‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 106 sur 194 · MOSCHUS · texte numérisé non relu

MOSCHUS

Pnis il maudit tool haut la sanlé de son père ; Ex méine encore enfant, plein du lait «le sa inèiret Sa pwmière pensée, au sortir du maillot Estpofir lui souhailer de Teiilerrer bientôt 1 Tant la cupidité le travaille et le mange; Tant Ter, ce I>iea de boue, emplit son cœur de fange; Tant le venin de Tor sur son front abattu Avant le premier poil fait tomber la vertu !

La prophétie de Michée contient encore des menaces et des promesses qui diffèrent peu de celles qu'on retrouve dans presque tous les autres prophètes. Son style a des beautés assez inégalement réparties. C'est à lui que l'oUice de la Semaine Sainte doit ces naroles qui, dans la bouche d'un Dieu souf- Iraiit pour nous sauver, sont faites pour arracher des larmes : Mon peuple que t'avaisje fait ? Papule meus^ quia feci tibi f

HOSCHDS. — Jean Moschus, surnommé mrtUui ou l'eunuque, était un moine de Palestine intimement lié avec saint Sophrone et avec saint Jean l'Aumônier. Ayant fait divers voyages pour visiter les plus célèbres monastères et les solitaires les plus illustres, il se rendit à Rome avec douze de ses disciples et rédigea un recueil de tout ce

Ju'il avait entenou dire et raconter d'édiant pendant ses visites au désert. Son livre qu'il intitula le Pré spirituel et qu'il dédia à saint Sophrone auquel il emprunte plusieurs de ses récits, est un précieux monument des premières traditions de la vie monastiaue. On y trouve l'esprit du christianisme dans toute sa première énergie, des visions consolantes ou terribles, des traits d'angélique charité, une flpre poésie de mortifications terribles mêlées à des prières pleines d'amour et exprimées avec des paroles toutes de simplicité et de douceur. Les récils de Jean Moscbus sont de véritables peintures de l'école espagnole, pleines de lumières vives et d'ombres vigoureuses. Mais combien de grandeur dans la simplicité même de ces figures toutes haletantes d'un enthousiasme surhumain ! Les grandes guerres de la chair contre l'esprit y sont racontées sans le moindre ménagement pour l'ennemi ; la délicatesse mondaine de nos oreilles trouverait maintenant de la crudité dans les expressions dont il se sert pour humilier la nature et stigmatiser le vice. D'ailleurs, à la manière des Orientaux, il met sa morale en récits et raconte plus qu'il n'enseigne ; il laisse parler les exemples des saints et les legons de l'expérience^ et la chose à laquelle il pense certainement le moins, c'est à l'effet littéraire de ses récits. On pourrait les orner en les traduisant, mais ils y perdraient : il faut les lire dans toute leur naïveté native, et nous préférons de beaucoup à cause de cela les traductions anciennes aux nouvelles. Nous le citerons donc en vieux français. Ecoutons-le d'abord nous dire comment un moine devint lépreux, et remercia Dieu de cette plaie terrible, comme d'une faveur signalée, car elle avait sauvé sa vertu. « L'abbé JPoljchronius,ditSophronius, nous a raconté, que au cloistre de Pentucule, y auoit vn f rCà e, lequel estoit fort chaste et attentif à

noscnns

soy-mesme. Vn ionr aduint qu'il estoit vexé et tourmenté par Tesprit de fornication, et n'y pouuant résister m soustenir cette forte guerre, sortit hors du monastère, et s'en alla en Hierico, afin de satisfaire à sa concupiscence. Or tout aussi tost qu'il fut entré en la chambre de quelque |>échere5se, deuint du tout ladre. Iceluy donc apperceuant sa lèpre, retourna tout soudain au monastère, en remerciant Dieu, et disant : Dieu ma voulu punir et frapper de ceste playe afin que mon ame soit sauuee, et glorifioit Dieu magnifiquement. »

Voici quelque chose encore de plus dramatique et de plus terrible : « L'abbê Helias nous a raconté, dit le mesme autheur, disant : Quand ie demeurois autrefois auprès du fleuve lourdain en vne cauerne près le monastère des Eunuques, afin que ie ne tsommunicasse auec 1 archeuesque de lerusalem, vn iour aduint enuiron sur les six heures (c'est à dire à midy) faisant vne chaleur trcs-extreme, auec vn air très-chaud et bruslant (car c'estoit au mois d'aoust), quelqu'vn frappa à la porte de ma chambrette, et moy estant sorti aehors, ie vis vne femme, à laquelle ie dis : Que fais*tu ici? Elle me respondit, disant : Mon père, ie suis de mesme conuersation et vie que vous, et ma demeure n'est distante de la vostre, que d'vn iect de pierre, et elle montroit le lieu vers le midy; et dit encore : l'av circuy toute ceste grande forest, et pour la çrande ardeur ie suis trauaillee de soif : faites moy donc charité, mon père, et me donnez vn peu d'eau. Et lors ie luy présentai vne cruche d'eau, laquelle ayant prinse, elle beut, et la laissay aller. Mais partie qu'elle fut de moy, le diable me commença à tenter, me sugçerantdes mauuaises et sales pensées sur icelle. Me trouuant donc en fin vaincu, et ne pou-^ uant plus auant. supporter l'ardeur de la concupiscense, ayant prins mon baston en la main, ie sorti de ma cbambrette à la grande chaleur du iour, lors aue les pierres iettoient feu embrasées de chaleur, et m'en allay après elle, afin d'aecomplir ma concupiscence sale et vilaine. Mais comme ie fus enuiron distant une stade de sa cauerne, l'ardeur de concupiscence bruslant, ie fus subitement raui en - extase : le vis la terre ouuerte, et un grand gouffre qui m'engloutissoit, et lors i'appercu dedans des corps morts , charoignes plaines d'vne incroyable

Suanteur, et aussi me semblait voir vn omme vestu honorablement, lequel me monstroit et disoit : Voy, c'est à cet état que seront réduits les objets de ta convoitise : prens maintenant plaisir auec iceux si tu veux, à exercer ta passion et concupiscence désordonnée, tant que tu voudras; toutesfois regarde que pour ceste volupté tu as perdu tant de labeurs et œuures méritoires ; voy et contemple que par le péché tu te veux priuer du royaume des cieux. Malheur sur la misère de Thomme qui pour la volupté et plaisir d'vne heure se priue d'vn si grand loyer de la paine et labeur qu'il a prins. Mais moy ne pouuant

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plus endurer ni me cooteoir pour la grande

t^uanleor, ie tomba/ par terre. Alors oest lomme Tenerablet qui s*estoit apparu à nioy, me retint, ei en rendant grâces à Dieu» ie suis retourné en ma demnure. •

On serait tenté, si Ton n'était pas chrétien, de se demander en lisant de pareils récits, à quelle espèce appartenaient donc les hommes qui livraient à la nature des combats si terribles. Quelle scène que cette tentation dans la solitude 1 Cet homme exténué, haletant sous le soleil, brûlé par les feux intérieurs de la convoitise et arrêté dans sa course insensée par les images de la cormption et de la mort éternelle 1 D'infernales nudités guérissant les ardeurs de la convoitise, les horreurs de la mort guérissant par le dégoût les derniers assAuts de la vie mor* telle, et Timmortalité triom|>hante dans Tagonie des derniers désirs de la nature. Combieu de pareilles batailles sont plus grandes que celles d*Homère 1

Voici maintenant une nouvelle Marie Madeleine, qui se laisse gagner aux séduc* tions du saint Evangile. «Deux anciens pères allèrent^ dit Sophronius» de la ville de Exa en Tharse, et entrèrent dans une estalHe pour se reposer (car c*estoit en la chaleur du iour) et par permission diuine trouuerent là dedans trois iewies iouuenceaux avec vue courtisane* Or les anciens pères se tirèrent à part, et s^assirent : l'vn d'iceux print et leut le liure de TEuangile. La femme si tost qu'elle apperçeut Tancien lire, quittant sa compagnie, s'en vint au vieillard, et s'assit auprès de Iny. Le père ancien la reiettaut et répudiant, luy dit : O malheureuse, tu es fort impudente, qui n'a eu honte ni vergogne d'approcher près de nous. le vous prie, père S., lui dit-elle, ne me répudiez pas ainsi : c^r iaçoit que ie sois pleine de tous péchez, toutesfois le Seigneur et Sauueur lesus Christ n'a reietté de soy la pécheresse s'approchant d'iceluy. L'ancien luy respondit : Voire, mais ceste femme n'a persisté en son peclié. A quoy répliqua, disant : lespere au Dieu vivant, que dés auiourd'huy ne Âlemeurera^ plus en mon péché. Délaissant donc les leunes hommes, et quittant tout son bien, suiuit les pères, et us la mirent dans vn monastère près de la ville de Ega. l'ay vue ceste ancienne mère femme de grande prudence, ayant aprins ces choses de sa propre bouche ; elle s'appelle Marie.»

La pénitence en ce temps là était contagieuse, et les pécheurs enviaient aux anciens compagnons de leurs désordres les oxpiations du repentir. Ecoutons encore Moschus : « Y auoit en Tharse de Cilice vn bateleur nommé Mabilas, lequel auoit deux concubines avec luy : Tvne desquelles s'api)elloil Comète, et l'autre Nicose; viuoit iuxurieusement adonné à ses plaisirs, faisant tout ce que le diable lui sugseroit. Vn iour adttiut qu'estant entré en l'église par le vouloir diuin, et ayant ouy lire l'Euangiie, ei ce que Ton lisoil alors estoit : Faitespem'Iencf , car le royaume des deux i'apnroche : estant comtrit et dolent, commença a plorer

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ni

et trembler de peur, se reputant miseraUo pour les péchez par lui commis. Sorti dooe qu'il fut de l'église, incontinent appellaàsoi ses deux concubines susdites, et leur dit : Vous scauez comme i*ay lubriquement Tescu auec vous, et que je n'ay pas plus aimé l'TDe que l'autre : parquoy ie vous laisse tous les biens que i*ai iamais acquis; prenez-les, et les départissez entre vous, car des mainteiiaDt ie renonce au monde et me rends moine et pénitent, voulant estre solitaire. Or elles luj respondireot d'vne mesme voix auec laN mes, disant : Nous auons participé avec to; en iniquité au grand détriment et dommage de nos âmes : et maintenant quand ta veux faire pénitence et œuure à Dieu agréable tu nous délaisse, et veux estre seul en ceste œuure. Certainement il n'en sera ainsi: ainscommuniqneronsauectoyaussiaobieD.i Etainsi les désordres de Babylas furent chaogés en une sainteunion ; le libertinage dispa* rut seul, lamitié resta, sanctifiée par le repentir : les trois nouveaux solitaires demeurèrent unis de cœur et d'esprit et allèrent pleurer et prier sénarément pour se retrouver un jour au cieL

Ce qui vivifie surtout le livre de Jean Moschus, c'est l'ardente charité envers Dieu «t envers les hommes dont il donne partout les préceptes et les exemples. La péaitenee qu'il enseigne n'est point cette austérité pharisaique par laquelle de faux chrétiens se croient dispensés d'aimer leurs frères. Dans l'esprit de Moschus comme dans TEvan^ie, la cnarité c'ast la fin, les pratiques religieuses sont le moyen , et il montre que le précepte divin de l'amour fraternel et du pardon des injures est au-dessus même do la religion du serment , parce qu'il n'y a nas de serment qui puisse tenir contre le plus saint des devoirs.

« Vn iour que i'estois, dit Sophronius,en la cité, vint à moy vn homme de bien et bdele , me disant : Parce qu'il y a quelque querelle suruenuë entre moy et mon frère, et mon frère ne se veut reconcilier auec moy, ie vous prie parlez à luy, et l'exhortez à réconciliation mutuelle. Ce que iefistresvolontiers : car ie m'accostay de son frère, et luy tins propos conuenables à la charité et concorde : et me sembla de prime-face , qu'il s'v acquiesçoit du tout , et qu'il estoit appaisé. Mais par après il me dit : le ne me puis reconcilier, parce que i'ay iuré et protesté auec serment de ne me reconcilier. Ce qu'ayant entendu , ie luy dis en souriant : vostre serment est-il de si grande vertu et poids, qu'il soit irreuocable, comme si vous auiez dit : Par vostre croix précieuse lesus Christ ie iure que ie n'obseruerajr vos commandemens : mais au contraire ie feray h volonté de vostre ennemy le diable ? Noi*s ne deuôns tant s'en faut ^rder ce que nous aurons promis et accordé iniquement, mais, qui plus est , nous en deurioos faire pénitence , et nous afDiger de ce que nous aurions indiscrettement et malicieusement déterminé et arresté contre le salut de nostre ame. Car si Uerode se fut repenti • et eut

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fait penitenee , et qu'il n*eat gardé le serment qu*il auoit iniustemeDl fait et proféré, eerte iamais il n'eut commis et perpétré ce meschant acte de decoier le précurseur de oostre Seigneur S. lean Baptiste. Ce qui est eoofinné par la sentence de monsieur S. Basile, laquelle il a extrait et puisé de i*Euanffîle» lors que nostre Seigneur voulut lauer les pieds à son apostre s. Pierre. Au commencement il le refusoit tout h plai auee perlinacitéy et après il changea de propos. »

On a répété souvent que les Fères du dé-* sert étaient de grands égoïstes d'abandonner le monde à la perdition et de chercher dans la solitude le salue pour eux seuls. Ceux qui ont parlé ainsi travaillaient eux-mêmes fort

S;a,9oyez-en sûrs, à la conversiondu monde, ais les austérités de ces anachorètes prétendus si égoïstes épouvante encore la mollesse de ceux qui ne supportent pas de pareils exemples. Que ne disent-ils aussi que Noire-Seigneur était un égoïste lorsqu'il souffrait seul sur la croix ? Loin d'aller s'éteindre dans la solitude , les vertus chrétiennes y prenaient une nouvelle force et une nouvelle chaleur : l'amitié même n'y était pas étrangère si nous en croyons l'histoire attendrissante que voici :

«Nous lisons de deux hermites, qui anoient iuréTun à l'autre deviure tousiours ensemble sans iamais se séparer. Auee le temps l'vn d'eux fut tenté de retourner au monde et prendre ses plaisirs : l'autre le suit afin de le ramener à Thermitage, pour le moins lors qu'il auroit satisfait à sa vo- Inpié. Or aduint qu'il le trouua et embrassa sortatitdu mauvais lieu, etlepriade retourner auee luy : mais comme il persistait en son péché , l'autre aussi demeura en la mesme cité, iournellement trauail'ant des mains

Kur donner le fruit de son labeur iournr«r è son compagnon ainsi desbauché : il ieosnoit et s'affligeoit soy-mesme pour le salut de son frère. »

Certes, on ne saurait raconter plus simplement et plus brièvement une plus admirable légende. Quel supplice de Hézence que celui de ce saint attache ainsi h ce pécheur et travaillant pour le nourrir, supportant peutêtre ses mauvais traitements et ses moqueries 1 On sent venir les larmes lorsqu'on songe h des hommes pour qui de pareilles vertus n'avaient rien d'étrange et qui vous racontent tout bonnement des traits d'un pareil héroïsme.

La charité de ces hommes d'un autre siècle n'avait pas toute la vaine prudence et tous les calculs intéressés de la nôtre. Ils se dévouaient d'abord, ils donnaient tout, ils se donnaient eux-mêmes et laissaient à Dieu le soin de faire le compte. Us ne croyaient («s qu'il fût possible de se perdre par suite d'un excès de ciiarité, et ils croyaient que les miracles du dévouement pouvaient s attendre aux miracles de la Providence et de la miséricorde. La légende qui suit est la mise en action de cette généreuse pensée :

< L'abbé Thomas et Théodore nous ont raconté qu'en Alexandrie du temps du pa-

triarche Paul, certaine fille estoit demenrée orpheline de père et de mère, qui luy auoient laissé de grands biens, et icelle n'estoit encore baptisée. Vn jour comme s'estoit allée promener en vn vergier, qui estoit dans la ville, qu'elle auoit eu par succession de ses prédécesseurs elle apperçeut un homme»

Îui apprestoit des cordes pour se pendre. Ile y courut incontinent, et luy dit : Que fais-tu, pauure malheureux? Laisse- moy : luy dit-il, car ie suis accablé de trop grande trîbulation et fascherie. Que i'en sçache l'oc^ easioo, dit-elle, peut-estre que je te pourray aider. Il luy respond, disant : le suis extrême* ment pressé de debtes,et mes créditeurs me tourmentent tous les iours grandement : De sorte que i'ayme mieux vne fois finer ma vie, que de mourir ainsi tous les iours. Lors elle luf dit : le te prie, mon ami, prens tout ce que i'ay de moyens : paye ce que lu dois, et ne te perds pas ainsi toy -mesme. Il le pfint donc, et paya toutes ses debtes. Mai» la pauure fille n'ayant personne qui eut soin d'elle , commença depuis à auoir nécessité* Laquelle estant ainsi destituée de parens et de conseil se détermina de tenir boutique ouuertè à tous venans : et de fait s'abandonna, pour auoir de quoy viure. Les gens de bien par compassion disaient: Qui la cognoit sinon Dieu? sçauoir est comme il permet qu'elle soit ainsi délaissée pour vn temps, et pour des raisons, que luy seul cognoit. Pt*u de iours après ceste fille deuint malade : la-

auelle reuenantk soy,eut grande repentance e ses &utes, et pria i'euesque de la faire chrestienne. Hais personne ne tenoit conte d'elle, disant : Qui voudroit tenir sur fonds vne pécheresse, comme elle est? Ce quil'afQigeoit infiniment. Or comme elle estoit en ceste angoisse, vn ange la vint assister en forme de cest homme, auquel elle auoit fait miséricorde, le secourant en son besoin : auquel elle dit : le désire fort de receuoir le baptesme, mais personne ne veut parler ni respondre pour moy : Ëst-il vray, dit-il, que vous ayezenuie décela? Ouy certainement, monsieur , dit-elle, et vous supplie de me faire tant de bien, que me le vouloir impetrer. Il luy dit : Ne vous fâchez point , l'en ameneray quelques vus, qui vous receuront. n en amena deux autres : et iceux estoient aussi deux saints anges, qui la menèrent en l'église. Et derechef s'estans transformez en personnes illustres , honorables et cognus pour gentilshommes de la famille de l'empereur, ils appelleront le clergé, à sçauoir ie prestre et le diacre, qui estoient ordonnez pour telle affaire. Les gens d'église leur demandèrent : Vous , messieurs , respondezvous pour elle ? Ouy, dirent-ils, nous promettons en son nom. Alors ils la prindrent et la baptisèrent. Puis estant reuestuè de blanc, ils la ramenèrent en sa maison : où l'ayant laissée ils disparurent. Hais les voisins la voyant ainsi vestuë de blanc, après oue ces anges furent retirez, ils luy démantelèrent, qui Tauoit baptisée? Elle leur en fit le discours entier : et leur récita , comme quelques vns estant venus , la menèrent ^n

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Teglise: lesquels parurent aux prestres,qui la baptisèrent. Ils luy demandèrent, qu» estoient ceux-4li? Mais ne pouuans respondrc qui ils estoient, allèrent aduertir Teuesque : lequel demanda h ceux qui auoient la charge de baptiser, s'ils Tanoient baptisée? et confessèrent qu ils Tauoient baptisée par la prière de deux gentils hommes de la maison de Tempereur. En tin Teuesque les ayant fait appe11er,leurdemanda s'ils estoient constituez pleiges pour ceste fille? A quoy respondirent* qu'ils ne la cognoissoient |>as, et niesme que telle chose n'auoit esté faite de leur consentement. A donc Teuesque cognut

aue c'estoit vne œuvre de Dieu. L'ayant onc appellee, il luy demanda, disant : Venez-çà, ma fille : n'auez-vous point fait autrefois quelque bien, pour lequel nostre Sei- Î;neur vous ait voulu faire ceste grÂce? Heas ! monsieur, di<-elle, comment pourrav-ie auoir fait rien de bon, moy gui a;y esté de mauuais gouvernement, et qui sais fortpauure: Teuesque luy dit: Mais encore dites moy, n'auez-vous totalement rien fait pour rhonneur de Dieu? Elle luy fit response, disant. Quelque iour voyant vn homme, qui se vouloit pendre pour estre fort tourmenté de ses créditeurs, luy avant baillé tout ce

3uei*auoisdebien, ie leueliuray.Cequ'aiant it, tout À Tinstant elle rendit VAme a Dieu. Alors Teuesque, loiiant et bénissant nostre S«*igneur, dit : Tu ajuste mon Dteu, et tes juqemens sont droits et équitables. »

Nous ne connaissons pas de poésie gui puisse faire sur le cœur autant d'impression que cette histoire, si ressemblante pour le fond et pour la forme aux paraboles de l'Evangile. Sans doute ils pou vaientdisposer en quel* que sorte de la miséricorde de Dieu ces hommes dont la foi était assez ardente pour forcer en quelque sorte les miracles. Lisons en effet ce qu'on raconte de saint Ephrem.

« Samt Ephrem, patriarche d'Antiocbe, estoit homme fort zélateur et feruent en la foy. Icelui ayant entendu, que Stylites, qui residoit es quartiers de Hierapolis, estoit eouelopé en l'hérésie de Seuere, et s'en alla vers luy, pour lui dissuader son erreur et le retirer de ceste impiété et mal-heur. Donc \k arriué qu'il fut, commença le saint personnage è le reprendre et admonnester le prier qu'il s'incorpora5t au S. sieçe Apostolique, et se ioignit à l'vnion de sainte Eglise Catholique, Apost. et Rom. Hais ce Stilites lui fit réponse, disant : Quand è moy, dit-il, ie ne communique entièrement à aucune synode. Or saint Ephrem luy dit : Gomment v<^ux-tu que ie te guérisse et rende peine de t'impetrer la grâce de nostre Seigneur lesus Christ : car l:i sainte Eglise est sans macule quelconque de meschanceté d'heresie. Lors Stvlites dit au patriarche : Monsieur, dit-il, allumons le feu, et entrons vous et moy dedans : el cestui de nous deux, qui ne sera endommagé de la flamme du feu, sera orthodoxe, et sera cestui-là que nous deuons suiure. Mais il mettoit cq propos en auant, afin d'espouunnter le patriarche. Neantmoins le saint personnage lui respondit : Il t'estoit

bien besoin, mon fils, que tu obeyses h moj comme à ton père, sans t'enquerir d'autre chose, toutesfois, pour ce que ta bis vne requeste qui surpasse la force et capacité de ma petitesse, me confiant en la bonté al miséricorde de nostre Seigneur, ie te i'accor* deray aussi pour l'amour de ton salut. Lors le patriarche dit à toute l'assemblée présente : Le Seigneur soit beny, apportez ici du bois. Quand Ion en eut apporté, le patriarche l'alluma auprès d'vn pUier, en disant à Stylites : Descens maintenant dedans le feu, afin que selon ton ordonnance nous y entrions l'vn et l'autre. Stylites estonné de voir la constance d'Ephrem n'y voulut pas entrer. Alors Ephrem luy dit : N'as tu pas désiré qu'ainsi fut fait ? et comment maintenant n'y veux-tu pas entrer 7 Le patriarche deuestit sa robbe, et abordant près du feu pria en ceste manière : Mon Dieu, mon Seigneur lesus Christ, à qui il a pieu prendre chair humaine de nostre Dame mère de Dieu tousiours vierge, et prendre naissance d'icelle pour l'amour de nous, qu'il vous

f)laise nous montrer la venté. Et après auoir ait son oraison, il ietta sa robbe au milieu du feu. Et combien que le feu durast près-

?[ue l'espace de trois heures, et que le bois ùst tout bruslé et consumé, neantmoins ils retirèrent du feu la robbe entière et sans estre en rien endommagée* en sorte que l'on n'y pouuoit apperceuoir nulle marque de bruslure. Adonc Stylites ayant veu ce qui s'estoit passé, certioré de la vérité an^lnematiza et abiura Seuere auec son hérésie, embrassant la S. l^lise Catholique, receut la communion des mains de S. Ephrem, puis loua et remercia Dieu. »

C'est ainsi que s'accomplissaient alors tous les jours aans l'Eglise ces paroles de Notre-Seigneur : Ceux oui croiront en moi feront les œuvres que je fais et de plus /< o»nantes encore. Le désert en ce temps-là était plein de prodiges : les corbeaux d*Elie et les lions de saint Paul ermite semblaient avoir instruit au culte des saints les bétes farouches du désert. Des moines suspendaient leurs manteaux aux rayons du soleil , ou passaient la mer sur leurs manteaux. Tout était possible. On croyait, on espérait, on aimait ; et la charité, réunissant tous les chrétiens dans une même espérance, donnait un fondement inébranlable à leur foi. Car ils n'étaient pas seulement chrétiens, ils étaient surtout catholiques et avaient en horreur le soupçon même de l'hérésie. Moschus raconte qu*un moine se pendit de désespoir pour être entré seulement contre lavis de son supérieur dans la chambre d'un hérétique, et voici un autre récit qui montre jusqu'à quel point l'horreur de l'hérésie était alors profonde dans les Ames de t'>us les vrais chrétiens :

« Certain personnage ancien nommé Cvriac, de grand mérite enuers Dieu, residoit en l'aure de Calamon près du fleuue lordain. Vn iour entr'autres, quelque pèlerin moine, appelé Theophane, de la religion de Dora, vmt vers lui f pour lui proposer quelque

MOSCIItS

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dlfliculté qu*il auait touchant les pensées de rurnication. Le bon vieillard soudain se meit a l*eihorl(T et donner bon courage auec propos de chasteté et pudicité. Au moyen desquels le pèlerin fut si bien édifié, qu*il Tint à luy dire : Vrayement, mon père si ie D*auoye communication et accointance auec les nestorlens de mon pays, ie serois content de demeurer auprès de yous. Quand Cyriac eut ouy ce mot de nestorien, il fut grandement contristé de la perdition de ce religieux : cause pourquoi l'admonesta d'abandonner cette pernicieuse hérésie, et soy mettre au giron de la sainte Eglise Catholique , Apostoliçiue et Romaine, lui disant qu'il n'y auoit point d'espoir de venir au port de salut, si nous ne croyons (comme il est vray) la vierge Marie estre la mère de Dieu. Or ce religieui respondit au vieillard : Certes toutes sectes et hérésies disent comme vous: N'est qu'ayez communication auec nous, vous ne pouuez estre sauuez. O malheureux

Jueiesuis, ie ne scayceque ie dois faire, priez onc pour moi, qu'il plaise k Dieu m'acertener de fait quelle est la vraye foy. Le saint homme recueilJa arec ioye ces paroles do religieux, et lui dit : Seez vous ici auec moy, et mettez toute vostre fiance en Dieu, il le vous reuelera et fera cognoistre. Et ayant laissé le religieux en sa cauerne, le vieillard se transporta près de la mer Morte, priant Dieu pour cedit frère. Mais enuiron les neuf heures du lendemain, ce religieux veit vn homme debout, horrible de regard, luy disant : Viens, et vois la vérité , et l'appréhendant, le mena en vn lieu ténébreux, puant et iettant feux et flammes : et en ce feu y appercent Nestor, Eutyc[ues , Appolinaire, Dios* corus, Seuere, Arrius, Origene, et aucuns autres. Or celui qui apparut, luy dit : Voila la place préparée aux hérétiques , et aux blasphémateurs, comme aussi k tous ceux qui ensuivent leur doctrine : si donc ceste place te plaist, demeure en ta doctrine : mais si tu ne veux pas expérimenter ce supplice, approche toi de la saincte Eglise Catholique, Apostolique, que t'enseigne ce vieillard. Car ie t'asseure que si l'homme vient k exécuter toutes sortes de vertus et ne croit pas droitement, sera tourmenté en ce lieu. Par lesquelles paroles, ledit moine reuint k soiniesme, et recita tout ce qu'il auoit veu au vieillard, estant retourné en sa cauerne : et par ainsi rentra en l'union de l'Eglise Catholique. 9

Nous ne voulons pas termhier l'article de Jean Moschus sans extraire encore du Pré spirituel une bien touchante histoire que nous traduisons nous-mftme parce gu ici notre traduction gothique nous fait défaut. « Un solitaire ayant été mordu par un serpent s^en alla dans la ville prochaine pour faire panser sa blessure. Il y fut recueilli dans la maison d'une femme pieuse et craignant Dieu, qui se mit k le soigner ellemême jusqu'k ce qu'il entrAt en convalescence. Alors Tesprit du mal inspira de mauvaises pensées k ce solitaire, et un jour il cherchait k prendre la main de sa bienfai-

trice. Celle-ci alors lui dit avec douceur ; Mon père, il ne faut pas agir ainsi. Ayez la crainte de Dieu; souvenez-vous de votre piété, de vos pénitences austères, de tant de larmes que vous avez versées devant Dieu. Songez aux regrets amers et aux pleurs qui suivraient votre faute. En entendant cette vertueuse personne parler ainsi et lui dire encore d'autres paroles aussi bonnes, le solitaire sentit sa mauvaise pensée s'évanouir; il eut honte alors de lui-même et n'osait plus regarder celle dont il avait si mal reconnu la charité ; il voulait même s'enfuir sur-le-champ de sa demeure, mais elle le retint en lui disant : Non, restez, mon père, vous avez encore besoin de mes soins. Cette mauvaise pensée n'est pas venue de votre âme pure ; elle appartient au démon qui est l'auteur de toute malice. Et ainsi elle le guérit doublement ; puis le laissa aller en paix sans être fâchée contre lui, après s'être privée de sa propre nourriture pour la lui donner. »

Jean Moschus mourut l'an 619. Son ouvrage a été traduit en latin par Ambroise, Sénéral des camaldules, et imprimé en grec ans la Bibliothèque des Pères de 1621^. M. Cotelier a donne, dans son second volume des MonumefUê ecclésiastiques^ le grec de quelques chapitres qui manquaient. La traduction française d'Arnaud (TAndilly est assez estimée, mais ne rend pas assez fidèlement, du moins à notre avis, la simplicité et la naïveté du texte original.

MYSTÈRES. — Les mystères de la reli-

f;ion, tout en humiliant notre raison orgueileuse, élèvent et agrandissent notre âme. Le génie de Bossuet n'a jamais été plus sublime que quand il s'élançait dans tes profondeurs de la révélation comme un aigle qui se plonge dans les splendeurs du soleil, et faisait entendre au monde ces Amen^ plusieurs fois répétés, qui étaient tout à la fois le cri de son admiration et l'hommage d'une foi soumise. Les Elévations à Dieu sur les mystères sont un admirable livre où l'élo* quence de l'Ame et l'expression de l'enthousiasme s'élèvent quelquefois Jusqu'au lyrisme. {Voy. BosscET.|

Les mvstères de grice qui abondent dans la vie de Notre-Seigneur et de sa sainte mère sont aussi des mvstères d'éloquence et de poésie. De tous les temps l'Eglise a entouré la mère de Dieu de toutes les beautés du Cantique des cantiques, et les expressions de son amour pour cette reine des anges sont rassemblées dans de glorieuses litanies comme un chapelet de louanges. C'est la rose mvstique» c'est le vase d'or où Dieu conserve fe baume de la dévotion, v'est la consolatrice des aiDigés, c'est le trône vivant de la sagesse. Son titre de theolocos (f ) ou mère de Dieu , était familier aux chrétiens des temps primitifs, et est emplové, parmi d'autres écrivains, par Origène, Eusèbe, saint Alexandre, saint Athanase, saint

(i) Dévetojmement de la doctrine chrétienne^ da docteur Jobo Newman ; traduction de L. Boyeldicu d*Auvfgiiy, pag. 514.

MYSTERES

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Ambroîse, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse el saint Nil. Elle arait été appelée ioujowrs vierge par saint Epiphane* Didyme et d'autres ; |>ar d'autres la mère de touM les vivants, comueétantrantityped'Eve ; car, comme Tobsenre saint Epif^ne, la rie elle-même fut» non en Ggure , mais en vérité apportée dans le monde par Marie ; Marie pouvait produire des choses vivantes et pouvait devenir la mère des vivants. Saint Augustin dit que tous ont péché , excepté la sainte Vierge Marie, de laquelle, pour riiotineur de Dieu , ajoute-t-41 , je souhaite qu'il ne soit lait aucune mention quand nous parlons de péché. « Elle était seule et travailla au salut du monde, » dit saint Ambroise , faisant allusion h la conception du Rédempteur. Elle est figurée par la colonne de nuée qui guidait les Israélites, selon le même père ; et elle, avait une si grande grâce, que non-seulement elle avait la virginité elle-même, mais qu'elle la donna à ceux vers lesquels elle vint ; « La verge de la tige de Jessé dit saint Jérôme, est la porte l»ar laquelle le grand prêtre seul entre et sort; la femme sage , dit saint Nil, qui a revêtu tous les croyants de la toison de Tagneau qui est né d elle , qui les a couverts de vêtements incorruptibles et les a délivrés de leur invisible nudité ; la mère de la vie, de la beauté, de la majesté ; Tétoile du matin, selon Antiochus ; le nouveau ciel mystique, le ciel portant la divinité, la vigne féconde par laquelle nous passons conduits -de la fliort à la vie, selon saint Ephrem ; la manne délicate , brillante , douce et pure, qui, comme venant du ciel, a répandu sur tout le peuple de TEg^ise une nourriture plus agréable que le miel , selon saint Maxime.

Saint Proclus l'appelle la coquille sans tache qui renferme la perle de prix, le sanctuaire sacré de l'innocence, l'autel doré de l'holocauste , la sainte huile de l'onction , le précieux vase d'albâtre qui renferme le nard , l'arche dorée en dedans et en dehors, la génisse dont les cendres c'est-à-dire le -corps immolé du Sauveur venu d'elle, pitrifient ceux qui sont souiQés de la corniption du péché. La belle fiancée des cantiques, le soutien i^Tnpvvfim) des croyants , le diadème de l'Eglise , 1 expression de l'orthodoxie. Ailleurs il l'appelle le seul pont qui con- -fiuise l'homme à Dieu ; et ailleurs il s'éme : c Parcoures par la pensée toute ia création, et voyez s'il y a un être égal ou supérieur à îà sainte Vierge, mère de Dieu. »

Théodote aussi , un des Pères de l'Eglise, ou celui dont les homélies sont attribuées h saint Amphilo^e parle ainsi : « Comme débiteurs et serviteurs de Dieu bien intenUoanée, honorons par des paroles , autant que nous le pouvons, Dieu le Verbe et sa mère. Snlttt , mère resplendissante de Jumière , de la lumière qui nea'éteint pas 1 saiut, source jmro du fleuve qui donne la vie I ji Parlant ensuite de l'incarnation, il continue : «La divine Vierge-Mère nous entraîne tovgours dans ses saints rayonnemi'Uts ; car avec elle

est la ftiQlaine de vie et les mamelles da laii spirituel In plus pui. Or, pour en sucér promptement la douceur, nous avons coani rapidement vers elle , non comme par oubli de ce qui était aufiaravant, mais comme par aspiration à ce qui devait venir.

Saint Fulgence dit dans le même temps : c Marie devint la croisée du ciel, car par elle Dieu a répandu sur le inoode la vraie lumière; l'échelle du ciel, car par elle, Diea descendit sur la terre. Venea, vierge , vers une vierge ; Ycnez vous qui concevez , vers celle qui a conçu ; vous qui souffrez, vers celle qui souffrit; mères, vers ope mère; vous qui donnez le sein , vers cella qui allaita ; jeunes femmes , à la jeune famme. i Et, en dernier lieu : « Combien, disait saint Pierre Chrysologue, est pleine de |râces celle qui comme une pluie féconde, puut se répandre dans toute la création I Celui-II ne connaît pas la candeur de Dieu, dit le in|me saint, qui ne s étonne pas devant TAme tie Marie et n'admire pas son courage. Le ciel craint , les anges tremblent , la création ost en défaillance, la nature cè«ie , et voilà que seule une jeune fille reçoit, captive et diariof Dieu à ce point en le recevant dans son sein, qu'elle peut lui demander pour prix de son nospitalité la (»aix de la terre , la gloire du oiei, le salut de ceux qui étaient perdus, la vie des morts, l'adoption du ciel pour les enfants de la terre, et l'alliance de la divinité avec la chair; tel est le loyer de celte maison sainte 1

L'auteur de ce Dictionnaire a rabUé en ISUun livre intitulé La Mère demeUf auquel il ne prétendait donner d*autre portée due celle d une étude littéraire. C'était une uction poétique sur le jugement dernier, suivie d'une sorte d'utopie c[ui n'a pas obtenu l'assentiment de l'autorité ecclésiastique.

point et ne sera poiiH même racheté en grande partie le reste de la première édition, et ne veut conserver de son travail que quelques études préliminaires qui ont été trouvées convenwles et orthodoxes par Mgr l'évoque d'Evreux, qui a bien voulu examiner et juger lutHUéme l'ouvrage entier. Nous reproduisoua donc ici ces études, qui appartiendront désormais eiclusivement à ce Dictionnaire 9 dont elles formeront un article. Nous espérons que la sainte Eglise catholique voudra bien aeeep* ter la suppression du reste de notre livre, comme un éclatant désaveu et une rétractation expresse de tout ce qu'il pouvait 00atenir de contraire ou de moins conforme ) ses divins enseignements.

Etudes sur les mystères de la très'-sainU Yiergi et ae son divin Fils.

rumèas Énjoa.

Ew ca HSVIS.

De même qu'Adam, en qui tous ont péché, est pris symboliquement et tfaéologi* quemcnt pour niumanité tout entière, avant

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la rédemption , le Christ peut et doit ôtre pris pour toute rhomanité , qu*il régénère, on sorte que l'on peut dire très-légitimement que Jésus-Chnst, c'est Tbomme selon Dieu, et c'est aussi en ce sens que nous sommes tous les membres de Jésus-Christ. I^ grande œuvre du christianisme est de ftire mourir le vieil homme pour accroître la vie de Thomme nouveau , c est-à-dire détruire, soit dans les individus, soit dans les peuples , les habitudes de la vie animale* personnifiée dans Adam, pour augmenter la ?ie de l'homme spirituel , dont Jésus-Christ est le type. Ceci est connu de tous les catholiques quelque peu instruits de leur re* ligion.

Or , l'homme pris collectivement est un être complexe , il comprend l'homme et la femme. La femme d'Adam, c'est Eve qui sort du côté de son mari pour le séduire et lui donner la mort. Jésus-Christ n'a point d'épouse selon la nature, mais il a une mère, et Marie est opposée à Eve par toute la tradition: ainsi la femme animale sort de iliomme anden et rampe sous lui en lui tendant des pièges suivant les leçons du serpent qu'elle a pris pour mattre ; 1 homme spirituel, au contraire, est le fils de la femme , et honore dans sa mère celle qiri écrase la lôte du serpent. Sous l'empire de la chair, la femme est nécessairement la servante de l'hommie, parce que la loi des sens , c'est la force brutale , contre laquelle on ne proteste gue nar les mensonges de la ruse : sous la loi de l'esprit , la femme est la servanteduSeignearetlamèredel'homme....

Que dis-je 1 l'fiKiise n'a-t-elle pas déclaré, aux grands applaudissements des peuples, que Marie est mère de Dieu I

Or, de même que tout ce qui se dit de Jésus-'Jhrist peut se dire de son corps mystioue, oui est l'Eglise, et de sa vie nouvelle oans rhamenité, ee qui se dit de Marie peut s'appliquer à la femme régénérée. Car Marie étant dans Jésus comme Jésus est dans Marie, et ces deux types réunis formant ensemble le type de l'homme parfait, l'humanité ne peut communier à l'un sans s'unir à la vie île Tautre ; et l'homme ne peut pas se sauver sans la femme, parce qu'il a aimé ses séductions jusqu'à se perdre pour elle.

Il j a plus : dans les symboles sacrés c'est avec la femme seule que se traite l'affaire do salut, et l'homme Im obéit comme l'enfant à sa Bkère. C'est à Eve que le démon s'adresse pour insinuer k l'humanité primitive Tétrange idée , l'idée titanique et colossale dans sa loUe, de lutter contre Dieu en lui désobéissant ; c'est à Marie que l'ange Gabriel propose la nouvelle alliance, et il semble que Dieu et son Verbe attendent pour accomplir leur œuvre que la jeune vier^ ait bien voulu y consentir. C'est que Marie, par un privilège spécial, est con^e sans péché; une brusque transition s est faite dans la postérité d^ve. La femme immaculée succède , sans aucun effort de sa part, mais par la bienveillance gratuite et la prédestination éternelle de Dieu, à la femme

mère du péché ; et celle-là non-seidemeni n'est pas la servante de l'homme pécheur, mais c*esl volontairement qu'elle doit se dire la servante du Seigneur, lorsque Dieu, par un ambassadeur glorieux et solennd, lui enverra signifier au'il a besoin de son concours pour sauver le monde I

C'est eue, si l'homme est le chef de Thumanité, la femme en est le cœur, et que la tète suit toujours les entraînements du cœur. Dieu ne l'a pas tirée du front d'Adam, comme la Minerve antique sortit du front de Jupiter ; il l'a tirée de son côté en lui dtant une de ses côtes, sans doute pour laisser plus de place à la dilatation de son cœur ; et il n'ignore pas qu'en lui donnant une compagne il lui a donné un guide dont il suivra toigours Jes doux entraînements ; car luimême il dit par son prophète : Je t'ai attiré k moi par les chaînes d'Adam, par les liens de l'amour I In vincuiis Adam^ in funieuliê chariiatiê !

Considérons en outre que, dans la création telle que les livres saints nous la racontent, Dieu procède toujours du moins pariait au

1>lus parfait, épurant totjgours la matière et a rapprochant de lui par une organisation plus parfaite. L'homme est son chdnl'œuvre et son dernier ouvrage; mais, pour finir l'homme et lui donner son complément et son bonheur, il en finit sortir la femme, et croit pouvoir se reposer a|Nrès avoir ainsi

Kurvu au bonheur de celui qu'il n'était pas n de laisser seul : Non est frontim homiMm €$êe sa/uiti.

•Cependant cette puissance d'amour et de bonheur donnée à l'nomme devient une puissance de péché qui le précipite dans la mort. Le feu impur de ia convoitise s'allume par la femme, et l'homme est entraîné : son innocence, son paradis, son Dieu, son immortalité, tout est oublié, tant est puissante la séduction de cette redoutable compagne I Mais elle va être punie par le péché même dont elle est cause. La concupiscence, en régnant dans l'homme, y éteint le flambeau de la raison; il re^garde comme une proie offerte à ses mauvais désirs celle qui les a fait naître. La liberté de la femme, qui avait cédé à l'attrait du mal,isuçcombe maintenant à la force qu'elle-même a rendue sans frein; et elle enfantera désormais avec douleur, soumise h l'empire de celui -qui rampe en mangeant la terre jusqu'au jour où, tnompluint par la douleur des tristes attraits du plaisir, après s'être librement et volontairement dévouée à Dieu , qui l'a fait renaître innocente, elle doit écraser la tète du serpent au pied de la croix où son fils, en mouraut, détruira cette mort que la première femme avait introduite dans le monde.

C'est alors que la voix m<mraote d'un Dieu réhabilita solennellement la femme, en disant d'elle à son disciple le plus aimé : Voilk ta mère.

Maintenant, depuis Eve jusqu'à Marie, suivons d'un coup d'œil la femme à travers l'histoire du monde religieux, en acceptant, selon les règles du symbolisme catholique.

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MYSTERES

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les faits réels pour des figures prophétiques qui sortent les unes des autres jusqu*à leur entier accomplissement.

Eve criminelle est chassée arec son trop faible époux du paradis de délices ; elle enfante dans la douleur Gain et la mort. Le f premier fruit de son péché est l'homme vioeot et brûlai, c[ui abusera de sa force contre elle-même; puis, comme pour expier le premier enfantement» elle met au monde le doux Abel, qui est tué par son frère et qui devient la cause de Texil de Caïn. Ainsi dans Eve, mère d'Abcl, se fait déjà pressentir Marie, et Tenfant d'amour expiant le péché de sa mère la [Hirifie par la plus cruelle des douleurs humaines, celle de la mère pleurant son fils, et cause par sa mort la ruine et le bannissement de l'enfant d'orgueil. Eve repentante devient ensuite la mère de Seth» qui fut le type de l'homme juste, et dont le descendant Hénoch mérita d'être enlevé vivant au ciel, figure de la seconde maternité de Bfarie dansïa justificatiou et la glorification des fidèles. Mais l'œuvre de la réparation, fiçurée dans la pénitence et la seconde maternité d'Eve, finit avec elle et laissa régner dans le monde le péché qu'elle y avait apporté par sa faute. Les filles d'Eve, séduisantes comme leur mère et comme elle oublieuses ou jalouses de Dieu, séduisent les enfants de âeth. Les fils de Dieu se perdent, entraînés par les filles des hommes. Les lois de la création sont enfreintes par une convoitise que rien n'arrête plus, et des naissances monstrueuses épouvantent la jeunesse du monde.

La chair révoltée s*étend et s'agrandit outre mesure. Les géants paraissent sur la terre. La violence devient la loi du monde. Les faibles deviennent la pâture des forts. La femme perd ses prérogatives de mère et n'est plus qu'une proie ; elle se venge de sa servitude en semant la division entre ses maîtres, et le meurtre contracte avec ta débauche une alliance horrible que bénit la mort. Dieu se détourne avec dégoût et se relient d'avoir fait l'homme; le déluge universel en finit avec la dissolution de cette race maudite, et lave les souillures du monde.

Cependant le péché originer avait tellement infecté toute la génération des hommes que Noé le iuste n'en est pas exempt et en multipliera le venin sur la terre avec une race nouvelle. On voit encore dans son histoire l'opprobre attaché à l'origine de la vie humaine. Deux fils pieux couvrent Noé en détournant la vue de sa honte, et le mauvais enfant qui rit en regardant avec effronterie •l'ivresse et le sommeil de sou père est maudit dans sa propre génération et devient le père des esprits inftmes qui, en étalant les souillures de leur naissance, rient stupide^ mente la face de Dieu centriste, et sembléht vouloir en eux-mêmes imprimer à son image un stigmate éternel de honte.

C'est du souvenir du péché et de Tespé- ' rance du pardon promis à la femme, espérance qu'elle gardait mystérieusement au Ibud de son cœur comme Pandore dons sa

botte symbolique ; c'est du sentiment de ca double mystère que ae forma dans la femme et dans quelques hommes justes cette discrétion céleste touchant les mystères du berceau, discrétion qui respecte surtout l'heureuse ignorance des enfants et que neui appelons pudeur ; instinct de la honte des Glles d'Eve, vague pressentiment de la ^oire dt$ filles de Marie sous la loi chrétienne. Ca sentiment est devenu la blanche vertu do modestie ; et le monde même, en l'appelant honneur, a é^é f\)rcé de respecter en lui te culte de la Vierge-Mère.

Cependant les enfants de Cham perpétuant dans le monde nouveau la postérité de Cain. Les fils de celui qui avait ri de son père devaient méconnaître leur mère : la femme est de nouveau punie de sa chute par des outrages. Les hommes en qui vivait encore le souvenir du déluge se sentent aussi criminels que leurs pères, et ils veulent bêtir une tour pousse détendre contre Dieu. L'Etemel sourit de pitié en se baissant pour voir leur amas de poussière ; il confond leur langage en les appelant à l'égoïsme qui divise jus-

Îu'aux formes de la parole : ainsi le colosse e l'orgueil humain, dont Babel eût été l'image, s^e brise en retombant sur lui-même de tout son poids; et les fables grecuues elles-mêmes, sous la figure des Titans ibudroyési conservent le souvenir de sa chule. La corruption humaine dispersée sur toute la surface de la terre semble être comme un engrais qui prépare une race nouvelle. Dieu songe aux promesses qu'il a faites à la femme ; il plante cet arbre où doit, après

flusieurs générations, germer la fleur de essé. Il veut donner des ancêtres dans une famille de justes à celle qu'il a d'avance choisie pour sa mère : Abraham vient au monde.

Dieu le laisse grandir dans une patrie idolâtre; puis il l'appelle par son nom pour le tirer de cet exil, et lui donner la terre où il doit passer comme un étranger. Le père des croyants devient la figure de tous ceux à qui

filus tard le monde sera donné comme un ieu de passage, et qui seront les citojfens de la promesse divine, n*a)[ant de demeure et de repos que dans l'avenir.

Abraham le juste est accompagné d'une épouse qu'il honore du nom de sa sœur, et il est forcé de cacher cette chaste imion pour échapper à la violence des rois idolâtres ; car 1 homme, tombé comme avant le déluge dans la corruption de la chair» avait pris la matière pour son Dieu et la force brutale pour sa loi : c'est, aux yeux de ces hommes de rapine et de sang, un crime <iigoe de mort qu'une légitime alliance avec la femme. Abraham voyageurconfie à la garde de Bleu son épouse et sa sœur, et deux rois qui osent porter la main sur elle 3ont épouvantés pa* les menaces de leurs songes et peut être aussi par la majesté d'une femme libre et juste ; ils la rendent à son époux, qui s*9thige de n*avoir pas d*elle au moins un fils: car Dieu, dit l'Ecriture, avait fermé son sei». La femme régénérée et affranchie» dont Sai^

in

MYSTERES

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était la figure, ne devait pas encore enfanter sur la (erre, où il n*y avait pas encore de place pour ses fils ; il faut donc le sein d'une esclate pour peupler cette terre d'esclaves. Sara elle-même, comprenant les œuvres de Dieu, détermine Abraham à rapproche d'À-

gr, et le sauvage Ismaël nait pour peupler } déserts. Mais bientôt voici que trois anges qui se tiennent par la main, images d'un Dieu en trois personnes, viennent marquer la fin de la stérilité de Sara; Dieu rend au peuple de son adoption une mère légitime et libre : Marie est annoncée et figurée vierge dans Sara qui est stérile, et sera féconde comme elle par un miracle. Tous les Pères ont reconnu dans Isaac la figure du Sauveur. A peine est-il né que le fils de l'esclave le prend en haine; mais l'enfant persécuteur est déshérité et chassé avec sa mère : la sainte liberté chasse la servitude, la génération pure proscrit la génération animale, l'Eglise abolit la Synagogue, et les eaux du saJut s'épuisent pour la servante exilée et pour son indocile enfant. Cenendant Dieu, qui veille à la conservation ae tous et qui regarde dans l'avenir, fait jaillir une source dans le désert et sauve la vie d'Ismaël.

Cependant Isaac est consacré à Dieu par le sacrifice que son père allait consommer; un bélier, fiKure du céleste Agneau, est immolé à la place de l'enfant , et l'humanité est sauvée avec Isaac. Les ombres de Moria préludent à la grandQ nuit du Calvaire, où le soleil du inonde s'éteindra et où resplendira seul le sang du juste pour illuminer tous les cœurs lorsque le Verbe, triomphant de la mort et de la chair, poussera ce grand cri qui fendra la terre, fera voir le ciel aux abîmes, et brisera la pierre des tombeaux.

Isaac ne doit point trouver d'épouse ,dans l'exil, Dieu lui en réserve une dans sa patrie. Tout le mystère de la sainte virgimté du Christ et de ses prêtres est figuré et expliqué par ce symbole. Rébecca, la femme digne du juste, nouvelle figure de Marie, est reconnue par sa douce et laborieuse charité, qui non-seulement accueille et rafraîchit le voyageur^ mais qui a môme pitié des animaux et leur donne aussi à boire. Elle abandonne sans regret sa famille pour s'en aller où Dieu l'appelle, et baisse son voile avec une sainte modestie lorsqu'elle aperçoit son époux; aussi le Christ, vivant prophétiquement en Isaac, se réjouit-il dans son cœur à la vue de celle qui représente son Eglise bien-aimée» et il sent en lui-même que le nouveau peuple de Dieu, fiancé à la erâce, oubliera un jour l'ancienne loi qui fut sa mère, et dont la mort ne sera plus pour lui un sujet de douleur.

Ainsi l'histoire de l'humanité se répète, et renouvelle ses figures dans la vie de chaque patriarche. Avec Isaac et Rébecca comnience une nouvelle série d'images. Gain et Abel renaissent en Jacob et Esaii ; mais, cette fois, l'homme charnel sera supplanté par l*homme spirituel devenu fort par la préférence de sa mère.

Esaii cède à Jacob son droit d'aînesse pour

DlGTlONN. DE LiTTÉRATURB GHRÉT

une vile nourriture, et n'en espère pais moins les bénédictions d'isaac ; mais la femme, inspirée, trompe les mains du vieillard, et les fait reposer isur la tête préférée de son Jacob. En vain Esaù, de retour, pousse*t-il des cris de fureur : le patriarche mourant recon* naît l'œuvre de Dieu dans ce qu'a accompli le cœur d'une mère , et soumet Esaû k la primogéniture adoptive de Jacob.

Isaac meurt, et Jacob fuit devant la jalousie de celui qu'il a supplanté; mais l'exil et l'épreuve doivent lui laire acquérir des ver^ tus et des richesses immenses. Les visions de Dieu descendent vers lui lorsque^ dans sa fatigue, il dort sur la pierre du désert : une échelle mystérieuse rattache au sein de Dieu la terre où il repose, et les anges montent et de3cendent le long de cette chaîne d'amour. Plein d'une force nouvelle, il continue son voyage... Et où va-t-il ? il va chercher une épouse, afin de se faire une famille selon les desseins de Dieu ; et ce n'est pas une servante qu'il doit posséder , car luimême sera esclave pendant sept années pour obtenir la main de Rachel. Après cette grande semaine d'épreuve, gui doit, comme celle de la création, se terminer par le mariase d'un couple béni du ciel, Jacob est trompé par le père de sa fiancée comme Adam par le séducteur de son épouse ; le serpent substitue la pécheresse à la femme innocente, ei Laban donne à Jacob Lia à la place de Rachel.

Jacob se plaitit ; mais l'iiyustice est consommée, il faut encore un septénaire de travail et de douleur pour obtenir celle qu'il aime. L'amour véritable triomphe de tout, et Rachel est à lui, — comme Marie, avec toutes les Krâces et toutes les vertus de Dieu qui la renoent si belle, sera donnée au Christ pour mère sur la terre et dans le ciel, et pour épouse spirituelle dans l'Eglise. «

Rachel, la plus douce et la plus belle des grandes figuras de la femme dessinées dans la Bible, est digne en tout d'être comparée de loin à Marie. Elle réunit, pour ainsi dire, en elle seule toutes les douleurs et toutes les joies de la maternité : elle n'a que deux fils; mais l'un est Joseph, qui sera appelé le Sauveur, et l'autre est Beiyamin, le fils de la douleur et de la prédilection. Joseph est symboliquement le Christ qui sera vendu par aes frères ; Benjamin est l'esprit de justice et d'amour qui sera, dans l'Eglise, la consommation de l'œuvre de Dieu. Rachel ne se contente pas de donner la vie à cet enfant trop cher, il faut qu'elle lui donne la sienne, et elle expire consolée en le mettant au monde.

'Mais où Rachel déploie surtout la grandeur du caractère de la femme spirituelle, c'est lorsque, fuyant avec son époux, elle dérobe oar zèle les faux dieux de son père. Ici la fille agit en mère, et le père est un enfant. Laban s'irrite et poursuit ses idoles; mais Dieu étend la main sur Jacob, et Laban, désarmé, s'exhale en plaintes. Jacob ignore le pieux larcin des faux dieux : Rachel ne l'at-elle pas jugé assez fort pour lui conQer son dessein, ou veut-elle courir seule les dangers

MYSTERES

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dn zèle T Le danger» en effet, est pour elle seule; la mort la menace, et elle s'assied tranquillement sur les idoles qu'elle a cachées. Son calme en impose; la paix est conclue, et le père idolâtre s'en retourne, pleurant peut-être ses dieux plus que sa fllle, qu'il devrait bénir de les lui avoir dérobés. Rachel meurt; mais, sur son tombeau, les enfants de Jacob verseront bien des larmes. Son souvenir et son Ame veilleront encore sur la famille d'Israël, et, lorsque le glaive d'un tvran moissonnera plus tard deux saisons de fleurs innocentes, on entendra dans Rama une voix et des gémissements, et Ton dira : « C'est Rachel qui pleure ses fils, et ne veut pas être consolée parce qu'ils ne sont plus 1 »

Les privilèges de l'esprit excitent l'envie des hommes dfe chair. Joseph, que Dieu in-

awre, est vendu par ses frères pour aller en gypte j triompher d'une fille d Eve qui veut corrompre Teniant de Rachel, et y conquérir le triomphe par la douleur. Il devient le prophète de l'Egypte, et annonce les sept années d'abondance et les sept années de famine, symboles des règnes opposés du bien et du mal. Fiçure nouv^lle de Jésus-Christ, il est élevé^àia souveraine puissance et s'en sert pour sauver ceux qui 1 ont vendu et pour leur pardonner lorsqu'il revoit son frère Benjamin et au'il se jette à son cou en pleurant. Toutefois Joseph, par ses bienfaits mômes, préparé un cnAtiment à la race de Jacob; il leur fait recevoir en propre la terre de l'étranger, et ils possèdent la servitude. Joseph est mort, et les Pharaons, qui ne se souviennent plus de lui, le vengent à leur insu en faisant esclaves les enfants de ses frères ; ils les voient courbés pour s'approprier un héritage profane, et us leur mettent le pied sur la tète. Israël, comme un vil bétail, est abandonné au bAton des exacteurs, parce qu'il oublie la promesse faite à ses pères ; enfin l'oppression devient si excessivequ'eile va exciter et produire la réaction, comme cela arrive toujours. Pharaon, effrayé de la multitude de ses esclaves, fait jeter dans le Nil tous leurs enfants mÂles. Sa propre fille, alors, sent frémir ses entrailles de femme ; elle désobéit h son père, et sauve elle-même des eaux celui gui, plus tard, y ensevelira Pharaon au milieu aune fuite victorieuse et des soulèvements de la mer Rouge.

A quelques années de là, voici le roi qui p&lit sur son trône à la voix d*un proscrit venu du désert. Voici l'Egypte qui frissonne dans une nuit horrible et prodigieuse^ ouc^ui fuit poursuivie par des fleuves de sang. Voici les cris perçants des mères et les cadavres des enfants immolés prr l'ange. Voici deux multitudes qui vont se heurter entre deux mers, l'une d'eau, Tautre de sable. L'eau se divise sous un coup de la baguette de Moïse, une vallée profonde se creuse entre deux montagnes pendantes. Les Juifs sont passés, les Egvptiens les suivent de près... Moïse étend fa main; le sillon s'pfface, la mer s'a-

Çlanit en balançant mollement ses vagues... out est dit pour l'Egypte 1... il faut qu'elle

recommence à peupler lentement ses opulentes solitudes.

Cependant les Israélites continuent leur marche vers le désert, et, à leur tète, à côté de Moïse, conduisant un choeur de femmes inspirées, une prophétosse nommée Marie chante le cantique de la délivrance ; et Yoici ce beau nom de Marie qui nous apparaît triomphant pour la première fois I

Laissons l'Eg vpte, affaiblie pour longtemps, chercher dans les hiéroglyphes obscurs la scieuce qui lui échappe avec Moïse; elle a pu briller encore depuis, mais sa grandeur n'importait plus à Dieu, si je puis parler de la sorte. Et maintenant elle n'est plus qu'un nom, une terre dévastée, et quelques montagnes de pierre faites de main d homme, qui sont les tombeaux vides de son ancienne

randeur... Masses colossales, qui eDlament peine l'horizon lorsqu'on les aperçoit du fond du désert ; tds sont les plus grands ouvrages qu'ait pu laisser l'orgueil des hommes.

Le peuple, renouvelé par quarante années d'épreuves au désert, est enfin établi dans la terre promise. Nous sommes au temps des

{'uges, et voici venir la prophétesse I)ébora. Jne femme est à la tète du peuple de IMeu, et le Seigneur est avec elle. En vain le géant Sisara accourt avec un grand fracas de chariots et un redoutable appareil de faux tranchantes ; Débora a prié, et l'armée ennemie se dissipe au souffle de Dieu... Arrête, Sisara I entre ici, car c'est ici le pavillon de Jahel. — Le géant, fatigué, se couche aui pieds de la femme, s'abreuve d'un peu de lait et- s'endort... Dn instant après, Jahel est debout à rentrée de la tente, calme et un mar^ teau à la main ; Barac et les guerriers d'Israël qui poursuivaient les raincus lui demandent: «Où est Sisara? — Le voià»

dit-elle en se détournant. Ils s'approchei.t... le géant n'est plus, Jahel lui a cloué la tète contre terre comme Marie, un jour, doit ; clouer du pied la tète de l'ancien serpent.

Laissons passer Gédéon et Abimelech : ce fils de la prostitution, qui tue les enfants légitimes, parcourt la terre comme un incendie, et meurt de la main d'une femme; Jephté, qui, ( selon quelques interprètes) (Afre en holocauste à Dieu la virginité de sa fille ; puis ce temps d'anarchie où il n'y a plus ae juges en Israël et où Toutrage fut à une femme soulève le peuple tout entier et cause la ruine d'une des douze tribus ; partout Eve et Marie se révèlent dans les destinées de l'humanité : Babylone s'élève par U [missance de Sémiramis, et une femme pour a première fois, du moins d'une maniire aussi éclatante, régit publiquement la forro des hommes par l'ascendant de sa volonté- IHgne fille d'Eve, elle semble revêtir se*s fautes elles-mêmes dequelquechosededivint elle réalise les rêves les plus audacieux ei paraît sublime jusque dans ses folies. L*empire des Assyriens commence, et le coloss.* aux pieds d'argile va bientôt pcNrter insqu'ao ciel sa tôle revêtue d'or et d'orgueil ; Nahuchodonosor se proclame dieu, et envoie Hu-

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lopheme lui ramasser des adorateurs et des rictiroes. Ce pontife de la force insolente ne troure pas d'hommes pour honorer son épée tfuoe résistance ; mais Judith, nouvelle figure de Marie victorieuse du démon, vient «a-devant d'Holopherne soas les murs de Béthuliè, Tenchalne et le désarme d'un regard ; l'Assyrien s'enivre de vin et de convoitise impure, et sa tète tombe sous les coups d'une femme.

Les éYénements ont marché dans la Judée. Le peui^e a voulu un roi : Saiil se perd dans €6 rang si périlleux ; David, qui lui sùccède> se laisse entraîner au meurtre pour pallier un adultère ; la confusion et l'inceste entrent dans la famille, el, lorsqii'il va mourir pénitent, Bethsabé, k l'imitation de Rébecca, substitue le sage et pieux Salomon à l'orgueilleux Adonias^ et lui assure le trône et la bénédiction de son père. Aussi Salomon, qui, par la magnificence pacifique de son rè-

Sue et par sa sagesse inspirée, a été la figure u Christ ressuscité el triomphant, fait-il asseoir sa mère sur un trône à côté du sien, et lui dit-il cetie parole que Jésus dans le ciel répète depuis dix^huit cents ans à Marie : « Demandez, 6 ma mèrel car il n^est rien que je puisse tous refuser. »

Cependant ce même Salomon, qui avait compris et chanté le céleste amour, laisse amollir son cœur par les filles d'Eve, et succombe aux trompeuses douceurs de la femme de péché : sous la fin de son règne Israël se corrompt et se divise après sa mort. L'ascendant de la beauté corruptrice ^âte la ruine dlsraël et comble la mesure des iniquités de Judas : Jézabel et Athalie osent lutter ouvertement contre Dieu même. l^s prophètes errants et persécutés attirent par leurs plaintes et grossissent Forage qui menace Jérusalem. En vain Tange gardien d'Ezéchias brise-t-il devant la cité sainte l'armée puissante de Sennachérib comme on brise un vase d'argile ; l'heure de la vengeance a sonné, et voici un nouveau tourbillon d'homlues conduit par Nabuchodonosor, qui passe sur la ville maintenant maudite : il se fait un fracas d'écroulement et une poussière do ruines ; puis, dans le silence qui succède à tout ce bruit, on n'entend plus que les sanglots d'un vieillard qui verse de la poésie et des pleurs sur sa patrie changée en morne solitude.

Ici les grands desseins de Dieu se déploient, et du fond de sa captivité Daniel voit les principales puissances du monde s'élever tour à tour des flots d'une mer orageuse, comme des bêtes féroces qui s'attaquent e( s'entre-dévorent. La Perse a eu à peine le temps de se complaire dans son orgueil, c^t voici que le bélier de Macédoine accourt en bondissant pour briser le front pâte de Darius... Mais détournons les yeux de toute cette mêlée d'empires quj tombent les uns sur les autres, pour contemnler une image de Marie dans la chaste âuzanne, dont la pureté sans tache triomphe proclamée et justifiée par la sagesse d'un enfant. Çyrus il relevé Jérusalem» dont les Mac-

chabées ont vainement défendu l'indépen-* dance : — Antiochus est mort rongé de vers, —Rome étend son empiresur la Judée et sur le monde, les temps sont accomplis, un grand événement se prépare, et l'univers est dans l'attente. C'est alors que, d'un prêtre nommé Joachim et d'une lemme pieuse nommée Anne, naît une petite enfant obte* nue par bien des prières et des larmes, après une longue stérilité. Des anges ont annoncé sa ^enue et s'empressent autour de son berceau : toutefois le monde l'ignore, et la fleur de Jessé ne s'annonce que pour les Ames pures de ses parents par un parfum délicat de suavité et de candeur; elle naît toute sainte et toute vierge, et Dieu, dont elle est le chef-d'œuvre, semble Tentourer des voiles de son amour et dos ombres de sa sainte jalousie. Sa mère, étonnée du respect qu^elle éprouve pour son enfant, demande au ciel quel nom il convient de lui donner, et le Saint-Esprit iui répond qu'elle doit être appelée Marie.

DBUXI&MB ÉTU0B.

Ëjcm Mjmtèftm ëe MaHe.

JSl\e est venue, enfin, la consolatrice du monde, et Dieu va révéler à elle seule les secrets les plus intimes de son cœur. Que le ciel descende tout entier pour admirer maintenant les merveilles de la terre, et que les splendeurs de l'empjrée s'embellissent A l'euvi pour bréparer un trône è la reine des anges ; que les plus belles étoiles de l'espace sidéral entrelacent Içurs diamants pour sa couronne,, car le soleil sera son vêtement splendide, et la lune s'ofirira à ses pieds comme un escabeau d'argent; que la terre prodigue devant elle toutes ses richesses et qu'elle jette sous ses pas un luxe merveilleux de verdure et de fleurs, qu'elle fasse entendre tous ses murmures, qu'elle soupire tous ses parfums pour accueillir le passage de la mère de Dieu, que la mer aplanie sous un ciel pur frémisse et étincelle, et que le pilote perdu sur l'Océan ne redoute plus l'approche de la nuit ; car voici qu'est appa* rue la belle étoile de la mer. La beauté des fables antiques était sortie de l'écume des flots, Marie descend du ciel pour calmer les flots, et leur écume ne souillera pas mémele bord de son vêtement immaculé comme elle* Son sourire fait la sérénité du ciel, dissipe et chasse les tempêtes, fait taire les orages du cœur et répana le silence de la paix dans la nature et dans les Ames... O profond Océan I cherche dans tes abîmes, visite le se* cret de tes antiques trésors, et si tu trouves parmi les richesses enfouies dans ton sein un or pur comme sa charité, une perle sans tache comme son cœur, frémis de joie, bouillonne d'empressement et d'orgueil, et viens étaler ton trésor aux pieds de la reine du mondQ; elle préférera à tout cela un pauvre naufragé prêt à périr que tu jetteras à ses pieds et qu'elle sauvera en lui tendant la main. O terre! tes fleurs sont belles et tes murmures priotaniers sont doux ; mais Maria

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aime mieux les prières des |>auvi-es : les larmes qu*elle essuie lui sont plus douces que ta rosée, et elle ne fait pas attention à tes chants, ni à tes murmures, parce qu'elle prèle Toreille aux soupirs des petits enfants qui apprennent de leurs mères à bégayer son nom I

Dès avant sa naissance, Marie nous appa* ratt, dans les peintures de l'Eglise, entourée d'une gloire si menreilleuse, que le cœur en palpite éperdu et que la raison s*cn étonne : revêtue du soleil, elle foule aux pieds le monde, sur lequel elle écrase la tête du serpent ; la Trinité la couronne, le Père lui sourit en la bénissant, le Fils s'incline déjà respectueux devant sa mère, et le Saint-Esprit l'enveloppe de son souffle de lumière et d'amour. Seule au milieu de tant d'éclat dans sa douce et modeste simplicité, elle est plus belle que sa gloire ; et les cantiques des anges qui se prosternent devant eUe disent au ciel ce qui sera bientôt répété par toute la terre : Marie a été conçue sans péché.

Au moyen Age, des âmes extatiques et jalouses à l'excès de la pureté du berceau de Marie vouaient la foire participer d'avance au privilège unique de son divin fils. Selon ces pieux mais trop hardis légendaires Anne et Joachim ne connaissaient de leur union sainte que le mariase des Ames par la prière, et un saint baiser de paix, présenté par Joachim à sa chaste épouse dans l'enceinte sacrée du temple et au seuil même du sanctuaire, eût été le seul sime humain de la conception de Marie. L'Eglise, attentive au dépôt sacré de la tradition, a rejeté cette fable peut-être touchante, mais elle ne nous défend pas d'être attendris du zèle si ardent, quoique peu éclairé, de ceux qui l'ont si naïvement et pieusement inventée.

L'Eglise a mieux accueilli la tradition selon laquelle Marie a été enfantée sans douleurs. En effet, un en&ntement exempt du péché originel ne devait en éprouver ni les chAtiments, ni les souillures. Le berceau de Marie fut donc tout immaculé, et ne connut d'autres larmes que celles de la reconnaissance et du divin amour. Les peintures naïves des siècles croyants nous offrent d'une manière bien touchante ce mystère si doux de la naissance de Marie : c'est vers l'aube du jour, à l'heure où apparaît Tétoile du matin. Joachim qui, sans doute dans l'attente des merveilles de Dieu, a veillé près de sa sainte épouse, vient de se laisser aller au sommeil. Sa tête paisible et vénérable repose inclinée sur sa main, et son coude est appuyé sur le lit nuptial. Cependant Anne reçoit dans ses bras et presse sur son cœur en extase sa tendre enfant qui vient de naître, et, comme Marie ne lui apporte que de la joie sans douleur, pas un seul cri, pas un seul gémissement n'a troublé le léger sommeil du juste qui dort auprès d'elle.

Les premières pensées de Marie sont pour Dieu, ses premiers regards pour le ciel, ses premiers désirs pour la retraite et le sacrifice. Et voici un nouveau mystère qui se prépare. Une enfant de trois ans à peine se

détache sans regret des bras de sa mère pour marcher vers le, sanctuaire. La jeune reine des anges se sent attirée vers le sein de Dieo d'un attrait plus puissant que toutes les dou* ceurs de la famille ; et ses pieux parents, qui adorent les desseins de fa Providence, versent en la quittant des larmes mèléei de regret et de joie. Le grand prêtre reçoit a?e€ attendrissement cette enfant d^à si grande en céleste amour, et il songe peut-être k la colombe qui revenait rers l'ardie parte qu'elle ne trouvait pas où poser ses pieds sur la terre. Le temple s'ouvre avec respect, et son sanctuaire a frémi sous les pas lé* gers de Marie ; comme s*il pressentait que cette enfant est plus grande et plos sainte que lui, et que Dieu va l'abandonner pour habiter désormais en elle.

Ici se laissent seulement pressentir aui Ames aimantes et contemplatives les mystères de la vie intérieure de Marie. C'est*dans la solitude du temple, dans le silence de ses longs jours de travail et de prière, que son oceur s'ouvre aux douces émotions de h grâce et qu'elle voue à son Dieu un étemel amour I

Cette mystérieuse alliance, cette sainte et ineffable union du Verbe avec les Ames pures, dont Salomon avait chanté les délices dans son cantique, s'accomplit pour la première fois entre le ciel et la terre : la ieune vierge entend au fond de son Ame son époui céleste aspirer à devenir son enfant et lui demander ses caresses maternelles avec des larmes de pieux désir : Osculeiur me o$culo oris tut, ^tfia meiiora surU ubera tua vino. Oh 1 que le sois ton enfant I puis tu me prendras par la main, tu m'apprendras à former mes premiers pas sur la terre, tu m'entraîneras après toi, et nous courrons ensemble à l'odeur de tes parfums! Et la jeune vierg», étonnée du ravissement de son Ame, s'enivrant sans les comprendre encore des caresses du bien-aimé, lui répondait avec l'épouse du cantique : Le roi m a fait entrer dans le cellier de ses délices, il m'a offert toutes les joies et toutes les ivresses* et j*ai préféré ton amour.

O le bien-aimé de mon Ame, dis-moi où tu conduis le troupeau candide de tes élus? dis-moi où doit être Ion repos sur cette terre €[ue tu visiteras au milieu de son mauvais jour, aOn que j'adore d'avance le tabernacle qui doit prêter son ombre à ton mystérieui sommeil ? — Tu ne te connais donc pas toi; même, ô la plus belle entre les fenunes? lai répondait le bien-aimé. Ecoute, écoute dans l'avenir ce que disent de toi les pasteurs des peuples; écoute ce que disent de toi les anges 1 — Je ne suis qu'une obscure et simple enfant, disait Marie ; mais je n'envie ni It beauté de Jérusalem ni les splendeurs de Salomon : car vous êtes beau, mon t»ieB* aimé 1— Et toi, tu es belle, 6 Marie I ton regard est pur comme celui de la colombe 1 — Je suis belle parce que je suis tout à vous, ô mon Dieu 1 Oh 1 soyez le bouquet de M virginité ; que je vous attache sur ma poi-

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trine comme un bouquet de myrrhe, et restez à jamais sur mon cœur I Votre nom est plus doux h ma lèvre que les raisins des rignes d*Engaddi; vous serez mon unique époux, et mon lit nuptial sera jonché de lis t OdI qui me donnera de vous voir naître sur la terre? qui me donnera de te rencontreiy petit enfant 1 de voir en toi mon frère et le ois de ma mère ? Je te prendrais dans mes bras, j^oserais te donner des caresses de sœur; et alors qui oserait mépriser cette humble fille d*Eve, heureuse maintenant du péché de sa mère?... Il me semble que je te vois; tu descends rapidement les collines éternelles ; tu franchis les vallées (jui te se-

tarent de la terre ; j'entends la voix de mon ien-aimé qui me dit : HAte-toi, lève-toi, ma colombe, ma bien-aimée ; car déjè Thiver a passé, la pluie s*en est allée et s*est retirée, les fleurs sont apparues dans notre terre, le temps de Témondeur est venu, la voix de la tourterelle a été entendue dans notre terre, le (iguîer a montré ses fruits nouveaux, et les yignes fleurissantes ont donné leur odeur. Ohl venez, mon bien-aimé ! sortons ensemble de ce naonde, dont le bruit fatiguerait mon amour ; allons aux champs de l'éternité, demeurons dans les solitudes. Au point du jour, lorsque vous visiterez la terre, nous sortirons ensemble ; je descendrai avec vous du ciel, et nous irons voir si la vigne de votre Eglise est en fleurs, si les fleurs sont en travail, si les grenadiers sont fleuris.... Alors, ô époux de mon amour, enfant chéri de mes désirs I quand tu naîtras pour le salut du monde, oh I si j'étais ta mère, avec quels frémissemepts d'adoration et de ioie je te présenterais le doux aliment de l'enfance I Mais je suis devant toi comme un jardin fermé et comme une source close. Je ne serai pas mère, puisque je suis indigne d'être la tienne.... Seulement, ô mon Dieu, montre-moi celle que toutes les générations doivent appeler bienheureuse , afin que je puisse la servir à genoux et baiser la trace de ses pas 1

Cependant le jour est venu où Marie doit choisir un époux parmi les enfants des hommes, car Dieu veut donner un gardien à son arche sainte. La Vierge connatt intérieurement les desseins du Seieneur, et elle se confie tout à lui. Ici se présente le tvpe du mariage selon Dieu, du mariage chrétien dans toute sa pureté et sa blancheur céleste : un homme juste et irréprochable reçoit, en

Îrésence du prêtre, la main confiante de la ler^e immaculée. L'innocence et la pureté président à leur union ; ils se promettent de servir Dieu ensemble, de s'aimer et de se servir mutuellement, de ne se séparer jamais volontairement dans 'cette vie, afin d'être encore unis dans une vie plus belle et plus heureuse. Voilà l'essentiel du mariage chrétien, et c'est tout ce que le monde doit en savoir ; le reste est le secret de Dieu et de la sainte modestie. Le divin fils de Marie aura devant les hommes un gardien et u!i ami qu'ils appelleront son père. Mais Marie, Joseph et Jésus, unis ensemble dans la

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Ïrière, diront tous trois, en s*adressant & ieu : Notre Père, qui êtes au ciel I Une gracieuse légende, reproduite par les anciens tableaux, suppose que douzejeunes gens choisis des douze tribus d'Israël aspiraient à la main de la plus belle des vierges ; 3[ue Joseph, désiré par le sort et averti serètement par le Seigneur, se trouvait parmi eux au nom de la tribu de Juda : tous ils demandèrent à Dieu un miracle pour désigner celui qui devait avoir pour épouse la mërTeilIe de la terre, et l'épreuve qui avait fait donner autrefois à Aaron le souverain sacerdoce fut renouvelée pour connaître quel serait le gardien du nouveau tabernacle de Dieu. Douze verges furent déposées sur l'autel de Dieu, et celle de Joseph, bien qu'ancienne et desséchée, reverdit et poussa des fleurs d'une blancheur éclatante sur lesquelles une colombe merveilleuse de pureté se reposa en battant des ailes : les rivaux de Joseph se retirèrent confus en brisant leurs veines stériles, et les deux célestes époux se Qonnèrent la main en présence du prêtre et de Dieu.

Mais nous pouvons laisser ici les traditions populaires et leur naïve poésie. Nous entrons dans le récit évangélique. Voici que l'esprit de Dieu raconte lui-même ses miracles : Gabriel est envoyé à Marie ; le Verbe éternel va se renfermer dans le sein d'une femme. Tout le ciel est attentif et regarde la terre.

Ici se présente è l'Ame contemplative un tableau plus magnifique encore que celui de la conception immaculée de Marie.

Le monde entier gémissant sous Tempire du démon, qui s'inquiète malgré lui dans les ténèbres de sa gloire en sentant tressaillir la terre sous ses pieds ; les Ames de tous les justes pleurant dans les limbes et tendant leurs mains vers le ciel ; l'enfer, au-dessus duquel le monde est suspendu, réclamant à grands cris sa proie ; le ciel ouvert, et Dieu incliné vers la terre ; le Verbe impatient de revêtir la forme qui doit sauver le monde, suspendu en quelque sorte entre le ciel et la terre aux raj^ons mystérieux qui sont le souffle de l'esprit d'amour; et au centre de tout cet infini, une chétive cabane et une jeune fille en prière, une pauvre enfant obscure et ignorée, la nouvelle épouse de l'artisan Joseph, la petite Marie, comme on disait peutêtre alors. Un ange se prosterne devant elle et la salue pleine de grAce ; puis il lui demande en quelque sorte, qu'on me passe cette expression, il lui demande de la part de Dieu et de son Verbe la permission de sauver le monde par elle I Marie se trouble un instant ; elle qui a voué à Dieu sa virginité, comment deviendra-t-elle la mère du Sauveur? Elle ne doute pas, mais elle ne comprend pas d'abord, et elle se sent troublée. L'ançe la rassure en lui disant que le Saint-Esprit la couvrira de son ombre et que sa génération âeramerveilleuse et sans taone. Alors Marie : Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole 1 Le ciel et la terre attendaient ct3 consealQi*

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meni de Ja Vieree divine ; le Père fait un signe ineffable, la lumière du Saîni-Esprit entoure Marie comme un voile et la pénétre comme le diamant est pénétré par les feux du soleil ; le Verbe s'élance en elle revêtu de la forme humaine; uo reflet de lointaine splendeur illumine les limbes* qui poussent un cri d*espérance ; le trône de Satan tremble, et Tenfer, que la lumière nouvelle menace jusqu'au lond de ses abîmes» pousse un rugissement de terreur et referme à Tide sa gueule béante qui allait engloutir le monde.

Maintenant suivons Marie dans les montagnes où elle va avec empressement visiter Elisabeth, sa parente , celle qu'un miracle a rendue féconde dans sa vieillesse pour la faire devenir mère du Précurseur. Ici Von ne voit que deux mères, qui disparaissent pourtant aux regards de la contemplation pour laisser agir deux enfants que l'on ne voit pas encore; iésu3, avant que de naître, vient sanctifier son précurseur et lui donner sa mission. Ici Marie n'est plus, c'est Jésus qui vit en Marie. Marie est comme la forme visible du Verbe incarné : c'est lésus qui marche et qui se hâte d'aller trouver Hélie dans la montagne pour lui annoncer sa venue, c'est Jésus qui parle par la douce voix de sa mère; et saint Jean a si bien entendu dans cette voix l'accent du Verbe étemel^ qu'à la salutation de Marie il tressaille de joie dans les entrailles d'ËJisabeth, et s'incline pour adorer l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde. Oh I quand Dieu viendra-t-il ainsi dans toutes nos actions 7 Sainte société des enfants de Dieu, O.Cl une seule âme divine conduit, rapproche et fjait agir les membres selon la pensée unique qui régit tout le corps, quand donc nous serez-vous montrée ? Quand viendra le temps où les mères pourront adorer dans la fécondité lesuaes des autres les chastes merveilles du Dieu trois fois saint, et où les hommes s'aimeront pour ainsi dire avant que de naitrey et se reconnaîtront pour frères en communion avec la divine humanité du Sauveur!

Marie est revenue dans sa petite maison de Nazareth, et voilà qu'un édit de César- Augu3te la contraint de partir pour Beth* léem. Elle ne songe pas aux fatigues de son corps si délicat et si tendre; la volonté de Dieu, se manifeste, et sa vie est de lui obéir. Voici donc Marie et Joseph qui s'acheminent vers Bethléem, et les anges de Dieu qui vont leur préparer la crèche.

Pro^teraons-nous avec eux dans cette pauvre étable où Marie a été réduite à chercher un asile avec son saint conducteur, parce au'il n'y avait point de place pour eux dans 1 hôtellerie; voyons-la immobile, à genoux, les mains jointes, contempler avec un céleste ravissement mêlé à l'étonnement de l'innocence le doux Agneau qui vient de naître : que son attitude est simple et belle I que de meqesté dans sa grâce I aue de pureté et de grandeur dans ses traits t que de virginité dans tout ce qui respire autour d'elle et jusque dans les plis de son vêtement, qui s*al-

longent en lignes si pures, se brisent et se répandent sur ses pieds en flots si barmcH nieux et si tranquilles 1 Que Joseph est boa et quelle joie pleine de douceur et de force dans la ^ure de cet homme juste 1 Et ce petit enfant qui est là couché dans la crèche : ô mon Dieu, c'est donc vous 1 Quel tem^ (He que cette pauvre étable 1 Un silence de ravissement sV répand comme de l'encens, silence au fond duquel on entend lamusiçjue des anges et l'écho ae la grande voix qui vient de crier dans le ciel : Gloire à Dieu dans les cieux les plus élevés, et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre 1 D^à commence à s'assembler le peuple juste autour de I enfant qui sera le père du siècle futur; déjà a^ rivent les premiers soldats de cette milice sainte qui doit détrôner les Césars : ce sont quelques hommes du peuple, de pauvres et simples bergers.

Après les simples viendront les savants et les sages, mais de bien loin, en petit nombre et comme en ambassade au nom deTavenir. Ceux-là n'auront que le second rang après les pauvres : ce sont des rois« — Mai& c est d'un pauvre enfant nouveau-né qu'Os viendront se déclarer les tributaires : Teioile de Jacob les amène de l'Orient, ils l'ont vue et ils ont tout quitté ; ils sont partis, ils vien< nent. Cependant le nouveau-né est soumis au couteau de la circoncision et reçoit, avec la marque du péché, le nom béni de Jésus, qui signifie sauveur, agneau désigné pour le sacrifice. Quelques gouttes de son précieux sang coulent ahh pour nou3 sur la pierre sacrée ; l'enfant divin y mêle quelques larmes qui, en tombant sur la terre, préludent au baptême du monde. Marie aussi apprend d^à à pleurer avec son divin fils et à le voir som* frir : mais maintenant du moins elle peut lui donner des soins et des témoignages d'amour maternel en essuyant religieusement ses lâtmes précieuses; plus fard elle Qe pourra lui donner que des prières et des pleurs.

Les rois mages sont arrivés; Jérusalem est dans le trouble, parce qu'elle sait qu'Hérode a peur et que les frayeurs du tyran sont des calamités publiques. Cependant les ma^s sortis de Jérusalem revoient l'étoile qui s'était cachée à cette ville déià abandonnée du ciel , et trouvent sur un trône digne de lui, sur les genoux et dans les bras de sa mère, le petit enfant de la crèche, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs; la disnité simple et modeste de la femme du peuple, qui ne s'étonne pas de voir des rois protemés devant son enfant, révèle aux mages tout un nouveau monde. C*est ici un des grands tableaux prophétiques et symboliques de l'Évangile: c'est le monde à venir opposé au monde pré* sent ; l'innocence, uqie a la divinité, donnant des lois à l'âge, à la sagesse, à la puissance; le petit enfant, qu'Isaîe avait vu conduire les lions aux pâturages des agneaux, faisant déjà courber les têtes royales ; Je monde, représenté parsesambassadeurs,adorantIefilsdupauTr0

artisan ; la hiérarchie des intelligences humaines, en qui se reproduit l'image do la Trinité venant recevoir la promesso de celle

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It'iple dignitd sacerdotale, qui sera bientôt donnée aux gentils, et offrant déjà à son Dieu et à son roi les symboles du culte pur que lui rendra toute la terre. L*or est le pur amour; rencens, l'adoration et la crainte; lamyrrhe, la tempérance et les vertus qui gardent TAme nouTeile dans la foi contre les corruptions de la chair. Ainsi Tamour, Tintelligence et les sensations se soumettent au roi des Ames, et eo même temps, par un symbolisme plus connu et (9ius accessible à tous, Tencens est offert à la divinité, l'or à la royauté et la nvyrrhe à Thumanité du Verbe : l'encens, annau'il l'offrît à son Père en qualité de grand pr6tre de la nouvelle alliance; l'or, afin qu'il le changeAt en charité dans la main des pauvres, et la myrrhe, afinqu'il daignAt l'employer lui-même pour nous préserver de la corruption. L'£vangile, enfin, tout entier, représenté dans toute sa douceur et dans toute sa çrAce par un petit enfant qui sourit k des vieillards, et ce petit enfant présenté aux adorations du monde par une femme , répondant par la voix aux hommages qui lui sont adressés, se révélant tout entier par elle, et se montrant plus grand que Salomon sur son trône dans les bras et sur le sein de sa divine mère I

Les mages, avertis en songe de se défier d'Hérode, s'en retournent par un autre chemin ; et Marie porte son fils au temple pour se purifier selon la loi, donnant ainsi l'exemple de la soumission et se montrant plus obéissante par cela même qu'elle est plus éclairée et plus pure : tout resprit du christianisme est là. Marie est trop au-dessus de k loi pour chercher à s'y soustraire ; et tout son privilège consiste à être exempte de la gêne et de la crainte, et à accomplir toute chose arec amour. Ne faut-il pas que comme son divin fils elle commence ce grand sacrifice d'obéissance oui ira jusqu'à la mort, afin de faire coinprenare aux enfants de la grAce ce que c'est gue la liberté et la vie ! Jésus avait déjà pns la marque du péché originel ; ici il se substitue à l'nomme pécheur, et en cette qualité il semble qu'il ait besoin d*être racheté lui-même : deux colombes, symbole de pureté et de douceur, image de rhumanite régénérée en Jésus et Marie, sont offertes

Eour lui ; et le divin enfant, qui médite son olocauste futur, prête en quelque sorte son Ame à ces créatures innocentes, et se sent mourir avec elles sous le couteau du sacrifice.

Ici les deux grands Ages de l'Eglise se donnent la main : Siméon et Anne, symboles et dépositaires de la sainteté antique et de l'esprit des prophètes, semblent les députés de quatre mille ans de désirs ; ils ont vu le Sauveur, maintenant ils peuvent mourir, afin de l'annoncer aux patriarches. Siméon chante Thymne d'actions de grâces qui est la clôture de l'ancienne alliance ; et il prédit les combats et les triomphes de l'alliance nouvelle ; il salue les deux victimes pures qui s'offrent à Dieu pour abolir les sacrifices sanglants devenus inutiles, la rédemption opérée sur la croix et s'achevant dans le codur de Marie,

et l'on peut dire qu'ici commence à se manifester le culte de ce très-saint cœur qu'un Slaive doit traverser pour en faire couler tant e grAces et tant de pardon ; et Siméon, en saluant la passion au Sauveur du monde, console et rassure ceux pour les péchés desquels l'innocent va mourir, en leur montrant cette mère affligée, qu^pour eux se résigne au elaive et leur ofire son cœur blessé.

Marie ne tarde pas à sentir l'accomplissement de la parole du vieillard ; voici le glaive qui est levé sur son enfant ; un ange est venu : Vite, il faut traverser le désert, il faut partir, il faut fuir en Egypte I La tyrannie de TE^^ypte avait chasse Moïse vers la Judée, voici que la Judée chasse vers l'Egypte celui que Moïse annonçait : c'est ainsi que les oppresseurs forcent la vérité de marcher sans relAche et de faire le tour du monde ; ainsi les coups qu'ils dirigent contre elle retombent toujours sur eux^ mêmes. Pharaon était venu périr dans la mer Rouge pour voir Israël lui échapper; Hérode se baigne dans le sang innocent et met le comble à sa réprobation sans pouvoir atteindre l'enfant qui déjà l'épouvante. Cependant une légion d'anses nouveaux va porter aux limbes la nouvelle de la délivrance prochaine et les prémices du martyre : ils vont» si cette figure m'est permise, baptiser leurs pères avec leur sang, et la sainte assemblée^ qui bientôt va peupler le ciel, salue avec un tendre amour ces fleurs des martyrs que la cruelle épée a moissonnés comme un tourbillon moissonne les roses naissantes, ces enfants privilégiés, qui obtiennent la victoire sans avoir connu le combat et qui sur le sein de Dieu, pensant encore être sur le sein de leur mère, se jouent, comme dit l'Eçliseï dont nous citons ici la liturgie, avec leurs palmes et leurs couronnes.

On dit qu'à l'arrivée de la sainte fimilla en Egypte, toutes les idoles s'émurent et tombèrent. Ceci est pris dans le sens mystique : l'Egypte représente le monde, et lors- 3ue Jésus arriva dans le monde, les faux ieux se renversèrent d'eux-mêmes, car leur règne était passé.

Hérode meurt, car les persécuteurs de TEtemel sont mortels, et c'est pour cela que Dieu leur laisse leur blasphème d'un iour ; la sainte famille revient à nazareth y uisparattre dans l'obscurité des vertus de la famille. Et que faisait alors Marie? comment servira-t-elle de modèle aux femmes chrétiennes, si l'Evangile ne nous dit rien de sa conduite ? L'Evangile nous dit tout en un mot : Marie conservait toutes les paroles qui étaient dites de son divin fils et s en entrete^ nait dans son cœur. Ainsi la retraite, les soins de la famille et l'oraison, voilà Marie dans son intérieur, et voilà aussi la femme chrétienne.

Un seul incident traverse et révèle en même temps cette admirable via cachée de la sainte famille : dans un des voyages que Ton faisait tous les ansà Jérusalem pour la PAque,^ l'enfant Jésus, Agé alors de douze ans, laisse échapper le Verbe éternel renferiué en lui^

MYSTERES

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oublie la maison maternelle pour ie temple, qui est la maison de Dieu, son Père ; reste au milieu des docteurs pour s'entretenir avec eux et les confondre; laisse passer le temps comme un songe et reste perdu pour sa sainte famille pendant trois jours. Marie et Joseph le cbercnent avec anxiété, et le retrouvent enfin dans le temple^ assis parmi les docteurs, les interrogeant, leur répondant et les laissant confondus de sa sagesse. Marie a tant souffert qu'elle ose se plaindra, non pas d*abord en son propre nom, toutefois comme si elle craignait de laisser voir quelque chose de trop humain dans une si pieuse et si légitime douleur : Mon fils, dit-elle, pourquoi nous avez-vous traités ainsi ? voilà que votre père (et elle ^oute timidement et moi), voilà que votre père et moi nous vous cherchions avec douleur I La réponse de Tenfant est sublime et révèle d'un mot tout l'intérieur divin de la céleste famille : Pourquoi me cherchiez-'Vous ? Il semble s'étonner d'un soin trop empressé, comme d'un doute de la part de celle à oui rien n'est caché des profondeurs de Dieu : Pourquoi me cherchiez-vous ? — Vous ne saviez donc pas, ou plutôt ne saviezvous donc pas ? Question qui équivaut à ceci : Vous saviez pourtant... — Et quoi ? Tout ce

Sue l'Hommp-Dieu savait lui-même ; c'est-àire qu'il fallait qu'il tùi tout entier aux choses qui regardaient son Père ; et pour savoir cela ne fallait-il pas que Marie connût Jésus comme il se connaissait lui-même, et oue tout le cœur de son fils fût une seconde lois vivant en son cœur ? Quid est quod me qiusrebaiis f

L'enfant revint à Nazareth avec ses augustes parents, et t7 leur était soumis ; ce mot achève d'un trait le sublime tableau de la vie cachée. Voici un Dieu qui obéit à ses créatures, et des créatures assez simples, assez pures cl assez abandonnées à Dieu pour le connaître dans la personne deleur fils et se sentircapablesdelui commander. Voici la femme dans toute sa gloire : non pas la femme selon Eve, la mère, mais la femme selon Dieu et la mère selon son cœur. Toute-puissante dans la retraite et le silence de sa maison, l'Evangile a tout dit sur elle en n'en disant presque rien ; car la femme vraiment active pour le bien est celle dont le monde ne parle pas ; sa puissance est toute cachée et mystérieuse, comme tout ce ^ui vient du cœur, qui est le sanctuaire de 1 Ame ; on ne la voit nulle part et l'on ressent partout ses bienfiiits : douce et discrète comme la Providence, attentive comme elle à multiplier ses bienfaits en cachant leur source comme par une céleste pudeur, la femme doit être l'ange de la vie intérieure, la douceur secrète de la vie. Tance gardien du foyer s sa gloire à elle, c'est d'être reine en servant ceux qu'elle aime et de paraître leur servante en régnant sur eux par ses vertus pour leur communiquer ,son Ame et 90n cœur. Voilà Marie, voilà la mare, voilà la femme selon Dieu ; voilà la confidente du Sauveur du monde, celle qui le tient dans ses bras, qui est admise à ses caresses les plus teudresy qui passe avec lui tous ses jours et

aui le soir, en s'entrctenant avec lai du salui aes hommes, le voit incliner doucement vers elle sa tête vénérable et chérie' et s'endormir en paix sur son cœur.

Trente ans s'écoulent dans les mystères de cette admirable vie intérieure comme une minute de l'éternité bienheureuse; la vie çublique du Sauveur va commencer, et celui que Marie s'afQigeait d'avoir perdu pendant trois jours va lui être ravi pendant trois ans pour lui être rendu ensuite sur le Calvaire... et comment rendu, ê sainte Mère de douleurs i

Mais avant de se séparer de son Jésus, Marie assiste avec lui aux noces de Cana, et c'est à sa prière que le Sauveur fait son

f crémier miracle : ici tout est mystéricui, 'Homme-Dieu et la femme toute sainte assistent à des noces pour régénérer le mariage et sanctifier la génération dans sa source. Marie avec son cœur et sa sollicitude de mère voit ce qui manque aux unions des hommes... Ils n'ont plus de vin 1 c'est-àdire : JIs n'ont plus cette charité, qui est le véritable et saint amour ; car le vin en est le symbole, comme le savent ceux oui sont versés dans l'esprit des Écritures. — remme, répond le Sauyeur, car c'est la femme qui vient de lui parler, qu'est-ce que cela fait à vous et à moi? comme s'il disait : Vivonsnous dans ces pauvres enfants que ma mort doit faire grandir, et les promesses de Dieu pour la race à venir ne sont-elles pas déjà réalisées et vivantes en nous? Que nous importe donc un mal qui déjà n'existe plus Eour nous, puisque nous possédons déjà le ien qui est dans l'avenir et auquel le mal passager a dû préparer la race humaine? Pour eux mon heure n'est pas encore venus; mais pour nous elle existe, cette heure, et nous savons qu'elle viendra. Marie a corn-

S ris, et que lui reste-t-ii à faire pour ceux ont elle s'établit dès lors de plein droit la médiatrice et l'avocate ? elle leur montre son admirable fils en leur disant : Faites tout ce qu'il vous dira. Jésus, tout en paraissant résister à sa mère, est comme entraîné par elle; son heure semble être avancée au ^ré de l'amour de sa sainte mère, et le prodige s'accomplit. Ainsi se révèlent le commencement et la fin de l'apostolat de Marie.

Cependant lésus a commencé la prédication, et Marie rentre dans le silence comme dans un mystérieux tabernacle, d'où elle suit intérieurement les œuvres merveilleuses de son fils ; le Verbe éternel, qu'elle a renfermé dans son sein, parle maintenant au monde : que pourrait-elle avoir de plus à dire ? Cette voix qui instruit les pauvres n'est-elle pas aussi la sienne T n'est-ce pas la voix de son sang, le murmure de son cœur, le cri de ses entrailles ? n'est-ce pas elle qui a formé cette bouche divine à arti-

core de tous les élans oe son cœur? Oh! TœuvrQ de 1« femme, qu'on le compretm^

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