur (ïob. w^ 9). L'ange qui se fit voir aux saintes iemmes au sépulcre du Sauveur, qui «renversa la grosse pierre qui fermait I eatrée du tombeau, et qui j*assit dessus, avait le visaee éclatant comme un éclair, et les habits blancs comme ia neige {JUatth. XXVIII, 3).

Dans les Actes des apôtres {Act. w) l'ange

3ui les tipa de prison et ieur dit d'aller hariment prêcher Jésus-Christ dans le temple, leur apparut de même sous la forme numaine. La manièpe dont il les tira du cachot esttottteœiraeuleuse; carlespri&ces des prêtres ayant «ovoyé pour les faire comparaître en leur présence, ceux qui furent envoyés trouvèrent les prisons bien fermées, les gardes bien éveilles ; mais,ayantfait ouvrir les portes, ils trouvèrent la prison vide. Comment un ange a-t-il pu, sans -ouverture ni sans fracture des portes, tirer ainsi des hommes de prison, sans que ni les gardes ni les geôliers s'en soient aperçus ? La chose est au-dessus des forces connues de la nature, mais elle n'est pas plus impossible que de voir notre Sauveur après sa résurrection revêtu de chair et d'os, comme il le dit luimême, sortir de son sépulcre sans l'ouvrir et sans en arracher les sceaux (MaUh. xxviii, 1,3), entrer dans une chambre où étaient ses apôtres sans en ouvrir les portes [Joan. XIX, 20), parler aux disciples allant à Emroaiis sans se faire connaître à eux, disparaître et se rendre invisible (Luc. xxiii, 15, 16, 17, ieqq.). Pendant les quarante jours qu'il deaeui'A sur ia terre jusqu'à son ascension, il but et mangea avo.c eux, il leur parla, il Imir afiparut ; il ne se fit voir qu'aux té-

moins préordonnés du Père étemel poar rendre témoignage à sa résurrection

L'ange qui iipparut au ceotenier Corneille, homme païen, mais crmgnant Dieu,luiMrla, répondit h ses demandes, lui découTnt des choses inconnues, et qui furent suiries do l'exécution.

Quelquefois les anges, sans prendre «u* cune figure sensible , donnent des preuves de leur j)résence par des voix intelligibles, par des inspirations, par des effets sensiblej, par des songes, par des révélations de choses inconnues, futures ou passées ; quelqa^ois en frappant d'aveuglement , ou répandant un esprit de vertige et de stupidité dans l'espnt de ceux à qui Dieu veut faire sentir les efiets de sa colère : par exemple, il est dit dans r£criture que Jes Iscaéliles n'^entendirent aucune parole distincte, et ne Tirent aucune figure à Horeb, lorsque Diev (Mrlaà Hoise, et lui donna sa loi : Non vUtistit alù

ÎuamnmUiiuditiemin die qua loeutumt vois Dominuê in Hor^b (Deui, iv, 15). L*aDge qui voulut frapper de mort l'&nesse de Balaam ne fut pas d'abord 4mercu par ce prophète {Num. XII, 22, 23). Aaniel fut le seul Ïui vit l'ange Gabriel, qui lui révéla le mjs- ^re des grands empires qui devaient se sa^ céder les uns aux autres {Dan. x, 7,8): Porro viri qui mecum erani non viiermU^ûi îerrormmiui irruit super soé.

Lorsque le Seigneur parla pour la pre* mière fois à Samuel, et lui prédit les maux dont il devait frapper la maison di grand prêtre Héli , ce jeune prophète ne vit aucune figure sensible : il ouït seulement uoe voix, qu'il prit d'abord powr celle du ^nd prêtre Héli, n'ayant pas encore Tbabilude de distinguer la voix de Dieu de celle d*ua homme. Les anges qui tiièront Lot et sa famille de Gomorrhe et de Sodome, furent d*abord aperçus sous une ibrme humaine par les citoyens de cette ville; mois ensuite tes mêmes anges les frappèrent d'aveuglement, et les empêchèrent de trouver laporle de Lot, où ils voulaient entrer de force. Les an^es n^apparaissent donc pas toiùours sous une forme sensible^ ni sous une figure uniforme ; mais ils donnent des preuves de leur présence par une infinité de manières différentes, par des inspirations, c|^s voiii des prodiges, des effets miraculeux, des prédictions du futur^ et d'autres choses cachées et impénétrables à l'esprit humaiii.

Saint Cyprien raconte qu'un évèqae africaia, étant tombé malade pendant la |ier$é^ cution, demandait avec instance qu on lui donnAt le viatique : en même temps il rit comme un jeune homme d*un air majestueux, et brillant d'un éclat si extraordinaire que les yeux des mortels ne l'auraient pu voir sans frayeur ; toutefois il n'en fut point troublé. Cet ange lui dit, comme en colère et d'uae voix menaçante : Vous craignez de .souffrir, vous ne voulez pas sortir de ce monde ; que voulez-vous que je vous fosse? Ce bon évêque comprit que ces paroles le regardaient de même que les autres chrétiens, qui craii^iiaient la persécution et U

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mort. L'évéqae lenc parla, les encouragea , et les eihortâ à scanner de force contre les tourments d«ut ils étaient menacés : il reçut la communion, et mourut en paix. Oa trouvera dans les histoires une infinité d*autros apiMritions d*anges sous une forme hu- BMine.

Après tout ce que nous Tenons de rapportrr des livres de TAncien et du. NôUTeau Testament, on ne peut disconvenir que le commun des^luifs,res apôtres, lés chrétiens cl leurs disciples n*aient cru communélnent lês^ apparitions des bonsi. anges. Les Saddu- 04^eas,.qui niaient rexistence et le& apparitions Ses anses,, étaient considérés par le ooffiBum des Juifs comuiedcs liérétiqpes, et comme soutenant une doctrine erronée. Je- Mis^brist dans l'Evan^le les a réfutés. L«'S juiia dl&ijôpurd'bui. croient à la lettre ce qui est raconté dans TAncien Testament des aoges qui ont apparu à Abraham , à Lot, aQX\ autres patriarches. C'était la créance des pharisiens et des apAtres du temps de notre Sauveur , comme on le voit parlés* écritsdes apôtres, et {mit TEvangile.

Les mahométans cneienty.comme les. juif^ et comme les cbréliéns, que les bons anges apparaissen t quelquefois aux hommes sous uae* forme humaine; qu^ils ont apparu à Abraham et h Lot; quMis ont pum les habitants de ÂMlome; que^rarchange Gabriel a apjiaru h Mahomet {Coran^ surat. 6, 53), et lui* a révélé ce qu'il débite dans son Alcoran;: que 1^ génies sont d'une nature mito^renne^en^e- ISiomme et l'ange (1) ; qu'ils boivent,. qu'ils mandent, qu'ils engendrent,

!|tt'iis4neujeent,. qu'ils prévoient les choses uturesk Ban une suite de ce principe,, ils croient qu^il y a des génies mâles etfemellos^; q|ie les mâles, à qui les Perses donnent le nom. de-dîoea, sont mauvais^ fortt laids et malfaisants, faisant la guerre auxp/ria,. qi^ii senties femelles^ Les rabbins veulent que ces génies soient nés d'Adam. seul, sans le oonooors de ml femme Eve^ ni d'aucune autre femme, et 4iu'ils sont ce q|ie nous appelMS esprits follets».

L'antiqiiité^ dtt' ces opinions touehant la rorpoféUé- des anges paratt^dans plusieurs aacieQs,.qiii,.trompés par l'autorité du livre a|K>cryphdqui passait sous le nom d'ifnoafc, •nt< expliqué des anges ce qui est dit dans la Genèse (vi,.^ que '/es en/ania de l/ieu ayavit «d Im filitê dôê hommes^ ftêrenL épris, de leur beauté f le$ épouêèreni^. et en engendrèrent les géants. Plusieurs des. anciens Pères (2) ont embrassé ce sentiment^ qui est aujourd'hui abandonné de tout le monde, k l'exception de quelques modernes, qui ont voulu faire revivre Lopinion de-la cocporéité des anges, des démons et des Ames,.sentiment qui. est absolument incompatible avec cehii de l'Eglise catholique, qui tient que Vos anges sont

(i) D^Herbelbt^.Bt6/. Oriênl. ;Peritb., INva. Idem, pftf;. 243 el 785.

1^ Joseph.,^ iliift'^'l.,Ub. I, ci; Philo, dé Giganiib,; Jiistin., Apoi, ; TerUil., de Anima. Vide commcntaiores io.Genes. iv.

d'une nature entièrement dégagée de lamatière.

Je reconnais que dans leur système la* matière des apparitions- s'expliquerait ^lus commodément : il^st plus aisé de concevoir^ qu'une substance corporelle apparaisse , etse rende sensible à nos yeux, que non jmls une substance purement spirituelle; mais it n'est pas question ici de^ raisonner sur une question philosophique, ^ur laquelle il est libre de proposer différentes hypothèses, et de chfâsir celle qyi expliquerait plus plausiblemcnt Its apparenceSf et qui répondrait'' d'une manière plus satisfaisante aux ques-^ tiens qu'on pourrait faire ef aux objections qu'on pourrait former contre les faita etrcoa* tre la manière proposée.

La question est résolue, et la matière décidée. L'Eglise et les écoles catholiques tiennent que les anges, les démons et les âmes raisonnables sont dégagées de toute matière; la môme Eglise et l^s m6mes écoles tiennent pour certain que les bons et les mauvais anges, et les âmes séparées du cerps^ appar raissent quelquefois par la volonté ou par Ift permission de Dieu; il faut s'en tenir là : quant à la manière d'expliquer ces apparitions, il faut, sans perdre de vue le principe certain de l'immatérialité de ces substances, les expliquer suivant l'analogie de la foi chrétienne et catholique, reconnnttre de bonne foi qu'il y a dans ceKe matière des profondeurs que nous ne poumon» ^as sonder, et captiver notre espri^et nos lumières sous l!obei$.sance que nous devons à l'èutor rite de l'Eglise, q^i ne peut . errer ni .nous trompeiw.

Ces apparitions des bons anges, des an^es* gardiens,! sont fréquente» dans rAncien comme dans le Nouveau Testament. Lorsque ^l'apôtre saint Pierre fut sorti de prisoa par le ministère d'un ançe,etqull vint frapper à la porte de la maison où étaient ïes irères, on crut que c'était son ange, et non pas lui qui frappait : Illi autem dicebant^ angflus nus est (Âct. xii, 15); et lorsque Corneille le centenier priait Dieu dans sa maison, un ange ( apparemment son bon ange ) lut apparat , et lui dit d'envoyer quérir Pierre, qui était alors è'Jbppé (Act. x, 2, 3). Saint Paul veut que dans 1 Églisoles femmes ne-paraissent dans^ l'assemblée que -le visage couvert'^d'ùn voile, à cause des anges, grogf^ ter angehs (/ Cor. xi,. 10) ; sans doute par Kspect pour les bons anges, qui président k ees assemblées. Le même saint Paul rassure ceux qui étaient comme lui en danger d'uii^ naufrage presque certain, en leur disant we son ange lui a apparu [Aetj xx^ii; 21^») et l'a assuré qu'ils arriveraient à bon port.

Dans l^Ancieo Testament nous voyons de mémo plusieurs apparitions d'anges, qu'on ne peut guère expliquer que des anges gardiens : par exemple, celui qui apparut k Agar dans le désert, et lui ordonna de retourner dans la maison d'Abraham son maître, et de demeurer soumise à Sara sa maltresse IGen., XVI, 7) ; et l'ange qui apparut k Abranam, comme il était prêt d'immoler Isaac son tils,.

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ni

et lui dit que Dieu était content de son obéissance (Gm. xvi, 7) ; et lorsque le même Abraham envoie son serviteur Eliézer en Ûésopotamie, pour demander une femme à son fils Isaac, il lui dit que le Dieu du ciel, aui lui a promis de lui donner la terre de Cjhanaan, enverra son ange IGen. xxiv , 7) pour disposer toutes choses selon ses désirs. On pourrait multiplier les exemples de pareilles af)paritions des anges tutélaires tirées de l'Ancien Testament; mais la chose ne demande pas un plus grand nombre de preuves.

Dans la nouvelle alliance les apparitions des bons anges, des anses gardiens, ne sont pas moins fréquentes dans les histoires les plus authentiques ; il y a peu de saints à qui Dieu n'ait accordé de pareilles grâces : on peut citer en particulier sainte Françoise, clame romaine du xvi* siècle, qui voyait son ange gardien qui lui parlait, l'instruisait, la corrigeait.

SentimenU des Grecs et des RQmains sur tes apparitions des bons génies.

Jamblique, disciple de Porphj^re, est celui des auteurs de l'antiquité qui a traité le plus à fond la matière des génies et de leurs apparitions. Il semble, k l'entendre discourir {Lib. u, c. 3 et (>), qu*il connaît et les génies et leurs qualités, et qu'il a avec eux un commerce intime et continuel. Il prétend que les yeux sont réjouis par les apparitions des dieux; que celles des archanges sont terribles, celles des anges plus douces. Mais lorsque les démous et les héros apparais^ sent, ils inspirent de l'effroi; les archontes qui président à ce monde font une im* pression de douleur, et en môme temps d'épouvante. L'apparition des âmes n'est pas tout à fait si désagréable que celle des né* ros ; il y a de l'ordre et de la douceur dans les apparitions des dieux, du trouble et du désordre dans celles des démons , et du tumulte dans celles des archontes,

Lorsque les dieux se font voir, il semble que le ciel, le soleil et la lune aillent s'anéantir; on croirait que la terre ne peut résister à leur présence. A l'apparition d'un archange, il y a tremblement dans quelque partie du monde; elle est précédée d'une lumière plus grande que celle qui accompagne les apparitions des anges : elle est moiniire à l'apparition d'un démon, elle diminue encore lorsque c'est un héros qui se fait voir.

Les apparitions des dieux sont très-lumineuses, celles des anges et des archanges le sent moins ; celles des démons sont onscu-r res, mais moins que celles des héros. Les archontes qnui président k ce qu'il y a dans [e inonde de plus orillant, sont lumineux ; mais ceux gui ne sont occupés que des choses maténelles sont obscurs. Lorsque les âmes apparaissent, elles ressemblent à une ombre. ]| continue dans sa description de ces apparitions» et entre dans un détail ennuyeux sur tout cela : on dirait, à l'entendre, qu*il y a entre lui, les dieux, les anges, les démons

et les âmes séparées du corps, une liaison intime et habituelle. Mais tout cela n'est que l'ouvrage de son imagination, il n'en savait pas plus qu'un autre sur une matière qai est au'Klessus de la portée des hommes. Il n'avait jamais vu d'apparitions des dieux, ni des héros, ni des archontes ; à moins qu'on ne dise que ce sont de véritables démons qui apparaissent quelquefois aux hommes, Hais d'en fôire le discernement, comme le prétend faire Jamblique, c'est une pure illusion.

Les Grecs et les Romains ont reconnu, comme les Hébreux et les chrétiens, deux sortes de génies , les uns bons et bienfait sants, les autres mauvais et portant au mal. Les anciens croyaient môme que chacun de nous recevait des dieux en naissant un bon et un mauvais génie : le bon nous portait au bien, le mauvais au mal ; le premier nous procurait du bonheur et des prospérités , et le second nous engageait dans de mauvaises rencontres, nous inspirait le dérèglement, et nous jetait dans les derniers malheurs.

lis assignaient des génies non-seulement à chaque personne, mais aussi à chaque mai* son, à chaque ville, à chaque province. Horace dit, lib. i, epist, 7, v. M> :

Onod U per aemum^ dextranupêe deos^e pemUSt ûbseero et detestor»

Et Stace, lib: v, Syl. 1, v, 73 :

Dum euhfitis svpplex adveheris arit^

Et mUern genium domini prœsentis adores.

Ces gf^uies étaient censés de bons génies, des génies bénins (AntUpsité expttqim^ 1. 1), et dignes du culte de ceux qui les inve* quent. On les représentait queigoefois sous la figure d'un serpent, quelquefois soos la forme d'un enfant ou aun jeune homme.

On leur offrait des fleurs, de Teocens, des gâteaux, du vin : Funde merum gtnio (Pers., sat. 11, V. 3). On jurait par le nom des génies : Yillicus jurât per genium meum se omnia fecisse (Senec, epist. 12). C'était un grand crime de se paijurer après avoir juré par le génie de l'empereur, dit Tertalheo : Citius apud tos per omnes deos^ quam per unicum aenium Cœsaris perjuraiur (Apolog., c. 23). Lon voit assers souvent dans les médailles l'inscriptioi : Genium popuU Romani; et quand on abordait dans un pays, on ne manquait pas d'en saluer et d'en adorer le génie^ et de lui offrir des sacrifices. Ils en usaient de même lorsqu'ils quittaient une province; ils en baisaient la terre avec respect,

Troja^ vale^ rapimur^ damant; dont oscuta terrm Troadet.

(Ovid., Jfetem. lib. xin, t. 4iL)

Enfin il n'y avait ni royaume, ni province, ni ville, ni maison, ni porte, ni édifices pu* blics et particuliers, qui n'eussent leur génie.

Qttamquam cur genium Romœ mihi fingiiis unn» ? Cum partis, domfbut , tkertnis^ stakuiiê seietuis Assignare suos gemos ?

(Prudent., Contra SymsMck.)

Nous avons vu ci*dessus ce auc Jamblique nous apprend des apparitions des dicui» uc6

HERVCILLEUX

MEHYEILLEUX.

ce^iieSy des bons et des mauvais ançes, des liéros et des archontes qui président au gouTernemeot de ce monde;.

Homère, le plus ancien des écrivains grecs, et le plus célèbre théologien du paganisme y rapporte plusieurs apparitions, tdot des diettx que des héros et des hommes déi^'édés. Dans TOdyssée^ {Odyss,^ xi, 1146 fin.} il représente Ulysse oui va consulter ID devin Tirésias ; et ce aevin ayant préparé une fosse pleine de sang pour évoquer les mânes, Ulysse tire son épée pour les empêcher de venir boire ce sang dont ils sont altérés, et dont on ne voulait pas qu^ife goûtassent avant que d*avoir réponcihi à ce qu*0Q demandait d^eux. Ils croyaient aussi que les Ames n'étaient point on repos, et qu'elles rôdaient autour dii leurs cadavres, tandis que leurs corps n'étaient pas inhumés.

Après même qu'ils étaient enterrés, on leur offrait à manger , surtout du miel , fomrae si, sortant du tombeou, elles venaient goûier de ce qui leur était offert (1). lis étaient persuadés que les démons aimaient la fumée des sacrifices, la mélodie, le sang des victimes, le commerce des femmes; qu'ils étaient attachés pour un temps à certains lieux et à certains édifices qu'ils infestaient; ils croyaient que les âmes, séparées du corps grossier et terrestre, conservaif'nt après la mort un corps plus subtil et plus délie, ayant la forme de celui qu'elles avaient quitté ; que ces corps étaient lumineux Pi semblables aux astres; qu'elles conservaient de rinclinatien pour les choses quelles avaient aimées pendant leur vie; que souvent elles apparaissaient autour de leurs tombeaux.

Pour ramener tout ceci à la matière que nous traitons ici, c'est-à-dire aux apparitions dés bons anKes, nous pouvons dire que, de même que Ton rapporte aux apparitions des bons anges les esprits tutélaires des royaumes, des provinces, des peuples, et de chacun de nous en particulier, par exemple, le prince du royaume des Perses, eu range de cette nation, gui résista è l'archange Gabriel pendant vingt et un jours, comme il est dit dans Daniel [Dan.^x^ 13); fange de la Macédoine, qui apparut h saint P^ul'(i4c^., XVI, 9)^ et dont nous avons parlé cÎHlevant; l'archange saint Michel, qui est considéré comme le chef du peuple de Dieu et des armées d^Israël (/b«uf,v, 1?; /)(in.,x, 13, Si; XII, 1; /ttd., V, 6; Apoc.^ xii, 7], et If's anges gardiens députés de Dieu pour nous conduire et nous carder tous les jours de notre vie : ainsi nous pouvons dire que les Grecs^ et les Romains gentils croyaient que certaines espèces d'esprits,, qu'ils croyaient l)ons et bienfaisant*;, protégeaient les royaumes, les provinces, les villes et lies maisons particulières.

Ils leur r-endaient un culte superstitieux

(t) Virgil., ifinetd. 1. iv, de Paliniiro et Mîsene. ^tgiisl., serin. 15 de SS., el qii9RsU 5 : in Dent., L V, c. 45 Vide Spemcr. de Leg. llebra:or. ritual.

et idolâtre, comme & des divinités domestiques; ils les invoquaient, leur o(h*aient desespèces de sacrifices et d'offrandes d^encens, de gâteaux de miel, de vin, etc., mais non des sacrifices sanglants. Forsitan quis quœrat quid causœ sit ut merum fundéndum sit genio^

non hostiam faciendam putaverint Sci-

Hcet ut die natali munu$ annale genio solverent^ manwn a cœde ac sanguine abstinerent (Censorin., de Dienatali^ c. 2. Vide TafTin, de Anno sœcuL).

Les platoniciens enseignaient queles hom^ mes cnarnels et voluptueux ne pouvaient voir leurs génies, parce que leur esprit n'était pas assez épuré, ni assez dégagé dies choses sensibles; mais les hommes sages, modérés, tempérants, qui s'appliquaient aux choses sérieuses et sunlimes, les voyaient r comme Socrate, qui avait son génie familier qu'il consultait, qu'il écoutait, qu'il voyait au moins des yeux de Tesprit.

Si les oracles de la Grèce et des autres pays sont mis au nombre des apparitions du mauvais esprit, l'on peut aussi y rappeler les bons esprits qui ont annoncé les choses futures, et ont assisté les prophètes et les hommes inspirés tant de TÂncien que du Nouveau Testament. L'ange Gabriel lut envoyé à Daniel pour Tinstruire sur la vision des quatre grandes 'monarchies, et sur Faccompiissement des septante semaines qui devaient mettre fin à la captivité {Dan.^ vni, 16; IX, 21). Le prophète Zacharie dit expressément que Vange qui paraît en lui, lui révéla ce qu'il avait, a dire; et il le répète en cinq ou six endroits {Zach. i, 10, 13, ih, tdi II, 3, h; IV, 1, 4, 5; v^5, 10). Saint Jean, dans l'Apocalypse, dît de môme que Dieu hii envoya sou ange pour lui inspirer ce qu'il avait à dire anx Eglises lApoc. f, f). Ailleurs il: fait encore mention de- l'ange qui lui parlait, et qui prit en sa présence Tes dimensions de la Jérusalem céleste (Apoe. x, 8. 9, et XI, 1, 2, 3, etc.). Et saint Paul aux Hébreux : Si ce qui a été prédit par les anges doit passer pour cerUûn : Si enim qm per angeloi dictus est sermo^ fàctus est firmusn etc. [Hebr. ti, 2).

De tout ce que nous venons de dire il résulte que les apparitions des bons ange** sont non-seulement possibles, mais aussi très-réelles; qu'ils ont souvent apparu, et sous diverses formes; que les Hébreux, les chrétiens, les mahométans, les Grecs, les Romains lés ont crues; que lorsqu'ils n'ont pas apparu sensiblement, ils ont donné des preuves de leur présence en plusieurs manières différentes. Nous examinerons ailleurs de quelle façon on peut expliquer la manière des apparitions, tant des bons que des mauvais anges, et des Ames séparées du< corps.

Des appariiions des vumfMsis anges prouvéespar i Ecriture ; scus q^telle fonm oni-ih apparu ?

tes livres de l'Ancien et du Nouveau Testament et les histoires sacrées et profanes sont remplis d'apparitions des juauvais es-

llElltDLLE|j3l

HBHimXECX

prits* La première, la plus bmouse el la plus fatale apparition de Satao, est celle de ce niaaTais esprit k Eve, la première fcaime, sous la flgure du serpent, qui senrit d*or* gaoe k cet esprit séducteur pour la tromjn^r et Tinduire au péché {Genei. m, I, 2, 3). Depuis ce temps-là il a toiyonrs affecté oc paraître sous cette forme plutôt que sous une autre : aussi, dans TEcnture, il est assez souvent nommé Yaneien $erpeni {Apoe. xii, 9) ; et il est dit que le dragon infernal combattit contre la femme, oui figurait l*Eglise; que rarcbançe saint Hicnel le vainquit et le précipita du haut du ciel [Apoe. x\, 2). II a souvent apparu aux senriteurs de Dieu sous la figure d^in dragon, et il s*est fait adorer |iar les infidèles sous cette forme en un Kmnd nombre d'endroits : à Babylone, par ^leuiple, on adorait un dragon vivant, à qin Daniel donna la mort en Ini faisant avaler une boule coniposée dMngrédients mortels (Don. xiv, 25, 26). Le serpent était consacré k Apollon, dieu de la médecine et des oracles. Les païens avaient une sorte do divination par le moyen des serpents, qu'ils nommaient ophiomanieia.

Les Egyptiens, les Grecs et les Romains adoraient les serpents, et les regardaient comme quelque chose de divin {Sap^ xii, 16). On lit venir k Rome le serpent d*Epidaure, k qui Ton rendit des honneurs di- Tins. Les Egyptiens tenaient les vipères

Cur des divinités (OElian., Hi$î. animal.}. s Israélites adorèrent le serpent d*airain que Moïse avait élevé dans le désert (Num. xxi), et qui fût dans la suite mis en pièces

Kr le saint roi Ezéchias (/V Reg. xviii, 4). int Augustin assure que les manichéens tenaient Te serpent pour le Christ, et disaient que cet auimai avait ouvert les yeux k Adam et k Eve par le maurais conseil qu'il leur donna. On voit presque toujours la fi-* gure du serpent dans les figures magiques aAbraxoê et dUftrocAodaftra (1), qui étaient en vénération paroû les anciens hérétiques basilidiens, qui^ de même que les manichéens reconnaissaient deux principes de toutes choses, Tun bon, l'autre mauvais. Abroxa en hébreu signifie ce mauvai$ principe^ ou le père du mal, ab^ra^ehad'^lh'ra^ k pire du mat^ le $eul père du mat^ ou le seul mauvais principe.

Saint Augustin (De Gen. ad litt. l. ii, c. 18) remarque que nul animal n'a été plus sujet k éprouver les effets des enchantements et de la magie, que le serpent, comme pour le punir d avoir séduit la première femme par son imposture.

Pour l'ordinaire, toutefois , le démon a pris la forme humaine pour tenter les hommes : c'est ainsi qu'il apparut k Jésus-Christ dans le désert, qu'il le tenta et lui dit do changer les pierres en pain pour se rassasien ou'il le transporta au tiaut du temple, et lui fit voir tous les royaumes du monde, dont il lui promit la jouissance (Matth. iv, &, 11). L'ange qui lutta contre Jacob k Mail) Ab-raca, peter inali, ou palet malus.

nansîro au retour de son voyage dellëso|H^ tamie (Gtn. xxxin , 2b, £), était un naovais ange, selon quelques andeos : d'aoti^, comme Sévère Sulpice (Htfl. me.) et quel-

Sues ralibins, ont cru que c'était lanse Tsaû qui était venu pour combattre Jacob; mais la plupart croient que c'était un bon ange : et comment Jacob aurait-il voulu lai demander sa bénédiction, s'il l'eût cm mauvais ange? Mais de quelque manière oa*oa le prenne, il n'est pas douteux que le démoa n'ait apparu sous la forme humaine.

On raconte plusieurs histoires anciennes rt modernes, qui nous apprennent que le démon a apparu k ceux qu'il a voulu séduin^, ou qui ont été assez malheureux pour Tin* voquer et pour faire pacte avec lui, sous h figure d'un homme d'une taille au-dessus de l'ordinaire, vêtu de noir, d'un abord disgm* cieux, faisant mille belles promesses k ceux k qui il se manifestait, mais promesses toujours trompeuses, et jamais suivies d'ua effet réel : je veux même croire qu'ils voyaient ce qui ne subsistait que dans leur idée troublée et dérangée.

On voit k Molsheim (i), dans la chapelle de Saint-Ignace en l'église de^ Pères Jésuites, une inscription célèbre, qui contient l'bis^ toire d'un jeune gentilhomme allemand, nommé Michel Louis, de la famille de Boubenhoren, qui, ayant été envoyé assez jeune par ses parents k la cour du duc de Lorraine pour apprendre la langue française, perdit au jeu de cartes tout son argent. Réduit au désespoir, il résolut de se livrer au démon, si ce mauvais esprit voulait ou pouvait lui donner de bon ai^nt : car il se doutait qu'il ne lui en fournirait que de faux et de mauvais. Comme il était occupé de cette pensée, tout d'un coup il vit paraître devant lui comme un jeune homme de son âge, bien fait, bien couvert, qui, lui avant demandé le sujet de son inquiétude, lui présenta sa main pleine d'argent, et lui dit d'éprouver s'il était bon. U lui dit de le Tenir retrouver le lendemain.

Michel retourne trouver ses compagnons qui jouaient encore, regagne tout TargeDl qu'il avait perdu, et çagne tout celai de i^ compagnons. Puis il revient trouver son démon, qui lui demanda pour récompense trois gouttes de son sang qu'il reçut dans une coquille de gland; puis, offrant une nlume k Michel, il lui dit d'écrire ce qu*il lui dicterait. Il lui dicta quelques termes in* connus qu'il lit écrire sur deux billets différents (z), dont l'un demeura au pouvoir du démon, et l'autre fut mis dans le orasde Michel, an même endroit d'où le démon STail tiré du sang. Et le démon lui dit : Je m'engage de vous servir pendant sept ans, apn*$ lesquels vous m'appartiendrez sans réserve.

I) Petite ville de Télectorat de Cologne, sur nnc rivière de roème nom.

(S) Il y avait en tout dii lettres, la phipart ^ ques, mMÎs qui ne fomiaienl aocim «ci». On k*s \ oyait à Molsbeim dans le ubieau qui reprcsenu; us miracle.

liai?SiLLEUX

MERTiaLLEinL

Lejevne homme y coosentit, quoiqu*avee horreur» el le démon ne manauait pas de lui apparaître jour et nuit sous diverses formes, et de lui inspirer diverses choses inconnues et curieuses» mais toiyours ten- (Jantes au mal. Le terme fatal des sept années approchait, et le jeune homme avait alors environ vingt ans. 11 revint chez son iière. Le démon auquel il s*était donné lui inspira d'empoisonner son père et sa mère, de mettre le feu k leur chAteau, et de se tuer lui-même. 11 essaya de commettre tous ces crimes : Dieu ne permit pas qu'il y réussit, le fusil dont il voulait se tuer ayant fait faute jusqu'à deux fois, et le venin n'ayant pas opéré sur ses père et mère.

Inquiet de plus en plus, il découvrit à quel*

Ses domestiques de son père le malheureux it où il se trouvait, et les pria de lui procurer quelques secours. En ce même temps, le démon le saisit et lui tourna tout le corps en arrière , et peu s'en fallut qu'il ne lui rompit les os. Sa mère, qui était de l'hérésie de Suenfeld et qui y avait engagé son fils, ne trouvant dans sa secte aucun secours contre le démon qui le possédait ou l'obsédait, fut contrainte de le mettre entre les maius de quelques religieux. Mais il s*en retira hientôt et s'enfuit à l'Islade, d'où il fui ramené à Molsheim car son frère, chanoine de Wirsbourg, qui le remit entre les mains des Pères de la Société. Ce fut alors que le démon fit de plus violents efforts contre lui, lui apparaissant sous la forme d'ani*manx féroces. Un jour entre autres, le démon, sous la forme d'un homme sauvage et tout velu, ieta par terre une cédule ou pacte différent du vrai qu'il avait extorqué du jeune homoae, pour tâcher, sous cette fausse apparence, de le tirer des mains de ceux qui le gardaient, et pour l'empêcher de faire sa confession générale. Enfin on prit jour au 20 octobre 1603 imur se trouver en la chapelle de Saini-Ig'nace, et y faire rapporter la véritable cédule contenant le pacte fait avec le démon. Le jeune homme y fit profession de la foi catholique et orthodoxe, renonça au démon, et reçut la sainte eucharistie. Alors, jetant des cris horribles, il dit qu'il voyait comme deux boucs d'une grandeur démesurée, qui, ayant les pieds de devant en haut, tenaient entre leurs ongles, chacun de leur côté, l'une des cédules ou pactes. Mais dès qu'on eut commencé les exorcismes et invoqué le nom de saint Ignace, les deux boucs s enfuirent, et il sortit du bras ou de la main gauche du jeune homme, presque sans douleur et sans laisser de cicatrice, le pacte qui tomba aux pieds de l'exorciste.

11 ne manquait plus que le second pacte qui était resté au pouvoir du démon. On recommença les exorcismes, on invoqua saint Ignace, et on promit de dire une messe en 1 nonneur du saint. En même temps parut une grande cigogne difforme, mal faite, qui laissa tomber de son bec cette seconde cédule, et oo la trouva sur l'autel.

Le pape Paul V fit informer de la vérité de tous CCS faits par \*is commissaires députés.

savoir : M. Adam, suflhigant ae Strasbourg^ et Grégoire, abbé d'Alton, et un grand nom* bre d'autres témoins, qui furent interrogés juridiquement, et qui assurèrent que la délivrance de ce ieune homme était due princi* Imlement après Dieu à l'intercession cfe saint Ignace.

La même histoire est rapportée un peu plus au long dans un livre intitulé : De Viia eê Instituio sancti Ignatii Socieiatis fundatorii libri auinque^ tx iialico il. JP. Danieliâ Bartoli S. /. Romœ tdito , latine reducii a P. Ludovieo Janin ex eadem Socieiale. Lugduni^ iumptibut Laureniii Aniuonf an. ii d c l x v , cum nrivilegio

Hélanchlon reconnaît [Lib. de Anima) qu'il a vu plusieurs spectres, et a discouru et convei^ plusieurs fois avec eux ; et Jérôme Cardan assure que son père, Fassius Cardanus, voyait les démons quand il voulait, apparemment en forme humaine.

Les mauvais esprits apparaissent aussi q[oelquefois sous la figure a un lion, ou d'un chien, ou d'un chat, ou de quelqu'autre animal, comme d'un taureau, d'un cheval ou d'un corbeau : car les prétendus sorciers et sorcières racontent qu'au sabbat on le voit de plusieurs formes différentes, d'hommes, d animaux, d'oiseaux ; soit qu'il prenne la forme de ces animaux, ou qu*ilse serve des animaux mêmes comme d'instruments pour tromper ou pour nuire ; ou qu'il affecte simplement les sens et l'imagination de ceux qu'il a fascinés, et qui se sont donnés à lui : car dans toutes les apparitions du démon, on doit toi^ours être en garde, et se défier de ses ruses et de sa malice. Saint Pierre (/ Petr. III, 8) nous dit que Satan est toujours autour de nous comme un lion rugissant qui cherche h nous dévorer; et saint Paul« en plusd'un endroit (EpAes. VI, 11 ; 7ttii.m,7), nous avertit de nous défier des pièges du diable, et de nous tenir en garde contre lui.

Sulpice Sévère, dans la Vie de saint Mar* tin (c. 15), rapporte quelques exemples de

Sersonne^ trompées par des apparitions du émon, qui se transformait en ange de lumière. D I jeune homme de très-grande condition, nommé Clarus, et qui fut dans la suite élevé à l'ordre de prêtrise, s'étant donné h Dieu dans un monastère, s'imagina d'avoir commerce avec les anges ; et comme on ne voulait pas l'en croire, il dit que te nuit suivante Dieu lui donnerait un habit blanc, avec lequel il paraîtrait au milieu d'eux. En effet, sur le minuit, tout le monastère fut comme agité de grands trem«blements, la cellule du jeune homme parut toute brillante de lumière, et on ouit comme le bruit de plusieurs personnes qui allaient, qui venaient et qui parlaient.

Après cela, étant sorti de sa cellule, il montra aux frères la tunique dont il était couvert : c'était une étoffe d'une blancheur admirable, brillante comme la pourpre, et d'une finesse si extraordinaire, qu'un n'avait rien vu de semblable, et que personne ne pouvaitdire de quelleroatièreelleétaittissue. On passa le reste de la nuit à chanter des

yERYElLLEUX

VERVEILIiSUl

tSi

psaumes en action de grâces. Le matin, oa le voulut mener à saint Martin ; il résisia tant qu'il put, disant qu'on lui avait expressément détendu de paraître en sa présence : comme on le pressait d'y venir, cette tunigue disparut aux yeux des assistants, ce qui fit juger que tout cela n'était qu'une illusion du

dmon. , . •. ».i

tti tutre solitaire se laissa persuader qu il était Elle, et un autre qu*il était saint Jean l'Evangélisle, On jour, le démon voulut se* duire saint Maiftte lui-môme, s'élant apparu à lui sous un habit royal, portant en tête un riche diadème orné d'or et éfo pierreries, ayant la chaussure dorée et tout Tappareil d'un

f;rand prince. Adressant la parole h Martin» il ui dit : « Reconnais-moi, Martin ; je suis Jésus-Christ qui, voulant descendre en terre» ai résolu premièrement de me manifester à toi. » Saint Martin se tut d'abord, craignant quelque surprise, et le fantôme lui ayant répété qu'il était le Christ, Martin rénondit : « Mon Seigneur Jésus n'a pas dit qu il viendrait vôtu de la pourpre et orné de diadème ; je ne le reconnaîtrai pas, à moins qu'il ne paraisse en la forme dans laquelle il a souffert la mort, et à moins çjue je ne le voie avec les stigmates de sa croix et de sa passion. »

A ces mots, le démon disparut ; et Sulpice Sévère assure qu'il tient de la bouche même de saint Martin ce qu'il en raconte en cet endroit. Il dit un peu auparavant que Satan se montrait quelquefois à lui sous la forme de Jupiter^ ou de Mercure, ou de Vénus, ou de Miner? e ; et on l'entendait quelquefois qui faisait de grands reproches à Martin, de ce qu'il avait converti et régénéré par le baptême tant de srands pécheurs. Mais le saint le méprisait, le chassait par le signe de la croix, et lui répliquait que le baptême et la pénitence effacent tous les péchés dans ceux qui se convertissent sincèi ement.

Tout cela prouve, d'un côté, la malice, les fraudes, l'envie du démon contre les saints ; et de l'autre, sa faiblesse et l'inutilité de ses efforts contre les vrais serviteurs de Dieu, et qu'il n'est que trop vrai qu'il apparaît souvent sous une forme sensible.

On voit dans les histoires des saints

Ju'il s'est quelquefois caché sous la forme 'une femme, pour tenter des solitaires, et les engager dans le désordre ; quelquefois sous la tlgure d'un voyageur, aun prêtre, d'un religieux, d'un ange de lumière (il Cor. XI, U), pour séduire les âmes simples et les induire dans l'erreur : car tout lui est bon, pourvu qu'il exerce sa malice et sa haine contre les hommes.

Lorsque Satan parut devant le Sei^eur au milieu des saints anges, et qu'il lui de* manda la permission detenter Job (/ofr, i, 6-8) et d'éprouver sa patience dans ce que le saint homme avait de plus cher, il s'y présenta sans doute dans son état naturel comme un sifiiple esprit, mais rempli de rage contre les saints, et dans toute la difformité de son péché et de sa révolte.

Mais lorsqu'il dit dans les livres des Rois qu*tï sera un esprit de mensonge dans la bouche

des faux prophètes {III Reg, xxu, 21) ; et que IKeu lui permet d'exécuter sa mauvaise volonté : Décipies et preevaMis; egredere et fot ita ; on ne doit pas s'imaginer qu'il se soit fuit voir corporellement aux yeux des faux prophètes du roi Achab : il leur inspira seu* lement le mensonge^ ils le crurent et le pe^ suadèrent au roi.

On peut mettre parmi les apparitions de Balan les mortalités, les guerres,, les tempétes,^ les calamités publiques et particuftères que Dieu envoie aux nations, aui provinces , aux villes , aux faxDîUes , à qui le Tout-Puissant fait ressentir les effets terribles de sa colère et do sa juste engeance. Ainsi fange exterminateur bit mourir les premiers nés des Egyptiens Œxod. XI, 6), Le môme ançe frapne deipnrt les habitants des villes cnminelles deSodome et Gomorrhe {Gen, xviii, 13, il). Il en use de môme envers Onan, qui commetlail une action abominable [Gen. xxxvin). leméchant ne cherche que la division et les çufrelles^ dit le Sage ; et l'ange cruel sera envo^ contre lui [Prov. xvii, 11). Et le Psalmisle parlant des plaies dont le Seigneur frai^pa rEgypte, dit qu'il envoya contre ce pays des anges malfaisants : Immissiones per angelos matas iPsaU lxxvii, 49).

Lorsque David eut fait faire par un esprit de vanité le dénombrement de son peuple, Dieu lui fit voir un ange j.lacé sur Jé^us^ lem , disposé à la frapper et à la perdre (// Reg. XXIV, 16). Je ne décide pas si c'était un bon ou un mauvais ange, puisqu'il est certain que quelquefois le Seigneur emploie les bons anges pour exercer sa Yengeance contre les méchants. Mais on troit que ce ftit le démon qui mit à mort cent quatre-vingtcinq mille hommes de Tarméo de Sennachérib {/F Reg. xix, 35). Et dans l'Apocalypse, ce sont de même des anges malfaisants qui répandent sur la terre des ûoles remplies du vin delà colère de Dieu, et y causent tous les fléaux énoncés dans cesalQt livre [Apoc. viu,.7, 8^ etc.)

Nous mettons au nombre des apparitions et des opérations de Satan les faux Christs» les faux prophètes, les oracles des païens, les magiciens, les sorciers et sorcières, ceui qui sont inspirés par Tesprit de Python, Ifs obsessions et possessions des démons ; ceui qui se mêlent de prédire l'avenir, et doDl les prédictions sont quelquefois suivies de l'effet ; ceux qui font des pactes avec le démon pour découvrir des trésors et pour s enrichir; ceux qui usent de malétices pow faire une diligence extraordinaire; les démons incubes et succubes, les évocarions f)ar la voie de la magie , les enchantements, es dévouements à la mort : les supercbenes des prêtres idolâtres, qui feignaientque leurs dieux buvaient et mangeaient, et rccbefehaient le commerce des femmes. Tool m ne peut être que l'ouvrage de Satan, et don être mis au rang de ce que l'Ecriture appew les profondeurs de Satan.

C est dans ces traditions bibliques, cbr^

tieunes, et même théurgiqucs, lorsqu'il s ag»

StERVBLLECr

'iieaYeH.Leii3i

d*espri(s infernaux et de magie, que les poètes cbréCicns doivent chercher les sources de leur merTeilieux, et non dans cette persoiuiification si froide et si ennuyeuse des vertus ou des yices, ou mèine d'êtres encore plus métaphysiques et plus abstraits, qui a fatigué l'engouement français de la Hmriade de Voltaire. Mais Voltaire était le poëte le plus antipoétique et le plus ennemi du mer^ reilleux qu'il soit possible d'imaginer. Son esprit n'était fertile en fictions que lorsqu'il s*agiss8it de boufTonneries contre les croyaur ces les plus saintes. Aussi son Ciel, son Enfer, et même son temple de l'Amour sont des fictions sans terreur comme sans attraits. 8ou sacrifice magique des Seize est absurde, racuuté par un écrivain qui ne sait mettre de magie nulle part, et qui ne veut d'ailleurs enchanter que les incrédules.

Cette grande époque de la Ligue si merveilleuse par elle-même gênait les haines de Voltaire, aussi bien que les exploits de Jeanne d'Arc, et il n'entreprit de les chanter que pour leur ôter systématiquement toute leur poésie chrétienne. Quelle épopée, en effet, que cette guerre décisive de Thérésie, c'est-à-dire de l'orgueil humain révolté contre l'unité catholique, c'est-à-dire contre l'autorité divine, et Paris, le centre civilisateur du monde à venir, devenu le prix du combat 1 D'un côté Satan, avec le cortège dea enfants de CaîD, de l'autre, iésus-Christ lui-même, suivi de ses apdtres et de ses martyrs ; le ciel attentif k cette lutte ; Marie, protectrice de la' France, éplorée, aux pieds de son Fils, ({ui, de la droite du Père où il se repose à jamais, dirige les efforts des combattants ; sainte Geneviève, envoyée du ciel à la terre comme une messagère d'espérance et de

grdon ; les flmes rebelles de Luther et de Ivin errant sur les champs de bataille , pour accueillir de leur bienveillance amère les âmes de ceux qui meurent pour eux : quels motifs inépuisables de terreur et d'espérance, quelles beautés du premier ordre eût tiré de toutes ces fictions inhérentes pour ainsi dire au sujet, un poëte vraiment chrétien! Car nous ne voulons et nous ne pouvons parler ici que de la Henriade : le poëme sur Jeanne d'Arc n'a pas de nom qu'une plume bonnôte sache écrire.

Mais laissons Voltaire et ses fautes systématiques, et cherchons ailleurs les exemples du merveilleux que nous avons à étumer. HetoumoDS à la Bible, retournons à nos vieux légendaires et aux naïves croyances du moyen flge ( Voy. Croyances populaires^ ; relisons raumirable épopée de Dante, toute composée de choses merveilleuses et qu'on pourrait appeler la Somme du merveilleux et ue la poésie chrétienne. (Yoy. Dante); cherchons, dans les plus belles pages du Tasse, les inspirations qu'il doit aux croyances chrétiennes, et ces images chaudement colorées qu'ildoit à la foi dfe l'Italie. C'est surtout dans le merveilleux ^ue le Tasse excelle, parce qu'il puise toujours aux sources fécoïKies de la tradition catholique. Son iinfer» par exemple, n'a rien de païen et

étonne par des touches fortes, sombres el

{missantes d'effet dont aucun des anciens ne ui a fourni le modèle.

« D'un son lugubre et rauque, l'infernale trompette appelle les habitants des ombres éternelles ; le Tartare est ébranlé dans ses gouffres noirs et profonds : l'air ténébreux répond par de longs frémissements. Tel et moins bruyant encore, le tonnerre gronde, éclate et tombe. De moins terribles secousses font trembler la terre, auand les vapeurs amoncelées de son sein s agitent, s'allument et s'embrasent.

«Soudain accourent les puissances de l'ablme : ciel ! aueis spectres étranges, horribles, épouvantables 1 la terreur et Ta mort habitent dans leurs yeux : quelques-uns, avec une figure humaine, ont des pieds de bétes farouches ; leurs cheveux sont entrelacés de serpents : leur croupe immense et fourchue se recourbe en replis tortueux.

« On voit d'immondes harpies, des centaures, des sphynx, des gorgones, des scylles oui aboient et dévorent ; des hydres, des pythons, des chimères qui vomissent des torrents de flamme etde fumée ; despolyphèmes, des gérions, mille monstres nouveaux, mille formes plus bizarres que jamais n'en rôva l'imaçination, mêlées et confondues enr semble.

« Ils se placent, les uns à la gauche, les autres h la droite de leur sombre monarque. Assis au milieu d'eux, il tient d'une main un sceptre rude et pesant : son front superbe, armé de cornes menaçantes, surpassé en hauteur le roc le plus élevé, l'écueil le plus sourcilleux : Calpé , l'immense Atlas luimôme, ne seraient auprès de lui que d'humbles collines.

« Une horrible majesté empreinte sur son farouche aspect accroît la terreur et redouble son orgueil : son regard, tel (qu'une funeste comète, brille de l'éclat des poisons dont ses yeux sont abreuvés. Une barbe longue, épaisse, hideuse, enveloppe son menton et descend sur sa poitrine velue; sa bouche dégoûtante d'un sang impur s'ouvre comme un vaste abîme.

« De cette bouche empestée s'exhalent un souffle empoisonné et des tourbillons de flamme et de fumée. Ainsi l'Etna, de ses flancs embrasés, vomit avec un bmit affreux de noirs torrents de soufre et de bitume. Au son de sa voix terrible. Cerbère se tait épouvanté : l'hydre est muette, le Cocyte s'arrête immobile, l'abîme tremble, et ses gouffres ténébreux répètent ces sinistres accents :

c Divinités de l'enfer, vous qui méritiez mieux d'être assises au-dessus du soleil, dans ces régions d'où vous tirez votre origine ; vous que la grande révolution précipita jadis avec moi du séjour du bonheur dans ces horribles cachots : je ne vous rappellerai point les soupçons jaloux et les cruels dédains du tyran qui nous opprime, ni notre glorieuse et trop tuneste entreprise. Arbitre de tout, il règne aujourd'hui sur les étoiles ; et nous, l'événement a décidé que nous étions des rebelles.

KERVEILLEUX

MERVEILLEUX

« Au lieu de ce jour pur et seretn» au Neu de ce soleil, au lieu deces globes lumineux qu*autrefois nous habitionsv le barbare nous a renfermés dans cet abimo obscur r il ne nous permet plus d'aspirer à nos premiers honneurs, k noire féKcilé première. Et enr eore, ah I cruel souvenir 1 sourenir aSÉreux oui aigrit mes peînea el mes supplices ! dans cet immortel séjour sa haine appela rhomme, Thomme sa créature^ cet insecte aussi vil que la fange dont il est né I:

« C'était trop peu pour sa vengeance : afin de mieux nous punir, il a livré à la mort son fils mdme. Il est venu, ce fils ; il a brisé les barrières du Tartare r il a osé porter ses pas dans noire empire, el nous arracher des âmes que le sort nous avait dévouées. Riche de nos dépouilles, il est retourné dans les cieux, et fenfer vaincu a servi d'ornement à son triomphe.

« Mais pourquoi renouveler encore nos profondes douleurs ? qui ne connaît pas et ses iqures et les affronts qu'il nous a faits ? En quel temps, en quel lieu le barbare a-t-il suspendu le cours de ses outrages ? Mais oublions d'anciens resseutimenis; de nouvelles offenses doivent enflammer notre courroux. Eh I ne vojez*vous pas comme il tente de rappeler toutes les nations à son culte ?

« Et nous, engourdis par nos malheurs, nous traînerons dans Tinaction des moments inutiles ! un généreux courroux n'enflammera pas votre courage ? et nous souffrirons c^ue chaque jour le peuple soumis à ses lois s a-

1 grandisse dans l'Asie, qu'il sufaiîague la Paestine, que le culte, que la gloire de notre oppresseur s'étendent encore, que son nom retentisse dans de nouvelles langues , qu'il soit chanté dans de nouveaux hymnes, qu'on le grave sur de nouveaux bronzes et sur des marbres nouveaux f

« Nous souffrirons que nos idoles tombent anéanties , que nos autels deviennent ses autels, qu'à lui seul on adresse des vœux, que pour lui seul l'encens brûle, qu'à lui seul on offre de l'or et des parfums ? Et nous, pour qui jamais temple ne fut impénétrable, nous n'aurons plus un asile sur la terre : et privé du tribut accoutumé, errant au milieu d'un empire solitaire, votre roi régnera sur des déserts f

« Non : j'en jure par cette antique valeur qui respire et qui vit encore en nous* Ne sommes-nous pas tels que nous étions, lors-

3ue, armés du fer et de la flamme , nous ispuUons l'empire des cieux ? Nous succombâmf'S, je l'avoue, dans ce combat ; mais le courage ne manqua point à nos projets : la palme fut au plus heureux ; il nous resta la gloire d'une audace invaincue.

« Mais pourquoi vous arrété-je encore ? Allez, 6 mes fidèles compagnons, ma force et mon appui I Allez, vêlez, anéantissez dans son berceau une puissance ennemie : éteignez cette flamme naissante avant qu*elIo ait embrasé la Palestine : mèlez-vous parmi eux, et pour les perdre, employez tour k tour et la ruse et la force.

« Oue ma volonté soit le destin. Que les

uns errent dispersés; eue les antres tombent sous vos coups : que aautres, idoûties d*im doux regard^ esclaves d'un souriie, hogui»sent plongés dans la mellesse et dans de honteuses amours : que rebelies et (Utisés, chrétiens contre chrétiens, eux-ménes ils se déchirent et s'égorgent Que tout le camp (hérisse exterminé^ et que hs derniers vestiges en disparaissent.

«Il parlait encore; et déjà les esprits infernaux se sont élancés avec fiiciedaseinde la nuit profonde vers le séjour delà, lumk^re. Ainsi les venis mutkiés et les brujtnies tempêtes s'échappent de leurs prisons, vont obscurcir le ciel, et portent sur k terre et sur la mer le ravage et le destructten. &

Le sévère Despréaux, qui comprenait h religion comme un janséniste et la poésie comme un auteur du siècle d'Auguste,, n*a point approuvé le merveilleux du Tasse:

El quel spectacle eo6n à présenter aux ytnt Qae le diable loujoucB hurlant oonUe les cien!

Boileau paraît avoir même ignosé complètement ou méprisé profondément la IHmt Comédie de Danle,. et ne voûtent voir dans la l)oésie qu'un jeu élégant de l'esprit, il muN murait avec 1 jLCcent chagrin des larmcjous de Port-Royal t

De la Ibft des chrétiens tes nystèrts lerriMes D'omeoienis é^sjés ne sont pas snsoeptîMeii. L*E¥aiigile à Tewrii n*offre de ions eôlës Que pémteoce àiaîre et toormeatsmériléa.

Il en concluait qu'il faltett laisser à Non tune Tempire des eaux ; à Flore celai des zéphyrs et autres nouveautés. La Bible a? ail donné tort d'avance à Despréaux ; mais dans ce temps-lk on ne paraissait pas se douter encore qu'il y eût une grande littérature toute faite et une poésie toute parfaite dans la Bible. Le sens mystique faisait tort 1 l'intelligence poétique, les métaphores des écrivains sacrés passai nt pour des énixmes théologiques, et ce qu'on lisait en tremblant, ce dont on cherchait péniblement l'eiplication dans des in-folio ennuyeux, on oe s'avisait pas encore de l'admirer.

Les siècles de philosophie négative que nous venons de traverser se sont efforcés, comme Voltaire , de détruire dans la raisoo humaine toute conOance au merveilleux et toute croyance à ce qui est surnaturel : OQ a voulu fermer ainsi la porte de conununication des deux mondes, et reléguer la w humaine dans sa prison matérieDe. liais « quoi bon refouler rame sur la terre pour la sevrer de miracles? Est-ce que la terre aussi n'est pas la patrie du merveilleux ? ft»P^ cherez-vous le soleil d'apparaître,, dans » crainte qu'il ne révèle aux hommes m splendeurs de Dieu ? Et si le jour cesse de proclamer les prodiges de sa lumière, comment ferez-vous taire dans nos cœurs le •lence même de la nuit ?

Qnel tilence profond règne sur la natareT Ouelle main de ces corps éleva ta sUUirer Quel invisible bras, par la force condoit, bcma d'or et de feui les déserts de la uuU,

7S7 IIERVEILLEDX

De ces •stres rootonu étendit la surface. Et versa leurs rayiins au milieu de respace, Plos uoinbretix mille fois que les sables des mers> Les perles do naiin, les flooons des hivers, EllMis ces Hois i|u*aa sala des tilles consumées PnMnéoe riocendie aac ailes enflammées?

Cesft en vain qne Timpie ose élever la voix , liii dépouiller encor rËteriiei de ses druîis. Oui, U Reli^n est fille d*l)ranie; Tout d*uD Dieu créateur atteste le génie II est sans doute un chef qui, sous ses pa\illoiis De ce peuple étoile range les bataîHons. GoerriersilaToulr?Qissant, ministres de sa gloire, Liitrs mains i ses drapeaux attachent la Victoire, QêA œil poarmil les suivre en lenr brillant essor? , Dei casques de rubis pressent leurs cheveux d or ; De lapbirs Ironioriels rayonne leur armure ; Leurs rangs aériens, sans trouble, sans murmure, $*êCeQdeiit par milliers dans Tétber radieux* Et Taillent, en silence, ii la garde des cieox. i El l'homme, incessamment témoin deC'S spectacles Pour croire à rEteniel demande des miracles ! . . . . Des miracles! ingrat, contemple Tnnivers.

Mais au brillant aspect de ces globes divers, Jeae sais quel délire a pawé dans mon lime ; le me crois enlevé sur des ailes de flamme. Et, do sein de la terre, ékincé vers lt*s deux, Le globe des vivants disparaît à mes yeux. J*û franchi de la nuit lastre mélancolique ; Je louche au voile d*or, au voile magnifique. Qui des mondes lointains me cachait la gi-andenr. Pfenta dans ces nyons d*éternelle splendeur, Jen*égare à travers des soleils innombrables. De vie et de einlear foyers inépuisables. Qoe voisîe? an long espace, un désert enflammé !.•• Sans doute du grand rm le trône accoutum«s S*éléve dans ces lieux .... Vain espoir qui m*abuse ! A K montrer drjà lEtemcl se refuse :

Jlesl encor plus haut, par-delà les soleils, Par-delà tous les deux et leurs palais vermeils. Arrêtons un moment. . • . aussi bien ma paupière Me s'ouvre qa*à regret et fuit tant de lumière. Commandons, s*il se peut, à mes sens eflraycs. Qod amas d'uolvers sous mes pas déployés ! Ûoe d*astres nuUeux, de sphères vagabondes! lie voici seul, denoot sur le sommet des mondes, lovisibles témoins de mon secret effroi, Ihbîiaiits de ces bords, parles, rassurez-moi. Bans ce monde où bientôt dormira ma poussière, l'homme ne vit qu*nn jonr de trouble et de misère ; Les yeux à peine ouverts, il gémit et pressent Us ennuis da séjour qu*il habite en passant. Vous que d^à mon cœur chérit sans vous connai*

[tre, Si loin du grain mouvant où le ciel me fit naître, Partagex-voua, hélas! notre funeste sort? Ite douleurs en douleurs m trcbez-vous a h mort? Mais sans doute, étrangers aux passions humaines, IJu sang aérien fait palpiter vos veines. Vous ne conn jissex pas nos besoins renaissants. Tous ces fongueux désirs, orages de nos se.'is. Aussi pur que le ciel qui vous sert de ceinture, Chacun de vous respire et nage à l'aventure, ^1 des flots lumineux, dont la foudre et les vents Hespectent le cristal et les trésors mouvants •• . Khquoi! \oas m*entendez et n*OKez me rpimdre' Que votre voix s*élève et vienne me confond n% Si dans ma folle erreur, multipliant les deux , le lemls, vers Tinfiiii, mon vol aii.lacieux. Que dis-je? ei qui pourrait, sans criihe et sans blas-

[phème, «ssigner quelque borne ii Tartisan suprême? ^'11 créa d*un seul mot Tatome et l'univers? S*a-i^il pn s'entourer décent mondes divers? ^on âiue aime & le croire : ici-bas exiloe, allé vole en espoir dans la sphère étoiléc, *ous oes berceaux d*azor, à travers ces jardins

MERVEILLEUX l»

Ojk rayonnent la pourpre et Tor des straphins.

Mortel qui, dans la nuit majestueuse et sombre. Contemples, loin de moi, ces prodiges sans nombie. Tons ces milliers de deux, miroir éblouissant Où vient se réfléchir le front du Tout*Puissant, Oh ! que le grand destin promis à U noblesse, Fasse baure Ion coeur d'une sainte allégresse; iteconnais du Très-Haut le bienfait paternel ; Ces mondes passeront, toi seul es étemel. Oui toi seul .... Mais où suis-je? et quel rayon

[m'éclaire.

L avenir se dévoile ù mon œil téméraire ; Tout s'émeut .... toni finémit .... dans Tespaco

[arrcCe Le leiBps suspend son vol prédpiié.

Void 1 heure dernière ; une voix qui menace, La voix du Dieu vivant tonne au sein de Tespace : c Fils des homme», sortez de b profonde nuit; Le grand Jour est venu; réternilé vous luit. > Alors an fond des bois, des eaux et des vallées. Les générations se lèvent désolées ; Et deux rideaux de flamme, au même instant ouverts. Offrent, dans sa splendeur, le roi de riinivcrs. Sur un trône flotunt, où Tor pur étincelle. Il repose, entouré de sa garde Adèle : Dans sa main resplendit le glaive lumineux ; Vingt soleils, à ses pieds, rassem^kut tous leurs

[feux ; Ses habits sont semés d^étoiles flamboyantes; Et rélher réfléchit leurs cbrtés ondoyantes Mais le fatal arrêt est d^a prononcé De la création le prodige a cessé, Llmmme seul, des tombeaux secouant la poussière , Superbe, revêtu de force, de lumière.

S'élève et va s'asseoir dans le palais divin ; Sur sa tète immortelle éclate un jour sans fin. Tandis uu*ii son bonheur les harpes applaudissent. Que de rbymne d'amour tous les deux retentissent ; Quel spectacle id-bas ! Mille sombres vapeurs Des astres de b nuit éclipsent les lueurs. L'Océan mutiné soulève les orages Gronde dans tous ses flots, franchit tousses rivages. Les montagnes, les tours, les temples, les cités, iHins l'abime des eaux croulent de tous côtés ; Les deux sont des volcans ; mille éclairs en jaillir

[sent; Mille foudres rivaux se croisent et nigissent; Tous les enfants de l'air, turbulents, vagabonds. S'échappent, à la fois, de leurs antres profonds, Se heurtent en courroux, et d'une aile hardie Aux plus lointains climats vont porter rinceudie* Les astres, arrachés de leurs axes brûlants. Du sommet de l'étber l'un sur l'autre roubuts, Nourrissent de leurs feux la flamme universelle* Déjà brille et s'éteint b deniière étincelle. Fuyons, fuyons b mort. . . • Mais la mort est partout ; Sur l'univers détruit son fantôme est deoouL Dans l'anticfue chaos la nature retombe; Toute une éternité va peser sur sa tombe. Dieu chasse devant lui, comme de vains brouillards, La poildre des soleils dissous de toutes parts * Et, porté sur un char où sa colère gronde, U passe, et, dans sa course, il effiaice le monde.

(BAOtia-LoaMiAN.;

C est ainsi que le spectacle de la nature nous élève eneoi*e aux vérités étemelles ^ qu'il nous cache comme un voile transpa* rent oui ne fait qu'irriter notre désir de 1 infini. Ouvrez donc une porte h rentbousias* me t Laissez à la foi ses miracles , puisque la nature n'a pas encore expliqué les siens à la raison I Le merveilleux nous investit, nous presse de toutes parts , ne nous laisse

Iias une place oi^ fK)ser le pied sans que nous billions un miracle ; et quand le doigt de

îît>

MERVEILLEUX

MERVEILLEUX

. Dieu les aveugle, quand sa voix les assourdit , des philosophes d'un jour viendront liausser les épaules et sourire en nous entendant répéter que Dieu se eoniaïunique quelquefois à ses saints par des visions et par des songes \

Nous venons de nommer les songes , et voici tout un nouvel ordre de prodiges qui se présente à notre pensée. Qu est-ce donc que cette vie factice qui se révèle à nous pendant que nous dormons? Quel est l'auteur des spectacles que la pensée se donne alors à elle-même, tandis qu'elle semble être passive ? Les illusions du sommeil sontelles un mensonge brillant ou une vérilé voilée? Pourquoi présentent -elles souvent à noire âme des tableaux que jamais nous n'avions môme rêvés dans l'état de veille ? Les anciens avaient fait des songes un essaim de génies diaphanes et plus légers que l'air, avec des sceptres de fleurs et des ailes de papillon, et de ces fantômes fugitifs nous avons faitlessjrlphes de nos féeries, brillantes phalènes au visage enfantin qui dormaient dans les roses et se glissaient , les mains pleines de trésors fantastiques, au chevet des jeunes Qlles et des enfants.

L*enranl du Nord, errant au sein des bois proronds, Des esprils lumineux, des sylphes vagabonds. Rois au sceptre de fleurs, à récharpelégcre, Voit descendre du ciel la foule mensongère. D:ins I4 CfHipe d'un lis tout le jour enrennés, Et le soir, s échappant par groupes embaumés, Aux rayons de la tuue ds viennent en cadence Sur rémail des gazo!«s entrelacer leur danse; Ëi de leurs blonds cheveux, dégagés de liens. Les zéphyrs font rouler les flols aérions. 0 surprise ! Bienlôl dans la forêt antique SVlève» se prolonge un palais Hmtasliqire, Immense, ravonnant du cristal le plus pur. Tout le peuple lutin, sous ces parvis d'azur Vient déposer des luths, des roses pour tmphccs. Vient marier ses pas aux pas brillants des fées, Et boire Thydromel qui pétille dans Tor, Jusqu'à Theure où du jour Téclat, douteux cncor. Dissipant cette troupe inconstante et folâtre, La ramène captive en sa prison d'albâtre. Plus loin, au pied d'un mont obscurci de vapeurs. Sous le chêne d'Odin, les trois fatales sœurs, Monstres que le Danois en frémissant adore, Au fracas du torrent, aux feux du météore, b'un breuvage fatal commencent les apprêts.

8uel est le roi puissant que menacent leurs traits? n poignard à la main, pâles, échevelées. Elles chantent. Leur voix rugit dans les vallées; Et les spectres, du fond des sombres monuments Accourent éveilles par leurs enchantements. Que dis-je? Ah! des tombeaux franchissant M bar-

[rière, Si les morts, en cflTet, rendus à la lumière. Reviennent quelquefois errer autour de nous, 0 ma mère ! ô ma sœur ! spectres charmants et doux, A cette heure de paix quand ma voix vous appelle. Pourquoi reposez-vous dans la nuit étemelle?

Ces vers mélancoliques de Tauteur des YeiUéei poétiques ei morales prouvent combien d'analogjie il y a entre la rêverie et les rêves qui bercent également, soit dans la veille, soit pejiaant le sommeil , notre imagioatioa et nos souvenirs pendant les heures d'oubli ei de repos de notre intelligence. Dieu s*est Quelauefuis servi des rôves {)our manifester

ses volontés aux hommes : le témoignage de TËcriture sainte ne nous permet pas d*ea douter. L*enfer ptsut aussi, pendant ces heures où la volonté est désarmée, tendre des pièges à nos désirs ; et les prières de l'Eglise nous prouvent assez les embûches dont elle cheN che k nous préserver. Les songes ont donc une autorite en littérature et surtout en poésie. Tout le monde sait par cœnr le beau r^vé d*Athalie, dans la tragédie de Racine. Nous avons trouvé dans un livre publié en 1670, par M. de Gériziers, aumônier di\ roi, une dissertation assez curieuse sur les son»

!;es, et eomme elle n*est pas longue, nous a transcrivons ici d'autaut plus volontiers que le livre où elle se trouve est assez rare. « Mo!fSEi6NEVR, puis qu'll plaist à vostre excellence d'ouj;r ce que î*ay autrefois appris sur ce suiet, ie la supplie tres-humblemeot de croire , que ma seule incapacité empé^ chera vostre entière satisiiiction , et que si i'estois plus sçauant vous seriez plus éclairer. Et pour ne me point diucrtir de voslre intention , i'estime qu'on ne peut dire que les songes, qui sont des mouuemens de l'aoïe qui se forme diuerses figures ou qui les reçoit, soient tous de fausses illusions ou d'infaillibles veritez. Quelque respect que les profanes avent eu pour la veine science ou'on eu fait, les plus sages se mooqoent également des superstitieux et des incrédules. Aristote dont Thumeur n*est pas de croire sans bonne caution, ne peut approuver le sentiment de son maistre, qui tbuI 3ue toutes les resueriesde la nuict, viennent es dieux, et partant que ce soient des instructions célestes et surnaturelles aui hommes. £t à dire le vrai (comme il remarque! les chiens et les autres bestes songeans aussi bien que nous, il y a peu d'apparence, que de si haute majestez se voulussent abaisser h faire leçon aux brutes. Philon qui s'est iotyours témoigne grand partisan des Platoniciens, fait naistre les songes dans Taoïei de la sympathie de ses mouuemens au cours de Tunluers. Synese reconnoist vn certauj esprit en nous, que ie ne conooist pas, qui leur sert de siège et de véhicule : de la roéuw façon que les naturels et les vitaux conduisent la vigueur el la vie, dans toutes les pa^ tics de Thomme. D'autres les font couler des astres, el certains osent bien asseurer, que les resucries de nostre esprit ne sont que des ressouuenirs des connaissairceSi quil apporte de dehors dans nostre corps. ^

« On ne peut nier qu'Hippocrale n'en ail mieux trouué la source et le principe, quand pour l'ordinaire il les attribue à la nature, et quelquefois à son autheur. H aurait tout, dit, s'il eust adiousté, que les damons se mcsient bien souuent daus nostre sommeu; il est vj ay que n'ayant pas distingué le maouais génie des bons, il a deu confondre ces deux diuerses causes. Qu'il nous vienne des songes de la nature, l'expérience de toutes les nuicts l'apprend ; que Dieu las enuoje assez souuent, l'Escriture saincte nous! en* seigne. Qui seroit téméraire à ce poiuct que de contester» que ceux d'Abrabam» d'IsaaCf

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MERVEILLEUX

MERVEILLEUX

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de laCOb et de loseph ( sans parier de cet aulre loseph du Nouueau Testament) ne fussent des aduis du cieJ h ces illustres Patriarches, le n'entreprends pas de yerifier qae les démons fassent resuer les hommes, et que par fois, pour leur donner quelque créance de leur diuinité, ils ne leur donnent des pressentimens de leurs bonnes ou^mau- UBises fortunes. Personne de ceux qui connoissent tant soit peu Thistoire profane, nigiiore ce qu*on nous raconte du temple de Podalire en la Poiiille, de celuy de Seraphis en Alexandrie, et d'Esculape à Pergame. Qui n*a point ouy parler de la chapelle de cette Pasiphaé, que Ton adoroit aux fauibourg de Lacedemone, et de la Venus de Gaze, ou les ieunes filles alloient dormir, pour songer les auantures de leurs amours t Sans doute cet infâme commerce, qui se continue en-> core auîourd'huy aueeque les diables, sur le succès de nopces, n*a point d'autres cornmencement , que dans ces sacrilèges obseruations des idolâtres. On ne sçait que tro() rimpureté de ces dénotions; pour celles qui se proposoient d'autres fins que de connois- (re les mariages, en voicy la cérémonie :

• Ceux qui consul toient les démons, après leur auoir sacrifié vn mouton noir, s'enueloppoient de sa peau , et dormoient ainsi dans leurs temples, afin de les obliger et

Er leur confirmée et par leur libéralité, de jr découurir en songe ce qui leur deuoit arriuer. Taduouë bien que ces fausses diuiuitez n'attendoient pas toujours, que c(s pauures aueugles leur rendissent des hommages si ridicules; comme s*ils se fussent picquez de p reuenir leur mirite, ils deuançoient Quelquefois leurs vœux. £t partant, quand âocrate songea qu'il entroit dans la Tille de Phtihe, ce qui fut expliqué de sa mort, à cause que ce mot signifie corruption, sps dieux vsoient de magniticence. Et quand Odatis avraa son cher Zariadre, et Zariadro sa belle Odatis, sans s'estre iamaîs vous qu*en ^nge ; et que quelque temps après celte infante présenta la fiole d'or qui lu^ deuoit choisir m espoux à ce ieune prince, qui parut inconnu dans sa chambre, €'estoit vn effect de leur impulsion plustost que de sa prudence, le ne parle point d'Alexandre, qui songea la prise de Tyr pour auoir veu vne satyre en dormant, comme ce!r deuins rinterpreterent ; pprce que satvros signifie en Itifïgaffe grec, Tyr est à toy. Constance ne receut-ii pas aussi vn aduis de son désastre allant contre les Sarrazins, lors qu'il s'imapna, en dormant, qu'il sortoit de Thessaonique» dont les sillabes diuisées font ces roi^ mots y The$ Mo niqum , laisse la vicoire à yn autre. Quand Astiages vit sortir ^ne vigne du ventre de Mandané, et que la i^r^re d'Auguste creut qu'on enleuoit ses enrailles au ciel, les démons pretendoient de e fiiettre en crédit par les présages d'une randeur, qu'ils promettoient eu sonçc, et ue le vray Bleu leur destinoit en vérité. « Mais atin que ces euenemens et ceux qui !ur ressemblent, ne portent point no>tre sprît à croire que toutes nos réueries soient

véritables, il est à propos de considérer quelles coniectures on en peut innocemment tirer. Et pour dire en peu de mots ce que i'en pense, il est certain qu'il faut aussi peu soupçonner la vérité des songes qui viennent de Dieu, que receuoir ceux qui viennent des diables , quoy que parfois ils soient exempts d*impostures. La raison est, que nous douons nostre créance à Dieu, et

^' nostre mépris aux démons. Il n'appartient pas neaptmoins à tout le monde de iuger de ces visions nocturnes ; la prudence nous oblige d'en laisser le discernement à ceux qui gouuernent nos consciences. Pour le regara des songes naturels, soit qu'ils viennent de la réflexion gue l'ame fait sur ses actions passées, soit qu'ils ayent leur principe dans l'habitude du corps, il est éui* dent qu'on en peut recueillir sans crime ce qui nous doit arriuer; puisque l'humeur qui commande chez nous en est la cause nécessaire ; et que le reste de nos actions précédentes peuuent estre des signes de celles qui doiuent suivre. Voicy la liaison des accidens de^ nostre vie auecques nos songes , et en suitte le fondement qu'ils donnent aux présages que nous en tirons. Les songes naissent pour l'ordinaire du tempérament ; le tempérament forme nos mœurs ; nos mœurs ont ascendant sur nos actions en ce qu'elles les produisent ou les règlent, nos actions iournalieres ont beaucoup Ue rapport et de pouuoir sur les efi'ects dont les causes nous sont secrètes. Il n'y a donc point de magie que l'esprit voye nos accidens dans nos9onge3,pourueu qu'on n*asseure pas cette veuô infaillible. Ainsi nous apprenons de la conduite des Pères spirituels\ qu'on peut former de probables iugemens, non pas do l'acte , mais de l'inclination du vice ou de la vertu des resueries d'une personne, \o\lh sur quel fondement vn homme qui craint de pécher mesme en dormant, et qui résiste aux sales imaginations du sommeil se peut asseurer qu'il ayme la pureé, et quWn piaisirillegitime auroit de la peine de surprendre sa raison lors qu'elle veille. Les coniectures» qui ne regardent point la liberté, sont moins suspectes. Partant l'on peut croire, que celuy qui ne songe que des choses agréables est d humeur sanguine ; que ceux en qui le phlegme domine , n'ont ^n vision que de l'eau, des nauf âges, de la pluyeet des neigf'S, Vne colère fait presque tousiours la guerre pendant la proionde paix de son repos, et le melancholique ne voit que des objets tristes, et d'horribles phantômes. Ainsi

. Vs médecins sçauent r>rudemment iuçer de l'intempérie de l'humeur, par l'assiduité de songer les mesmes choses. Or la raison pourquoy nous connoissons mieux l'excez du temperammcnt de ce qui se passe la nuit que le iour, c'est que Inumeur ne. souffre aucune diuersîoq dans ses opérations taudis que l'ame repose , et que n étant point occupée à ses plus importantes actions, ello ne suspend pas celles du corps, qui suit ordinairement son application., le' ne pre* tends point de nier qug la plus famiiiero

iSi

MERVEILLEUX

MEaVEILLECl

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source de nos songes, est dans Ses entretiens et les négoces du lour ; parce que les espèces en estant encore toutes fraisches» Tesprit qui est de loisir s'amuse à les reuoir ; et

Brce que la raison n*est qu*à moitié éueil- )« il les range si mal et les confond quelquefois auecque tant de desordre» que des plus belles images du iour, il n*en réussit que d'estranges grotesques. »

On trouvera sans doute que les idées du sieur deCériziers, au suyet des songes, étaient très-philosophiques et très-sages surtout pour son temps, car on était alors très-adonné encore à toutes les superstitions divinatoires. Entre la superstition qui Toit partout des visions et des présages, et la prétendue philosophie qui méprise tous les mystères de TÂme faute de pouvoir les expliquer, il y a de nombreux degrés. Quoi qu*il en soit, les songes restent au nombre des merveilles inexpliquées de la nature, et sont par conséquent du domaine de la poésie. Hais comme la religion enseigne de ne pas trop s'arrêter aux rêves, la poésie chrétienne doit être engagée par là même à se servir avec modération et prudence de ce genre de merveilleux.

Quant aux enchantements et k la magie, il faut bien se garder de leur attribuer un pouvoir vraiment surnaturel, et de partager avec le démon la puissance de Dieu. Pour ce qui est de Texistence et des bornes de Tart ma^-

Sue, quelques Pères même des premiers sièes ont eu des doutes à ce sujet. Saint Méthodius aflirme que Tapparition de Samuel k Saiûl ne fut qu'une jonglerie de la pythonissed'Endor; et il remarque assez judicieusement que Saiil lui-même ne vit pas le fantôme, mais que la pythonisse ayant jeté un cri, le roi Tinterrogea en lui demandant ce

au'ello voyait, et qu'elle répondit : c Je vois es dieux sortir de terre, et celui que je vois a l'apparence d'un vieillard couvert d'un manteau. • Le crédule Saûl tomba alors la face contre terre, et une voix sépulcrale lui parla. Nous ne protestons en aucune façon eontre l'opinion de saint Méthodius» sans regarder toutefois la question comme tranchée. On <(ait que les sorciers ont pullulé au moven âge, et qu'un çrand nomore de ces malheureux ont avoué l'es crimes dont on les accusait. La pensée que l'Eglise a de tous temps exnrimée par ses exorcismes, c'est que dans l'intention de celui qui se Kvre à la magie il y a un crime réel : sa mission n'est pas de décider la question au point de vue dfe la science.

Be tous les genres de merveilleux que nous venons de parcourir, le plus incontestablement vrai et le plus fécond en beautés pour la littérature chrétienne, c'est le don des miracles que Notre-Seigneur a promis à la foi. « La foi transporte les montagnes, » d't l'Evangile; elle fait plus : elle dispose du cœur des hommes et change les loups en agneaux. Les miracles de la foi sont de tous les temps et se renouvellent tous les jours. Non, la Légende Dorée n*est pas finie. Tous les jours encore dans la paix des cloîtres.

dans les pieuses solitudes, et même tu fuilieu du fracas des affaires temporelles, la foi renouvelle parmi nous les miracles des id* ciens jours; la prière est encore toute-puissante, et la grâce n'a jamais cessé ses njsié* rieuses conquêtes. Combien d'épopées ale^ veilleuses se cachent dans l'omore où Dieu tient attachées les âmes, en attendant qu'il le^ fasse jouir de son ineffable lumièrel L'histoire seule de ^int AusiiStin o'est-elle pas un admirable poème? Qn'est-ce qu'un monde comparé k une âme? Et combien d'âmes sont vraiment plus grandes qoe le monde, quand elles savent le fouler au pieds?

Monarque du trépas, soleil de la nature Arbitre souverain de ma grandeur future, Cest pour me rendre heureux que tu ai*ts anfané! Je m*éianee vers toi d*un pur léle enlaauié. Glorieux avenir! espoir ou Je me livre! Sûr de m'unir à toi , que m*importe de vivre? Plaignons tous ces mortels que Fâge et le mAm N'ont point désalrasés d*une coupable eneur. Trop aveugles mortels, vous , dont Vàmt sscervie Traîne complaisamment les diatnes de la vie, Vous verra-i-on toujours, comme ces vieui onneani Dont les ans et la fiiudre ont brisé les rameau , Sur un sol desséché, couvert de vos ruines, Pousser enoor au loin de stérllei racines? Vous verra-t-on toujours dans la vague de Tair, Pour saisir un fanidme errant comme réclaif , Etendre , promener vos mains itnpatienies , De vieillesse et d'ardeur tout à la fois treaiblanies, Et toujours mécontents de vous-même et du sort, Dans vos reproches vains calonmier la mort. Jusqu'à Theure où la tombe, hélas! trop mccosoM, Vous fera traverser sa funèbre avenue Pour vous conduire enfin , ravonnants de dartéi Au temple de la Gloire et de rElemllë?

(Youxo, iraducUoa de Baour-Lonans).

Ainsi Dieu n*a pas besoin de moyens su^ naturels pour nous initier à ses miracles. 11 fait vivre son éternité dans nos désirs, m toute-puissance se reflète dans notre inagination, qui crée sans cesse et démolit des mondes. Qu'on ferme le livre sacré de la révélation, qu*on étende un voile sur celui de la nature, uu*on enferme Thomme dans une prison pioionde, soa âme s*é lancera encore dans rinflni sur les ailes de la pensée, el ei se contemplant elle-même, ello verra l'image de Dieu. Ce merveilleux raisonnable, cette poésie philosophique, cette révélatiui naturelle, nous les portons dans toutes m facult s, comme dans le gland sont conteflos les racines profondes, le tronc vigoureui et les immenses rameaux du chêne.

que sert au mortel de promener ses yeei Sur les vastes tableaux de la terre et des cieai. Si , toujours insensible i sa grandeur suprâoK, H connaît la nature et signore soi-même? Et la terre et les deux ne Tinstmisent^ls pas Du destin qui l'attend au jour de son tn^? Ne lui parlent-ils point de sa haute origine, De son âme , rayon de la gloire divine ; De son Ame , plus belle et plus sublime ntcfi^ Que ces astres bornés dans leur brillant es»ir?

L*àme tend vers les cieux : notre leme iM»if La détourne d*un vol digne de sa noblesse. Celui qui , pour un rang à grands frais acheté, De celte iiue ImiçorlêMe a*iaisse la iené,

la

MORALB

MORALE

Me parait aussi l&che , en son errear profonde, Que NéroQ déposant la couronne du monde Poar aller dans le cirque , aux yeux du spectateur, SoUiciler le prix d*un vil gladiateur.

PJeoroos sur ces mortels rjui , dans leur vain délire, Des pnissants de la terre implorent le sourire. Moi-même, Il ni*en souvient, au pied du trône admis, Et 80IU les dignités baissant un front soumis , /e minai dans les cours, nourri d*inc|uictuJe, A chaîne de Fopprobre et de la servitude; ^es yeux se sont ouverts; je respire, et mon cœur Renaît au sentiment de sa propre grandeur. EsclaTe si longtemps je m'appartiens encore. Homme, le seul trésor dont la pompe t'honore , Ne va point le chercher dans les flancs entr*ouverts Ou des mines de Flnde , ou des bruyantes mers : li repose en ton sein : ce trésor, c'est ton ànie : QoA sa possession et t'élève et t*enflamiue : Par elle l'univers est rangé sous tes lois , El par elle tu peux ce que peuvent les rois.

Analyse tes sens : leur force souveraine De la terre et du ciel te compose un domaine; Tes sens prêtent aux fruits leur suc délicieux ; Aux chantres des forêts, leurs sons mélodieux ; A b plaine, l'argent du fleuve qui l'arrose; Ses perles an malin , ses parfums k la rose : Sans eux, tout l'univers muet, désenchanté. N'offrirait qu'un chaos à ton œil attristé. Mais bcuis du Trè»-Haut la sagesse profonde ; Tes sens sont les pinceaux qui colorent le monde.

Homme ingrat ! qui te plains de ta félicité , Connais lu de tes droits toute l'immensité? Coonais-tu les trésors promis à ta puissance? Infesti de boniieur et de magnificence , As-ta bien mesuré tous ces présents divers Qfl*en foule « k. tes genoux , dépose l'univers? Celle voâte d'azur, d'astres brillants semée, QieAd'œuvre du Trèfr-Haut, et par ses mains for-

[mée, S*élève sur toia front, comme un dais radieux. Pour éclairer tes pas le jour luii dans les cieux. Lorsque la sombre nuit commence sa carrière, Pour loi la luiae épand sa douteuse lumière , Te conduit à travers les vallons embaumes. Te guide sur les flots a|^nis et calmés; Et prodiguant au loin ses clartés amoureuses , Adoucit des objets les teintes ténébreuses. Quand un sommeil profond appesantit tes yeux , Les riants souvenirs, les songes gracieux Voldgent sur ta tète , amusent les pensées : Des longs travaux du jour la terre est délassée; Et le zéphyr do soir, le calme, la fraîcheur. Te bercent sur ta couche, asile de bonheur. A peine te soleil a-t*il dispersé Fombre , Tes yeux sont éblouis de prodiges sans nombre. Le inonde réveillé proclame ion pouvoir; Les cbanips sont tes greniers; les mers tonréser-

[ voir ; Lss animaux domptés devant toi s'humilient; A tes goûts , à tes vœux , les éléments se lient ; Tu règnes sans partage , ingrat ! et cependant Ta baisses sous le crime un front indépendant; Tu flétris u noblesse, et sous l'œil de Dieu même. Tu souilles, dans les fers, l'éclat du diadème I

UORAXE et MORALISTES. — Les moralisles se divisent en deux classes : Ceux qui admettent pour base le dogme du péché originel, et ceux qui ne Tadmettent pas ; les premiers sont chrétiens, et les seconds antichrétiens. Les premiers ont pour code TErangile et pour modèle rflomme-Dicu. La uorale pour eux c'est Texpiation qui améiore lorsqu'elle est sanctionnée par la grâce. ils disent que Tindividu est mauvais et que

DlCT10?rif . DE LiTTÉRATUnE CHRÉT.

la société est bonne. La conséquence de leur principe, c'est le dévouement Je Tindividuàla société. Leur morale est donc es* srntieilenient sociale. Les autres croient que l'individu est bon, mais que la société le gâte. Jean-Jacques Rousseau est un de leurs chefs les plus célèbres. L^ conséquence de leur principe, c'est la résistance de Tindividu aux lois de la société, et par conséquent la destruction de toute espèce d'ordre social. Avec le principe de Rousseau et une lo^iaue inflexible on arrive rapidement aux conclusions de Lacenaire. Si l'homme naît dénué de toute lumière, de toute force et de toute vertu, et qu'il doive ensuite tout à la société, il est obligé de rendre tout à la société, et le dévouement devient justice ; si au contraire, l'homme n'a rey.u de la société que du mal, pourquoi en bonne justice lui rendrait-il du bien et à quoi servirait le bien fait è la société, sinon à perpétuer le mal f Si la société corrompt tous les hommes, l'amoiu* môme de l'humanité doit nous porter à la détruire..., et cependant la société se compose de tous les hommes : il faut donc 'es détruire tous pour les sauver tous? Quelle absurdité i Détruire la société, est-ce seulement isoler les individus? Quelle abominable sauvagerie ! Ainsi doue le dogme du i)éché originel est la base non-seulement de a morale chrétienne, mais encore de toute morale. Ceux qui disent que les attractions sont proportionnelles aux destinées, disent vrai s'ils parlent seulement des Koûts ou des aptitudes pour telle ou teHe profession, pour tel ou tel art, pour telle ou telle science ; mais ils disent une énormité, s'ils parlent de tous les penchants même de la chair et des instincts irréfrénés de la nature brutale, lis protestent d'ailleurs qu'ils n'ont jamais voulu dire cela, bien que leur maître Fourier l'ait malheureusement assez fait entendre.

La morale est le frein des passions ; ce qui déchaîne les passions est au contraire 1 immoralité. On aura beau dire et beau faire, on ne changera jamais le sens des mots au point de transposer cette double notion si simple et si naturelle. En d'autres termes, la morale c'est la compression, et l'immoralité c'est l'expansion absolue ; l'expansion absolue est la conséquence du dogme matérialiste : c'est le droit de la brute ; la compression libre et volontaire est la conséquence du dogme spiritualiste : c'est le devoir de l'homme.

Maintenant disons que l'homme a des devoirs à remplir même envers la brute, mais que la brute n'a pas de droits, car celui-là seul a des droits qui peut faire valoir des titres. Or quels sont les titres de la brute? Ses appétits ?~ Dieu les lui a donnés, divez** vous. — Oui, mais Dieu a donné aussi à l'homme un bAton de commandement pour les réfréner.

Avant Jésus-Christ les moralistes qui n'avaient pas pour base le décalogue, n étaient que des charlatans de vertu. Socrate dogmatisait chez Aspasie st^r la science des course

MORALR

MORALE

tisanes. Il parlait raisonnablement d'ailleurs des devoirs des hommes, et les hommes qui D*aiment pas les raisonn?urs lui firent boire la ciguë, sans qu'il soit resté de Socrate autre chose qu'un nom célèbre, et celte éoitaphe injurieuse que lui Qt Lucien :

et qu'on nous dispensera de traduire.

Depuis Jésus-Christ les rrais moralistes n'ont été que les commentateurs de l'Evangile. En effet toute la morale est là, parce que \h se trouve le remède au péché originel, la sainte et immortelle doctrine de la croix !

L'insuffisance de la morale naturelle est assez prouvée par les désordres qui ont amené la ruine de l'ancien monde. Le nôtre aussi menace ruine. Malgré l'Evangile, nous dira-t-on. — Oui, vous dites bien, malgré l'Evangile, et parce qu'il s'en est séparé. Hais séparé de l'Evangile, notre monde moderne n'est plus qu'une ombre du monde Îaïen, un fantôme des vieux empires tomes, qui est revenu au jour k cette époque que vous appelez la Renaissance, et qui le prédestinait a mourir encore une fois. Si le monde pouvait jamais être entièrement chrétien et catholique, le monde ne finirait jamais ; car sur des principes étemels on ne pourrait constituer autre chose que des institutions éternelles. L'ancienne société a péri par ses croyances ; les nouvelles ne périront jamais que parleur apostasie. Les moralisles du dix-huitième siècle, en essayant de ressusciter la religion naturelle et les dogmes moraux du temps de Socrate, n'ont fait que lapider les vivants avec les ossements des morts : ils ont fait comme ces médecins qui parlent de joie et de fêtes à des mourants pour les distraire des progrès de leur mal. On était las du régime des idées chrétiennes, et l'on s'est remis à celui des vieux charlatans qui ont précipité la mort de nos pères. Ce n'était pas le moyen de guérir.

Les livres de morale philosophiques et doucereux qui ne parlent pas de guérir d'abord par le Ter et le feu la gangrène de nos vices sont des lectures dangereuses : ils assoupissent la raison et nous font prendre pour de la vertu le plaisir même qu'ils nous causent par leurs molles condescendances. Ce n'est pas avec des déclamations sentimentales et des rêveries romanesques qu'on réformera jamais les mœurs ; mieux valent après tout ces sectaires qui ont le courage de leur cynisme et qui se déclarent franchement les adversaires de la morale : à la bonne heure, au moins on sait à qui parler, et l'on a soin de ne pas laisser tomber les livres de ces messieurs entre les mains des enlTants. Mais où les laisserons-nous tomber? Où ils voudront : que nous importe 7

Le dogme de l'homme bon et de la société mauvaise, c'est la religion de Caïn et de Lucifer : c'est le protestantisme le plus radical qui soit possible. C'est l'individualisme déilié.

Dire que l'homme et la société sont bons,

ce serait nier l'existence du mal.Snsdovle, ils sont originairement tHMis, mais ils sont déchus, et les vices de la société ne tieonent que des vices de lliomme. Le christia* nisme est venu pour les sau? erl'tto par Tau* tre» en ordonnant que chacun fût prêt à se dévouer pour tous, et que la sollicitude da tous pourvût à la conservation de chacun : voilà la vraie loi sociale.

Du reste, les doctrines de l'attrait et de l'expansion légitimes ne sont pas nourellcs dans le monde. Un auteur nommé Félicien» cité dans ta Fleur dtê txtmplte^ rapporte uo fait qui s'est renouvelé depuis sous mille formes différentes dans les sectes d'anabao* tistes, de chercheurs et d'illuminés dont la réforme a rempli }e monde. Nous citons ici l'ancien texte de la Fleur des exemples :

« De nostre temps a régné vue secte d*heretiques, lesquels promettoient à leurs cohh plices et sectateurs vue telle affluence du S. Esprit, que tout ce qui leur viendroiten fantaisie de faire , prouenoit de l'operatioD d'iceliiv. Et pour prouuer et confirmer leor dire , ils se seruoient d'vn passage de rnoosieur S. Paul , prins du Prophète leremie : par où il dit , que la loy de l'Euangile est li grâce mesme du S. £si)rit : qui s'espandaui cceurs des Chrestiens. Voici les mois : le donneray ma loy escrite en leurs cœurs , et vn chacun n'enseignera point son procbaio et son frère : disant : Cognois le Seigneur, car tous me cognoistront depuis le plus petit iusques au plus grand. Voilk, diseat ils, que le S. Esprit enseigne et vient à esmouuoir les cœurs des Chrestiens sans aucuoe aide extérieure. Et confirmoient leur sotize, d'autant que lesus Christ sans rien escrire, a dit : L'esprit de vérité , que ie vous enuoyeray de mon père, vous enseignera tout^ vérité. Donc , disent ils , la vérité de lesos Christ ne dépend point des Hures ni des escritures, mais du 9. Esprit, qui est es oœors des fidolles. Certainement ie ne sçay si Ton pourroil trouuer secte plus meschanle ai plus pestilentieuse, ni qui face plus d'oouerture à libreme it perpétrer toute sorte de maux , que ceste-lÀ , car elle croit tout ce qu'elle veut, et ce qu'elle ne veut poiot, De le croit point. Elleïait tout ce qu'elle tcuI, soit bien soit mal , et ce qu'elle ne veut point, elle ne le fait point : des œuvres d'impiété en fait la jpieté , et pense que le rlce soit vertu , etc. ôr il est aduenu en quelque ville d'Italie , où ceste secte en auoit p\fé et gaigné plusieurs, qu'vn certain personnage voulant violer la fille d'vn sien aior, vsa de telle ruse et finesse, disant audit sieo amy : Le S. Esprit me dit » que ie dorme auec ta femme. L'aray croyant au S. Kspnjj luy accorda sa demande : et retourné quil fut au logis , commanda à sa femme d'aprester le souper , et accommoder vue chambre et vn lict, brief de faire tout ce qu'elle pouuoit pour vn amy lequel deuoit venir ioupper chez eux. Le mary cependant se reh'* vers quelque sien amy. Or sur le soir tj»* cest amy impudic et méchant : l'on ^}K^ plaisamment, et puis demanda, que la ti '^*

MORALE

KESSE

7ro

qui estoit Tierge , vonlat dormir anéc luj. L>ne et l'autre, tant la mère que la fiUe j consentirent, à cause que le mary Tauoit ainsi comnaandé. Le lendemain matin le marj reuint, et s'enauesta de ce (jui s'estoit

Kssé. Ajant entendu tout le discours de ffaire, print vn poignart , et sortant hatioemenl hors sur la rue, et y trouuant ces- (uy, lequel auoit corrompu et violé sa tille, Iny dit : Ne m*as-tu pas ait, que le S. Esprii Caaoit commandé , que tu eusse la compagnie de ma femme ? Pourquoy done as--tu menti au S. Esprit , ayant dormi auec ma fille? Sçache que tout à rinstaoït le S. Esprit me dit , que ie te vienne à ester la vie. Et après luy auiir donné trois ou quatre coups, te rua par terre. Par le moren auquel estant ceste secte descouuerte , fut abolie par lee Princes Chrestiens. »

Cette histoire nous fwralt contenir un grand enseignement pnilosophitiue à redresse de ious ceux qui voudraient substituer les attraits de la Hbre expansion à Taustérité de la morale évangélique.

Le plus beau livre de morale qu*Qn puisse citer après ie Nouveau T<estament est I7mttfUion deJisus-Chrisi, ce livre sou veut triste, mais toujours salutaire, 9u*on pourrait ap^ peler le miroir du solitaire chrétien; car ïlmiiatian n'est pas un traité complet de morale chrétienne, et ne se propose pour bat que de régler Tintérieur de Thomm^ qui se convertit et qui se retire du monde. Quant à la charité fraternelle, le christianisme tout entier nous l'«nseigne par des exemptes bien plus efficaces que les paroles ; et c est dans la vie des saints qu'il faut en chercher les plus sofides enseignements.

La morale en actions a toujours été Vidée dominaotede renseignement catho!ique« Les histoires frappent plus vivement l'imaginatioo, et gravent l'enseignement dans la mémoire avec plus de facilité et de force oue les plus beaux discours. C'est dans ce Dut qu'ont été recueillies et même inventées Utit d*historiettes édifiantes dont le$ recueils ont été rajeunis d'&ge an âge, et oot perdu bien de la poésie en se soumettant suocessi- YemRut aux censures de la critique , le Pré ipirituel , la Fleur des exemples , le Miroir des exemples^ etc.

Le récit et les exemples sont encore la forme qui convient le mieux aux traités de morale destinés à l'éducation des enfants ou à l'instruction du fieuple. Les Prisons de Silvio Pellico ont ijut lire son petit livre Des DetoirSf et sont un des livres modernes qui aient produit le plus de bien. Un homme d'un bien moindre talent, mais d'un zèle qu'on ne saurait trop louer, M. d'ExauviUez, a exercé avec sqb petits livres dliistoires un véritable apostolat. Ce genre de littérature nous semble digne des plus grands encouragemeois» et il est à désirer que les pensonnes chrétiennes à qui Dieu a départi les dons si précieux du talent , les consacrent souvent à ce modeste et saint usage. Cet enseignement , pour ainsi dire primaire, de la luorale» ajant en lui-même quelque chose

de vraiment maternel , convient surtout au génie des daines chrétiennes. Dieu leur a donné des grflces d'état pour s'approcher avec fruit des oreilles et au coeur de l'en«fance. Elles ont d'ailleurs cette exquise dé^ Jicatesse qui corrige sans blesser jamais. Mous avons lu de cltarouints ouvrages de mesdames Tarbé des Sablons, BILse voyart, Louise Boyeldieu d'Auvigny , dont le talent et le mérite ont été justement appréciés. Le )M*ix que TAcadémie française accorde eha<que année , d'après les intentions du veiw tueux Hontyon, à l'ouvrage qui parait devoir être le plus utile aux nueurs , est souvent mérité par des dames. Ainsi les noms de mesdames Elise Yoy art, Louise d'Auvigny et Rose deSaiut-Surin sont inscrits nonseulenoent dans les fastes de la littérature, mais eacore dans ceux de la philanthropie <]ui, pour nous, est tout simplement la cnanté.

La morale est, pour les hommes comme pour les enfants 4 un breuvage amer qu'on ue peut les décider à boire qiTen frottant de miel ie bord de la coupa : or c'est à cela surtout que peuvent être utiles les abeilles du Parnasse chrétien, pour continuer notre figure* C'est ainsi que la cliarité peut sanctifier des choses, même en apparence, frivoles et profanes. Le Télémaque de Fénelon « par exemple , sous une forme païenne , cache beaucoup de christianisme* Les tables , les contes , les romans même , tout peut être employé au service de Dieu et au salut do nos frères. Ainsi donc , soit que nous demandions nos inspirations à la reine des prophètes et des apdtres, soit que , n'osant encore prononcer son nom à des oreilles indi-^ gnes de l'entendre , im>us invoquions , en pensant à elle seule , le mythologique fiin« tdme de b muse ni ofane, ayons toujours en vue la morale cnrétieiuief l'instruction de nos frères « et répétons , daos notre invocation , ces paroles que Je Tasse a placées au début de U Jérusalem délivrée :

% O Muse I 6 toi qui ne ceins point ta tète d'un périssable laurier cueilli sur l'Hélioon; qui habites dans l'Olympe au milieu des célestes chœurs ; toi dout le front est <»uronné d*étoiles immortelles ! 6 muse i allume dans mon sein une ardeur divine , enflamme mes chants ; pardonne, si j'orne la vérité de fleurs, et si je répands sur mes vers d'autres charmes encore que les tiens 1

« Tu sais que l'homme court s'enivrer des mensonges du Parnasse ; tu sais que la vérité, parée des grftces de la poésie, entraîne et subjugue les oœurs les plus rebelles. Ainsi nous présentons h un enfant malade les bords d'un vase abreuvés d'une douce liqueur : heureusement tnompé, il boit des socs amers, et doit la vie à son erreur. »

MESSE. — Ia communion des trois mondes , le ciel tout entier descendant avec son Dieu sur un tombeau pour donner l'immortalité à ceux qui vivent ; la cendre des martyrs toujours |)résente au sacrifice de cehii qui met sa gloire à mourir tous les jours et à toute heure pour ceux qu'il aime; TEglise

MESSE

MESSE

fDîlitante consommant ce sacrifice et se montrant mère de Dieu , nuisqu*en la personne et par la roix du prêtre elle pr<xluit son Dieu ; Jésus-Christ victime et sacrificateur apparaissant sous les doubles apparences de .la mort et de la vie, mortel et immortel tout à la fois, et dans le prêtre qui est un autre Jésus-Christ, saeerdos aller Chrittus^ et dans l'hostie qui est la chair du souverain prAtre, Tétemite donnant le baiser de paix au temps; la justice et la paix s*unissant par une fraternelle étreinte ; la fraternité du ciel réalisée sur la terre par un banquet royal, où le pauvre a la même part que le riche ; Dieu rendu visible et descendant lui-même au-devant de la prière; la matière spiritualisée; runité constituée par la foi , Tespérance et ramour, la synthèse du symbolisme ; le ciel ouvert; rincarnation renoue présente; Thunianité tout entière résumée dans un prêtre ; l'Ancien et le Nouveau Testament réduits à une simple hostie : voilà ce que c^est que la messe. Et combien de choses plus sublimes n'en pourrait-on pas dire encore ? La sainte messe est le dernier culte possible , car rimagination , nous ne dirons pas d'un homme, mais d'un ange ; car la pensée même d'un Dieu ne saurait rien trouver de

Blus divin et de f|lus humain tout à la fois : ieu et l'humanité, le pain et le vin, un tombeau où germe resperance , uu vieillard qui étend ses mains pour bénir, et oui se place sur les marches de Tautel, entre le ciel et la terre , comme un propitiatoire vivant : où trouver quelque chose de plus grand à la fois et de plus simple ?

Qu'il' me soit permis d'emprunter ici les sublimes pages de l'auteur du Génie du ehriisianismej pour peindre ce gue l'office de la -messe a de grand, de magnifique, de véritablement digne des hommes qui savent apprécier les productions du génie et du goût.

« Supposons, dit-il, que la messe soit une cérémonie antique dont on trouve les prières et la description dans les jeux séculaires d*Horace, ou dans quelques tragédies grecques ; comme nous ferions admirer ce dialogue qui ouvre le sacrifice chrétien I

Verset. Je m'approcherai de Fauiel de Dieu ; Répons. Du Dteu qui réjouit tna jeunesse.

Verset. Faites luire votre lumière et votre vérité : elles m'ont conduit dans vos ttdiernades et sur votre montagne sainte,

ttépons. Je m'approcherai de l'autel deDieu^ du Dteu qui réjouit ma jeunesse.

Verset. Je chanterai vos louanges sur la harpe , 6 Seigneur 1 mais , mon àtne , d*où vient ta tristesse^ et pourquoi te troubles-tu ?

Répons. Espérez en Dieu^ etc.

« Ce dialogue est un véritable poème lyrique entre le prêtre et le catéchumène. Le

poir et de jeunesse , chante la victime par qui il sera racheté.

« Vient ensuite leConfiteor^ prière admirable par $a moralité. Le prêtre implore la

miséricorde du Tout-Puissant pour le peuple et pour lui-même.

« Ce dialogue recommence :

Verset. Seigneur^ écoutez ma prirre;

Répons. Et que mes cris s'élèvent jmquà vous,

« Alors le sacrificateur monte à l'autel, s'incline, et baise avec respect la pierre qui, dans les anciens jours , cachait les os des martyrs.

«i En ce moment , le prêtre est saisi d'un feu divin. Comme les prophètes d'israëi,!! entonne le cantique chanté par les anges sur le berceau du Sauveur, et dont Ezécbiel entendit une partie dans la nue.

« Gloire a Dieu dans les hauteurs du ciel, « et paix aux hommes de bonne volonté sur « la terre 1 Nous vous louons, nous vous bé- « nissons , nous vous adorons. Roi du ciel, « dans votre gloire immense. »

« L'épttre succède au cantique. L'ami du Rédempteur du monde , Jean , fait entendre des paroles de douceur, où le sublime Paul, insultant à la mort , décf>uvre les mystères de Dieu. Prêt à lire une leçon de rEvangiie, le prêtre s'arrête, et supplie TEtemel denurifier ses .lèvres avec les charbons de feu dont il toucha les lèvres dlsaïe. Alors les

r>nroIes de Jésus-Christ retentissent dans 'assemblée : c'est le jugement sur la femme adultère; c'est le Samaritain versant le baume dans les plaies du voyageur ; ce sont les petits enfants bénis dans leur innocence.

« Que peuvent faire le prêtre et rassemblée, après avoir entendu de telles paroles? Déclarer sans doute qu'ils croient fermement à l'existence d'un Dieu qui laissa de tels exemples k la terre. Le symbole de la foi est donc chanté en triomphe ; la philosophie , qui se pique d'applaudir aux grandes choses, aurait dû remarquer que c'est la première fois que tout un peuple a professé publiquement le dogme de Punite de Dieu : Credo in unum Deum.

« Cependant, le sacrificateur prépare l'hostie pour lui, pour les vivants, pour les morts; il présente le calice : Srigneur^ nous vous offrons la coupe de notre salut. II bénit le psm et le vin : Yenez^Dieu étemel; bénissez ce sacrifice»

« Tout étant préparé, le céiébraat se tourne vers le peuple, et dit : Pritx, ma frères.

« Le peuple répond : Que le Seigneur uçoive de vos mains ce sacrifice î

« Le prêtre reste un moment en sileoee; puis tout à coup, annonçant l'éternité, il s'écrie : Per omnia sœcula sœculorum (élevei vos cœurs à Dieu, Sursum corda): et mille voix répondent : Habemus ad Domwm (nous les élevons vers le Seigneur).

« La préface est chantée sur l'antique mélopée, ou récitatif de l'ancienne tragédie grecque. Les Dominations, les Puissances, les Vertus, les Anges et les Séraphins sont invités à descendre avec la grande victime et à répéter avec lo chœur des fidèles le triple Sanctus et VHosanna éternel.

« Enfin on touche au moment redoutaUé*

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Le canon, oà la loi éternelle est gravée, ▼ient de s'ouTrir ; la consécration s^chère par les paroles mêmes de Jésus-Christ : Sfigneur, dit le prêtre en s*inclinant profondément, que Vhostie sainte vous soit agréable comme les dons d^Abel le juste, comme le sacrifice d'Abraham notre patriarche, comme celui de votre grand prêtre Melchisédech. Nous TOUS supplions a*ordonner que ces dons soient portés à votre autel sublime par les mains ae votre ange^ en présence de votre dtritie majesté.

i A ces mots le m jstère s^accompUt ; Tagneau descend pour être immolé. »

0 loomeol soleonel ! ce peuple prosterné ;

Ce temple , dout la mousse a couvert les porliques ;

Celle lampe d*airain , qui , dans Tantiquite ,

Symbole du soleil et de réternité ,

Laii devant le Très-Haut , jour et nuit suspendue ;

La majesté d*un Dieu parmi nous descendue;

Les pieurs, les jeux, l'encens qui monte vers raotei.

Et de jeunes beautés qui, sous rœll maternel,

Adooasieni eacor, par leur voix innocente,

De la religion la ponî'pe attendrissante;

Cet oripie qui se tait, ce silence pieux,

LIoTÎsible union de la terre et des cieux ,

Tool eiiilarome, agrandit, émeut Thomme sensible.

U croii avoir franchi ce monde inaccessible ,

()à sur des harpes d*or, Timmortel séraphin ,

Am pieds de Jebovah chante l'hymne sans Un.

Alors, de tontes parts, un Dieu se fait entendre ;

H se cache au savant, se révèle au cœur tendre;

U doit moins ne prouver qu*îl ne doit se sentir.

(FORTARBS.)

Toutes les beautés que vient de décrire le célèbre auteur du Génie du christianisme, soDtdes beautés de sentiment : on n'y trouve aucun des ornements, aucune de ces figures éclatantes aui caractérisent les productions de i*espf it numain ; tout y est simple, mais tout y est touchant, tout y est attendrissant. Les cérémonies de la messe, les prièrps, le chdDt qui les accompagne, transportent pour ainsi dire l'ftme dans un monde idéal, dans ces régions célestes qui sont promises à Thomme, et dont la conquête est la plus belle à laquelle il puisse aspirer, puisc^u elle oe demande de combats que contre le vice, et d*aatres armes que des vertus. L'auteur de y Emile lui-même était profondément pénétré de ces sentiments : « Autrefois, fait-il dire à son vicaire savoyard, je disais la messe irec la légèreté qu'on met à la îoneue aux choses les plus graves, quand on les fait trop souvent. Depuis mes nouveaux principes, je la célèbre avec plus de vénération; je me pénètre de la majesté de l'Etre-Suprème, de Sà présence, de rinsuflisance de l'esprit humain, qui conçoit si peu ce qui se rapporte ison auteur. Là, songeant que ie lui porte les vœux du peuple sous une forme près- «rite, je suis avec soin tous les rits ; je récite attentivement; je m'applique à n'omettre jamais ni le moindre mot ni la moindre cérémonie. Quand j'approche du moment de la consécration, je me recueille pour la faire ivcc toutes les dispositions qu'exigent l'Edise et la grandeur du sacrement; je tâche Fanéantir ma raison devant la suprême In- WJigence; je me dis : Qui es-tu, pour me-

surer la puissance infinie? Je prononce avec respecties paroles sacramentelles, et je donne à leur effet toute la foi qui dépend de moi. Quoi qu'il en soit de ce mystère inconcevable, je ne crains pas qu'au jour du jugement je sois puni pour l'a voir jamais profané dans mon cœur. »

« Heureux, trois et quatre fois heureux ceux qui croient ! s'écrie l'homme de génie qui a tracé celui du christianisme; ils ne

feuvent pleurer sans penser qu'ils touchent la fin de leurs larmes : leurs pleurs ne sont point perdus; la religion les reçoit dans son urne, et les présente h l'Eternel. Les pas du vr li croyant ne sont jamais solitaires ; un bon ange veille à ses cotés : il lui donne des conseils dans ses songes; il le défend contre le mauvais ange. Ce céleste ami lui est si dévoué, qu'il consent pour lui à s'exiler sur la terre. »

Cependant, les beautés de sentiment qui distinguent l'office de la messe ne sont pas les seules qui s'offrent à notre admiration; On y trouve aussi ce charme des beautés naturelles, qui nous touche, qui nous séduit,

2ui élève pour ainsi dire l'homme au-dessus e lui-même. La religion chrétienne a aussi ses David, ses Isaïe ; et si ce n'est pas- l'Esprit saint, c'est au moins l'amour de Dieu qui les inspire. Ses proses, ses préfaces, les prières qui précèdent et qui suivent le saint sacrifice, nous forceraient à l'admiration,

auand même elles n'auraient pas pour objet ieu lui-même. Que de siiiets d*éioges dans ce Gloria in excelsis, dont les premières paroles viennent du Ciel ; dont les secondes viennent de l'homme 1 Quand l'amour, le respect, la reconnaissance, se manifestèrentils d'une manière plus animée, plus rapide que par ces mots : JLaudamus te, oenedictmus te,aaoramus te, glorificamuste? L'Ame, frappée des grandeurs de l'Etemel et de ses bienlaits, trouve à peine dans la langue assez de termes pour exprimer ce qu'elle éprouve ; elle accumule ensuite les épithètes : Domine Deus, Rex calestis, Deus pater omnipotens. «Dieu, maître du monde, roi des cieux; « Dieu, père de la nature; Dieu, dont la puis- « sance est sans bornes. » Elle s'adresse ensuite à Jésus-Christ, généreux intercesseur entre le ciel et la terre, et s'écrie : Domine, Fili unigenite, Jesu Christs, Domine Deus^ agnus Dei^ Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. « Dieu, Fils unique de « Dieu, Dieu vous-même, adorable victime, « agneau céleste qui vous êtes immolé pour « nous, qui vous êtes chargé des péchés de^ « la terre, ayez pitié de vos enfants 1 » Elle redouble ses instances, elle multiplie les titres de son divin Rédempteur, et répète ; Qui tollis peccata mundi suscipe deprecationem nostram. Qui sedes ad dexteram Patris miserere nobis, Quoniam tu solus sanctus, tu solus altissimus, Jesu Christs, cumsancto Spiritu in gloria Patris. « Dieu, qui vous êtes « charge des péchés de la terre. Dieu qui « êtes assis à la droite de votre Père céleste» « portez à son trône nos humbles supplica- « lions; ayez 'pitié de vos enfants 1 0 Jésusl

MESSK

MESSE

« TOUS êtes le seul saint, le seul qui soit éle- « té au comble de la gloire pateruelle avec • le Saint-Esprit 1 »

Quand le prêtre prie les mains élevées vers le cieU on 8*unit à cette prière perpétuelle qui monte sans cesse de la terre pour em« pêcher le Seigneur d*en détourner à jamais sa face; à cette prière commencée par Moïse sur la pierre d'Horeb, continuée et sanctifiée par Notre-Sei^eur Jésus-Christ sur le Calvaire. Aaron et Hur soutenaient les bras de Moïse, des clous sanglants tenaient étendus ceux du Sauveur, et tous par notre ferveur nous devons en esprit soutenir les mains du prêtre qui sont en ce moment les nôtres et qui implorent pour nous les grdces et les laveurs du cieL

Après la lecture de la parole sainte dans le livre des Bpitres et dans celui des Evangiles» le prêtre, représentant de tous les siècles chrétiens, récite le symbole de la communion universelle, cet admirable Credo que la philosophie avec ses plus profonds théorèmes ne pourrajamais surpasser, ce résumé d'une foi qui pr^ède la science et qui guidera toujours la raison, tant que la raisoa sera vivante et pourra marcher. Après le Creda le prêtre oit la préface.

La préface est une des plus anciennes et des plus belles prières de TofBce divin. Elle est ainsi appelée, parce qu'elle précède les paroles de la consécration. La préfaôe des simples fériés est courte, mais noble et majestueuse dans sa brièveté. C'est une action de grAce offerte à Dieu, dans laquelle le prêtre, ministre de son fils unique, fait intervenir toutes les puissances célestes : les anges, qui ne cessent de célébrer Dieu dans leurs hymnes et leurs cantiques : les dominations, qui se prosternent aux pieds de son trône ; les puissances qui ne l'abordent qu'avec une religieuse frayeur; les séraphins, qui, réunissant leurs voix à celles de toutes les vertus célestes, chantent ensemble sa puissance et sa gloire. Prêt à offrir soa sacriQce, le prêtre de Jésus-Christ supplie humblement le Très-Haut de lui permeUre de mêler les hommages de la terre à ceux du ciel, et de répéter avec les sublimes hiérarchies, ces paroles sacrées : Sanctus^ êanttuSf ioncttis.

Ces nobles pensées se reproduisent dans toutes les préfaces ; mais le zèle, l'admiration, la pieté, les ont agrandies aux principales fêtes de l'Eglise. Ainsi, dans les messes de l'A vent, époque où Ton attend le libérateur des nations, le prêtre, se rappelant, avec une religieuse confiance, les promesses que Dieu, dans sa miséricorde, a daigné &ire à la terre, le conjure humblemeat d'envoyer ce divin rédempteur, dont la vérité, comme un jour lumineux, éclairera le monde, dont la sainteté confondra les impies, dont la force relèvera le faible. Il se livre à la îoie pure et sainte que lui inspire l'approche de tant de bonheur; il voit déjà briller le jour de notre salut, et, reprenant les paroles des préfaces ordinaires, il dit : Et ideo cum unqeliê ei archangelUt etc.

La p/éCsce de Noël est l'expression courte et animée d'une vive reconnaissance. Les promesses sont accomplies ; le jour de salut a brillé, il a éclairé nos yeux et notre âme. Le Verbe s'est fait homme. Dieu s'est reodu visiUe, et le bonheur de le voir auanentera en nous l'amour des choses invisibles : Pn incamati verbi mysterium nova mentis noê-' trœ oculii lux tuœ claritaiis infulsit : ut dum viiibiliter Deum cognoscimuif per Aime, ta tfimî6t7tttm amoremrapiamur.

Hais les préfaces les plus riches endéveloppements religieux, sont celles de la Dédicace et de la Commémoration des morts ; celle de la Dédicace surtout s'élève pour ainsi dire aux fibres et aux formes de la poésie. L'auteur voit Dieu lui-même résider dans le temple gue la main des hommes lui a élevé; il le voit rempli de sa présence et de s^ bienfaits. C'est la maison de la prière, l'habitation glorieuse du maître du n^onde, le séjour de l'immuable vérité, le sanctuaire de l'éternelle miséricorJe : Hœc e»t enim tere domus orationiSf templum habiiaiioms glmiœ tuœ^ iedes incommuiabili$ verUatiif êonetiêih rium atemœ eharitath.

C'est l'arche qui nous a sauvés du déluge et qui nous conduit au port du salut : Hœc est arca qiue nos a mundi ereptoê diluvio, in portum salutiê indtieit.

De ces idées éminemment grandes, saintes et naturelles, l'auteur passe à des pensées d'un autre ^enre, et s*é!ève du simple au figuré. L'Eglise est l'Epouse unique et chérie que Jésus-Christ a payée de son sang, qu'il vivifie de son esprit, dans le sein de Iaq[uelle nous avons puisé une nouvelle vie, qui nous nourrit du lait de sa doctrine, qui nous fortifie du pain de vie, sur laquelle il répand les trésors de sa miséricorde : Hec est unica ei dilecta sponêa^ auam acquistrii Christus sanguine suo^quam ^piriêu vivifieai^ cujus in sinu , renati per gratiam tuam, UuU verbi pcLscimur^ pane vitœ roboramuff misericordiœ tuœ subsidiis eonfovemur. C'est enfin cette Eglise qui , protégée par son céleste époux, combat fidèlement sous ses enseignes, et reçoit de ses mains la couronne immortelle : Hœc fideliier in terris, sponso adjuvante^ militât^ et perenniter in e(^ /ts, ipso coronante^ triumphat, Touiiisces idées sontgrandes, éminemment religieuses ; cette répétition : Hœe est domus orationis^ eic. Bec est arca^ etc. Hœc est untca et dilecta sponsa^ etc. Hœc fideliter in terris^ etc.» annonce un cœur vivement ému, une âme pénétrée dus grandeurs de la religion, et des espérances qu'elle promet à l'homme souffrant et malheureux. Ce n'est pas de l'éloquence humaine, c'est de cette éloquence douce et touchante, qui n'appartient qu'à la religiont et qu*on appelle onction.

L'auteur de Toffice des morts a répandu sur la préface de cette douloureuse solennité une teinte de mélancolie, et je AitAis Sresque de philosonhie, qui touche et attcih rit. De quels bienidits la relij^ion ne comble-t-elle pas l'homme? Elle lui donne IV>pérance a une heureuse résurrection. Si u

cerUtude de la mort le contristey la pro* messe d'une future immortalité le console. Ud chrétien ne meurt pas, il ne fait que ehanger de ne; et pour une habitation terrestre et périssable, la religion lui en assare une éteroelle dans les cieux : Ut dum luduram catUrUtai certa moriendi condition fUitm comoletur futurœ imm0rialiiaii8 pro^ mU§io. Tuis enim (UielihtUy Dominiy vUa imitatur non iolliiury et disêoltUa terresiris Aujut habiuaiwM» domo, mtema in cœlis hobitor Uo comparaêmr.

Supposez rbomme pénétré de ces vérités»

les ayant continuellement sous ses jeux, quelle admirable société un peuple vraiment chrétien ne formerait-il pas T Hais nous sommes descendus dans un temps où les cérémonies de la religion sont pres<|ue tout, ses dogmes et sa morale presaue rien.

La préface de Toflice de la Toussaint, celle

des Apôtres et de saint Denis sont également

remarquables par le choix et la beauté des

pensées. Dans Tune, le prêtre invoque Dieu

au nom de cette société de saints, dont il

couronne le mérite dans le ciel, en ne cou^

ronnatit toutefois que son propre ouvrage ;

car tout nous vient de Dieu : Qui glwrifica-

rii m eoncilio san€torumj et eorum eonh-

nando meriiOf coronas dona tua. Il le re^

mercie de nous avoir donné, dans Texem-

pie de ces chrétiens vertueux, des modèles

de sainteté, dans leur intercession un appui

précieux, et dans leur nombi euse réunion,

une multitude de témoins qui nous encou*-

ragent à combattre comme eux, pour mériter,

comme eux, une couronne de gloire inoor^

ruptible.

Dans Tautre, le prêtre invoque la protection de Dieu pour sou Eglise. C'est par les apôtres qu' il J*a fondée ; us ont été les pas^ leurs du troupeau, puissent leurs succès seurs suivre leurs traces glorieuses I

Dans celle de saint Denis, Dieu ne s*est vss conteuté de nous affranchir du joug de ) enfer, de nous choisir pour ses fils d'adop^ . tion ; il a voulu encore faire servir à notre salut les travaux des martyrs; c'est de leurs mains que sa miséricorde et sa grâce se sont servies pour semer la foi dans nos cœurs; ccsi de leur sang même qu'il a voulu fécon^ dcr ce germe précieux, avant d'offrir le sa^ ( lifice ; le ministre de Jésus-Christ le Gon«jure d'attermir son ouvrage, de conserver le troupeau sacré qu'il a confié à son fils uni- ((ue, et de le recevoir dans les cieux, après 1 avoir sanctifié sur la terre

On ne connaît point les différents auteurs de CCS préfaces; mais il est évident que c'étaieut des hommes d'une foi élevée et d'une haute pensée, d'un cœur fécond en généreux sentiments. Répétons ici que les préfaces sont un des plus touchants et des plu:» notdes ornements de l'office de la messe*

Le canon, qui les suit immédiatement, esi reiupli de beautés du même genre; ce sont d'admirables prières pour la conservation de /'Eglise chrétienne, pour celle des fidèles qui assistent présentement au sacrifice, ou q li l*ont offert autrefois, et qui dorment

maintenant du sommeil de paix. C'est une suite d'invocations à Dieu pour le supplier d'agréer les offrandes qui lui sont pr&entées, de jeter sur elles un regard doux et fiivorable ; de les accepter comme il a daigné accepter les dons du juste Abel, le sacrifice d'Abraham, et Toffrande pure et sans tache de Ifelchisédech. Tout ce qui peut toucher Dieu, le prêtre le lui rappelle : la passion de Jésus-Christ, sa sortie glorieuse du tombeau, sa céleste ascension : l'hostie qu'on lui présente est une hostie pure, une hostie sainte; c'est le pain sacré de la vie immortelle, c'est le calice du salut étemel. .

Toute l'Eglise se joint au ministre de cet adorable sacrifice, et supplie l'Eternel d'ordonner que ces divins présents soient portés à son autel sublime, par les mains de son saint ange, afin <iue tous ceux qui auront participe au divin mystère, soient comblés de grâces et de bénéoiGtions.

Des paroles si belles, des prières si touchantes, ont elles-méoSes quelaue chose de divin; tous les artifices de l'éioauence ne réussiraient point à les inspirer. A faut être persuadé pour s'exprimer ainsi. C'est la foi de l'antiquité chrétienne, c'est l'&me des apêtres et des martyrs, c'est l'unité catholique elle*même qui, formant une seule voix de toutes les voix du ciel, de la terre, des siècles passés, présents et futurs, adresse h Dieu cette touchante prière. Nous ne connaissons rien en dehors des saints Evanl^les qui porte un caractère de divinité aussi frappant. La prière collective n'est-elle pas en effet une sorte de révélation divine? n'est-ce pas Notre-Seigneur lui-même qui prie dans les assemblées des fidèles? et le Saint-Esprit, qui procède du Fils aussi bien que du Père, ne ressemble-t-11 pas alors à ces anges qui montaient et qui descendaient sur l'échelle lumineuse de Jacob ?

La messe telle qu'on la célèbre aujourd'hui dans nos églises est to^joura le sacri* fice mystérieux des Catacomoes : rien n'a change que notre cœur devenu indifférent h tant de beautés. Si l'on pouvait supposer que la hiérarchie catholique ait pu changer quelque chose h la simplicité des antiques agapes, il faudrait dire qu'elle en a perfectionné le rite et complété les cérémonies : mais rien n'est altéré ni dans le fond ni dans la forme. On sait donc ce que veulent dire ceux qui prétendent ramener l'Eglise à la simplicité aes temps primitifs : ils veulent abolir sous prétexte de réformer. D'ailleurs ceux qui accusent tant l'Eglise d'avoir changé ses pratiques et ses doctrines dans le passé ne scd[it-LU pas les mêmes ({ui lui reprochent dans le présent une organisalion d'immobilisme qui la rend invariable jusque dans les l^us petites choses, et la rend étrangère À toutes les idées d'avenir qui n'ont pas leur infaillible raison d'être dans l'immuable fidélité de son présent et de son passé 1 T^ nete traditiones,

MÉTHODE. — L'esprit de la religion ca^ tholique est un esprit de méthode, parce que eest un esprit d ordre et de logique. Le

NICHEE

ditin fondateur da christianisme étant la raison éteinelle, le logoi par excellence, nulle part* sinon dans T Eglise catholique, on ne trouve une logique infaillible, nulle part aussi on ne trouve une raison plus forte. Aussi l'Eglise s*e$t-elle emparée de toutes les conquêtes de la raison et de la^ philosophie antique résumées dans les ouvrages aAristote, et a-t-elle façonné Fesprit humain à la méthode par les exercices et môme par les tours de force de la scholastioue. La soolastique a été la gymnastiaue de l'esprit humain : elle lui a donné de la souplesse et de la vigueur ; et les services qu'elle a rendus ne sont pas encore tellement dans le passé qu'on doive l'en remercier en la quittant. La forme scolastique est encore conservée dans les études ecclésiastiques, et les maîtres de théologie de la Congrégation de Saint-Solpice j tiennent avec raison comme ils tiennent À toutes les traditions pieuses et à tous les bons usages. En effet un homme qui ne sait pas renfermer sa pensée dans la forme rigoureuse du syllogisme ne saura jamais ni parler ni écrire avec justesse. Si 1 on perd le ni de l'argumentation logique et serrée, la discussion devient un îabvnnthe d'où il est impossible de sortir. Celui-là d'ailleurs ne fera jamais ni un bon discours, ni un bon livre, gui n'a jamais su faire une thèse. La scolastique est, si nous pouvons nous exprimer ainsi, la géométrie de la pensée. Avant de savoir peindre, il faut étudier les lignes de la géométrie qui donnent les proportions et la perspective ; il en est de même en littérature. Nos plus puissants orateurs ont été d'abord de sévères théologiens scolastiques ; et à l'esprit de méthode qui distingue Bossuet, on sent qu'il étaje sa grande éloquence sur des bases rigoureuses, et qu'il la sait d*autant plus forte qu'elle est contenue dans des limites plus exactes.

11 n'y a pas d'harmonie possible sans méthode : il n'y a pas de méthode arbitraire, car la méthode, c'est Tordre dans la disposition et dans la succession soit des parties d'un tout, soit des mouvements d'une force. Tout ce qui émane de l'intelligence doit donc, pour être vrai, être fondé sur la logique et s'établir avec méthode. Les beautés poétiques elles-mêmes sont fausses et par consé- 3uent nulles, si elles n'ont pas pour preuves es propositions logiques et des sortes d'é- ({uations d'accord ou de désaccord entre les idées et les mots. Une expression n'est jamais belle quand la pensée manque de justesse, et ce ou'on appelle le mauvais en littérature est le résultat des pensées sans justesse disposées sans méthode et renoues sans précision.

MICHÉE. — Ce qui rend la prophétie de Michée remarquable entre toutes les autres, c'est d'abord la prédiction formelle de la conversion ûnale des Juifs, prédiction que saint Paul ^ccepte comme une promesse et qui doit signaler le grand triomphe de l'Eglise apr^s la persécution de TAntechrist et avant la lin des temps. Les Juifs doivent être convertis par Elle et Hénoch, qui ne sont pas

morts, et qui doivent soufflrir le martyre sons le règne de l'Antéchrist 11 y aura enstiite une ère de félicité merveilleuse déjà décrite par Isaïe et dont Michée renouvelle le poétique tableau. Alors, n'en déplaise aux secUi*res qui veulent autoriser leurs rêves par V& criture sainte, la propriété ne Sf ra pas abolie, Tégoïsme seul sera détruit et chacua se reposera en paix à l'ombre de sa viçne ou de son figuier et personne ne viendra lui disputer sa place : tableau abrégé d'un ordre parbit oîk la propriété de chacun sera sous la protection de tous. Alors Jérusalem redeviendra la reine des nations ; mais toutes ces choses doivent sans doute s'entendre dans un sens spirituel et la Jérusalem dont il est ici question ne peut être que la nouvelle Jérusalem, puisque l'ancienne a été déunite. Or on sait que la nouvelle Jérusalem dans la prophétie de saint Jean est la figure de l'Eglise triomphante.

Michée est célèbre encore entre tous les prophètes pour avoir nommé |»ar son nom li ville où devait naître le Sauveur du monde. « Bt toi, Bethléem d'Ephrata, tu es petite entre mille parmi les cités de Juda, et c'est pourtant de toi que je ferai sortir le dominateur d'Israël, celui dont la carrière ta de l'éternité à l'éternité, ab initio a àMuteterniiaiii. » «Celui-là sera la paix (cb. v,v. 5), et il donnera à Israël sept pasteurs et huit primats ( Voyez aux articles Apocalypse et ALLteoRiB la signification symbolique des nombres ), et les restes de Jacob seront au milieu de la multitude des peuples comme la rosée sur Therbe qui n'attend pas le travail des hommes pour féconder la terre ( ch. V, V. 7 ).

Le septième chapitre de Michée commence par une satire plus anière que celles de Juvénal. « La race des saints est perdue sur la terre, le juste n'existe plus parmi les hnmmes ; toute la terre est pleine de machinations de sans : le frère est le gibier de son frère. Le mal qu'ils commettent, ils t'appellent le bien; le prince mendie avec menaces, le juge solde avec ses arrêts la dette de ses vices... Ne vous fiez pas à votre ami, craignez la trahison de celui qui vous conn mande, et même auprès de la femme qui dort dans votre sein gardez les barrières de votre bouche I car nous sommes au siècle ou le fils injurie son père et où la fille se dresse contre sa mère. La famille d'un homme est la coalition de ses ennemis t..» Cette ineiorable peinture d'une époque de décadence nous rappelle les vers d'Auguste Ba^ hier :

Plus de Dieu ! rien an ciel ! ab ! malheur et misère! Et sans Dieu niainlenant qu*est-ce donc que la terre? La terre ! ce n^est plus qu^un triste et mauvais Km, Un tripot d^oûtaut d*oà for a chassé Dieu ; Un calNiret iiirèine, où la face rougie

Roule la brute humaine une effroyable citpe}

Là, saos frein, sans remords, et prête à tout oiêticr, La femme 8*abandonne à qui veut la pAjer.

Suant à rbomme, il en rit ! il blasphème, il paijua*; jeUe à tout visage et la boue et Tinjure; il tue, il démolit, il monte sur Faiitel, Sur For saint du calice il porte un bras eharm*i •

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