‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 13 sur 194 · AMPLEUR · texte numérisé non relu

AMPLEUR

APOCALYPSE

ilO

j'en fouillerai les cayernes et je les enlève^ rai ; et s'ils se dérobent à mes yeux dans les

Srofondeurs de la mer, j'enverrai le serpent es abîmes et il me les rapportera dans sa gueule béante. »

Nous sommes forcé de paraphraser un peu pour traduire les beautés au texte. Plus foin, dans le même chapitre, nous voyons le Seigneur qui touche la terre et la fait fondre sous ses ooigts ; les hommes se dessèchent et tout leur sanç se change en larmes, et la création tout entière s'écoule devant Dieu en noyant toutes ses beautés, comme le fleuve de l'Egypte lorsqu'il ensevelit les campagnes. « Celui qui élève dans le ciel les degrés par où il monte sur son trône, celui qui appuie sur la terre le faisceau des colonnes du ciel, celui qui appelle les eaux de la mer et les épanche sur la face de la terre, le Seigneur est son nom ! » Cette image de la toute puissance de Dieu ne le cèae en rien aux peintures des plus grands maîtres de la poésie sacrée.

Les menaces du prophète Amos finissent, comme toutes les prophéties, par des consolations et des promesses; un avenir heureux se dévoile a ses regards, il voit la terre consolée et les campagnes rendues fertiles par le règne de la justice; le moissonneur et le laboureur se donnent la main , et celui qui laboure et oui sème se rencontre avec le vendangeur ; les moissons succèdent aux moissons et les fleurs remplacent les grap-

1>es sur la vigne ; les montagnes distilleront a douceur et la paix, et la culture envahira tous les déserts et toutes les collines; le peuple reviendra de sa captivité ; les villes désertes seront rebâties et se rempliront d'habitants; les vignes qu'ils replanteront ne tromperont plus leur espérance ; ils boiront le vin de leurs pressoirs et mangeront les fruits de leurs jardins. La terre ainsi se transfl^ure aux yeux d'Amos en un paradis de délices ; la fraternité, la paix, le travail paisible et fructueux , y ont établi leur demeure : Les exilés seront replantés sur la terre natale et je ne les en arracherai pluSj dit te Seigneur. C'est ainsi quç la parole sainte tempère ses amertumes par des promesses consolantes sur lcsq[uelles nous n'avons pas à nous arrêter ici. Remarquons seulement qu'au seul point de vue littéraire ces peintures douces et ces images pleines de sérénité reposent l'esprit et détendent l'imagination attristée par des tableaux d'extermination et de deuil. II y aurait j^eaucoup d'art dans cette manière de iinir , si elle était étudiée , puisque l'art n'est autre chose que l'étude de la vérité qu'on veut reproduire ; mais le Dieu des prophètes en est le grand maître, cl quand c'est lui qui parie, la bouche la moins éloquente , si elle lui sert d'organe,

Eeut donner des leçons aux parleurs les plus abiles ; nous en trouvons la preuve dans les belles inspirations du gardeur de troupeau qui ose résister aux rois et qui leur narle avec toute-puissance , comme un ambassadeur de Dieu.

AMPLEUR DB STYLE. (Voy. Style.) AMPLIFICATION. {Voy. Style.) ANALYSE. {Voy. Style, Philosophie.) ANECDOTES. {Voy. Légendes.)

APOCALYPSE. — De grands et savants écrivains se sont occupés de l'Apocalypse, considérée comme livre prophétique et divin. Il nous reste ici à l'étudier comme poëme oriental et monument littéraire des premiers Ages de TEglise.

L'Apocalypse résume évidemment toutos les grandes prophéties de la Bible et leur donne un magnifique complément : c'est , si Ton peut s'exprimer ainsi , le plus magnifi-

3ue et le dernier chant de la divine épopée es prophètes.

L'œuvre des prophètes, résumé et en quelque sorte synthétisé dans l'Apocalypse, est en effet la plus gigantesque et la plus glorieuse épopée que jamais l'esprit humain ait osé concevoir. Dieu lui-môme en est le héros; le but de l'action , c'est la gloire éternelle de celui qui est; le moyen, c'est le salut de l'homme; les obstacles, c'est la liberté humaine séduite par l'enfer, ce sont les puissances du monde unies aux puissances des ténèbres ; le drame, c'est la mort du Fils de Dieu; la péripétie, c'est la résurrection glorieuse de celui que les prêtres de Jérusal^em avaient condamné à mourir du supplice des esclaves. Ici le merveilleux est deVessence même du sujet, et toute fiction devient impossible, car elle pAlirait devant la réalité infinie , et pensez que cette poésie, d'autant plus sublime qu'elle est toute vraie, nous donne la raison de tout le mouvement des nations et explique d'une façon lumineuse les grandes énigmes de l'histoire. Donnez à saint Jean Bossuet pour commentateur, et ajoutez le Discours sur l'histoire universelle pour corollaire aux prophéties; voyez les rois Aller et venir comme des comparses sur la scène du monde où Dieu leur fait représenter son œuvre, et le bruit d'une société qui s'écroule, et le râle d'un empire à l'agonie faisant silence pour nous laisser écouler le cri victorieux de la victime du Golsotha ; puis la mort enfantant la vie, le sang faisant germer la paix, les bourreaux détrônes par le pardon des martyrs, et les Césars découronnés par la gloire des pauvres que la résignation exalte : tout cela, considéré seulement au point de vue littéraire, donne l'ensemble le plus grandiose , le plus complet qu'on puisse imaginer, avec les détails les plus riches, les oppositions les plus saisissantes; il y a là de quoi subjuguer tous les esprits ; ceux mêmes qui craignent le plus de se laisser convaincre ne peuvent s'empêcher d'être étonnés et d'admirer, s'ils ont le goût des grandes choses. Qu'il nous soit donc permis d'étudier ici plutôt en artiste qu'en chrétien cette admirable poésie dont le Saint-Esprit est l'auteur, et qui se résume tout entière dans le livre de saint Jean. Nous n'avons pas à nous occuper ici des mystères de la prophétie, mais seulement des beautés du poëme ; nous laissons à d'autres les clefs du

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APOCALYPSE

APOCALYPSE

saacluaire, et nous étiiiiions seuloment la lieile architeclure du temple.

Indépendammetit de Tordre un pou arbitraire (les chapitres , TApocalypse se divise naturellement en plusieurs parties : i apparition du Verbe divin et les exhorlatiois qu'il adresse aux sept Eglises de TAsie servent d'invocation et d*exorde; puis vient le tableau du ciel, où TEvangile est représenté sous la figure du livre fermé de sept sceaux que personne ne peut ouvrir; les siècles appellent Tinitiateur divin, le ciel et la terre attendent, et les prophètes pleurent en la

égorgé, mais toij^oufs il ouv!^ le livre, et l'univers l'adore. Ici finit le |>remier chant.

Les chants suivants sont consacrés à Thisloire des révolutions du vieux monde, bou* Icv^Tsé par la doctrine nouvelle. Chacun des sceaux au livre en s'ouvrant fait nattre de nouveaux prodiges : la domination, la guerre, la famine et la mort passent tour à toulr ikiohtées sur des coursiers terribles; les montagnes s^écroulent, les étoiles tombent, les continents s'unissent et la mer fuit enbouil^ Jonnant, et ce n*est là que le commencement des douleurs. Viennent ensuite les sept trompettes qui ébranlent et renversent les murailles de la cité des hommes, puis les sept coupes où Dieu présente aul tiations sa colère comme un remède amer aux maladies morales qui les dévorent, puis vient un cataclysme de sang; la moisson et la Ven-^ dange se font en même temps , et les pé^ «heurs sont foulés comme des grappes dans le pressoir : ces grands et lugubres lableaut nous (iréparent à une catastrophe encore plus terrible.

Les chants qui viennent ensuite nous niontrent sous les attributs de deux femmes^ l*uno prête à devenir mène, Tautre prostituée et stérile, les deux sociétés qui sont en présence dans le monde, et ilont Tune détruira Jiécessairement Tautre. L*ËgUse, revêtue des splendeurs de la vérité et couronnée des étoiles du matin , a.iparait dans le ciel; la Jtabylone des rois de la terre se montre assise sur la bète dont elle protège les instincts, ici commencent les derniers combats du bien contr.' le mal :d*un côté la souveraine beauté, de l'autre la suprême laideur. Le dragon aux sept têtes persannifie le péché, Tégoïsme brut.d et lldolâtri^ soit des faux dieux, soit des richesses, et pour le combattre le Verbe de Dieu apparaît lui-même, la tiare au front, monté sur un cheval blanc et conduisant la milice du ciel. Le combat est long et 0|}iniâ'tre, la bête semble se multiplier: vaincue sur la terre, elle renaît du coté de ia mer; les princes du monde lui servent d'auxiliaire et les peuples Tadorent. Elle a ses ministres et ses faux prophètes , et il lui est donné de persécuter et de tuer les ministres de Dieu ; ittaîs tout à coup une grande voix se fait eo- 4endre dans le ciel, et les deux témoins ressuscitent : cette guerre cruelle a servi pow i'épreuve des saints, et les élus de Dieu sont

marqués du signe de la victoire. Voici l'ange de TEvangile qui pose un de ses p eds sur la terre et l'autre sur la mer; une de ses mains touche \^ ciel, et son autre main présente un petit livre ouvert. Cette grande image nous prépare au tableau de la chule de Babylone, sombre peinture qui a inspiré le pinceau de iohn Martyn. Cette puissance souveraine , précipitée tout à coup du faite des grandeurs comme une meule de moulin

3UUU ange laisse tomber du haut du ciel ans le fond de ia mer, cette nuit de fumée qui ensevelit soudainement le luxe de la grande ville, le reflet de ce gigantesque incendie illuminant la sombre étendue de la mer, le sanglot des nations qui pleurent et des commerçants qui se frappent la poitrine, et cette suprême lamentation du prophète : Elle têt tombée y elle est iombée ceiU grande Babylone : on n'y entendra plus la veis ae répoux et de Vénou$e^ et la clarté deê {ampeê n'y brillera plus pendant lu Huit; tout cela est marqué d'Un caractère surhumain qui fait palpiter le cœur et dresser les cheveux sur la tête. On se sent pénétré de cette profonde horreur si bien décrite dans le livre de Job à propos du songe d'Eliphas; mais ici ne se termine pas le drame divin : la consolation doit venir après l'épouvante, la paix après ia guerre; après les combats et la défaite des enfers, la Joie et la sérénité du ciel. Le dragon vaincu est enchaîné et replongé dans l'abtme, et voici la cité de Dieu, belle et parée comme une fiancée pour son époux, qui descend du ciel sur la terre. Le chant d'amour de la nouvelle Jérusalem te^ tnine ainsi l'énopée des triomphes du Verbe et clôt magniuquement la plus profonde des prophéties et le plus sublime des poèmes.

A cette idée de l'ensemble joignons uuelques études sur les détails ; cherchons a découvrir les moyens dont se compose la makiière du grand maître , ce sera étudier la poésie dans sa source la plus abondante et la plus pure.

Le symbolisme des nombres et rallégoric des figures donnent facilement la clef de la tioésie des pro^»hètes, comme le savent d'ailleurs ceux (jui sont versés dans la littérature orientale. Snint Jean lui-même nous avertit qu'il ftmt chercher un sens mystérieux aux nombres qu'il emploie, et que ce sens n'est pas au-dessus de Vinlelligence de l'homme : Qui habet intelligent iam^, snppnM nnnverum beêtiœ , numeras enim hominis esi- En effet, ce nombre de la bêle demande un calcul plus compliqué que les autres nombres exprimés aans la prophétie. Ainsi, P^r exemple, il est clair que te nombre us représente l'unité divine : « Il y avait tut trôn^ eu milieu du ciel, et sur ce trône quelqu't<<^ semblable à une pierre de jaspe. »

Letlombre deux figure l'alliance. Dij^u envoie dftt« témoins pour se réconcilier '^? hommes. L'éjwux et l'épouse sont deux q»* appellent le règne du Seigneur. ' . .

Le nombre îroit ne doit pas être eM»licf«y- €>est te mystéâeuï ternaire qui représente 1e dogme de la Trinité; aussi le dcagoa,

APOCALYPSE

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lorsqall veut blasphémer Dieu , vomit-il do S(t guftale irois esprits irnmondes en forme du grenouilles.

Le nombre quatre représente !a manifestat'.oi divine par la créatioi , par la révélation et par la vertu , trois œuvres de Dieu qui se correspondent. Ainsi les qucttre animaux symboliaues dont il est parlé d.ins rApocalypse, (Taprès le pro.)hète K/.éjhiel, représentent à la fois ou su':cessiyem«Mit les quatre points cardinaux d i ciel , les quatre grands prophètes, les quatre évan^éhstes et les quatre vertus cardinales.

Le nombre cina et ses composés représentenl le péché et I é )reuve , la loi et 1 expiation, parce qull a bute une unité au quaternaire, ce qui indi |ue un désordre ou une réparation. En effet, cette unité qui s'ajoute et se superp isj en quelque façon à Tœuvre de Dieu, c*est le démon ou Thomme révolté, à moins que ce ne soit Dieu iui-môme manifesté par la rédem.)tion et la pénitence, ces deux compléments miséricordieux de la révélation et des vertus.

Le nombre tia^ représente le temps ; multiplié par deux, il donne le duodénaire, qui figure le cycle céleste au sens propre et au sens mystique. Les douze mois de Tannée et les douze signes du zoJia^ue correspondent aux douze patriarches, aux douze apô-' très, aux douze fruits de Tarbre de vie, aux douze pierres précieuses des fondements de la cité sainte et aux douze portes de la nouvelle Jérusale.n , comme 1 a judicieusement remarqué lathée Dupuis, pour en conclure stupidement que la religion a été inventée d*après les premières potions de Tastroaomie, au lieu de confesser aue la création et la révélation sont d'accord , et que Dieu a écrit sa pensée dans le ciel pour iaviter les hommes de sciencj et de bonne foi à comparer la nature avec la Bible et à comprendre Tune par l'autre.

Le nombre sepi^ qui se compose du ternaire et du quaternaire divin « représente Dieu révélé et considéré h la fois et en luimôme et dans ses œuvres. Donc, en tant qu'il exprime Tétre de la manière la plus com-

Flete et la plus absolue , le septénaire est affirmation du vrai et du bien, et pris ainsi affirmativement, c'est le ciel; pris au contraire négativement, c'est le mal, le mensonge et l'enfer. Aussi les vertus dogmatiques sont-elles au nombre de sept , et à ces sept affirmations du bien céleste correspondent autant de négations infernales, qui sont les péchés capitaux. Ainsi dans T Apocalypse nous voyons le septénaire divin représenté par les sept étoiles qui sont dans la main du Verbe éternel, par les sept chandeliers d'or, qui sont la lumière des Églises, par les sept esprits qui sont en présence de Dieu, par les sept couleurs de l'arc-en-eiel qui est au

fned du trône , par les sept tonnerres, par es sept trompettes et par les sept coupes. Le septénaire infernal y est figuré par les sept sceaux du livre on tant quils se rapporteiit à l'ignorance humaine, fille du péêÏLé; par les }>epl tôloà de la bôle, par les sept

montagnes de la 3abylonev^pirituelle et par les blasphèmes qui lépono^nt sept fois à reif'jsion des sept fléaux.

Le nombre huit n'est que le quaternaire multiplié par deux, et représente la création, la révélation ou les vertus sanctifiées encore ou arppUQées par l'alliance.

Le nombre neuf est la multiplication du ternaire par lui-mêqie; c*e$t donc aussi un nombre divin.

Le nombre dix est, comme nous l'avons ({it, celui du péché ou de la loi, multiplié par celui de l'alliance. Le Décalo^ue s'oppose aux dix désobéissances, figurées par les dix c irnes de la bote.

En multipliant ces nombres les uns par les autres, on aura tous les nombres exprimés dans l'Apocalypse avec leur signiucation respective. Ainsi les vingt-quatre vieillards r.'présentent le ciel tout entier , parce qu'ils figurent l'alliance des deux testaments ; les douze mille élus de chaque tribu d'Israël nous donnent le nombre de la religion multipliant celui de l'épreuve ou 4^ la sanctiQcation par la loi, le nombrç dix multiplié deux fois par lui-môme pour exprimer une alliance progressive ou plutôt les deux grandes alliances do Dieu avec sa créature.

Lb nombre 666, qui a tant exercé la s.igacité des commentateurs, représente le pécrié muftipUé par le temps, mais s'anéantissant^ par lui-môme. Cent, c'est dix multiplié par dix; six cents, c'est donc la puissance^du pé* ché m illipliée par fe temps, et c'est par là que comme ice le chiffre de la bote lorsqu'elle apparaît dans sa gloire : mais après la pentaino vient la dixaine, et après la di- ILaine l'unité, toujours multipliées par six, figure du temps, après lequel il n'y a plus rien pour l'espérance des pécheurs.

En indiquant ces explications toutes littéraires nous ne touchons pas aux interprétations du sens théologiaue et nous ne prétendons pas que cette clef de l'Apocalypse en ouvre toutes les profondeurs, mais elle suffira peut-être pour qu'on puisse lire ce divin poème sans être arrêté par des difficultés qui rebutent ou des répéttions qui fatiguent lorsqu'on n'en pénètre pas le sens. Maintenant, et pour en venir à l'allégorie des figures, nous ferons remarquer sommairement que l'homme représente Dieu, la femo^e représente l'Eglise ou la société ^es méchants selon la différence de ses attributs. Le soleil est l'image du Verbe divin; la lune représente l'Ëglise enseignante parce qu'elle reflète la lumière du soleil. Les étoiles sont les docteurs; k terre figure les institutions sociales ; la mer représente les multitudes. Babylone est U cité des méchants; la bote c'est le péché( les chevaux re- { présentent le mouvement, la ibrce malérielle, a guerre et la conquête ; le lion, c'est l'énergie, le bœuf la patience courageuse et le sacrifice; Taigle, la contemplation et la justice. On comprendra facilement les autres allégoiies, mais il faut étudier profondément avant de pouvoir lire avec fruit ce Uvre^ tout à la fois consolant et terrible ; mais alor*.

APOMLÏPSE

(m est subjugué par son imposante beauté. Que sont les fictions d'Homère comparées à de telles images? des contes de petits enfants. Ici la plus haute philosophie et l'initiation religieuse la plus profonde unissent leurs calculs au luxe des plus imposantes images. Saint Jean résume toute la scieuce et toute la poésie des siècles passés et futurs dans son poème unirersel. Le doçme y consigne ses mystères, la contemplation y révèle ses rarissements, Ta venir tout entier s'y déroule et s'y explique par le passé ; Dieu en un mot s'y révèle avec tant de puissance et de grandeur, que la seule étune littéraire de cette œuvre surnaturelle doit subjuguer les esprits les plus incrédules et leur laire confesser une puissance supérieure au cénie humain. La poésie do saint Jean est, si l'on peut s]exprimer ainsi, une poésie essentielle et qui ne doit rien aux artifices du lan^çe ou aux

Euérililés du rhythme, elle saisit tout d'aord l'âme avec tant de puissance qu'elle n'a pas besoin de s'adresser à l'oreille. Mais en présentant l'Apocalypse comme sujet d'étude et gomme un obiet d'éternelle admiration, nous nous garcferons bien de la présenter pour modèle à nos jeunes littérateurs. L'étrange abus qu'on a fait des formes bibliques et apocalyptiques depuis la publication des Paroles a un croyant doit les avertir assez du danger qu'il y a de parodier la parole sainte en voulant 1 imiter, et de la témérité qu'il y a pour l'homme de vouloir écrire dans un rtyie inspiré et divin.

On a essayé plusieurs fois de traduire l'Apocaljrpse en vers. C'était à notre avis une tentative assez téméraire, car dans ce livre divin la poésie esl tout entière dans la

trompe et la vérité prophétique des images : 'harmonie des mots ne saurait y ajouter que peu do choses, et les entraves de la mesure ne pourraient que gêner les gigantesques allures de cette poésie inspirée. On peut faire sur un seul texte de l'Apocalypse de longs et terribles poëmcs sans épuiser tout ce qu'il y a dans un seul mot de création et d'épouvante : une amplification poétique de l'Apocalypse serait donc possible et aurait plus de chances de succès qu'une simple traduction. Pour bien faire comprendre à nos lecteurs ce que nous entendons par ces amplifications poétiques nous citerons ici quelques morceaux détachés d'un travail ae ce Senre que nous aurions publié si les orages e la politique eussent pendant ces derniers temps permis à quelqu un de déclamer publiquement des vers sans être soupçonné de folie.

Les quatre petites pièces détachées que nous choisissons sont une glose de ce passage de l'Apocalypse, où il est dit qu'à 1 ouverture des quatre premiers sceaux du livre mystérieux, quatre chevaux de couleurs ditférentes apparurent, montés |)ar des cavaliers dont les attributs étaient divers. Le premier cavalier, monté sur un cheval blanc, représente Jésus*Ghrist lui-même, suivant un grand nombre de commentateurs.

APOCALYPSE flfl

LES QUATEB CHEVACX DE SAIXT JEAK.

Le cheval blanc.

Oh ! qu*i! est beau dans sa coorse»

Le cheval éblonissaul !

Te! un fleuve de sa source S*élance et court bondissant :

A son onde souveraine, Des rivières qu1l entraîne Tous les remparts ont cédé :

Le roc sous ses pieds se creuse»

Et sa crinière écumeuse Flotte sur son dos ridé !

Je te connais, fils de riiomme :

Je t*ai vu dans mes désirs l Je sais comment on te nomme Dans la langue des soupirs !

Roi de paix, viens sur la terre.

Porte le glaive et la guerre Au sein de tes ennemis!

Frappe ces lions avides , Et que les agneaux timides A ton amour soient soumis !

II vient, celui que j^adore , Il vient, rétcmel guerrier !

Il vient, plus beau que Taurore , Sur Taile de son coursier!

Son carquois plein de victoiret Lance la vie et la gloire Sur le néant qui s^enfuit; £t de Tenfer qui s'étonne.

Son arc lumineux sillonne Perce et déchire la nuit!

Vois- tu le monde qui roule Sous tes pieds dominateurs?

\ois-tu le temps qui s'écoule Emportant ses dieux menteurs!

Les générations passent, Les grandes elles s'eflacent ; Où sont-elles, ô mon roi?

Mais tu rends la mort féconde.

Et je vois un nouveau monde Se lever derrière toil

Anicn ! Finis Ion ouvrage ; Détruis ce qui doit passer!

Le désert est riiéritage Que tu dois ensemencer.

Tes armes seront fidèles.

Epuise sur les rebelles Les filles de ton carquois , Parle aux enfants des nuages « Et hi foudre et les orages Obéiront à tes lois ! -

Amen ! gue ton règne arrive :

Je Tespère, il n'est pas loin.

Mais que mon àme revive Et puisse en être témoin !

Alors le ciel , ton empire , Aussi doux que le sourire D'une mère après ses pleurs.

Tendra les bras k la terre

El la voix qui dit : Mon père !

Te bénira dans nos cœurs.

Le cheval roux.

Ses pieds sanglants volaient comme des sauterelles:

11 renversait tout en courant :

Et sa voix hennissait comme les éclats grêles,

Sortis du clairon déchirant.

Sa crinière semblait une flamme agitée

Par les ouragans de la nuit , De ses naseaux ardents Tlialeine tourmentée

Soufflait la terreur et le bruti \

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APOCALYPSE

ArOCRYPIlES

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l.c saiig et la a>lère éciimaienl dans $a bouche ,

Devant lui s'enfuyant la paix , El ses flaucs emporlaienl un cavalier farouche

Qui ne se reposait jamais !

MalhearanxDonveauxnés! malheur aux jeunes mères!

Tieillards, accusez le trépas Qui Toos a ré^rvës pour des larmes aoiéres

Que vos enfants n*essuieront pas !

Pcrcs, ilonnez la mort à vos filles trop belles !

Femmes qui poussez des sanglots Atcc ym nourrissons pendus à vos mamelles

Précipilei-vous dans les flots!...

Car Toici le guerrier qui tient la grande épée !

Il passe, il attaque, il abat :

Sa cuirasse de sang et de sueur trempée

Résonne comme un grand coml)at :

Soo casoue est rayonnant comme une torche ardente.

Il regarde comme la mort ! Son gbdve est un serpent h la langue stridente

Qui siffle, qui vole et qui mord....

Et les peuples tombaient fauchés comme des herbes !

J'entendis les cris des mourants Et je vis les cautifs, liés comme des gerbes

Pleurer leurs fils et leurs.parents :

Llncendie allumait son effroyable aurore,

Le ciel même était plein de sang El les rares sanglots qui s'entendaient encore

Allaient toujours s'aflaiblissant

Toot s'éteignit. — Le loup descend sur les collines.

Les noirs corbeaux ont croassé Je vois des ossements blanchis dans des rqines....

Le cheval sanglant a passé !

Le Cheval noir.

Il se traîne tout morne et la tétc penchée,

D'un pas débile et fléchissant ; Et sa langue pendante est noire et desséchée,

£t ses yeux sont couleur de sang.

Sous ses pas l herbe meurt et les plantes jaunissent.

Son souflle noircit les moissons, L*eau malsaine corrompt les troupeaux qui languissent

El se dépeuple de poissons.

Le pjile cavalier dans un affreux silence.

Inflexible comme le sort.

Pèse atleniivemcnt dans sa stricte balance

La nourriture de la mon. Car la mort seule vit mainleiiant dans le monde.

Je vois des squeleltcs errants Disputer aux vautours une pâture immonde ;

J'ciiiends des peuples expirants.

Hurler dans tes cités qui vont rester désertes

Comme uu sépulcre délaissé.

Plus rien !.. ni blés, ni fleurs, ni fruits, ni feuilles vertes

Où le cheval noir a passé !

Unis Dieu qui fait sentir aux hommes sa jusiice

Et sa charilé tour à tour.

Lui défend de tarir le vin du sacrifice

Et rhuile du céleste amour.

Le Cheval pâle.

Je le voyais passer le moissonneur terrible ;

Et devant lui, sur les chemins.

Comme les gratus nombreux agites dans un crible

Se mouvaient les petits humains !

Les uns tenant en main des sceptres et des glaives.

Rangeaient les autres en troupeaux ; Plasteors dormaient couchés et riaient h des rêves...

D^autres couraient sous des drapeaux A la Toix de Tairain qui sonne les batailles :

J*cn vis qui, les mains pleines d'or.

Semblaient vouloir cacher an ïoud de leurs entrailles

Ce qu'ils appelaient leur trésor.

Puis encor, j*entend:iis les clmiisons eu délire.

De l'orgie aux yeux égares le voyais des restins, je les entendais rire ;

Plus loin, pompeusement parcs.

Des mortels n'iébraîcnt unn longue «lliance,

Kt puis de jeunes scMlucteurs Conviaient à l'écart la crédule innocence

A dormir sur des lits de fleurs...

Le morne cavalier sur son grand cheval pÂle

Approchait, approdiail toujours...

Et j'entendis mourir dans un horrible râle

Le chuchottement des amours :

11 marchait, il marchait et ne laissait derrière

Que le silence et des débrfs Que les pieds du cheval renvoyaient en poussière....

Et je n'entendis plus les cris Des hommes qui riaient près des tables rougies :

A la fois tout avait cessé :

Les rois, les combattants, les amours les orgies.^

Le cheval pâle avait passé 1

APOCRYPHES. — Les livres apocryphes soit de rAncien snit du Nouveau Testament, étant rejetés du canon des saintes Ecritures et n*anpartenant plus ni à la théologie ni à Texégèse restent aans le domaine de la littérature religieuse, et méritent, ^ ce titre seul, qu'on les étudie avec soin. S'ils no sont pas les ouvrages des auteurs dont ils portent le nom, ils appartiennent incontestablement du moins aux antiquités des premiers siècles. Le premier et le plus ancien des livres apocryphes de TAncien Testament est le livre d*£noch, c|ui a servi de texte à une ibulo de supi^ositions et de poésies hétérodoxes. Ce poëme ancien contient entre autres choses une astronomie fantastique révélée, dit Fauteur, par l'archange Uriel ; nuis une assez singulière histoire de la cnu!e des anges. Cette partie du 1 vre étant la plus remarquable, nous allons la citer ici tout entière.

« Paroles de bénédiction d'Enoch , qui a béni les élus et lesjustes qui doivent supporter le jour de Tafiliction, rejetant les hommes pervers et impies. Enoch, cet homme juste qui était avec Dieu, prit la parole et dit, lorsquesesyeuxse furent ouverts etpendantqu'il contemplait la sainte vision dans les cieux : Voici ce que les anges m'ont fait voir. C'est d'eux quej'ai entendu toutes choses, et c'est par leur secours que j'ai compris ce guc je voyais : choses qui n'arriveront point dfans la présente génération, mais dans une génération éloignée relativement aux élus.

« C'est pour eux que j'ai parlé et que je me suis entretenu avec celui qui sortira de sa retraite, le Dieu du monde, le saint et le tout-puissant, qui abaissera sous ses pieds la cime du Sinaï, qui paraîtra avec ses armées et se manifestera dans la force de sa puissance. Tous alors trembleront et seront saisis d'effroi, une grande crainte saisira les hommes jusqu'aux extrémités du monde. Les plushautes montagnes seront troublées et les collines s'abaisseront, fonddnl comme le miel exposé à la flamme. La terre sera submei^éc, tout ce qui est sur elle périra et le jugement viendra sur tous les hommes. Mais il donnera la paix aux justes, il conservera les élus et il leur montrera sa clémence. Alors tous appartiendront h Dieu : ils seront heureux et bénis, et la splendeur du visage de Dieu les illuminera.

« Voici qu'il vient avec dix mille de ses saints pour exercer lo jugement cl pour rc-

APOCRYPHES

APOCRYPHES

jeter les impies» et pour réprouver tout ce que les pécheurs et les impies ont fait et commis contre lui.

< Tous ceux qui sont dans les deux ont connu leurs œuvres. Ils ont lu que les luminaires célestes ne changent pas leurs voies, que chacun se lève et se couche en son rang, chacun à son époque déterminée, ne transgressant pas les ordres qu'ils ont reçus. Ils voient que tout ouvrage de Dieu est immua* ble, se montrant à Tépoque convenable.

Us regardent Tété et Thiver, observant que toute la terre est pleine d*eau et que les nuages, la rosée et la pluie la fécondent. Ils voient comment les lacs et les rivières s'acquittent de leurs fonctions.

< Mais vous, vous ne supporte/ point patiemment, et vous n'accomplissez pas les commandements du Seigneur. Mais vous transgressez ses ordres, et vous foulez aux

{Âeds sa erandeur, et il y a dans vos bouches mpuresaes paroles de blasphème contre sa m«(|eslé sainte I Cœurs pervers I la paix ne résidera jamais en vous I Vos jours vous seront à vous-mêmes en exécration, et vous verrez périr les années de vos existences. Le temps multipliera éternellement vos douleurs et il n'y aura plus de grâce pour vous I En ces jours, vous changerez votre calme trompeur contre les malédictions éternelles de tous les justes, et les pécheurs eux-mêmes vous exécreront à jamais. Aux élus sera la lumière^ à eux la joie et la paix, et ils posséderont la terre comme un néritage. Mais vous, impies, vous serez réprouvés. Alors la sagesse sera donnée aux élus qui vivront tous et qui ne retomberont pas dans le péché, cédant à l'orgueil ou à l'impiété ; mais ils s'humilieront, possédant la prudence, et ils ne réitéreront pas la transgression.

« Ils ne seront point condamnés pour tout le temps de leur vie, ils ne mourront point dans 1 indignation et dans les tourments, mais le nombre de leurs jours sera rempli et ils vieilliront en paix, tandis que les années de leur félicité se multiplieront dans la joie et la paix, pour l'éternité tout entière et pour leur existence dans le temps....

« Il advint, a[)rès que les Qls des hommes se furent multipliés en ces jours-là , qu'il leur naquit des filles d'une grande beauté. m lorsque les anges, les Qls du ciel, les virent, ils furent épris d'amour pour elles, et ils se dirent entre eux : Allons, choisissons nous des épouses de la race des hommes et engendrons des enfants. Alors leur chef Samyaza leur dit : Je crains que vous n'ayez jias le pouvoir d'accomplir ce dessein et que je n'aie à supporter seul le châtiment d'un si

grand crime. Mais ils lui répondirent disant : ous jurons tous et nous nous obligeons ])ar des serments mutuels à ne changer jamais ce que nous (proposons, mais à accomplir notre entreprise. Et tous jurèrent et s'engagèrent par des serments mutuels. Leur nomore était de deux cents qui descendirent sur le sommet du mont Armon. Ce mont se nommait Armon parce que là ils se lièrent

par d'aifreux serments. Et voilà les noms des chefs : Samjaza , qui était le premier de tous , Urakabaraméel, Akibéel, Tamiel ,Bamuel , Danel , Askeel , Sarakujal , Asael , Armera, Batraal, Ananie, Zavebe, Samsavael, Ertael, Turel, Jomiael, Araziel.

« Ils prirent des épouses avec lesquelles ils eurent commerce, et ils feur ensei$tnèrenl la magie et les enchantements et la division des racines et des arbres. Et ces femmes conçurent et elles enfantèi ent des géants,les-

auels avaient chacun trois cents coudées e hauteur. Ils dévoraient tout le travail de rhomme iusqu'à ce qu'ils ne pussent se rassasier. Alors ils se tournaient contre les hommes pour les dévorer. Et ils commencèrent à donner la mort aux bêtes, aux reptiles, aux poissons, à se nourrir de leur chair, l'un après l'autre, et à boire le sang. Alors la terre prit en horreur les maîtres injustes. Azaziel enseigna aux hommes à forger des épées, des boucliers et des cuirasses ; il leur apprit à fabriquer des miroirs, l'usage des parfums, des bracelets, des ornements, des pierres précieuses et de toutes les couleurs. L'impiété augmentait, l'impudicité croissait et tous transgressaient et corrompaient leurs voies. Amazarak enseigna tous les enchanteurs, Barkazyal les observateurs des astres, Akibéel les signes et Asaradel les mouvements de la lune.

Mais les hommes qui étaient opprimés par les géants crièrent, et leur voix monta jus* qu'au ciel.

< Alors Michel et Gabriel, Raphaël, Suryal et Uriel, regardant du haut de^ cieui, aperçurent la multitude des crimes et Tabondance du sang répandu sur la terre et toute l'iniquité qui se consommait en elle, et ils se dirent l'un à l'autre : Voici que la voiî des clameurs qu'ils ont poussées est montée jusqu'à nous. La terre à qui l'on a pris ses enfants pleure à la porte du ciel. El les Ames humaines se plaignent, disant : Obtenez pour nous justice du Très-Haut, et ils disent à leur Seigneur et Roi : Tu es le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux, le Roi des rois. Le trône de tA gloire est dans tous les siècles et ton nom est sanctiflé et célébré dans l'éternité. Tu es béni et glorieux 1 Tu as créé toutes choses, tu as pouvoir sur toutes choses, et toutes choses sont ouvertes et dévoilées devant toi, rien ne

f)eut t'élre caché. Tu as vu ce qu' Azaziel a ait, comment il a enseipnié tout genre d'iniquité sur la terre et révélé au monde les secrets du ciel. La terre entière a été remplie de sang et d'iniquité, et voici que les âmes des morts crient et qu'elles se plaignent jusqu'à la porte du ciel. Leurs murmures montent, et elles ne peuvent échapper à l'injustice qui se commet sur la terre. Tu as connu toutes choses avant qu*elles eussent Télre- Tu as connu ces choses et ceux qui les ont accomplies, cependant tu ne nous as pas parlé. Que convient-il donc que nous fassions à cause de cela ?

« Alors le Trè^-Haut gran I et saint parla- El il envoya Arsajulaijurem au fils de La-

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APOCRYPHES

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inech» disant : Annonce-lui en mon nom ; expose-lui la fin qui est proche, car toute la terre périra ; les eaux du déluge la couvriront et détruiront tout ce qui est sur elle. Et enseigne-lui comment il peut se soustraire et comment sa race s*étendra sur toute la terre. Et le Seigneur dit à Raphaël : Lie les mains et les pieds d*AzazieK et jetto-le dans les ténèbres, et place sur lui des pierres aiguës. Couvre-le de ténèbres ; voile sa face }ioar au*il ne voie pas la lumière et au grand jour du jugement ordonne qu'il soit jeté dans le feu. Restaure la terre que les anges ont corrompue et annonce-lui la vie ; parce que je veux la vivifier de nouveau. Tous les fils des hommes ne périront pas ; la terre a été corrompue par la doctrine d*Azaziel; charge-le de tout le crime.

« Le Seigneur dit à Gabriel : Va vers les méchants, les réprouvés et les fils de la fornication, et excite-les les uns contre les autres. Fais qu'ils périssent, se tuent mutueU feaienC, car la durée des jours ne sera pas pour enx.

« Le Seiflp[)eur dit à Michel : Va et annonce à Samvaza et à ceux qui sont avec lui quel est leur crime ; car ils se sont unis aux femmes et se sont souillés de leur im« pureté. Et quand tous leurs fils auront péri et qu'ils auront vu la perte de ceux qu'ils aiment, enchaîne sur la terre ces esprits coupables jusqu'au jour du jugement et de la destruction ; jusqu'au jugement qui amè^ nera la consommation de toute.$. choses. Alors ils seront jetés au fond de l'abîme de feu et ils y seront renfermés pour l'éternité. Fais périr tout oppresseur sur la face d«9 h terre et quiconque fait le mal. La plante de la justice et de la droiture apparaîtra ; elle fleurira dans l'éternité avec allégresse. Et alors tous les saints rendront grâce et vivront jusqu'à ce qu'ils aient eu mille fils, et tout le temps de leur jeunesse s'accomplira en paix. Et en ces joui s toute terre sera cultivée dans la justice ; elle sera toute plantée et arrosée de bénédictions. Elle sera plantée de vignes, et les vignes donneront du fruit à satiété ; toute graine qui sera semée donnera mille mesures pour une, et une mesure d'olives donnera dix fois de l'huile. Purçe la terre de toute oppression, de toute imustice. de tout crime, de toute impiété et ce toute impureté. Alors tous les fils des hommes seront justes, et toutes les nations me rendront les honneurs di-> vins; toutes me béniront et m'adoreront. La terre sera purgée de tout crime, de toute peine et de toute douleur, et je n'y enverrai plus de déluge. En ces jours j'en-^ vetTai les trésors de bénédiction qui sont dans le ciel, et je les ferai descendre sur la terre, sur tous les ouvrages et les travaux des hommes. La paix et l'équité s'associeront avec les fils des hommes durant toute leur génération et pendant tous les jours du monde. »

On a pu remarquer dans ce passage des idées d'une grande hardiesse et des exprès* sioqs quelquefois saisissantes de poésie

comme celle-ci : La terre à qui F on a prie eee enfante pleure à la porte du ciel, La fable de la séduction des anges par la beauté des filles des hommes a souri h l'imagination de plusieurs grands poètes. Thomas Moore et lord Ryron parmi les Anglais, Lamartine et Alexandre Dumas parmi les Français, ont exploité cette donnée qui leur fournissait un mélange de mysticisme et d^amour profane assez romantic{ue pour intéresser les imaginations qui aiment à se repaitre de choses vagues et inexactes. Les croyances de FEglise sur la nature des anges* et la gravité de son enseignement repoussent également ces espèces de romans, où le ciel même est mis enjeu pour prêter plus d'attrait à la plus dangereuse de toutes les passions. Nous n'analyserons donc ici ni les poèmes de Ryron ni celui de Lamartine, dont nous aurons pourtant à rendre compte en nous occupant des écrits de ce publiciste,

3ui paraîtrait avoir un peu cherché le rôle e poète inspiré et de prophète {Yoy. Lamirtibib).

Au surplus, le livre d'Enoch est rempli d'erreurs et de contradictions. 11 contient aussi des fables ridicules sur la taille énorme de l'ange Samyaza et des géants; si les versions qui en ont été récemment découvertes ne sont pas des mystifications, elles ont dû être étrangement altérées par les traducteurs et les copistes et ne plus ressembler au livre primitif d'Enoch, ({ue saint Jude cite dans son épitre catholique comme un livre authentique et rédigé véritablement

Ear le prophète Enoch auquel on l'attriue.

Mous n'avons cité le livre d'Enoch que commo un monument curieux dans la littérature sacrée, il n'en sera pas de même de la prière de Manassé dans les fers, qui a été conservée dans la plupart des éditions anciennes de la Bible, bien que ce morceau soit rejeté du canon des saintes Ecritures , on peut regarder cette prière comme une des plus belles choses qu'il y ait dans la littérature religieuse après les œuvres des écrivains sacrés. Nous allons essayer de la traduire.

« Seigneur tout-puissant , Dieu de nos pères, Abraham, Isaac et Jacob, et de leur génération de justes, vous qui avez fait le ciel et la terre avec toute leur parure, qui avez enchaîné la mer par une parole de maître, qui avez fermé l'abîme et l'avez scellé de votre nom digne de louanges et de terreur; vous devant qui tremble l'immensité sous les regards de votre puissance, parce que nulle force au-dessous de vous ne peut portiar la magnificence de votre gloire, ni soutenir les menaces de votre courroux contre les pécheurs. Mais. elle est immense et insondable la miséricorde de votre promesse»

Êarce que vous êtes le Seigneur, le Très- [aut, le bon, le longanime et plein de miséricorde et de tristesse lorsqu'il faut châtier la malice des hommes. Vous, Seigneur, selon la grandeur de votre bonté, vous avez promis le repentir etla rémission à ceux qui auraient

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APOCRYPHES

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\}(*c\ïé contre vous el dans rimmensité de voire compassion vous avez accordé la pénitence aux pécheurs pour être leur saïut. Vous donc, Seigneur, Dieu des justes, vous n*avez |K)ini lait la pénitence pour les justes, Abraham, Isaac et Jacoh, qui ne vous ont pas offensét mais vous avez fait la pénitence pour moi , pécheur, qui vous ai offensé plus de fois qu*il n'y a de grains de sable dans la mer : mes iniquités se sont multipliées , Sei^eur; mes iniquités se sont multipliées, et je ne suis pas digne de regarder et de ▼oir la hauteur du ciel I le nombre de mes iniquité courbe ma tête comme un collier de 1er : je n*ose lever la tète, je n*o$e respirer, car j'ai mérité votre colère et j*ai fait le mal devant vous. Je n*ai pas fait votre volonté; je n'ai point conservé vos commandements, j*ai établi Tabomination et j'ai multiplié les offenses, et maintenant mon cœur se prosterne et fléchit le genou [)Our implorer votre bonté. J*ai péché, Sei^eur, Tai péché, et je reconnais mes injustices : c est iM)ur cela que je vous prie et que je vous en tiemande la démission. Remettez-les-moi, Seigneur, et que je ne sois pas confondu dans la perdition avec mes crimes ; ne me réservez point les maux éternels de votre colère, ne me condamnez pas à tomber dans les lieux les plus bas de la terre, car vous êtes Dieu, vous êtes, dis-je, le Dieu des pénitents et vous manifesterez en moi toute votre bonté, car vous sauverez cet indigne parla puissance ue votre pardon, et je vous louerai toujours pendant tous 1/3$ jours do ma vie, parce que toute la vertu des cieux chante vos louanges et parce que la gloire est à vous dans les siècles des siècles. >lmen. »

Il serait difficile de trouver ailleurs que dans les livres inspirés de Dieu une prière plus touchante et plus belle. C'est un petit chef-d'œuvre d'éloquence, et de cette éloquence surtout qu'on ne peut puiser ailleurs que dans un cœur vivement ému par la grâce.

Le troisième et le quatrième livre d'Esdras contiennent aussi de fort belles pages. Au troisième et au quatrième chapitre il est question d'un de ces combats philosophiques et littéraires si fort en usage parmi les anciens, qui, à la suite de leurs banquets, se proposaient des questions difficiles a résoudre, ce qui donnait à l'esprit et à l'éloquence de chaque convive une occasion de s'exercer. Chacun parlait à son tour, comme les bergers de rhéocrite et de Virgile, et le prix était décerné à celui qui, de l'avis de tous, avait le mieux tranché la difliculté et décidé la (question.

C'est à la table de Darius, à la suite d*une fête, que trois jeunes hommes de sa garde se proposent la question qu'il s'agit de résoudre dans le banquet philosophique dont il est question au troisième livre d'Esdras. La question est celle-ci : Laquelle de ces trois choses est la plus excellente et surtout la plus forte, le vin, le roi, ou la femme? L'un prend le parti du vin, le second choisit le roi ci le troisième la femme, sans toute-

fois donner le prix de la force et de Texcoilence à cette dernière, car il lui préfère la vérité. — Les discours des trois concurrents sont fort remarquables; écoutons parler d'abord celui qui lait l'éloge du vin.

« Hommes qui m'écoutez, dit-il, combien le vin n'est-il pas plus fort que ceux qui lo boivent I il fascine la pensée et entraîne l'âme tout entière; il donne au roi et au pauvre orphelin l'égalité de la folie; l'esclave et l'homme libre, le riche et le misérable, sont égaux devant lui ; il tourne toute l'âme en sécurité et en joie, et il anéantit le souvenir de la tristesse et des créanciers; pour lui tous les gosiers sont nobles et peu lui importe la royauté ou la magistrature; il prodigue également à tous les richesses <le l'éloquence : lorsqu'on a bu, plus d*amilié. plus de fraternité qui tienne, on s'irrite, on tire les épées ; mais la tête tourne, on tombe noyé dans le vin, et lorsqu'on se réveille on ne se souvient plus de rien. 0 hommes ! dites-moi si le vin n'est pas la chose la plus puissante qu'il y ait au monde ? »

Horace et Anacréon n'auraient certainement pas mieux dit, et ce passage du livre apocryphe d'Esdras devait être soulignî tout entier dans la Bible de Rabelais.

L'avocat du roi parle à son tour : • Ce qu'il y a de plus excellent et de plus fort au monde, dit-il, ne sont-cepas les nommes qui régnent en maîtres sur la terre, sur la mer et sur tout ce qu'elles contiennent? eh bien, le roi est maître de ceux-là, ot à tous les ordres qu'il leur donne ils obéissent. S'il les envoie au combat, ils vont el ils renversent les montagnes, et les murailles, et les tours. JIs se font tuer et ils tuent, mais ils n'oublient aucune des paroles du roi, et reviennent apporter h ses pieds tout le butin qu'ils ont recueilli. Il en est de même de tous les autres, et ceux qui ne combattent pas, mais qui cultivent la lenv, lorsque la crainte les visite, apportent leurs tributs au roi et ne reconnaissent que lui seul. Si celui-là leur dit : Tuez, ils tuent; s'il leur dit : Pardonnez, ils pardonnent; s'il leur dit: Frappez, ils frafîpent; s'il leur dit : Exterminez, ils exterminent ; s'il leur dit : Bâtissez, ils bâtissent; s'il leur dit: Détruisez , ils détruisent ; s'il leur dit : Plantez, ils plantent; s'il leur dit : Arrachez, ils arrachent, et toute multitude et toute force lui obéissent. 11 y compte et il se met tranquillement à table : il boit, il mange et il s'endort; mais eux ils veillent autour de lui et aucun ne s'éloigne pour s'occuper de ses propres affaires , mais ils ne se meuvent qu'au signe de sa parole. Peut-on refuser de reconnaître pour le plus fort celui auquel appartient une pareille gloire? • ^

C'est maintenant le tour de celui qui s'est chargé de plaider la cause de la femme. Celui-li se nommait Zorobabel et voici son discours: « 0 hommes, ce qui règne au-dessus de tout, ce n'est ni le roi, ni la multitude, ni le vin. Qui exerce sur eux le souverain empire ? ija sont^ce pas les femmes qui ont mis au monde et le roi el la masse du peuple qui compo-

APOCRYPHES

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sent la force des empires et sur la terre et sur la mer? c'est d'elles que sont nc^s ceux qui plantent la vigne et ceux qui font le vin; n'est-ce pas par elles qu'ils ont été élevés? ne sont-elles pas les ouvrières de cette ma-

fniCcence de vêlements qui fait l'orgueil des ommes? Hais les hommes eux-mêmes peuvent-ils se sé(>arer des femmes ? Qu'ils rassemblent en leur possession l'or, l'argent et toutes les choses spécieuses, et qu'ils voient une femme ornée de beauté, ils oublient tout et ce fi'est plus que vers elle gu'ils tournent leurs reà^rds, et leurs aspirations, et leurs sourires. X'homme laisse son père qui I*a nourri et le pays qui l'a vu naître pour suivre la femme ; c'est è la femme qu'il remet son Ame, et il ne se souvient plus de son I)ère, de sa famille ni de sa patrie. C'est pourquoi donc, sachez-le bien, les femmes sont vos reines ! Protestez-vous ? L'homme prend son glaive, il va sur le chemin faire des meurtres et des larcins, il affronte la mer et les fleuves, il se familiarise avec les lions, il voyage dans les ténèbres, et tout cela pour offrir à celle qu'il aime le fruit de ses oouleurs et de ses crimes ; car, je le dis encore une fois, il préfère sa femme à son père et à sa patrie. Combien d'hommes ont perdu la raison car amour et se sont laissé réduire en servitude ? combien ont péri, et se sont fait meurtrir, et ont fait le mal à cause des femmes ? et maintenant, croyezmoi, le roi est grand dans sa puissance, et toutes les autorités de ses provinces n'osent pas le toucher. Je voyais cependant Apémès, iillc de Besach, l'amie de notre roi magnifique, assise près du monarque à sa droite ; et elle lui enlevait son diadème de dessus la tête et se le mettait è elle-même de la main droite, tandis que delà gauche eHe se jouait à soufleter le roi ; et lui la regardait comme en extase, et si elle riait il osait rire, mais si elle prenait un air irrité il la flattait pour obtenir sa grâce. 0 hommes, les femmes ne sont-elles donc pas les plus fortes 1 Le ciel est élevé, la torre est grande, mais dans le ciel et sur la terre qui ferait une pareille chose?

« Le roi et les grands de sa cour se regardaient les uns les autres, et le même orateur commença à parler de la vérité.

« Oui, les lemmes sont fortes, la terre est

(;rande et le ciel est élevé. Cependant le soeil parcourt toujte cette étendue en un jour, quelle est donc la grandeur et la force de la Vérité qui a créé ces merveilles ? Toute la terre invoque la vérité, le ciel lui-même la bénit; toutes ses œuvres se meuvent par son ordre et la révèrent avec crainte, et il n'y a en elle aucune ombre d'iniquité. Or l'iniquité est dans le vin, Tiniquité est dans le roi, l'iniquité est dans les femmes, et tous les hommes sont des enfants d'iniquité ; l'iniquité est dans leurs œuvres, la vérité n'est pas en eux, et dans leur iniquité ils périront, mais la vérité reste éternellement grandissante ! et elle vit, et elle triomphe dans les siècles des siècles : devant elle il n'y a ni acception de personnes, ni (iitTérence do me-

sures ; elle fait justice à tous, même aux méchants et aux injustes, et tous ressentent la bonté de ses œuvres ; dans son jugement ne se trouve jamais le mal, mais la force, et le règne, et le pouvoir, et la majesté de tous les âges ! Béni soit le Dieu de vérité ! Je n'ai rien de plus à dire. Tout le monde alors poussa une même exclamation et s'écria : La vérité est grande et c'est elle qui a gagné sa cause. » Alors le roi récompensa Zorobabel et lui promit que Jérusalem serait rebâtie.

Le quatrième livre d'Esdras contient des prophéties terribles qui concernent la fin des temps, mais ce sont pour la plupart des emprunts faits aux prophètes dont les écrits sont compris dans le canon ou des imitations de leur magnifique poésie, mêlées à des traditions rabbiniques.

Ce mot de traditions rabbiniques nous amène à dire un mot d'un autre livre a^iocryphe, le Sepher Jecirah^ dont il est ainsi parlé dans le Dictionnaire den sciences philO' sophiques (Tom. III, p. dSk) : « Le Sepher Jecirah est une espèce de monologue placé dans la bouche d Abraham, et où nous apprenons comment le père des Hébreux a dû comprendre la nature pour se convertir à la croyance du vrai Dieu. Cette bizarre composition ne renferme que quelques pages, écrites d'un stvle énigmatique et senlentieux comme celui des oracles. Mais sous cette obscurité étudiée et à travers le voile de l'allégorie elle nous laisfse apercevoir l'idée mère de la kabale. Elle nous montre dans tous les êtres, tant les esprits que les corps, tant les anges que les éléments bruts de la nature, l'unité sortant par degrés de la limite incompréhensible qui est le commencement et la fin de l'existence. C'est h ces degrés toujours les mêmes, malgré la variété infinie des choses, c'est à ces formes immuables de l'être, que le Sepher Jecirah donne le nom de Séphtrolhs ; elles sont au nombre de dix : la première c'est l'esprit de Dieu, vivant en la sagesse éternelle, la sagesse divine identique avec le verbe ou la parole : la seconde, c'est le souffle qui vient de Tesprit ou le signe matériel de la pensée et de la parole, en un mot, l'air dans lequel, suivant l'expression figurée du texte, ont été gravés et sculptés les caractères de Talphabet : la troisième, c'est l'âme, engendrée par l'air éthéré, comme l'air éthéré est engendré par la voix ou par la parole; l'âme épaissie et condensée produit la terre, l'argile, les ténèbres et les éléments les plus grossiers de ce monde : la quatrième des séphirolhs, c'est le feu qui est la partie la plus subtile et transparente de l'âme, comme la terre en est la partie . grossière et opaque. Avec le feu. Dieu a construit le trône de sa gloire, les roues célestes { Foy. ËzécHiEL), c'est-à-dire les globes semés dans l'espace, les séraphins et les anges. Avec tous ces éléments réunis il a construit son palais en son temple, qui n'est autre que lunivers. Enfin les quatre points cardinaux et les deux pôles nous représentent les six dernières séphiroths. Le monde, selon le Sepher Jecirah^ n'est point séparé de

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