SI
Uen, n*est pas l'œuvre des places publiques ; sa parole aoit être tout intérieure comme celle de l'esprit d'amour. La femme doit» nous le répétons, ressembler k cette Providence qui fait le bien avec mystère, et sa pudeur doit étendre un voile jusque sur ses vertus. Ce n*est que lorsqu'il y a des douleurs à partager ou à soulager, des œuvres de martyre à accomplir, des outrages à recevoir pour la justice, des justes abandonnés de tous et condamnés par le monde à accompagner au supplice, ce n'est, dis-je, qu'alors ({ue la femme ose se montrer, et c'est aussi sur le Calvaire que nous allons retrouver Marie.
Voici le tableau qui correspond à celui de la chute originelle : ici sont expliqués et accomplis les mystères d*£den. A la naissance de la mort dans un jardin de délices par un acte voluptueux , s'oppose ici la renaissance de la vie sur des rochers affreux, souâ un ciel sombre et terrible, par une double agonie et par une mort sanglante, ici se révèlent les profondeurs de la philosophie religieuse et de la nature intime de I*bomme; ici sont résolus tous les problèmes : rharmonie qui est dans l'é |uilibre de la chair et de l'âme, et dans le règne de l'Âme sur la chair, se rétablit par une réaction égale à la chute ; la chair pour vivre avec excès avait engendré la mort, il faut qu'elle meure volontairement pour recouvrer la vie. Ainsi le délicieux tableau d'Eden avec toutes les séductions de la nature si belle, du serpent et de la femme, ne vous v (rompez pas, c'est là le symbole de douleurs! c'est ici qu'il faut trembler et pleurer I car tous nos maux et ceux du monde entier sont représentés en germe sous cette voluptueuse image; c'est ici que se prononce l'arrêt de mort de Jésus, et que se préparent les tourments du cœur de sa mère i Maïs sur le Calvaire!... je n'ose dire : Réjouissons-nous en présence d'un pareil sang et de pareilles larmes!... qui pourrait voir Jésus en travail de notre délivrance et ne I>as souffrir avec lui? qui pourrait voir Marie au pied de la croix et ne pas pleurer avec elle? — Pleurons donc; mais cette fois pleurons des larmes de reconnaissance et d'amour, et embrassons de toutes nos forces le pied de cet arbre salutaire. Demandons à la nouvelle Eve qu'elle cueille pour nous ce fruit de douleur dont la première elle a savouré toute l'amertume. Que la femme répare ainsi la séduction de ses criminelles aéiices parla séduction nouvelle de ses maternelles et imposantes douleurs I La voyez-vous debout au pied de la croix coffloie un prêtre devant l'autel 7 La vie di* Yine de son fils semble passer en elle pour la soutenir et lui faire accomplir un sacrifice plus inouï que celui d'Abraham j. Dieu, qui avait eu pitié du père et qui avait retenu son g/aire, en plonge sept dans le cœur de Marie et les retourne dans ses déchirements ! Il semble repaître sa justice avide des sacrilices de l'amour des souffrances ineffables de ^a biea- aimée, parce que Tambition de sa
tendresse pour elle, si je puis parler ainsi» ne peut se rassasier de gloire.
Il sait que le temple du bonheur éternel, pour la nature humaine, doit jeter ses fondements dans le travail du sacrifice, et c'est pourquoi, plus il aime, plus il creuse. Mais il soutient sa mère d'une main toute-puissante, tandis que de l'autre il la frappe ; la terre frissonne et chancelle, le soleil pâlit et éprouve une défaillance ; Marie est debout au pied de la croix, elle ne voit rien, elle n'entend rien ; elle se plonge avec de cruelles délices dans l'océan d'amertume qui inonde le cœur agonisant de son fils ; il y Ê là deux corps, mais il n'y a qu'une flme : Marie ne vit plus en elle, elle meurt en Jésus ; ses membres se roidissent , ses pieds froids comme du marbre sont cloués à la terre, ses mains se contractent, ses yeux
Eleurent sans larmes dans une fixité terrilOi sa poitrine haletante se soulève et se brise, sa bouche est brûlée de la soif de Jésus et sent l'amertume du fiel dont on l'abreuve... Mais quand il i^ousse les derniers cris de l'agonie, lorsqu'il se plaint à son Père d'être abandonné, oh! comme l'Ame de Marie s'élance vers lui pour lui dire que sa mère du moins ne l'abandonne pas I... Enfin, quand l'Âme du Sauveur s'arrache victorieuse de son corps, Marie reste comme sans vie; toutefois un effort puissant comme la mort même d'un Dieu l'arrache à son Jé-« sus et la fait redescendre sur la terrre ; ce fut là sans doute la plus grande et la plus sublime de ses souffrances, et il lui fallut plus de force pour survivre à son fils que pour le voir mourir. '
Mais elle avait de suprêmes devoirs à lui rendre; et d'ailleurs n'avait-elle pas son testament à accomplir? Jésus, qui semblait, dans l'institution de l'Eucharistie, avoir épuisé la puissance de l'amour d'un Dieu et ne pouvoir plus rien donner à son Eglise* venait pourtant de lui léguer sa mère. 11 revivait comme fils de Marie dans la personne du disciple bien-aimé, selon la pensée du pieux M. Olier, et dans saint Jean étaient représentés les enfants de TËglise calholigue, dont Marie est la mère et la figure. Ainsi la société nouvelle était constituée en Jésus et Marie : en Jésus , qui revivait dans son disciple; et en Mane qui devenait , selon l'esprit et selon la vérité, la mère du nouveau Jésus-Christ qui doit demeurer dans l'Eglise jusqu'à la fin. Ainsi, la tête du serpent est bnsée, et celle que jadis, au pied de l'arbre de la science. Dieu avait présentée à l'homme innocent en lui disant : Voici ton épouse , du haut de l'arbre de la croix, il la présente de nouveau en une per^ sonne nouvelle à l'homme absous et regénéré par son sang divin, en lui disant : Voilà ta mère 1 car tant que la femme avait enfanté dans le péché elle n'était pas véritablement mère : engendrer la mort , c'est une maternité négative; mais Marie, et sous son nom la sainte Eglise , étant affranchies du
fléché originel, enfanteront désormais la vie; a génératiou selon Dieu vient doue seule*
MYSTERES
MYSTERES
menl d'èlre révélée , et Dieu , pour la première fois, peut diro h IMiomme sans ironie en lui montrant la femme : Voici ta mère; tcce maUr tua.
Maintenant contemplons les merveilles de la foi » de Tespérance et de la charité dans Marie au pied de la croix. La foule a abandonné le Calvaire ; elle est seule et recueillie dans sa profonde douleur, et le corps inanimé de son dis » détaché de la croix , est étendu devant elle , la tète posée sur ses {genoux , Jésus a cessé de souffrir dans sa chair, mais il achève dans le cœur de sa mère la rédemption du monde. Quant à Marie , elle est à la fois morte et vivante : morte dans son Jésus et se préparant avec lui à une résurrection
Slorieuse, vivante encore cependant à cause e ce qu'elle sent vivre de lui en elle-même, vivante pour aimer et pour souffrir 1 Les sept glaives ae la douleur plongent et cachent leur pointe dans son cœur béni, et les douze étoiles mystérieuses se rassemblent en couronne autour de sa tête vénérable : dépositaire, comme TËglise, du corps sacré de ié*sus immolé, et disposant ce germe de vie à être confié pendant trois jours à la terre d*où il sortira comme un palmier chargé de palmes et de fruits pour nourrir et récompenser ceux qui viendront s'asseoir sous son ombre: Sub umbra illius quem desideraveram «fdt, ei fructuê qu8 dulcis gutturi meo ; ou comme le cep de cette vigne nouvelle dont nos cœurs boiront la sève et dont nous serons les rameaux : Ego êum vUis vera^ vos palmites.
Du Calvaire Marie nous conduit au cénacle, et du cénacle nous la voyons, après un peu de temps , s'en aller vers un tombeau C(ui ne peut la gar.ier et d'où elle s'élève glorieuse vers le ciel. La femme revêtue du soleil est montée au-dessus des nuées pour donner un nouveau printemps au monde ; l'étoile de la mer s est élevée comme un phare pour sourire aux matelots du haut du ciel : mais la terre la possède encore en quelque sorte; elle revient vers ceux qui la prient, et son assomption glorieuse ne sera consommée que lorsque l'Eglise tout entière accomplira au ciel son mariage avec le céleste éj>oux.
TROISlànE ÉTUDE.
Marie et VEglÊme.
Lorsque Dieu créa la première femme , il créa la société : Non est oonum homincm esse folum. Eve fut non-seulement la mère , mais le type de l'ancienne association humaine ; et eu effet , la société , dans sa formation , dépend de la femme. Il semble que le mot famille soit formé de son nom , comme mariage a pour racine le titre de mère. C'est à la mère que se rattachent le plus directement les rameaui de la généalogie humaine; aussi par elle la société primitive a été perdue et infectée dans sa source; par elle la société nouvelle a eu pour fondateur le Verbe , qui s'était fait chair dans son sein.
Si Eve a été le type de la société corrompue et adultère, et si la synagogue n'a otfert
que l'image d'Eve repentante et courbée sous la peine de sa faute , Marie e«t le type de U société fidèle et pure que Jésus-Christ appelle à la liberté de Pesprit; Eve n'éUil qu'une femme , Marie est une mère, et elle est mère de Dieu I
Jésus , en promettant k ses apêtres d*établir son Edise et en confiant ses agneaui k la fidélité ae Pierre, avait annoncé la société nouvelle. Dans la dernière cène , il avait donné , à cette société è peine naissante , pour loi son amour, et sa propre chair pour nourriture; mais ce que serait un jour cette Eglise et quels trésors d'amour et de miséricorde seraient renfermés en elle, il ne le découvre qu'à saint Jean , à celui qui pendant la cône avait été digne de reposer sur le cœur de son maître; et c'est lorsqu'en la personne de Marie Jésus crucifié lui fait voir l'Elise future et qu'il lui dit : Voici ta mère !
Aussi saint Jean, initié aux mystères du cœur sacré de Jésus et du très-saint cœur de Marie , ftit-il le grand voyant de la loi nouvelle et le prophète de l'Église catholique.
Jéâus avait trois disciples qui raccompagnaient partout et pour lesquels il n'avait rien de caché; et ici se retrouve le mystère symbolique des nombres sacrés : les a()êtres sont douze, comme les patriarches et comme les étoiles de la couronne de Marie; mais trois sont choisis pour voir de plus près lo Verbe incarné : Pierre, que l'on représente sous les traits d'un vieillard , l'apotre des Juifs, le symbole de la loi ancieiine régénérée par la foi, celui qui tient la chatne de la tradition , la pierre sur laquelle sera fondée l'Eglise, celui qui comprend peu afin, pour ainsi dire , de croire ciavantage ; son vêtement traditionnel est bleu, la moins claire des couleurs vives , la couleur la plus négative parce que le noir n'en est pas une ; muis son manteau est couleur d'or, svmbole de la pureté de la foi et de la sincérité de son
spécial est l'espérance ; il ne prêche gu^re que par son martyre , qui suit de près la mort de Jésus. On le représente avec une robe verte , emblème de respérance , parce que le vert est l'alliance du négatif et du positif et comme un milieu entre la nuit et la lumière ; c'est la teinte crépusculaire de la végétation; son manteau est couleur de sang, souvenir du martyre. Enfin, saint Jean, sui^ nommé le fils du tonnerre, peut-être parte que l'esprit de douceur succède , par une réaction nécessaire, au fracas de la temi)êie, ou bien parce que la voix de la révélation est puissante en lui et écrasante comme )e tonnerre ; il a pour symbole l'aigle qui piano au-dessus des oraçeç, afin au'on sache bifit que le tonnerre de saint Jean éclate i»lu) haut que tous les nuages de la raison bu* inaine ; l'aigle qui fiie le soleU avec un cri de triomphe parce que saint Jean , l'œil iu* tel leur fixé sur le Verbe, a crié d'une voii
MYSTERES
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detoonerre : In principio erai VerbumlW est jeune d une jeunesse symbolique et iminorlelJe comme celle des anges » parce qu*il est l*apôtre de Tamour, qui seul survit à toutes les choses qui vieillissent et ne saurait jamais vieilJir. Pierre vieillira , et alors il étendra Jes bras , un autre le ceindra et le conduira où il ne voulait pas aller. Mais si celui-ci doit rester jusqu'à ce que lo Sauveur revienne, que nous imporie ? Pour nous , suivons Jésus cruciQé. Le bruit se répand donc que saint Jean ne doit pas mourir ; et en effet, le saint Jean mystique ne meurt point, car ce qui est exempt de la vieillesse est par Jà même exempt de la mort. La charité restera sur la terre jusqu'à la fin pour attendre la venue du Sauveur ; et si la roi , eu s'éteigoant de toutes parts, la refroidit et la rend plus rare, elle veillera du moins dans la nuit comme ces lampes du sanctuaire qui conservent le feu pour le sacrifice du malin. Saint Jean tient en main un calice qui contient un servent. C'est le calice de la passion du Christ, rempli de la malice du démon, que le Christ a bue en douleurs et en angoisses pour la détruire ainsi à jamais. Saint Jean devait boire son calice et être baptisé de son biiptôme ; aussi partage-t-il en quelque sorte avec son maître la gloire d'absorber la mort et de rester vivant, de boire le venin de Satan et d'en détruire le princii>e de mort par la force du principe de vie qui habite en lui par la charité. Son nom, en hébreu, signifie la grâce , la miséricorde et la piété. Sa robe est couleur d*émeraude, et son manteau de pourpre, c'est l'espérance de la chasteté comblée et satisfaite par la royauté du divin mour. A lui est révélé l'alpha et l'oméga , le commencement et la fin : au commencement était le Verbe; la Un de toutes choses, c'est la charité. Mes petits enfants , aimezvous les uns les autres, car c'est le précepte du Seigneur ; et celui qui aime accomplit la joi , mais celui qui n'aime pas demeure dans la mort.
Voilà pourquoi tous les trésors de la vie présente et future ont été confiés à l'apôtre de la charité. On peut dire qu'il a été le premier dépositaire des secrets du cœur sacré de Jésus ^ inséparable du très-s{|int cœur de Marie ; et son flme a été tellement unie i ces cœurs glorieux, qu'il semble n'avoir été que leur organe, et que l'Evangile selon saint Jean pourrait être appelé avec mson et vérité l'évangile du Sacré-Cœur.
C'est dans le cœur de son divin maître , sur lequel il avait reposé durant la cène, que saint Jean puisa les révélations sublimes dont il fut l'oracle. C'est là que l'amour filial de Jésus pour sa mère passa et s'étendit , comme ^r sj mpathie, dans le disciple bienaimé qui » dans la personne de Marie, comprit l'emblème touchant et la figure vivante de l'Eglise future lorsque Jésus la lui donna pour mère du haut de la croix , puis s'écria c|ue tout était consommé, et rendit le dernier iioupjr.
Aussi l'Apocalypse, celte dernière des grandes prophéties, qui ferme si magnifique-
ment le cycle des livres inspirés , est domi* née nar deux grandes idées : la destruction du règne du mal, et le triomphe du bien ; et par deux grandes images : la société antique et dépravée , sous la figure de la prostituée deBabylone; et la société nouvelle, sous la figure de cette femme en travail d'enfant, qui est couronnée de douze étoiles
mystiques ont vu que l'Eglise est représentée ici sous la figure de Marie ,
[>arce que, sous le point de vue du symboiscne, tout ce qui peut être attribué à l'une convient également à l'autre. Développons rapidement cette pensée.
Le nom de Marie signifie mère par excellence, étoile des mers, amertume ou sel des eaux, et myrrhe pour embaumer. Or, Ri mère par excellence, c'est aussi l'Eglise. L'Eglise est le phare de tous ceux qui sont égarés sur l'océan du monde, plonges dans la nuit de l'erreur. L'Eglise, par l'amertume de ses lois disciplinaires et le sel de ses enseignements, préserve de la corruption la masse des eaux qui , dans l'Ecriture , représentent toujours les peuples ou les connaissances humaines; enfin l'Église, comme une myrrhe précieuse, embaume et conserve pour l'avenir toutes les traditions et toutes les reliques des saints^ Voilà pour le nom de Marie.
Marie sort de la race juive , comme l'Bglise de la synagogue, emportant toute la no* blesse divine de sa race sans en avoir contracté les souillures ; c'était le péché , dit saint Paul , qui avait été la cause de la loi -, et le péché vivait par elle ; mais l'Eslise est née (le la rémission même du péché ; elle a eu pour origine l'accomplissement du mystère de la rédemption; elle est fille de David , mais non pas de David pécheur. Jésus- Christ est le David nouveau , dont l'autre n'était que la figure; et sur le Calvaire , sa montagne sainte, qui succède à la montagne de Sion , il transmet un sang pur à sa fille bien-aimée : l'Eglise , comme Marie , a été conçue sans péché.
Les premières années de l'Eglise » comme celles de Marie, se passent à l'ombre de l'an cien temple ; les premiers fidèles, disent lea Actes, se réunissaient pour prier dans le por-^ tique de Salomon , et personne n'osait s^ joindre à eux, mais tous admiraient leur re-> cueillement et leur ferveur.
La virginité de Marie est confiée à Joseph ^ qui sera en apparence son époux , et en réalité son gardien. Ainsi la pureté de TE^ glise est confiée , dès l'âge de son adoles^ cence, aux soins vigilants de Pierre, qui lui représentera son céleste époux, et la protêt géra aux jours de son enfantement mystérieux. Comme à Marie, l'avenir est annoncé à l'Eglise par les apôtres, qui remplissent l'office des anges ; comme Marie , elle deviendra mère sans cesser d'être vierge , car le fruit qu'elle mettra au monde germera sous un souffle du Saint-Esprit , et plus elle sera mère, plus elle apparaîtra vierge et pure ; Tesprit ascétique des Esséniens sem*
MYSTERES
MYSTERES
blo ôfrc ie précurseur do ses saintes austérit(^St et tressaillir dans les montagnes à rapproche de cette divine mère, qui porte l'avenir et le salut dans son sein. Enfin , c*est dans rétable , c'est-à-dire aux derniers degrés de Tordre social , parmi le pauvre peu- I)le « parmi les pêcheurs et les pAtres , que 'Eglise enfante comme Marie le Verbe qui doit combler les vallées et abaisser les montagnes. C'est l'Eglise gui tient lésus enfant sur ses genoux pour 1 offrir aux adorations des rois et des sages de la terre. C'est elle qui le dérobe à la persécution des tyrans, en conservant, malgré tous les efforts ae ses ennemis, l'intégrité de sa parole. Enfin le Verbe éternel lui obéit comme il obéissait à Marie; et lorsque Jésus vient régénérer l'humanité en corvsacrant sa nouvelle alliance, lorsqu'il vient changer les eaux froides du siècle en un vin pur, le vin de son calice, le vin de la charité, le vin de l'ivresse du ciel, c'est à TEglise, comme à Marie, qu'il appartient de dire aux hommes , en leur montrant le Rédempteur : Faites tout ce qu'il vous dira I
Enfin, comme Marie au pied de la croix, rÉglise est continuellement debout devant Tautel du sacrifice, offrant comme mère celui qui s'offre comme prêtre et comme victime, et participant à son martyre aussi bien qu'à son sacerdoce. C'est elle qui persévère toujours dans la foi au milieu des commotions et des épouvantes du monde, et oui, les yeux fixés sur la croix, laisse le soleil s'obscurcir, le voile du temple se déchirer et les tombes se fendre en laissant échapper leurs captifs. C'est elle qui ensevelit avec amour celui que l'enfer se flatte d'avoir vaincu, celui que les Pharisiens prétendent avoir tué,et qui dort doucement du sommeil précurseur de la résurrection ; à l'Eglise a[>p^tiennent aussi le linceul, l'éponge rougie de sang et l'eau pure pour laver les plaies du Sauveur.
A rÉglise, enfin , appartient la place de Marie au cénacle, et les langues de feu descendent d'abord sur elle pour se distribuer ensuite aux apôtres; à l'Église quelques jours encore d épreuves, de travaux et de larmes, et à elle aussi bientôt une transfiguration glorieuse et une rayonnante assomptionl
Je vous salue, Marie 1
Église de mon Dieu, je vous salue I
Maintenant, le titre de Mère de Dieu appartientril moins à TÉglise qu'à Marie? Marie a enfanté une fois THomme-Dieu, l'Eglise l'enfante mille fois tous les jours par le Verbe et par le sacrement.
L'Église n'est-elle pas, comme Marie, la reine des an^es, des patriarches et des martyrs, les délices du ciel, la consolation du purgatoire, Tespérance de la terre? Oui, l'on
1>eut dire que si le grand peuple de l'univers, orsqu'il sera régénéré par la grâce, ne fera qu'un avec Jésus-Christ, la société nouvelle, ] Eglise, ne lait qu'un avec Marie et se personnifie en elle ; car elle aussi est pleine de grâce. Ave, gratta plena, I*'on doit pressentir ici combieu Marie est
essentiellement catholique. Retournons à saint Jean, le fils de Marie et le prophète de l'Eglise, et entrons avec lui autant queBieu nous le donnera dans la révélation de IV venir.
La première figure qui se présente an voyant de Pathmos dans son extase, c'est h personnification humaine de ce Verbe dont il avait raconté l'éternité dès le commence* ment, revêtu de lumière et de pureté , ceint de charité pure et foulant la terre sous ses pieds d'airain brûlant. Le Verbe lance des éclairs partout où il regarde, porte dans U main sept étoiles et marche au milieu de sept chandeliers d'or, triomphant par la vertu du glaive qui sort de sa DOuche.
On sait ce que signifie le nombre sept, composé de trois, le nombre de Dieu, et do
3uatre, le nombre de la création, et la lumière es étoiles correspond à celle des chandeliers. L'Église est le reflet du ciel sur la terre : c'est une forme de Tunité divine, c'est comme une extension de la divinité communiquée aux hommes; c'est le temple de la Sagesse que la Sagesse a construit elle-même en taillant sept colonnesjpour le soutenir: Sapientia œdtfieavit $ibi aomum^ exddit colum» fias septem.
Par la puissance du Verbe, le prophète s'élève au ciel et voit le centre rayslérieui de l'Être, un trône au milieu du ciel, et sur ce trône Quelqu'un qu*il ne nomme nas, qu'il ne déunit pas, parce que la langue numaine lui manque ; il nous représente seulement cet inconnu divin, immobile comme la pierre et transparent comme lejAS|)e: un arc-en-ciel est sous ses pieds , un océan de cristal est autour de lui. C'est la création où il se mire et où nous pouvons entrevuir son image, et vingt-quatre vieillards sont a»* tour de lui, les deux Testaments chacun arec leurs douze lumières, le temps de TépreuTe multiplié par la révélation de Dieu dans Thu* manité, six par quatre les six jours de la création, par les quatre relations divines, par les auatre effusions créatrices, par les quatre fleuves du paradis, par les quatre animaux symboliques d*Ezéchiel, qui se retrouvent ici marquant encore les quatre points cardinaux du ciel mystique et figurant les quatre vertus cardinales. Ces figures étaient familières aux premiers chrétiens et ne peuvent étonn t que ceux qui ont fait une étude peu approfondie de Tantiquité religieuse. Voilà la grande image du mystère de Dieu que nous a donnée saint Jean, niais ensuite sa révélation devient plus claire : il voit distinctement, sur les genoux de celui dont il ne pouvait regarder le visage, un livre, et ce livre est fermé de sept sceaux. Voilà le Verbe écrit qui doit servir de médiation entre Dieu et les hommes; mais i^ livre est fermé pour eux, et une septujld ignorance les empêche de connaître h'ss*'i4 vérités qui n'en sont qu'une. Dieu en luim^me et dans ses relations, son essence <*t ses œuvres, la trinité et l'univers, trois et quatre, comme nous l'avons indiqué.
Pcriouae, ni dans le ciel ni sur la lerrv,
UYSTERES
MYSTERES
ne peut ouvrir lo livre, et saint jean nlcurc amèrement. Mais voici qu'un agneau égorgé e( vivant se présente devant le trône : il brise les sceaux de l'ignorance humaine, et tous les siècles et toutes les lumières , et toutes les voix et toutes les couronnes se réunissent, s'inclinent et se prosternent devant lui. Voilà comment s'établit la légitimité Ju règne de Jésus-Christ dans le ciel et sur la terre
Le livre éternel, en s'ouvrant, ouvre une nouvelle époque, annonce un nouveau monde et condamne l'ancien à la destruction. Le règne du Fils de l'homme doit s'élever sur les ruines de celui de la bête; aussi un tourbillon d'images terribles se succèdent devant saint Jean avec la rapidité du temps qui \msse et des destinées qui s'accomplissent. La destruction, sous les Quatre formes opposées aux quatre formes ae la création, foule et pétrit la terre sous l'ongle de ses quatre coursiers terribles; sept trompettes retentissent; sept coupes pleines de colère sont répandues. Nous ne répéterons pas ici les analogies du nombre sept : le soleil change (le couleur, les étoiles tombent du ciel, le ciel se roule comme un livre, les montagnes tremblent et descendent dans les vallées ou sont précipitées dans la mer; la terre est moissonnée et vendangée par les anges exterminateurs, et les Ames des martyrs crient vengeance sous l'autel. Voici la prédication de rÉvangile, les révolutions qu'il opère et le jugement qull annonce, puisvoici maintenant l^glise.
Un Drodige nouveau apparaît dans le ciel : Une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles, et elle criait dans les douleurs de Tenfantement. Ainsi voilà l'Église, et la prière qui est le cri de son travail. La voilà revêtue de la splendeur même du Verbe, ayant sous les pieds la loi ancienne et sou pAle reflet du jour éternel, et autour (le la (ête, comme un diadème de gloire, toutes les lumières de la révélation; les étoiles des patriarches et des apôtres, les douze fruits célestes de l'esprit d'intellisence et d'amour, et elle est en travail de l'homme nouveau : Clamabat quasi parturiens.
Maintenant regardez la société animale qui est assise sur la bête, et qui règne par les dix puissances brutales du péché sur les sept vices capitaux. Contemplez cette prostituée assise a la source des eaux et infectant les générations humaines; sa tête, chargée de diadèmes, chancelle d'une horrible ivresse. Elle a bu le sang des martyrs, et elle offre aux nations, dans une coupe d'or, »es ioimondices à boire; elle se hâte de ouir du peu de temps qui lui reste, parce ja'eUe sait bien que son règne est passé. >éjà s'élôve la fumée de son incendie, déjà es rois qu'elle a couronnés se révoltent ontre elle, déjà un ange formidable souève et balance en l'air une pierre immense u'il va précipiter dans la mer en s'écriant : iïnsi tombera Babylone 1 Rois et trafiquants de la terre, pleurez
maintenant et couvrez vos têtes de cendre.. 4 Hélas l hélas I qui fut semblable è cette srande cité? Maintenant la lumière des fêtes n y brillera plus pendant la nuit, on n'y entendra plus les chants de l'époux et de l'épouse? elle est tombée à jamais, la cité ennemie de Dieu! Mais voici que descend du ciel sur la terre la cité des élus, la Jérusalem nouvelle, la grande Église catholique triomphante et glorifiée, sainte société universelle, car voilà ce que veut dire Église catholique : tous les nommes constitués dans l'unité, et l'unité humaine constituée en Dieu par la transfiguration de son Verbe fait chair I La société, maintenant est une mère, et l'homme est l'enfant qui repose sur son cœur. Or le cœur de la société chrétienne et catholique, c'est le cœur sacré de Jésus vivant pour nous dans le très-saint cœur de Marie. Voici la grande assomption de la vierge-mère, voici le règne de la mère de Dieu dans le triomphe die son Eglise : Ecce tabemaculum Dei cum hominibus.
Maintenant si, pour voir se réaliser la prophétie de saint Jean, nous parcourons I histoire de l'Église qui semble être le commentaire de l'Apocalypse mise en action, nous verrons le culte de Marie naître pour ainsi dire avec la puissance de l'Église, se développer avec te principe catholique et s'ac* croître avec cette société maternelle dont Marie est tout à la fois la reine, la mère, le type céleste, le doux emblème et le symbole glorieux; nous verrons toutes les hérésies ennemies de Marie comme de l'Eglise, tous les enfants de l'orgueil qui déchirent le sein de leur mère s'indigner des privilèges de la mère du Sauveur, et Marie toujours douce dans son triomphe, faire mourir toutes les hérésies par la vertu de la grAce dont elle est pleine, répondre à ses ennemis en leur montrant le petit enfant qu'elle tient dans ses bras , et écraser toujours la tête du serpent tant de fois renaissante : Quœ sola ifUeremisti omnei hcereses in univeno mundo.
Aussi les saints ont-ils en quclaue sorte confondu ensemble Marie et l'Église lorsqu'ils se sont écriés qu'on ne pouvait être sauvé Que par elle et que Dieu ne voulait nous donner aucune grace que par elle; lorsque , au grand scandale des hérétiques, ils ont adoré Dieu vivant en Marie et ont vu cette vierge sainte si remplie de Dieu et si absorbée en lui, que souvent les prières d'adoration qu'ils n'adressaient qu'à Dieu semblaient s'adresser à elle et ne craignaient pas de s'égarer. Ici, à l'exemple de Jésus- Christ, lorsqu'il révélait pour la première fois les mystères de la sainte eucharistie, l'Église ne craint pas de scandaliser et d'éloigner les orgueilleux Caphamaites; et , {)ar la douce voix de Marie, lorsque des enànts in^ats se scandalisent de son culte, elle semble nous dire encore : Et v6us, ne voulez-vous pas aussi me quitter?— Eh ! où , irions-nous? n'avez-vous pas les paroles de la vie? Yerba vitœ œlernœ habes!
Aussi, dès que le concile de Nicée eut établi l'autorité maternelle de l'Église et cens*
MYSTERES
titué Tunité dans la soumission de la foi, Tesprit» qui lutte et qui nie en se repliant comme un serpent, cnercha d*abord à tarir son autorité dans sa source, en niant la divinité du Saint-Esprit, et attaqua indirectement la maternité divine de Marie. L'Église prouva son autorité divine en Teierçant une seconde fois, et Macédonius fut condamné au premier concile de Constantinople. Alors le génie mormurateur attaqua TËglise dans la personne même de Marie; et, en lui ve* fusant le titre de Mère de Dieu, il le refusa eu môme temps à TÉglise, qui n*eût plus été dépositaire que d'un verbe humain, d'un sacrement sans réalité et sans force, et d'une autorité faillible. A cette grande attaque du démon contre le ciel, l'univers s'étonna et les peuples attendirent avec anxiété le résultat de la lutte.
Le succès de TË^lise ne se Qt pas attendre : Marie fut proclamée à Éphèse Mère de Dieu, di»T^'.tc. Et l'instinct divin qui est dans le peuple lui fit comprendre que cet arrêt lui donnait, à lui aussi, une mère pour le guider et le sauver. Le triomphe ae la Yierse fut pour les Éphésiens et pour le monde entier une fête populaire; car Dieu restait ainsi parmi les hommes réellement présent sur l'autel avec la chair du Sauveur, et l'Église aussi venait indirectement d'être proclamée mère de Dieu 1 L'hérésie n'avait pu séparer Marie de Dieu, elle tenta de la séparer des hommes en refusant au Christ une volonté humaine, et d'affaiblir encore ainsi l'autorité de l'Église en éloignant Dieu de la terre. Eutychès, auteur de cette nouvelle impiété, fut condamné à Chalcédoine, et ses sectateurs furent poursuivis dans plu* sieurs autres conciles.
Elfrayé alors de cette grande image de la mère de Dieu, qui symbolisait d'une manière si admirable les caractères, les privilèges et les devoirs de la société nouvelle, l'orgueil humain essaya de briser la chaîne du symbolisme et d'empêcher le Verbe de parler aux veux par des images,, dans l'espérance qu alors les masses échapperaient à son action, et que TÉglise étendrait plus difficilement sa puissance maternelle lorsque l'enseignement de la plus grande partie des hommes lui serait devenu presque impossible. Des tyrans hypocrites, sous prétexte de zèle, proscrivirent le culte des images» comme si Dieu parlait aux hommes autrement que par des images et comme si tout Tunivers n'était pas lui-même une grande image de Dieu. De la proscription des images à celle de toute la liturgie, et enfin des sacrements eux-mêmes, il n'y avait qu'un pas. On détruisait ainsi tout enseignement et tout lien social dans l'Église ; l'Église n'était plus mère et n'avait plus le droit d'apprendre à lire à ses enfants. Le second concile de Nicée abattit ce nouvel effort de l'ancien serpent, ordonna d'honorer les images saintes et détermina en particulier quels hommages devaient être rendus à l'image de la mère de Dieu, honorée déjà dans l'Église d'un culte d'hyperdulie, continué depuis et
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augmenté par les fidèles enfants catholiques de Marie, qui l'honorent en faisant mentioR d'elle avant tous les saints et immédiatement après Jésus-Christ, et en lui donnant le titre de très-sainte, qui l'élève auMlessas de toat ce qui n'est pas Dieu.
Aussi, depuis cette époque, voyons-noas le culte de Marie s'étendre avec la puissance de l'Eglise et la piété des fidèles^ multiplier ses images et ses temples. Voici le temps des légendes merveilleuses et des glorieux miracles. Marie se montre revêtue de toule- Ï puissance pour le pardon ; elle guérit tous es malades qui l'invoquent, obtient de Dieu les grâces les plus inespérées , touche les cœurs les plus endurcis et change les loups en agneaux. Elle semble avoir en main l'autorité divine pour l'exercer è son gré; elle touche, elle brise, elle sauye tout ce qui lui résiste : elle voit tomber à ses pieds ses plus farouches ennemis. Elle poursuit Satan jus^ que dans son triste royauine et lui reprend les âmes jusque dans sa gueule béante. - Quelle douce et sublime philosophie reli-^
fieuse dans toutes ces images populaires, si on songe gue Marie représente aussi TEglise catholique, et que ses miracles sont les œuvres habituelles et comme familières de cette Eglise qui enfante Dieu tous les jours I Car il faut voir l'Eglise catholique dans h personne de Marie, et Marie dans le corps mystique de l'Eglise, non pas» et je ne le répète ici que pour les siiiii>leS| non pis dans ce sens que Marie ne soit qu'un sjrmbole et qu'une fiction , aucune personne bienveillante et sensée ne nous soupçonnera de ce blasphème ; mais comme deui réalités dont l'une est la figure exacte de l'autre, et qui sont tellement» inséparables qu'on ne peut les comprendre gue 1 une par 1 autre, et que Marie, mère de Dieu, est aussi essentiellement catholique que l'Eglise catholique est dévouée sincèrement au culte de Marie. De là ces deux formules égalemeol catholiques : Hors de TEglise point de salut ; et : Un vrai serviteur de Marie ne périra jamais ; et celle-ci encore : C'est par Marie que Dieu veut nous donner tout ce au il nous donne , ce gui équivaut à dire : Hors de la confiance filiale en Marie il n'y a poiul de salut.
Aussi voyez quelles prérogatives l'Eglise reconnaît à cette mère du Verbe dont elle sent bien que le culte est toute la force sociale. Aucun ministre delà parole n'annonce l'Evangile au peuple sans avoir d'abord salué Marie, et sans lui avoir, comme Tangc demandé sa coopération de la part de Dieu pour montrer le Verbe à la terre ; tout w peuple fidèle la salue trois fois le jour au son des cloches consacrées au souvenir de la prière ; on lui consacre un jour de chaque semaine et le plus beau mois de chaque année. Tout est plein de son culte, tout estem* baume de son nom. Le catholicisme tout entier semble fleurir à l'ombre de son voile. Sa grâce ineffable retient encore dans nos temples les faibles cœurs dont la foi chancelle, y attire malgré eux les pécheurs et les
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:roubie souvent par son parfum de piété, d'innocence et de paix. Quel orgueil ne serait désarmé à la vue d'une mère si douce et si modestOt quel cœur sauvage ne se laisserait attendrir a son sourire de miséricorde et à ses chastes paupières qu'elle abaisse si miséricordieusement vers les pécheurs I Oui n'envierait le calme de ce petit enfant qui dort si paisible entre des bras si purs et sur une poitrine si aimante, surtout lorsque la voix secrète de cette erâce qui veille toujours aux pieds des autels de Mario dit au cœur de l'enfant du monde : Voilà la paix dont jouissent les enfants soumis de l'Eglise; tu peux redevenir semblable à ce petit en-« fant et reposer auprès de lui sur le cœur de sa mère I Sans doute plusieurs résistent à cet entraînement de la grâce, mais ils emportent dans leur Ame une tristesse, un désir vague, peut-être une espérance ; et Ma* rie, qui les connaît déjà, attend avec mansuétude le moment de les reprendre et d'àcberer son œuvre de salut et de pardon.
Les prières solennelles que TEglise adresse à Marie sont merveilleuses de confiance et d'amour, et attribuent à cette reine du ciel une puissance sans borne et un empire sur ie cœur de Dieu qui ne connaît pas de limites. Je vous salue, û noire reinet 6 mère de la miséricorde 1 Je vous salue, 6 notre vie, notre bonheur et notre espérance I Nest-ce pas là de quoi scandaliser les raisonnements superbes et les cœurs sans amour qui sont jaloux du bonheur des simples et qui blasphèment ce qu'ils ignorent ? Ne parlonsnous pas à Marie comme il convient de parler à I>ieu seul 7 Mais l'Eglise, sans répondre à ces murmurateurs de mauvaise foi , continue et dit encore à Marie, dans une autre prière : Brisez les liens des coupables, donnez la lumière aux aveugles 1 Donneznous une vie pure, rendez-nous doux et chastes comme vous I L*Eglise sait bien à qui elle parle, et Marie comprend bien le ^nga^e de l'Eglise. Ce que l'Eglise demande à Marie pour ses en&nts, Marie le demande en même temps à l'esprit qui vit dans l'Eglise. Prosternées en quelque sorte Tune devant Tautre et n adorant que Dieu, Marie et VEglise se donnent le saint baiser de la justice et de la paix, puisque, comme nous Varons dit, il y a réciprocité, communion mtime, correspondauce parfaite entre TE- {0ise et Marie, entre l'épouse de Jésus-Christ. c( sa mère.
C*est en ce sens qu'il faut interpréter ce qu*oo serait tenté d appeler les pieux excès des saints et les extravagances de leur amour pour Marie, car plusieurs Tout aimée jusqu'à la folie et sont redevenus, en quelque sorte, à la lettre de petits enfants pour lui bégayer le doux nom de mère. C'est ainsi :iu il faut comprendre les paroles des docteurs qui oxit le plus aimé Marie, tels que »aiot Kphrem, saint Bernard, saint Ansebne, »int Bonavcnture et d'autres moins célèbres ; iJs n'ont pas séparé Marie de l'Eglise ki TEglise de Marie, et, dans la maternité de *£^]i6C et de Marie, ils ont vu le propitia-
toire de Dieu et le tabernacle où il demeure parmi les hommes ; ils ont vu Dieu même, enfin, et n'ont voulu voir que lui dans les merveilles de son amour. Faut-il donc s'étonner qu'ils adressent la parole au roi luimême en parlant à son Interprète 7
Le temps et l'espace nous manqueraient SI nous voulions rapporter au sujet de Marie toute la poésie des traditions populaires et toute la merveilleuse théologie poétiaue des légendes, il nous faudrait aller de Sainte^ Marie-des-Neiges à Notre-Dame del Pilar, do Notre-Dame-des-Roses à Notre-Dame-des- Tempêtes pour retrouver toujours Marie guérissant toutes les douleurs, accourant à tous les dangers, veillant sur toutes les angoisses, adoucissant tous Jes hivers, sanctifiant toutes les saisons et bénissant tous les frimas comme toutes les fleurs.
Tout parle d'elle dans la relifidon catholique, tous les temples et toutes Tes chapelles sourient de sa douce peinture 1 les vitraux en étincellent et colorent le soleil de l'azur de son voile, elle a gravi les plus Apres rochers et tend la main aux voyageurs errants dans la montagne, son souvenir vit sur les lèvres de tous les enfants et dans le comir de toutes les mères. Les affligés l'invoquent dans leurs peines, les malades l'appellent auprès de leur lit de douleur, les matelots battus de l'orage murmurent aux tempêtes le charme de son nom ; la jeune fille cueille des fleurs pour elle, et lui offre son innocence, en même temps que le repentir ne craint pas de lui présenter ses larmes, lui qui ne trouve* souvent un asile qu'au pied de son autel. Toiijours occupée au bien des hommes, elle bénit, elle console, elle relève, elle instruit) elle guérit, elle fortifie : ses mains toujours ouvertes pour répandre des gricos ne s'épuisent jamais, et semblent deux miraculeuses fontaines de lumière, de grâce, de pardon et d'amour. Image si vraie et si ancienne dans sa nouveauté aue depuis quelques années seulement qu elle a été révélée à une pauvre Ame obscure elle a déjà conquis le movde et qu'elle est devenue vraiment catholique comme la croyance en Marie.
C'est du reste une chose digne de toute TattenCion du cœur de voir l'Ëgiise dans tous ses périls, opposer Marie à ses ennemis comme un bouclier qui la protège et qui les désarme. Une légencfe raconte que Chartres assiégée par les hérétiques dut son salut à une image de la sainte Vierge qui arrêtait et amoncelait dans son manteau tous les boulets qui étaient dirigés contre les dtfenseurs des murailles ; c'est ici comme dans presque toutes les légendes, une touchante image de ce que fait Marie pour l'Eglise, qu'elle protège, et pour toute Ame qui se confie en l'Ëglise et en elle.
C'est Marie qui, lorsque les protestants déchaînèrent contre elle et contre Tunilé ca* tholique tous les orages ténébreux d'une raison révoltée, suscita dans l'Eglise cette puissante Société de Jésus qui conserva l'esprit d'obéissance et d'abnégation, pour l'ojtposer à toutes les tentatives de la chair re-
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naissante, et qui fit trembler la comiption da monde devant la Tertu de la croii. Ce fat, dit-on, Marie elle-même qui, apparaissant à saint Ignace de Loyola dans la ca* ▼eme de Hanrese, lui dicta les constitutions de cette association si glorieuse de plusieurs siècles de persécutions et de calomnies, honorée par tant de vertus, illustrée par tant de saints et féconde encore en ce siècle, où tout semble devenir stérile, en apôtres et en martyrs, ils sont connus des puissances des ténèbres, ces hommes qui ont lutté si victorieusement contre la violence du lion et contre la ruse du serpent, les amis de l'enfer ne les nomment pas sans frémir, et la haine des méchants serait leur plus beau titre à la gloire s*ils cherchaient une autre gloire que celle de leur Dieu. Ce fut Marie enfin qui inspira le rénérable M. Olier, l'un dos plus grands hommes de Dieu qui aient été montrés à la terre, et l'un des plus profonds écrivains qui aient révélé aux élusVesprit intérieur de la religion de Jésus-Christ et les mystères de son adorable cœur. Marie lui donna le plan et les règlements d'une compagnie de nouveaux soldats non pas précisément pour défendre, mais pour conserver l'esprit de la religion avec une abnégation et un dévouement qui ont queluue chose d'effrayant pour la nature. Les sufpiciens étaient destinés de Dieu à opposer leur immobilité aux mouvements désordonnés d'un siècle convulsif ; à protester contre les tâtonnements sacrilèges d'une vaine science par une ignorance volontaire du monde ; à veiller fidèlement sur l'arche sainte, pour empêcher des défenseurs téméraires d'y porter la main, et leur épargner le châtiment d'Oza. C'est Quelque chose d'admirable à voir que ces nommes, en qui toute chose humaine est morte sans retour, vivant du seul sentiment de leur devoir et vieillissant en silence à leur poste comme des sentinelles de Dieu, tandis que les vains systèmes qu'ils ignorent s'entrechoquent, se brisent, se succèdent et meurent ; tandis que e siècle court et s'agite jusqu'à l'épuisement pour revenir toujours dans le même cercle et tomber découragé en se moquant de ces hommes qui ne marchent pas I et il ne sait pas, riusensé, que Dieu leur a dit d'attendre qu'il meure et qu'une rapide putréfaotion ait débarrassé leur chemin de son cadavre, afin que leur pas grave et solennel comme les vérités qu lis gardent n'ait pas è se heurter inutilement contre cet obstacle éphémère. Les sulpiciens sont, si j'ose parler ainsi, les temporiseurs de l'Ëglise, il y a en eux quelque cnose d'immobile, de calme et de fort comme l'éternité, et c'est dans Tesprit de leur société surtout que l'on com-
Brend cette belle parole de saint Augustin : ^ieu est patient parce qu'il est éternel, paiiem quia œiemui. Tout l'esprit de Saint- Sulpice est là : et les hommes vénérables
aui composent cette société sont heureux 'avoir, pour science principale et pour génie, l'esprit d'obéissance, d*abnégation et de fidélité aux usages : TeneU Iraditiones,
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Le vénérable M. Olier, qoi est resté fiilèlo, même après sa mort, au principe de la vie cachée, car son génie élevé et ses sublimes écrits sont encore presque inconnu*, M. Olier, dis-ie, qui avait le don de vue en Dieu, fit de la dévotion à la sainte Vierge la base et l'avenir de sa congrégation. 11 a écrit sur Marie des choses admirables, et a compris que tout le génie du catholicisme était dans le cœur de cette immaculée mère de Dieu. Il fit Csire par le peintre Lebrun deux images mystiques qui sont comme la prophétie de l'avenir de 1 Eglise et aussi les concoi)tions religieuses les plus avancées, nonseulement pour son époque mais encore pour la nôtre : I jine, qui était le tableau du |^and autel de la chapelle du séminaire, représentait le mystère de la Pentecête ; Mane, élevée sur une sorte d'estrade au-dessus de tous les apôtres, recevait la plénitude du Saint- Esprit ; près d'elle, mais au-dessous, quoi- Îue plus élevé que les autres apôtres, saint ean, vêtu de blanc, semblait assister Marie comme le diacre assiste le prêtre à l'autel, et Marie en prière faisait descendre le Saint- Esprit sur les autres apôtres prosternés autour d'elle.
La seconde image, qui a été reproduite souvent par le pinceau et par le burin, représentait l'intérieur de la trts-sainte Vierge. Marie était représentée dans sa (^oire céleste, ayant, pour ainsi dire , le Saint-Esprit pour cœur «et toute remplie de sa lumière, les mains croisées sur sa poitrine, en signe d'offrande et de sacrifice, et les yeux fixés sur h nom divin de Jésus par lequel doit s'opérer le salut du monde : calme et oans une immobilité parfaite, environnéeà demi de nuages que repousse lentement la lumière qui l'environne, ta très-sainte Vierge représente également dans cette imase, et l'Eelise qui attend en paix le retour de ses enfants dans un siècle de trouble oiï elle ne peut leur faire entendre sa voix, et la Société des sulpiciens cachés dans leur vie intérieure et agissant sur TEçlise entière par leur silence et leur abnégation. Aussi cette figure, si caractéristique, est-elle comme le signe et le symbole favori des prêtres de Saint-Sulpice qui célèbrent tous les ans la fête de la vie intérieur de Marie et qui en placent l'image dans toutes les cellules de leurs séminaires comme un ornement indispensable
GOXCLUSIOlf.
Le Mdnl cseor de Marie.
Quand tout fut consommé sur le Calvaire, quand Jésus eut incliné la tête pour rendre le dernier soupir, le voile intérieur du teiople se déchira depuis le haut jusqu'en bas, et un soldat, d'un coup de lance, ouvrit le cdté du Sauveur.
Ainsi, après avoir tout fait pour son J^Hse, après avoir consommé et confirmé son enseignement divin et vaincu toutes les hérésies, Jésus, pour rappeler à lui tous ceui qui s'en étaient éloignés dans les jours de luiteet de colère, leur révéla le culte de la miséricorde et de l'amou'' en leur prése'itant son
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cœur e(, du culte de ce cœur divin, celui du très-saiot cœur de Marie sortit bientôt nature))cD)ent, comme Eve jadis était sortie du cAté entrouvert du premier homme.
La religion se résuma ainsi tout entière dans le plus touchant des symboles, le cœur d'une mère.
L'Eglise répond ainsi aux sophismes et aux crimes des derniers siècles en montrant à ceux qui souffrent loin d'elle son cœur maternel dans celui de Marie, comme si elle leurdisait : Revenez, et je vous aimerai c^mme siYOus ne m'aviez jamais outragée; ou plutôt : Revenez, et je vous aimerai davaotage, parée que vous m*avez outragée.
Ces études sur les mystères de la trèssninie Vierge et de son divin Fils sont bien iocomplètes sans doute, mais nous ne les donnons que comme Tesquisse d'un travail qui peut et qui doit être immense.
La folie de notre siècle, dont nous voudrions nous être toujours préservé, est de prétendre expliquer les mystères. On n'ex- |)liq|ue pas ce gu'on croit et ce qu'on adore; et I interprétation humaine pour les choses divines serait la mort, si jamais elle était possible. Ne révèle pas les mystères de ta mère^ (lit la Bible ; et en effet, toucher au voile du sanctuaire, c'est se rendre coupable d'un crime plus grand que celui de Cham. Mais la lumière de Dieu, qui ne se dérobe pas en vain à nos regards, est plus inaccessible à notre intelligence charnelle que le soleil ne Test à nos yeux : elle aveugle ceux qui la regardent, et, selon la magnifique allégorie de Dante, ceux qui veulent fixer le centre divin n'y aperçoivent que leur propre figure, reQet d'une intelligence aveuglée qui se mire dans les ténèbres en voulant fixer la lumière I MYSTÈRES (dramatiques). — Le symbolisme religieiA mis en action a produit les cérémonies du culte, et Dieu lui-même ne dédaigna pas d'en révéler les formes. Le culte est la révélation écrite dans les signes qui accompagnent le sacrifice; c'est Tensei- ^ement religieux mis en spectacle pour 1 instruction des multitudes. La pompe des cérémonies saisit Tesprit et parle au cœur. Dieu, qui a voulu, pour l'épreuve de nos âmes, les emprisonner dans des corps dont tes sens doivent être en quelque sorte les geôliers, veut bien lui-même, par respect pour ses propres lois, nous parler par 1 entremise des sens. Aussi la seule véritable Ëg'ise, celle qui est inspirée de 5on esprit, ne pouvant méconnaître cette indulgence du Créateur, a-t-elle conservé avec soin, contre tous les efforts de l'impiété et de Thérésie, son luxe gracieux d'images et de cérémonies, qu'on l'accusait d^emprunter au paganisme, et qui était au contraire, dans le paganisme même, une sorte d'instinct divin et de pressentiment catholique. Ainsi la philosophie, cette révélation naturelle, et la révélation, cette divine philosophie, s'accordent pour instruire l'enfance des nations et du monde avec des signes et des symboles, et pour traduire en images vivantes lalphaiietdu Verbe éternel. Les cultes idolâtriques,
DlCTIO-SN. OE LlTTÉHATUnE CHRÉT.
qui se résumaient dans la philosophie de la nature, ont dramatisé leurs mystères dans les initiations d'isis et de Cérès Eleusine, et comme l'enseignement était double, l'ésotérisme a eu ses mystères secrets, et l'exotérisme ses mystères publics et solennels. Eschyle est le grand hiérophante de la Grèce antique : il a créé le drame titanique de Prométhée enchaîné : rêve sublime de l'orgueil humain, si le faux pouvait être sublime ; expiation forcée qui glorifiait la faute, ou plutôt vengeance sans expiation, car le vautour céleste qui se repaît d'une colère sans cesse renaissante ( /«car ) symbolise plutôt la damnation éternelle qu'un châtiment salutaire et qui doit finir. Et cependant il est prédit qu'un jour Prométhée sera délivré et détrônera Jupiter. Le vautour tombera percé des flèches d'Hercule. C'est la rédemption par la force, l'antiquité n'en savait pas davantage; son rêve était grandiose, mais son explication de la douleur tournait à la honte du ciel : Prométhée enchaîné était plus grand que tout l'Olympe; aussi voyonsnous dans Eschyle toules les personnifications poétiques du Ciel, de la Terre et de l'Océan venir pleurer autour de lui. Ce spectacle donné à la Grèce entière était compris par les Âmes d'élite, et sapait déjà par la base les grands temples de Jupiter. L'orgueil que l'homme prend pour son génie, telle était donc pour les initiés l'unique et dernière divinité qui devait survivre aux fables gracieuses et molles de l'hellénisme. L'orgueil était, à l'insu même de l'hiérophante, le véritable vautour de Prométhée ; vautour que la flèche d'Hercule ne tue pas, mais que le Sauveur du monde enchaîne à son tour dans l'enfer, en guérissant du sang de sa propre blessure la blessure de Prométhée. Ainsi le grand mystère de la Passion continue et ex-
Elique dans la poésie universelle des symoles le mystère de Prométhée. Le moyen âge recommence l'œuvre d'Eschyle, et pour les chrétiens comme pour les Grecs, le théâtre prend naissance dans les initiations du culte public.
Peu importe que la Renaissance nous ait rendu les fables sanglantes d'Atrée et de Thyeste et les éternels assassinats de la famille d'Agamemnon, avec toutes les imitations dramatiques qui firent dégénérer en Grèce la solennité des grands mystères d'Eschyle. Les érudits ont pu avoir la permission de cultiver à loisir la version grecque et latine, la langue seule y a profité ; mais la science dramatique n'y a pas fait un pas. L'étude des belles formes de l'antiquité a préparé seulement des matériaux pour la construction de Toeuvre chrétienne dont Corneille et Racine ont donné les modèles dans Polyeucte et dans Athalie, et dont le plan et la base ont été préparés par les mystères du moyen âge.
Ô.i se Liiten général de ces représentations
[ûeuses une assez fausse idée : on pense que e grotesque devait, dans ces drames gros* siers empruntés à la Bible, à l'Evangile Ou aux légendaires, l'emporter sur le sérieux,
«Il
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et que riguorancc seule et la bonne foi de ces siècles barbares atténuaient le scandale de ces profanations naïves et consciencieuses. Ce jugement sévère, justifié peut-être par quelques exemples de boulTonneries et de mauvais goût* ne saurait s'appliquer aux mystères dramatiques en général, dont personne de bien iniormé no conte^^ra, nous le pensons, l'utilité morale, h portée reli-* Kieuse et la grandeur au point de vue de rart.
Le mystère de la Passion (car, ne l'oublions pas, c était là le grand et principal mystère, et les comédiens de ce temps-là se nommaient les Confrères de la Passion), le mystère donc de la Passion était représenté après la messe, et lui servait, pour ainsi dire, de commentaire. Le théâtre était la succursale de réglise, qui prêtait ses chapes et ses orne-' ments encore tout parfumés d'encens pour les personnages des anges ou de Dieu le Père. Les personnes divines étaient ordinairement représentées par des prêtres, et la foi du peuple, voyant aans les prêtres )es images de Dieu sur la terre, trouvait dès lors dans cette représentation une sorte de réalité. Le prêtre qui remplissait le rôle du Sauveur se montrait sur la scène pour com* battre tous les vices de ce peuple, figurés par les mauvais docteuts, la populace juive et les bourreaux. Les trivialités mêmes étaient alors des enseignements; il fallait faire rougir la foule de ses propres grossièretés; Il fallait dénoncer à la risée publi* que les sarcasmes et les blasphèmes des mal-pensants de ce temps-là; il fallait faire entrer dans la conspiration contre THomme* Dieu les sept pèches capitaux sous des traits connus de la foule* Le rôle ingrat de Judas Iscariote était alors rude à remplir» tant le peuple prenait au sérieux ces scènes au fond desquelles il sentait tant de vérité. Souvent le malheureux acteur était poursuivi à coups de pierre; d*un autre côté, le rôle de THomme-Dieu était rempli avec tant de conscience par des prêtres dont la foi acceptait le sacrifice du Calvaire, qu'on cite quelques exemples de prêtres acteurs qui expirèrent réellement sur la croix en représentant devant le peuple le mystère de la Passion.
Sans doute ce sont là des excès que la religion éclairée de nos jours ne saurait approuver; mais ce sont {[as excès de piété et de zèle qu'on ne saurait tourner en ridicule. C'était une chose sérieuse et très-sérieuse que les mystères, puisque c'était, comme nous l'avons déjà dit, une sorte d'appendice et de supplément aux cérémonies lia culte.
{Yoy, CEREMONIES.)
Rien n'était épargné d'ailleurs pour donner à ce spectacle de la magnificence et do la grandeur : les décors étaient souvent iH^els, lit le théâtre immense. On raconte que le mystère de VEnfer fut un jour représenté sur un pont au milieu d'un lleuve, afin que Teau, en létlchissant les ilammes, donnât à ce sppctarl«» \i\iiH de splendeur cl d'épouvante. Le» llaîtMncb brûlèrent si bien qu'el-
les se prirent à la charpente da pont sur laquelle ruisselaient le soufre et la résina enflammés, et au milieu de la représentation le drame devint réellement effroyable; car tout l'édifice embrasé, avec les damnés et les démons, s'abîmèrent dans le fleure. On voit que le luxe et l'émotion de notre scène moderne sont bien peu de chose comparés aux moyens dramatiques de nos pères.
Pour les représentations du mystère de II Passion y le théâtre était disposé à trois étages : l'étage supérieur , tendu de draps bleus à étoiles d'or, représentait le ciel; létoge du milieu, orné d'arbres naturels et de maisons quelquefois peintes, souvent artistement sculptées en bois , représentait la terre; enfin Tétage inférieur ayant pour ouverture une gueule monstrueuse garnie de dents et pleine de démons, figurait l'enfer. Dieu le Père apparaissait et venait trôner dans le ciel avec les ornements et les attributs d un évêque ; il annonçait aux anges aue les temps étaient accomplis et que son Fils allait mourir pour sauver les hommes; il ordonnait à Gabriel de se tenir prêt pour aller annoncer à Jésus cette nouvelle. Aïkdessous, Caïphe et les prêtres s'assemblaient et conspiraient la mort du Sauveur; ladas Iscariote venait les trouver et leur vendait son mattre; Malchus et les satellites préparaient leurs lanternes et leurs armes, et tout cela se passait tandis qu'au fond du théâtre, dans une maison ouverte aux spectateurs, on voyait Jésus faisant la Cène avec ses dis* ciples. Cependant Lucifer, de sou c6tét tenait conseil dans les rég ons infernales, et envoyait des messagers soit aux pharisiens, soit à Judas, pour les presser de faire ce qu'ils vou* laient faire. Chacun sortait de son côté pour tout préparer, et l'on entendait alors la prière de Jésus après la Cène, naivement et scrupuleusement traduite.
Père, voici mon heure, glorifie Ton Fils , qu'aiusy ion FUs te glorifie. Sur toute chair si Iny donnas pouvoir.
Afin qu*à tous ceulx que luy fis avoir 11 donne k eux vie et gloire*c;emeUe Or ceste vie et gloire quelle est^lie»
Sinon loy seul adorer en esprit, Toj seul vray Dieu et ton Fils Jbésas-ChriSlT J*ai ton nom sainct ici-bas faict l)énir. Et j*ai voulu mon ouvra^ finir, Que ta bonté m*octroyoii à parfaire.
Et maintenant rends-woy, cher sire et pèf«, Ceste clarté qu'en toy toute iliviiie Je possédai depuis mon origine , Quand tout le monde et renier u*étoyeiii pas. Or sauhe-moj des umbres du trépas.
J*ai aux humains maniresté ton nom, Les justes Pont béni , les aittrcs non. Ceux que pour tiens avois preJestinés, Dans ton amour tu me les as douncs ; Us ctoient tiens, et tu les as faits iaieos« Afin qu'ils soyent et sauvés et chresiieat : Us savent bien que de toy suis V!»stt , Croyant en toy dès que croire ifs ont sa. Donc c'est pour eux , et non p»s Donr le nonéB, Que je t*adjurc en ta bonté prolanilc; Pour eux je prie et pour ce quils sont liens Les veiilx sauver, car les tiens sont Irt mitm; Ce qu'as donné à nioy leur ay rtMid», Et j'ay pour eux faict plus qu • je D*aj da.
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Père dîTin , fais du molhs par la foy Ua*ilB aoyenl unis eomme sais avec toy.
Après cette priôrei lésiis et ses disciples sortaient derrière l6 théâtre, et l'on voyait paraître madame la Vierge Marie y pour nous servir des expressions du temps, qui s'en alloii mouU dolente à la recherche de son fils. •
Mon doux ehfant , cher fils et petit ange ,
Îiue j*enserrois blancliement en son lange, pfcs avoir, à la fontaine clére , Tant doucement pource qu'étois sa mère, Baigné son corps tant délicat et beau , Puis le couchois en son petit berceau , Et luy chantant, pour le faire dormir, Me pourpensois qu*on le feroit souffrir ; Par quoy pleurant je chantoys, et ryaot. Le regafdois vermeil comme orient, Blanc comme lys et la paupière close.
Doux respirant comme senteur de rose!
Qu*est devenu? n'est-ce déjà ce soir QuMl doit mourir? Ne doib&-je le revoir Que les yeux clos de nuict ensanglantée? Ne doibs-je plus sur sa tête abritée , Mettre mon voile , et bellement veiller En doux espoir de le voir s'éveiller?
Jésus aYait pitié de sa mère, et voulait bien venir à sa rencontre, en allant au jardin des Oliviers pour lui adresser ses derniers adieux; il la priait de ne pas le suivre.
Ne demandez oi^ je vais , 6 ma mère ! Je vais où veut la voulenté du Père; Ne me suivez , ains avec moy priez , Et rassurez vos esprits effrayes ; Je reviendray vous voir en Galilée, Et vous serez de me voir consolée.
Marie.
\oDdrois vous voir avant.
Jésus.
Eb bien! demain Vous rencontrer me convient en chemin ; Mais n*ayez peur, en voyant mon visage Meurtri peut-être et suant à Touvrage.
Car vais marcher pour ceux que tant aimez , En des sentiers tout d'épines semés.
Marie.
A deux genoux veux marcher la première Pour les ôlar.
Jéso».
Bien ne le veut, fna mère; Ains après moy, si voulez, vous vienih-ez , Kl tffusind tous vont me haïr, m'aymerez l*rianl pour eux , si qaib Dieu leur pardonne , Et du pardon n'excepterez personne.
Marie.
Ah ! mon cher ftls, pardonnez aassi moy, Car tout mon cœur défaut en granil émoi, El bien vondrois aux clartés des étoiles Vous emporter bien caché dans mes voiles , Comme autrefois en Egypte , ou plus loin. Las mon Dtcu ! las ! faut-il estre téiiToin De cesle mort qne tant ai redoutée !
Jésus.
Mère, avec moy vivrez ressuseitée Bientôt, et là, parmi tous les élus, Aurez un lils qu'on ne vous prendra pins.
Marie s^éloignait enfin h pas lents en pleurant et t}ti joignant les mains, et Jésus s'en allait en un coin du théâtre qui représentait le jardin des Oliviers; car sur cette scène
MYSTERES
gigantesque on arrivait à l'unité de ISâtl par une décoration très-complexe qui contetiàit, comme nous Tavons dit, le ciel, la terré et Tenfer. Or, dans la partie du décor qui représentait la terre, on voyait la ville de Jérusalem et toutes les stations principales de la Voie Douloureuse. Ainsi tout se passait sur le théâtre sans invraisemblance, Ids acteurs passant d*un lieu à l'autre sous les yeux mêmes du spectateur, à peu pùès comme dans ces anciennes images où une histoire est représentée tout entière avec toutes ses péripéties figurées sur les différents plans de l'estampe, où le môme personnage se trouve ainsi repété un certain nombre defois^ Ainsi sur le théâtre de la Passion^ Ton Voyait à la fois, pendant la prière du Sauveur au jardin des Oliviers, les princes des prêtres qui s'assemblaient, Judas Iscariote ^ui rassemblait les soldats du temple, et qui se retirait ensuite dans un coin pour compter ses trente deniers.
Or voyons mes deniers s1ls sont
t)c 1)011 aloy, quel titre ils ont,
Si 1 argent i ien et dûment sonne,
t)ar je ne suis v(i par persontie.
Un, deux, trois... mais ils sont taclié^^
Et les ecripis en sont cachés :
Est-ce vcrd de gris qui les souille
Ou peut-être ung petit de rouille?
Mais plus je le vuis eff:içant
Plus 8*cstale... on diroit du sang!
Pendant ce temps le Sauveur va vefs ses disciples qui dorment, et revient prier son Père.
Dieu ! si m*entendre vous daignez De moy ce calice esloinguez Ains soit faict pour que tout soit bien Yostre vouloir et nofi le mien.
Telles sont les choses qui se pas^eùt sur la terre. Dans le ciel, le Pore éternel couvre son visage de ses deux mains, et les ahges qui sont è genout devant lui pleurent en silence. Dans l'enfer on se prépare au combat et à la victoire. Cependant Béelzébub n*est pas entièrement rassuré.
Si par moy je vois terrassé Celtfv qai souvent m'a chassé J*ai oien paour que ne soit faincte, Et ne puis le tuer sans crainte.
J*apprehende que cest effort N'esmousse le dard de la mort.
Il appelle donc un démon rusé, nucpiel il conne le soin de surveiller tout oe qui va se passer, et d'aller vite porter un soTigc effrayant dans l'imagination de la femme de Fila te , qu'on voyait eridormie dans une chambre naute aveo c^te inscriptran naïve au-dessus de son lit : Cy est la femme de Pilote; car dans ces représentations la plupart des acteurs ne cessaient jamais d'être en scène : c'est ce (jui explique la manièrô dont le dialogue est coupe, et comment on entend parler tour à tour des acteursrqiri sont censés parler dans des endroits absolument séparés les uns des autres.
ensuivait ainsi, du jardin dosOliviers chez Caïphe , chez Pilate ot sur le Calvaire , le
MYSTERfelS
MYSTERES
drame sanglant de la Passion. La flagellation, le couronnement d^épines et la présentation de VEcce homo^ étaient exprimés au vif, comme disent les auteurs du temps. Le portement de la croix était une procession que la foule suivait en pleurant , et qui faisait le tour non-seulement du théâtre, mais encore de la place et quelauefois de toute la ville. Nous voyons dans les mémoires du temps de la Ligue un dernier exemple de ces processions. La personne du Sauveur était représentée par le frère Ange de Joyeu* se, capucin, qui traînait une grande croix, et qui marchait avec peine pendant que ses confrères lui battaient les é()aules a coups (ie discipline , et faisaient ruisseler le sanç. Les auteurs de la satire Ménippée et les critiques protestants ont prétendu que la croix était de carton , et que les disciplines étaient de coton , imprégnées d*un sang artiGciel. Peu imi)orte a notre sujet le plus ou moins de sagacité des inventeurs de cette malice.
Le crucifiement s*accompIissait sur la scène, que dominait la montagne du Calvaire, et les trois corps cruciGés demeuraient suspendus assez longtemps pour que ce leur fût une incommodité considérable. Pendant ce temps le ciel était en deuil et l'enfer en joie; les démons faisaient mille contorsions et mille bravades ; la foule des Juifs et la tourbe des bourreaux éclataient en injures et en moqueries obscènes et grossières, et ces grossièretés et ces moqueries mêmes, en présence de ce spectacle de douleur qui consternait la terre et le ciel , étaient de TeiTet dramatique le plus saisissant et le plus terrible; les rires alors faisaient pleurer, et les lazzis des bourreaux faisaient frémir.
Le grand mystère de la Passion se divisait non pas en actes, mais en journées ; on lui donnait pour prologue les scènes de la naissance et de la vie du Sauveur , et pour épilogue la grande scène triomphante de la résurrection ; rarement ie même acteur pouvait remplir jusau*au bout le rôle de Notre- Seigneur Jésus-c.hrist, comme le prouve la Chronique de Metz , dans le passage que nous allons citer :
« L'an 1^37 , le 3 juillet , fut fait le Jeu de la Passion en la plaine de Veximil, et fut fait le parc ( théâtre ; de très-noble façon ; car il était de neuf étages de haut... Et fut Dieu un sire appelé Nicole, curé de Saint-Victor de Metz , lequel fût presoue mort en croix, s'il n'avait été secouru, on convint que un autre prêtre fût mis en croix pour parfaire le (personnage du cruciflement pour ce Jour; et e lendemain ledit curé de Saint- Victor parfit la résurrection , et fit très-hautement son personnage... Un autre prêtre, qui s'appelait messire Jean de Nicey, qui était chapelain de Mélranee, fut Judas, lequel fut presque mort en pendant; car le cœur lui laillit, et fut bien hâtivement dépendu. »
Le mystère de la Passion ^ tel que nous Tavons encore, remplit un volume in-foIio , et un grand nombre de manuscrits en donnent de nombreuses variantes; on y a ajouté tous les prologues tirés tant de TAncicn que
du Nouveau-Testament. Dans l'un de cei prologues la famille de Marie est visitée par un I»arent nommé Abias , qui s'adresse aiosi a saint Joachim et à sainte Anne, en leur montrant Marie :
Est-ce pas ici votre fille Marie, que je vois si habile Sage, courtoise et amyable A tous vos amis acceptable?
Puis , s'adressant à la très-sainte Vierge :
Que dictes-vous ?
Marie.
Uien que tout bies.
ÀblM.
Avez nécessité ?
Marie
De rien.
Abiaa.
Que voulez- vous?
Mirie.
Vivre en simplesse.
Abiaâ.
Et Testât mondain :
Marie.
Je le laisse.
Abias.
Que souhailez-vous ?
Marie.
Dieu servir.
Abiai.
Après?
Marie.
Sa grâce desservir (mériter).
Abias.
Voulez-vous pompeux habit ?
Marie.