‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 11 sur 194 · TION · texte numérisé non relu

TION

ALLÉGORIE. — L'allégorie est une figure essentiellement poétique, puisque c'est la vérité exprimée par des images. L'allégorie n'est en quelque sorte qu'une métaphore plus prolongée, et proposée comme une sorte d'énigme à l'intelligence des lecteurs. Tous les anciens cultes étreng;ers à la révélation, et qu'on pourrait diviser en cultes I philosophiques et poétiques, avaient l'allé^ gorie pour base de leur svrobolisme. Les prophètes du vrai Dieu ont fait aussi de l'al' légorie un usage fréquent, et c'est à cette figure qu'il faut recourir pour trouver la clef des passages les plus obscurs de Daniel, (l'Ëzéchiel et de saint Jean dans son admirable Apocalypse; les Evangiles apocryphes sont pour la plupart des tissus d allégories plus ou moins ingénieuses, et l'on retrouve encore dans les vieux légendaires cette forme merveilleuse employée pour donner de l'attrait aux grandes vérités de la doctrine chrétienne.

Le Sauveur du monde n'avait pas dédaigné de cacher aux superbes, et de rendre f)lus accessibles aux petits et aux humbles es dogmes de sa révélation sous les voiles allégoriques des paraboles. L'allégorie, dans la littérature religieuse, touche donc de près au symbolisme, avec lequel, toutefois, elle ne doit jamais se confondre. L'allégorie peut servir quelquefois à l'explication du dogme, qui reste invariable et sacré, sans qu'il soit

})ermis à l'imagination des poètes de conondre nos divins mystères avec les mythes et les fables des religions profanes. Nous devons donc, pour bien savoir nous servir de l'allégorie, étudier avec soin son origine, et connaître jusqu'où peut s'étendre son emploi. Celte étude jettera un grand jour sur toute la partie littéraire de l'Ecriture sainte, et nous montrera des profondeurs phil' isophiques et religieuses où nous ne pouvions nf.ercevoir, au premier abord, que des figures étranges et des récits bizarres. L'Apocalypse prise à la lettre serait l'écueil de la foi la plus soumise et le supplice de la raison : il faut donc, aux endroits mystérieux de l'Ecriture que la raison ne peut aborder, essayer à la porte close la clei (K>étique de l'allégorie partout où l'imposante sévérité du dogme ne nous ordonne pas de nous incliner et de croire sans examen.

Pour arriver à posséder parfaitement la science de l'allégorie, il faut en savoir d'abord la raison d'être , puis en étudier les règles en les comparant avec les exemples. Pour mieux préciser les règles par la classification dos exemples, il faut suivre Thisloiicde rallégorie chez tous lcsi)i:uiics qui

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ont laissé des roonuiuents liltérairos, et voir comment le génie des différents peuples et cfes civilisations successives ont modifié leur symbolisme religieux et poétique en changeant leurs allégories, et il y aurait sur ce sujet de gros livres à faire ; nous nous bornerons è indiquer rapidement et sommairement les choses qu*il faudrait développer Jonguement et appuyer d'innombrables autorités pour compléter Tétude de ce sujet si important. Les limites imposées h ce Dictionnaire nous contraignent de nous borner à une simple indication pour diriger les recherches des hommes d'étude.

Pour plus d*ordr6 et de clarté* nous diviserons* cet article en plusieurs paragraphes.

§ 1". De rallégorie considérée en ef/enn^me.

Sa raiêon d'être.

L*allégorie, ainsi gue la comparaison et la métaphore , a sa raison d'être dans le sentiment des harmonies de la nature.

Nous entendons par harmonies de la nature l'accord des similitudes et la gradation des dissemblances dans la distribution du mouvement, de la vie et de la beauté à tous les êtres.

Nous disons le sentiment de ces harmonies^ et nous dirions presque le pressentiment , en appliquant ce mot aux hommes qui luttent encore contre les ténèbres de la vie mortelle. L'expression de ces harmonies, venant de l'esprit de Dieu, est une révélation, parce qnu'elle procède d'une science certaine, et c est en cela que la prophétie diffère de la simple poésie, ea sorte que si Ton veut encore confondre les mots tout en distinguant les idées , il faudra dire que les prophètes sont des poètes infaillibles, parce qu'ils sont divins , tandis aue les poètes sont des espèces de prophètes purement humains , et par conséquent faillibles.

Le poëte humain est faillible surtout parce que les choses qu'il ne saurait connaître, il les invente. Le prophète les voit dans son extase, il les voit exprimées par les figures que le Verbe de Dieu lui-même Lur assigne. Si cette distinction est exacte, et nous la soumettons aux maîtres de la science, il s'ensuivrait que la poésie ne devrait pas chercher ailleurs que dans Tinspiration des prophètes son critérium de vérité, ou, en d'autres termes, que les prophètes seuls seraient pour les poêles chrétiens les modèles infaillibles de la grande et vraie poésie.

Ce principe établi, et nous ne croyons guère qu*il puisse être contesté, nous avons a chcrcner quf'lles sont les sources de l'inspiration des prophètes , non quant à la révélatio'i qui vient de Dieu, et dont l'appréciation rentre dans le domaine exclusif ae la théologie, mais quant aux formes poétiques du langage ; et comme cette forme poétique consiste principalement dans leurs comparaisons, leurs métaphores et leurs allégories, comme nous n'admettons pas qu'ils soient les inventeurs de cette forme ( opinion soutenue d'ailleurs par de bons théologiens et d'habiles niailres ca exégèbc, cl qui semble

plus pieuse et plus catholique que l'opinion contraire ) • nous devons recourir au Verbe de Dieu lui-même pour trouver la raison d'ôlre des allégories, des métaphores et des comparaisons des prophètes, et nous avons à nous demander t 1° si le Vérité de Dieu peut supposer des relations qui n'existent pas, et exprimer des rapporta de fantaisie ; 2* si l'esprit de Dieu peut se conformer en quelque sorte à l'ignorance des hommes, et mettre son lant[age à leur portée, en frappant leur imagination par un langage poétique conforme à celui qu'ils concevraient eux-mêmes par les simples lumière^ de leur droite raison.

La réponse à ces deux questions n'est déjà plus de notre ressort, et appartient éga* lement è la théologie dogmatique et à la plus haute exégèse. Nous ne pouvons donc exprimer ici qu'un sentiment tout personnel, et par conséquent entièrement soumis à l'autorité supérieure ; mais il nous semble que l'esprit de vérité ne peut rien supposer,

fmisau'il sait tout, et que, pouvant tout sur 'intelligence et le cœur des hommes, il n'a jamais besoin de feindre.

Les relations de similitude et de dissemblance, d'éloignement et de rapport, exprimées par h s écrivains inspirés, auraient donc leur raison d'être dans, le Verbe do Dieu lui<>même, et seraient une révélation partielle du secret do la création.

Le dessein de Dieu dans la création de toutes choses ayant été de manifester se^ attributs et ses perfections, et l'univers visible n'étant qu'une série de caractères glo-^ deux qui expriment la pensée divine , aucune forme a'aillours ne pouvant être attribuée soit au caprice , soit au hasard dan» l'œuvre de la souveraine sagesse unie à la toute*pui$sance, il s'ensuit que toute former créée exprime une pensée divine, et que le» pensées de Dieu étant unies en une seula pensée, l'unité doit être la loi de toutes leslormes, et une harmonie universelle doit lesunir toutes» comme les couleurs diverses sont unies dans un tableau , comme toutes les lettres , toutes les lignes et toutes les pages se rapportent l'une à l'autre et s'unisr* sent dans un beau livre.

Or, ce que Dieu a le plus clairement manifesté dans la création des formes visibles^ c'est la pensée de hiérarchie. La chaîne des êtres s'agrandit et se peribctionne toujours^ en montant; des transitions sont admirablement ménagées entre l'ombre et la lumière;: la création a ses ébauches comme elle a seS' chefsHd*œuvre, comme si Dieu voulait nous inviter à monter à lui en nous attirant tou-

I'ours de plus en plus par Tharmonie et la )eauté.

Ce que Dieu a fait dans le monde, il le* fait aussi dans les Ames, et les pensées do rhomme peuvent être comparées aux autres ouvrages de Dieu : elles se meuvent suivant une loi de hiérarchie progressive , et sont attirées sympathiquement à ce qui est bien par le spectacle de ce qui est beau, comme elles sont détournées d^ i^al par la répul-

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sion de la laideur : la beauté est donc la forme risible du bien, et la laideur la forme visible du mal.

Or, la beauté n'est pas imaginaire : elle résultedelliarmoniedaiis lesformesy comme le bien moral , qu'on appelle aussi beauté, résulte de Tharmonie ou de Tordre dans les choses intellectuelles et morales.

Pax est tranquillUoi ordinis : La paix est la tranquillité qui résulte de Tordre. Le bien^ c'est la paix dans TAme • et la beauté, c'est aussi la paix dans les formes extérieures. I^ laideur est toujours une anomalie, comme le mal est un désor Ire. Ce qui est bien est beau, ce qui est beau est bien.

Be cette similitude entre les choses physiques et les choses morales résultent des rapports sympathiques entre les formes de la création et les dispositions de TAme. Qui ne sait combien la pureté d'un beau ciel est en harmonie avec la tranquillité d*un cœur

1)ur?Qui n'a ressenti plus vivement, dans es jours froids et tristes de l'automne, les atteintes de la tristesse ? Pourquoi aimonsnous mieux, quand nous sommes dans la joie, les paysages animés et les sites fleuris 7 Pouniuoi , dans la mélancolie , cherchonsnous les lieux sombres et solitaires ? N'é- {»rouvons-nous pas des sympathies particuières pour des animaux ou |)Our des fleurs, tandis que pour d'autres nous é|:)rouvons une répulsion en quelque sorte instinctive ? N'avons-nous pas nos préférences en fait de couleurs, de parfums et de mélodies, et ces attraits comme ces répugnances ne s'expli-

3ueraient-ils point par certaines corresponances cachées entre nos dispositions morales et les objets qui aflèctent agréablement ou désagréablement notre organisation physique ? Plus les sciences physiologiques feront de progrès, plus cela deviendra incontestable.

Il existe donc dans la nature , entre les pensées et les formes, entre les choses visibles et les choses invisibles, entre les relations physiques et les relations morales d'abord , puis entre les choses corporelles elles-mêmes, à divers degrés de lumières et de beauté, ainsi qu*entre les choses spirituelles prises séparément à divers degrés d'élévation vers Dieu, selon Tordre hiérarchique, il existe, disons-nous, des harmonies réelles et des correspondances essentielles antérieurement à toute poésie, la poésie n'étant d'ailleurs que le sentiment de ces correspondances et de ces harmonies , dont la prophétie supérieure à la poésie sera la révélation.

Nous avons exprimé les pensées précédentes en quelques stances qui trouveront uaturellement ici leur place.

Qaand succombent nos sens débiles Aux encbanlemenls du sommeil , Le ninoeau des songes mobiles Prâienle à Tàme un faux réveil.

Alors nos vagues fantaisies De formes au hasard choisies r«olorent leur égarement :

Toute idée enfante une image.

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El les formes soni un langage Que nous nous parions en donnant.

Le rêve est le miroir de Tàme ; Ses élans planent sur les airs, Ses désirs s^allument en flamme.

Ses chagrins la chargent de fers La terreur dont elle est la proie Se change en monstre qui la broie De ses hideux embrassements; Et ses espérances chéries S'étendent en ombres fleuries Sur des paysages charmants.

Par une secrète harmonie La terre ainsi répond aux deux, Et rinsUnct sacre du cénie Voit leur lien mystérieux.

Notre vie est un phis long rêve.

Et ce que la mort nous enlève Trouve au ciel sa réalité.

En dormant nous rêvons la vie.

Nais la veille, au temps asservie, N^est qu^un rêve d*étemité.

Formé de visibles paroles, Ce monde est le songe de Dieu :

Son Yeri)e en choisit les symboles, L*esprit les remplit de son feu :

r/est cette écriture vivante l)*amour, de gloire et d*épouvanle^ Oue pour nous Jésus retrouva ; Car tonte science cachée N*est qu*une leUre dctacbcc Du nom sacré de Jéhova.

C*esl laque lisent les prophètes; El ceux dont les yeux sont ouverts ' Sans eflbrts sont les interprètes De rénigme de lunivers :

Les astres, serviteurs mystiques , Tracent en lignes elliptiuuc!* Le mot que le Seigneur eerit, Et la terre, à sa voix naissante, N*est qu'une cire obéissante Sous le cachet de son esprit.

Tout signe exprime une pensée.

Et toute forme sous les cicux Est une figure tracée Par le penseur mystérieux :

Depuis rherbe delà campagne Jusau*au cèdre de la montagne, De 1 aigle jusqu'au moucheron , Depuis réicphant, masse informe.

Et la baleine pins énorme, Juscju*à rinvisible ciron.

Comme les soleils dans Tespacc Indiquent leur roule aux soleils, Comme le jour qui brille et fKisse Promet aux cieux des jours |>arcils; Ainsi, par un calcul possible, LHnvisible est dans le visible.

Le passé prédit l'avenir, Et de la sibylle éperdue La prophétie inattendue N'est que la voix d'un souvenir.

Rien n'est muet dans la nature Pour qui sait en suivre les lois ; Les astres ont une écriture , l.es fleurs des champs ont une voix :

Verbe éclatant dans les nuits sombres.

Mots rigoureux comme des nombres, Voix dont tout bruit n'est qu*un ccbow Et qui fait mouvoir tous les êtres.

Comme jadis le cri des prêtres Faisait tressaillir Jéricho*

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Pmex, passeï sans rien comprendre.

Vain Iroaneau (TaYeugles penseurs ; Le néant aort pour vous attendre Aupnès desduroères ses sœurs.

Mais dans réteineUe pensée Votre route est déjà tracée»

Et tous Yos ^slénîes obscurs Kehaussentd une ombre effrayante Cette inscription flamboyante Que le monde lit sur les murs.

Mais que Tâme simple et fidèle.

En attendant Tagneau vainqueur»

Ecoute, active sentinelle,

Le Verbe de Dieu dans son cœur ;

Car toute pensée extatique

Est comme une onde sympatbique

Où se reflète Tunivers,

Et Yhme à soi-même attentive.

Comme le pécheur sur la rive.

Peut contempler les cieux ouverts.

Nous sommes loin de citer ces vers comme un modèle de poésie, mais ils ont le mérite d'exprimer assez clairement en vers une idée mélaphysique» et de répéter encore une fois ce que nous avions dit eu prose» ce gui aide aux efforts que nous faisons pour bien nous ftire comprendre.

Ce symbolisme daturel de tous les êtres créés pmlt avoir été la pensée dominante des anciens Egvptiens, et avoir présidé à Vinvention de récriture hiéroglyphique. Les Egyptiens se piquaient aussi, comme on sait» d'expliquer les songes en y appliquant les r^es de l'allégorie, et supposaient par là ces règles tellement peu arbitraires» qu'elles agissaient d'elles-mêmes sur nous comme les nombres vivants de Pythagore.

C'est à répoque où cette science se perdit en Egypte qu'il faut rapporter Torigine de cette monstrueuse idoIAtrie tant reprochée aux Egyptiens. Les éperviers , les anubis» les canopes, les ibis» les cynocéphales étaient des signes allégoriques que le vulgaire divinisa. On prit les emblèmes de la divinité pour la divinité elle-même; les animaux utiles » les légumes nourrissants, qui devaient rappeler sans cesse à TEgypte les bontés du Créateur» devinrent les dieux du vulgaire ; la nature devint une femme nommée Isis» les sphinx rendirent des oracles, et le soleil ne fut plus occupé (ju'à Vt nir poser à point nommé un rayon inspirateur sur la bouche du monstrueux Sérapis ou sur la pierre harmonieuse de Hemnon. L'Orient» toutefois» cette terre natale de la poésie et des prophètes, n'oublia jamais entièrement cette doctrine» qui probablement était exposée tout entière dans les livres perdus de Salomon : là» les anciens sages de la Chaldée ont encore des héritiers dans V&tude des astres ; là, les destinées humaines se rattachent encore aux étoiles» et Ton s'écrit encore dans la langue symbolique des fleurs. Ce sont, il est vrai, les derniers et vagues souvenirs d*une science perdue, et les divinations par les astres et par les son-r ges, étant devenues superstitieuses et arbitraires, ont été justement condamnées par l'Eglise. Ausbi u'est*ce pas parmi les chré-

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tiens qu'il faut chercher les derniers vestiges de ces antiques traditions.

Voici ce qu'on lit dans la France olgMenne du 90 avril 18fc6 :

« On savait qu'une assez vive agitation s'était manifestée dans les montagnes qui entourent Sétif, particulièrement au nord, où le chérif Si-Hohammed-Ben-Abdallûh, renforcé d'un autre chérif venu de Kairouan, était réellement parvenu à rassembler une troupe menaçante ; M. le lieutenant-colonel Dumontel l'atteignit dans son camp par une marche de nuit» et un combat très-vif en résulta. Ce fut seulement après trois heures de résistance que l'ennemi disparut» laissant deux cents hommes sur le terrain» et en notre pouvoir tous les bagages et troupeaux, et certain nombre de prisonniers.

«c Cette chaude rencontre nous avait coûté trois hommes tués et soixante-quatre blessés, dont six officiers. Elle calmera sans doute Tagitation qui règne encore chez uao grande partie des populations kabyles de la province de Constantine. »

« La colonne d'expédition retournait sur Constantine après cette brillante échauffourée, emportant avec elle les trophées de la victoire ; ce fut alors que, chemin faisant, les soldats commis à la garde des prisonniers arabes remarquèrent» non sans étonnement, un fait qui jusqu'alors avait passé inaperçu : les prisonniers» marchant deux à deux au milieu de nos troupes, gardaient le

1)lus morne silence ; mais ce qui fixa soudain 'attention de nos soldats, ce liit de leur voir exécuter un échange mutuel d'objets divers ramassés par eux sur la route, n'offirant rien de remarquable, et qui cependant circulaient de main en main dans toute la longueur de la colonne. Us finirent par en conclure que ce mystérieux manège devait renfermer un système de conversation muette, et l'avis en fut aussitôt donné aux chefs ; ceux-ci, le soir même, se faisaient expliquer, non sans beaucoup de diOicultés et à raide d'intimidations» les règles de cette langue emblématique. »

Nous traTiscrivons littéralement ci-dessous l'explication de cette langue donnée par Abcl-el-Rhaman-Bey, en n'y faisant que les variantes nécessaires pour l'intelligence de la langue arabe traduite en français.

« Pour venir à la manière de s*écrire les uns aux autres sans plumes, sans encre et sans papier, par le moyen des fleurs, des fruits, des bois, des soies, des couleurs et autres choses, on ne pneut pas entièrement ' assurer que cela ait été inventé parmi nous ; nous autres Arabes» nous tenons cette méthode de plusieurs Turcs esclaves du trèshaut et puissant Hussein-Bey» avant l'invasion des Français à Alger. Il y a sujet de croire que cela vient de l'ancienne manière de s expliguer par chiffres et par figures» comme étaient les hiérogljrphes cnet les Egyptiens avant qu'on eût inventé les lettres. Quoi qu'il en soit» toutes ces choses que les Turcs appellent selamdans cet usage» c'est-à-dire salut ou souhait de paix, ont

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kMir aiçnification et leur ïstour oatur^to ou «llégonquey de sorte qu'un petU paquet gros Gomme le pouoe» 3i f oa a égard a ce qu'il renferme , compose un discours fort oxpressif» qui s'erilend par rinlerprétation <ie chaque chose que Ton envoie en forme de bouts-rimés. •

« Ainsi, pour faire enienârQ : Nous $om-^ mes tous deui dii même sen tinrent» il faut en- Tojer une fleur d*ambrelte. Pu sucre signi^ tie« Je vous désire ; du eharboa signiGo» Je suis prêt à oaourir» etc.» etc.... »

Quelquefois on joue sur le nom des objets pour leur faire exprimer un mot étranger à leur Baiure» et alors la science des selam se réduit aux modestes proportions de ce que les enfants et les personnes désoeuvrées ap^ pellent parmi nous des rébm.

Ces traditions orientales sont incontestablement fort anciennes. Les prophètes par* laient souvent par signes biero^yphiques, et mettaient }a parole en action^ Leurs écrits sont pleine do figures qui pourraient sembler étranges K ceux qui n'en pénétre^ raient pas le sens, et VoUaure a eu boa marché de rignoram)e vulgaire pour faire rire les autres de ce au*il ne comprenait pas luimême. Plus \ersù dans le génie des langues orientales et dans l^sprit de la science primitive» il aurait vu que rien dans la Bible n*esit mis au hasard ; que les mots» les nombres et les ftgures y ont leur mystère» ce qui explique comment la lettre tue peiulant que Tespiit vivifie; maia que lui importait tout cela î II voulait faire rire» et il n'y a rîeu de hieu plaisant dans la sQience et dans la vérités

$ 2. RaisofL d'être de Valligorxe considérée

dans son emploi.

Que le langage allégorique et figuré soit nécessaire^ surtout dans les choses reli-* gteuses, on ne saurait en douter» après les mroles et les exemples de Notre-Seigneur lui-méiM. Jfe jete% pas vos perles devant les powroeaw^y disait la Vérité incarnée, de peur qu'ils ne tes foulent aux pieds ^ et que^se iaumant contre vous^ ils ne vous déchirent. — Je parle à ce peuple en paraboles^ disait-^ il eneore» afin quen voyant iU ne voienl points et qu'en écoutant ils n'entendent point. Car la bonté divine ne voulait point les rendre plus coup«ibIes encore, en leur faisant c]iairem.enit entendre des. vérités qu'elle ne les trouvait pas disposés in bien accueil- Ur.

L9> teBfi^o die Jérusaleoi avait son sanctuaire intérieur, où le peuple n'entrait ialaaisH Ce sanctuaire t appelé le Saint des sainta» était toiyours fermé par un voile : ce vuile représentait Tésotérisme des ancieur- «m figures qui devait se déchirer à la mort du Sauveur» pour révéler Talliance nouvelles Atis^i la mort du Sauveur mit^elle fiu aux rejUçians allégoriques^ pour inauguv^r ia retigioa historique et réelle dont le g«fend:Qu]^te,d€^lloise ne contenait que la figure ; mais le Sauveur, en venant mii^ttre On ii[xx sacriij^cs et aux dogmes figuratifs» &e

servit encore de quelques images pour proportionner la lumière aux fhibles yenx des nouveaux voyants : J'ai encore bien des choses à vous dire que vous ne pouvez pas fupporter maintencmt ; mais qmmd viendra VÈ$prit de vérité^ il vous enseignerm tmUe vérité et vous suggérerdeequeje^^usaiuraisdit.

L'allégorie et les paraboles d'ailleurs sont assez justifiées par la nature môme de l'homme, qui, semblable aux enfants, ne consent volontiers à approcher de ses lèvres la coupe amère de la vérité que si l'on en adoucit les bords avec le Hûel des fictions, pour me servir ici d'une belle cooiparaison du Tasse. L'allégorie et la parabole sont les apologues du çonre reKgieux ( Fay. Pahabole), et l'on sait combien l'apologue a de charme poiu* l'imagination des enfants, et avec quelle facilité il aide à graver dans leurs jeunes esprits les premiers préceptes de la morale. Us lisent aussi plus voloiitiers dans des livres illustrés d'images ; or l<^s allégories, les apologues, les ecariparaisons et les métaphores soi^ les images du discours.

Plaider la cause des images^ c'est s'occuper du sort de la littérature tout entière, mais surtout de la poésie. Du reste, les images

f meuvent avoir leur abus ^ aussi bien que eur usage, et une critique sévère doit présider à leur emploi. Les règles de cette cri* tique seront l'abjet du paragraphe suivant; mais» appuyé sur des autorités irrécusables, nous établissons ici la raison d'être des figures poétiques, et Ton nous permettra de trouver aussi peu catholiques en littérature les iconoclastes de la pensée « que nous trouvons absurdes en religion les briseurs d'inoiages du Bas-Empire et de la prétendue réforme^

§ 9. Rêgks à observer dans Vemphi de Vatti-

gorie.

Nous croyons pouvoir rapporter ces règles à deux principales, qui sont la couvenance et la iustesse : la convenance doit s'observer d'abord relativement au sujet, ef en effet peu de sujets comportent l'emploi des figures allégoriques ; le devoir des orateurs et des écrivains religieux étant plutôt d'expliquer les figures des livres saints que d*en inventer de nouvelles, ils doivent se garder de faire un emploi inutile de ces beautés littéraires qui, déplacées, ne deviennent plus que de l'affectation et de Tenllure. Pourquoi dire au tisuré ce qu'on peut convenablement et facilement énoncer au propre? Les images doivent faciliter et non distraire rintelligence du discours ;. il «^ &ut mettre en images que les choses difliciles à faire accepter autrement, ou qui sonj de nature à ôire senties par le cœur plutoi que comprises par l'entendement (car l'imagination s'adresse plus volontiers au cœur qu'à l'esprit, et les êtres plus affectifs que spirituels, comme lesfemmes et les enfants, sont plus facilement dominés par la faculté nnaginalive). Il faut bioi comprendre que w poésie ressemble aux chan.ons desn«*tf'''

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ceSy et qoe sa première mission est d'endormir les petits enfants, mais grue ces chan^sons, quelque gracieuses qu'elles puissent être dans leur usage proyidetifiel et naturel^ deriendraient déplacées et même ridicules si on les substituait au langage des hommes faits. Ce que nous disons ici s'applique spé* cialement à ce genre, improprement nommé romaniiqw^ qu'on a essayé quelquefois, dans ces derniers temps, d'introduire dans la «haire chrétienne, quelques orateurs, d'ail**' leurs peut-être bien intentionnés, croyant augmenter l'intéréi de la parole sainte en donnant aux explications de rBcriture les formes métaphoriques et orientales du texte même, en enchérissant sur le texte et en es-^ sayant en quelque manière de rivaliser si*non d'inspiration, du moins d'obscurité, avec les passages les plus profonds des pro^* phètes on des apdtres. Ce genre justement condamné par les hommes çraves, trouve son pr^aaier et pi incipal écuoil dans te ridicule qui s'y attache lacilemcnt, parce qu'il accompagne ordinairement le mauvais goût. U faut (daindre les orateurs qui ne trouvent pas assez d'élégance dans Massillon, assez de charme dans Fénelon, assez de solidité dans Bourdaloue^ assez de génie dans Bossuet, et qui cfa<3rchent 4*autres modèles.

Au reste, la convenance étant la première règle du bon style et se rapportant è l'usage des allégories «l des figures comme à tou-^ tes les autres qualités de l'art de parler et d'écrire , cette convenance se réglant non^ seulement sur le supet qu'on traite, mais sur le caractère des lecteurs ou des auditeurs auxquels on s'adresse, et sur le goût dominant de l'époque où l'on exerce le ministère de la parole, il ne faut pas trop accuser les écrivains ou les orateurs sacrés qui sacrifient aux modes littéraires de leur temps et si plient au goût de ceux qu'ils sont appc- ' lés à instruire ou à convertir. On sait qu un des caractères de la charité est de se faire tout & tous ; est-on bien sûr cependant de vivre h une époque si dépravée en matière de goût, qu'en s'appuyant sur les vérités éternelles pour en déployer dans un' style toqours pur les beautés totgours anciennes et tomours nouvelles , on aurait légitimement à craindre de ne rencontrer que des distractions et du dégoût? Ne vaudrait-il pas mieux essayer de conquérir son siècle 41 ue de se laisser gagner par lui? Ce sont des questions qu'il appartient à la conscience et au talent des orateurs et des écrivains de résoudre; mais, quelle que soit la résolution à laquelle on s'arrête par suite de ces considérations, il est certain qu'en parlant ou en écrivant selon les manies du niau^ vais goût, si Ton peut avoir quelquefois la conscience d'un saint et le zèle d'un apôtre, on ne doit jamais aspirer à la réputation d'un bon écrivain ni d'un orateur irré^iror chable.

Nous avons indiqué la justesse comme la seconde règle à observer dans l'emploi des àlUgones et des figures, et nous ferons procéder cette justesse des lois mêmes de la

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nature et de la raison. Toute compavaisoii cloche , dit un provef<ie> et le proverbe a raison, si la comparaison ne devait tirer an ius^sse gue d'une similitude absolue ;asaia les similitudes absolues n'existent pasidans la nature: il n'existe pas dans le monde cn^ tier , dit-on , deux feutllas d'arbres qui se ressemblent au point d*être parfaitement identiques; il fiiut donc se contenter d'un» similitude relative , et cette similitude sera

d'un vétemenij l'imagination ne cherche pas è compléter tous les rapports qui pourraient ne pas exister entre la lumière et un vêtement, relativement è Dieu qui n'a pas de corps, et relativement h la lumière qui est impondérable et intangible; elle s'arrête seu« lemeutè cette magnifique idée que la lumière, qui revêt toute la nature de magnificence et de beauté, est comme un voile pour la splendeur de Dieu , que la clarté créée s'étend comme une ombre sur la lumière incréée, et que le plus subtil des fluides, si la lumière est un fluide , ne doit être considéré que comme une enveloppe grossière qui cache à nos conceptfoos l'essence du plus pur des esprits, voilà donc une comparaison qui cloche, si Ton veut absolument s'en tenir au

f)roverbe, mais qui n'en satisfait pas moins 'esprit d'une manière complète. Au contraire, prenons au hasard une comparaison dans un de nos célèbres poètes modernes qui ont imité la Bible plutôt systématiquement que savamment : j'ouvre les odes de M. Victor Hugo, et j'y lis ces paroles adressées à Dieu :

De ion éterailé le temps se précipite; Tu liens entre tes mains le monde qui palpite, Comme un passerean sous nos doigts^

Ici l'image étonne, mais ne satisfait pas : le temps est comparé à un fleuve dont Téternilé est la source , et ce fleuve se h&te de couler; il se précipite, probablement parce que sa source doit bientôt tarir. Mais com« ment pouvons-nous voir dans l'éternité une source tarissable ? D'ailleurs , le temps sortil de l'éternité ? et s'il en sort, où va-t-il?Ce fleuve qui a sa source dans réternité , ùii a« t-il son lit et son embouchure? Le poëte ne nous le dit pas , et toutefois cette premâère image est grande et belle , comparée à celle qui suit; mais le monde comparé à un pas^ sereau qui palpite sous nos doigts, quel abus des figures 1 Traduisez celle-ci en style tri<vial, et soutenez sans rire que le monde res« semble à un pierrot; puis figurez-vous un

Sauvre petit oiseau palpitant de douleur et e crainte sous la grossière pression des doigts d'un enfant, qui le blessent; ses mouvements inquiets, ses efforts pour dégager ses ailes et s'envoler , et dites-nous si la main de Tenfant , ou de l'oiseleur, si vous voulez , ou même du curieux indiscret et crueU vous donne ime représentation bien juste de cette main si douce de la Provi** dence qui nous soutient sans nous retenir^

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el nous dirige sans nous presser? Dites-nous si le pauvre petit captif, palpitant et effarét vous offre une image bien satisfaisante pour l'esprit et pour le cœur, de ce monde qui tomberait dans le néant, si Dieu cessait un seul instant de le soutenir. Cette comparaison est donc mauvaise, parce qu'elle manque de justesse, et une allégorie où l'on nous offrirait le monde sous la figure d'un oiseau captif, et Dieu sous la forme d'un oiseleur, ou d'un enfant cruel, ou d'un curieux mal avisé , ne serait comprise de personne.

Malebranche et Pascal, deux grands hommes, cep^indant, et d'un jugement supérieur, mais qui n'avaient jamais tourné leurs réflexions du c6té de la poésie, en sont venus, sans doute par suite de lectures mal choisies en ce genre, à douter de l'existence réelle de la poésie elle-même. Malebranche comparait tous les vers imaginables à ce distique ridicule, improvisé laborieusement par lui :

Il fait 60 ce moment le plus beau temps do monde. Pour aller à cheval sur la terre et sur Tonde.

Pascal attribuait l'origine de la poésie à je ne sais quelle convenlion imaginaire d'accoupler ensemble de grands mots étonnés de ce rapprochement, comme ftUal laurier^ bel oilret et en conséquence il ne trouvait rien de si futile : qu'eût dit l'inventeur de la machine à calculer, si on lui avait démontré que la vraie belle poésie est le résultat d'une science exacte, et que ses comparaisons, ses métaphores et ses allégories sont de véritables équations ? Qu'eût repondu Ma-. lebrancbe si on lui eût afllrmé que le beau en poésie correspond exactement k ce qu'on appelle le vrai en philosophie, et que la mesure poétique obéit, comme la géométrie, aux lois du nombre et de la comparaison 7 Les grands ()0ële8 sont des mathématiciens sans le savoir, car la beauté incontestable de leurs productions est le résultat de leur exactitude. Les mots sont les chiffres de la pensée, et les figures sont l'alçèbre du génie. II n*y a de beau que ce qui est vrai, et ce qui est vrai est toujours juste. La justesse en littérature , c'est l'exactitude, et l'exactitude est le propre des sciences mathématiques. Ferons -nous un sorite vicieux en concluant que le bon poëte.est donc ui véritable mathématicien? Notre conclusioi ne serait vraie que dans un sens, celui que nous avons indiqué en appelant le poëte un mathématicien sans le savoir : car malheureusement, en effet, peu d'esprits enclins à la poésie ont en même temps du goût pour rétude des mathématiques , peut-être parce qu'en les forçant de s'apercevoir qu'ils sont mathématiciens, on les ferait cesser d'être poëtes f et qu'ils préfèrent les jouissances d'une science dont ils devinent les beautés aux difficultés de cette même science dont les aridités les fatiguent el les découragent.

i k. Exemples. — Allégories ou iymbolitme

de la Bible.

Sans entrer ici dans les admirables explications des Pères, gui considèrent l'Ancien Testament tout entier comme une figure du

Nouveau t nous nous bornerons à faire rt-^ marquer les grandes images du style de Moïse et des prophètes : Dim $e levé eomm^ un guerrier pour défendre $on peuple ; ilpkme êur lêraè'l comme un aigle qui vole au^deeeuM de $e$ aiglons. Il lève sa main jusqu'au ciel ei jure par lui-même que l éternité est à lui. Il s'assied sur les chérubins et il vole: il marche sur Vaile des vents ; les ténèbres sani la retraite où il se cachcy le soleil est le pavillon de sa gloire.

Au mgement de plusieurs docteurs en exégèse, le livre de Job est une longue allégorie 3ui a pour but d'expliquer la divine raison e la douleur {Yoy. l'article Job). La forme dramatique de ce poëme est des plus saisissantes, et Goethe, un des plus célèbres poëtes de l'Allemagne, en a copié le début au commencement de son drame de Faust.

Le Cantique des cantiques est aussi une allégorie, où, sous la figure du bonheur de deux époux, le prophète a représenté l'ai* liance intime de Dieu avec les âmes saintes.

Le livre de YEcclésiaste se termine par une série d'allégories presque énigmatiques pour représenter le temps de la vieillesse. Souviens-toi de ton Créateur dans les jours de ta jeunesse , dit l'Ecclésiaste , avani que vienne le temps de Vaffliction et que s'appro* eheni les années dont tu diras : Elles ne me

ÎUaisent point ; avant que s'obscurcisse le «oei7, et la lumière^ et la /une, et les étoiles^ ci que les nuées ne reviennent après la pluie : quand seront ébranlés les gardiens de la maison^ quand chancelleront tes hommes les plus fortSf quand les meunières moins nombreuses seront oisives^ et quand se troubleroni les re^ gards de ceux qui voient par les fenêtres: quand on fermera les portes sur la place à cause de la faible voix au meunier: wand on se lèvera au cri de Voiseau^ et quanà devien-^ dront sourdes les filles de la poésie.

Les hauteurs craindront^ et la terreur sera sur la voie ; Vamandier fleurira^ la sauterelle s' engraisserai le câprier se desséchera^ parce

Sue Vhomme s'en ira dans la maison de son temitét et l'on passera en pleurant sur lu place publique ; avant que soit cassé le fil d'orgentf et que retourne sur elle-même la bandelette dorée f et que la cruche soit brisée sur ta fontaine^ et que la roue se rompe sur la rtteme^ et que la poussière retourne dans sa terre d'où elle était venue^ et que Vesprit retourne à DieUy qui lavait donné.

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir la grAce mélancolique de ces images, ni d'en expliquer une à une les allégories. La Bible seule possède le secret de cette poésie qui saisit TAme sans effort et s'empare de toute l'imagination, en n'employant pourtant que les images les plus simples. Anacréon luimême eût-il trouvé quelque chose d'aussi gracieux que cette comparaison de la tète blanchissante du vieillardavec l'amandier qui fleurit, et les oreilles qui sont appelées les tilles de la poésie, uarce qu'elles ont été en quelque sorte allaitées et nourries de douces chansons, et toute cette peinture d'une belle saison qui s'en va, d'une maison qui se dé-

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jieuple , d^une ombre qui s*ac€rott autour d*uue solitude, n'est-ce pas bien le soir de la yie avec toute la tristesse de son dernier sourire et Tépouvante de la nuit (]ui ya suivre ! Comme ce tableau termine bien VEccU" giastCf ce chant d'un cœur décourag^^ de toutes les chimères du monde ; Éelasl tout change^ tout s'en vo, tout nous abandonne. 7anitéa&ne que la jeunesse et ses plaisirs; vanité que rage mûr et ses ambitions: vanité que la vieillesse et ses inutiles prévoyances; vanité de ranités^ et tout est vanité, excepté d'aimer Dieu et de le servir !

S 5. Allégories religieuses des anctens peuples.

En comparant ensemble les allégories des symbolismes anciens, Fauteur de VEssai sur l indifférence en matière de religion y a trouvé un tel pressentiment de nos dogmes, qu'il en est Tenu à supposer une révélation ancienne, complète, unique, universelle, dont les fables antiuues seraient des réminiscences confuses, liais pourquoi recourir à une conjecture au moins téméraire pour expliquer des analogies souvent arbitraires? On a dit que Tout est dans tout^ mais c'est principalement dans le symbolisme et les aûégories qu'on peut trouver tout ce qu'on veut. Tout récemment encore un savant, assez malheureux pour se croire athée, n'a-t-ii pas ridiculement dépensé beaucoup d'érudition pour trouver dans tous les cultes des analogies astronomiques, analogies qu'un critique spirituel, dont nous regrettons d*ignorer le nom, a du reste également trouvées et victorieusement étabfîes dans l'histoire de Napoléon, réfutant ainsi Dupuis par l'absurdité même de sa propre thèse, dans une petite brochure de quelques pages que tout le monde a lue, et qui portait pour titre : Comme quoi Napoléon najamats existé.

Les ressemblances qui peuvent exister en effet entre les fables des gentils et nos dogmes sacrés s'expliquent assez facilement par les premières oispersions des juifs parmi les nations. Qui peut d'ailleurs assigner une date précise aux dqcuments qui nous en restent ? Rome nVt-elle pas bouleversé tout le vieux monde, et TEvangile n'a-t-il pas opéré dans l'immense empire de Rome une révolution universelle 7 Le christianisme ne s'est-il pas infiltré partout? Julien l'Apostat lui-môme n'était-il pas le plagiaire du christianisme dans la folle restauration qu'il essayait des anciennes idoles de l'empire? Qui peut nous assurer si les fragments que nous possédons encore du Zend ou des Védas n'ont pas été altérés par des copistes chré« tiens ou par des idolâtres qui avaient, malgré eux et en quelque sorte è leur insu, subi des influences chrétiennes? L'ancien culte de Zoroastre ne s'est-il pas confondu avec le manichéisme vers le temps de saint Augustin? Les débris des cultes profanes qui subsistent encore ne doivent-ils pas toute leur consistance è quelque levain de christianisme mal expliqué, importé par les hérésies? Les cultes héliaques n'ont-ils pas été absorbés par les différentes sectes vouées à

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la gnose, et les basilidiens n'avaient-ils pas emprunté aux mages leurs talismans constellés ? N'est-ce pas le Christ lui-même aue ces hérétiques ont eu la ridicule audace d affubler de formes allégoriques et mytholoj^i- 3ues sur la pierre des Abraxas ? Voilà bien es questions qui peuvent faire douter de l'intégrité des anciens dogmes idolAtriques, et dont la solution expliquerait peut-être 1«) reflet de nos vérités chrétiennes qu'on retrouve à travers les ténèbres des antiques erreurs ; mais cette recherche appartient h la science archéologique plutôt qu'à la littérature, et nous n avons dû faire ici que l'indiquer. Il en est de même des efforts tentés récemment pour retrouver la clef des écritures hiéroglyphiques, et nous avons à profiter seulement ici du résultat de ces recherches pour examiner sommairement le g stème d'allégories employé par les anciens jyptiens.

Busius , dans son livre de triumphanti cruce, fait remonter jusqu'à l'antique Egypte le signe adorable de la croix, parce que les images qui nous restent des divinités égyptiennes tiennent souvent t la main un signe qui ressemble à une petite croix ansée ou munie d'un anse assez semblable à un large anneau. Ce signe a été différemment expliqué par les savants : les uns v ont vu la mesure des inondations du Nil, qui était gardée arec soin d'année en année dans un des principaux temples de Memphis ou de Thèbes ; d'autres y ont vu le signe hiéroglyphique des quatre points cardinaux du

représenterait la clef de la science et du ciel Nous retrouvons en effet ce signe parmi les emblèmes mystigues des hérétiques valentiniens, et ils lui attribuent une vertu tonte particulière, puisque ce fut lui qui arrêta la chute des éones hors du pléroma {Yoy. l'article saint laiNÉB).

Bans les peintures qui ornent ordinairement l'enveloppe extérieure des momies, la croix ansée est l'attribut souvent répété des bons génies qui conduisent les Ames au ciel; iL y a donc lieu de croire que ce signe hiéroglyphiqiie ne se rapporte pas seulement à la mesure des débordements du Nil ; mais cette discussion n'appartient pas à notre sujet ; il nous semble intéressant seulement de faire remarquer que le caducée égyptien, la clef de la science et du ciel, a la forme d'une croix, comme si, par une coïncidence singulière, le signe ae la rédemption avait été en quelque sorte pressenti par la science humaine dans cette terre d'Egypte qui a'élô le pays de la captivité pour les ancêtres du Rédempteur.

La légende d'Osiris mis à mort par le cruel Typhon offre aussi plus d*une analo-

Ïie avec la passion douloureuse du fils de ieu, mais elle ressemble davantage encore à la fable dTranus mutilé par Saturne : TE-

apte ne saurait donc fournir à nos rech«»res das allégories religieuses dignes d*un

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véritable intéfèty à notre point do voe surtout. U n*eD est pas de méioe de Tlnde, dont les allégories sont Irop poétiques et trop savantes pour ne pas arrêter l'attention de tous les studieux admirateurs du symbolisme ancien et de la poésie orientale.

Le panthéisme était, comme on sait, la doctrine favorite des anciens brames ; ils la tenaient, dit-on, de leurs prédécesseurs les gymnosophistes, qui se représentaient la Divinité comme une araignée toujours présente au centre de sa toile, et devant un jour absorber de nouveau tout cet ouvrage sorti d*elk>-mèmo. L'image est eiacte relativement au système, mais elle est affreuse, parce que le système est faux, et nous remarquerons toujours dans Tétude des mythologies anciennes que les fictions hideuses dénoncent toujours le côté faux des conceptions philosophiques dont elles soit Tallégorie. Selon les mômes gy mnosophistes, le monde est animé par un démon nommé Brama, créateur insubordonné de tous les êtres inférieurs, et qui, pour châtiment de sa révolte, est condamné à mourir quand finira le monde; mais on ne saurait dire, dans les traditions indiennes, où finissent . les anciens souvenirs, ni où commencent les imitations et les réminiscences chrétiennes. On sait que huit siècles environ avant Tère chrétienne, un législateur nommé Bouddha modifia profondément le dogme des premiers brahmanes; puis, comme le nom de Bouddha signifiait, parmi les Indiens, un révélateur, un homme animé de Tesprii de Dieu, leur tradition confuse mentionne plusieurs Bou idhas, dont le dernier a dâ, selon toutes probabilités, paraître postérieurement k la première prédication des apôtres dans l'Inde. En effet le bouddhisme présente une parodie

Sresque complète de nos dogmes^ et même e notre hiérarchie. Il est probable que io texte des anciens Yédas a été profondément altéré par des copistes de la secte du dernier Bouddna, et qu'il faut rapporter au christianisme certaines allégories qui autrement iraient complètement inexplicables. Telles /sont, par exemple, les allégories, relatives aux incarnations de Vicbnou, et celles-là, sous tous les rapports, méritent qu'on les étudie. Noos allons donc les exposer eu abrégé, en faisant suivre (diaque fable do ^n explication sommaire.

Paraxati, Tessence suprême, s'étant lassée de vivre seule, réfléchit sur elle-même la fécondité de son regard, et se rendit mère de trois fils, qui furent Brama le Créateur, Vichnou le réparateur, et Eswara, qu'on appelle atissi Rutrem et Shiva , le Destructeur.

Or Paraxati aima ses trois fils et résolut de se les unir inséparablement en les fécondant k leur tour par la toute-puissance de son regard. Ce rcjçard se reposa d'abord sur les yeux de Brama, qui, en voyant corobie.i sa mère était belle, pleura des larmes de lumière. Chacune de ces larmes devint u i génie, et les Dévétas, qui sont les anges de

là théologie indienne, apparurent aussitôt dans le ciel.

Cependant Brama, se sentant plein de divinité et de puissance, voulut saisir et condenser entre ses mains un des rayons de Paraxati ; la lumière qu'il avait ainsi ccmprimée se déroula lorsqu'il ouvrit les main», semblable k une page resplendissante. Il fll jour alors dans le ciel, et les ténèbres, retombant de leur propre poids, s'étendirent comme un lac noir sous les pieds du Créateur.

Brama alors , s'étant baissé, trempa son doigt dans les ténèbres, et avec cette encre il écrivit sur la feuille blanche de la lumière condensée, et ce qu'il écrivit avant Ja naissance de tous les êtres fut la loi môme qui devait pourvoir à leur création et h leur conservation, et ce fut le texte primitif des Yédas, écrits dans le ciel avant la naissance des choses de la main même de Brama.

Touchées par le doigt qu'il trempait dans leur ombre, les ténèbres elles-mêmes s'émurent et enfantèrent des géants informes : ce furent les démons jaloux des anses, parce que les anges sont les enfants de la lumière, tandis qu'eux ils sont les avortons monstrueux de la nuit.

Quand Brama eut fini d'écrire son litre, il le confia à la garde des Dévétas. Pendant qu'il écrivait, la terre, informe et couverte encore des vagues de l'Océan, était sortie des conflits de la nuit et du jour ; Brarna s'étendit sur l'immensité de la mer comme sur un lit de repos, et en méditant les secrets de la création qu'il venait d'écrire, il tomba dans un sommeil profond; les Dévétas partagèrent alors l'extase ou le repos mystérieux de leur père, et s'endormirent ï Jeur tour. Les démons s'en aperçurent, et sortant pas à f as de leur mijt originelle, ils s'approchèrent et aperçurent le livre divin qui rayonnait sans gardiens, et ils s'entr'exhortaient à s'en emparer ; mais aucan n'osait y porter la main. Un seul d'entre eux eut cette audace; il prit le livre et se précipita dans la mer; puis ii cacha son larcin dans une coquille au fond de l'Océan, et se coucha dessus. Lorsque Brama et les Dévétas s'éveillèrent, ils furent surpris de se trouver dans les ténèbres, et ils se levèrent en tâtonnant comme s'ils eussent été aveudes; mais, ne trouvant plus lesVédasâ leur place , ils comprirent l'attentat *« mauvais génies, et poussèrent un cri de détresse et d'épouvante, qui parvint aux oreir les de Paraxati. Paraxati alors regarda Vicbnou, le second de ses fils, ^t lui inspira 1« désir de rendre la lumière k Brama et lej Védas aux bons génies ; il inventa donc et pnj une forme convenable pour plonger au fond de la mer, se couvrit d'écailles, s'arma da nageoires, et fendit enfin la profondeur des eaux sous la figure d'un gigantesque poisson. Le démon ravisseur, qui se croyait en sûreté au fond de la mer, fut surpris à son tour pendant son sommeil ; Vichnou lui sépara la tête des épaules, brisa la coquille» reprit les Védas et revint triomphant a w

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▼U6 du ciel; la lumièrd alors s*épanouit comme une fleur sur la surface des eaux, et Brama ayant recouvré la vue, consulta le livre sacre que luinnéme avait écrit» et continua de méditer sur le grand ouvrage du monde; mais il ne s'endormit plus* et enjoignit aui Bévétas de veiller continuellement, ce qui les fit appeler les vigilants du ciel.

Cependant les eaux que Vichnou avait traversées se peuplèrent de formes semblables à celle qu il avait prise pour reconquérir les Védas, et c'est ainsi que les poissons furent créés. En eux se révéla la première forme vivante du monde matériel^ et la mer s'enorgueillit d*avoir été visitée la première. Or tel est le commen-> cernent et la première des incarnations de Vichnou.

Quelque singulière que soit cette fable , on ne peut lui refuser le mérite de la poésie merveilieuse» et parfois de la plus ingénieuse allégorie. Il est difficile aussi de ne pas y reconnaître les emprunts faits à nos fivres saints, le dogme de la Trinité mal compris et défiguré par Tbistoire de Paraxati et de ses trois fils. On sent que la poésie a essayé de se substituer au mystère.

Ce livre^ écrit sur une page de lumière par an doigt divin qui se trempe dans les ténèbres, est une belle allégorie; la naissance des anges et des démons est expliquée par des figures poétiques que Hilton n eût pas dédaignées ; enfin les combats du bien et du mal commençant à Torigioe môme des êtres, et le réparateur essayant successivement lui-même les formes qu'il vient donner à la création que médite toiyours Brama» sont de belles et poétiuues images : on croit lire une imitation de la Bible dans le style fan* tastique des Mille et une Nuits. L'imitateur n*a pas même pris la peine de bien déguiser ses larcins, et Brama, couché sur la mer et méditant la création, rappelle trop bien ce beau texte de Moïse : Smritus Det ferebatur super aquaSf pour n'en être pas la copie. Du reste, les fables suivantes ne nous laisseront aucun doute à cet égard.

Voici maintenant la seconde légende des incarnations de Vichnou.

Orgueilleuse d'avoir été peuplée la pre? mière, la mer s'enfla et envahit le ciel : aans son débordement, elle entraîna les sept modèles sacrés que Brama avait formes d'avance pour être les types de toutes les choses créées; puis elle les engloutit au fond de ses abîmes. Brama alors, pour chêtier la mer, fit sortir de la terre une montagne d'or, et ayant entrelacé autour des flancs de cette montagne les mille nœuds du serpent Scissia (celui qui roule toujours sur lui-même eu se mordant la queue), il en fit un gigantesque marteau dont il se servit pour battre la mer.

C'est alors aue de l'écume des flots sortit la vierge Remoa, le type le plus parfait de la beauté créée, et le puis doux de tous les rêves de Brama. Le père tressaillit à Taspect de sa fille, et laissa échapper de sa main le serpent Scissia et la montagne d*or; en tom-

DlCTI0?lir. ]>«r LiTTÊBATURB CHRiT.

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bant de la main de Brama, la montagne allait briser le monde, lorsque Vichnou, toujours attentif aux défaillances de son frère, prit la forme d'une tortue et interposa sa dure carapace entre la terre et le marteau qui menaçait de l'écraser. La création prit alors sa seconde forme, et l'armée des animaux qui marchent couverts d'une cuirasse couvrit les rivages de la mer.

Or, au moment de la défaillance de Brama, le serpent Scissia, entraîné par le poids de la montagne d'or, éprouva en même temps une violente pression et une grande terreur ; il vomit alors un venin qui eût empoisonné la création naissante, si Ëswara ou Shiva ne s'était dévoué à avaler lui-même le poison qui menaçait toute la nature. Ce poison était SI violent, que la divinité même a'fiswara ne

Imt le préserver d'une sorte d'a«)nie, et orsque les brames et les dévots de l'Inde se macèrent par des jeûnes prolongés, ils le font pour compatir aux souilrances d'£swara. Voici le côté le plus sérieux et le plus poé^ tique de cette fable.

Mais la tradition populaire a complète* ment défiguré ce récit allégorique, ou peut* être la tradition est-elle plus ancienne que l'allégorie qui eût en ce cas été accommodée au génie de la tradition. Voici maintenant la version vulgaire avec tout ce qu'elle a de burlesque.

Il existe quelque part une merde lait; or, comme les dieux aiment le beurre, ils convinrent un jour entre eux d'aller battre la crème de la mer de lait et de se procurer ainsi leur régal favori. Mais comment s'y prendre pour une semblable opération? Ils songèrent à la montagne d'or : on la déracina; mais comment la prendre? Elle glissait entre leurs mains, il fallait un cAble monstre pour l'attacher, et ils s'adressèrent aux démons, les priant de leur prêter le serpent infernal qui fait sept fois le tour du monde, bien sûrs qu'il leur suffirait pour assugetiir solidement et bien manoBuvrer leur montagne.

Tout en consentant de bonne ou de mauvaise grâce k prêter leur serpent, les démons prirent l'éveil, et comme ils ne sont pas moins friands de beurre frais que les dieux, ils résolurent de surveiller secrètement l'opération, et s'invitèrent eux-mêmes k la fête.

Lorsqu'ils arrivèrent sur les bords de la mer de lait, les dieux étaient déjà è l'œuvre. Partagés en deux groupes, ils tenaient les uns la tête, les autres la queue du serpent, et battaient la crème en cadence. Les démons se léchaient les lèvres, mais ils n'osèrent pas s'approcher sous leurs figures infernales ; c'est pourquoi, usant du pouvoir

Îru'ils avaient apparemment de prendre la orme des dieux, ils vinrent du cêté de la tête du serpent, et dirent aux dieux qui se trouvaient là que leur poste étant le plus fatigant, ils venaient pour les relever; ler dieux les crurent et firent le tour de la montagne pour aller de l'autre côté, où ils furent bien surpris de retrouver leurs con-» frères et d'apprendre qu'on ne leur avait

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envoyé personne. Pendant ce voyage et ce

Sourparier, les démons attiraient à eux et évoraient tout le beurre nouvellement fait, et comme ils voulaient dépêcher la besogne^ Us serrèrent avec tant de force le cou du -serpent que celui-ci se prit à vomir et leur échappa ; la montagne d'or alors tomba toute tf'un cAté, et ici revient Thistoire de Tincarnation de Vicbnou sous la forme d'une tCMtue.

Nous avons rapporté cette seconde version pour constater la dégénérescence des allégories religieuses et philosophiques des infidèles, et comment, oe simples fictions poétiques qu'elles pouvaient être d'abord, elles se changent en contes absurdes et en fables sans dignité. Revenons au premier récit.

Ici encore le plagiat est évident; mais combien Fimitateur reste au-dessous de son modèle 1 Brama châtiant l'Océan à grands, coups de montagne n'est qu'un Xercès monté aux proportions de Gargantua. Comparez à cette pénible et ridicule image la majesté de nos livres saints, lorsqu'ils nous représentent l'Ëternel traçant une ligne sur le sable avec son doigt et disant à la mer : Tu mtndroi jusqu'ici : ici tu bristras Vor-* gueil d$ tes vague$.

La mer, dans Texcès de sa rage.

Se roule en vain sar le rivage, Qtrelle épouvante de son bruit; Un grain de sable ta divise, L^onde approche, le flot se brise, Reconnati son maître et s*enfult.

Ces vers de Lefranc de Pompignan, quelque beaux qu'ils paissent être, sont une bien faible paraphrase de la magnifique simplicité du texte.

On peut remarquer dans la seconde incarnation de Vicbnou l'or et le serpent emplovés comme instruments de châtiment et emLlèmes de colère; le dieu vengeur dér sarmé par la vue de la femme sans tache, et le dieu réparateur s'interposent entre le monde et la colère divine; le fiel du serpent absorbé par la <iivinité môme, et lui causant une défaillance. Qui pourra méconnaître ici une imitation de- nos dogmes d'autant plus visible qu'elle est plus maladroite? L'idée du Réparateur donnant luimôme au Créateur les tjpes dea> formes animées, et venant en quelque sorte les essayer lui-même» n'est pas sans une- certaine ombre de grandeur, et paraît être uqa réminiscence mal expliquée de l'action du Verbe dans Tceuvre des six jours ; mais dans la parodie indienne, à quoi cette intervention constante de Vicbnou réduit-elle Brama? pauvre créateur toi\jours arrêté et toujours secondé dans son œuvre L. Un bcame nous répondrait peut-être que Brama n'est que le ffénie de la nature ; mais alors pourquoi en xaites-vous une personne et même la première personne de votre Trimourti? Peu nous importe, au surplus, et la question littéraire n'est pas le.

La troisième incarnation sera moins Ion-*

gue h, raconter que la précédente r Un génie, pour essayer ses forces, pjrit la terre dans ses mains , et l'ayant pétrie, resserrée et arrondie comme une boule, il la knça dans le fond du Patalamp qui est lercreux deTabimc. Vicbnou, transformé en sanglier, fouilla Tabtme avec ses défenses,, attaqua et vainquit le ravisseur du monde, puis rapporta la terre dans les régions du jour.

Tout ce qu'il y a de remarquable dans cette nouvelle fable, c'est premièrement Hrtervention d'un génie révolté pour donner au monde sa dernière forme ; puis le progrès de la création des êtres animés , et le sanglier pris pour type de la création dans les rac» antérieures à l'homme. Les mammouth, les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, ces animaux aux formes dures, couverts de cuirasses et armés de dents tranchantes, semblent avoir été les premi»^ pionniers du globe , et avoir reçu pour mission le défrichement de la terre inculte. Le sanglier appartient au type primitif de toutes ces race^ en partie disparues ; il se retranche encore dans les endroits ineultes, dans les fou^ rés de broussailles près des marais, en souvenir peut-être de son antique royauté, et défend intrépidement encore sa solitude et son indépendance. Malheureusement pour lui , tous les chasseurs du monde ne se piquent pas d'être dévots à la troisième inca^ nation de Vicbnou.

La quatrième incarnation est tout un conte de fées qui ne saurait manquer d'amuser les petits enfants.

11^ était une fois un génie d'une grandeur et d'une force prodigieuses. Les vieux brames prétendent qull se nommtiii Hirrenkeftep , mot gigantesque aussi et d'une monstrueuse apparence. Ce génie était parvenu , comme nous l'avons dit précédemment , à rouler la terre dans ses mains, et, se^ voyant si fort, il se révolta contre Brama. Ayant été blessé par Vicbnou dans la lutte qui s'ensuivit, il fitpé^ nitence pendant douze ans , puis Brama lui pardonna, parce nue le géant lui avait rendu service en dessécnant et en arrondissant la terre. Il voulut même le récompenser ^ et pour le mettre à même de conquérir J'immortalité , il lui promit que personne ne pourrait le tuer, ni par le fer ni par le feu» Bide jour ui de nuit, ni chez lui ni hors do chez lui (car les Dévétas et les génies s'étaient bftti des maisons, avaient des épouses et des enfants, et formaient des sociétés qui forent plus tard le type des sociétés humaines). Le géant alors se crut un dieu ^ et voulut se faire adorer ; il imposa sa dommation aux génies et persécuta les anges. Vichnou sentit alors la nécessité de le combattre encore une fois ; cependant , en considératiao des bontés de Brama pour ce rebelle, il vou^ lut essayer d'abord de le ramener par la grâce des bons exemples ^ et il lui envoya un fils plein de piété, qui fut l'admiration et l'amour du ciel. Cet enfant, dont la douceur égalait la beauté , passait sa vie en prières et n'adorait que le Dieu suprême. Hirrenkessep en fut irrité^ et, au lieu de rentrer

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In

en lui-même, il défendit sous peine de mort à son fils d'adresser à d*autres dieux que lui ses hommages et ses prières. L*enfant désobéit courageusement, et son père l*ayaut surpris dans ses prières accoutumées, saisit une massue de fer et le poursuivit pour le tuer. C'était k Thenre du crépuscule, et il ne faisait précisément ni jour ni nuit : Tenfant était prosterné sur le seuil du temple qui serrait de demeure au génie , lequel se irou- Tait par conséquent en ce moment n'être ni chez lui ni hors de chez lui. Il frappa, Tenfant esquiva le coup, et la massue, portant sur une des colonnes du temple, la fendit depuis le haut jusqu'en bas ; de cette ouverture sortit un monstre ayant les griffes et la tête d'un lion, les flancs et les cornes d'un taureau, la queue d'un serpent et les ailes d'un aigle. C'était Yichnou qui s'était ainsi transformé pour punir les crimes du génie ; il se jeta sur lui et le tua. Ainsi le fils pieux fut délivré de la fureur de son mauvais père, et Hirrenkessep périt sans avoir été tué ni par le fer tii par le feu, ni le jour ni la nuit, ni dedans sa maison ni hors de sa maison , et la forme

Îu'avait revêtue Yichnou devint le type 'une nouvelle création d'animaux.

Remarquons dans cette nouvelle incarnation de yichnou cette synthèse ébauchée dont les anciens Cotisaient la figure allégorique de l'homme et de tout l'univers. Le monstre qui tue Hirrenkessep est un sphinx à tête de lion, parce que le type numain n'ayant pas ehcore paru, c'est le visage du I ion qui est encore le plus royal de toute la nature animée. Le fils d'Hirrenkessep , délivré de la furour de son père, consacra son existence an culte de Brama, qui lui donna Timniortalité et le fit présider à la naissance des âmes ; car Brama était alors dans le travail de son dernier et de son plus grand enfantement ; il s'était renferme dans le ciel créé, comme dans un œuf mvstérieux , et bientôt les hommes sortirent de lui par une génération inexplicable. Les uns sortirent de son front, d'autres de sa poitrine, d*autres de ses mai«ia« d'autres enfin de ses pieds , et ce fut l'oriffine des castes et de l'inégalité dans la société indienne.

Enfin l'homme est mis au mondé, et nous ne verrons plus Yichnou s'incarner dans les animaux. Ici les allégories de l'hiérophante bouddhiste vont prendre un caractère nou- Teaa de poésie et de grandeur.

La légende suivante est la plus remarqua- Me de toutes, et l'on pourrait en recommander la lecture à plus d'un sectateur des utopies modernes.

Au eommencement du monde, la terre n'appartenait à personne, et ses fruits étaient «1 commun. Cfette abondance produisit la paresse, personne ne voulant se donner la peine de cueillir même les fruits nécessaires a sa subsistance, et se reposant volontiers de oe soin sur les autres. Le résultat de cette (wresse fut l'égoïsme, et, par une conséquence inévitable, l'égoïsme produisit i'iso- JemeoL Dans Tisolemeot de l'égoïsme, les liufflmea oublièrent Dieu, et l'impiMé parut

dans h> monde. Brama eut alort pitié dès hommei et leur envoya la misère^ pour les avertir de leur faute et les tirer de leur tor-

Ï>eur. La misère fit nattre tous les crimes, et es hommes épouvantés se rapprochèreilt les uns des autres pour aviser aux moyens de se défendre mutuellement contre la misère et toute son horrible lignée; toutefois, comme leur réunion s'était faite par crainte plutôt que par amour, et qu'ils ne se fiaient plus les uns aux autres, ils résolurent de se donner un chef qui fût à la fois le mattre et le protecteur de tous , et choisiireût celui d'entre eux qu'ils crurent le plus fort et le plus sage. C est ainsi que la royauté prit naissance dans le monde, et le premier roi s'appelait Mavady.

Yichnou pensa alors quMl ne deVait pas laisser le pouvoir roval se substituer au

f)OUvoir divin, et résolut d'instituer une reigion sur la terre. Il prit donc la forme d'un brame, et se présenta devant le roi Mavady : Que veux-tu ? lui dit ce prince — Si tu es vraiment le mattre du motide, lui dit le prétendu brame, accorde-moi seulement assez de terre pour que je puisse y poser mes deul pieds. — Je le l'accorde, dit inconsidérément le roi. —C'est bien, dit Yichnou; mais verse-moi de Teau dans la main , afin que par cette cérémonie, qui est la forme du serment, ta donation soit confirmée. Alors la femme de Mavady, qui était présente, fut saisie de crainte et comprit instinctivement que cette fiçure de brame cachait quelque ennemi terrible, et ce serment qu'on demandait au roi, quelque suprême danger. Elle fit donc tous ses efforts pour empêcher Mavady d'accomplir la cérémonie du serment ; mais comme toutes les femmes qui ont le Inalheur d'avoir trop raison, la reine se rendit importune et ne fut point écoutée : Mavady versa l'eau dans la main de Yichnou, et voilà le faux brame qui grandit à vue d'œil, qui grandit au delà de toute mesure, qui grandit d'une manière inouïe et épouvantable. Déjà un seul de ses pieds couvre la surface du monde, ^ il tient l'autre levé en demandant aU roi d'une voix terrible

l'exécution de sa ]iromesse Le roi com-

|)rit sa faute, et présenta sa tête; Yicliuou répargna et ne voulut point l'écraser, mais il leWécipita avec sa femme dans les enfers, où ils reçurent en dédommagement la souveraineté des ombres.

Cette histoire allégorique de l'apparition du bramanisme dans le monde n est pas sans poésie et sans profondeur. Les emniétements de la religion sur l'Etat y sont ngurés d'une manière assez saisissante, et le cercle vicieux des abus de la liberté enfantant les abus du despotisme s'j montre tracé d'une main habile. Le sacerdoce des brahmanes est donc , suivant l'auteur de cette mythologie, le plus ancien du monde, et ne devait aspirer à rien moins qu'à la domination universelle; mais on peut entrevoir que le noëte n'est pas de l'avis des brahmanes, et le malheuir de Mavady, qu'il raconte pour l'instruction des rois^ n est point dcnatuitsi

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eDgam aucun prince dans le chemin de Tenfer à la suite du premier des rois. L'histoire du communisme primitif et de ses suites dérsastreuses est faite avec beaucoup de saga- «ciië, et semblerait empruntée à la polémique de notre époque.

Voici maintenant une autre légende d'un mysticisme encore plus profond.

Les pAtres de Jocalam avaient pour chefs deux vénérables époux bramines. dont le désir le plus ardent avait été d'avoir un fils. Ils se nommaient Dévéki et Vassoudéva.

Personne ne les surpassait en piété» et pourtant» malgré leurs prières ardentes» ils avaient vieilli dans la stérilité et se sentaient près de mourir sans ({ue le plus ardent de leurs vœux fût satisfait. Vichnou fut touché de leurs larmes» il prit la figure d'un enfant de la plus mifrveilleuse beauté » et vint consoler les deux vieillards en leur promettant 3 ne d'eux naîtraient trois enfants dont le ernier aurait sa ressemblance» ou pour mieux dire serait lui-même. Les deux époux crurent à la parole de Vichnou» et s'endormirent en paix dans la mort ; mais leur mort Ae fut point stérile» comme avait été leur vie; car plus tard ils durent renaître pour s'unir encore» et ils mirent au monde un enfantdieu semblable à celui de leur vision. Cet enfant fut Vichnou lui-même incarné dans le bel enfant dont il avait pris précédemment la figure» et qui plus tard fut adoré sous le nom de Gbrisna.

Ici l'on ne peut ipéconnattre» sous les noms de Dévéki et de Vassoudéva» Abraham et son épouse Sara» si longtemps stérile. Cette incarnation de Vichnou dans une promesse» si nous pouvons parler ainsi» re-

f présente la {^ande époque judaïque que 'hiérophante indien ne manque pas de subordonner à la période bramanique» pour en laire seulement le second grand culte du monde» afin, sans doute» de donner le change sur les nombreux emprunts qu'il n'a pas craint de faire aux livres sacrés des Hébreux.

Des réminiscences bibliques nous passons encore une fois k des contes de fées dignes de figurer à cêté des Mille et une Nuits, L'empire de Nabuchodonosor » sphinx métallique aux pieds d'argile» puis la puissance divine sur la terre abandonnée en apparence aux conquérants qui établissent leur droit par l'épée» puis enfin l'intelligence venant au secours des faibles et la ruse triumptiant de la force dans ces combats où plusieurs grands empires se disputent le monde» tel était le tableau qu'il fallait retracer avec les couleurs conventionnelles de l'allégorie et de la bble. Or voici ce que nous raconte le légendaire :

Le bramine Ravana ornait tous les jours l'autel du dieu Ixorade cent fleurs nouvellement cueillies; or le dieu voulant l'éprouver déroba un jour lui-même et cacha une do ces fleurs; puis il se plaignit à Ravana» et l'accusa de négligence et d'infidélité. Ravana compte les fleurs» et voyant qu'en efiet il en manque une, il ne trouve rien de

mieux à faire» pour expier ce qu'il regarde comme son crime involontaire, que de s'arracher un œil et de Toffrir à îxora au lieu de la fleur oubliée. Ixora ne le laissa pas accomplir cet afi'reux sacrifice» et pour le récompenser de son zèle» il lui donna l'empire du monde. Ravana» pour mieux gouverner»

demanda vingt bras et dix têtes; cette faveur lui fut encore accordée. Alors» crovant tout pouvoir» Ravana osa vouloir le mai ; il se Gt l'oppresseur du monde qu'il devait rendre heureux» et de toutes parts les plaintes des hommes s'élevèrent contre son empire.

Vichnou lui-même ne pouvait cependant pas rétracter les dons d'Ixora; il s'incarna alors pour la septième fois» prit la forme d'un guerrier nommé Ram» et vint attaquer Ravana. Celui-ci» après avoir essayé de résister, sentant qu'il avait affaire à un ennemi f)lus fort que lui» se changea en cerf et prit a fuite; Ram banda son arc et perça le cerf d'une flèche; mais déjà l'Ame de Ravana s'était cachée dans le corps d'un faquir. Vichnou perdait toute sa force devant ce corps consacré par la pénitence» et Ravana continuait de vivre en paix dans son empire» lorsque le singe Hannhmann»l*esprit de souplesse et de ruse, se fit l'auxiliaire de Ram» et vint tendre des pièges è Ravana; il le harcela longtemps et le réduisit au désespoir; alors lui-même» feignant d'être fatigué d'une guerre qui tirait eu longueur» vint se rendre au prétendu faquir, et sembla vouloir mériter son amitié en lui confiant ses secrets. C'était dans sa queue» disait-il» que résidaient toute son agilité et toute sa force, et cette agilité et cette force ne pouvaient être détruites que par le feu. Ravana le crut» et se prit au piège dé sa propre perfidie ; car un jour que, sur la foi des traités, le singe dormait ou faisait semblant de dormir, le faux faquir s'approcha doucement et lui mit le feu à la queue. Hannhmann alors s'éveille en sursaut, pousse des cris affreux et s enfuit en laissant après lui une longue traînée de flammes ; il court à travers les moissons, s'enfonce dans les bois» et partout des tourbillons de flamme et de fumée signalent son passage. Lorsqu'il s'arrêta, toutes les riches* ses du pays de Ravana étaient en cendres. Ravana se tua de désespoir ; mais Ram continua sa guerre contre les ennemis des dieux» et couvrittoute la terre de ses exploits. Ram est la figure des siècles guerriers qui précédèrent la venue du Christ. Ce sont les périodes grecaue et romaine symbolisées par les travaux d'Hercule. Cte trouve dans la légende de l'Hercule indien quelques réminis* cences de l'histoire de Samson» gui est l'Hercule véritable de la tradition judaïque. Ce sont» on n'en saurait douter» des tendances au syncrétisme et è la synthèse dont l'heure n'était pas encore arrivée. Au surplus» les légendes indiennes ne tarissent pas sur les exploits et les transformations do Ram ; car en lui le symbolisme s'unit k Thistoire, et les traditions semblent se croiser.

• Enfin nous arrivons à la huitième incanuh tion et à la légende de Chrisna.

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^ Un raja (on nommait ainsi les roitelets de riode)« ayant été prérenu qu'il serait détrôné par le huitième fils de sa sœur, fit égorger successivement les sept premiers fils qu'elle mit au monde ; puis, lorsqu'elle fut grosse de son huitième fils , il plaga un Ane près du lit de sa sœur» en ordonnant à cet animal de braire lorsqu'elle accoucherait. Mais la vigilance de cette étrange sentinelle fut mise en défaut par le courage de la jeune mère : elle étouffa ses cris, et son enfant, intelligent en naissant, retint aussi ses vagissements, en sorte que la mère et le nouveau-né eurent le temps de s'enfuir tandis qu'on substituait une fille au sarçon qui était venu au monde; aux cris de cette petite fille, l'âne se mit ïk braire, le raja accourut, prit l'enfant avec fureur et la Jeta en l'air pour la recevoir sur la pointe de sa lance ; mais la petite fille, au lieu de retomber, s'éleva dans les airs, aux yeux du tyran étonné, et lui prédit le châtiment de ses crimes. Cependant Vichnou , incarné dans Chrisna , fuyait dans les bras de sa mère, guidé par le serpent sacré, qui symbolise l'éternité dans le cieL II passait les fleuves, dont l'eau se retirait à l'approche de la famille protégée du ciel; tous les obstacles s'aplanissaient devant lui, et les monstres envoyés pour le dévorer expiraient ou se soumettaient devant les pieds de sa mère. Pendant sa vie il consola les affligés, visita les pauvres, châtia les méchants et humilia le front des superbes ; puis il descendit aux enfers, où il lutta contre le serpent infernal, qu'il vainquit et qu'il terrassa. Enfin il fut enlevé au ciel. On célèbre sa fête dans le signe de la Vierge, le huitième jour du mois d'août.

11 est clair que cette légende esi empruntée k quelque Evangile apocryphe rêvé par un des ancîens hérésiarques ; toutes les traditions évangéliques s'y retrouvent, bien que confuses et altérées, depuis le massacre des innocents jusau'à la descente de Notre-Seigneur aux eniers. Chrisn/i est donc évidemment la figure de iésus-Christ , et la huitième incarnation se rapporte à la période chrétienne. Enfin après Chrisna vient Bouddha, le médiateur par excellence, neuvième incarnation de Vicnnou, et celui dont la loi doit durer jusqu'à la fin du monde. Bouddha n'a ni père ni mère parmi les enfants des hommes; lui-même n'appartient pas à la nature corporelle, et lorsqu'il agit, c'est d'une manière ineffable et invisible. C'est h Bouddha que la révélation s'arrête, et Vichnou ne doit plus s'incameravant la fin des temps ; alors il descendra du ciel sous sa propre fi-

Sure, et sera monté sur un cheval blanc ont le pied droit de devant sera levé et immobile. A un signal de Vichnou, ce pied levé s'abaissera , frappera le monde, et le monde sera brisé.

11 a paro, c*esl lui; son pied frappe le monde, Et le monde est brisé,

a dit Gilbert dans son Ode iur le jugement dernier^ sans se douter peut-être qu'il imitait la fable de la dixième incarnation, et

qu'il attribuait à Dieu même Fœuvre du cneval blanc de Vichnou.

On peut voir dans l'Apocalypse le Verbe divin descendre du ciel pour ses derniers combats, monté sur un cheval blanc. L'imitation est^donc complète, et toute cette mythologie des dix incarnations ne peut êtrecomposée que d'après le système de quelque liérésiarque de la catégorie des gnostiques; c'est un monument curieux de littérature orientale et de symbolisme panthéistique. Les nombres mêmes employés dans cette synthèse hiéroglyphique sont mystérieux et significatifs; les formes d'animaux sont au nombre de quatre, comme dans l'Apocal vpse, et le nombre 6 se trouve être celui cfes incarnations humaines. — On sait que, selon la Genèse, l'homme fut créé le sixième jour, et que, d'après saint lean, le 6 figuré trois fois en se multipliant deux fois par dix, est appelé le nombre de l'homme» numeruê enim naminù est. — Le nombre 9, qui est attribué ïk Bouddha, est le ternaire multiplié par lui-même, H représente la Divinité dans toute sa puissance. Mais, nous le répétons, tout ce symbolisme appartient à la gnose chrétienne, et l'auteur bouddhiste des dix incarnations de Vichnou prétendaîl écrire en allégories l'histoire entière de la^ création et du monde, dont il arrêtait la per^ fection au règne spirituel de Boudahoi, comme les musulmans prétendent que la vé— vélation n'a été complète que dans le Kvr» de Mahomet.

L'ordre suivi par le légendaire démontre assez d'ailleurs que ces fables ne sauraient être de l'école de ce Bouddha dont on fail remonter l'existence à huit siècles environ avant l'ère chrétienne. On sent, h travers tout ce poëme en dix chants que nous venons d'analyser, l'esprit de système, le panthéisme mjrstique et les calculs de l'école d'Alexandrie. Par qui tout cela a-t-il été im- {)orté dans l'Inde? Ce n'est pas ce qu'il nous importe de savoir; mais il nous paraît démontré par des preuves intrinsèques au document lui-même, Qu'on ne saurait en faire remontef l'origine plus haut que le m' siècle de l'ère chrétienne.

Les allégories de la mythologie grecque sont trop connues et s'éloignent trop de notre sujet pour que nous ayons à nous en occuper ici : ces allégories ont été longtemps une source inépuisable d'inspirations pour la littérature profane, qui est Vopposé de la nôtre; elles ont d'ailleurs pour objets les joies sensuelles et les passions humaines ; mais déjà même dans la littérature profane le règne de la mythologie grecque est passée. [Voy. PoisiE.)

Nous ne dirons rien de la religion de Nu-^ ma, ni des divinités de celte Rome oà deux^ augures ne pouvaieni se regarder sans rire : nous nous hâtons d'arriver a ce livre qui a* changé la face du monde, en reneu^Kelaiits toutes les idées et toutes les formes, même littéraires ; mais nous ferons de la littérature évangéliquele sujet d'un article à part. (Voy. EvA!i6iLB.) Nous suivous la religion nais-

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santé à Crarers Tombre des catacombes ; alors les miracles abondaient en même temps que les dangers, et la persécution forçait les premiers chrétiens à une sorte d*ésotérisme. Il était défendu de di- Tulguer aux infidèles le secret des saintes assemblées et le mystère des sacrements ; les imajfes» à cette époque» étaient rares, et la poésie se cachait dans les cœurs; mais ce D*était plus une poésie de fictions, c'était la Térité éternelle empruntant quelques voiles aux paroles mêmes des Ecritures. Les psauoies contenaient toutes les aspirations, tous les élans de la société nouvelle, et la Bible était à leurs yeux la plus sublime des épopées. Les maîtres de cette science s'intitulaient eux-mêmes imoranis dans Fari de bien dirty et si tant d éloquence jaillit dans les discours des disciples du Crucifié, c'est que parmi eux se trouvent des hommes simples qui souffrent et qui aiment, mais pas un rhéteur. L*art de bien dire, à Rome, en était venu jusqu'à parai vser la précieuse faculté de bien sentir. D'ailleurs la superbe esclave d^s empereurs n'avait pas de mots dans sa langue ppur parler d'humilité, d'abnégation, d'amour des souffrances, de fraternité et de sacrifice. Pour créer des noms à de pareilles choses, il fallait des parleurs barbares; tout le vieux monde devait se taire devant les conquérants pacifiques de l'armée du Verbe : Eî $%luit terra in conspeciu que»

Bans ce temps-là, il y avait assez de poésie dans le sentiment des choses pour qu'on fût dispensé d'en écrire. Quels siècles que ceux des martyrs i Alors, dès leur plus tendre enfance, les chrétiens n'avaient devant les yeux que deux choses, le supplice et le ciel. Pour eux le monde lui-même n'était qu'une allégorie figurant les fins dernières ; devant toutes les imaginations toubillonnaient, claires comme la loudre, les menaçantes images de la prophétie de saint Jean, qui devait être alors le livre de l'initiation des vrais gnostiques ; car nous voyons, dans saint Irénée, que le nom de gnoslique (initié), usurpé par les hérétiques, n'ap|)artenait qu'au vrai fidèle instruit des mystères de la foi. Les peintures chrétiennes des catacombes, représentent souvent la femme vêtue de blanc, couleur du soleil, et levant les bras pour prier : on y voit aussi un homme englouti par un monstrueux dragon à deux têtes, et sortant vivant d'une de ses gueules, après être entré vivant par l'autre : ^mbole emprunté à l'histoire de Jonas, et qui représente la mort forcée de rendre à Dieu ses martyrs sans qu'il leur manque un cheveu de leur tête. —■Souvent un homme, vêtu aussi de la robe blanche des nouveaux baptisés, paraît sortir d'un coffre ouvert : nouvel emblème de délivrance qui devait rendre la mort désirable. Le cerf, souvent répété dans les mêmes peintures, représente le désir de l'âme qui se précipite vers Dieu, comme le cerf altéré vers les fontaines»

C'est à cette é|H)que qu'il faut placer le Guuunencement de la poésie des légendaires

ALLEGOaiE

et d'un nouvel ordre d*allégories qui \ient combattre et renverser les attributs de l'ancienne mythologie. Le roartyrisroe, cette sublime chevalerie chrétienne par laquelle un seul homme, une faible femme et un enfant délicat et timide, osaient affronter, combattre et vaincre la puissance gigantesque de l'empire , cette chevalerie , disons-nous, s[il nous est permis d'anticiper ainsi sur l'origine historique des mots , eut aussi ses poètes et ses romanciers. La légende de saint Christophe est la plus belle et la plus ingénieuse allégorie que nous connaissions du progrès de lliumanité à cette époque. Le sens profond de cette légende, qui renfermait en quelque sorte tout le secret du génie chrétien, n'était déjà plus compris au mo ven Age, mais on répétait encore cet adage traditionnel :

Chryatophonm videoê, poêtea intuê a6t ;

« Tâchez seulement de voir le Chrysto-

fhore, puis marchez sans rien craindre. » dr si^ifinit comprendre, et c€ n'étaient pas les stalues gigantesques du symbole qui pouvaient en donner l'intelligence. Cette légende n'est pas si universellement connue maintenant, ciu'il ne soit pas nécessaire de la donner ici : nous aurons assez d'autres richesses pour remplir l'article spécial des légendes {Voy. Légendes) : nous nous ferons un plaisir de citer et d'analyser dans le récit les vers naïfs d'un conteur du raoveo âge.

La légende du grand sain$ Chrieiophe.

Chrysiophorum videas^ poêiea Mm aèt.

Qui voit saint Chrystophe en passant (Je dis son image liémie ), Oiic ne mourra de mort subite , Tant sur le diable U est puissant.

Vous direz, d'après sa légende, Que, bien qu'il fût un grand géant, La Providence, en le créant, S'était montrée encore plus grande.

Chrystophoros était païen

De naissance, et chananéeo,

Grand déplus de douze coudées;

La première de ses idées

Fut de chercher le plus grand Roi

Et de se soumettre à sa loi ,

Mais le plus grand qui lût au monde :

Plus tard vous saurez la seconde.

Or il était en ce temps-là Un prince dont la gloire alla D'un bout à l'autre de la terre :

Riche en paix, terrible à la guerre.

Cbrystophe se fit son vassal , Puis» il devint son commensal Pour l'avoir, dans une bataille.

Bien servi par sa grande uille.

Or il advint qu'un certain jour.

Le roi traita toute sa cour.

A sa droite il nUt saint Chrystophe,

Bien vôtu d'une riche étoffe ;

Puis les vins exquis de couler,

Et le hannp de circnler :

An dessert ménestrels entrèrent»

£t leur ballade commcnoéreiu ,

95 ^4.EG0mË

Dont Fune était d'un diablotin Qui parlait bien grec et latin :

Or, chaque fois que le bon sire (C*eftt le grand roi que je veux dire) Entendant prononcer le nom De notre ennemi le démon , 11 se ngnait pour assurance De n'èire pas en sa puissance.

Or le sire CbrystopUorus , Qui lors se nommait Réprobos, Car de son front le saint baptême N*aTaît pas lavé Tanathème, Ciirystopborns donc dit au roi :

Qu'est ce slsne, expliquez-le-moi; Et comme aabord le bon sire Se défendait de le lui dire :

Si TOUS ne vous expliquez pas , Je vais vous quiiier de ce pas, Dit Réprobus» qui de la chose Snspecuîl à bon droit la cause.

— Puisqne vous voulez le savoir.

Dit le roi, c'est le diable noir Qu'on nomme, et Je fais de la sorte Pour empêcher qu'il ne m^emporte.

— Il est donc pltis puissant que vous. Dit Chrystopbe ; — il faut, entre nous , Que j'en convienne, dit le sire.

Or bien, je quitte votre empire »

Car en vous servant j'ai voulu Servir un monarque absolu :

Je passe au service du diable.

Ce disant, il quitta la table.

Laissant tous les gens ébahis.

Et s'en alla par le pays.

On voit par ce commencemeDt que le ver* sificateur gothique a tout bonnement habillé les hommes et les choses à la mode de son temps, avec ses ménestrels et son roi qui se signe en entendant parler du diable, et cela avant que le christianisme fût connu, comme on le verra par la suite de la légende. Bans Fallégorie ancienne, qui remonte sans doute aux premiers siècles, on devait d re qu*au milieu du banquet royal le prince, effrayé d^un mauvais présage, fit conjurer les divinités infernales ; de là, les questions et la fuite du géant Réprobus. Mais retenons ii son histoire.

Voici qu>n un lieu irès-sauvage

11 voit venir sur son passage

Des soldats noirs comme la nuit.

Qui sonnaient leur trompe à grand bruit.

Précédant la marche hautaine

D'un fort insolent capitaine :

— Que cherches-tu donc par ici ?

— Le diable. — En ce cas, me v<»ici.

Car c'était le diable en personne.

AtLEGOftIÉ

Réprobus lui demande s*il estle plus grand monarque du monde ; à quoi Satan ne manque pas de répondre affirmativement. Le géant alors s'engage à son service, et le suit h travers la campagne.

Us traversent des plaines, franchissent des rochers* descendent dans des ravins,

Et Chrystonhore élait bien laF , Car les diables font de grands pas,

dit notre vieux conteur.

Enfin ils arrivent dans une gorge sur lar 'quelle se penchait un rocher surmonté d'une 4sroix. Toutp Taimée infernale s'arrête : le

chef parait troublé. — Avançons, dit le géant Réprobus. — Fuyons, dit l'ennemi du genre îiumain. '— Pourquoi donc ? — Eh 1 ne voîslu pas cette croix T — Que t'importe cette croix T — Fuyons 1... — Fuis donc et laissemoi, puisque tu as peur. Tu m'as trompé e«

près d'elle et je veux m'attachera lui. Il n'achevait pas cette parole que tous les démons avaient dispai^u.

Le voilà donc resté au pied de la croix; mais qui lui en expliquera le mystère 7 Pendant quatre jours et quatre nuits, il chercha et ne trouva personne qui pût lui rien dire. Les savants se moquaient de lui, et les ignorants supposaient qu'il se moqviait d^eux : cependant, après le quatrième jour, le géant vk passer un vieillard h la longue baroe blanche : c'était un des premiers ermites, et c'était lui-même qui avait planté la croix sur le rocher.

Réprobus l'interrogea comme les autres : le vieil ermite sourit. — Tu veux trouver celui qui règne par la croix, mais on ne le trouve que par la foi et les bonnes œuvres : crois-tu en lui? — J'ai vu fuir les démons devant la croix. — Veux-tu faire des bonnes CBuvres T — Qu'est-ce que des bonnes œuvres ? — Veux-tu prier, te mortifler, jeûner? — rignoremèmece que tout cela veut dire, et je ne me sens aucun désir de l'apprendre : car ces mots-là sonnent étrangement à mon oreille. — Eh bien I attendons crue Dieu môme te les fasse comprendre, il y a près d'ici un fleuve rapide qui arrête les voyageurs au passage, et souvent il faut qu'ils attendent bien longtemps ou qu'ils se dé^ tournent longuement de leur chemin avanU de pouvoir ïe franchir ; tu es assez grand pour n'y avoir de l'eau que jusqu'à la ceinture ; va donc, si tu veut, trouver Je maître de la croix ; il aime ceux qui rendent service au pèlerin et qui assistent le vojrageur. Tu prendras sur tes épaules ceux qui voudront passer, et tu les conduiras à l'autre rive. — je comprends cela, et je puis .le faire, dit le géant ; et ayant déraciné plusieurs arbres, if se bâtit une cahane sur le borû de l'eau ; puis, prenant pour bâton un grand arbre dessécné, dépouillé* de son écorce et de ses brancheSfil allait et venait à travers le fleuve, passant et repassant les voyageurs sur ses épaules.

Or, une nuit qu'H veillait en attendant quelque pèlerin égaré, car la nuit était orageuse, il entend une voix d'enfant qui l'appelle d'un nom à lui inconnu ; il sort et ne ti'ouve personne : il rentre chez lui tout étonné» on l^ppelle encore une fois ;

11 relounie , persoone encore, il rentre cbez lui. — Chrvstopliore, Viens me passer, repreiia la voix ; £t le géaot, pour cette fois.

Trouve un enfançon sur la rive, Plus gracieux que fleur qui vive.

Blanc coimne un lys, et si vermeil Comme rose en j[>leurs au solôl*

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Lors courbant son épaule forte.

Il le fait monter et remporte »

Et sons eux les flots, dans la nuit ,

Firent de Fécume et do bruit,

En montant jusqu^à la ceinture

De sa gigantesque stature.

Soudam le petit innocent

Devint si lourd, que, tout puissant

QuMtait riiomme à la grande Uille,

11 fléchissait comme une paille.

A grande peine il se tira

De la rivière et respira.

En posant Tenfant au rivage.

Enfant, j*ai peiné davantage

Pour te porter, dit-il alors ,

Oue pour les hommes les plus forts.

Quand sous ton poids je passais Tonde,

fi me semblait porter le monde.

— Tu portais bien plus, dit Tenfant.

OTydes nuages triomphant.

Le soleil en robe dorée.

Montait alors sur Tempirée;

L*orage au couchant s'enfuyait

Et le ciel entier s*essuyait

Comme un rayon du soir essuie

La fleur malade après la pluie.

Je suis celui que tu as cherché et que tu attendais, continue Tenfant : retiens Bien mon nom ; ;e me nomme le Christ. Je t'apparais débile et faible comme Tenfance, parce que j*aime à triompher dans la faiblesse, et par cette faiblesse même îe courbe la tête ^es forts, fe t*ai baptisé dans cette onde où tu t'es plongé cette nuit, et désormais tu ne t'appelleras plus Réprobus, -car ta réprobation est effacée ; tu t'appelleras Chrystophore» ce qui si^iûe porte^hrisi : plante ici ton bflton» et ^e te donnerai un signe de ma jpuissance ; puis va par le monde et fais du bien : nous nous retrouverons un jour. L'enfant disparaît» et Chrystophore se prosterne sur le nvage, Après avoir planté son bâton dans le sable. Tout à coup un nouveau prodige le frappe d'élonnement et d'admiration : le bois sec reverdit» l'arbre mort se couvre d'une écorce nouvelle, des feuilles s'empressent de naître, et au milieu des feuilles s'épanouissent bientôt des fleurs ; les fruits leur succèdent, et d'autres fleurs naissent encore. Chrystophore est enfin éclairé.

Joyeux il quitte son asile.

Et s*en va prêchant l'Evan^le

Qui lors, par grande cruauté,

Etait partout persécuté.

Le saint, qui moult ne s*en soucie.

Vint k Samo dans la L^cie ,

Et voulut prêcher le vrai Dieu

Au peuple païen de ce lieu,

Qui ne comprit point sa harangue •

Faute à lui de savoir leur langue.

Pour ce, point ne se rebutait;

Mais nu jour, comme il assistait

Au jugement des saints et saintes

Dont on occisait maints et maintes,

A haute voix les exhorta

Dont tant le juge s^emporta,

Qu*il le frappa sur le visage.

Alors le saint, d*un grand courage »

Lui dit : Va, je te pourrais bien

Punir, si je n'étais chrétien.

El découvrant à rassemblée

Sa face jusun^alors voilée,

De peur il les fit tous frémir»

ALLEGORIE M

Et força le juge h blêmir; Car son visjge était terrible.

Saint Christophe, devenu apôtre, dissimulait donc autant qu'il le pouvait sa taille gigantesque, et portait un voile sur son visage, comme le christianisme aux Catacombes :

ayant effrayé l'assemblée des idolâtres, rien qu*en leur laissant entrevoir sa puissante physionomie, il put se retirer tranquillement; mais le juge, furieux d*avoir eu peur» envoya aussitôt une troupe de soldats pour le prendre. — Et si je ne voulais pas me laisser prendre, leur dit le Chrystophore, pourriez-vous m'y forcer ? Cette parole fit trembler les soldats. — Nous allons, reprirent-ils, retourner vers celui qui nous envoie, et nous lui dirons qiie nous n'avons pu te trouver. — Non, leur dit Chrystophore, ne mentez pas, il vaut mieux que je me livre à vous ; et leur tendant aussitôt ses mains formidables, il les aida lui-môme, en se baissant, à lui bien attacher ses fers. Les soldats pleurèrent d'admiration, et ayant amené le géant devant le proconsul, ils déclarèrent avec lui qu'ils étaient chrétiens. Le juge leur fit trancher la tète, et fit mettre Chrystophore en prison ; mais, désespérant d'avance de triompher de lui par la force, il voulut essayer de le séduire. Il y avait alors deux femmes de mauvaise vie, nommées, l'une Aquilina, et lautre Nicéa, dont tous les païens vantaient la beauté. Le juge les fil habiller magnifiquement et les fit descendre dans le cachot du Chrystophore ; mais lorsque le confesseur leva la tète et les regarda, en leur demandant avec une douceur pleine de gravité ce qu'elles désiraient de lui, elles furent saisies a la fois d'admiration et d'épouvante : la sérénité de son front terrible, ta résignation de cet homme si grand et si fort leur bouleversèrent le cœur et leur firent entrevoir les splendeurs de la vie nouvelle ; elles tombèrent donc h genoux tout à coup, vaincues et subjuguées, et lui répondirent en tremblant : Nous voulons te demander le baptême, afin d'être chrétiennes et de souffrir comme toi.

Le saint accéda au désir des deux nouvelles chrétiennes et imprima sur leurs fronts le sceau du baptême ; alors, brûlantes d'un saint zèle, elles retournent vers le proconsul, qui, les voyant joyeuses et triomphantes, croit avoir lui-même triomphé ; il ordonne un grand sacrifice, et veut que les deux femmes soient conduites au temple avec pompe pour raconter devant le peuple assemblé la défaite du plus terrible des chrétiens. — Nicéa et Aquilina sont donc couronnées de fleurs : on croyait leur donner la parure des prêtresses, elles savaient que c'était la parure des victimes : elles marchent en souriant au milieu de la foule impie, qui chante des chansons en leur honneur. On arrive au temple, les courtisanes doivent com^ mencer par offrir leurs ceintures aux idoles; elles détachent en effet leurs ceintures , les passent au cou des simulacres, et les tirant tout à coup avec force, elles renver-

ALLEGOHK

ALLEGORIE

sent les statoest qui se brisent sur les degrés de leurs autels.

Et les deux chnétienues de rire.

Gens de crier, elles de dire :

Allez chercher les médecins.

CarYOs dieux ne sont pas trop sains;

lis ont la tète endommagée!

Le chef de la foole enragée

Fil alors pendre Aipiilina

Et jeter au feu Nicea ;

Aux pieds Tune avait une pierre»

L^autre du feu sortit entière.

Le juge lui fit trancher la tôte, et fit amener Chrystophore deyant son tribunal sans essayer de le conyaincre par ses discours. Il fit commencer les supplices : un grand casque rougi au feu fut enfoncé sur la tète du martyr, puis on le donna pour but à des archers ; mais les deux premières flèches qui furent tirées contre lui changèrent de diree* tion et tinrent s^enfohcer dans les yeux du juge. Le malheureux alors poussa des cris et implora la pitié de sa victime. — Ton Dieu est le vrai Dieu, dit-il à Chrystophore; demande-lui qu'il me pardonne, renos-moi la vue, et je me ferai chrétien. — Achève d'abord ton ouvrage,dit Chrystophore ; faismoi trancher la tête ; tu prendras ensuite de mon sang, tu le mettras sur tes blessures, et tu recouvreras la vue. Le juge obéit, le miracle s'accomplit suivant la promesse du Chrystophore, et le persécuteur se fit chrétien.

Qui ne voit, dans ce géant réprouvé qui cherche un maître, legenre humain déchu qui cherche un Sauveur? Il est géant par son orgueil, et n'a cependant pas la science de l'bomme; ce n'est qu'un gigantesque enftnt.

Le despotisme de la force le séduit d'abord, il s'attache aux conquérants et aux rois ; mais les conquérants meurent, et les rots craignent le génie du mal, qui peut les renverser et les détruire. L'humanité se lasse des dieux mortels, et s'attache au çénie du mal, au génie de la science sansDieu et de la puissance sans amour ; mais une petite croix plantée sur un rocher par un pauvre solitaire confond la science des sa-

{;ea et la puissance des maîtres du monde : 'homme est subjugué par le charme irrésistible de la croix, et la voix d'un inconnu lui apprend que. pour trouver Dieu, il faut faire du bien aux hommes.

Le fleuve ra[>ide représente la vie, et les œuvres de charité sont représentées par le dévouement de Chrystophore, qui aidait les pauvres voyageurs a traverser le fleuve.

Mais ce qu'on fait au moindre d'entre les enfants de Dieu, on le fait à Jésus-Christ lui-même ; le Sauveur ne tarde donc pas à se manifester : il vient sous la figure d'un enfant, symbole d'humilité, de simplicité et de douceur ; et cependant cet enfant est plus fort que toute la force des géants, et sous le poids de son joug si léger l'orgueil humain est forcé de se courber jusqu'à terre. L'arbn*. desséché sur lequel Chrystophore s'apimyait^ c'est Tarbre des anciennes croyances.

oui semblait n'avoir plus ni vie ni sève; 1 Enfant-Dieu lui fait reprendre racine en terre et lui rend une nouvelle jeunesse ; à ce siçoe l'homme reconnaît Dieu et devient chrétien.

Alors le symbole du Chrystophore change de nature : il ne représente plus l'humanité du passé, il représente l'homme de l'avenir ; mais les premiers-*-nés de l'avenir sont toujours persécutés par les aveudes adorateurs du passé, et saint Christophe devient l'image du christianisme à son berceau ; il refuse de faire usage de la force, et, sachant que la violence se détruit elle-même quand on ne lui résiste pas, il tend volontiers ses mains aux fers et la tête aux bourreaux. Nicéa et Aqui'* lina représentent Nicée et Rome, et sont la figure de toutes les grandes villes idolAtres^ chargées de corrompre l'austérité de la nouvelle doctrine par leur luxe et leur mollesse; elles-mêmes se laissent séduire par la ma-

J'esté des confesseurs, et en viennent bientôt L renverser elles-mêmes leurs faux dieux ; la douceur du christianisme convertit les persécuteurs eux-mêmes, et ceux qui ne sont pas attendris sont aveuglés ; mais le remède à cet aveuglement est dans le sang même des martyrs; les pouvoirs ii^ustes et persécuteurs ouvrent les yeux, et, brûlant ce Qu'ils ont adoré, ils adorent ce qu'ils ont brûlé. A Domino faetum est istud, et ut unirez bile in oeulis nostris.

Cette légende, extraite de la Légende daréef qui l'a empruntée elle-même à de plus anciens auteurs, est certainement un parfait modèle d'allégorie. Le christianisme, en amenant l'homme à ne voir dans les choses visibles que l'ombre des biens éternels, avait des tendances naturelles et originaires aux récits animés d'un double intérêt comme la vie humaine. Les choses de l'esprit se popularisaient ainsi par des histoires merveilleuses qui amusaient les enfants, et fournissaient aux hommes faits des sqjets de méditations. Les païens eux-mêmes subirent ces ten« dances spiritualistes de l'esprit humain après la venue de l'Evangile, et ne craignirent pas de faire au christianisme plus d'un emprunt, avant même que l'école d'Alexandrie n'essaytx de faire le syncrétisme de la philoso-

Eme ancienne avec les dogmes nouveaux, a fable de Psyché, par exemple, n'est que du mysticisme chrétien écrit en caractères mythologiques. On sait que le sujet de cette allégorie est l'épopée de l'Ame, personnage inconnu dans l'ancienne mythologie, où les demi-dieux et les héros, après leur mort, n'étaient plus que des ombres. Dans l'allégorie de Psyché, le personnage même d'Eros ou l'Amour ne représente plus la passion sensuelle, mais cet amour mutuel de la Divinité et de la créature que le christianisme seul devait révéler au monde sous le beau nom de charité. Le paradis terrestre et son bonheur éphémère, la jalousie des esprits mauvais figurés par les deux sœurs de Psy* ché, la curiosité, la désobéissance, la chute, l'exil du paradis et les suites de la faute originelle, 1 asservissement à la chair, Texpia-

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tion et la régénération par robéissanca et la douleur* puis le pardon, la réconciliation et le mariage de VAme avec le céleste époux qu*elle arait perdu, tout se retroure dans cette fable célèbre, trop connue d*ai Heurs et trop profane dans sa forme pour que nous la racontions ici, maïs trop profondément chrétienne dans Tidée pour que nous n'avons pas dA la mentionner et en indiquer la racile explication.

La poésie des premiers siècles de TEglise consistait en des psaumes, des cantiques spirituels, et des apocalypses ou révélations écrites- en style prophétique. Edifiez^oui eî avertis$ez'-vout muttuUemeni par des coiUiau^s spirituêli^ disait saint Paul, et ailleurs : Quana vous vous réuni$$ex, chacun de vous apporte qutlme choêe pour l'édifieaiion de ses frères; ceiui^i a un psaume^ celui-là une apocalypse* Que ioui se fasse avec ordre et sans confusion. On sait que les Ap dlinaires, frères chrétiens du même nom, avaient mis en vers plusieurs récits et plusieurs cantiques tirés de TEcriture sainte; mais la forme iiiétriaue était en général peu recherchée des Qaèles comme imposant trop d'entraves k rinspiration divine. La poésie religieuse, toute pleine de contemplation et de prières, devait, à ces époques de ferveur, tenir moins k Tarrangement des roots qu'à l'élévation des pensées, à l'ardeur des affections et k la sainteté des figures. En dehors des livres canoniques, il nous reste peu de monuments de la littérature de cette époque. Les Evangiles apocryphes qui nous restent ont été ou supposés ou altérés par des hérétiques postérieurs k ces premiers siècles, et pourtant fourniraient k cet article des exemples curieux que nous rapporterons ailleurs.

{ Voy. Apocryphes. )

- Le livre du Pasteur^ par Hermas, convient mieux encore au sujet dont nous nous occupons ici : ce n'est qu'un tissu d'allégories au moyen desquelles un pasteur céleste instruit une âme des mystères de la doctrine. L'on a suspecté k bon droit l'intégrité et l'orthodoxie entière de ce livre, dont quelques nassaf^es sembleraient favoriser l'erreur de Novatien, et d'autres, par une singulière contradiction, pencheraient vers le système condamné d'Ongène. Ces questions, du reste, ne touchent pas au côté littéraire du livre, dont la forme est d'un mysticisme parfois .assez étrange. Le stvle y revêt quelquefois j)Ourtant la simplicité majestueuse des écrivains apostoliques, et ses comparaisons sont •souvent heureuses : c*est ainsi que le Pas* teur compare la société des hommes, dans Ja vie présente, k un bois où les arbres verts «ont mêlés avec les arbres morts; la chute des feuilles les rend tous semblables, mais «c'est le printemps qui distingue les vivants ^68 morts; les uns reverdissent et se couvrent d'un nouveau feuillase, les autres citaient vainement leur squeiette aride au «oleil qui ne les réchauffe plus. Nous vivons «ur la terre confondus ensemble comme les arbres d'une même forêt; puis, selon les <lispositioas intérieures de chacun, quand

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vient ce vent d'automne que nous appelons la mort, tous se flétrissent et se dépouillent de leurs feuilles, quelques-uns pour toujours, les* autres seulement pour un hiver. La résurrection sera le printemps : alors le sobnl de Tétcmité visitera tous les hommes et l'on ne saurait dire qu'il donnera aux uns la vie, aux autres la mort; sa chaleur et sa clarté seront pour tous la même ; les uns la sentiront, lej autres ne la sentiront plus, et c'est k ce "signe qu'il distinguera les vivants d avec les morts.

• Le Pasteur montre aussi k Hermas des anges qui bktissent une tour : cette tour c'est l'I^Iise de Dieu, et les anges ce sont les vertus ; d'autres anges sont chargés de choisir, de tailler et de polir les pierres; ces pierres sont les fidèles : celles qui ne sont pas trouvées aptes k remplir la place pour laquelle on les destine, sont r^etées, ainsi que celles où il se trouve quelque défaut

aui compromettrait la solidité ou la beauté e l'édihce. Mais que deviennent les pierres qui sont ainsi rejetées par les architectes divins? Elles roulent sur la terre ou tombent dans les eaux des fleuves. Celles qui sont trop tendres subissent le travail du ternes, de l'atmosphère et des eaux qui les durcissent. Celles qui sont inégales seront brisées et égalisées k la longue par le choc des éléments; quelques-unes seront réduites eo poudre, puis en limon , puis reprendront une cohésion, nouvelle; toutes enfin, plus tard, seront présentées encore une fois à l'architecte, et pourront alors entrer dans la composition du mystérieux édifice, avec cette différence seulement, qu'elles seront au fiommet au lieu d'être k la base, et qu'elles seront supportées au lieu de supporter les autres. C'est ce passage surtout, susceptible d'ailleurs de plusieurs interprétations, qu'on pourrait tourner dans le sens origéniste; toutefois il parait plus naturel de l'entendre des résistances k la srâce et des conversions retardées par l'infidélité des hommes. L'image des anges travaillant k la tour n'en est pas moins une image fort belle. D'ailleurs, tout ce syml)olisme n'est pas choisi arbitrairement par l'imaKinatioa de l'auteur; nous trouvons, en étudiant les Pères au point de vue littéraire, une concordance parfaite dans les allégories qu'ils emploient, et cette concordance est plus remarquable k mesure qu'en remontant les siècles on se rapproche des temps apostoliques. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, le soleil, dans la littérature sacrée, représente la vérité, le Verbe de Dieu et Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui sont trois termes dont l'analogie est presque de la sy^ nonymie. Il est écrit en effet dans le livre des psaumes : Il a placé son iabemacle dam U soleil^ et lui-même est comme v(n époux fM sort de sa chambre nuptiale. La lune représente l'Eglise, et sous les noms de l'époux et de l'épouse, on entend aussi ordinairement Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Eglise. De l'analogie du soleil visible avec le soleil invisible, qui est le Verbe dô Dieu» peuvent

tt ALLEGORIE

$e déduire» relalivemeDt aux opérations de la Tériié dans nos Ames, toutes les analogies de la lumière, soit directe, soit réfléchie, soit réfractée. Les ténèbres représentent le mensonge envahissant les âmes, Fétat de péché ; et le jour figure Tétat de srâce ; les animaux, les plantes et les minéraux ont des analogies avec les facultés, les puissions, tes vertus et les gloires soit des hommes encore militants, soit des saints élus qui se reposent dans la gloire; les arbres sont les doctrines, et leurs fruits en sont les résultats; les pierres représentent les fidèles, soit oollectivement, comme dans la construction des autels dont il est parlé dans :1a Bible, et dans cette parole de Notre-Seigneur à Cephas : Tu es Pierre^ et sur cette pierre je 6d* tirai mon Eglise^ et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. Par ce mot portes il faut entendre les jugements, les puissances du monde, et les sept vices ca*

titaux, qui sont les souverainetés de Taime. Jésus-Christ lui-même se compare à la pierre angulaire, et il dit que si Ton fait taire les enfants qui lui crient Salut et gloire^ les pierres elles-mêmes crieront. Les arbres représentent aussi les nations, à cause de leurs branches qui figurent les provinces, et de leur feuillage qui représente la multitude. 11 faudrait un long et minutieux travail pour recueillir et classer toutes ces allégories, dont la connaissance est si nécessaire h guiconque veut se livrer avec succès à la littérature sacrée. Les limites de cet article, d^à trop long, nous obligent de nous borner à

auel(Hies indications pour faciliter les rebercoes.

U nous reste à dire quelques mots de Tusage qu'on peut faire encore de Tallégorie dans la littérature sacrée. Comme il nous semble Tavoir fait déjà observer, nous n'avons plus , pour pai'ler en énigmes, ni les mômes raisons, ni la mène autorité que les prophètes, et l'allégorie ne peut guère plus convenir qu'aux enfants et a ceux qui les instruisent. D'ailleurs, les hommes inspirés de Dieu, en employant eux-mêmes eetie forme, oui s'accommode si bien aux faiblesses de l'intelligence, n'ont-ils pas re- Kardé les hommes comme de véritables enfants? Dans rinstruction de la jeunesse»

l'allégorie peut donc être d'un grand secours, et les catéchistes, par exemple, peuvent y trouver un moyen facile de tempérer par des récits attrayants et des images gracieuses laustérité et les longueurs de leur grave enseisnement ; des paraboles dans le genre de celles du Père Bonaventure Giraudeau, par exemple, réussissent toujours et sont du plus heureux effet. Une comparaison, une image fera sur-le-champ comprendre à un enfant, ce que vous vous seriez inutilement efforcé de lui expliquer pendant plusieurs heures, et c'est bien la que vous trouverez l'occasion d'appliquer ces préceptes de convenance et de justesse dont nous avons parlé précédemment. Mesurez vos images à la faible vue, et vos comparaisons à la science peu étendue de vus auditeurs ou de vos lecteurs» dirait

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sans doute un professeur expérimenté et* vénérable en s'adressant à ses élèves ; rappelez-vous toujours qu'ua ornement est.

mutile dès qu'il cesse d'être nécessaire, et que la poésie n'est que l'art d'expliquer la métaphysique à des enfants par le moyen des images; ménagez vos illustrations et supprimez les rébus. Ce que nous disons ici pour la prose s'applique même à la poésie, proprement dite, c'est-à-dire à la poésie versifiée : la plus belle est toujours la plus simple, et les images qui nous saisissent le plus sont celles qui nous font comprendre facilement et sans effort une belle et grande pensée. Le bon style est tout d'une pièce, si nous pouvons parier ainsi, et l'on ne doit pouvoir rien eyouter ni rien retrancher à sa simplicité comme à son élégance. U n'y a qu'une manière de bien dire les choses, et le sentiment de cette manière est ce qu'on appelle le goût : or c'est surtout dans le choix, des ornements du discours comme la métaphore, la comparaison et l'allégorie (ou mieux, et pour suivre la progression, mettons la métaphore la seconde) , c'est surtout, disons-nous, dans le choix de ces ornements et dans l'examen des raisons qui peuvent nous déterminer à leur emploi, que le goût doit être consulté. U ne faut pas, comme Malherbe, par exemple, comparer les larmes de saint Pierre au déluge universel, et ses soupirs à des ouragans qui déracinent les chênes :

C*est alors que ses cris en tonnerres éclatent ; Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent,

etc.

Ces images manquent au bon goût, parce qu'elles ne sont pas vraies, et les analogies

Îr manquent de justesse. U faut aussi que es images soient toujours nobles , surtout si les choses qu'on veut figurer ne le sont pas : car alors on rachète le trivial de la

f)ensée par la distinction de la forme ; enfin, orsqu'on croit devoir employer l'allégorie {)Our tourner l§s difficultés ou tempérer 'aridité d'un sujet, il faut bien se garder d'une allégorie longue, ennuyeuse et em-* barrassée ; de la métaphysique exprimée en bons termes serait moins pénible à eutendre, même pour des auditeurs volages et distraits, que de lourdes comparaisons qu'oa est obligé de suivre longtemps sans les saisir, et qui ajoutent à l'ennui des difQcultéa les difficultés nouvelles causées par l'ennui des mauvaises explications et des coinpa^ raisons malencontreuses.

Un autre danger de l'emploi des allégories, et celui-là n'est pas le moins grave» c'est de produire de la confusion dans l'esprit des simples, et de mettre l'image à la place de la réalité ; dançer si réel, que cette confusion et cette substitution ont existé re« lativement à presque toutes les allégories, et notamment toutes les fois qu'il s'est agi de symbolisme religieux. La ponulace de Mempbis croyait fermement qu'Osiris était un homme à tète de bœuf et qu'Isis était une belle génisse. Les fictions philosophi-y

W ALLECORK

Îrues d*Hésiode et d*Hoinère ont rempli de AUX dioui les temples de la Grèce et de Home; on en vint à donner un corps aux plus raines abstractions ; on personnifia jusqu'aux vices et aux infirmités humaines, il Leut un dieu Sterculm et un dieu Crepitus. s légendes des siècles apostoliques et les fictions des Bvangiles apocryphes se matérialisèrent au moyen A^e « et corrompirent dans plusieurs esprits Tintégrité et la gravité des divines Ecritures. La plupart des chimères oùs*éKarèrent les snostiques ne furent que des confusions d*alTéaories superflues, et les perfections indivisibles de la Divinité, personnifiées séparément et s'engendrant les unes les autres, non pas en réalité, mais dans l'ordre logique des conceptions de notre esprit, produisirent daus la théologie de Bisilides et de Yalentin ces processions d*éones ou d*entités diverses, vraies chimères philosophioues alliées par couples et se reproduisant ae génération en génération, selon les lois mystiques du ternaire, du septénaire et du duodenaire , autres allégories matérialisées ou mal comprises.

A ces tendances idolâtriques se mêlaient des essais de syncrétisme qui ne faisaient autre chose que rendre la confusion plus grande, en introduisant dans la symbolique chrélienne les images et les noms des anciennes mythologies. Ainsi Basilides , dans ses Àbraxas^ donne au Rédempteur des hommes le nom et les attributs d Uélios, la divinité du soleil, parce que dans la symbolique chrétienne le soleil représente la Vérité ou le Verbe de Dieu. Ainsi Val^ntin donnait au Réparateur envoyé par Tintelligence suprême le nom Egyptien d*Horus, et symbolisait-il jusqu'aux récits historiques de l'Evangile pour les faire concorder avec les fables égyptiennes ; car, au défaut qui consiste à matérialiser les allégories correspond un autre défaut opposé, mais non moins fiineste, qui consiste à voir des allé-

f(ories partout, et è supprimer ainsi les faits es plus incontestables qui forment la base de tout notre édifice religieux. Or il y a une orthodoxie en littérature comme en religion, et ce qu'on Appelle le galimatias est le résultat ordinaire de ces hérésies contre le bon goût , qui consistent à matérialiser les choses spirituelles et à spiritualiser les choses matérielles, de manière à tout confondre. La comparaison, la métaphore et Tallégorie doivent avant tout garder les distances et ne pas intervertir les rôles. Toute comparaison, toute métaphore et toute allégorie est uoe sorte d'équation entre plusieurs termes, et Tabsurdité ne résulte pas moins d'une erreur en littérature qu'en algèbre. Nous mettons ensemble et nous traitons de même la comparaison, la métaphore et l'allégorie, parce que ce sont les trois degrés différents d'une seule et même figure ; ainsi , par exemple : Àlexatidre'- le 'Grand combattait comme im /ion, voilà une relation aflirmée, et c'est une comparaison ; ce Mon qu'on nommait Alexandre, voilà remploi de cette relation de similitude : puisque Aleian-

àLMASIACa %

dre est comme un lion, j'appelle Alexandre un lion, et c*est une métaphore. Enfin, sans nommer Alexandre, je parie d'un lion de Macédoine qui dévore un immense troupeaa dans les campagnes de la Perse et met en fuite les bergers : j'emploie la métaphore sans en désigner l'objet, je me sers du terme même de la comparaison pour désigner Tobiet comparé, et je lais une allégorie. Au fond de tout cela il y a une équation dont l'expression mathématique est celle-ci :

Alexandre est aux Perses ce qu'un lion est à un troupeau ; si l'équation est exacte, je puis dire du lion et du troupeau tout ce que je dirais d'Alexandre et des Perses, et réciproquement. Or c'est dans une équatien semblable qu'il faut chercher la raison et la justesse de toutes les allégories, et par conséquent de toutes les métaphores et de toutes les comparaisons.

ALMANACH. — Unalmanach n'est pas oa livre sans importance, et la rédaction d'un annuaire ou almanach modèle devrait appa^ tenir exclusivement à la littérature sacfée.

Dieu n'est-il pas en effet l'arbitre du temm et des saisons ? L'année n'appartient-t-ella pas tout entière à l'Eglise, qui la parta)^ en périodes douloureuses et en périodes joyeuses, par ses pénitences et ses lêtesf

L'almanach pénètre partout, dans le riche salon comme aans la pauvre cabane; c'est le messager du nouvel an, il doit arriver plein d expérience et de bons conseils, apportant au loyer des familles une foule d observations intéressantes, d'anecdotes remarquables, et surtout, pour les grands et petits enfants, des images et du merveilleai. Comme il doit être pour le pauvre le livre de toute l'année, il doit être bien pourvu de bonne philosophie et de gaie science, et, puisqu'il se présente comme un médiateur entre le passe et l'avenir, il doit être habile conteur et utile'prophète: car voilk, en peu de mots, ce qu'on demande h un bon almanach, la science du calendrier, les histoires de Tannée passée et des prédictions pour Tannée prochaine.

La science du calendrier, au point de vue catholique, n*est pas chose aussi commune qu'on pourrait bien le supposer. L'année ecclésiastique est comme un cours comptet de liturgie, et les prières de l'Eglise sont divisées aussi en saisons; chaque saison a %^^ fiâtes et ses couleurs, et doit être employée k la culture d'une vertu spéciale dans Tordre du progrès spirituel. Le savant abbé Frère, professeur d'Ecriture sainte à la Sorbonne, s'est beaucoup occupé de ce côté symbolique et spirituel de la liturgie : il avait amassé sur ce sujet une foule d observations et de témoignages, et avait eom-* piété par une série de tableaux synoptiques un cours qu'il appelait Yannét tcelhiaêtifÊê. Il trouvait une relation exacte et des rap* ports essentiels entre la succession des fêtes de TEglise et la progression des divers états de Tâme dans son travail pour s'unir à Dieu, afin de commencer son éternité en cette rie. H trouvait la loi du progrès spirituel des

ALMANACU

ALMANACB

Ames exprimée dans ces paroles de saint Auguslin : Domus Dei credendo fundatur , iptrando erîgrtlur, diligendo perficttur. « La maison de Dieu se fonde sur la foi, s*élève par l'espérance et se couronne |)ar la charité; » mais» pour que la foi pinsse asseoir solidement les fondations de rédilice spirituel» il faut aue la terre soit creusée et la place déblajree par la pénitence. Les quatre Ages de la ?ie spirituelle sont donc la péni* tence» la foi« Tespérance et la charité, et le genre humain tout entier, comme chacun des individus qui le composent, a dû p isser par tous ces Ages successifs. L*histoire religieuse du monde se partage en quatre épo* Sues, qui sont comme les quatre saisons *uue grande année divine. Dieu a appelé les hommes à la pénitence par les prédications de Noé et par les terreurs du déluge; iJ les a oooduits à la foi par le ministère d Abraham,

Îui fut le père oes croyants ; il les a fondés ans Tesperance par les miracles du désert et les promesses faites à Moïse, et il les a enfin initiés à la charité sous les règnes de David et de Salomon, qui représentaient si bien, dans leur sagesse et dans leur splendeur» le règne spirituel du Messie. Mais tout l'Ancien Testament n*a été que la figure du Nouveau, et le temps qui s'est écoulé depuis Toriglne du monde jusqu'à la naissance du Sauveur, n a été réellement aue le temps de la préparation et des désirs. C est de ce temps que l'Eglise fait mémoire dans les instructions multipliées et les prières prolongées de l'avent ; alors la couleur de ses ornements est le violet, couleur sombre qui exprime le deuil, mais un deuil tempéré d'espérance, une nuit A travers laquelle on voit poindre une nouvelle aurore. A Noël, le Soleil de vérité se lève» et les vêtements sacerdotaux sont blancs, symbole de la pureté de la foi : Le temps de U foi dure jusqu'à Pâques; de PAques à la Pentecôte c'est la saison de l'espérance, et de la Pentecôte à l'Avent c'est le temps de la charité ; c'est donc à l'Avent que commence et que finit, comme une couronne de prières, le cyc/e de l'année ecclésiastiaue. Les qualres couleurs symboliques de l'année sont le violet, le blanc, le vert, et le rouge. La couleur d'or représente également le blanc et le rouge, et réunit les emblèmes de la foi et de la charité.

Voici donc des premières notions indispensables à la science chrétienne du calendrier; mais il faut y ajouter bien des choses encore; les douze mois de l'année ne sontils pas sous la garde spéciale des douze anges de la nouvelle Jérusalem? N'ont-ils pas pour signes spéciaux les douze pierres précieuses do la Jérusalem céleste et du ratio* nal d'Aaron? Pourquoi ne rattacheràit-on pas des souvenirs pieux à chacune de ces heures du grand jour qu'on nomme l'année? * Nous est-il défendu d'espérer au'un jour même les mois seront purifiés de leurs noms païens, et seront désignés par des appellations plus intéressantes pour nos esprits et plus touchantes pour nos cœurs ? Mai, consacré autrefois à la nymphe Maïa, mère du

Dieu des voleurs, n'est-il pas bien plus saintement et plus agréablement nomme du doux nom de mois de Marie?

Nous pourrions faire la même observa-* tion sur le nom des jours, et si nous n'avons que faire d'un mois consacré à Janus, des fêtes Fébrua, de Mars le gendarme, de tous les Junius et de tous les Julius possibles, qu'ils soient des Brute ou des César, que faisons-nous d'un jour consacré à Mars le batailleur, d'un autre voué à Mercure, le dieu suspect? Puis encore pourquoi le milieu de la semaine serait-il consacré à Jupiter, *le vendredi à Vénus et le samedi à Saturne? N'est-ce pas le jeudi que le Sauveur du monde, en instituant la sainte Eucharis-» tie, a supprimé pour jamais les sacrifices et les honneurs de Jupiter? N'est-ce pas le vendredi qu'il est mort pour précipiter dans l'enfer l'impudique Vénus? N'est-ce pas le samedi que sa mère, pleurant près de son tombeau, a, par sa résignation, sa foi et son espérance, brisé à iamais ces lois aveugles de la fatalité représentée par lé vieux Saturne? On dira peut-être, pour défendre le vieux système par d'autres raisons que l'empire presque fatal de la routine, que les noms des jours de la semaine ne se rapportent plus aux anciens dieux du pagamsme, mais aux sept principales planètes oui portent des noms mythologiques. A cela nous n'aurons rien à répondre, sinon qu'il est plaisant d'avoir établi pour les dieux déchus des Invalides dans le ciel planétaire. Les sept planètes ne seraient-elles pas mieux nom-^ mées, par exemple, si on leur donnait les noms des sept anges qni se tiennent sans cesse devant le trône de Dieu ? Sans doute que sur tout cela le vieil usage aura Jong-« temps plus ae puissance que toutes les raisons ; mais si réellement il y avait dans no-p tre calendrier des vestiges de paganisme, le vœu de l'Eglise sans doute est qu'on les fasse disparaître, et c'est surtout dans les annuaires et almanachs catholiques qu'il faudrait préparer de longue main [es esprits à cette reforme, en exposant l'esprit dfu vrai calendrier chrétien, en expliquant la semaine d'après la grande œuvre des six jours, en consacrant chaque mois à la mémoire d'un patriarche ou d un apôtre. Le chaste Joseph, par exemple, et le disciple vierge ne se rencontreraient-ils pas à propos dans nos souvenirs pendant les touchantes solemnités du mois de Marie? Puis il faudrait expliquer eu peu de mots aux fidèles l'esprit des fêtes, et montrer la volonté de Dieu accomplie sur la terre par son Eglise toijgours sainte et toiyours pure, comme par les étoiles dans le firmament, et par les anges dans le ciel. Des notions élémentaires d'astronomie sont toujours nécessaires dans un almanach, mais elles doivent être mises tellement à la portée de tout le monde aue les mots techniques eux-mêmes en soient écartés a\/BCSoiu ou traduits en langage vul^^ire. Nous voudrions qu'on eu vint à considérer l'immensité du ciel comme un temple où les astres silencieux et recueUliS} vêtus d'omemepts splen-

m ALMANACa

dîdesy aecomplisseot graTemeot d*année ci aonée les cérémoDies d'uD culte perpétuel. Si Ton eiamine bien cette idée, oa verra que œ n*esC pas uniquement de la poésie, et qu'un chrétien peut difficilement se &ire une aufre idée des mnuTements majestueux du ciel et de la procession des mondes autour de leurs soleils respectifs. Le calendrier doit nous rappeler encore les noms de uos

Sotecteurs au ciel, et pourquoi ne join* ait-on pas au nom de chaque saint un mot caractéristique de ses œuvres ou de ses Ter* tus, pour les proposer chaque jour à l'imitation et aux prières des tidèfes T Un almanach ainsi fait serait un véritable livre de piété et un manuel toujours utile.

La partie scientifique de Talmanach aurait donc rapport au calendrier et à la science de Tannée ecclésiastique; il serait bon d'y joindre des éphéméndes rappelant sommairement les grands événements dont le souve* nir se rattache à chacun des jours de l'année, et les noms des çrands hommes dont l'Eglise honore la mémoire sans les avoir placés dans «on Martyroloçe; puis doivent venir des con* 83ils sur Tagnculture, en tenant compte de toutes les améliorations et de toutes les découvertes sanctionnées parl'exf^érience, des avertissements relatifs à l'hygiène et à la morale domestique, en un mot les avertissements d'un bon pasCeur et d'un bon père de famille.

La partie historique et aneedotique du livre doit être revue avec un goût sévère ; il faut en écarter avec soin l'esprit de parti, de dénigrement et de gaieté niaise ; il faut instruire même en amusant, et si l'on doit permettre et demander même au Messager de tous les ans quelque récit du coin du feu, «udflue conte naïf empreint d'une bonne et irancne gaieté, nous ne devons lui permettre ni bouffonneries indécentes, ni historiettes hasardées ; le conteur du foyer doit se souvenir toujours qu'il parle devant les mères de famille et les petits enfants. 11 doit éviter égatement, dans ses récits, l'intention mo^ raie affectée gui fatigue, et les inventions oiseuses qui font perdre le temps ; un bon conte qui fait rire sans offenser Dieu ni le procham n'est pas une chose oiseuse et défendue, puisque Dieu nous permet de nous récréer. Lorsque le bon roi saint Louis était à table, il ne voulait pas, par égard sans doute pour ses convives, qu'on sj fatiguât l'esprit par des conversations tbéologiques ou des entretiens trop relevés. Ce n'est pas le moment de disserter ici, disait-il avec bonté; si donc quelqu'un a auelçiue chose de joyeux dans resprit, qu'il le dise en tout bien tout honneur, et avec la crainte de Dieu.

La partie prophétique de l'almanach ne peut être, comme on le comprend bien, qu'un nouveau s^iet de récits intéressants, une occasion de faire des calculs et des rapprochements ingénieux, un prétexte pour instruire encore en amusant, et pour exciter doucement et indirectement ses lecteurs au respect et à la confiance pour les soins maternels de la Providence qui nous dirige. Un

AMAIARICS

peu de merveilleux ne nuit jamais aux poètes comme aux conteurs, et les prédictions sont la partie poétique de ralmanacb. Souvent, sous prétexte de prédiction, on peut se livrer aux observations les plus fines et aux critiques les plus délicates des ridicules de Tannée précédente; mais combien de science et d art ne faut-il pas pour manier habilement et surtout chrétiennement les armes si dangereuses de la raillerie et de la satire! Un almanach catholique bien fait sous tous les rapports que nous venons d'indiquer, serait aonc non-seulement un bon ouvrage et une bonne oeuvre, mais encore un petit chef-d'œuvre. Il serait bon, du reste, d*étendre aux almanachs les prescriptions da concile de Paris touchant les livres qui doivent ^tre soumis à l'ordinaire; car on ne saurait apporter assez d'attention ni assez de soin à la rédaction de ces petits ouvrages si frivoles en apparence, et qui peuvent avoir sur l'esprit d'^s masses une influence si profonde; il serait à désirer que deux almanachs ou annuaires fussent omciellement publiés tous les ans dans chaque diocèse, sous la surveillance spéciale des évèques : un almanach du clergé qui ne serait autre chose que le bref plus complet et plus étendu, et ua almanach des fidèles où serait nt renfermés è la fois un résumé des instructions pastorales de Tannée précédente et des conseils pour l'année suivante. Quoi qu'il en puisse être de l'opportunité de cette mesure, qu'il ne nous appartient en aucune manière de

J'uger, ni de préjuger, et pour nous en tenir i la seule appréciation littéraire, concluons qu'un almanach est un ouvrage plus important qu'on ne pense, et que pour le bien faire n faut unir les qualités les plus diverses, l'instruction solide d'un savant, la méthode d'un bon professeur, l'indulgence d'un père de famille, l'exactitude et l'impartialité d'un journaliste consciencieux (qu'on nous permette cette utopie), la grâce d un jo^eui conteur unie à la prudence d'un catéchiste; puis enfin la finesse, Tesprit d'observation et de saillie, le tout assaisonné et tempéré par beaucoup de bonhomie et de simplicité.

On voit par cet aperçu, dont personne ne contestera la justesse, que peu de littérateurs, même parmi les plus oistingués, sont capables de composer un almanach irréprochable.

AMALARIDS ou AMALAIRE, — disciple d'Alcuin, clerc de l'église de Metz, et depuis chorévêque de Lyon, fut envoyé à Rome, l'an 831, par l'empereur Louis. Son grand traité des Offices ecelésiaitiquet^ divisé en quatre livres, est un des documents les plus curieux que doivent consulter ceux qui s'occupent plus spécialement de la liturgie et de la signification emblématique des cérémonies de l'Eglise. Les eiplications mystiques qu'il donne de toutes les parties du culte ne sauraient plaire à tous les esprits, surtout h une époque d'analyse rationnelle où la critique se montre sévère envers toutes les assertions qui ne paraissent pas W^n rigoureusement démontrées. Il y a néan-

AMAIARIOS

moins de la piété et des recherches utiles dans le livre aAmalarius ; il est surtout nrécieax pour la démonstration de certains faits liturgiques d'une grande importance. On y ¥oit que les prières de la messe et des heures étaient les mêmes, du temps d*Amalarius» que celles qui sont marqué(*s dans le Sacramentaire et FAntiphonier de saint Grégoire» les mêmes que nous disons encore. On y trouve surtout la preuve irrécusable de Tantiquité et de Timmuable m^ijesté des cérémonies de TEglise romaine ; il étudie et analyse en détail toutes les messes, en commençant à la Septuagésime ; il en a même conservé et cité les IntroHj ]esEpUre8 et les Evangiles^ qui sont restés les mêmes depuis plus de onze cents ans; il note avec soin les particulArilés et les exceptions relatives à certains jours de Tannée, et cite les époques auxquelles ces exceptions ont commencé.

Be son temps on faisait encore un repas en commuA dans lés églises en mémoire de la dernière cène, coutume dont il est resté quelque chose dans la cérémonie du lavement des pieds, qui se pratique encore dans presque toutes les églises. Combien cette perpétuité du culte et celte unité de coutumes, dans la célébration de roffice divin, maintenues k travers les Ages et malgré tous les chançemeuts des lois humaines, cette immutabilité de ce qui est divin au milieu du flux et du reflux des choses humaines, devraient donner à réfléchir h ceux qui pensent qu'on peut facilement supprimer et rétablir des religions comme on change les dynasties et comme on modifie la carte des empires 1 Quelle légèreté aussi et quelle témérité dans la critique de ces enfants élevés k Técole de Voltaire, et qui viennent hausser les épaules devant ta sagesse des vieillards, en critiquant les grandes choses qu'ils ne se donnent pas la peine de comprendre! Tout cela est passé, disent-ils> et ils passent euxmêmes ; et cette Eelise dont ils se riaient vient prier près de leur lit de mort, comme elle priait au ix* siècle, du temps d'Amalarius, comme elle priait du tefkips des apôtres, comme elle priera encore après que plusieurs générations d'ignorants ou d'insensés auront passé sans se rapprocher d'elle ; puis

Suand les peuples, fatigués du silence et du ésespoir qui se sont emparés de leur ber^ ceau et de leur tombe, chercheront de nouveau un culte et des autels, ils creuseront bien longtemps avant de trouver où poser la première pierre de leur nouveau temple d'une manière durable et solide; le vent soufflerai l'inondation passera, et leurs misérables édifices d'un jour seront entraînés : ils reviendront alors s abriter dans l'antique maison de leur mère, et la retrouveront toujours jeune, toujours sans taches et sans rides comme aux jours de son adolescence» toujours les bras ouverts pour pardonntT« les mains étendues pour bénir. Alors la science s'étonnera des richesses qu'elle avait perdues, la philosophie admirera la simpli« <iié de ces dogmes qui attirent vers le ciel la- vraie sagesse huoiaine^ et la forcent ii s'é?

AHBROISE

Mt

lever et à grandir sans jamais se laisser atteindre. Amalarius,Alcuin, hommes vénérar blés que le dernier siècle eût peut-être traités de bai beres, vous qui apparaissez dans l'histoire des lettres comme les représentants du véritable progrès à côté du grand Charlemagne, ce fondateur guerrier du second empire chrétien^ comme tes représentants, disons-nous, du progrès véritable, parce que vous constatez que l'Eglise fait avancer les nations vers la lumière, mais qu'elle n'avance pas elle-même, parce qu'elle les attend toujours, nous vous saluons, vous qui avez cru, qui avez, espéré et qui avez prié comme nous. Après les tempêtes de la réforme, après le vent aride ou xviu* siècle, après le tremblement de terre des révolutions, l'arbre de vos croyances est toujours debout, et se couvre encore du même feuillage, et donne dans toutes les saisons de l'année les mêmes fruits après les mêmes fleurs ; l'Iiomme le plus puissant par le génie et par les armes qu'aient produit Tes temps modernes ne trouva rien de plus beau à faire, dans un monde avide de nouveautés et de merveilles, que de recueillir les reliques de Charlemagne, et d'essayer à ses propres mains son globe impérial et son épée, et ce qu'il regretta le plus peut-être, ce fut de ne point avoir à ses côtes des hommes comme vous, des croyants soumis et laborieux, de sages et prudents défenseurs de tout ce qui est immuable.

Ces pensées nous sont suggérées par la lecture des livres d'Amalarius sur la liturgie, et nous ne pouvons nous empêcher d'admirer cette foi dont l'expression est peut-être Eeu attrayante relativement aux habitudes ttéraires de nos jours, mais dont la base est la même que celle de toutes les grandeurs scientifiques et littéraires de l'Eglise.

Bossuet et Fénelon ont célébré les saints mystères que commente Amalarius, et avec la seule oifférence du génie personnel. Ils se sont unis, dans la méditation des mêmes symboles, au génie de ces âges écoulés, qui communiaient eux-mêmes avec le çénie toujours vivant de la primitive Eglise i unité d'esprit, unité de signes, unité d'aspirations et de désirs, communion du passé avec l'avenir, oui se confondent en quelque sorte devant l'éternité. Voilà ^esprit d9 l'Eglise et le Caractère indélébile de ses institutions et de son culte, et c'est ainsi qu'elle établit l'égal té entre les vertus de tous les temps et la fraternité entre les Ages.

AMBROISE (saint), — i'Atbaoaase de l'Eglise latine, et le plus grand évêque du Bas- Empire, peut être considéré comme le père de la littérature chrétienne en Occioent» Pour le prouver, c'est assez de dire qu'il fui le maître et le père spirituel de saint Au-» gustin. Jamais personne n'exprima mieus que le saint archevêque de Milan toute la vérité de ce précepte de saint Paul , qtê€ ioui ce qui est vrat^ que tout ce qui est bon^ que tout ce. {Ht est aimable, que,, toîi$, çr

AMBROISB

AMBROISC

qui 9$t honorablt $oit le sujet de vos peti- $ée$.

Tout le monde connatt assez, pour que Dous ne le rappelions pas ici, ce conflit de grandeur d*ftroe et d*héroïsme chrétien qui représentera étemelleraent au souvenir du inonde saint Ambroise arrêtant à la porte de réglise Tbéodose souillé du meurtre des habitants de Thessalonique, et Théodose» empereur vraiment disne d'un tel évêque, effaçant son crime par la magnanimité de sa soumission et la majesté de son repentir : sujet dramatique qui eût effrayé l'Ame et la yfenre de notre vieui Corneille. Comment en effet rendre une pareille scène en assez beaux vers? Comment faire bien comprendre aux hommes de notre temps cette toute-

Çuissance morale de la vertu qui humilia héodose aux pieds d'Ambroise, parce que Théodose se connaissait en grandes choses et ne voulut pas se laisser vaincre en gêné* rosité par un évoque? Il n'y a que de pareils hommes pour bien apprécier de pareils actes.

Hien n'égalait la douceur de Téloquence de saint Ambroise lorsqu'il parlait, si ce n*est peut-être son énertf e lorsqu'il fallait affir : c'était en un mot le type du véritable évêque. Homme de parole et d'action, de propagande et de résistance, il ressemblait à ces architectes de l'Ecriture qui tenaient le compas d*une main et de l'autre Tépée pour bÂtir à la fois et pour défendre le saint temple. Dieu avait mis en lui un attrait invincible et une énergie inexpugnable. Aucun de ceux qui aimaient le bien ne pouvait se défendre de l'aimer : ceux qui voulaient le mal tremblaient et se cachaient devant lui.

Nous aurons plus d'une fois occasion dans le cx)urs de cet ouvrage de citer l'autorité de saint Ambroise. Ses jugements sur l'Ecriture sainte en général et sur les Psaumes en particulier sont de ces choses classiques en littérature sacrée qu'il faut absolument savoir par cœur. Il résuma et flt passer dans ses ouvrages tout ce que les Pères de l'Eglise grecque avaient écrit de plus éloquent et de plus fort, en sorte que l'étude des seuls écrits de ce saint docteur pourrait suppléer en quelque manière à un cours complet de patrologie.

Il expose de la manière la plus lumineuse en même temps et la plus solide le sens figuré de tous les mystères de l'Ancien Testament dans ses livres sur Caïn et Abel, sur Isaac, sur Jacob, sur Joseph, sur Job et David. Ses ouvrages sur la Virginité, sur les Sacrements et sur les Mystères, contiennent tout ce qu'on peut en penser de plus élevé* tout ce Qu'on peut en dire de plus beau. Dans son livre aes offices il pose les princi-» pes de la vraie philosophie chrétienne en des termes qui eussent étonné l'anliauité. Nous ne pouvons pas nous refuser au plaisir d*en traduire ici quelques chapitres, le titre seul du 12* chapitre du 1*' livre nous révèle le saint archevêque tout entier :

« La forte d'âme ne consiste pas seulement à vaincre^ mais plus encore à souffrir,

« Pour comprendre que la force se montre non-seulement dans le succès mais aussi dans l'adversité, regardons mourir Judas Machabée : ayant vaincu Nicanor, général de Démétrius, il osa avec neuf cents hommes de guerre attaquer vingt mille hommes de l'ariuée du roi. Ses soldats, se voyant près d'être accablés par le nombre, Youlaient lâcher pied, mais lui, leur montrant la gloire dans la mort et la honte dans la fuite : ne laissons pas, leur dit-il, l'infamie k notre mémoire. On soutint donc la bataille depuis le premier lever du jour jusqu'au soir. Judas se portant sur l'aile droite des ennemis où il voyait combattre les soldats les plus braves la rompit du premier choc, mais en poursuivant les fuyards il se laissa frapper par derrière et trouva ainsi une mort plus glorieuse que ses triomphes.

« Que dirai-je encore de son frère Jonatbas qui, avec une poignée de soldats combat^ tant les armées royales, abandonné des siens et laissé seul avec deux hommes, rétablit le combat, arrête l'ennemi et rappelle ses déserteurs au partage de sa victoire? Telle est la vertu guerrière, qui n'est médiocre ni en honneur ni en beauté, puisqu'elle préfère la mort à la servitude et k U honte. Mais comment parlerai-je des souffrances des martyrs? et pour ne pas aller plus loin, les enfants mêmes des Hachabées n'ont-ils pas triomphé d'Antiochus aussi noblement que leurs pères, eux sans armes, leurs pères armés 1 elle a résisté cette cohorte invipcible de sept enfants environnée de toutes les forces d un royaume, les sup«

1)tices ont manqué, les tourmenteurs se sont assés , les martyrs n'ont pas faibli : Fun d*eux, la tête dépouillée, n'était plus reconnaissable qu'à sa vertu toi^ours grandissante; Tautre, à qui l'on demande sa langue pour la couper, s écrie : Les oppresseurs auront beau parler seuls : Dieu entendait le silence de MoîLse , et son oreille est plus attentive aux secrètes pensées des siens qu'aux clameurs de la multitude I tu as peur de ma langue et tu n'as pas peur de mon sang : le sang a pourtant une voix qui crie comme a crié celui d'Abel I Que dirai-je de cette mère qui, joyeuse, comptait les trophées de ses lils avec leurs supplices; tout entière aux cantiques de leurs voix expirantes, elle écoutait cnanter cette poésie de ses entrailles dont la pieuse harmonie était plus douce à ses oreilles que celle de la Ivre.... »

Des martyrs de 1» Bible, saint Ambroise passe aux martyrs du christianisme et après avoir parlé de sainte Agnès :

« N'oublions pas, ajoute-t-il, de mentionner saint Laurent qui, voyant Sixte son évêque conduit au martyre, se prit k pleurer non de le voir mourir, mais de vivre encore* «Où allez-vous sans votre fils, mou père, s'écriait-il; saint prêtre, où allez-vous sans votre diacre? vous n'offriez jamais le sacrittce sans votre assistant : qu'ai-jo en moi

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