‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 153 sur 194 · EN · texte numérisé non relu

EN

IfoD fils, ne touche pas à cet or...

ZKLPHA.

.Ariel!

ARUL.

Oh ! pnisie me baisser pour voir nue couronne El daigner la loudier même du pied ! pardonne, Mou père 1 me voici, Zeipba, je suis à toi.

. lELPHA.

Montez dans ma nacelle, et voguez avec moi. Je suis Tango gardien mie le €iel vous envoie, Et vers les régions de l éternelle joie le conduirai votre àine à travers les douleurs, Ualgré les flots amers de Tocéan des pleurs. Venez, il est un monde où Ton est libre encore, Où le niaitre qu'on sert est le Dieu qu'on adore, r^id qui fut mon père, hélas ! et que j'aimais, Par son orgueil impie a péri pour jamais. Qu'il soit pour les tvrans uu formidable exemple ; IMeu seul est éternel et ia terre est son temple t JI doit aux nations donner pour leur bonheur Un roi nommé David, un roi selon son coeur. Dont le Fils, couronné d'un sanglant diadème, limera sur le monde au nom de Dieu lui-même. Par lui des rois futurs la sainte autorité Doit sur Téquité même asseoir la royauté. Et par lui leur pouvoir divin dans sa naissance Doit des peuples sans frein subjuguer la licence. Aoi$,*courbez votre front sur le seuil du saint lieu, Peuples, obéissez sa roi qui vient de Dieu I

(/If montent dan$ la barque; tout le ciel i*Ulumine; des nuages s'abaissent, et des anges leur jettent des fieurs.)

FÏÏH nu MYSTÈRE DE BABEL.

Comme on le voit , la moralité du mystère est exprimée dans les derniers vers , et si les faiblesses de notre talent laissent beaucoup h désirer dans cet ouvrage, nous croyons du moins avoir prouvé q^ue dans le même ordre d'idées on pourrait faire beaucoup mieux.

Nous avons choisi le sujet de notre essai parmi les personnages primitifs et les événements les plus anciens de ia Bible , dans la crainte d*aborder nos mystères les plus • redoutables, et de paraître trop peu respectueux par excès de zèle. Nous ne croyons pas que le personnage de Notre-Seigneur, par exemple « puisse reparaître sur le théfl- IrCf tant que l'auditoire ne sera pas composé de vrais chrétiens, ei que le rôle ne sera pas rempli par un prêtre. Aussi maintenant estce uniquemenl dans Téglise, le dimanche des Hameaux ou le jour du vendredi saint, que le drame de la Passion se chante à trois personnages, le prêtre ft l'autel, le diacre et le chantre , l'un au jubé , l'autre au lutrin ; et ce chant dialogué produit encore un 'effet des plus saisissants et des plus capables d'exciter les larmes. {Voy. Tragédie.)

MYSTIQUES. — Le mysticisme est à la piété ce que la poésie est à la littérature. be même quMl eiiste une bonne et une mauvaise poésie 9 il faut reconnaître deux mysticismes : le vrai et le faux. La bonne poésie et le mysticisme catholique ont pour sanction Tautorité , et pour garantie la sou-

DiCTionif. DE LirrinATURB chrét.

MYSTIQUES

mission aux règles et aux lois; le faux mysticisme est enfant de Bélia) , comme la mauvaise poésie est fille de l'ignorance, de Tin* attention et d un goût dépravé qui ne reconnaît pas de maîtres.

Le mysticisme insoumis est la doctrine de toutes les sociétés secrètes qui se sont succédé depuis le commencement du monde. C'est l'ésotérisme de la loi naturelle interprétée par la philosophie humaine.

Le mysticisme catnolique a pour base le dogme du péché originel , dont les conséquences nécessaires sont Ja loi d'expiation et la doctrine d'obéissance.

Le mysticisme insoumis est ce que l'Apôtre appelle la profondeur de Satan ; le mysticisme catholique est la véritable piété, que les adversaires de l'autorité religieuse proscrivent et poursuivent encore avec acharnement sous le nom de jésuitisme.

Ces deux mjrsticismes, opposés dans leurs principes, puisque l'un adore la nature comme divine, tandis que Tautre la combat comme dégradée, sont les deux philosophies opposées l'une à- Tautre , qui produisent encore maintenant, par leur lutte, tout l'antagonisme du monde moral.

Le mysticisme philosophique n'est pas nouveau dans le monde : il résume les cultes anciens de l'Egypte , de l'Inde et de la Grèce, les opinions de tous les dissidents des premiers siècles du christianisme , les sophismcs séduisants de l'école d'Alexandrie, et vient enfin aboutir de nos jours à un panthéisme que ses sectateurs osent appeler catholique , parce qu'ils le croient universel. Et c'est ainsi qu'une fausse religiosité s'in* sinue ou tente de s'insinuer dans la véritable Eglise pour en usurper le nom et en énerver les dogmes.

Le vrai mysticisme résiste et résistera toujours à ces tendances , qui n'ont d'autre but que de renverser la croix et d'anéantir la hiérarchie en détruisant 1 obéissance.

La poésie religieuse, étant l'expression la plus naturelle du mysticisme, doit en exprimer le caractère. Nos poètes modernes sont presque tous mystiques , mais malheureusement leurs tendances panthéistiques et passionnées les rattachent presque tous au mysticisme philosophique ou rationnel.

Ce mysticisme de la raison humaine n'a donné jusqu'à présent que deux solutions au dogme religieux qu'il interprète : le panthéisme, qui absorbe Dieu dans l'homme ou l'homme en Dieu, et le dualisme , qui n'est

3u'un panthéisme en partie double; mais ans l'un ou dans l'autre de ces systèmes , son résultat pratique est toujours la négation de la liberté humaine et l'anéantissement de toute morale. Aussi cette doctrine a-t-elle toujours été tenue secrète jusqu'à l'époque où un homme est venu réhabiliter toutes les passions au nom de la légitimité des attraits , et prononcer hautement que les attractions sont propertionnelles aux destinées.

Cette justification de la nature a toujours

STK

llYSTIQUnS

MIkSTIQUES

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poor principe ce qui sépare radicalemetl los doctrines raiionanstes et sensuelles du do^me catholique : la négation du péché originel, dont les anciens gnostiques faisaient inéoie un mérite et une gloire au premier homme*

Chose étrange! le mysticisme insoumis détruit la liberté de Thomme, que la ûdélité catholiaue consacre par Tobéissance. Il se flatte d être la vraie science du bien et du mal t et il en détruit les notions les plus simples ; il eflace le dogme en voulant Texplioiier; il ramène tout à Tattraction et détruit 1 équilibre du monde moral ; il croit agrandir Dieu, et il Tanéanlit dans la pensée des hommes. Il a toujours été révolutionnaire «et a conspiré de tous les temps contre Tauiorité ; mais ses tendances conduisent fatalement à la plus inconcevable tyrannie ; il adore la nature et la corrompt ; il a pour maxime la fraternité universelle f et pour pratique Tégoïsme le plus abject.

Le mysticisme catholique , au contraire t xégénëre la nature en la combattant. C'est un sel qui conserve « c'est une mort apparente qui donne la vie étemelle. Il fortifie la volonté par la lutte contre les attraits , et Xait triompher Timmortalité non-seulement de la mort, mais encore de la vie. Il sauve Ja liberté par l'obéissance, et Tespérance par la crainte , et no laisse d'autres biens à J'bomme que ceux qu'il sacrifie. Paradoxes divins d'un côté , sataniques de l'autre, qui metlent les deux doctrines en étemelle opposition, et font que l'une pour l'autre elles sont une monstruosité et un scandale. Le mysticisme panthéistique est toujours le rêve de Prométhée : c est la déification de l'homme par l'hommci et il regarde la révélation positive comme sa chaîne et son vautour. Il cherche à absorber et à s'assimiler tous les dogmes, et les explique pour les détruire. Remontons au christianisme primitif, et nous le trouvons déjà tel gu'il nous apparaît aujourd'hui. Analysons rapidement les doctrines secrètes du gnosticisme, et nous retrouverons les idées de MM. Michelet , Cousin , Pierre Leroux, etc.

En tète de toutes ces hérésies des premiers ilges, il faut placer d'abord l'ésotérisme heldénique, le néo-platonisme. — L'Evangile expliqué par les orthodoxes avait surmonté le premier obstacle, la volonté des empereurs ; restait le néo-platonisme , le plus fort des autres ennemis h vaincre. Si un grand nombre de philosophes platoniciens embrassa le christianisme, soit orthodoxe, soit hétérodoxe, tous ceux qui restèrent dans les rangs des polythéistes le combattirent. Les stoïciens ne défendaient point par écrit la religion expirante déconsidérée dans l'espit de leurs. anciens coreligionnaires; mais ils eurent de l'autorité ou approuvèrent (il y a des exceptions à faire) l'usage aue l'autorité faisait ae sa force pour empêcher le nombre des ehréliens de &e grossir; tels furent les Antonins, et nombre de gourerneurs et de gens regardés comme sages.

Les platoniciens y au contraire, crurent

que par un système fondé sur celui de leur chef d'école , mais mieux combiné , mieux approprié aux circonstances, ils panrieDdraient par leurs écrits à maintenir la reli-

E'on de leurs pères. Parce que les chrétiens uaient d'une manière plus ou moins prononcée la philosophie de Platon , ils eurent la folie de prétena e qu'en la commentant , qu'en retendant à leur gré , ils triompheraient de la doctrine de 1 Evangile, de 1 éloquence et de la logique de Clément d'Alexandrie , d'Origènes et de tant de personnages éminents dans l'JBIglise.

An 2^9 de J.-C. — On doit à Ammonius, philosophe d'Alexandrie , le nouveau platonisme. Jésus , selon lui , ne s*était {proposé que de purger la religion de la doctrine superstitieuse qu'on y avait ajoutée ; et fondant sur cotte idée le projet de concilier tous les cultes, il reconnaissait non-seulement un être nécessaire et infini , lègue! est Dieu , mais encore une multitude innnie de génies, de démons même. Les Ames humaines étaient une partie de l'Etre-Suprème. U supposait dans l'âme deux portions, l'une spirituelle et intelligente, l'autre naturelle et sensible. Par le moyen de la première, l'Ame sensible

f aurifiée et perfectionnée pouvait aperccTOir es démons, qui avaient un corps très-subtil et très-déiié (1).

Avec cette doctrine unie à la théurgie et à la magie, la philosophie néo-platonicienne ne pouvait arrêter la ruine du polythéisme. Photin est à la tête de ceux qui combaltent le christianisme. Disciple d Ammonius et maître de Porphyre, il établit trois principes: Dieu , l'Ame du monde , le monde ou la matière. C'est la doctrine pure et sans mélange du fondateur de la secte, de Platon.

11 ajoute : a Le monde est aussi beau que bon; il est l'image de Dieu; il est gouverné par l'âme du monde émanée de 1 Elre;Suprème ; elle le régit comme l'Ame conduit le corps. £n général, tout s'y fait selon les lois de la justice , et Dieu lui-même en prend soin.

Photin pense que ceux qui se croient le pouvoir de chasser les mauvais génies par des paroles et des formules mystiques ne voient pas le mal qu'ils soutfrent : les mauvais génies ne sont souvent que de mauvaises maladies.

Ce philosophe ne veut pas non plus qu'on s'appesantisse, comme lont certains hérétiques de l'Eglise chrétienne', sur la nature vicieuse des choses visibles. « En méprisast tout ce que l'on trouve autour de soi , ou s'ôte tout moyen de se perfectionner. Qu^ personne ne s imagine que ce soit un mojvi de devenir bon que de mépriser le monde, lt*s dieux qui y régnent et tout ce qu'il y a de beau. Il faut rester sans murmurer et avec résignation dans cette demeure 9 le corps «

?ui nous a été donné par noir9 bonne $mur âme du monde , qui a tant de puissance qu'elle fiait ces corps sans peine.»

(I) Mémoires pour servir aux fgareuuuts éi Cesprit humain , p. il3.

sn

MYSTiOURS

MYSTIQUES

Ad SS5 de J.-^.— Porph^^rc , né Tan 233 de rère chrétienne , le disciple le plus entbousiasle de Pbotin, expliquant la doctrine des nouveaux platoniciens à sa manière t dit : « Dieu est tr>)p haut pour recevoir les sacrifices ; tout ce qui est matériel est impie pour lui et ne peut lui être offert ; la vie même ne peut être employée à son service. Il faut ladorer en silence et par de simples

(lensées : tout autre culte est indigne de lui. .es sacrifices s*adres$ent dans les temples à des esprits trompeurs et malfaisants, il faut rejeter ce culte comme irréligieux (1).

11 avait an esprit actif et entreprenant par amour de la nouveauté. En lui on doit reconnattre Tauteur du langage mystérieux dont la secte ne cessa d'user depuis ; on lui doit la théurgie et la magie auxquelles les platoniciens crurent alors et par lesquelles ils se distinguèrent. Ils crurent procurer aux hommes, par le moyen des génies , tout ce qui leur est utile et agréable. Heureux Tinilié à le théurgie qui a mérité Testime et la coofiaoce des dieux intermédiaires (2).

Ce (rfiilosophe, maître de Jamblique , enseignait avaat et pendant la nlus terrible des i)ersécutions, celle de Dioclétien , de 284 à 300 de rère vulgaire. Ainsi Tautorité, d'une

fmrt , et les faux raisonnements d'une obiosophie impuissante contre la religion d au- .tre part Y semblaient armés de tous leurs moyens de destruction ; mais une force invisible était armée pour sa défense.

Jamblique ne craint pas d'interpréter è sa manière Pantiquité , et il ose dire que les 'Egyptiens n'adoraient qu'un Dieu sous diverses formes. Au contraire, Porphyre, dans sa lettre à Anebon , assurait aue Chérébon et divers savants, en parlant ae la cosmogonie des Egyptiens , ne faisaient mention que des ôtres sensibles et des agents corporels, appliquant toutes les fables aux divers aspects des étoiles et des astres, à leurs levers , à leurs couchers , aux saisons et aux changements dans la température de l'air (3). U entreprit aussi d'épurer la religion des Romains et des empereurs. Selon l'ensei-

{' ^neroent de Porphyre, il composa une théo* o^e mystérieuse toute fondée sur les besoins qu'ont les hommes des génies et des intermédiaires. Cest pourquoi il fit une lanj^ue à part pour exprimer ses nouvelles idées ((). La théur^e et la magie de Jamblique ne consistaient que dans des mots dont la signification n'était pas connue, mais dont la puissance, selon lui, était admirable,

t>arce que, s'ils n'ont aucun sens pour les lommes , ils signifient beaucoup pour les dieux (S)..

Au 360 de J-C. — Julien avait pour Jam-

(1) Porpb., II, de Abs'inent. — Bossuel, JHscourê tr tttiitaire unirerseUe, u' part., c. S6.

(2) Théodor., HiU. eedéê,, lîb. m cl vu. — Deskandes, Hiiioire de la Phiioscphie, t. Hl, p. 158, 139.

(5) Frcret, CEuvres, in-18, t. X, p. :i6, 27, !2S.

il) I>eslaD{lcset ibid., p. 140.

(5) Lëves(|iie, Études de l'^HUtoire ancienne, t. V, p. d(7, .518. lls^app.iie sur un texte traduit de Janij^lique : de Mytter. jEgyptiar.

blique une si grande vénération, qu*il le regardait comme un dieu tutélnire (1). L'em*

r^reur et le philosophe croj^aient sans doute la ruine prochaine du christianisme, battu par des instruments aussi faibles; mais la guerre des Perses mit fin à la vie de cet empereur. ( An 363 de J.-G. )

On aura de la peine à se faire une idée de sa crédulité. Il était occupé à chercher dans les entrailles des victimes les augures et les

Présages, montrant un goût passionné pour astrologie, les sortilèges, les horoscopes, la divination, comme pour la magie et les évocations des Ames et des démons. D'un autre côté, il avait toute Taustérité d'un pythagoricien, habillé qu'il était de vêtements très-simples, n'ayant pour lit uu'un tapis et une peau de tigre, vivant dans la plus grande sobriété, ne mangeant que des fruits et des légumes, enfin se privant de tous les plaisirs des sens (2).

Valens, qui lui succéda, regardait comme le si^ne d'une conspiration la curiosité de certains philosophes qui les portait à chercher dans les opérations magiques la destinée de l'emoereur. Sur le bruit répandu qu'il finirait oientôt ses jours par un horrible genre de mort, Valens s'en prit aux philosophes; la plupart d'entre eux périrent par les plus affreux supplices (3).

An 480 de J.hI.— Proclus, qui se rattachait à Jamblique par Syriacus d'Alexandrie, trouvait des ennemis dans les rangs des chrétiens orthodoxes et dans ceux des chrétiens hétérodoxes; il fit, comme Julien, et admit plusieursde leurs opinions dans l'espoir qu'il pourrait les entraîner sous ses drapeaux.

Suivant le système de Proclus, qui n'a rien de nouveau, si ce n'^est ce qui lui est personnel, dans le monde tout est émané d'une monade primitive, tous les êtres y forment une chaîne unique. Dieu est cette monade, et lui, Proclus, est le dernier nombre de cette série d'émanations. C'est se placer bien haut. Enfin il se voua au célibat; voulant d'ailleurs vaincre les plaisirs des sens, son âme se recueillit de toutes parts; il s'imposait nombre de privations (k). Ce qui n'empêcha pas la chute de sa philosophie.

Les gno$lique8^ ou les sages. — 1* Ecoles de Syrie et de Phénicie. — Saturnin et Bardesanes jouèrent ici le plus grand rôle. Leur exaltation n'était pas aussi grande que leurs prétentions philosophiques.

Saturnin est simplement un homme qui expose son opinion. U part du principe qu'il y avait dans l'univers deux actions différentes l'une de l'autre et appartenant à deux empires différents, la lumière et les ténèbres. L'Êlre-Suprême. selon lui, reste inconnu. Cependant il développe et manifeste ses perfections par les puissances qui éma-«nent de lui de degré en degré.

I) Deslandes etibid., t. III, p. Ui, 143.

[2) Ibid., p. 174, 175.

(3) Tliéodor.,lib. i. — Deslandes et îbil., p. 95, 90. uailer, HUt, du Cnoêlichme , ibid., p. Ânt, 477.

(t) Ibid., p. 478.

UTSTIQLES

Elles s'affaiblissent à mesure qu'elles s'éloignent de leur source. Sur le dernier dejçré du monde pur et au delà de la cbatne des émanations, il place sept anges qui sont ce qu'il y a de plus parfait dans les régions intellectuelles : ce sont les sept esprits sidéraux créateurs du monde (1).

Ceux-ci créèrent le monde pour enlever à l'esprit des ténèbres un empire indépendant où ils pussent les combattre. Ils n'étaient cependant que de purs génies de la lumière. Se trouvant sur le dernier échelon du monde supérieur, il leur arriva de se séparer de Dieu, et ainsi de séparer de la source du bien toutes les créatures visibles, de sorte qu'il ne tombait plus sur eux qu'un faible reflet de lumière. Ce reflet leur inspira cependant l'idée de rentrer dans le domaine de la lumière, et ne pouvant y réussir impunément, ils firent «un efi'ort pour fixer ce reflet dans un ouvrage de leurs mains et dont ils fussent les mattres; ils ne produisirent que rhomme faible qui ne pouvait s'élever jusqu'à Dieu. Mais la puissance supérieure l'anima et lui donna une âme (2).

Le Dieu suprême de Saturnin était Jébovah> et ce Jébovah n'était point celui des Juifs. Celui-ci, quoiqu'i m parfait, tenait un rang assez haut, mais sans méchanceté; il était le principal adversaire de Satan (3).

Dans son système, Satan, à la fois esprit et matière, est le principe de tout ce qu'il v a de mal dans le monde spirituel et matériel, et il oppose à des hommes purs des méchants qui sont ses instruments et ses organes. Les destinées de la race sainte élant compromises, le père inconnu leur envoya sa puissance sans corps matériel, sans forme réelle, n étant pas né d'une femme. Le Sauveur, le Christ, apparut sous Taspect d'un homme, et portant aux bons plus de secours que les méchants n'en avaient reçu des démons. Ce fut le but du Christ pour détruire en môme temps la puissance des méchants, des démons, du dieu des Juifs et l'influence morale des prophètes de ce dernier, inspirés quelqueiois par Satan {k).

Saturnin, qui pensait que la religion chrétienne élève à de hautes destinées et que la religion juive attache à la terre, ne pouvait se résoudre à croire qu'elles s'appartmssent comme mire et filUf et les déclara ennemies (5).

En nlaçant la religion chrétienne au-dessus de celle des Juifs, il lui reconnut une morale plus sublime, mais outra cette morale. Ainsi le mariage, institué par les anges et le Dieu des Juifs, était indigne de la haute perfection des êoges. Cependant il n'était

£roscrit et défendu que pour les parfaits, 'usage du mariage, des nourritures animales et le contact de la terre, siège du mal, fut

1) Malter et ibid., p. 217,218.

2) Ibid., p. 279, 280.

(5) Ibid., p. 285, 28i.

(4) lliid., p. 287,288.

<5J lliid., 289.

UTSTIQUES

permis à ceux qui ne prétendaient point s'élever au-dessus du commun des hommes. Hais les méchants étaient prédestinés à oc devenir jamais des enfants de iQfliière(l). Les disciples de Saturnin, peu Dombreui, ne se répandirent qu'en Syrie. Antioehe était le séjour principal du maître. Son école peN dit insensiblement du crédit qu'elle avait

Î>ris dans certains esprits, et if ne resta qae e principe des abstinences immodérées que d'autres sectaires adoptèrent (2).

An 163 de J.-C.— Bardesanes, foodateor d'une autre école de gnostiques de la Syrie, est un des hommes les plus célèbres dans les fastes chrétiens du premier âge. Il s*arrôta au système de Saturnin après avoir abandonné la religion orthodoxe dans laquelle il avait été élevé à Edesse, après l'avoir défendue contre Marcion, système qu'il remplaça par un autre de sa création et ({ui dODoa lieu à un schisme parmi ces sectaires.

L'uniaue source a laquelle il croyait defoir puiser n était pas le recueil des codes sacrés. Comme adversaire de Marcion, qui rejetait ces codes, il devait en défendre l'origine, et il admit, non-seulement l'authenticité de tous les écrits canoniques des Juifs et des Chrétiens, mais encore celle de plusieurs Ufres apocryphes (3).

A la tète de son système il plaça , arec une partie de l'Orient, deux principes intellectuels, l'un bon, l'autre mauvais. L*iiD,l6 pire inconnu , dieu suprême et étemel, vivant dans le sein de la lumière, heureux de la plus parfaite pureté de son être ; l'antret la matiire étemelle^ masse inerte, informe et ténébreuse, source de tous les maux, mère et siège de Satan {k).

Ce qui distingue ce système de tous les autres, c*est qu'on n'y considère point Satan comme une incarnation de lumière dégradée par le fait de son orgueil et de sa chute. C'est le chef des esprits méchants et grossiers par suite de leur grossière eDî^ loppe. 11 se rattache à un principe différent de toute éternité (5).

Dieu, éternellement heureux de la plénitude de sa vie et de sa perfection, ayant résolu de répandre ce bonheur et cette via hors de lui, se multiplia et se déploya en plusieurs êtres de sa nature, éo'^s et émanations intelligentes. Le premier être que produisit le Pire inconnu fut sa compagne , sa pensée , la mère du Fils du Dieu vivant, du CAn5l,imageou Fils de Dieu. Au Christ succéda sa sœur et son épouse, le Saint-Etprit (6). Les autres générations se firent par couple mâle et femelle.

Cette hardiesse innovatrice était contraire aux codes sacrés » où la génération unique attribuée à l'Etre suprême s'opéra à l'exclu* sion de toute idée de femme (7). Bardesanes

(t) Ibid., p. 290, 291.

(2) Ibid., 292, 293.

(5 Ibid., 505.

(4) Ibid., 504, 305.

(5) Ibid., p. 500.

(0) Ibid., p. 507.

(7J Ibid., p. 508, 309.

MYSTIQUES

fijliDet sept génération^ par couple ; le nombre de sept lormant le nombre sacré de toute antiquité.

. C'est avec le secours de quatre couples, types des quatre éléments produits par le jus et Veêvrtt^ sa compagne, que ceux-ci ont b\i le dex et la terre, ainsi que l*homme et tout ce qui est visible. Les $ept couples^ acte le père inconnu et sa pensée^ forment le plé^ romade (plusieurs autres systèmes. Celui-ci rpconnatt encore d'autres puissances inférieures qui résidaient dans les sept planètes et dans les douze signes du zodiaque, dont elles portaient les noms. On voit que ce sont des esprits sidéraux (1).

Le soleil et la lune sont les premières des puissances j$idérales par leur influence génératrice. Les autres ne manquent pas non plus de force dans Tordre des choses phjsi-

Îues et morales. Le bonlieur ou le malheur e la vie» Tabondance et la disette , en un ipotyles destinées de l'homme dépendent de leurs volontés. Cependant Bardesanes défend le libre arbitre contre l'influence des astres. « Tout se fait, disait-il, avec l'agrément de Dieu; rien de ce qu'il veut qe peut être évité , car personne ne peut résister à sa volonté. Ce qui parait y résister se fait par sa bonté, qui accorde à chacun une nature propre et une volonté indépendante (2). »

L'homme est un membre distingué du iponde des intelligences ; son &me, née des COQS, est par conséç^uent , en dernière analyse, une émanation de l'esprit suprême.

Elle a transgressé la loi de cet être ; elle a été déléguée pour l'expiation de ses fautes dans un corps emprunté au monde matériel, qui est la soiu^ce du mal (3).

. Quoique sortie du pléroma^ l'âme humaine n'a aucune connaissance de sa nature céleste. Plusieurs éons vinrent au secours des hommes et leur apportèrent des lois. Enfin le Christ, Fils du Dieu vivant , vient luimême apprendre leur haute origine , leur ouvrir la perspective de leurs sublimes destinées et les dégager du fardeau qui pesait sur leur vie.

Né, comme homme , d'une vierge , il ne reçut d'elle rien de terrestre. Il était revêtu d*un corps céleste qui ne fit que traverser la naissance terrestre, apparut aux hommes comme 11 avait apparu aux patriarches, puis retourna dans le pléroma après avoir souffert une mort, mais une mort apparente (h). L'autre vie était regardée par Bardesanes comme une existence qui semblerait solennelle, parce qu'il n'en parlait et ne la représentait que comme pleine de jouissances semblables à celles qui font nos délices sur la terre. Ces banquets, ces unions copjugales , qui reviennent constamment sous sa filume, tiennent à des idées mystiques, d*usa^e en Orient. Mais les reproches que los orthodoxes lui font sont sans force, puisqu'il

ri) Ibid., p. 309, 310.

h) Ibid., 313.

[5) Ibid., p. 319, 3S0.

(4) Ibid., p. 325, 326.

MYSTIQUES

n'admettait pas la résurrection des. corps. Les alliances des gnostiques dans l'éternité sont toutes spirituelles (l). Cette secte séteignit sans avoir eu une trop longue existence, et se fondit dans les rangs des orthodoxes.

An m de J.-C. — 2* Ecoles de FAsie et de Vlialie. — L'école gnostique de TAsie-Mineure place au premier rang des docteurs Blarcion. Elevé par un hérétique, parCerdon, originaire d'Asie , il propagea des doctrines que son maître n'enseignait qu'avec crainte et avec grande réserve.

Il pensait, comme son maître, que l'institution de la nouvelle religion ne se liait à aucune et qu'elle n'était pas préparée par une autre. La doctrine chrétienne lui semblait une antithèse formelle à celle du codo judaïque, et il en vint à cette idée qu'il développa , que le Dieu du Nouveau Testament n'était pas celui de TAncien (2). En conséquence, if o«a dire que les codes évangéliques étaient falsifiés (3).

Marcion professa hautement l'opinion qu'aucun autre système religieux ou philosophique n'approchait de celui des chrétiens, parce que le Pieu de bonté et de cha^ rite qu'a fait connaître le Sauveur s'est révélé par lui seul; il ne s'était jamais manifesté ni dans la nature, ni dans le judaïsme^ ni dans le paganisme (^).

11 avait remarqué aue saint Paul, dans son épitre aux Galates, s était plaint de quelques faux prophètes qui altéraient la vérile de

lé par des altérations historiques et dogmatiques Tauthenticité des véritables évangiles (5), Il préféra l'évangile de saint Luc, ne pouvant, avec une exégèse défectueuse, les concilier tous (6). Exposons sa pensée.

Marcion admet trois principes : la matière^ qui est éternelle et qui est Je principe du mal ; une intelliaence d'une sagesse , d'une puissance et dune bonté bornées, mais d'une justice rigoureuse; enfin, \xu Dieu parfait ^ l'Etre suprême^ qui, par sa nature, ne peut avoir aucun rapport avec la matière (7).

Apelles, disciple de Marcion, expliqua la faiblesse apparente de VintelUgence ou du démiurge; il enseignait qu'elle était une puissance, un ange du Dieu parfait. Le démiurge est un développement des puissances de l'Etre suprême qui a formé le monde de la matière éternelle et mauvaise qu'il avait obtenue par convention du principe du mal, et qu'il retint malgré lui par la force. Ses intentions, en formant un monde, étaient bornées, mais elles étaient justes. Il fut in^

(1) Ibîd., p. 329, 340.

h) Ibid., p. 341,342.

(3) Ibid., p. 3 43.

(4) Ibid., p. 348, 349.

(5) Tertullian., Cent. Marc. lib. i, c. ÎO; lib. iv, c. 3. — Matter ibid., p. 35â.

(0) Malter et ibid., p. 553»^ (7) Pjid.,p. 37G.

tm

MYSTIQUES

capable de les réaiiseri sa faiblesse n'ayant pu maîtriser entièrement ni la matière ni les mauvais esprits (1|.

La môme impuissance se déclara dans la création et dans toutes les destinées de l'homme aue forme le démiurge. L'homme est, à la vérité , son seul ouvrage, il est fait h l'image de son maître; mais il est impossible à son mattre de lui communiquer assez de force pour résister à ce que la matière renferme de vicieux.

Les flmes des premiers hommes étaient de la plus pure essence du démiurge; mais le Créateur leur ayant donné un commandement trop sévère , et le génie du mal les ayant engagées, sous la forme du serpent, à manger de T'arbre du fruit défendu, leur nature primitive fut altérée, et la rigoureuse justice de leur mattre fit passer sur elles des maux physiques et moraux (2).

Les générations qui succédèrent aux pre-* raiera hommes, sujets à la puissance des démons et de la matière, ne valaient pas mieux que leurs pères. De la le déluge.

Quelques-uns restèrent fidèles à Dieu , tels crue Noé et Abraham fuyant l'idolâtrie. Les Juifs , leurs descendants, tout malheureux qu'ils étaient , peuvent être regardés comme les heureux de la terre : leur Dieu leur promit la domination sur tous les autres peuples ; mais il ne parvint point à réaliser ce projet : son fils, le Messie, devait leur apparaître revêtu d'une très-grande puissance; il devait réunir leurs tribus, juger les païens qui méprisaient son autorité, étendre sur la terre celle d*un dieu juste et conduire les siens au lieu de la félicité éternelle (3).

D'un autre côté, des calamités sans nombre pesaient sur la foule des nations {k). Par amour pour elles et par compassion pour le démiurge mécontent et afiligé, l'Etre suprême résolut d'appeler le ^enre humain tout entier à de hautes destinées. N'étant pas connu des nations, il ne devait s'introduire parmi elles qu'en prenant le nom et le caractère du Sauveur promis aux Juifs (S). Il ne naquit pas d'une vierge, mais quitta les cieux supérieurs , traversa ceux du démiurge et se montra subitement dans la synagogue de Capharnaiim , la quinzième année de Tibère.

II s'annonça comme le fils, l'envoyé ou le Christ d'un dieu bon et inconnu, et se légitima par des miracles, ne voulant pas en appeler aux prophètes inspirés du démiurge ou s'en rapporter au Christ de ce dernier, dont il venait de renverser la tyrannique domination.

C'est pourquoi il annonça un autre dieu ; il appela tous les peuples avec les Juifs à un

(I) Ibid., p. 578, 579, 580.

(i) Ibid., p. 581.

(3) Ibid., p. 582.

(4) Tcrtul., Conl. Mare., lib. t, c. 18, 19; lib. it, c. i. — MaUcr cl ibid. p. 581.

(5) Tenu!., ibid., c. 4, ei de Carne Chrhti, c. 7, V. 8. ^ .MaUorct ibid., p. 585.

MISTIQUES M4

bonheur non terrestre, mais éternel et céleste ; il n'observa ni le sabbat ni les lois du judaïsme, et fonda une société morale différente de l'ancienne , choisissant des ooopérateurs qui n'avaient joué aucun rôle dans les anciennes institutions (1).

La mort du Sauveur n'avait qu'un avantage dans l'opinion de Marcion : elle ne devait produire que l'affranchissement de l'ancîenne loi; les orthodoxes, au contraire, se croyaient et se croient réconciliés par elfe avec le Créateur et ramenés k son amour. Cependant, par une contradiction propre au svstème, après sa mort, le Rédempteur, touché de compassion pour les anciennes générations, descendit aussitôt dans les régions inférieures où se trouvaient les âmes des morts ; il leur prêcha le dieu inconnu ; mais les bons et les heureux le rejetèrent. Les pervers, au contraire, saisirent un ordre de choses qui les délivrait de leurs souffrances, et s'élevèrent avec lui dans les domaines célestes (2).

L'Etre suprême n'a pas la toute-puissance dans ce système , car plusieurs renoncent, comme on le voit, à la grande rédemption, et attendent le Messie qu'ont prophétisé les organes du démiurge. D'ailleurs ce Messie régnera sur la terre, selon la permanente espérance des Juifs (3).

Les bienfaits de l'Etre suprême sont cependant d'un prix inGni. Ceux qui les re-* çoivent librement sont adoptés par Dieu à titre d'enfants, avec Tassurance aune vie divine et vivant dans la charité, la chasteté et la sainteté; leur Ame se dégagera un jour de son enveloppe matérielle pour prendre part aux félicités d'un dieu bon, juste et panait, revêtue d'un corps ou organe aérien semblable à celui des anges {h). Point de résurrection des corps.

C'est en peignant la condition inférieare de l'homme que Marcion s'élève au-dessus des Ames vulgaires, mais pour tomber dans un ascétisme qui n'est pas dans la nature. « Les actions du mariage entretenant des impressions sensuelles sont mauvaises. L'action conjugale est permise, mais dans cette union la continence est si bien un devoir, que ceux qui s'^ refusent ne peuvent participer à l'eucharistie (5). »

Les marcionites ne se bornaient point ï cette abstinence : ils évitaient de mang* r la chair des animaux qui nourrit le corps, et se contentaient d'eau, de lait, de pain , d'huile et de poisson , en mémoire de ta pèche miraculeuse de Jésus-Christ^ combattaient la eh:iir par toutes sortes de privations , et s'interdisaient les spectacles avec les habillements somptueux (6).

Le parti des marcionistes grossit avec ra-

(1) Teriul.. CoMl. Mare., ibid., lib. i, c S5; fil», ni, c. 4; lib vu, c 7,8.— MaUcrct ibid., p. 38fi,387.

(2) Tcrt., ibid., lib. m, c. 25; Ub. iv, c S4. - Natter, ibid., p. 393, 39i.

(3) Matter el ibid., p. 305, 394.

(4) Ibid., p. 39G, 30i.

(5) lliid., p. 398, 399.

(U) Ibid., p. 401, 40â.

MYSTIQUES

MSTiQCIES

fOê

pidité; il framuiit par cet attrait que préseiM la nouveauté. Ses disciples Marcus et Apelles modifiaient sa doctrine. Cependant , à raison de sa rigidité, elle se conserva longtemps. Enfin les marcionistes se perdirent dans li s rangs des orthodoxes au vr siècle, toujours repoussés par la législation byzantine (1).

3* Sectes nées en Egypte. — Basilides est au premier rang des philosophes syncrétistes chrétiens. Né en Syrie, originaire de Perse, il étudia dans racole d'Alexandrie. Quoiqu'il prétendit ne s'éloigner en rien de renseignement véritable et primitif des chrétiens, sa doctrine était loin de se rapprocher des dogmes de Téglise orthodoxe, répandus dans tout Tempire. Il osait affirmer que les écrits apostoliques étaient supposés ou altérés, alléguant qu'il tenait tout ce qu'il enseignait de Glaucias, disciple de saint Pierre (2).

Son opinion était évidemment basée sur celle de Zoroastre, modiûéô en ce qui concernait les deux principes de la théologie tersane; l'un, auteur de tout ce qui est onté, pureté, lumière; l'autre, source de tout ce qui est mal , vice , ténèbres. Les deux principes avaient tiré leur existence d'eux-mêmes , c'est-à-diro qu'ils existaient de tout temps l'un et Tautre (3).

Basilides admet, comme tous les gnostiques , les émanations diverses par couple mâle et femelle. Les sept premières de ce système sont les déploiements et les images d un Être suprême; elles produisent une série d'êtres qui réfléchissent leurs images. Il en est de même de la seconde série, d'où il sort d'autres êtres qui rétléchissent l'image de la série supérieure. Il en est constamment ainsi dans toutes les séries, gui sont toiyours composées de sept intelligences; elles s'élèvent au total de trois cent soixantecinq et forment autant île mondes intellectuels (4).

La pure et harmonieuse activité de toutes les puissances émanées de TEtre suprême se maintient toujours. Mais plus elles s'éloi-

Snent de l'intelligence parfaite, plus elles égénèrent , sans toutefois manquer à leur destination, qui est de présider, selon leur rang, au mouvement des astres et à la vie de leurs habitants (5).

Les deux empires cessèrent de se maintenir dans leurs limites respectives. La création ne se fait pas dans ce système comme dans tous les autres. La confusion s*opéra spirituellement. Il n'y avait point de matière éternelle, mère du mal physique et moral, et de qui provenaient les êtres malfaisants. Les puissances des ténèbres, qui touchaient aux derniers des mondes des pures intelligences f cherchaient à envahir l'empire de la

m Ibid., p. 408, 409, m.

Matier, H'Moin du Gnoitieisme f. ibid., t. U, pag. 59.

(5) llMd.,p.4i»43.

(4) S. Irén., lib. u c. 25. — Natter at ibi V p. 44, 42.

(5) Ibid., p. 53.

lumière. C'est ce que Basilides appelait le trouble, ou la confusion primitive (1).

Basilides, tout en admettant une invasion du mal dans l'empire du bien, regardait le monde comme une révélation de Dieu ; il y voyait la manifestation de Dieu et y reconnaissait les soins de la Providence. Quant aux apparences des Injustices et du désordre , il regardait ce monde comme un lieu d'épreuves et de purifications, disant ensuite que les doutes élevés par notre ignorance sur la parfaite justice de Dieu tomberaient d'eux-mêmes si nous pouvions connaître l'ensemble des causes et des effets (2).

L'Ame humaine , arrivant à un haut degré de perfection, s'unit avec l'Être suprême, esprit simple, et un. Celui qui n'atteint pas une parfaite pureté ne parvient qu'à uno sphère qui répond à son état. Ainsi l'Ame passe de sphère en sphère, d'existence en existence, de corps en corps, jusqu'à ce qu'elle ait mérité d'être délivrée d'une enveloppe matérielle (3). Ainsi le do^e de la métempsycose adopté par lui n'avait rien de petit, a avilissant et ae désolant pour l'espèce humaine ik).

Cepeudant 1 ange créateur et protecteur des hommes ne connaissait pas 1 économie morale tout entière de l'existence terrestre. Dieu résolut de se manifester lui-même aux hommes et de s'élever au-dessus des lois imparfaites reçues du dernier chef du monde des intelligences. II envoya donc sa première intelligence se réunir, par le baptême , à l'Homme-Jésus , qui se distinguait de ses contemporains par ses belles qualités.

Dieu donnait ainsi à Thomme un rédempteur, afin de lui faire connaître le haut rang auquel l'appelait son origine, et lui indiquait les moyens d'y parvenir par la foi (5). L'homme, ramené a la connaissance de la vie divine par le Christ, devait l'embrasser avec ardeur (6).

Basilides admettait les codes de la première et de la deuxième révélation. Cependant il ne pensait pas que ces codes, accessibles à tout le monde,, renfermassent la vérité toute pure et tout entière. Les prophètes n'avaient pas vu tous les mystères ; c'e«t pourquoi, avec la tradition secrète de Glaucias, il admettait certaines prophéties et la fausse théosophie de Cham et de Parchor (7).

Ce système , comme tous les autres, fut modifie par des esprits qui l'embrassèrent. Tous les gnostiques, quant au Sauveur, avaient quelques similitudes de doctrine avec les orthodoxes, et ils regardaient la vie de Jésus-Christ comme un type moral (8).

1) Ibid., p. 60.

%) Ibid., p. 65, 66.

3) Ibid., p. 67.

4) Ibid., p. 68.

5) Ibid., p. 74.

6) Ibid., p. 78.

7) Ibid., p. 80.

8) Ibid., p. 91, IH.

MYSTIQUES

Le& p&rtis les plus prononces pour un ascétisme outré sont les premiers è se corrompre. Telle fut récole de Basilides. Les Î germes de faiblesse paraissent s'êlre déveopnés promptement. Plus les années s'écoulent, plus la licence des principes augmente. Ses partisans pensaient, pour la plupart, au iv* siècle, que les parfaits n'étaient tenus à aucune loi , et que leurs corps pouvaient sans danger suivre les penchants qui les açitent, que la volupté ne saurait avoir de prise sur rame (1). Affectant le mystère sur leurs doctrines comme sur euxmêmes, livrés à des pratiques vulgaires de magie et d'autres impostures , et se discréditant par une morale licencieuse, ils s'anéantirent (2).

An 142 de J.-C. — Valentîn forma une autre école de gnostiques en Egypte et y sema des doctrines du genre de celle de Basilides ; il ne se fit connaître qu'après la mort de celui-ci , en l'année 135 de Jésus- Christ. Dans la ville d'Alexandrie, où il étudia, il ne fut l'objet d'aucun soupçon, et témoigna le plus grand respect pour le canon entier de l'Eglise. Cependant il prétendait. posséder seul la véritaole doctrine chrétienne, c'est-à-dire les secrets communii^ués par le Sauveur aux apôtres, ou les traditions de Théodose, disciple de saint Pierre (3).

Il adopta, comme Basilides , une double série d'émanations et d'êtres qui tous se rattachent h une seule cau^e première, et qui néanmoins ne se ressemblent pas , et dont les uns sont des déploiements immédiats de la vifi divine, et dont les autres ne sont que des émanations d'un genre secondaire (h).

Dieu , qu'il appelle Bythos , après avoir passé des siècles infinis dans le repos et le silence , résolut de se manifester, et il se servit pour cela de sa pensée^ qui est toute de lui sans être une manifestation de son être, mais qui est la source de toute manifestation, la mère qui reçut le germe de ses créations (6).

La première manifestation que produisit la pensée de l'Etre supiême fut Vintelli^ gence (6). Les éons suivants ne sont que la manifestation de Dieu en détail : ce sont les formes du grand être. Dieu est un; dès qu'il SB déploie, il en résulte des couples divers d'éons, des unions conjugales d'éons qui sont leurs images, leurs révélations. Tout l'ensemble forme le pléroma de Bythos , la plénitude des attributs et des perfections de celui que personne ne peut connaître dans son ensemble, si ce n'est sa pensée (7).

Tous ces déploiements de Dieu étaient purs et réfléchissaient quelques rayons de ses divins attributs. Cependant tous les éons n'étaient pas égaux en perfection ; plus leur

(1) Epiphan., Warre»., 25.— Thécvl , llfvresfubnL, lib. IV, c. 4. — Malter et ibid., it. 95, 96.

(2) Malter elibid., p. iOO.

(3) Ibid., p. iOG, 107, 10& U) Ibid., 109, i 10.

5) ihid., p. 114, nr>.

(6) Ibid.. p. US.

(7) lbil,p. IIG, 117.

MYSTIQUES

rang les éloignait de lui, moins ils le eon« naissaient et plus ils touchaient à l'imperfection. La décadence même alla jusque U chute (Ij.

Cette chute provient, dans les intelligent ces derni^Tes, par le désir immodéré de con* naître le Dieu caché, voulant scruter sa majesié (2). L'harmonie était donc troublée dans le S(in du ptéroma; il fallut une restauration , une rédemption. L'éon Hwrus la commença, un autre, Noiis^ engendra le Christ , et Pneuma, sa compagne, ou r£fprit, considérée comme femme (3).

le Christ expliqua aui éons le mystère des déploiements de l'Etre suprême, leur lit comprendre qu'ils ne pouvaient le connaître que par ses manifestations successives, et, en dernier lieu, par le monogène, qui est la première. Ces communications satisfirent leur ambition, et dès lors, pleins de reconnaissance pour l'auteur de leur être, ils revinrent, sous la direction de Y Esprit^ au calme et au bonheur.

Dans leurs mouvements de gratitude, ils résolurent de glorifier Bjthos par une création qui réunît tout ce qu*il y avait de beao dans la nature. Cette nouvelle Pandore fut l'éon Jésus, qui renfermait dans sa (personne le germe d'une vie divine qu'il devait répandre sur toutes 1 s existences placées en dehors du pléroma,

Jésus fut le premier*né de la création, comme Monoçène était le premier-né de Tincarnation, et lut pour le monde inférieur co que le Christ avait été pour le pléroma^ ce qui le fit appeler Christ comme lui (4).

La Sophie (l'esprit) , aidé de Jésus , émit un agent chargé de la création. 11 sé|.ara le principe spirituel d'avec le principe matériel confondus, et en forma six mondes et autant d'intelligences pour les gouverner (5).

Le démiurge n'avait voulu former I homme que d'après son image imparfaite, et non d'après celle de Bylhos; mais la Sophie, à son msu, lui communiqua un germe de lumière divine. Il en résulta le malheur de rbomme, de concert avec les esprits qui partageaient ses sentiments. U lui défendit de toucher dans le paradis l'arbre de la science du bit n et du mal, et quand cet ordre fut violé, il le précipita de la région aérienne du paradis dans ce monde grossier, où son âme fut revêtue d'une enveloppe matérielle et soumiso à l'influence des esprits matériels (€).

Une sorte de révélation et de rédemption avait été nécessaire dans le monde des intelligences supérieures, où s'était faite une espèce de chute. Une révélation et une rédemption étaient également nécessaires dans les régions inférieures, où s'était faite la pîns déplorable dégénérafion. L'œuvre entière dans chaque monde habité par des intelligences se fit par la première intelligence àe

\) Ibid., p. i%^.

[i Ibid., p. 127. fl2S.

[3) Ibid., p. liO.

i) niid., p. 1^9, f 30.

C'}) llri^f., p. 13(», 137.

(<3) ilùd., p. 137, 13$.

Bythos» de qm émane le Chmi i\x pléra-^ m (1). Quant au moode inférieur habitt^ par k genre humain, le sauveur fut Téon Jésus, rjmage du Sauveur, du Cl^rist supérieur (2).

1) se fit une union des deux Christs sur la terre, au Jourdain , lors du baptôme , pour 0))érer la rédemption. Mais le (Christ supé^ riear quitta le Christ inférieur avant le jugement de Piiate, et ce dernier seul souffrit sur Ja croix (3).

Les révélations les plus précieuses se firent pendant Tunion. Le Christ inférieur y apprit le §ens des prophéties mal expliquées suirant les inspirations du démiurge (h). C'est cette union qui épura l'homme, qui lui apprit h vaincre les mauvais esprits dont sen flmc est asîiiégée (5).

Enfin les valentinîens, se disant en possession d'une scionce supérieure h celle que les codes sacrés donnant à tout le monde, <^laieut loin de rqeler leur enseignement; ils les citaient avec complaisance, et s'attachaient surtout aux écrits de saint Jean (G). Le chef de cette secte avait beaucoup de l^artisan^ et même de disciples enthousiastes (7). Multipliés avec une effrayante rapidité , et répandus dans les Gaules ainsi que dans l'Espagne, ils pe subsistaient plus qu'obscurément vers le milieu du v* siècle, puisqu'è la Gn du iv on les plaçait déià au nombre des sectaires dont Topinion s'éteignait d'ellemôine (8).

Sectes chrétiennes ascétiques, — L«i Syrie et la Phrygie, ennemies de la spéculation, donnent naissance aux chrétiens hélérodoxe$ d'un ascétisme outré , par conséquent plus ou moins contagieux.

An 184 de J.-C, — 1* Les encratîtes appartiennent à la Syrie. Tatien, leur chef, né en Mésopotamie vers le milieu du iv sièc/e, profeéssa des doctrines qui ressemblaient beaucoup à celles des gnostiques. La plupart de ces sectaires avaient donné la préférence à l'un des quatre évangélistes canoniques ou à quelque relation apocryf»he. Pour Tatîejï, il se composa un coae avec les quatre grandes relations sous le titre &Harn%on%e des Evangiles; cet écrit est perdu (9).

Le Logos est le premier né, l'auteur delà L'réation visible. L Ame humaine n'est pas uimortelle par elle-même. Si elle n'arrive mnt à la. connaissance de la divinité, elle )érit avec le corps qu'elle animait; si, au Ofitrairct elle parvient à s'unir avec la pen^ ee , elle obtient des dons célestes, elle ap* Tend et révèle les mystères les plus projads, et retourne dans les lieux suprêmes

MVSTIQI]£S

(}) Ibîd.

("2) Ibid.

(5) l.jîil.

(4t IbhU ^5) llnil.

^(>3 Ibid.

(H) 1 id.

d*où elle provient et dont elJ^ ne s*<}taignai| qu'en tombant d'erreur en erreur (1).

La Svrie pardonne à Tatien ses théoriest mais elle le censure avec sos partisans Ior&« qu'il ose proscrire, sous le prétexte d une perfection supérieure y le mariage , ^u^^ago de la viande et du vin» et en général tous les plaisirs des sens (2).

Les ^ncratiles étaient nombreux; ils s'affaiblirent en s^ divisant. Théodose crut cependant devoir rendre contre eux trois édita successifs. Us étalent répandus non-seule** nient en Syrie» en Mésopotamie» mais dans rAsie-Miiieure, mais jusque dans les Gau«* les et l'Espagne » où iU a*^néaiitirent sons bruit (3J.

2° Les moDtaoîfltQs propagèrent leur dissU dence religieuse en Pbrygie sous l'influenoe d-e Montan, Phrygien d'une imagination mys^ tique et ardente» ne s'oceupant que de la re« ligiou pratique» c*est-à*-dire du culte» de la discipline et de la morale.

Dans sa sooiété» les jeûnes étaient rigou-' peux» les secondes noces interdites , les pé« nitepces sévères» les exclusions fréquentes. Le but était louable» mais des petitesses d'exécution se tnèiaient à de bonnes, vues et à un rigorisme impraticable (4). Us succom-* bèrent sous renaet9[i0fliânt aes écoles ortbodoxes d'Alexandrie et de Rome et sous les tendances très-positives des édita de By* zanee (o).

-Sectes aseétieù^spéculatives. — An 277 do J.-C. — Les mamcnéeas sont les seuls dont je doive m'occuper. Us ont joint à la morale et à l'ascétisme les spéculations les plus hardies et les plus innovatrices en matière de dogme chrétien. Hais le fondateur de la soc* te» avant d'embrasser le christianisme, avait vécu au milieu des mages de Perse et s'était distingué dans leurs rangs par des connaissances de divers genres. Il prétendait épurer les doctrines chrétiennes , les dégager des altérations q^'ellas avalent subies et y joindre des développements qui leur mai* quaient (6).

11 se disait le paraclet lui-même, et » s*attribuant une haute supériorité sur les apu-> très» il rejeta l'Ancien Testament tout entier et ne conserva du nouveau, altéré, selon lui, par le judaïsme » que ce qui pouvait être conforme à son but ; c'est pourquoi il composa un évangile quil disait tombé des cieux. Ce livre supposait que la révélation n'avait rien d'exclusif» et fl attribuait aux sarns et aux prophètes du paganisme des ré* véîations si sublimes , qu'il les préférait h celles de Jésus-Christ (7).

Le panthéisme est l'âme de ce système.

Non-seulement la cause et la source de ce qui existe est Bien , mais ei^ dernière analyse Dieu est en tout et aniu'e tout. Le (ur^^

(1) Ibid., p. 541, 54i, 543.

{■},) Ibid., p. 343, 314.

(3) Ibid., p. 345, 340.

(4) lliid., p. 3i7.

(5) Ibid., p. 35(».

(0) Ibid., p. 35i.

(7) Ibid., p. 355» 356.

HYSTlQtJES

MYSTIQUES

uH

tnler principe est modifié par le daalisme de I Asie.

Le dieu du bien n*est pas Tauteur du mal, le dieu du mal n'est pas Fauteur du bien. Deux dieux indépendants existent de toute éternité ; chefs de deux empires différents 9 ils sont nécessairement ennemis Tun de Tautre par leur nature même (1).

Le dieu bon a pour symbole la lumière, et pour domaine rempire de tout ce qui est pur. Le dieu méchant goureme l'empire du mal et des ténèbres. Ce n*est pas une intelligence dégradée, c*est Satan, le génie du mal (2].

Le dieu de la lumière est bien supérieur h celui des ténèbres. Pour Manès , 1 un est le vrai dieu, l'autre n'est que le chef de ce qui est ennemi de Dieu, et, malgré tous ses efforts, il finit pàv succomber à la puissance du bien. L'empire de la lumière est le seul Yéritableetle seul qui durera éternellement. Manès s'en déclare 1 apAtre (3) excellent dans sa gloire , incomprénensible dans sa grandeur. Le Pire s'est adjoint de bienheureux éons dont on ne saurait déterminer ni la puissance ni le nombre (4).

Satan 9 matière, chef de l'empire ténébreux, a une armée d'éons ou de démons placés sous ses ordres. Ils réfléchissent plus ou moins l'image de leur chef. Cependant, quelle que soit leur analogie, ils vivent Siins harmonie, et une guerre intérieure, qui éclata dans leur sein, amena leur mélanj$e avec l'empire de la lumière (5).

Cette guerre avait conduit les combattants sur les limites du règne de la lumière. Les démons, saisis de ravissement, voulurent le conquérir ; mais la mère de rte, la pensée primitive de Dieu^ Pâme du monde entra directement en rapport avec le monde matériel. Etant trop pure pour se mettre elle-même en contact avec la matière, elle demeura sur les limites de la région supérieure. Un fils, qui naquit d'elle, qui est son image, le premier homme, fut de nature à s opposer aux puissances des ténèbres (6).

Destiné, à combattre les démons et k les amener k une autre condition par les cinq éléments purs, le feu, la lumière, l'air, leau, la terre, il commença cette grande lutte. Mais sur le point de tomber lui-même dans l'empire des ténèbres, il n'est arraché & ce péril que par Ve$prU vivant que Dieu accorde h sa demande (7).

L'esprit vivant^ après avoir ramené l'homme primitif dans Tempire des lumières, élève au-dessus du monde la partie de l'Ame céleste qui n'avait jias été atteinte par le mélange avec l'empire des ténèbres. Placée dans la région du soleil et de la lune, cette Ame pure, ce fils de Thomme, ce Rédemp-

(1) Ibi<9., p. 557, S58.

i) Ihid., p. 558, 559.

(5) Ibid., p. 559, 5G0.

(4) Ibid., p. 560.

(M lUd., p. 501.

W Ibid., p. 563, 5G5.

i7) Ijid., p. 565.

teur, ce Ckrisi en un mot, travaiBe ï délivrer et k attirer de nouveau k elle la partie de la lumière ou de TAme do premier homme qui s'était répandue dans la matière (1). ;

Le chef des ténèbres avait résolu de créer un être dans lequel il i>ût enchaîner les rayons de la lumière qui avaient absorbé les éons et qui tendaient sans cesse à s'échapper. Tel fut Adam, dont l'Ame est da li lumière divine et le corps de matière, et qui tient ainsi k l'un et k I autre des deux empires ennemis (2).

L'Ame, d'une origine sublime, allait s'affranchir de la matière, lorsque les démont loi défendirent de manger du fru t de Tarbre de la science du bien et du mal qui pouvait lui faire connaître l'empire de h lumière et celui des ténèbres. 11 obéissait à ce commandement, mais un ange le lui fit transgresser et lui assura les moyens de h victoire. Malheureusement les démons oroduisirent Eve, et Adam fut enchaîné dins un acte de sensualité qui l'attacha de nouveau à l'enveloppe matérielle (3).

Ainsi, les aveugles forces de la matière et des ténèbres enchaînent les Ames qui as-

f iront après leur délivrance ; car l'âme de homme est toujours faible, livrée qu'elle est au pouvoir des sens et au charme du monde terrestre. D'ailleurs, ceux desdémoos qui n'étaient pas enchaînés aux astres par l esprit de vie avaient détourné les hommes du culte de Dieu, et institué môme perde faux prophètes une religion pleine d'erreurs comme le judaïsme (4).

Pour délivrer l'Ame captive dans les ténèbres, le génie du soleil, chargé de la rédemption du monde primitif, vint lui-méoie se manifester parmi les hommes. La lumière approcha des ténèbres ; elle ne se revêtit qu en apparence du corps humain et ne prit le nom de Christ, de Messie qae pour s'accommoder au langage des Juils.

Le chef de l'empire des ténèbres 6t crucifier le Christ ; mais celui-ci ne souffrit pas réellement. Son but fut atteint, sa mort o^ frant k toutes les Ames le symbole de lear affranchissement (5).

La morale des partisans de Manès est pure, mais exaltée. Elle demande une aboégation de tout ce oui peut Aalter le conis» qui est la j)rison ue l'Ame : l'abstinence de tous les plaisirs des sens, qui aveuglent la lumière céleste en nous : le mépris absolu da mariage, qui en affaiblit les rayons (6).

Une vie sainte, délivrant l'Ame Je tous sh attachements terrestres , la rend digne de parvenir, après la mort, de sa prison tem**tre dans la région de la lune, où elle est poritiée. dans un grand lac pendant qnm

1) Ibid., p. 364, 565.

i) Ibi.l., p. 505, 566.

5) Ibid., p. 566, 567.

(4) Uiid., p. 567, 568.

(5) Ibid., p. 568, 569, 570.

(6) Ibid., p. 571.

XYSTIQLËS

jours. C'est un baptâme d'eau céleste. De I& elle arrive dans le soleil, où elle est purifiée par le feu, ou le baptême du feu céleste, el admise au commerce intime avec le Rédempteur et les saints apâtres des cieux. Alors elle n*a plus de peine à s'élever avec eui dans Tempire de la lumière (1).

L*âme, ainsi dégagée, ne regreUe pas et De voudrait pas reprendre un corps dont elle est charmée d*ètre délivrée. Pour Tâme qui est souillée par des voluptés terrestres^ elle rentre dans d'autres corps pour recommencer sa carrière d'épuration. Elle peut parvenir à l'empire du bien par la lutte de la sanctiQcation (2).

Manès admet les institutions des chrétiens. Ses partisans reconnaissent douze apôtres et soixantcnlouze disciples; ainsi ils avaient des évêques, des prêtres avec des diacres. Us furent en butte à de longues persécutions de la part des rois de Perse, ennemis du christianisme hétérodoxe aussi bien que de l'orthodoxe. Les empereurs de Constantinople leur retirèrent leur protection, l'orthodoxie étant professée, par le plus grand nombre, au point de leur refuser des temples et des autels. Ils étaient réduits à un très-petit nombre et presque anéantis au T* siècle (3).

8* Les priscilianistes sont les plus célèbres des sectaires nés des manichéens. Leur doctrine se répandit de l'Orient dans les Gaules et dans TEspasne. Priscilien, né eu Egypte, étudia dans I école de Memphis. Il avait pris pour base de son enseignement h religion chrétienne ; mais cette base fut fortement moditiée par le gnosticisme et le manichéisme. Il reconnaissait le code entier des chrétiens et des Juifs pour sources pures de la vérité religieuse; mais il expliquait à sa manière les saintes Ecritures {h).

A la tète de son svstème, il plaçait deux principes, Tun et 1 autre étemels : l'un la divinité. Vautre la matière primitive. Satan est le fils et le produit de la matière, ainsi que les anges secondaires et les démons. C'est Satan qui a créé le monde ; c'est lui qui le gouverne avec ses anges ; c'est à lui qu'il faut attribuer le mouvement et les phénomènes (5}.

L'homme, au contraire, d'une ori{[ine supérieure, ayant une Ame émanée de Dieu, est de la même substance que Dieu, et se trouve, avant de descendre vers le monde, dans une région céleste. C'est par séduction et pardegrésqueson Ame l'a quittée. Lqs mauvais esprits s'en emparent, Tentralnent de 5i)bère en sphère dans les zones terrestres, la revêtent de matière et conservent, tant qu'elle reste sous le charme de leurs perti- (iies, assez de pouvoir sur elle pour la faire passer par toutes sortes de corps jusqu*à

(1) ibid.

(2f) Ibîil., p. 37i, 375.

(5J llii f., p. 373, 37i.

li) i:»id., r-37U.

{ù) ibid., ûao.

MYSTIQUES

ce qu'elle s'épure, s'amende et s'élève h Dieu (1), ce qui n'a lieu que par la rédem|H tion.

C'est une obligation des puissances sidérales de délivrer les âmes. Pour la remplir, le sauveur, le rédempteur Jésus-Christ est venu sur la terre et mourut sur la croix (2).

Jésus-Christ est de la vraie substance de Dieu comme toutes les Amts ; n'étant qu'une émanation de la Divinité, il ne forme point une seconde puissance (3).

La morale des priscilianistes dérive tout entière de leur opinion sur la corruption de la matière, et spécialement sur celle du corps, qui sert ae prison à l'âme, et dont celle-ci doit tâcher de se détmrrasser à jamais. Cette morale est d'ailleurs d'un ascétisme outré ; elle condamne le mariage non à cause des liens, mais en raison des actes physiques soumis à l'influence des démons. Les priscilianistes s'interdisent les plaisirs habituels, jeûnent fréquemment et s'abstiennent de la chair des animaux [k).

Leur liturgie les distingue des autres chrétiens. Ils administrent le baptême avec des rites différents, et permettent aux fommes et aux filles d'enseigner publiquement (5).

Priscilien, orateur très-distingué, eut à sou début une très-grande influence dans les Gaules et en Espagne ; sa doctrine séduisit des évoques et des femmes. Mais deux conciles provinciaux proscrivirent sa doctrine, et saint Martin, évèque de Tours, ne Eut le dérober au supplice par ses prières, 'empereur Maximin fut inexorable. Cependant les priscilianistes se maintinrent en Aquitaine et en Espagne. Le vi* siècle vit leur ruine, ou plutôt leur société ne ftt» dissoute qu'après l'invasion des Sarrasins (6).

On connaît peu la discipline et les rites de tous ces sectaires. Plusieurs d'entre eux existaient sans hiérarchie, comme on le peut présumer des gnostiques (7). Les priscilianistes, au contraire, en avaient une; nous venons de le voir. La*plupart n'avaient

[ms de temples. Les marcionites et les va- ('Utiniens n en eurent que lorsqu'ils furent très-nombreux, et les manichéens n'en eurent jamais (8).

I^s gnostioues célébraient avec soin le baptême qui les initiait à la sagesse. Quelques valentiniens le dépréciaient. Les mareionites qui tenaient au ^osticisrae en avaient iusau'à trois (9) : le deniier assurait à Tinitie l'élévation au pléroma ; mais dans

(1) nid., p. 380, 38L Vt) Ibid., p. 381.

[3) Ibid., p. 384.

i) ibid., p. 384, 385.

5) ibid.

(6) ibid., p. 385, 386.

(7) Ibid., p. 496.

(8) Terlul., Cont. Marcion, lib. iv, c. 5. — Bean- Miure, Histoire du Maniekéiême, t. U, p. 793. — Marier, ibSd., p. 489.

(9) S. irén., lib. ui, c. 10. — Tbéolor., Ifarrri., Ub. 1. c. 9.

MYSTIQUES

le temps de la première ferreur, on n^accor* dait cette grâce qu'à ceux qui- reDOOçaieut au mariage (1).

O'jnnt au sacrifice eucharistique, plusieurs

• :aul, ils attribuaient cette institution

j )th, dieu des Juifs (2), et le condam-

: (j urne u'iacte purement extérieur(6).

. . ..s Tadmettant, ne le regardaient que

i.iiiue un emblème d'une unioa mystique avec un être du pléroma^ et le célébraient pour celte raison avec quelques cérémonies qui leur étaient propres (&).

Us admettaient aussi imposition des mains pour Tinitiation au sacerdoce (5) , et môme 1 onction des malades avec une huile jnélée d'eau (6). Cette onction devait protéger les mourant^ dans leur pèlerinage h travers les régions habitées par le démnirge et ses anges, auxquels ils adressaient des prières (7).

Les carpoeratien<?, et probablement d'autres sectaires, avaient les images de leurs docteurs (8). Leurs litugies^d ailleurs, admettaient les prières pour les catéchumènes, des homélies et des hymnes (9^.

On voit, par tous ces systèmes u'erreur,

ÏLie les anciennes mytbologies dont les ieux animaient toutes les parties de la nature» étaient reléguées, par les hommes élevés au-dessus du vulgaire, dans la classe des fables. Mais ce qu il y a de plus singulier, ceux qui se quaiiûaient avec un certain orgueil du titre de sages erraient plus griè^ vement que les autres hérétiques*.

Saturnui, Bardesanes, Marcion, Priscilien, admettaient deux principes intelligents ; Tun, bon; l'autre, mauvais. Le premier, jplacé au milieu de la lumière, ils rappelaient le Pire tncanni», qu rjStre-Suprêrae, au-* teur du bien; l'autre,, vivant au milieu des ténèbres, était la matière, mère de Satan, ou Satan, père de la matière, auteur du mal.

])e ces deux principes émanait une série d'intelligences bonnes et mauvaises, se reproduisant par couples, et toujours perdant de leur énergie et de leur force à mesure qu'elles s'éloignaient de leur origine.

Ainsi l'on voit qu'il n'y a rien de iiottveau dans les rêves des novateurs modernes ; cq

3ui peut seulement nous étonner, c'est que es doctrines tant de fois répétées et convaincues d'impuissance os^at encore se produire, et recrutent encore des adeptes dans toutes les parties du monde.

C'est que le duel de la chair et de l'esprit, de la nature contre la grâce, de l'humanité contre Dieu dure toujours : duel étrange, figuré

(1) Tertul., Cont. Marcion^ lib. iv, c. St. — S. Epjpli.'in., lib. IV, c 2. — Beatisobre, UhJ., U Q,

(2) S. Épiplian., lib. iv, c. 2.

(3) Origéne, de Oratione^ c. 13.

fi) S. Iréu., ibid., Tiiiil., iS.

(5) Clétn. d*Âlex.,Siroiii., lib. vi, c. I3.î-Spîcilég.. t. XI, p. G6.

ÏG) Matler et ibid., p. 495.

(7) S. Inni., lib. i, c. îl. — S. Bpi>A.li'uxxn,c,2, (S) S. HieroQ, in £;itsl. ad Galutas, c G, v. G. (0) Matter et ibid., p. 4D5, 40G.

HYSTiQUHIS

BK

dans la BiUepar la lutte de Jacob avec l'ange; lutte Où Dieu semble s*opposer à riiumaDué, pour la rendre forte et la faire grandir dans cette étreinte de guerre qui est aassi une étreinte d'amour. Le catholicisme apparaît k la nature sous les traits d'un bourreau qui tue, et c'est un médecin qui sauve. Ùobéissance nous présente un calice amer qui contient la vie, et nous conduit à Timinortaiité par les voies de la mortification. Pour nous rendre grands, elle nous humilie, et rend nos effections éternelles en les épurant par h chasteté. Aussi, ce qui caractérise le mysticisme orthodoxe, c'est le saint amour des humiliations, de la chasteté, de la pauvreté, des souffrances, et le culte de la douleur, Am^r meus crudfktuê est. Aussi le symbole de col amour sur la croix est-dl un cœur blessé qui brûle environné d'épines, et qui répand son sang sur le monde. Ce mysticisme est une ineffable soif du calice d amertume me le Sauveur du monde a épuisé jusqu'à la lie. Il se plaît dans rabjeetion, se repose dans les travaux les plus rudes, et aspire toajours, comme sainte Thérèse, ou à souiErir ou à mourir.

C'est surtout dans cet ordre d'idées aue doivent être cherchées les beautés de la filtérature chrétienne ; c'est à de semblables inspirations qu'on reconnaîtra la [K>ésle vraiment catholique, et qu'on la distinguera de toutes les rêveries sentimentales, quiétisles et panthéistiquea.

Le mysticisme de la philosophie moderne est emprunté surtout aux livres du Suédois Swedenborg , visionnaire célèbre , dont la doctrine forme un vaste et coai|)let système assez analogue à ceux de l'école d'Alexaih drie, Swe Jeuboi^ est ennemi de la virgioilé» ti adlrme qu'il nV a de chasteté possible qM dans le mariase ; iinie que l'homme puisse abriter et démériteri et veut que chaque im«, çiprès la mort, se fasse un ciel ou un enfer de la sphère de son amour. 11 ne reconnall pas d'autres anges que les Ames des justes; mais les âmes, selon lui, ayant été créées par couples, doivent se réunir dans le ciel où, contre l'enseignement exprès de Nolre-Seigueur, il permet encore des mariages et une génération spirituelle à la vérité, maisfaito à l'image et à la ressemblance de nos générations de la terre. Il parle de trois mondes su|)orposés : le divin, le spirituel et l« naturel, et fait consister la révélation en un« communication perpétuelle entre ces trois mondes, dont toutes les formes expriment la parole du Verbe, selon ses trois degrés de signification divine, spirituelle et bnmaioe. Le bien, c'est l'harmonie entre les trois mondes ; la parole de Dieu, c'est Texpression de cette harmonie. Ainsi le vrai exprime le bien, parce que le bien c'est le vrai manifesté dans l'ordre, etc., etc.

Aux yeux de Swedenborg, toutes les for^ mes visibles ont des significations spintuelles et divines, et cette analogie, qui se reproduit de monde en monde, est ce quM appelle les correspondances. Nous en si^i^lerons ici quelques-unes prises au hasani

MYSTIQUES

UTSTIQUES

«oit dans les Arcmes céUstei^ soit dans la Clef Hiéroglyphique des arcanes.

Correspondances ou analogies.

Les animaux signiGent les affections : Jardin et paradis» riotelligeoce et la sagesse ; les arbres, les perceptions et les connaissances ; . les alimeots, les choses qui nourrissent la vie spirituelle ; le pain» toute bonté qui nourrit la vie spirituelle de Thomme.

Les bœufs et les veaux correspondent aux affections de Vesprit naturel ; les moutons et ies agneaux, aux affections de Tesprit spirituel ; les oiseaux, aux inlellectuels.

L'or signifie la bonté céleste ; Targent, la hoDlé spirituelle ou la vérité provenant d'origine céleste. — Le cuivre, rairain, simifi^l 1a bonté naturelle ; le fer, la vérité dure sans bouté ; le feu, Tamour dans Tun et Taiittre sens. — Le feu céleste, c'est le divin aifiour; le feu infernal > Tamour de soimême et du monde*

Les choses qui sont au côté droit de Thomlue se rapportent à la bonté dont provient ia vérité, et celles qui sont au côté gauche, h h vérité d'après ia bouté.

La chaleur signifie l'amour» et la lumière, la vérité. Les étoiles et les autres signifient les connaissances de bonté et de vérité. — Dans la parole, le soleil signifie le Seigneur quant à ramour ; la lune, le Seigneur quant à la foi; les tribus, toutes les vérités et les bontés. — L avènement du Seigneur est sa présence dans la parole.

Les nuées signifient la parole dans le sens de ia lettre ; la gloire, le vrai divin tel qu'il est dans le ciel et dans le sens interne de la parole.

La consommation d'un siècle est le dernier tanips d'une église.

Les viîtements signifient les vérités, parce qu'elles environnent la bonté. — La poitrine sjgniiîe la charité; le cœur, la volonté et la bonté d'amour ; les poumons, l'intelligence et la vérité de la foi* les b.as et les mains, ia puissance de la vérité ; les pieds, le naturel ; l'œil, l'intellect; les narines» la perception; ies oreilles» l'obéissance; les reinsi l'éclaircisseuient de la vérité.

Tous les nombres signifient les choses : le nombre 3 est la figure de Dieu en luimême ; le nombre b, celle de Dieu dans le monde ; lo nombre 9 exprime la Trinité dans sa puissance ; le nombre 7 révèle une idée complète de Dieu et de sa vie active éjuinchée dans la création ; le nombre IS exprime rensomble des oeuvres de Dieu.

Les nombres multipliés ont la même signitication que leurs simples.

La mesure signifie la qualité de la chose en vérité et en bonté.

Dans la iiarole, faire justice et jugement, c'est faire le bien et le vrai.

L.e triangle est ia figure géométrique du Bomhre 3 ; le carré, du nombre k ; le cercle représente l'infini et la perfection dans la

L*aigle correspond à l'air; le lion, au feu; le t«nxreati, à la terre ; l'homme, à l'eau.

Les chars signifient la doctrine ; les chevaux, l'intelligence de la doctrine.

Le front correspond à l'amour céleste ; les yeux, à l'intellect.

La chair du Seigneur signifie la divine bonté de son amour ; et le sang du Seigneur, la divine vérité et la sainteté de la foi.

L'orient signifie l'amour en perception claire ; Toccident, l'amour en perception obscure ; le midi, l'état de lumière ou de sagesse et d'intelligence ; le septentrion , cet état dans l'obscur.

Le blanc et le brillant signifient la vérité

L'Ame signifie l'intellect Ja foi et la vérité; le rouge, la bonté ; la pierre, la vérité ; le bois, la bonté.

Montagne signifie amour céleste ; colline, amour spirituel ; rocher, foi.

Nous n'en finirions (Mis, si nous voulions indiquer toutes les autres. Les ouvrages de Sweaenborg offrent un singulier mélange de raison ei de folie, de poésie et de pauvreté. Son système est parfaitement lié ; il a des idées qui éblouissent et qui séduisent au

Kremier Abord, mais ses visions fatiguent le on sens des lecteurs, et il semble mystifier souvent la curiosité naturelle de l'esprit hu*^ main. C'est un savant ridicule et un fou sublime.

M. de Balzac, celui de tous les écnvains modernes qui a possédé au plus haut degré la faculté do l'analyse, a résumé assez complètement, dans les trois nouvelles qui composent son livre mystique, le système de Swedenborg, auquel il ajoute un peu du sien.

Jacob Bœmh, Pascalis Martinès et Saint- Martin ont été, après Swedenboi^, les illuminés les plus célèbres. Madame Guyon était aussi une illuminée, dont les doctrines allaient droit au panthéisme passif. Bien qu'on trouvât dans ses écrits, à la première lecture, selon le témoignage non suspect de Bossuet, une lumière et une onction qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, la contagion de ses idées n'en était que plus dangereuse. On trouve dans ses livres des pages véritablctment pleines de charme, surtout lorsqu'elle parle de la charité envers Dieu et de la simplicité de la sainte enfance. Elle protesta toujours de sa soumission entière à l'auto^ ritô ecch'^siastique, et il ne fallut pas moins pour cela l'enfermer pendant une partie do sa vie, autrement il eût été difficile de l'empêcher de do|;matiser.

Le panthéisme mystique n'est pas seulement répandu, au siècle où nous vivons, dans les écritsdes auteurs à la mode, il forme encore des illuminés et de faux prophètes. Vers l'an 1837, un nommé Pierre-Michel Vintras forma, en Normandie, une association 4nystiqUe appelée Y Œuvre de la Miséricorde. U annonçait la conversion prochaine du sou- Terain pontife à ses idées extravagantes, et 80 disait envoyé de Dieu pour préparer le monde à Tavéuement du Saint*£sprit, et la France au règne de Louis XVII. Comme cet enthousiaste, que l«i police correctionnelle a convaincu d'être plutôt un imposteur, affectait pour la sainte Vierge une très-grande

HTSTIQUES

Ténération, il séduUil plusieurs personnes simples, et môme des ecclésiastiques. Dans le iDème temps, il y a?ait à Londres un Gé* ne?ois nommé Naiindorf, qui se disait Louis XVII, échappé miraculeusement de la prison <lu Templeet conservé par la Providence [)our apporter au monde une révélation nouvelle. Le fouri>e poussait i*im{K)sture jusqu*à se faire assassiner pour se donner une importance politique, et avait réuni autour de lui queltpies sectaires.

Euiin, en plein Collège de France, un poète polonais, M. Mickiewicz, annonça la venue d'un nouveau Messie que Dieu aurait envoyé au monde du fond de la Pologne. Ce {)retendu Messie, nommé Towianski , se dit e précurseur de Napoléon, qui ressuscitera bientôt, à ce au*il assure, pour réaliser, au nom d*une religion nouvelle, son système continental.

On aurait peine à croire que de semblables aberrations aient pu trouver des partisans à une époque qui se dit aussi éclairée que la nôtre, siies journaux du temps n*étaient lias encore là pour en faire foi. Voici ce qu on lisait dans VUniver$ du 26 mars, et ce qui à été reproduit dans les Annaie$ de pkiloêopkie ^réiienne^ numéro d'avril iSkk:

« Depuis quelques mois, M. Mickiewicz nous menaçait de quelque excentricité de première force; mais, tout préparés que •nous étions, nous avons été cependant sur-

{»ris par ce qui s'est passé mardi dernier au Collège de France.

. « Onlinairement, un petit troupeau d'adeptes, hommes et femmes, divisés en deux -camps, occupe les deux côtés de la chaire du professeur. Manli, les fidèles, au lieu d'être réunis en masse compacte, s*étaient formés en petits groupes sur tous les points de la salle, de manière à dominer Tauditoire entier et à tenir les intrus en respect.

« La mise en scène, ainsi préparée, le professeur quia tant fait de prolo^^ues, d'avant-pro|)OS, d'introductions, de discours préliminaires sur tous les points de la doc* trine nouvelle, a enfin abordé la base de son nouveau système de métempsycose.

« D'abord est venue la question « qui « embarrasse tout penseur, question de nos « rapports avec tout ce qui n'est pas l'hom- « me, avec les animaux et les végétaux. »

« On va trouver que nous manquons quelquefois de clarté, et l'on n'aura pas tort. Mais que Ton veuille bien considérer que nous ne comptons pas parmi les initiés à la nouvelle doctrine, et que nous exposons les idées de M. Mickiewicz, idées non moins brumeuses que profondes.

« Reprenons notre exposé.

« L'homme est le roi de la création, — oui, — mais un roi sauvage, qui ne sent pas que ses sujets peuvent avoir des droits et sont destinas à un état plus élevé qu*il doit les aider à atteindre. Les philosophes n'ont pas médité sur les causes du mutisme des races inférieures. Il y a là un mystère qii'il fcut découvrir; et, pour le découvrir, il faut s'intéresser au sort de ceux que nous vou-

MYSTIQUES

Ions secourir. La voix du professeur sur ce sujet n*est pas solitaire, dit-il, il se tait luimême pour nous faire entendre l'écho qui lui répond de l'autre hémisphère.— 11 prend

f)our exemple la race qui louche de si près a race humaine, la race muriney dont les substructions ne sont éloignées de nos pieds que de l'épaisseur d'un plancher ; et deux ymx plaintives déplorent a Tunisson que pas un mot du langage d'une de ces races n ait I>énétré dans le langage de l'autre. Le christianisme, précurseur de la nouvelle doctrine, doit réaliser la réhabilitation des races inférieures, et la preuve, c'est la sympathie que les chrétiens professent pour les animaux, en re4X>nnaissance de ce que ceui-d ont les premiers reconnu le Sauveur.

« Ensuite, M. Mickiewicz définit le Verbe, Le Verbe est partiel et universel. Le Verbe donne la force à l'homme qui le porte au dedans et appauvrit celui qui le jette in dehors ; cependant il est obligé d'annoncer ce Verbe. Le Verbe partiel est pour chacun le mommi où il trouve la solution d'un problème difficile, où il trace un tableau projeté. Par exemple :' Vert)e d'Archimède, Verbe de Newton. Mais voilà que rbomme lui-môme est aussi ce Verbe, pourvu oepen* dant que cet homme soit complet. (Eiempies : Alexandre le Grand, Jules César, Na* poléon. ) Lorsque Napoléon , après une victoire, s'est écrié : « Je suis l'honime de la France, » Napoléon a senti qu'il était le Verbe de la France. Les hommes oui réalisent même ce Verbe partiel sont tres-rares, mais ils seront récompensés. Le général ea chef est le Verbe de rarmét\

« On trompe singulièrement le monde qwmi « on dit crue Jéeuê-Chriêi atout fait. — Non, « . — Il faut que chacun de noue devitMin « après 2,000 ans^ après 3,000 oiu, un autn « Jésus-Christ^ F égal de Jésus-Christ. »

« Alexandre le Grand, homme complet, réalisa en lui la mythologie, qui sans /m Hk été une fàble^ en croyant de bonne foi qu'il était Dieu. Ici le professeur, en habile orthopédiste, allonge en quelques mots < Il moyenne stature d'Alexandre, » abrège < son col trop haut, » redresse sa tète « un pee penchée sur le côté gauche, » le déclare beau comme un Adonis, je ne sais quoi comme Bacchus, et incarne en lui la mythologie, trouve son ouvrage bien fait, et passe h iules César qui avait grandement raison de s'écrier : « Est-ce que les Romains me croie*»! vraiment un homme comme eux ?» Et voilà Jules César tout préparé à loger en lui ie

Eaganisme. Le tour au catholicisme arrive, a chose est prévue : Napoléon a le mmi réalisé en lui le catholicisme; Napoléon retrouvait le secret des apôtres. Dans la ^er^n précédente. Napoléon baptisait ses soldais, il les contirmait; et les évéques chrëlieos. dans une insolente apostrophe, étaient invités à apprendre à conQrmer de ce ponttfr modèle. Mais il faut encore quelque chose pour rendre Napoléon complet, u faut une de ces exclamations à la Jules César. Or, voici une vérité historique dont rautoend-

IfTSTlQUES

cité est garantie par l'autorité privéo de M. Hickiewicz, et qui établit que Napoli^on se sentit un jour prêtre, et que» n*en ayant pas dans sa suite, il proposa à ceux qui la composaient de les confesser. Nous ne pouroDs pas ne pas mentionner ici un incident auquel donna lieu le mot confesser. Un monsieur d'un certain Age» l'ayant trouvé trop dur pour son oreille, s'est écrié : « Autant vaudrait écouter Lacordaire. • La professeur continue ainsi : « Une masse de oba-

< leur et de lumière est répartie pour chac que époque. Cette chaleur et cette lumière « constituent l'époque... J'ai prié Dieu qu*il « me donnât quelque chaleur et quelaue f force pour vous communiquer de la cnat leur et de la force. J'ai accompli ma mis-

< sion en vous annonçant le Verbe incarné, t nouvellement envoyé parmi nous, et l'honc neor d'avoir été trouvé digne de Tannonff cet fera la joie de toute ma vie et de toutes « mes vies. »

« Puis, d*un cri véhément, il a continué : t J*ose sommer ceux d'entre les Polonais « et ceux des Français qui ont approché de « ce Verbe de déclarer s ils l'ont vu, oui ou ■ non ?» Un bruit tumultueux de près d'une soixantaine de voix a répondu par un oui prolongé et répété. Toutes ces personnes se sont rapidement levées et ont étendu le bras. Une seconde sommation a été suivie d'un nouveau bruiti et de la réponse : « Nous le jurons I »

« Une dame étrangère à la secte, effrayée de cette scène, tomba dans une crispation nerveuse. Des cris mêlés de sanglots se firent entendre parmi les femmes adeptes, dont une est restée les mains jointes, les bras élevés au-dessus de sa tôte et tendus vers le professeur. Le bruit général couvrait la voix de M. Mickiewicz.

« L'auditeur gui préférait Lacordaire témoigna son indignation en disant : « Il y a des Jésuites ici, » et sortit brusquement.

« Mais, h propos, comment tout cela se rattache-t-il aux langues et littératures slaves, dont nous n>ntendons plus parler depuis longtemps ? Le professeur va nous l'expliquer.

« Le peuple polonais, à différentes épo* mies, est venu apporter à la France le Verbe. Il s'est présente autrefois sous la forme de frères a'armes, de légions amies; aiyourd'hui, sous celle d'exilés, de mendiants. En marchant vers le secret de son existence, il marchait vers le secret de toutes les existences. Dieu ne commence à fbrmer sa cour que parmi les mendiants.

« Ainsi c'est en exploitant le nom des Po- Jooais, en se couvrant de leurs malheurs» que M. Mickiewicz apporte le Verbe nouveau, qu'il insulte à la religion de la minorité des Français I Comme Polonais, comme catholique, en mon nom et au nom de mes compatriotes, je proteste contre cette calomnie. » Un catholique polonais.

Joignons à cet article, comme pièces justilicauveSy les quelques fragments que voici, extraits du Banquet du 17 janvier 1841, bro-

MTSTIQUES 90i

churo d'une feuille in-8*, chex Béchet, 14> rue de Sorbonne.

Le traducteur de cet opuscule l'a fait précéder d'une note ainsi conçue :

• Aux auditeurs du cours de langues et littératures slaves,

« Nous croyons rendre service aux auditeurs habituels du cours de M. Mickiewicz en leur offrant la traduction fidèle de récrit dont ils l'entendent souvent parler, non-seulement avec les plus çranos éloges, mais même avec une admiration exaltée et passionnée ; il pourront juger par eux-mêmes ce gue c'est que cette production. Dans l'original polonais, elle porte pour titre : le Banfiuet (Biesiada); le professeur l'appelle ordinairement la Cène. L'auteur de cet écrit est un certain M, Towianski, homme parfaitement inconnu dans la littérature polonaise ; nous croyons même pouvoir affirmer le plus positivement, qu*il n'a paru jusqu'à ce jour rien autre chose de sa plume. »

Extraits,

« Au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. Ainsi soit-il.

ir Discours d'ouverture de la solennité du 17 janvier, célébrée intérieurement et extérieurement pour la plus grande gloire du Seigneur, et les plus ferventes actions de

grâce pour l'admission du frère dans le

giron du saint ministère ; célébrée en une assemblée petite et paisible encore, comme il convient a ce premier pas de l'œuvre sainte

Îui s'accomplit dans le monde extérieur, 'une œuvre qui, jusqu'à présent, état tout entière dans le monde des esprits. »

« Représentons-nous l'homme comme la dernière çalne, comme le dernier point visible par lequel des nuées d'esprit agissent invisiblement. Ces masses d'esprits* arm(^s sont très-diverses, car l'esprit de l'homme, que dis-je? l'esprit de chaque créature doit s'accorder avec eux, pour former une certaine harmonie prescrite par le décret du Très-Haut. — Des nuées d*esprits cme l'œil ne peut embrasser encombrent le globe terrestre, lesquels ordinairement, en cet état d'esprits, sans enveloppe, sans organisation, c'est-à-dire sans vie selon la terre, accomplissent leur pénitence en se façonnant et en attendant que la volonté supérieure les introduise de nouveau dans cette vie terrestre qui est la mort pour tout esprit, car elle est la destruction de ses facuhés, de ses caractères, de sa force; — ou bien, comme les esprits supérieurs, esprits saints, qui, ayant déjà accompli le pèlerinage terrestre selon les lois de ramour, ne peuvent plus, à cause de leur élévation, demeurer sous aucune

espnt,

« — La terre est une vallée, car les esprits inférieurs, d'où les tentations, occupent exclusivement sa surface. — Mais Dieu ayant, du haut de ses tabernacles éternels.

MYSTIQUES

MTSTIQCES

envoyé Jésus-Christ, a vaincu, dispersé en partie le mal terrestre, car Jésus-thrist a ouvert le chemin du ciel, a vaincu l'enfer, c'est-à-dire les esprits inférieurs qui encombrent la terre et la gouvernent selon leur nature.... »

« Aujourd'hui donc, lorsque, par la falsification de la lumière de Jésus-Cnrîst, ou par son extinction totale, pour n'avoir pas nourri le feu divin dans nos cœurs, les colonnes obscures se sont de nouveau étendues sur U terre parla force de la mômeloi,Dieu résolût, dans son inextinguible miséricorde, que, non-seulement la lumière de Jésus-Christ fût éfiurée et attisée, mais encore qu'elle fût mise dans une telle tension qu'il s'en allumell une étoile ardente, et que le feu de l'amour divin, feu de la nouvelle alliance, réjouît la terre assombrie, afin que l'enfer perdttplus de son sceptre, plus de son pouvoir ; car les nuées des mauvais esprits, ces Colonnes obscures, par la force de la même loi, sont obligées de fuir devant l'étoile, tandis que les esprits purs descendent à la lumière divine. — Et lorsque, d'après la miséricorde révélée pour la terre, Dieu, en envoyant de ces espaces non terrestres des esprits supérieurs, et attisant toigours davantage le feu de son amour, l'œuvre, du temps du septième envoyé, le plus attiré, et que ce feu aura embrasé la terre, alors le mal disparaîtra de la terre, périray selon la sainte expression. »

« L'homme possède la volonté, mais elle est uuo partie inilniment petite de ses actions. Souvent Dieu met l'homme en liberté, lui facilite tout, et les colonnes de lumière et d'obscurité se retirent, et attendent que rhomme, abandonné à lui-même et entièrement libre, prenne nécessairement une direction, et après cette direction prise vers la lumière ou l'obscurité, les colonnes lumineuses ou obscures, en vertu de la loi de Tharmonie, loi suprême, occupent (encombrent) l'intérieur de l'homme et le gouvernent d'après leur nature. Un grand et volontaire assombrissement de l'âme produit ce fatal elfet, que pour longtemps une colonne obscure occupe l'âme uumaine ; et un tel homme, d'après les paroles de la révélation, « est abandonné au pouvoir du mal, • Un tel malheureux perd sa volonté, car une colonne sombre occupe, encombre son es- ])rit. Il a toujours la liberté de sortir de cet état par un eâort intérieur; il peut, au milieu de cet enfer où. il se trouve, faire jaillir une petite lumière, et évoquer, au moyeu de cette petite lumière, une colonne protectrice au sein de son malheur. Hais cela est nresque impossible, car s'il ne Ta pas fait, libre et la grâce aidant, comment y réus^ ,sira-t^il au milieu d*une atmosphère infernale ? Il arrivera un tem|>s où, en vertu de la miséricorde divine, il recevra encore la liberté et le secours de la grâce, et il lui adviendra de nouveau, suivant l'usage qu'il fera des dons du ciel. Qu*est-ce donc que notre raison icrrcslre î Qu est-ce que a doc-

trine? Qu'est-ce que la force terrestre? Combien, sur notre vrai chemin, la lumière terrestre la plus haute n'est rien auprès de celle de Dieu, lorsque le plus élevé sur la terre (d'après les paroles de la révélation) peut, dans la seconde vie, n'être pas même un homme, et l'esprit d'un ours, ayant quitté les plaines polaires, peut arriver au comble d'élévation dans la première capitale da monde.... j»

« .... L*amour, le plus saint des sentiments, doitêtrereçuvolontaîrement parla créature; — de cette pleine spontanéité dépend la sainteté de l'amour partant de Dieu, qui n'esl que l'amour même. — L'amour exigé, im-

5 osé, ordonné, même par la toute-puissance e Dieu, cesserait d'être amour, perdrait sa sainteté, son éclat céleste. — Quand nous aurons senti cet être, nous sentirons pourcjuoi le Seigneur, le Tout-Puissant, qui, d'un seul signe de sa volonté, ébranle les globes, peut les élever et les détruire, pourquoi fait-il tant d'efforts pour gagner un seul soupir d'un seul ver de terre? »

« Et à nous, hommes coopérant à l'œuvre de l'esprit, il nous est permis de vider li coupe avec un ardent soupir, pour la prospérité de l'œuvre et de notre patrie. Pr^ mière coupe de ce genre sur la terre ; car il n'y eut pomt encore de tel service sur la terre, et par conséquent de telle coupe, en nous souvenant qu'il est permis k rhomme de renouveler la sainte Cène du Seigneur en élevant l'esprit.

Premier toast. (À Dieu.)

« Dieu I daigne recevoir à ta gloire cette exposition de l'œuvre de l'esprit dans .es termes terrestres :

« Pour ta prospérité, pomr que toi nom, ô Seigneur, soit sanctiQé, pour la prospérité de la plus sainte cause des peuples, pour la prospérité de notre patrie.

Deuxième toast. (A Napoléon.)

« La miséricorde du Seigneur, le paniOD et le repos, et prompte union avec nousl O esprit, cher pour lous, d'un héros, frère, collègue et coonérateur dans Tceuvre sainte. O toi, maître illuminé, connaissant de plus près les décrets du Seigneur en faveur delà terre 1 toi qui, après vingt années de souffrances, par permission supérieure, partages en ce moment notre banquet eu esprit, refots en ce moment notre solennelle assurance (et calme les soucis qui te rongent^ ô omb» chère 1) que nous ferons tous nos efforts pour devenir dociles à tes inspirations, à la di- «rection que, d'après la volonté de Dieu, dont tu es plus rapproché, tu nous inxfnmras iH)ur la joie, le repds et le salut de tou esprit. »

Troisième toast. (Au flPère nouvellement

admis.)

« Pour la prospérité, la bénédiction et b santé du très-cher frère qui, par grâce «l privilège de Dieu, enirant dans le giron du saint-olïîce, a rempli notre cœur de joie

MYSTIQUES

MYSTIQUES

Aûfi

Vire t q^i^ii marche dans la paii et la

force« eonduit par la droite toute puis9aDte sur le chemin sacré de sa grande destinée. » D*après Tauteur du Banquet ^ le inonde matériel est un immense laboratoire employé à l'épuration et à la sublimation des esprits.

Chaque globe, dans ce travail, a sa destination propre, et la terre, le moindre de tous les globes, est le siège des opérations les plus grossières (1).

Toutes les créatures ont un esprit, les animaux et les végétaux aussi bien que rbomme (2); et si ce dernier est le roi de la création, ce n*est pas pour qu'il oublie, comme il le fait, les droits de ses sujets, ruais pour quil les aide au contraire à monter plus haut (3).

Ne vantons point trop notre supériorité. La docirine, la raison, la fbree terrestre, sont peu de chose en définitive, car « le plus élevé sur la terre peut, dans la seconde vie, nïHre pas même un homme, et l'esprit d'un ours, ayant quitté les plaines polaires, peut arriver au comble de l'élévation dans la première capitale du monde {k). » Le christianisme avait soupçonné cette grande vérité, et )a sympathie des chrétiens pour les animaux eu est une preuve très-remarquable. Toutefois, 1rs races inférieures ne devaient être compléKemenI réhabilitées que sous le règne de la nouvelle doctrine (5).

Comment l'esprit de cliaque créature se perfeetionoe-t-il, et quelle est ici^as son action ? Le voici :

Le globe terrestre est entouré d'une mul* titude innombrable û'espriiê libre$ , sans organisation, qui agissent invisiblement (6). On en distingue trois espèces : les esprits fupérieursj les esprits ultérieurs et les esprits que j'appellerai mixtes^ lauted'un terme plus précis (7).

Parmi les esprits supérieurs, les uns n'ont

t'amais pris de forme matérielle, tant est sublime leur naturel les autres ont revêtu dos corps ; mais, ayant accompli le pèlerin- ^age terrestre selon les lois de famour, ils oe recommenceront point leur épreuve, et ils continueront de vivre à l'état d'esprits libres (8). Ceux-là sont les anges, les chérubins, et ceux-ci les saints, les bienheureux (9). Ils forment tous des colonnes luinineusesy et au sommet de la plus élevée se trouve Dieu.

Les esprits inférieurs sont les mauvais esprits, les légions infernales ; Satan dirige leurs ténébreuses colonnes.

Quelle est leur origine? Sont-ils naturellement perrers? Faut-u voir en eux des êtres déchus? Seront-ils réhabilités? Questions

!l) Le B«fMiie(, p. IS.

t\ Leçon du S6 mars, et le Itatiqustf p. 6. 3) Leçon du 26 mars.

Ul Le BoHauei^ p. 8.

(5) Leçon ilii S6 mars.

m Le Banquet^ p. 6.

m Le Banquet, passim.

[0} id.^ p. 6.

Diction a. de Littérature cuiiét.

sans solution, ou dont la solutioo est obscure et douteuse !

Les esprits mixtes comprennent ceux qui, n*avant point accompli le pèlerinage selon les lois de l'amour^ subissent une sorte de pénitence, et « se façonnent en attendant que la volonté supérieure les introduise de nouveau dans cette vie terrestre (1) . »

Ces trois ordres d'esprits libres s unissent ou cherchent à s*uniraux esprits captifs revêtus d'une organisation matérielle, qui sont pour eux comme des instruments , des moyens d'action ; d'un autre côté, les esprits captifs peuvent accepter ou refuser leur concours, attirer les colonnes lumineuses, ou se laisser dominer par les colonnes obscures. Dans le premier cas, ils méritent et se perfectionnent. Ils déméritent dans le second cas (2).

Mais laissons là les races inférieures, le$ animaux et les végétaux, et occupons-nous de l'homme exclusivement.

L'homme, esprit et corps, est le plus délicat des instruments mis sur la terre à la disposition des esprits libres. C'est le dernier potfi^, la dernière gatne par laquelle ils agissent.

L'homme possède la volonté, mais elle est une partie infiniment petite de ses actions. Il ne peut que repousser les esprits inférieurs quand ils veulent s'em(»arer de son Ame, et attirer au contraire les esprits supérieurs par des aspirations brûlantes. Lorsque la direction est prise, que les colonnes lumineuses ou les colonnes obscures sont descendues, que l'homme a fait le vide du côté du bien ou du côté du mal, le sort en est jeté« il ne s'appartient plus. Les esprits occupent son inténeur, et Je gouvernent selon leur nature.

L'homme que les mauvais esprits possè^ dent est abandonné au pouvoir du mal. Il

Serd sa volonté, et cela, jusqu'à ce que Dieu I lui rende, car il est presque impossible qu'il sorte de son malheureux état, et qu'il attire spontanément la colonne lumineuse, puisqu'il n'a pu y réussir étant libre et la grâce aidant (3).

Il y a donc lutte entre les esprits inférieurs et les esprits supérieurs se disputant le cœur de Phomme. Quant aux esprits mixtes, ils sont nos anges gardiens. Us s'introduisent aussi dans nos Ames, s'efforcent de les bien diriger, et la fin de leur pénitence est à ce prix (4).

Les esprits supérieurs ont eux-mêmes un grand intérêt à s'emparer de notre intérieur pour y allumer les flammes de Tamour. En effbt, tant qu'ils n'auront pas rempli cette mission, tant qu'ils n^auront pas vaincu les colonnes sombres, ils seront obli^s de demeurer sur la terre et ne pourront jouir oovplétement du bonheur céleste (5).

({) La Banquêt, p. 6.

(i) Le Banquet, passim.

Î5) Le Banquet, p. B.

4) Id., passim.

5) Le Banquet, p, 9 ei 10.

MYSTIOLES

MTSTIQUtlS

Ainsi, la félicit<^ des saints et des anges, et la délivrance des esprits mixtes sont entre oos mains» et en ouvrant notre cœur aux colonnes lumineuses, nous servons not^ seulemmi ia lerrey mais même te eiel (1).

La force, la vertu, le devoir de rhomme, consistant à évoquer les colonnes d'esprits supérieurs^ et « tout dépendant du mouTement de notre Ame pour Dieu, considérons que sont toutes espèces de formes, que sont les confessions, le^ communions, sans ce mouvement? Ahl que^dis-je? que sont ces formes qui nous étourdissent sur la Yoix de ce père aimant qui nous sollicite à ce mouvement attendu par lui, ces formes qui étouffent les inquiétudes de la conscience ? c'est lorsque le mal tourne à son profit les moyens donnés par Dieu, lorsque, dans les temples, des fumées noires s'élèvent pour Satan, que le triomphe du mal est accompli. Maïs, ô vaines entreprises! elles ne sont rien, ces vertus froides, mortes; ces prières, ces formes, ces fondations sans nombre : il n'y a que d'écouter Dieu parlant par la voix de son vicaire : Mon fils , donne-moi ton cœur; qii'une seule émotion, qu'une illumination de l'Ame qui peut nous amener une colonne d'esprits saints, d'où la grAce, la bénédiction, le ciel (2).

Existe-t-il un moyen sûr et infaillible de distinguer les esprits supérieurs des esprits inférieurs à leur entrée dans notre Amer Les anges de ténèbres ne se transforment-ils jamais en anges de lumière? Si l'homme, une fois encombré par les colonnes inférieures, perd $a volonti; s'il est tellement abandonné au pouvoir du mal qu'il lui soit presque impossible de s'y soustraire, tant que Dieu ne lui a pas rendu sa liberié; si, quand une colonne lumineuse ou ténébreuse s'est emparée de lui, il n*est plus qu'un instrument f une jjfalne, une enveloppe au service des esprits, le libre arbitre ne se trouve-t-il pas réduit à des proportions insignifiantes? On me dira probablement que l'homme peut d'abord choisir entre les bons et les mauvais esprits 1 C'est vrai, au début, mais ensuite, il est passif, et l'on ne saurait désormais lui imputer des actions auxquelles il devient moralement étranger. C'est Tesprit qui l'encombre, le dirise, le mène, qu'il faut récompenser ou punir.

Ces objections sont graves, et les prophètes n'y répondent pas.

La question de la vie future me paraît très-clairement résolue. Ceux oui auront accompli le pèlerinage terrestre selon les lois do l'amour, iront avec les séraphins et les bienheureux continuer leur vie a l'état d'esprits libres, en attendant l'ouverture définitive du ciel. Les autres, après avoir subi leur pénitence, rentreront, soit dans le corps d'un homme, soit dans celui d'un animal, soit dans celui d'une plante, suivant leurs mérites.

M. Miekiewicz a déclaré que l'honneur

d'être aujourd'hui l'apôtre de la fai nouvelle ferait la consolation de toute ia vit tt de toutes ses vies (1). L'homme peut donc conserver le souvenir de ses existences passées; mais une telle faveur n'est probablement ac« cordée qu'aux prophètes.

Envisagé au point de vue historique, le système n'est pas moins curieux. Examinons en peu de mots ses principales applications.

Depuis la création du monde jusqu'à Jésus-Christ, les colonnes lumineuses furent dominées par les colonnes obscures.

C'est cette période que Vintras et les précédents réformateurs montanistès désignent sous le nom de règne de justice^ règne in Pire.

Jésus-Christ, le premier après Dieu (% dans la colonne des grands chérubins tit descendre les esprits supérieurs sur la terre. Il racheta le Genre humain (3). « La sainte Vierge écrasa la tète du serpent, parce qu'elle fut l'instrument si important de la dispersion des ténèbres par les colonnes 4umineuses {k). »

« Mais jamais encore jusqu'ici la colonne lumineuse ne posséda le sceptre delà terre; la lumière de Jésus-Christ combattant encore contre des ténèbres prédominantes, n'est point arrivée jusqu'à ce point de force et de puissance. » D'ailleurs, on i'a/a/ii/t^c pour se raccommoder. Elle a servi d tiuIrMment à Vorgueil (5).

Cependant, après deux mille années lunaires célestes^ Dieu a réclamé contre le j «pillage de sa grâce, et une nouvelle grâct et miséricorde doivent être répandues sur la terre.

« C'est à la moitié du xix' siècle que tu as réservé, 6 Seigneur ! cet honneur, celle joie, ce phénomène inconnu au globe : le pouvoir en la possession de la colonne lumineuse et la domination de la lumière, de la vérité et de l'amour (6). »

Les esprits supérieurs ne cônserYeront pas toujours, il est vrai, ce pouvoir dans sa plénitude; mais ils ne le perdront plus entièrement, et dorénavant « il sera balancé entre l'esprit de lumière et l'esprit de ténèbres. »

Deux peuples recevront d'abord la grâce du Seigneur et serviront à éclairer les autres : le peuple Slaveet le peuple Français;?' ; « et même aujourd'hui, la France présente, sinon un point lumineux, du moins un poiat gris au milieu des ténèbres du globe. — Et cela est le développement élémentaire, progressif de ta miséricordieuse pensée» ^ Dieu (8) I

(!) Leçon du 86 mars.

(I) Le fianaiicl, p. 9.

(%) id., p. 13.

Banquet^ p. iè. — Après Dieu! c'esthBegalion formelle de la divinité de Jésas-Cbriti. V. Inckiewic2 s*en est expliqué plus nettement dans b i^ çon du 26 mars.

(3) Le Banquet^ p. 8.

(4) Le Banguei^ p. 0.

ei Le Banquet, p. 1t.

7) Leçon du 21 uiai.

8) ÏAi Banquet, p. il.

MYSTIQUES

MYSTIQUES

Un Messie (Towianski) Tient d*£tre envoyé pour prêcher le nouvel Evangile el diriger l'œuvre naissante. Il arrive du fond (le la LiUmanie (1); il ne faut point contester sa mission* car il a guéri plusieurs malades, et au premier jour il ressuscitera des morts (2) I

Ce messie religieux sera secondé par un messie politique; et tandis que Yintras prédit la conversion et le triomphe de toais XVII, Towianski et M. Mickiewicz proclament le retour de Napoléon parmi nous. L'esprit de ce héros, n'ayant point entièrement accompli le pèlerinage terrestre selon les lois de l'amour, achève sa pénitence, en attendant que Dieu le délivre et riocame de nouveau (3). Il fait partie des esprits mixtes dont 1 épreuve n'est point finie. 11 cherchée descendre dans nos cœurs, aUo de les préparer, de les secourir, et de mériter ainsi sa délivrance {h).

Ceux que la Providence a choisis pour commencer l'œuvre de la miséricorde et de la grâce doivent se disposer à l'apostolat d'une manière toute spéciale, s'enfermer dans h cloître de leur intérieur (5), se détacher de ce qui est humain, et travailler ions scruter tes destins^ sans demander la raison des volontés divines. Ils doivent actirer la lumière de Jésus -Christ jusqu'à Fétatdefeu de l'étoile^ Vattiser par des prières, des actes de contrition, d'humilité, d'amour, à l'aide du Gravât'/ intérieur de fdme (6).4ls doivent surtout attirer en eux Tesprit de Napoléon et suivre ses inspirations, afin d'abréger la durée de sa peine et de hâter son retour (7).

Tels sont les rêves de nos poètes prétendus religieux, et nous enregistrons déjà <x)mme des curiosités littéraires ces révélations qui devaient changer la face du monde, et qui sont si tristement renouve- * lées des Orientaux et des Grecs. Mais il faut bien permettre à Towianski de se croire Napoléon, quand Pierre Leroux se croit Pylhagore. Dieu a rendu folle la sagesse des sa-

ÎV^^ pour faire triompher la sainte folie de A croix au-dessus de toute sagesse.

C'est à saint François d'Assise, c'est à saint Jean de la Croix, c'est à sainte Thérèse qu'il faut demander le véritable esprit de la poésie mystique, c*est dans le Traité de l'amour de Dieu par saint François de Sales qu'il faut chercher les inspirations de cette éloquence qui vient du cœur ; c'est dans les livres de M. Olier qu'on apprendra

(1| Le Banquet, p. 14.

, , On raconte l'anecdote suivante : Mgr rarcbe- ▼éque de Pans demandant un jour à M. Mickiewica la preuve de la mission de Towianaki , le professeur lui répoDdil : Monseigneur, il Tait des miracles. D a même guéri une femme qui était dangereusement malade. (Annales de philoiovhie chrétienne^ u* d^avril 4844. Les Verbes nouveaux,)

(3| Le Banquet, p. 14, et leçon du 28 mai.

(4) he Banquet, p. 14, 15 et 16.

(5)/rf., p.l4.

m Id., p. 7.

(n Id., p. 15 et 16, et passim.

l'énergie de la foi chrétienne et les stoïques beautés de la vie intérieure. M. Olier, curé de Saint-Sulpice et fondateur de la société des prêtres qui dirigent actuellement les principaux séminaires do France, est un grand mystique, et nous oserions presque dire un grand génie encore inconnu, tant il y a de grandeur dans ses conceptions, de force dans son style, et même de poésie dans les révélations dont il fut favorisé. Plusieurs de ses ouvrages encore inédits qui nous ont été communiqués par le vénérable M. Gamier, l 'avant-dernier supérieur de le congrégation des Sulpiciens, contiennent des choses de la plus grande beauté sur la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la personne de ceux qui le servent, et sur la lumière spéciale qui forme l'auréole des saints. Les relations do M. Olier avec la vé lérable mère Agnès pourraient fournir le suiet d'une légende très-poétique et très-toucnanlc. Voici comment il raconte lui-même ce mystère de charité:

« Un jour, étant dans la retraite, où je me disposais pour entreprendre le premier voyage de la mission d'Auvergne, je vis cette sainte Ame venir à moi. Quoique je fusse effectivement assis, néanmoins j*étais à genoux en esprit. Elle portait en une main un cruciflx, et un chapelet de l'autre. Son ange, parfaitement beau, portait la queue de son manteau d*une main, et un mouchoir de l'autre, pour recevoir les larmes dont elle était baignée ; et, avec un visage pénitent et affligé, elle me dit : Je pleure pour toi. Ce qui me donna beaucoup au cœur, et me remplit d'une douce tristesse. J*ai même son crucifix, et j'ai reçu son mouchoir pleiu^ de saintes larmes. Son bon ange, que l'on croit être un séraphin, m'a été donné l'avant-veiHe du jour que j'appris sa mort. Etant à la campagne, voilà un ange qui fond sur moi comme un aigle ferait sur sa proie ; et comme il m'embrassait, j*eatendis ces paroles de mon ange : Honore bien l'ange qui esi auprès de loi : e'esi un du plus grands qui se soient donnés à créature sur terre. J'a* vais bien ressenti quelques caresses du bon ange de la paroisse» mais pour celui-ci je me souviens que, passant par les rues de Paris quelque temps après ( c'était sur le pont Notce-Dame, où il vit les anges de tous les marchands }, il me sembla que je voyais les honunages et les srands respects que tous les autres anges lui rendaient. Or le jour que j'appris cette mort, aussitôt, touché, Je m en allai devant le saint sacrement... j'entendis une voix dans mon cœur qui partait dii tabernacle, qui me dit : Je val laissé mon ange ; paroles qui me fortifièrent tellement, qu elles m empêchèrent de pleurer et de m'aifliger davantage. »

Cet esprit d'expiation, ce sacrifice incessant des justes les uns pour les autres, et des justes pour les pécheurs, ces chastes embrassemenls de deux Ames saintes qui se rencontrent dans le tabernacle où repose lei Dieu immolé, ces douceurs amères 4e la croix, ces échanges de larmes, cette vi<a

liTSTIQUES

MYSTIQUES

mi

cachée en Dieu, celte prolongation des douleurs du Calvaire dans la personne des saints* cette agonie d*une volonté qui meurt pour s'immortaliser dans robéissance, voilà le véritable génie du christianisme, voilà le mysticisme des vrais gnostiques , c'est-àdire de ceui qui savent ce que c'est qu'aimer Dieu. Arrière donc ces tendresses molles, ces rêveries sensuelles, ces mélanges d*a<mour profane qui déshonorent la poésie prétendue religieuse de notre époque! retrempons l'art chrétien dans les sources mêmes du christianisme. Le christianisme^ c'est la croix, et notre Parnasse doit être le Calvaire. N'essayons pas de mêler la nuit avec le jour. Us sont inconciliables : dès que le jour paraît, la nuit s'en va. N'essayons pas de concilier le panthéisme avec la vérité catholique, et la matière avec l'esprit : leur dualisme est éternel. Affirmer l'unité de substance, c'est matérialiser l'esprit. Dire que tout est Dieu, c'est affirmer que Dieu irest pas. Prétendrions-nous renvoyer le Verbe éternel à l'école de Spinosa? Peut-on concilier ensemble la négation et l'affirmation sans les faire changer de nature? Que nous veulent donc les mystiques de la matière, les faquirs de la fatalité et les brames de l'attraction? Us savent bien guedujour où nous leur donnerions la main, nous ne serions plus catholiques; et de leur doctrine à la nôtre, la destruction et l'absorption de l'une des deux est la seule concilia*tion possible.

Résumons-nous. La chair et l'esprit, l'orgueil et la fol, le sensualisme et l'ascétisme, se font dans le monde une guerre qui maintient l'équilibre moral dans la société des hommes, et celte guerre durera autant que le monde. Chacune des deux forces revendique pour elle la divinité et la reli^on ; l'une nie ce que l'autre affirme, et réciproquement. Les anciens avaient pressenti ce mystère, lorsqu'ils faisaient lutter Eroset Anteros ; parmi nous, c'est le Christ et i'Anteehrist qui luttent l'un contre l'autre. L'Antéchrist, parodie le Christ; il a ses ministres, ses mjrstères, ses hymnes, ses poètes. Le mysticisme de l'Antéchrist n'est gue l'ésotérisme des joies de la cbair^ qui ensevelissent l'ftme dans une désolation éternelle. Le mysticisme est la poésie intime des âmes, et c'est en lui qu'on trouve les sources de l'inspiration littéraire. Il faut donc veiller sur soi-même pour ne pas se laisser surprendre à des rêves contagieux; il faut craindre le venin des doctrines matérialistes dont est infectée l'école moderne, et n'étu* dier que les vrais maîtres, qui sont les écrivains sacrés, les Pères et les saints. Le mysticisme des autres n'est que de la corruption dans les mœurs et de ramphigouri dans le style.

Ce n'est pas seulement dans les écrits des saints, c'est aussi dans leur vie, qu'il faut étudier ces secrets de la véritable vie intérieure, qui resteront toujours i^orés aux chrétiens infidèles, et seront pour la sagesse mondaine un éternel scandale. Sainte Elisa-

beth passant sa vie avec des lépreux, chassée comme une mendiante, et se soumettant avec joie aux rudes traitements de maître Conrad, ne sera jamais une héroïne de roman

f>rofane. Mais demandez à M. de Montaembert ce qu'on peut faire de sa légende? Le monde ne comprendra jamais rhèroisme de tous ces grands cœurs, dont il n'était pas digne, et qui se sont consumés pour lui sur la croix : les stylites, les encuirassés, les stigmatisés, les saint François d'Assise, les saint Alexis, les saint Labre, toute cette sublime gueuserie, tous ces mendiants qui ne se seraient pas baissés pour ramasser la couronne du inonde, et qui, semblables à Moïse sur la pierre d'Horeb, soutenaient les trônes chrétiens par leurs prières* et faisaient aux empires appauvris de vertus l'aumône de leurs saintes larmes I et tous les pieux solitaires qui sauvaient le monde par leur exil et se soumettaient à la servitude volontaire pour conquérir aux liommes la véritable et innliénaLle libeKél Hennann Contracto, ou le contrefait, ce Job chrétien

Si souffrait pour l'amour de Marie dont il lit le fiance ; Henri Suso, dont la charilé était si tendre et si cruelle, si tendre pour Dieu et pour le prochain, si cruelle envers lui-même, car il porta toute sa vie une croix hérissée de clous qui lui* mordaient la chair. Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de citer dans leur vieux stvle quelques pages détachées de cette vie admirable :

(Tiré de la vie de Sti#o, c. 9).}

Entre plusieurs autres que le bon |)ere Suso desiroit réduire à Dieu, vint à luy vne femme fine et cauteleuse, portant vn cœur de loup sous vne couuerture d'honneste conuersation, comme il semblait : et se sçauoit si bien desguiser, qu'en longue espace de temps ledit Suso ne s'en |M>uuoit appero • uoir. Aunarauant elle estoit tomtiee en tu forfait vuain et deshonneste auec quelque homme : et non contente de oeste meschanceté, elle la voulut augmenter et agrauer, donnant l'enfant qui estoit venu à vn autre, qui en estoit du tout innocent. Mais le bim père ne la voulant chasser arrière de sojr pour ce forfait, escouta ses confessions, et luy fit beaucoup d'honnestetez et plaisirs : mais guant cela eut long temps duré, tant lui qu autres personoajges dignes de foy, co* gneurent quelle estoit en secret adonnée aux mesmes péchez qu'elle estoit auparauant. Ce que neantmoins il tint secret, ne la voulant manifester. Toutesfois il se retira d'elle, et ne lui fit plus de plaisirs accoustumez. Elle s'apperccvant de cela, lui mandt, qull ne fist pas ainsi : car si elle estoit frustrée des commoditez et profits qu'elle receuoit de luy, qui se repentoit, et lui bailleroit l'enfant qu'elle auoit eu d'vn séculier» duquel elle le diroit et affermeroit père, et que par cela elle lui f croit vn si grand deshonneur, qu'il en seroit par tout diffamé. II fut espouuanté de ces paroles, et demeurant quelque temps tout peusii^ il se print à souspirer du profond du cœur, et dit en soy

MYSTIQUES

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mesme : les angoisses me tiennent de tous costezv et ne scai où me tourner. Car si ie bis cela, ie suis malheureux, et si ie ne le fais, encore suis ie malheureux ; et par ainsi les angoisses m'enuironnent de toutes paris, en sorte qu'elles me peuuent accabler. Cependant il Bttendoit cTvn cœur paoureui ce Que Dieu permettoit à ce diable contre lui. Or 'il print ce conseil en soy et en Dieu, que c*estoit le meilleur pour le salut de son corps et de son Ame, de choisir entre deux maux, et se séparer de ceste meschante femme, quelque chose qu'il aduint de son honneur : ce qu'il suiuit aussi. Ceste femme fut tant esmeuë de cela, que courant de costé et d*autre aux religieux et aux séculiers, yolontiers de grande meschanceté qui la tenoit, elle se diffamoit elle mesme, seulement . afin de fiiire de Tennuy à ce pauure homme et affermoit k tout le monde, qu'elle auoit eu ces! enfant de lujr. Ceste chose offensa et scandalisa bien grandement tous ceux qui croyoient ce quelle disoit, et d'autant plus que le bruit de la sainteté d'iceluy s'estoit plus loin espandu. Cela lui transperçoit le cœur et Tame, et ne faisoit plus que lang[uir de misère et ançolsse : il passoit les nuicts sans dormir, et les ioufs en tristesse et en- Duy. 11 leua donc ses veux à Dieu auec un triste visage et profonds souspirs disant : O Seigneur, Toici ce temps misérable venu, Toici mon heure, comment pourray-ie endurer les grandes afflictions et destresses de mon coeur? O que ne suis-ie mort, afin de ne voir et entendre ceste calamité I O bénin lésas, vous mesme sçauez comme tous les iours i*ai honoré vostre tressaint nom, et en tous endroits i'ai tasché de le faire aimer d*vn chacun et honorer? voulez vous donc a|K>rler vn tel diffame et ignominie à mon nom ? A bon droit ie me puis plaindre de cela. L'ordre de Saint-Dominique célèbre et renommé receura tant de deshonneur et infamie de moy» que iamais ne cesseray de pleurer. O les angoisses de mon cœur. Les gens de bien, qpii iusques h présent m'ont honoré comme vn sainct homme, chose qui me pouuoit donner courage, maintenant ne me regarderont point autrement, que pour vn ai»useur de peuple, ce qui blesse mon ame de cruelles playes. Quand le bon père eut quelque temps poursuiui de telle sorte ses compiaiotes et lamentations, que la vie et les forces lui defailloieot, il y eut vne femme qui vînt à lui, disant : Monsieur pourquoy TOUS tourmentez vous ainsi? Prenez bon csourtige, aisément ie vous aideray, si me w coulez obeyr, et ferai en sorte, que ne perdrez vostre honneur et bonne renommée.

^reJïez donc bonne espérance et confort. Luy esleuant vn peu les yeux, dist : Par quel iiiojreD ferez vous cela ? Elle respondit : le l^resMlray cest enfant entre mes bras, et l'eraporlerajr sous mon manteau, et l'enterjreray août vif de nuict, ou le feray mourir, luy licliamt une aiguille dedans le cerueau. Quant fi sera mort, tout ce tumulte sera appaisé, et vostre honneur vous restera entier. Le bon père grandement indigné respondit ; O

femme la plus cruelle qui viue, feras-tu donc ainsi mourir ce pauure petit innocent? Que peut il mais, si sa mère est meschante? L'enterreras-tu tout vif? là n'aduienne, ià n'aduienne, que ce meurtre soit iamais commis par mon consentement. Hien à la vérité ne me sçauroit aduenir pire et plus domma- .geable de cecy, que la perte de ma bonne renommée : mais si la valeur d>n royaume entier estoit à ma disposition, bien volontiers auiourd*huy ie Toffrirois et resignerois à Dieu plustost, que Tendurer que ce sang innocent fust espandu. Mais elle dist : Vous n*auez pas engendré cest enfant: dequoy vous souciez vous s*il meurt ainsi? Et quant et quant elle va tirer vn grand Cousteau bien affilé disant : Laissez le moy emporter de deuant vous, ie luy auray tost coupé la gorge, ou bien ie luy mettrai ce Cousteau dedans le cœur: quand il sera ainsi mort vous serez en paix. Il respondit : Tais toy, meschante femme. A qui que soit cest enfant, il est neantmoins rormé à l'image de Dieu et racheté du précieux et sacré sang de lesus Christ, le ne voudrois donc qu'on espandit si cruellement son sang. Hais ceste femme se mettant en colère , dist : S'il ne vous plaist qu'on le tuë, à tout le moins endurez qu'on le mette à l'église le matin, comme on fait les enfans exi)Osez et abaurdonnez : autrement faudra que faciez des frais excessifs et intolérables , pour l'entretenir. Suso dist : Certainement i'ay con^ flance en Dieu tout puissant , qui a eu soin de moy iusques à présent , que facilement il fournira les choses nécessaires tant à moy qu'à ce petit enfant. Va donc , et me l'apporte secrettement ici , afin que îe le voya« Quand donc il l'eut pris entre ses bras , eo petit enfant lui sousrit. A cause dequoy souspirant du profond du cœfur, i) aist : Quoy, tueray;-ie ce beau petit enfant qui me rit ? là n'aduienne : Certainement i'èndure-* ray volontiers tout ce qui m'aduiendra pour l'amour de luy. Puis tournant amiablement son visage à l'enfant , il dist : O pauure petit enfant, que tu es vn orphelin misérable l Car celuy qui t'a engendré ne te veut auoûec pour sien, ton infidèle me'i e t'a voulu exposer et abandonner comme vn chien, duquel on ne tient aucunement compte. Mais par la permission de Dieu tu m'as e.«té donne, afia que ie sois ton père , ce qu'aussi feray-ie bien volontiers, et ne te receuray point d'autre part que de Dieu. Très-doux enfant, tu es dans mon sein , et combien que tu ne puisses parler, toutesfois lu me reganles doucement. Mais moy ie te regarde d'vn cœur nauré, d'vn oeil pleurant, et te baise amiablement. l'arrouse ta face délicate de mes chaudes larmes. Mais quand ce trèsbeau petit enfant sentit les larmes de Suso arrouser son visage» il se print pareillement à pleurer bien fort , et ainsi pleuroient tous deux. Or Suso voyant ce petit enfant pleurer, il le pressa amoureusement contre sa poitrine, oisant : Ne pleure point mon treseher fils. Pourchasseray-ie ta mort parce que tu n'es engendré de moy, et qu'à cause do

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toy il faudra que i'endure beaucoup de maux et de fascherle ? le ne te puis aucunement affliger : car tu seras mon fils et celuy de Dieu , et pendant que par la grâce de Dieu .i*auraj vne seule boucnee de pain , ie te la donneray à la louange de Dieu, et endureray Yolontairement tout ce qui m*aduiendra de ceci. Quand ceste furieuse femme, qui auait délibéré de tuer Tenfant , entendit ces lamentables pro^s f elle en eut le cœur totalement attendri, et se print à pleurer et crier bien haut, en sorte auMl la fallut faire taire, Suso craignant que la chose ne fust diuulguee. Apres qu'elle eut assez pleuré , il luy rendit le pett enfant, et luy souhaitant bon heur, il dist : Dieu te bénisse, et les saints anges d'iceluy te préservent de tout mal 1 et commanda quUl fust bien nourri et traité à ses despens. Apres ceci la détestable mère de cest enfant continua tousiours de plus en plus à ditfamer Suso en tous endroits , et principalement où cela luy pouuoit nuire, de sorte que plusieurs honnestes personnages auoient pitié de sa fortune, et souuent prioienl Dieu le iuste iuge, qu'il enuoyast la mort à ceste femme. Quelquefois viî sien ooiisin le fût trouuer : et lu^ dist : Malheur à cèste sacrilège femme, qui yous a ioûé vn si meschant tour. Certainement ie tous vengeray d'elle, le me cacberav quelque part sur ce grand pont, et quant elle passera dessus t la ielteray dans la riuiere, afin que par ce moyeu son eiecrable cruauté soit punie et vengée. Suso lui rcspondit, Ami ne faites pas cela. là n'aduienne que pour Tamour de mojr aucun soit mis à mort. Dieu qui cognoist les secrets de tous , sçait bien qu'à tort et sans cause elle m'a^accusé du fait de cest enfant. le recommande donc cest affaire es mains d'iceluy, afin qu'il la face mourir, ou la laisse viure , s'il luy semble bon. Et quand ie ne tiendrois compte du danger que mon ame encourroit , si je pourchassois la mort de ceste femme, toutesiois encore voudroy-ie honorer en elle toutes les autres chastes et honnestes femmes, et la laisserais viure. L'autre tout courroucé respondit à cela I Pour mon regard ie ne feroi aucune diflicuUé de tuer nomme ou femme, s'il m'auoit fait vne telle iniure. Suso luy dist : Ne faites pas cela : car ce seroit vne extrême cruauté et barbare témérité. Cessez donc, et me permettez aduenir toutes les croix et afflictions que Dieu voudra que i'endure. Or eeste affliction croissant, vne fois vaincu d'infirmité d'esprit, se trouuant par trop chargé et greué , il Touloit prendre quelaue récréation et allégement. Parquoy il s en alla voir deux de ses amis, afin de receuoir quelque consolation d'eux : lesquels s'estoient monstrez familiers et fidèles en son endroit , quand la fortune luy estoit riante. Mais Dieu permist en ce lieu , que de fait il experimentast en tous les deux , comme il n'y a rien de solide et d'entier es créatures. Car il ftit beaucoup plus griefuemenl affligé de ces deux et de leurs compagnons, que du peuple. L'vn de ces deux luy dist dos paroles fort asprcs et piquantes» et luy tourna

le dos auec grande indignation , vsant mesmes d'iniures et reproches. Entre autres choses qu'il luy dist iniorieusemeat, illui commanda de quitter son amitié et familiarité , d'autant qu'il auoit honte de hanter auec luy. Ces paroles luy touchoient au profond du cœur, et respondit d'vne Toii triste et lamentable : O mon frère , si Dieu auoit

1>ermis que vous fussiez tombé dans ce proond bourbier, coomie il a permis que ie sois tombé , ie me ietterois de bon cœur après vous , et vous en retirerois benignement. Mais helas I ce ne vous est assez de me voir profondement plongé , ains encores vous vous efforcez de me fouler a beaux pieds. le me plains de cela au cœur autresrois tant affligé du tres-pitoyable lesus : ma s cestuy luy commanda de se taire, disant auec iniure : C'est fait de vous. Non seulement vos sermons , mais encores les liores qu'auez faits , seront reiettez. Et luy dressant les yeux au ciel , respond doucement : le me fie en Dieu tout puissant , que mes Hures et mes esprits en temps oporluo seront beaucoup plus agréables et chers , que iamais ils n'ont esté par ci dcuant. Il reçeut ceste consolation vrayement lamentable de ses principaux compagnons et amis. Ei la mesme ville, iusques à ce temps les gens de bien l'auoient honnestement pourueu des choses nécessaires : mais quand ils cuteodirent ces faux bruits , tous ceux qui les croyoient se tindrent de l'aimer et de le secourir, iusques à tant que, sçachans bien la vérité de tout, ils retournèrent encores vers luy. Vn iour il s'assit pour prendre quelque peu de repos. Or estant cependant retiré des sens, il luy sembla qu'il auoit esté mené en quelque région intelligible. Là ciuelqu'vn parloit lors au fons de l'ame diceluy eo ceste manière : Escoute, escoute vne parole de consolation que ie le liray maintenant. 11 escoutoit attentiuement. 11 luy leut donc en latin ces paroles d'Esaye : Tu ne feras plm appellee delai$$ee^ et ta terre ne sera plus ef-

{mlee désolée : mais tu seras appellee^ ma e<H onte en icelle^ et ta terre sera habitée , cor 1$ Seigneur s'est pieu en toy (Esa. lxii). Quant il eut leu cela il le répéta par trois ou quatre fois. De quoy Suso s'esoierueillant , il disl : Que veut dire cela , que tant de fois vous me répétez ces choses ? Afin , dit-U, qu'asseurant vostre esprit en Dieu, vous ayez bonne confiance en luy , puis que mesma il pouruoira des choses nécessaires la terre de ses amis c'est k dire leurs corps mortels, et si quelque chose leur est ostee en vn endroit, il le leur rendra en lautre : Dieu vous en fera de mesme par sa bénignité. Tout cela aduint par après, et si eaidemment,que

Slusieurs en rioient de ioye, et louoient lieu , les yeux desquels parauant auoient iotté des larmes de grande pitié et coin; assion. Alors cest homme alili^ ressembloit à vne bestiole mangée et deschiree des loups« qui rend encore quelque odeur, dont les guespes et freslons amuez , y viennent par bandes, et acheuent de manger ce qui re>lo, iusques aux os, voire tirans la moelle Teni-

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portent en Tair auec eux : car il fut en la mesme sorte diuulgué et diffamé de tous costez par quelques vns religieux d*apparence » et qui faisoient cela sous couleur et

Juelques saintes ou deuotes complaintes et euis y aûn de se recréer les vns auec les autres comme par amitié , combien qu'il n*y eust en eux aucune fidélité. A cause de cela, il se sentit par fois aiguillonné de quelques mauuaises pensées en ceste manière : Pitoyable lesus, si quelqu*?n endure quelque tort des luifs, ou des Ethniques ou de ceux qae chacun cognoist estre meschans, cela se peut aucunement supporter. Mais ceux-ci semblent ^os amis 9 qui me tourmentent cruellement, à cause de quoy ceste croix est d*autant plus intolérable. Au reste reuenant à soy, et considérant toutes choses par raison et mcur iugement, il ne leur en donna aucune faute, ains se persuada que Dieu auoit ihit cela par eux, et qu'il deuoit ainsi endurer, et que Dieu par ses ennemis accomplit et [)arfait le salut éternel de ses amis, et s^iecialement lors qu'il estoit esmeu de ces aiguillons d'impatience, il lui fut interieuren:ent ainsi respondu : Souuienne-toy, que lesus Christ roulut auoir en sa compagnie, non seulement S. lean son très-cher disciple, et S. Pierre à lui tres-Qdèle, mais encore il Toulut endurer ce mescbant ludas. Toi donc qui Teux ensuiure lesus Christ, pourquoi endures tu è resret ton ludas t Tout souaain Toe pensée volante respondit ainsi à ces choses : Helas mon lesus, si vostre amy affligé D*auoit qu'YU ludas, cela seroit tolérable et facile a supporter : mais maintenant il n'y a coin qui n en soit rempli, de sorte qu'rn 8*eo allant, cinq autres se mettent en place. Il lui fut intérieurement respondu à ces choses ; Celu/ qui a l'esprit en bonne disposition, ne doit penser qu'aucun soit son ludas, mais plustost cooperateur de Dieu, par leouel doit estre exercité pour son salut spécial. Véritablement quand ludas trahit et hura lesus Christ par vn baiser, lesus Christ l'appella son ami, disant : Ami^ pourquoi eite$ tous venu? {Maii. xxiri.} Apres que Suso

i)lus qu'assez tourmenté de la façon, eut ong teoaps enduré calamité, il lui demeura quelque petite consolation, qui lui faisoit encores prendre quelque peu de courage, d'autant que le bruit semé de lui, n'estoit encores paruenu aux principaux prélats de son ordre. Mais Dieu lui osta bien tost ceste

{ petite consolation : Car celui qui estoit perect ou gênerai de tout l'ordre, et le prouincial de Germania vindrent l'yn auec l'autre en la Tille où ceste meschante femme auoit faussement accusé Suso. Ce que le panure bomme qui demeuroit autre part entendant, il fut merueilleusement esponvanté, et pensoit ainsi : Peut estre que tes supérieurs croiront ceste malheureuse femme, que s'ils le fontt c'est fiiit de ta vie. Car ils t'enfermeront pour fitire pénitence; il te vaudroit mieux endurer la mort. Ceste crainte le tour-\ luenta douze iours continuels et autant de nuicts, en sorte qu'il attendoit tousiours qu'on le chastiast de la façon. Un iour par

humaine infirmité il sortit dehors auec des gestes peu rassis, et composez, vaincu de la grande angoisse qui le tenoit : et pendant ceste lamentable contenance et composition de son homme extérieur et intérieur, il s'alla mettre en yu lieu secret et séparé delà compagnie des hommes, oà il ae pouuoit estre yeu ni entendu de personne, et tantost il iettoit des hauts soupirs,, tantost les tarmes lui venaient aux yeux, et puis après elles lui couloient impétueusement par tes iouës. 11 auoit le cœur si pressé, qu il ne pouuoit arrester en place : maintenant il s^assistoit, maintenant se leuant subit, il courroit çà et là par la chambre, comme s'il eust esté aux angoisses de la mort. Quelquesfois ces paroles lui venoient et toroboient au [)1us profond du cœur : Helas très-doux lesus, que ferez-vous de moi ? Comme donc il estoit ainsi misérablement tourmenté, ce qui s'ensuit lui fut diuinement inspiré : Où est maintenant ta résignation? où est le demeurer d'vn mesme estât et disposition, tant en aduersité qu'en prospérité ?Ce que toi-mesmes as bien souuentet ioyeusement conseillé aux autres, à sçiuoir comme ils se deuoient sans difiiculté resigner à Dieu, et ne hésiter aucunement. A quoi il respondit en pleurant : Demandez -vous donc où est ma résignation ? Mais moi ie vous demande» où est l'infinie miséricorde de Dieu enuers ses amis, le n'attends rien autre chose qu'vne extrême calamité, et suis en moi mesme tout esperdu, comme celui qui doit estre condamné à mort, et a perdu ses biens et son honneur. le pensois que Dieu fut bénin, pitoyable, et fidèle à tous ceux qui s'oseroient mettre et resi-

5ner entre ses mains : mais il semble auoir efailli en moi. Helas ceste fontaine de piété, qui n'a peu estre cstoupee, se tient découler vers moi malheureux. Ah, ce trespitojable cœur, la bénignité duquel est tes-^ moignee de tout le monde, m'a totalement abandonné en ma misère : il a destoumé ses yeux de moy en son visage serain. O face de mon Dieu 1 O cœur très-doux, ie n'eusse iamais creu, ie n'eusse jamais espéré de vous, que me deussiez reietter de la faQon. O ^bysuie infini, secourez ce misérable défi a mort. Vous sçauez que toute mon esperance et consolation est mise et colloquee en vous seul, et non en aucun autre qui soit au moude. Vous tous qui estes affiliez, escotttez moy, ie vous prie auiourd'hui. 11 n'y a certes cause raisonnable, pour laquelle on se doiue scandeliser de ceste mienne lamentable pertuj'bation, et de mes gestes mal composez. Car pendant que i'auois la résignation en la bouche, ce m'estoit chose plaisante d'en parler : mais ores i'ay le cœur tout outré de douleur, et les sagettes du Seigneur m'ont transpercé toutes les vaines» et ont espuisé mon cerueau, en sorte que ie n'ay membre en tout le corps, qui ne soit totalement consommé de douleur et de tourment; et comment enfin pourrai*ie estre resigné ? Apres qu'il se fut ainsi misérablement comporté iusques à la moitié du iour, ayant le cerueau fort affoibli et débilité, en-

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