SCENE m
Les précédents, Nemrod.
Oui, moi-même, vieillard, J'ai daigné sur tes pas abaisser mon regard ; Mon pouvoir vigilant te suit et t'environne Pour tendre à ton erreur une main qui pardonne.
ENOS
Pardonner! toi, Nemrod!...
' KEMROD.
Oui, car je sais régner, Toi-même à mon pouvoir sache te résigner, Et ton maître indulgent te nommera son père.
ENOS
Son père ! ah ! de ce nom qu'au ciel même on révère. Quand ta lèvre se joue... Elle est teinte de sang.
NEMROD
Celui que j'ai versé n'était plus innocent Ton fils a provoqué sa triste destinée. Et ma main souveraine, au pouvoir enchaînée. Sur les fronts trop altiers frappant pour s'affermir. D'une utile rigueur m'a contramt de gémir... Ne me dis rien : je sais ce que tu veux répondre ! J'ai compris ton orgueil, et je le ipu'is confondre. Tu doutes de mon droit; mais qui donc peut douter. Si j'ai droit de punir ceux que J'ai su dompter? Regarde dans ces murs, interroge ces plaines Dont l'horizon sans borne élargit mes domaines. Partout on m'obéit, je commande en tout lieu, Ec mon droit est semblable h celui de ton Dieu. Lorsqu'un faible mortel demande à le connaître Ton Dieu, s'il lui répond, lui dit : Je suis ton maître. Eh bien ! mon droit à moi, c'est le droit du plus fort. Je commande, obéis.
ENOS
Nemrod ! pense à la mort !
Un jour elle viendra, la main sur sa balance. De rEternel à toi peser la différence ! Alors, quand ses pâleurs sur ton front abattu Froides se répandront, lui commanderas-tu?
NEMROD
Plus prés d'elle que moi tu dois mieux la compren-
[dre Et Je pois Renvoyer lui commander d'attendre ; Mais n'épuisons pas l'heure en discours superflus; Ton fils m'avait oravé, j*étais mat ire, il n'est plus ! Je vois avec pitié ses entants en bas 2ige, Et ton pâle chagrin qu'à l'orgueil j'encourage. Pourquoi veux-tu nous fuir? Le peuple t'aime encor. Prends la course des vents ou Taile du condor ; Mes terre$ lasseront la haine fugitive !
Quel antre cachenr ta famille plaintive? Les lions du désert qui tremblent devant moi Contre tes jours proscrits armeront leur elfroi. Tu peux les affronter... Mais ces enfants!... baiinit, Vois quelle liberté u fureur leur prépare?
ENOS
Ta pitié leur propose un plus horrible sort. Les monstres du désert ne donnent que te mort. Dieu les contraint parfois à respecter Tenfance, Et le doigt du Seigneur leur impose silence : Ils frémissent de crainte à son commandemeot. Et près de l'exilé 's'endorment doucement, lis connaissent la voix du grand maître qui gronde; Toi, tu n'entends plus rien... rien qu'une voiiai
[monde, Celle de ton orgueil...
NEMROD
Je n'ai pas oublié Comme toi cependant celle de la pitié.
Moi qui pour deux enfants daigne demander gricc
ENOS
Gr&ce de u pitié !
NEMROC.
Pitié pour ton audace!
Vieilhird, ne force pas ton maître à te punir. Si ton œil dans la nuit peut chercher l'avenir. Moi j'ai des jours présents mieux compris le nyi-
[lérc; Tu regardes le ciel et je vois sur la terre. Le peuple, à ta parole autrefois entraîné. Au culte des autels te croit prédestiné ; Moi, pour des dieux nouveaux je cherche des ancé-
[ires.
Et mes jeunes autels ont besoin de vieux prêtres. A nous deux le pouvoir ; toi l'esprit, moi les bns : Tous ces troupeaux humains que Ui m'amèneru, Je serai leur pasteur.
ENOS
Ou leur bourreau.
NEMROD
Peut-être; Mais tu viendras t'asseoir à la table du maître : Car pourquoi feindre ici? J*ai tout lu dans ton œil. Et tu n'es vertueux que par excès d'orgueil. Tu me hais par envie... et moi je te fais grâce. Car j'en ferais autant si j'étais i ta place. Et sachant que tout prêtre en son cœur se fait roi, Si je n'étais Nemrod... je voudrais être toi.
ENOS
Tes bontés m'irritaient, tes outra|^es m'apaisent, Et je laisse tomber les affronts qui te plaisent. Non, je n'espérais pas te voir ramper si bas ; Laisse-moi mon exil... je ne te réponds pas.
NEMROD
Il me faut ta réponse ou ton sang :
ENOS
Viens le preiMlrei Mon &ge contre toi saura peu le défendre.
NEMROD
Et que fait h ma gloire un peu de sang glacé?
Va, le tien désormais ne sera plus versé ;
Je le veux tout vivant, tout chaud de ton audace,
Et fier du préjugé qui s'attache à ta race.
Si devant ton orgueil j'ai fait fléchir mes lois»
De la reconnaissance épargne-toi le poids.
C'est pour moi que je cède, et tu devrais confflren-
Que je marchande ici ce que je saurais prendre. Tu peux fuir ou rester, mais songe qu'aiijooni*hu) Nemrod veut tes enfants et qu'ils seront à luà
MYSTERES
exot.
PMl-étre qa*à ton joug je saurai les soustraire*
NEUROD-
Gomment?
ENOS
En les cachant.
NEMROD
Où donc .
EKOS.
Près de leur père.
Dans la tombe.
NEUROD.
Sois donc Tarbitre de leur sort, El livre-moi leur vie, ou donne-leur la mort. Du peuple et des guerriers j'aperçois les cohorU^s , Les vieillards assemblés les guident vers ces portes Qui doivent se fermer ou s'ouvrir à ma voix : Leur suflfrage en ce jour va consacrer mes droits Comblé de mes faveurs, soutien de ma puissance, Ta peux ressusciter ton antique éloquence : MoD bras est plus fort qu'elle; et je puis en ce jour D'un peuple qui t^a fui te rendre tout l'amour. - Sois soumis, ils croiront que le Seigneur t'inspire, El que par ion oracle il m'a livré l'empire. Mais rebelle impaissant, un immense abandon Te livre à ma vengeance... et même à mon pardon. Ta seras oublié, tandis que ma puissance S'appitra sur tes fils livrés à ma clémence, Sooges-y bien, vieillard ! Ils viennent... les voici. Le sort de les enfants va s'accomplir ici ! lioaod j'interrogerai, tu répondras... prends garde, Car ma main peut s'étendre... et le roi le regarde. Un signe de mes yeux fait la vie ou la mort; Toi, soumets ton orgueil à h loi du plus fort.