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SCÈNE IV

NEMROO, MESRAÎH.

NEMROD

Maintenant, Mesraîm, parlez-moi sans détour, J ai compris vos pâleurs et je sais votre amour.

MESRAÎM.

Seigneur, grùce pour elle!...

NEMROk.

Appelle-moi ton p^rt.

MESRAÎM.

Vous, mon père!... ah! parlez, que faol-il que fes-

[père?

NEMROD

Tu le sauras bientôt, mais il faut que ton rai Avant de l'adopter puisse compter sur loi. Surmonte le respect, triomphe de la crainte, El réponds librement quand je parle sans feinte. Ton père, Mesraîm, mourut en criminel.

Mais j'ai lavé ton nom du forfait paternel. Car je voulais , du sang qui forma la naissance , Sans en tarir la source affaiblir la licence. Tu comptes des aïeux dans les rangs vagabonds De ceux qui cherchent Dieu sur le sommei ile& nio..ii, El qui, de la parole héritiers qu'on révère. Veulent au nom du ciel épouvanter la terre. Le vulgaire crédule à tes fourbes aïeux Avait commis le soin de lui forger des dieux; Leur orgueil les perdit : l'homme voidail un mail ^

^ Et dans son conducteur il ne trouva qu'un prêife.

^ Il fallait un héros pour être un dieu nioriei. Et je vins affranchir le trône de Tautel, Je ne te dirai point d^une caste alarmée Les complots et Taudace aussitôt rrârimée; Il fallait de grands coups pour guérir de gnods vivi. Mais du chêne abattu j^épargnais les nmeaas. Et pour les pngiigés de ce peuple servile Je voulais recueiUir une semence utile.

Epargné par mes lois, ton aietd furieux Te vouait à la mort pour te soustraire aax dkax; Mais par son attentat ma bonté fui servie. Et ma main s^étendit pour le sauver la vie. Ils disaient que leur Dieu ne m^avait point bà rv. Moi j*ai créé des dieux plus indukcnts powo^ Et prêtant à Baal Tombre du diadraie, J'ai dressé des autels à la royauté Je fais plus; je prétends à l.i'diûnitc

MYSTERES

/Ulribaer des cieux Fiminense hérédité;

Je veux, du Dieu vaincu pillant le sanctuaire^

Enrichir mon Baal d'une dépouille entière.

Et qu'un sanff ennobU d'ftntiques préjuges

Vieillisse en les servant des noms que l'ai changés

Je ne veux pas de Thomme édatrer la folie.

Ni l;i bisser douter dTune erreur ennoblie.

Poor d^rés au pouvoir il faut créer des ran^s

Qui courbent les humains sous des jougs différents,

Et puisque ce vil peuple,. amant de ses chimères*

D*un souffle inspirateur avait doué tes pères ,

Je l'en veux faire un titre, et Texf^oilant pour moi,

T'approcher des secrets et du rang de ton roU

Da Irène et de Tautel unissant les oracles.

Fais taire la raison, lais parler tes miracles,

El sans meniir aa vœu de son rang souverain.

Ma fille d*0D grand piètre acceptera la maiji.

MXSRAIIU

Je reste confondu, seigneur, je ne puis croire Qae tant d'ignominie épouse tant de gloire. D*nn dien créé par vous prophète séducteur, le prêterais au ciel mon intérêt menteur l Calomniateur vil des cendres de mes pères. Je servirais d'oradc .'i des lois arbitraires, El j oserais offrir à la belle Zelpba Un cœur que le mensonge avec peine étouffa , El cette main si jeune au paijure afferniie , Présentée à la sienne à travers rinfami«! Jaunirais à son nom mon nom que le mépris Absoudrai! de l'honneur de mes aïeux proscrits! El vous dites, seigneur, que vous parlez sans feinte! Non, non, yous m'éprouvez; et je réponds sans

[ crainte, Pour que la dignité de mon cœur sans détour M'obtienne le pardon d'un témémire amour.

IIEHROD.

Tos refus seulement le rendraient téméraire; Sachez, quand j*ai parlé, vous soumettre et vous taire. Et qui donc éles-vous pour juger mes desseins , Keste d^un sang coupable épargné par mes mains!

Hais à lorl je m'irrite et rinexpérience

Doit excuser Terreur de ton adolescence. Enfant! Qui sait mentir n'est jamais imposteur, Et pour l'homme abusé le vrai seul est menteur. Son âme est une terre avide de mensonges. C'est le champ du sommeil que labourent les songos, Et les maîtres qu*it hait, cultivateurs adroils. Profilent des sillons pour j planler leurs droits. Si l'homme est un enfant qui chérit ses lisières il faut en conserver les tissus éphémères ; Mais d'une main puissante il faut les contenir, Par Teselavage môme II faut le soutenir. Car tels sont les excès de la démence humaine. Que l'homme doit la vie à la main qui l'enchaine. Que l'erreur assoupit son or^ieil comprimé. Et qu^il faut le trahir pour mieux en être aimé.

HESRAIII.

Vous me faites frémir.

NEVROB.

Puisque ma fille t'aime.

Apprends h maintenir la piiissance suprême. Cargos li)s régneront et vivront après moi,| El vous leur apprendrez les profondeurs d*it'n roi Mes sages et mes grands ici doivent se rendre ; Admis à mes conseils, tu pourras les attendre. Médite leur pensée et retiens leurs discours : Favoris du pouvoir, ils ont vu bien des jours, Et de la vérité leur front dépositaire Sait cfue poar s'en servir il faut savoir la taire. Venez, fiers saceesseurs des enfants de Caïu, Emules de JntMil et de«Tubalcaîn, Vous âi qui j^'ai donné ces grands noms pour ancêtres,

Pour avoir retrouvé, sans conseils et sans maîtres,

T^s arts que le déloge avait anéantis

Les utiles secrets sous les eaux engloutis.

Cardes, que de ces lieux on défende l'entrée.

DlCTIO:^!!. DE LlTT^.RATURE CORKT.

MYSTRr.ES SCÈNE V.

Les précédents ; Jcdal, Tcbaixâîn, tes vieillards.

JUBAt.

Puisse votre grandeur toujours être adorée! Nous attendions son ordre, il nous a trouvés prêts A seconder toujours vos sublimes décrets*

TimALCAllf*

Prince, que devant vous toujours Funivers tfe«l>lc.

MEVItOn.

L'intérêt de mon trône aujourd'hui tous rassemble ; D'un cercle de saj^esse environnez le roi ; Approche, Mesraim, viens t'asseoir près de moi ; Conseillers de Nemrod, appuis de votre maître. Dans le jeune prophète accueillez un grand prêtre.

HeSRAÏV.

Âi-je donc accepté cet honneur daagereuxf

KF.XaOD.

Tous l'avez accepté quand j'ai dit : le le veni.

MESRAÎIi.

Et pour me rassurer, en voulant m'y résoudre, Avez-vous fait, seigneur, un pjcte a?ec la fisodre?

RCMAOD.

Je la mets à tes pieds, regarde.

(// tire «« rideau^ on voit ia tour de Btàd déjà élevée à KMe grande hauteur.)

Cette tour.

Semblable à mon pouvoir, monte de jour en joar. C'est là que de Baal je veux placer le temple ; Là je veux qu'à genoux l'univers te contemple 1

MF.SRAÎM.

Un Dieu qu'on foule aux pieds peut relever snp hias.

!<(EMR0D.

C'est s'avouer vaincu qite ile frapper d'en bas.

lUBAL.

Nemrod a-l-il besoin d'entasser les montagnes Pour dominer au loin sur les monies campagnes? Sa seule volont'S plus f »rie que les dieux. En soumettant la terre épouvante les cicax.

HEMROD.

Je puis vouloir du moins que la terre le croie. Que m'importe le del quand le monde est ma proie f Prenez pUice*vieiUards ; vous, jeone homme, écoutes : Tout l'uuivers se tait devant mes volontés. M^is du génie humain je crains finquiétude. Et je fais du pouvoir une sévère étude : Instruments i^orieux du vouloir souverain. Je vous ai devinés et choisis de ma main ; Vos talents, séparés devenus ma conquête. Composent un grand corps dont je me fais la tête. Et dans ma volonté tous vos conseils divers Forment, en s'unissant, les lois de l'univers. Or, pour lancer le char de ma toute-puissance. Deux routes devant nous ouvrent l'espace immense. D^à quinze ans de gloire et de constants efforts Nous ont soumis le peuple et nous ont rendus forts; La foule à nos autels à peine gémissante Offrirait au couteau sa gorge obéissante. Mais il faut élever ce dangereux troupeau. Il faut le préserver de tout instinct nouveau. Et garder à noj (Us cette pâture humaine Qui leur devra son sang, et sa chair et sa laine. Or, pour que leur sommeil n*ose jamais rêver, Faut-il les endurcir? faut-il les énerver ? Je sais tout ce que peut l'ignorance brutale Pour qui la loi du maître est une loi fatale. L'escUive qu'on exerce à des désirs guerriers Aime le bras puissant <{ul garde ses foyers; Loin de la liberté l'instmct du sang Tégare, Et son coeur détient lâche en se rendant b^hare.

HYSTOES

MYSTERES

Hais comment, dans la paix ct)iirbaiu leurs- fronls

[lueurlris, Assoupir CCS lions au carnasc nourris ? Faut-il renJre la guerre ou la paix éternelle. Flétrir la race humaine ou triompher par elle, Entloniiir à jamais ou tromper son org leil ? Mais de chaque o6té j*eutrevois un écueii, Parlez donc tour à tour pour éclaircir mon doute, Vous êtes le premier, Jubal, je vous écoute.

JUBAL

Vous connaissez mes soins, pourquoi m'iutcrroger ! Avec trop d'intérêt tout m*incline à juger. Seigneur, je suis peu fait pour le fracas des armes, Kt je hais des combats les stériles alarmes ; Mais je connais {>our Tbomme au fer mêniu indompté Une chaîne invincible, et c'est la volupté. La mollesse fléchit le guerrier qui soupire, Et le glaive retombe aux accords de la lyre. C'est pourquoi mon génie a médité toujours Les sons harmonieux et les chants des amoin*s J'ai su doubler la voîx par des tuyaux ductiles, Et former des échos sur les cordes mobiles, La lyre est ma conquête, et les chceurs encliainés En sabîssenl Tempire à ma suite entraînés. J'ai vu, seigneur, j'ai vu dans des brutes humaines Vibrer des sens grossiers et plus durs que les clicnes, Je les ai vus soudain trembler et s'adoucir ; J'sii vu leurs yeux altiers de larmes s'obscurcir. Se gneur, par le plaisir étendez vos connuêtcs ; Que Babel s'illumine aux reflets de vos lètes. Los guerriers endurcis aiment les conquérants. Mais les maîtres pour eux sont bientôt des tyrans. Accoutumés à vaincre, ils sont prêts à combattre, Et n'élèvent les rois que pour mieux les abattre. Mais contre qui d'ailleurs armeriez-vous leurs bras? Oh sont les ennemis? D'où viendront les combats ? Craignez-vous ces proscrits dont le lùche courage Cache leur dieu vaincu dans quelque antre sauvage t Par de vaines rumeurs lé vulgaire trompé Dit que le vieil Enos, au torrent échappé. Et trois fois impuissant dans son triple homicide, A travers les forêts traîne sa faim livide. 'Quelques infortunés, sauvages comme lui, Puiseraient dans sa haine un courroux sans appui ; Mais Quand de ces faux bruits naîtrait la certitude, Pourriez-vous honorer de votre inquiétude D'un prophète oublié les sectateurs tremblants, lifdîgnes qu'une épée ose ennoblir leurs flancs? Qm nos arts gracieux à jamais les bannissent, Jouissons du bonheur pendant qu'ils nous maudissent. Le plaisir, des mortels multipliant les soins, A l'égal des désirs grandira fenrs besoins. Le despotisme alors maintiendra l'équilibre. Car un peuple enivré n'a plus soif d'être libre. Et, nonchalant esclave aux rêves oublieux, il se foit de -sa chaîne «m lit voluptueux. Qui pourra réveiller quand sa longue paresse Assouplira sa force au gré de la mollesse. Kl quand la vérité, comme un jour oJieux, Fatisuera sans fruit l'ombre chère à ses yeux? Ainsi, pour assurer votre éternel empire, Il Jaut du vin, des fleurs, des festins et ma lyre.

MESinOD.

J*a:lcz, Tubakaîn.

TUBILCAÎ.X.

Mes conseils seront courts.

Je sais tordre le fer mieux qu'orner les discours. Je dis que, pour régner sur une multitude. Il lui faut imposer un joug pesant et rude. La volupté fatigue; et, soumis aujourd'hui, L*homme sera uemain rebelle par ennui.

Il fiOt courber son dos sous le poids d'une armure, Et bâillonner de fer son plus léger munnurc; 11 faut nue l'ignorance, endurcie aux travaux. Le rende inacccsblble à tous besoins nouveaux.

Pour que ses bras puissants, qu'il ne sait pnsi ci»a^

liiallre.

Usent leur énergie au service du maître; Et, loin de négliger d^inglorieux combats. Il faudrait s'en créer si 1 on n'en avait pas. De peur qu'un peuple vil soit généreux en rêve, Sur son sommeil esckive il faut suspendre un §Li\e, Et lui faire un lit dur : auti*ement ce bétail S'engraissera sans force, inutile au travail. L'homme étant un abîme où la vue est trompée, Pour pénétrer les cœurs, moi j'aiguise Tépée : Cette race de fer est plus dure à limer Que les^ métaux brillants dont j'ai su \^iis armer; Elle abuse de tout, et jamais ne s'attache; Dans une main leur chaîne, et dans Tautreune hache. Voilà comme j'entends l'attitude d*uu roi. Et le guerrier Nemrod doit penser comme moi*

KEMROD.

Je pense que tous deux, dans un conseil conlraiiv.

Vous m'ouvrez à la fois un avis salutaire :

Je crois qu'il faut mêler les plaisirs aux coinkils.

Et corrompre les cœurs en exerçant les bras.

Sur mes nouveaux autels j'érige ce système,

Et j'en veux à Baal faire porter l'emliLMoe.

Désormais sa statue unira dans sa main

La lyre de Jubal au fer de Tubalcaîn.

N'est-ce pas Mesraîm? mais qu'enlends-je? On

(s'avance, Qtii donc vient sans mon ordre nfTruiHer ma fm"-

[senir?

■CSRAÎII.

C'est Zelpha ; dieux puissants ! ses yeux versc;il '!ri

[plCUlb.

TUDALCAÎ.X.

Viendrait-elle k son père ainiouccr des nialhcurA?

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