‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 14 sur 194 · IS · texte numérisé non relu

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APOCRYPHES

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son principe, elles derniers degrés de la créatioffi forment un seul tout avec les premiers. La conclusion de ce livre c'est l'unité élevée au-dessus de tout et regardée à la Un comme la substance et la forme des choses ; c'est l)iou considéré comme la source com^ mune des lettres et des nombres, dont les uns nou3 représentent la nature des lettres, ot les autres leur argument, leurs combinaisons et leurs ra^orts; c'est enQn le prin* cipe de Tincamation substitué uuveriement à celui de la création. »

Cette doctrine rabbi nique du Sepher Jeeirahy n'est pas sans rapports avec la mythologie bouddhiste des dix incarnations de Vichnon, et fournirait des études curieuses à ime histoire des idées panthéisttques. Cette étude acquiert de nos jours un nouvel intérêt pour le clergé à cause des tendatices au panthéisme de la littérature et des sectes de notre époque.

Nous ne parlerons pas d'un prétendu livre d'Adam, attribué au premier homme et évidemment écrit après la publication des Evan^ f;iles. Cette compilation d'absurdités, due à a plume de quelque sectaire, contient des blasphèmes contre la religion juive et contre la religion chrétienne; Jérusalem y esta(>pelée un lieu d'abomin«\tion et les adorateurs du Messie y sont représentés dans l'enfer punis par le supplice de Tantale. Cette allégorie ne manquerait (>as de justesse si elle s'appliquait seulement aux juifs, qui aiten*dent toujours le Messie depuis la venue de Notre-Seigneur. Ce livre d'Adam a été aj)pelé quelquefois l'I^vangile des mandaïtes.

Un autre livre apocryphe plus orthodoxe, le Testament des douze patriarches, contient des passages curieux et des patres véritablement belles ; le testament de Joseph surtout, qui a fourni à un littérateur distingué, M. Saint-Marc-Girardin, le sujet d'un bel artic'e dans un journal d'abord, puis dïins ses Eaais de littérature et de moraie. Voici quelques passages qu'il cite avec admiration t « Le soir que je lus vendu par mes frères [c'est le saint patrian^he qui parle) les ismaélites me demandèrent qui l'étais, et moi, pour ne pas accuser ni humilier mes frères, je répondis que j'étais leur esclave. Alors le chef de la troupe me regarde et mo dit : Tu n'étai» point leur esclave, ton visage te dément, et il me menar- Sde mort si je ne disais la vérité : j'étais ur esclave, répondis-je, et je me tus. » Tant de dévouement et d'abnégation est vraiment sublime, et l'on ne saurait objecter que le saint patriarche commet ici un mensonge oflficieux. N'était-ce pas le droit du fort qui décidait en ce temps-là de la liberté ou de l'esclavage, et Joseph n'était-il pas violemment réduit en servitude par ses frères, du moment que C(*ux-ci le vendaient ? il accepte l'esclavage pour eux et par eux et ne veut cacher que leur crime. Si cette histoire n'est point fondée sur une tradition véritable, un clirétien seul peut l'avoir inventée.

Dans un autre endroit, Joseph raconte les combats de sa chasteté contre l'inlidèie

épouse de Putiphar, qui pendant sept anni^es entières essaya de l'entraîner au crime. « Que de fois elle me menaça de la mort ! Puis à peine avait-elle ordonné de me punir, elle démentait ses ordres et me rappelait près d'elle pour me menac^er encore. Elle me disait : Tu seras mon maître, lo maître de tous mes biens, tu seras mon sei-

Sneur et mon roi. Mais moi je me souvenais es commandements de mes pères, et, rentrant dans ma chambre, je priais le Seigneur et je jeAnais. Un jour elle me dit : Tu ne veux pas m'aimer? eh bien, je tuerai mon mari, et alors je t'épouserai. Quand^''entendis celte parole, saisi de douleur, je déchirai mes vêtements, et je dis : Femme, respecte le Seigneur et ne fais point cette méchante action; ne perds pas ton Ame. Si tu persistes, je dénoncerai ta pensée impie à tout le monde. Elle me pria en grâce de ne point révéler sa foute, puis elle m'envoya pour m'apâiser des

{présents. Son mari, la voyant ainsi abattue, ui dit : Pourquoi ton visage est-il désolé? elle répondit : Je souffre du cœur, et ma respiration m'étouffe. A peine était- il sorti Su'elle accourut à moi : Si tu ne m*aime.s it-elle, je m'étrangle, ou je me jette da-is un puits, dans un précipice. Je la regardais, l'esprit do Bélial fa possédait. Je priai le Seigneur, et je dis à l'Egyptienne : Pourquoi es-tu troublée et hors de toi, tes péchés t'aveuglent. Souviens-toi que si tu te tues, Sélho, la concubine de ton mari, frappera les enfants et détruira ta mémoire dans la maison, — Ah ! répondit-elle, tu m'aimes, puis- Sruc tu prends intérêt à ma vie et à mes enants I 9

« Ceci me semble sublime ( dit M. Saint- Marc-Girardin ). Vos enfants auront une belle-mère 1 Cette seule parole renverse toutes les idées de l'amanie désespérée. Voilà son cœur changé. Ses enfants frappés par Sétho 1 Quel discours, quelle éloquence contre le suicide eût valu ce mot-là ? Cette femme qui venait furieuse, possédée par l'es-

f»rit d'impureté, un mot l'a attendrie, un mot 'a guérie ; elle se souvient qu'elle est mère, elle ne veut plus mourir, elle se reprend k aimer la vie, elle espère encore, elle es|)ère même que Joseph l'aimera un jour, et poa^ quoi ? C'est qu il a pris intérêt à sa vie et à ses enfemts ; ce mélange des sentiments divers qui l'agitent est naturel et touchant. » Une autre légende, recueillie par Fabricius, a été également analysée par M. Saint- Marc-Girardin. Oii trouve dans ce récit une tournure d'imagination qui s^écarte un peu de la simplicité primitive des légendaires. Oo y voit apparaître des merveilles et des féeries. C'est un enchantement des Mille et une Nuits. Le sujet principal de ce petit roman oriental, est le mariage de Joseph avec Asseneth, tille de Péléphris, un des satrapes du roi d'Egypte. Asseneth, y est-il dit, résidait dans une tour, cette tour était environnée d'une grande cour circulaire dont les murs fort élevés et construits en pierres énormes avaient qi'atre jiortes en fer que gardaient constamment oii-huit jeunes inimmesar-

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lûés. Joseph arrive, Pétéphris Tiiniionce à sa fi]le cotnine celui auquel sa main est destinée ; rorgueiileuse princesse ne veut s*unir qu*à un roi ou à un fils de roi ; mais elle Yoil Joseph, ses genoyt se dérobent sous elle et elle fond en larmes. Joseph prie Dieu de ]a bénir; à celte voix, à cette prière, As«* seneth a senti son Ame toute bouleversée, elle rentre dans son appartement et brise toutes ses idoles : un sentiment vrai qu*elle éprouve pour la première fois luia fait comprendre le vrai Dieu.

Cependant Joseph, instruit de ses refus, s'est retiré sans la revoir; elle prend alors des babits de deuil et ne veut plus admettre personne à la consoler dans sa solitude. Un an^e du ciel lui apparaît, lui ordonne de quitter ses vêtements funèbres et lui donne un rayon de miel blanc comme la neiji^e, et

Birfumé comme les parterres de TArabie eareuse : Ce miel est celui que font les abeilles du paradis avec le sue des roses du ciel et doit être la nourriture des vrais croyants. L'ange disparait, mais Joseph revient, la princesse va h sa rencontre, le sa** lue, lui dit la visite et les paroles de Tange,

fuis elle se prosterne et lui lave les pieds^ baraon a dé^h consenti au mariage, et la noce dure sept jours entiers, pendant lesquels rfigypte elitière, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, suspend ses travaux et se livre à la joiei

Nous n*avons rien à dire des apocryphes attribués à Salomon, parce qu'ils sont d'un médiocre intérêt au point de vue littéraire. M. Cbampollionen a fait Follet d'une notice qui se trouve dnùs le Magasin encydopédi** que, 1815, tom. Il, pag. 383.

C'est sans doute 4 la réfnitation qu Vut Sa<lomon d'être grand devineur d^nigmes, qu'est due l'idée «mère d'une composition bizarre, fort goûtée au moyen Age« et qui se compose d'une série de questions et de sentences échangées entre le roi d'Israël et un certain Marcolphe ou Marcou, espèce de rus-^ tre, de boulTon grossier, qui toutefois embai^ rasse souvent le monarque et en triomphe par moments. Il existe nombre d'éditions latines de cet opuscule, exécutées à la fin du xv* siècle, sous le titre de CollcUioms ou Diu*' loffut SahmofUs et Marculfi : on en connaît aussi plusieurs éditions françaises ; l'une d^elles ifl-8* de k feuillets, a été réimprimée à Paris en 1833, à quinze exom{>)aires seulement ; une autre est de 7 feuillets et un exemplaire s'est payé 9S francs à la vente Nodier, en ïèïk (n" 570). D'autres textes de cet opusciile se trouvent dans divers manuscrits. M. Crapelet, dans ses Frovtrbe$ et dklonê populaires (Paris, 18^, grand jn-S'), Va imbiié (p. 189-200)^ d'après le manuscnt de la bibliothèque Nationale en 1830 ; Méon^ dans son Recueil 4es fabliaux (1823, t. I, p. <k96}, en a publié nne autre version en 136 strophes qui se font distinguer par un ton l>eoucoiip plus libre. Les trouvères paraissent s'ôtre dominé carrière sur cet écrit ; les uns lui conservent un ton grave et sévère, les autres se laissent aller h une crudité de

pensées et à une naïveté d'expressions gui choquent aujourd*hui les oreilles les moins difficiles. (Voir l'ouvrage publié par M. Gustave Brunet, sur les évangiles apocrypheêf 1849, p. 359.)

Le livre de l'ascension d'Isaïe le prophète contient quelques belles imitations des livres saints. On peut y remarquer surtout une prophétie assez curieuse sur les derniers temps, qui peut trouver sa place ici : « Beaucoup de signes et de miracles s'accompliront dans ces derniers jours, et les disciples du Seigneur conserveront sa foi aimée et pure, et la doctrine de son règne enseignée par les douze apôtres. Et il y aura beaucoup de disputes sur son avènement.

Et dans ces jours il y aura beaucoup d'hommes qui chériront les dignités en raison même de leur défaut de sagesse. Il y aura beaucoup de vieillards iniques et de pasteurs oppresseurs de leurs troupeaux, et ils seront rapaces, et les pasteurs saints ne se livreront pas assidûment h l'accomplissement de leurs devoirs. Et beaucoup changeront l'habit honorable des saints pour l'habit des amis de l'or, et il y aura souvent en ces jours acception de [personnes, et ils ai« meront les honneurs du monde. Les calomnies et les calomniateurs se multiplieront, parce que le Saint-Esprit se retirera de la loule.

« En ces jours les prophètes seront en petit nombre, et ceux qui annonèent la vérité et la justice souffriront persécution. A cause de l'esprit de mensonge et de fornication qui se sera répandu sur la terre, et les hommes avides d'or et jaloux de dominer con* cevront un grand courroux contre la vérité. Et il y aura au milieu d'eux une grande haine, parmi les pasteurs et parmi les vieilards, les uns contre les autres. Car la ja- . ousje sera la grande passion de ces derniers , ours. Et ils négligeront les prédictions des prophètes qui furent avant moi, et ils négligeront mes visions pour se livrer à Tébullition de leurs cœurs* »

Venons maintenant aux évangiles apocry-

Shes. Ces évangiles, au di-re de M. Gustave irunet, qnc nous aimons à citer, sont des monuments des plus curieux, des témoins irrécusabli'S du mouvement des esprits à uf9^ époque particulièrement digne xl'at^ tention : « ces récits, njoute-t-il, ces légendes naïves sont dignes souvent d'être com« parées à ce que la poésie de tous les âges offre de plus beau. » M. Dohaire, l'un des écrivains de Vlfniv^sité cathôliquty en parle aussi en des termes non moins remarquables ; selon lui, « les légendes des cycles évaogéliques (apocryphes) sont de simples traditions trop crédules, souvent trop puériles ; mais à chaque page brillent la oan-> deur et la bonne foi. Dans ces narrations familières, dans ces anecdotes contées an foyer domestique, sous la tente, è l'ombre des palmiers au pied desquels s*arrète la ca« ravane, le tableau des mœurs de TEglise primitive se déroule en toute sincérité. L'âme et la vie de la nouvelle société chré*

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tienne sont là et elles y sont tout entières. Ces récits sont maintes fois dénués de vraisemblance, nous en convenons; ils manquent d'exactitude historique, la chose est certaine, . quant à de nombreux détails ; mais les usages, les pratiques, les habitudes, les opinions dont ils conservent les traces, voilà , ce qui réunit le mérite de Tintérét à celui de la fidélité. »

Nous ajouterons une considération & ces appréciations faites par des savants distingués. Notre-Seigneur ayant recommandé à ses disciples de ne pas jeter les perles devant les pourceaux, et leur ayant enseigné résotérisme par l'usage fréquent des allégories et des paraboles, les disciples, après la mort du maître, ne pouvant sans danger, au milieu des nations, s*entretenir de lui, de sa doctrine, de ses promesses, à moins que ce ne fût dans un langage allégorique et figuré, durent suivre l'exemple du Sauveur luimême et parler de lui en paraboles, comme il leur avait parlé du royaume des cioiix. Ces paraboles, répétées de bouche en bouche avec les ornements que leur prêtait l'imagination de chacun, formèrent un cycle de légendes dont l'intelligence des allégories est la clef. On pourrait donc, h notre sens, distinguer les Evangiles non-seulement en apocryphes et canoniques, mais aussi en allégori([ues et historiques, en n'acceptant pour historiques que les Quatre du canon sacré.

Nous avons analyse à ce point de vue tous les évangiles a[)ocryphes, et nous avons trouvé notre conjecture pleinement justitiée par la beauté et la simplicité du sens que nous donnait de chaque parabole l'interprétation alléçoriaue. Nous allons donner ici un abrégé rapide de notre travail en une série de petites légendes fsxtraitesdesévangilesapocryphes et présentées sous un jour nouveau.

r* LÉGENDE. — Comment une femme pleurait de n'être point mire^ et comment elle eut une fille qui devint la mire de Dieu. (Extrait de l'Evangile de TEnfance €t du Proté* vangile de Saint Jacques.)

Il V avait une femme nommée Hannah , qui était stérile parce que son époux s'était éloigné d'elle. Cette femme était donc triste et désolée (comme la Synagogue lorsqu'elle attendait le Messie). »

Vint le temps de la PAque, et elle n*osa se revêtir de ses habits de Tête, parce qu'elle n'était pas mère et aue ses servantes mêmes lui reprochaient d être stérile. Elle s'en alla donc et se laissa tomber sous un laurier. (C'était du temps que Rome venait de soumettre le monde par la guerre et dominait sur la Judée.) Sur les branches de larbre elle vit un nid de moineaux, et elle pleura amèrement en répétant : Je ne suis point mèrel

Alors l'esprit du Seigneur lui parla et lui dit : Je suis touché de ta douleur, et je te ramènerai ton époux. Car mon oreille est toujours inclinée vers les lèvres de ceux qui pleurent. Tu dis : Je n'ai point mis un homme au monde, et moi je te promets que tu enfanteras la femme; celle à qui je dirai,

Car la voix des siècles à venir : Vous ^les ienheureuse entre toutes les mères I C*est ainsi q^ue la femme stérile sera réhabilitée par la lemme divinement féconde ; c'est ainsi que la servitude de la promesse engendrera la liberté de la grâce. C'est ainsi que de la Synagogue sortira l'Eglise.

A ces paroles, Hannah sentit ses larmes s'arrêter : elle se leva et. elle courut, car elle pressentait que son époux n'était pas loin. Elle le rencontra oui ramenait son troupea*j et qui revenait aes champs en disant : h dormirai cette nuit dans ma maison.

Et elle l'embrassa tendrement, puis elle lui dit : Demain j'aurai cessé d'être stérile.

(D'autres légendaires prétendent que ce fut daus le temple qu'Hannah ou sainte Anne, mère de la très-sainte Vierge, rencontra Joachim son époux, et qu'elle le sa- 'lua par un embrassement chaste et fraternel.)

11 lui fut fait selon ce qu'elle avait cru, et après le terme accompli, elle devint mère ; mais ses compagnes qui la félicitaient, lui dirent, coïnme pour tem{)érer sa joie : Ce n'est qu'une fille. Qu'elle soit nommée Mario, répondit Hannah ; le monde entier se souviendra de son nom, et le ciel et l'enfer seront émus en l'entendant prononcer, car cette fille aura un iils. Ses compagnes ne comprirent pas ce qu^elle leur disait, mais ayant baigné l'enfant dans l'eau, elles Tenveloppèrent de langes d'une parfaiteblancheur, et ta posèrent dansson berceau neuf, en admirant combien elle était belle.

Quand la petite enfant Marie eut trois ans, ses parents la portèrent au temple pour la consacrer au Seigneur, et comme Hannah qiii la portait l'eût posée à terre, elle s'écfiappa des mains de ses parents et monta seule et de son propre mouvement les septd^ grés de l'autel . ( Voy. , pour la signification mystique du nombre sept, l'article Apocalypse.)

Elle resta dans le temple jusqu'à l'Age de quatorze ans, et se prit d un saint amour

Sour la beauté étemelle. C'est pourquoi elle it : Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice, et je demeurerai dans 8à maison, puisque je l'ai choisie. Je sais la servante du Seigneur, et je ne me ferai point la servante d'un homme. Et ainsi elle voua sa virginité au Seigneur, ce qui étaitun sacrifice nouveau et inconnu jusqu'alors en Israël. II' LÉGBNDB. — Comment Joseph le Justh

homme sage et d'un âge mur^ ipouso wn

vierge du sang royaL

11 y avait alors aans la tribu de Juda un bon vieillard nommé Joseph, charpentier de son état, homme veuf et père de plusieurs enfants, erand travailleur, bien que médiocrement habile, simple dans sfss pensées, mais équitable dans ses jugements, ûdéleà Dieu et n'ayant jamais trompé les hommes ce qui l'avait fait surmommer le Juste. C'est a lui que devait être confié le trésor de la pureté de Marie, parce qu'il était sans reproche dans sa vie et sans orgueil dans son cœur.

Quand la vierge consacrée au Seigneur cul atteint l'âge de quatorze ans, le grand pré/rtf Siméon résolut de lui choisir un gardien

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parmi les enfants d*lsraëly afin que son séjour dans le temple ne fût pour personne une occasion de mauvaises pensées, et parce que le Seigneur lui avait positivement fait comprendre sa volonté à ce sujet. 11 Ut donc sonner de la trompette dans toutes les tribus pour convoquer le peuple au temple ; et le sage ouvrier Joseph, jetant sa hache, vint comme les autres.

Le grand prêtre choisit alors douze jeunes gens parmi les plus honorables de chaque tribu et leur commanda de prendre chacun en main une baguette, afin que Dieu îii connaître sa volonté par un miracle. Et il leur dit que Marie serait réponse de celui dont la baguette deviendrait verte et fleurirait en la présence de Marie. Marie fut amenée et les douze baguettes restèrent sèches et stériles, ce qui étonna beaucoup les prêtres et les assistants. Alors les jeunes gens apcr-

Î;urcnt le bon Joseph et rappelaient par )adinage, en lui disant de prendre aussi une baguette et en même temps Tesprit de Dieu lui parla au cœur. Il prit donc une baguette, et lorsqu'il se présenta devant Marie, sa baguette sèche reverdit et se couvrit de fouilles et de fleurs, et cette baguette avait été coupée à la racine d'un arbre planté autrefois par David. Et sur la baeuette fleurie vint se reposer une colombe dune éblouissante blancheur. Ainsi fut accomplie la namle du prophète. Il sortira un rejeton de tarbre de Jessé et une fleur montera de sa racine^ et sur elle se reposera V esprit du Seigneur,

Alors les prêtres dirent à celle qui devait être la mère bénie du Seigneur : Va avec Joseph et demeure avec lui jusqu'au jour des noces. Et Joseph le Juste la reçut et la conduisit dans sa maison, où elle trouva Jacques le Mineur, qui était encore triste et désolé à cause de la mort de sa mère» Marie prit soin de lui, et c'est pourquoi elle a été appelée la mère de Jacques. Et elle demeurait dans la maison de Joseph pendant oue cet homme juste travaillait suivant son état de charpentier.

Cette légende, que nous avons extraite eu manière de concordance de plusieurs évan-

Sites apocryphes,expIique un grand nombre ^anciens tableaux représentant le mariage de la sainte Vierge.

Le protévangile de saint Jacques raconte ensuite le mystère do TAnnonciation et celui de la Conception miraculeuse de Marie, puis les angoisses du saint vieillard Josepn et lappantion de l'ange qui le rassure, avec quelques circonstances particulières, mais d'une manière peu différente au fond du récit des quatre evangélistes.

Voici iqainteuant comment les évangiles apocryphes racontent le mystère de la Nativité.

m* LÉGBi«DB. — Pourquoi riait et pleurait

Marie en se rendant à Bethlihem^ et de ses

deux Mages-femmes Zélomi et Saloini.

Après cela, Joseph fut obligé de se rendre à Bethléhem avec Marie pour obéir à Tédit de César-Auguste. Et comme ils étaient en

chemin, Joseph, regardant Marie qui était assise sur son âne, la vit qui pleurait et lui dit ; Pourquoi pleurez-vous ? Marie lui répondit : Je vois un grand peunle qui pleure, et mon enfant se tourmente clans mon sein. Car ils sont là, couchés sur la terre nue comme des Drebis maigres et tondues jusqu'à la peau, et personne pour les conduire.

Joseph regarda autour de lui, et ne voyant rien, il pensa que Marie était souftrante 5 cause de son étal de grosse>se avancée. L'instant d'après il la regarda encore et la vit qui souriait, bien que ses yeux fussent encore humides de larmes. Vous souriez donc maintenant? lui dit-il. Oui, répondit Marie, car je Tois une muliitude qui est dans la joie parce que mon enfant est venu briser leurs chaînes. — Soyez calme, dit Joseph avec bonté ; j'espère que nous arriverons bientôt et que vous pourrez vous reposer ; ne vous fatiguez point par de vaincs pensées et des paroles inutiles.

Alors un ange se présenta et dit à Joseph : Pourquoi appelles-tu inutiles les paroles que tu ne comprends pas? Fais descendre Marie, car le temps presse, et c'est ici qu'elle doit enfanter le salut du monde. Or il lui montrait du doigt l'entrée d'une caverne. Marie entra donc dans la caverne, qui fut toute remplie de lumière lorsqu'elle mit seule et sans douleurs son enfant au monde.

Cependant Joseph était sorti pour aller chercher du secours, et il ramena cfeux sagesfemmes ; la première nommée Zélomi, et la seconde Salomé, et en entrant il vit la lumière céleste et le petit enfant enveloppé dans les voiles de Marie ; alors il s'incuna en disant : Une vierge est devenue mère» et néanmoins elle est toujours vierge : car le Saint-Esprit oui avait assisté à sa Conception a pareillement assis! é à sa délivrance.

La sage-fbnime Zélomi crut à la parole de Joseph, mais Salomé fut incrédule, et parce

au'eile avait voulu toucher Marie,sa main se essécha. Hais Marie eut pitié d'elle et lui dit d'embrasser sou enfant, et que par lui elle serait guérie. Salomé, touchée de repentir» prit l'enfant et l'embrassa avec respect, et sentant qu'elle était guérie, elle s attacha avec Zélomi au service de Marie et de Jésus. La poésie de cette légende est des plus remarquables. Les larmes et le sourire de Marie sont de l'effet le plus touchant. Les deux sages-femmes sont des Ggures allégoriques représentant la foi et la raison; la raison se aessèche en cherchant à expliquer les mystères de l'amour divin, et elle ne sera guérie que lorsqu'elle consentira à embrasser la sainte enfance chrétienne : alors la raison et la foi, unies ensemble par la même obéissance et le même amour, serviront également à la gloire du Verbe de vérité qui s'est fait homme en la personne de Jésus. L'Evangile de l'enfance contient des légendes fort diverses, et toutes ne sont pas également gracieuses; mais il en est qui sont véritablement charmantes et que les chefs-d'œuvre de plusieurs grands peintres

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ont imifaortalisécs. Ce sont ou de touchants apologues ou des sujets gracieux d'idylles sacrées qu'on est toujours heureux de connaître lorsqu*on a le goût de la vraie poésie religieuse. L*une de ces légendes nous représente le Sauveur du monde se jouant avec d'autres enfants à façonner des petits oiseaux d*argile, les autres enfants vantaient fort leur propre ouvrage et le préféraient hautement soU par ignorance» soit par une secrète jalousie, à celui du divin maître. Jésus ne disait rien et achevait ses petits oiseaux, et lorsquMIs furent faits : Allez* leur dit-il en frappant des mains, et les petits oiseaux s'envolèrent animés tout à coup par la parole du Créateur.

C est ainsi qu'à l'époque de déclin où

Carut le Sauveur du monae, un grand nomre d'hommes fourbes ou exaltés se disaient envoyés pour régénérer le monde et produisaient des systèmes dont ils étaient fiers, au fioint de mépriser Thumble doctrine deiésus; 'Evangile aussi, à son début, paraissait un système sans fondement, un ouvrage d'ar^ gile ; mais à la parole de Jésus Targile a pris des ailes et s est élevée dans le ciel, et la parole de vie s'est prouvée en donnant la vie.

Dans une autre légende on voit le doux enfant Jésus jouer avec d'autres enfants à l'entrée d'une caverne, sous les yeux de Marie et de Joseph. Soudain deux énormes serpents sortent de la caverne et s'élancent vers les enfants qui s'enfuient en poussant des cris affreux ; l'enfant Jésus seul reste à sa place et commande aux serpents d'aller poser leur tôte sous les pieds de sa mère» Joseph lève son bâton et veut les frapper. Pourquoi les frapperiez -vous.dit'Marie, puisqu'ils ne font pi us de mal 1 Mater misericoràiœ l

La fuite en E<;ypte a fourni aussi les plus poétiques images. On connaît de nombreux tableaux qui rivalisent de grâce sous le titre du Repos en Egypte. Les anges abais* sent vers la sainte famille les branches d'un palmier chargé de fruits, tandis que la sainte vierge puise de l'eau à une source qui sort du pied même de l'arbre. Ces tableaux sont la reproduction d'un épisode de l'Evangile de TEnfauce. La sainte famille, pendant son voyage en Egypte, se reposait sous un palmier; Marie uésira quelques fruits, mais Joseph n'y pouvait atteindre : Incline-toi, dit l'enfant Jésus au palmier et donne de tes fruits k ma mère ; l'arbre obéit et resta la tige courbée jusqu'à ce que le Seigneur lui ordonna de se relever ; puis Jésus lui dit : donne maintenant à ma mère de l'oau de la source qui abreuve tes racines, et aussitôt la source commença à sourdre. Jésus, Eour récompenser cette créature si docile ien qu'inanimée, promit au palmier qu'il ne mourrait pas, et commanda aux anges d'en cueillir des palmes aQu de le re|)lanter à jamais dans le royaume de son Père.

Cette poésie est pleine de charmes ; mais dans les évangiles apocryphes, et spécialemont dans celui de l'Enfance, comme nous Tavons dit, il faut faire un choix.U s'y trouve des traditions non-seulement mensongères,

mais impies ; non-seulement peu édifiantes, mais ridicules ; et ce sont là sans doute cos contes de vieilles femmes dont saint Paul recommandait aux fidèles de son temps de se garder. Parmi les histoires impies nn peut placer celle de saint Joseph tirant les oreilles au divin enfant, parce qu'il a fait mourir un autre enfant qui lui cherchait querelle ; parmi les histoires ridicules nous nous bornerons à citer celle d'un jeune homme changé en mulet, qui recouvre sa première forme par l'attouchement des linges qui ont servi à l'enfant Jésus ; et celle d un enfant nommé Raljufe, qui est jeté alternativement dans le feu et dans l'eau avec beaucoup de circonstances difliciles à bien suivre. Du reste il ne faut attribuer de p.Mrcilles fables qu'à des traditions mal comprises rt à une piété mal éclairée : ce sont des broileries empruntées au génie des conteurs arabes, maladroitement risquées sur le tissu des souvenirs évangéliques.

11 existe un second Evangile de l'Enfance, fort abrégé et connu sous le nom d'Evangile de Thomas l'Israélite. Nous y voyons que dans un temps de famine l'enfant Jésus prit un erain de blé, le mit en terre et lui fit souaainement produire une abondante moisson : image de la fécondité du germe évangélique et des prodigieuses conquêtes du christianisme dès ses premiers jours.

On y trouve aussi Thistoire d'un pauvre ouvrier dont l'enfant était malade et sur le point d'expirer. Au bruit des sani^lots de la pauvre mère, Jésus accourut et dit h l'agonisant : Enfant, ne meurs pas, reste avec ta mère! L'eiifant alors releva la tète, ouvrit les yeux et se prit à sourire. Ton enfant est sauvé, dit Jésus, prends-le et souviens-toi de moi. Ce miracle et, mieux encore, la manière dont il est raconté sont bien dans le génie de l'Evangile ; c'est ce qu'on peut eu dire de mieux.

Dans une autre ancienne légende, intitulée : Histoire de Joseph le charpentier^ Fauteur, par une fiction nardie, fait parler Notre-Seigneur lui-même, et lui fait raconter les principales circonstances de la vie et de la mort de son père adoptif. L'idée de cette composition n'est pas sans grandeur, stirtout à l'endroit où Tagonie du bon vieillard Joseph est racontée.

Joseph plein de jours passés dans le travail et l'exercice des vertus les plus saintes, Joseph le Juste enfin, arrivé à son dernier

tour, est envahi par les terreurs de l'agonie. ^i'esprit qui tourmenta Job vient arracher des plaintes au plus patient des hommes. Hélas 1 malheur a moi ^ dit le vieillard, car je suis un pécheur ! malheur au Jour où je suis né ! et il répète les plaintes du saint Arabe. Marie cependant est près de lui ; attentive comme une mère, elle lui relève la tête et réchauffe ses pieds refroidis ; les angoisses de l'agonisant redoublent, et le Sauveur voit s'avancer la mort accompagnée «Je st's spectres les plus hideux ; il les repousse et, par de douces paroles, il assoupit les douleurs de son ami et de son père adoptii*

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