‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 158 sur 194 · PARABOLES · texte numérisé non relu

PARABOLES

parler un jargon barbare. La yérité et la beauté doirent triompher toujours du mensonge et de la laideur.

PALINODIE. — Palinodie signifie chant final, ou fin du chant ; et ce que Ton entend par ce mot est une rétractation^ comme si la mort était la rétractation de la vie, comme le doute ou la négation peuvent être la fin de toute assertion philosophique et de toute poésie humaine.

Errare humanum est^ a dit un sage dont le mot est passé en proverbe , peneverare diabolicumj retractare angelicum, La palinodie , dans là littérature chrétienne, se nomme rétractation , et sous ce titre elle est honorée comme un acte de grande vertu. En effet, ai un démenti nous offense mortellement, combien ne devons-nous pas souffrir dans notre orgueil lorsque nous sommes réduits à nous démentir nous-mêmes» Je me suis trompé.

Ce mot, si simple et si facile à comorendre, semble ne pouvoir s'échapper qu*à regret de nos lèvres. Nous savons tous que nous sommes loin d*ètre infaillibles, mais nous rougissons de Tavouer. C'est pourquoi la rétractation a quelque chose d'héroïque lorsqu'elle est inspirée par un sincère amour de la vérité. La sublime vertu de pénitence estelle d'ailleurs autre chose que la rétractation d'une vie mauvaise? Quand David composa le beau psaume Miserere^ il chantait la palinodie de ses joies criminelles, et donnait un démenti formel à la sécurité de ses crimes et aux voluptueuses promesses de son péché.

Toutes les formes visibles étant tracées par un mélange de jour et d'ombre , et toutes les aOirmations dans les choses purement humaines étant balancées par des négations également probables , la persistance dans une opinion quelconque (en dehors des croyances religieuses, bien entendu) n'est qu'un acte d'obstination ou d'inertie de jugement. L'homme qui réfléchit, et qui est sincèrement intelligent , modifie ses opinions de jour en jour. Pascal et M jntaighe ont poussé à bout la philosophie, et l'ont acculée contre le doute universel. La foi seule peut nous sauver du scepticisme, et c^esl seulement d'après renseignement de la foi que nous pouvons aOirmer quelque chose sans craindre de nous tromper. Au bout de quel chemin la raison humaine n'aperçoit -elle pas un abime 7 Dans celui de la loi au moins elle marche en fermant les yeux et en se laissant guider par une main toujours sûre. En dehors de cette certitude surhumaine, le génie humain ne court pas grand risque à désavouer d'avance tout ce qu'il affirme : ce sera autant de gagné sur l'avenir. Notre point de vue chanxe à mesure que nous avançons dans la vie. Un homme qui, dans toute son existence, n'aurait eu qu une opinion, prouverait par là seulement gu'il est incapable d'avoir deux idées de suite , et que les leçons de l'expérience lui sont inutiles.

Saint Augustin a écrit tout un livre qu'il a intitulé ses Rétractations, Dans ses Confesêions f il raconte comment il fut tour à tour

indifférent et sensualîste, puis manichéefl,

{mis philosophe , puis enfin chrétien catfao ique et fervent. Saint Paul dit, en parlant de lui-même, et en appliquant la comparaison de sa propre expérience au progrès de l'humanité : Quand j étais un enfant ^ je tentais comme un enfant , je pensais comme un enfant 9 f agissais comme un enfant; mai$ quand je suis devenu homme , je me suis dépouillé de tout ce qui appartenait à renfanee. L'esprit humain ne reste jamais stationnaire : il faut qu'il avance ou qu'il recule, parce que le mouvement est pour toutes les choses vivantes une condition essentielle do la vie : aussi notre Ame se chante-t-elle à elle-même une continuelle palinodie, tant

2u'elle n'est pas à jamais fixée danslarie ternelle.

On a reproché à Montaigne et à Roussetu leurs fréquentes contradictions; on a eu tort, puisque, en philosophie, se contredire, c'est faire preuve de sincérité et de bonne foi. On sait que Montaime mettait à ses co> tradictions une nonchalance qui ressemblait à une sorte de coquetterie. U répondait d'ailleurs à tous par sa devise : « Que sais-je? » Les questions philosophiques sont d'ailleurs comme les diamants taillés à facettes : on peut les voir de plusieurs côtés. Il ne peut y avoir au monde d'absolument certain que ce qui est décidé par une autorité infaillible. Aussi Notre-Seigneur a-t-il dit : Ménagez pas^ afin de ne pas être jugés. Si nos jugements sur les choses peuvent être hasardés , combien sur les personnes ne peuvent-ils pas être téméraires? S'obstiner contre l'évidence dans un jugement qu'on a porté, c'est un entêtement puéril, i>oar ne pas dire davantage. « Je deviens vieui en apprenant toujours, » disait un ^age de Fantiquilé ; et celui-là no se serait certainement pas vanté de n'avoir jamais changé d opiuion sur rien.

Ce qui doit être invariable en nous , c*est la bonne foi et le désir de la vérité. Ainsi donc reconnaître nos erreurs, revenir surnos jugements, non-seulement ce n'est ja^ une honte , mais c'est un acte de haute justice, de générosité, et quelquefois même d'héroïsme, à cause de la vanité humaine. Un écrivain qui veut exploiter la faveur publi-

aue fait bien de ne jamais se démentir ; mais mentira à sa conscience, et ne sera jamais qu'un charlatan qui vend sa drogue. La sincérité est beaucoup plus estimable que li popularité; car elle est plus dillîcile et plus rare. Mais aux yeux de la religion une généreuse palinodie, une rétractation sincère, Çeut effacer tous les torts d'un grand «éine. but homme peut se tromper; perséîérer dans l'erreur qu'on reconnaît , c'est un entêtement diabolique ; se rétracter , c'est un acte digne d'un ange , car il a quelque cbose de surhumain. Errare humanum est, pennerare diabolicum^ retractare angelicum,

PARABOLES. — La parabole n'est autre chose que l'apologue appliqué k l'enseigne ment religieux, et, à cause de la dlffûié du

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