‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 12 sur 194 · AMOS · texte numérisé non relu

AMOS

qui TOUS ait déplu, ô pèrel m*ave2-yous trouTé déf^énéréi éprouvez donc si vous avez choisi un digne ministre. Celui à qui TOUS avez confié la consécration du sang du Sauveur, celui que vous avez associé h la coosommation des sacrements, vous ne l'associeriez pas à Teffusion de votre sang? Accusera-t-on votre iustice lorsqu'on vantera votre courage? L'humiliation au disciple fait tort à son maître; les grands hommes ne sont-ils pas fiers des triomphes de leurs élèves ? Abraham a offert son fils en sacrifice, Pierre a envoyé avant lui Etienne au martyre, et vous aussi , mon père, montrez votre vertu dans votre fils, offrez à Dieu celui que vous avez instruit à le servir, afin que, noblement accompagné de votre ouvrage, vous sojez prêt tout entier pour la couronne. Alors Siite : Ce n'est pas, ô mon fils, que je te laisse ni que je t'abandonne, mais de plus grands combats te sont réservés ; pour nous, pauvres vieillards, il suflii d*un léger combat, toi, jeune homme, tu dois triompher du tyran avec plus d'éclat et de gloire. Tu viendras bientôt, cesse de pleurer : tu me suivras dans trois jours. Cette courte distance est convenable entre le prêtre et le lévite. Tu ne dois pas vaincre sous les yeux d'un maitre comme s'il te (allait un appui; pourquoi veux-tu une part dans mes douleurs? je t*en laisse l'héritage tout entier. Qu'as-tu besoin de ma présence? Ce sont les faibles disciples qu'il faut faire marcher devant, les autres suivent leur mattre et n'ont pas plus besoin de lui pour vaincre que pour apprendre : ainsi Elie a laissé après lui Elisée; je te confie l'héritage de notre vertu. »

Quelle scène que celle-là, mais aussi quel écrivain I quelle intelligence des grandes choses t quelle parenté de belles âmes 1 Pour citer toutes les choses admirables de saint Ambroise, il faudrait le transcrire tout entier; prenons toutefois encore un chapitre au hasard.

Du beati et de rhonnéte (liv. i, ch. bS.)

• Soyons fidèles au respect de nous-mêmes et à cette modestie qui ennoblit la beauté de toute la vie. Ce n'est pas une chose peu importante que de garder en toutes choses les formes convenables et de tout distribuer dans l'ordre. C'est en cela que se roanifesto d*abord à l'esprit l'alliance du beau et de rhonnéte ; alliance si étroite, qu'on ne saurait les séparer, ce qui est convenable étant beau, et ce qui est beau étant convenable, au point que la distinction des deux idées est dans les mots plutôt que dans la réalité. On peut y comprendre une différence qu'on ne saurait expliquer, et s'il faut nous efforcer d'établir une aistinction, rhonnêteté est comparable à la santé du corps, la beauté morale ressemble à l'éclat et a la grâce du visage, éclat qui semble ptus beau que la santé et qui est celui de la santé même. Le beau n'est donc que l'appar<*nce et comme la figure de l'honnête, et c'est de cette manière seulement qu'il peut en être distingué : il a plus d'éclat, mais

DiCTioN?r. DE Littérature ghrét.

c'est une fleur dont l'honnête est la racine; sans lui elle tombe, par lui elle fieurit. Qu'est-ce que l'honnêteté, sinon la crainte de la honte plus forte que celle de la mort ; et qu'est-ce que l'infamie, sinon le poison qui la dessèche et qui la tue? Tant que la tige de la vertu est verte, tant que sa racine est vivante, la beauté morale brille et s'épa*nouit comme une fleur; mais si la racine de nos désirs est viciée, rien ne germe plus sur sa tige. Ceci est marqué dans nos livres saints avec plus de force encore. David a dit : Le Seigneur rêgne^ il s' eii revêtu de beauté ; et l'Apôtre : Marchez dans rhonnêteté comme dans la lumière du jour ^ en grec tvryqfcovur, c'est-à-dire en vêtements honorables, en bonne apparence.

a Quand Dieu créa le premier homme, il le doua de beauté et mit de l'harmonie dans l'arrangement de ses membres : cette beaulé sans doute ne l'exempta point de la peine du péché; mais après l'avoir renouvelé en esprit et l'avoir rempli de sa grâce , celui

2ui avait pris la forme de l'esclave et qui lait venu sous l'extérieur de l'homme , lui a conouis la beauté nouvelle de la rédemption. £t c'est pourquoi dit le Prophète : Le Seigneur règne et il s'est revêtu de beauté. Ailleurs il dit : Vhymne vous convient en Sion^ ô mon DieUf comme s'il disait. Il est couvenable, il est honnête de vous craindre, de vous aimer, de vous prier et de vous honorer. Aussi est-il écrit : Faites avec honnêteté tout ce fue vous faites. Nous pouvons, il est vrai, craindre un homme, Taimer, le prier, l'honorer; mais l'hymne ne se doit qu'à Dieu parce que la poésie est un sacrifice de beauté. C'est ainsi au'il convient aux femmes de se parer pour la prière, mais leur parure doit consister surtout dans leur voile et dans la chasteté de leurs vœux et dansTintégritéde leur vie. »

Que devient devant de semblables pages toute la sagesse de Socrate et cette merveilleuse éloquence qui avait mérité à Platon le titre de divin? Pourquoi fait-on encore des livres de philosophie et de morale? Est-ce que de pareils préceptes sont dépassés? Estce que le monde a quelque chose de mieux à entendre qu'une pareille sagesse? On raconte que Diderot fut surpris un jour lisant saint Ambroise et fondant en larmes , et comme on le saluait du nom de philosophe : Philosophe 1 s'écria-t-il brusquement dans un accès d'enthousiasme et de franchise, philosophe !.. mais est-ce que toute la philosophie du monde n'est pas contenue dans ces livres-là : ej il frappait de la main sur l'in-folio qu'il venait de refermer.

AMOS. — « le ne suis ni prophète, ni fils de prophète, dit Amos à Amasias, je suis un gardeur de troupeaux et j'ébranche les sycomores. Et le Seigneur m'a 'pris comme je suivais mon troupeau, et le Seigneur ma dit : Va, et prophétise à mon peuple d'Israël.

« Et maintenant, 6 roi I écoute la parole du Seigneur : tu m'as dit : tu ne prophétiseras point sur Israil et tu ne feras point pleur-

AAIOS

AIIOS

voir tes malcilictions sur la maison de ridule I...

« C'est pourquoi voici ce que dit le Sei-

fmeur, ta lemme forniquera dans la ville, tes ilics et tes ftis tomberont sous le glaive et Ion sol sera mesuré au cord(*au, et toi tu -mourras sur une terre profanée, et Israël esclave s'exilera de sa patrie I »

A cette audace on reconnaît cet esprit de J)ieu qui choisit les petits et les derniers du j)euple pour les opposer aux grands et aux superbes. Amos n est pas un écrivain, sou langage est inculte comme ses habitudes, c'est un homme du peuple, c'est un berger, mais c'est aux bergers, que doit se révéler d'abord le Sauveur du peuple, et Tesprit

Srophétîque s'est emparé d'Amos tellement son insu qu'il déclare n'être ni prophète ni fils de prophète, comme s'il prenait l'inspiration divine pour un sujet d'Iiérilage. C'est surtout contre les riches que le prophète Amos fait tonner ses menaces. Alors la puissance de rinspiration élève son langage, et l'indignation lui donne une véritable éloquence : il semble qu'on entend déjà l'apôtre saint Jacques commenter avec une hardiesse toute divine les malédictions du divin inattre contre les heureux de la terre. Amos est le précurseur des apôtres, comme il semi)le être un des ancêtres des heureux bergers de Bethléhem.

Le chapitre sixième de la prophétie d'Amos est u'une grande beauté :

« Malheur à vous qui êtes opulents dans Sion et qui vous contiez dans la montagne de Samarie, grands du royaume, têtes iies multitudes, qui entrez pompeusement dans ia maison d'Israël I

« Voyez si Tinsolence des ennemis du Seigneur vit plus au large que la vôtre 1 Vous êtes mis à part et réservés pour le mauvais jour, et vous vous approchez du trône de l'iniquité. Vous dormez sur des lits d'ivoire et les joies impures se glissent avec vous dans votre couche : vous mangez l'agneau choisi du troupeau et le veau le pUis gras de tout le bétail. Vous chantez A la voix du psaltérionl... Comme David ne pen- -sent-ils pas avoir les vases sacrés du canti- 4|ue! lis l>oivent le vin à pleines coupes, ils sont luisants des parfums les plus recherchés. BX ils ne participent en rien aux souffrances et au brisement de cœur de leur frère Joseplrl •

Quelle protestation du peuple souffrant et opprimé contre ces mangeurs qui s'enivrent de la misère de leurs frères et qui osent profaner la lyre, comme si la poésie n'était pas un des vases sacrés où doivent fumer des parfums sur l'autel de Dieu. L*expression dont se sert ici le prophète est des pi us remarquables, surtout par rappotrt au sujet de cet ouvrage; c'est en elCet un anathème jeté sur la poésie profane et une révélation des gloires et des austérités de la vraie poésie selon Dieu; il faut être saint comme David po^^r toucher digoemeni à ce que le prophète Amos apiNîUe ici les vases ou cantique» vasa çantici. Ui de quel droit les pécheurs vou-

draient-ils moduler des chants? La poésie, c'est l'harmonie, et leur vie n'est que désordre; riiarmonie, c'est l'amour pur, et leur élément favori c'est la concupiscence qui produit la haine 1 Silence donc à l'enfer qui veut parodier le ciel, silence aux chants aésordonnés de l'orgie I La poésie est sainte ou elle n'est pas, et les vases d'or du tabernacle de Dieu ne doivent point servir à désaltérer les passions animales des pécheurs I

Voilà le sentiment qui s'exprime pluséoergiquement que nous ne le pouvons dire dans celte brusque interruption et dans cet a parte du prophète Amos qui s'écrie avec une ironie amère : Ils s'imaginent avoir comme David les vases du cantique! Et de quoi s'agit-il, cependant ? Sont-ce des lévites indignes qui profanent les hymnes du Seigneur? Non, co sont des riches qui chantent en buvant et en se faisant accompagner sur le psallériou comme les prophètes. Ici, l'esprit de Dieu lance une moquerie divine, et laisse tomber un dédain surnaturel sur ces profanateur^ de la lyre » pour nous faire comprendre que les formes de la parole sont comme des vases qui contiennent le Verbe et que les vases les plus précieux, comme les formes les plus harmonieuses, doivent être consacrés au culte de la Divinité.

Après les reproches du prophète viennent les menaces , et dans ces menaces on trouve un tableau plein d'une morne é(K)uvante et d'une horreur qui ^ace les os : on voit d'avance Ja ville dévastée s effrayant de sa solitude; la mort viendra s'asseoir entre les rares habitants qui seront laissés dans les maisons désertes: celui qui tombera sera emporté et consuiut^ sans bruit et sans pompe; on demandera à celui qui aura fait disparaître le cadavre : Est-il encore M, et il répandra : Tout est fini. — Silence 1 lui dira-t-on, n'éveille pas les sour venirs et ne prononce pas le nom du Seigneur !

Cet endroit d'Amos nous semble le plus beau de toute sa prophétie qui contient neuf chapitres et que nous n'essaverons pas d'analyser , parce que ce travail appartiendrait au dictionnaire d'Ëcriture sainte.

Le chapitre neuvième contient des beautés de style que nous ferons remarquer avec d'autant plus de soin qu'Amos, comme nous l'avons dit , semble étranger à l'art de bien écrire ; la vivacité du ton , la grandeur de l'expression ou de l'image, naissent naturellement sous sa plume comme les comparaisons rustiques dont son style abonde ; c'est toujours rhomme de la campagne , mais quelquefois le prophète se lève et parle avec une mqesté et uue véhémeuce qui étonnent.

« J'ai vu le Seigneur debout sur l'autel, et il a dit : Frappez les gonds et que les |K)rtes soient ébranlées I lavarice est à la tête de tous et je tuerai le dernier d'entre eux par le glaive ; il n'y aura pas de fuite pour eux. Us fuiront* mais celui qui fuira ne sera pas sauvé 1 S'ils descendent jusqu'au fond de l'enfer, ma main les en ramènera ; et s ils montent jusqu'au ciel, je les eu arracherai » Et s'ils se cachent au sommet duCarmel,

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