‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 159 sur 194 · PARABOLES · texte numérisé non relu

PARABOLES

sujet, on ne doit y employer que les hommes poar personnages.

Il est inutile de dire combien cette forme est propre à exciter Tattention des enfai^ts et du peuple, avec quelle facilité elle se

Kave aans la mémoire, et combien elle aide ntendement h comprendre par des com- E raisons sensibles les vérités spirituelles, sagesse éternelle elle-même ne doit nous laisser aucun doute à cet égard, et nous sa- Yoos que Notre-Seigneur ne parlait presque jamais qu*en paraboles.

. La parabole a encore un autre but que de faciliter Tintclligence d'une doctrine, elle sert aussi à dérober des vérités trop fortes à des intelligences trop faibles. Notre-Seigneur lui-même déclare à ses disciples qn*il dit tout en paraboles pour n'être pas compris de la multitude, et ailleurs il recommande de ne pas semer des perles devant les pourceaux. Dire que la doctrine de Notre- Seigneur était démocratique, c'est faire un contre-sens et un blasphème. Notre-Seigneur a loiyours prêclié et pratiqué l'obéissance aux pouvoirs établis : seulement l'Evangile substitue l'aristocratie de l'intelligence et de la yeriu à l'aristocratie de la naissance et de Targent. En d'autres termes, Jésus-Christ Teut émanciper l'esprit et lui subordonner la chair, ce qui n'est pas, comme on peut le comprendre tout d'abord, très-favorable au gouvernement dos multitudes par elles-mêmes. Toute l'œuvre politique du christianisoie consiste à substituer l'autorité infaillible de saint Pierre au despotisme de Néron. Quant aux rois, s'ils obéissent à saint Pierrei ils ont son infaillibilité pour garantie de leur pouvoir; s'ils sont opposés à saint Pierre, ils sont les héritiers ae Néron. Les héritiers de Néron sont les tyrans qui ont enlisé toutes les révolutions du monde; les enfants de saint Pierre sont les bons rois, et entre ceux-ci et ceux-là il n'y a de milieu possible que la plus affreuse anarchie.

L'esprit qui adte les multitudes est rc-^ présenté dans l'Evangile par le démon qui s'appelle légion^ et qui entraîne vers la mer un troupeau d'animaux immondes. On sait d'ailleurs que Pilate, lors du jugement de Jésus-Christ, se plaça lui-même par lâcheté entre l'absolutisme et la démocratie. Il pouirail et il devait absoudre l'innocent au nom de César, et il aima mieux le condamner au

gré d*une populace qui menaçait le préteur ans son créait. Nous dirons, criait cet abominable peuple, que vous néie$ pas l^anii de César l Pilate eut peur, il mit aux voix la mort du juste, et la foule s'écria comme un s^ul homme : Qu'il soit crucifié!

Jésus connaissait la multitude, et ne s'a*dressait qu'aux esprits d'élite. La multitude est appelée sans doute, disait-il; mais les éXus sont en petit nombre : Mulii entm sunt ^494:ati% pauci vero elecH.

Kemai*quons bien ici qu'en parlant de la fn tjltitude nous n'avons pas égard au rang et ^ la classe selon le choix aveugle de la for- 1 13 ïïie. Les apôtres étaient choisis dans le bas |X5iipIe, et les premiers chrétiens ont été des

artisans et des pauvres; mais ce n'était pas pour cela seulement qu'ils étaient choisis : c'est qu'ils étafent les premiers selon l'es-^ prit, et qu'ils devaient par conséquent être préférés aux premiers selon la chair, puisqu'il s'agissait uniquement de soumettre la chair h l'esprit.

Etre compris des spirituels et non des charnels, telle était donc l'intention de Jésus- Christ dans ses paraboles. La raison transcendante de cet ésotérisme est magnifiquement exprimée par le poète aUesBand Schiller dans des vers que M. Emile Itesefaaiqps traduit ainsi :

Oh ! ne conûons ijas, nar un jeu criminel , Les célestes clartés à Taveugle étemel ! Il s'en fait une torche, et, d une main hardie , Au lieu de la lumière , il répand Tincendie.

La réprobation des Juifs et la vocation des

Sentils est le sujet principal des paraboles e l'Evangile. Le pharisaïsme, appuyé sur les promesses gu'il interprétait dans un sens tout matériel, croyait que le salut était exclusivement réservé pour toujours à la Synaço^ue. Dire le cCHilraire, c'était détruire

ne voulait pas annoncer clairement. une vé* rite qui pouvait scandaliser les faibles : il se C( ntente donc de faire entendre qu'à des heures différentes le père de famille envoie des ouvriers à sa vigne, et qu'ils recevront tous le même salaire; que la porte sera fermée aux vierges folles qui laissent éteindre leur lampe; que l'enfant prodigue sera accueilli à son retour, malgré la jalousie de son frère; que la brebis égarée est celle dont s'inquiète le plus le bon pasteur; que la prière du publicain qui s'humilie est plus agréable au Seigneur que celle du pharisien orgueilleux; que le bon samaritain est préférable au prêtre sans miséricoide et au lévite sans charité.

Les autres paraboles sont dirigées contre la dureté des mauvais riches. On y voit le propriétaire qui rêve à l'agrandissement de ses greniers, et qui va mourir le lendemain; le riche qui laisse sans secours le pauvre Lazare, et oui est enseveli ensuite dans l'enfer, où il implore une goutte d'eau sans pouvoir l'obtenir. Partoutle Sauveur montre la charité comme étant la piété véritable, et menace les hypocrites de l'enfer. Les auteurs qui ont composé les évangiles apocryphes ont voulu continuer, dans les circonstances roê* mes de la vie du Sauveur, le système de paraboles employé par le divin Maître, et ont inventé de la sorte plusieurs miracles allégoriques (Voy. Apocryphes), et les auteurs de différents . ouvrages philosophiques sur l'Ecriture ont voulu, surtout en Allemagne et dans l'esprit du trop célèbre docteur Strauss , donner comme de simples paraboles tous les miracles de l'Evangile : interprétations qui ne vont à rien moins qu'^ nier l'infaillibilité de l'Eglise dans l'explication du saint Evangile, et à rendre pure-

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ment humaine ta personne divine do Notre- Seigneur.

Les paraboles peuvent être employées avec succès dans les instructions qu*on fait pour les enfants, et le P. Bonavenlure Giraudeau en a composé un livre souvent réim* primé* et qui a fait beaucoup de bien. On pourrait utiliser de cette manière le goût passionné des enfants pour les histoires» et mettre en paraboles les principaux enseignements de fa morale chrétienne. Le chanoine Schmidl Ta fait avec assez de succès dans plusieurs de ses contes, qui laissent pourtant encore beaucoup à désirer. {Voy. Allégorie, Evangile, etc.)

PASCAL. — Pascal, que Chateaubriand ap{)elle un effrayant génie, a été un grand penseur, un écrivain du premier ordre, un chrétien sévère, mais malheureusement aussi un raisonneur excessif, qui est tombé dans le jansénisme, après avoir prouvé victorieusement la nécessité d*uno autorité infaillible en matière de foi, le néant de la philosophie humaine et les incertitudes du jugement individuel.

Pascal avait conçu un beau livre qu*il no fit pas, et en fit un autre dont les conceptions n^étaient pas de lui, mais d*un parti dont il s'était fait le séide. Le style admirable sans doute, mais trop admiré dos Provinciales ne rachète |>as la mauvaise action de ceux qui ont calonmié Tordre le plus catholique de la chrétienté. De toutes les choses tristement vraies que Pascal a dites dans ses Penséetf aucune n*est si triste et si humiliante pour Tesprit humain que Tinfluence exercée sur le génie d*un pareil homme par la plus désagréable et la plus absurde de toutes les liérésies.

La vie littéraire de Pascal a donc été un avorteœent : comme si Dieu voulait donner cette le(on à la raison humaine, et nous en montrer le néant dans de grandes pro|iortions. Le livre des pensées détachées qui nous reste de lui n*est qu'un" amas de matériaux jetés sans ordre, et Ton a peine parfois ft distmguer le paradoxe de Tesprit ues ju* gements de la sagesse. 11 semble, par exemple, qu'il nie parfois le principe de la propriété avec unesingulière audace: «Ce chien est à moi, ceci est ma place au soleil, disaient ces pauvres enfants. » Voilà comment il explique l'origine de la propriété. Ailleurs, il dit :

« Sans doute que l'égalité des biens est juste. Mais, ne pouvant faire que l'homme soit forcé d'obéir à la justice, on la fait obéir à la force; ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que la justice et la force fassent ensemble, et que la paix fût, car elle est le souverain bien.

Summum jas» summa injuria.

« La pluralité est la meilleure voie, parce qu'elle est visible, et qu'elle a la force pour se faire obéir; cependant c'est l'avis des moins habiles.

« Si on avait pu, on aurait mis laforce entre les mains de la justice; mais, comme la force

ne se laisse pas manier comme on veut, parce que c'est une qualité palpable, au lieii

Îue la justice est une qualité spirituelle, ont on dispose comme on veut, on l'a mise entre les mains de la force, et ainsi on appelle jKsAce ce qu'il est force d'observer. •

La famille et les sentiments naturels qu'elle produit en nous ne sont pasdesprin. cipes inattaquables dans le doute universel ou Pascal s efforce de jeter d'abord l'esprit humain, pour lui montrer ensuite la réTélation comme son unique planche de salut. On s'étonne de son audace lorsqu'on l'entend dire, par exemple :

«Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés I Dans les enfants, ceux qu'ils ont reçus de coutuma de leurs pères, comme la chasse dans les animaux.

« Une différente coutume donnera d'autres principes naturels. Cela se voit par ei« périence ; et, s'il y en a d'ineffaçables à la coutume, il y en a aussi de la coutume iael^ façablcs à la nature. Cela dépend de la disposition.

« Les pères craign* nt que l'amour des enfants ne s'efface. Quelle est donc cette nature sujette à être effacée? La coutume est une seconde nature, qui détruit la preroière. Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle 7 J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature. »

Ainsi ce oue nous attribuons k' la nature, il n'est pas éloigné d'en faire la part des opinions qui se forment par la coutume et fait honneur de nos idées les plus certaines en apparence à la routine de 1 esprit et à la paresse ou à l'impuissance du jugement. Nous continuons de citer :

« Cette mal tresse d'erreur, que l'on appelle fantaisie et opinion^ est d'autant plus fourbe, qu'elle ne l'est pas toiyours : car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était iafaillible du mensonge ; mais, étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune ^la^ que de sa qualité, marquant de même ca* ractère le vrai et le faux.

« Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se pialt à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l'homme une seconde nature. Elle a ses heureux et ses malheureux, ses sains et ses malades, ses riches et ses pauvres, ses fous et .ses sages: et rien ne nous dépite davantage que de ^o\t qu'elle remplit ses hôtes d'une satisfaciioo beaucoup plus pleine et entière que la rai* son. Les habiles, par imagination, se plaisant tout autrement en eux-mêmes eue les prudents, ne se peuvent raisonnabieffl^l plaire ; ils regardent les gens avec eopû^i ils disputent avec hardiesse et ooofianee; les autres avec crainte et déflance ; et celte gaieté de visage leur donne souvent raran* tage dans l'opinion des écoutants : tant le) sages imaginaires ont de faveur auprès de leurs juges de même nature. Elle ne peu*

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rendre saffes les fous, mais elle les rend conleiits ; à Tenvi de la raison» qui ne peut rendre ses amis que misérables, Tune les comble de gloire» Tautre les couvre de

honte.

« Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la Ténération .aux personnes, aux ouvrages, aux grands, sinon Topinion ? Combien toutes les richesses de la terre sont-elles insuffisantes sans son consentement?

« L'opinion dispose de tout. Elle fait la beauté, la justice, et le bonheur, qui est le tout du monde. Je voudrais de bon cœur voir le livre italien, dont je ne connais que ce titre, qui vaut lui seul bien des livres : Delta Opiniane regina del mundo, »

11 y a dans ces pensées de Pascal un peu de cette ApreCé misanthropique et de cette verve paradoxale qui ont fait plus tard la bonne fortune littéraire de Jean-Jacques Rousseau et qui ont préparé la chute de Tabbé de Lamennais, il est faux que l'opinion seule fiisse la justice et la beauté, et Jean-Jacques lui-même a réfuté victorieusement à ce sujet Tassertion de Montaigne et de Pascal. En aucun temp et nulle part la trahison par exemple n a été honorée. Tous les hommes ont Tid^e de la distinction du bien et du mal, et leurs erreurs môme à ce sujet rendent hommage à la vérité. Pascal n'avait pas besoin d'exagérer les défaillances de la nature et de la raison pour prouver la nécessité où nous sommes de recourir à la révélation et A la foi ; il aurait sulB de prouver que la révélation complète et sanctionne les bonnes tendances de la nature, et que la foi donne une base inébranlable et une direction certaine aux eiforts de notre raison.

Les grands hommes ont souvent le malheur de raisonner fort mal» tout en raisonnant plus juste que les autres, parce qu*ils prennent la mesure des hommes sur euxmêmes et font les règles générales d'après les exceptions. Puis il y a dans leur lo^-

3ue quelque chose de trop rigoureux et 'excessif, parce que le génie n'est peutêtre que le pressentiment de l'absolu. Cela lait quHU se trompent admirablement, et prennent eux - mêmes leur sublime folie

iK)ur une graude et incontestable raison. Si ^ascal avait eu cette pensée [>armi les siennes il ne fût sans doute jamais devenu janséniste et aurait laissé à la littérature française un autre monument que les Protin' Claies.

Comme apologiste de la religion, Pascal est souvent trop philosophe, lui oui a écrit que se moquer de la philoso[>nie, c'est philosopher, il n'a recours à la foi ..que par suite du désespoir de sa raison, et ne se décide pour lafàrmation en faveur du christianisme que par manque d'une audace suffisante pour jouer Tétcrnité ^ pair-eu non. 11 est donc religieui par^se qu'il a peur que la religion ne soit vraie. Voilà oien une âme de janséniste i Ecoutons ses raisonnements :

DlCTIO!IN. DB LlTTÉaATURE CBBÀT

« Que ceux qui combattent ta religion spprennent au moins quelle elle est, avant que de la combattre. Si cette religion se vfintait d'avoir une vue claire de DieUt et de le posséder k découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui le montre avec cette évidence. Mais, puisqu'elle dit au contraire

Sue les hommes sont dans les ténèbres ot ans réloignement de Dieu , qu'il s'est caché à leur connaissance, et que c'est même le nom qu'il se donne dans les Ecritures , Deuê absconditus; et enfin, si elle travailla également à établir ces deux choses, ciue Dieu a mis des marques sensibles dans 1 £glise pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement; et qu'il les a couvertes néanmoins de telle sorte, qu'il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur ; quel avantage peuventils tirer, lorsque, dans la négligence oCt ils font profession d'être de chercher la vérit<^, ils crient que rien ne la leur montre; puisque cette obscurité où ils sont et qu'ils objectent à l'Eglise ne fait qu'étanlir une des choses qu'elle soutient sans toucher à l'autre, et confirme sa doctrine, bien loin de la ruiner ?

« Il faudrait, pour la combattre, qu'ils criassent qu'ils ont fait des efforts pour la chercher partout, et même dans ce que l'Ë^ glise propose pour s'en instruire, mais sans aucune satisfaction. S'ils parlaient de la sorte, ils combattraient, à la vérité, une de ses prétentions. Mais j'espère montrer iei qu'il n'y a point de personne raisonnable

3ui puisse parier de la sorte, et j'ose même ire que jamais personne ne l'a fait. On sait a8sez de quelle manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croient avoir uit de grands efforts pour s'instruire » lorsifu'ils ont employé quelques heures à la lecture de l'Ecriture, et qu'ifs ont interrogé cpielque ecclésiastique sur les vérités de la foi. Afms cela, ils se vantent d'avoir cherché sans succès dans les livres et parmi les hommes. Mais, en vérité, je ne puis m'empêcher de leur dire ce que j'ai dit souvent, que cette négligence n'est pas supportable; il ne s'agit pas ici de l'intérêt léger de quelque personne étrangère, il s'agit de nous-mêmes et de notre tout.

« L'immortalité de l'âme est une chose qui nous importe si fort et qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour êtreda^s l'indifférence de savoir ce qui en est. Toutes no» actions et toutes nos pensées doivent nrendie des routes si différentes, selon qu'ily aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il est impos^ sible de faire une démarche avec sens et jugement qu'en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet.

n 4insi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite ; et c'est pourquoi, parmi ceux qui n'en sont par persuadés, je fais une extrdMedïffétence en* tre ceux qui travaillent de toutes leurs for-

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ces h s'en instruire et ceux qui Tirent sans s*en mettre en peine et sans y penser.

« Je ne puis avoir que de la compassion ]K>ùr ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n'épargnant rien pour en sortir, font de cette recherche leur principale et leur plus sérieuse occupatton. Mais, pour ceux qui passent leur vie sans penser n cette dernière tin de la vie, et qui, par cette seule raison qu'ils ne trouvent pas en euxmêmes des lumières qui les persuadent, négligent d'en chercher ailleurs, et d'examiner h fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou de celles qui, quoique obscures d'elles-mê*rops^ ont néanmoins un fondement trèssolide, je les considère d'une manière toute difléreote. Cette négligence en une affaire où il s'agit d'eux-mêmes, de leur éternité, de 4eur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'attendrit; elle m'étonne et m'éipouvante ; c'est un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le zèle pieux d'une dévotion spirituelle ; je prétends, au contraire, que ramoUr-propre» que Fintérèt humain, que la plus simple lumière de la raison nous doit donner ces sentiments. Il ne faut voir pour cela que ce que voient les personnes les moins éclairées.

«11 ne faut pas avoir l'âme fort élevée f>our comprendre qu'il n'y a point ici de satisfaction véritable et solide; que tous nos plaisirs ne sont que vanité; que nos maux sont infinis, et qu'enfin la mort, (jui nous menace à cha(|ue instant, nous doit mettre dans peu d'années, et peut-être en peu de )Ours, dans un état éternel de bonheur, ou de malheur, ou d'anéantissement. Entre nous le ciel et l'enfer, ou le néant, il n'v a doac aue la vie, qui est la chose du moncfe la plus fragile, et le ciel n'étant pas certainement pour ceux qui doutent ai leur âme est immortelle, ils n'ont à attoudrQ que l'enfer ou le néant.

« Il n'y a rien de plus réel que cela, ni de plus terrible. Faisons tant que nous vouflrons les braves, voilà 1^ bn qui attend la plus belle vie du monde.

« C'est en vain qu'ils détournent leur pensée de cette éternité qui les attend, comme s'ils là pouvaient anéantir en n'y pensant point. Bile subsiste malgré eux, elle s'avance ; et b mort, qui la doit ouvi ir, les mettra infailliblement dans peu do temps dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis ou malheureux.

« Voilà un doute d'une terrible consécpience, et c'est déjà assurément un trèsgrand mal que d'être dans ce doute ; mais c*est au moins un devoir indispensable de ciiercber quand on y est. Ainsi celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble et bien injuste et bien malheureux. Que s'il est avec cela tranquille et satisfait, qu'il en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état môme qu'il fasse le styet de sa joi^ et de sa vanité* je u'ai point de (enu^t pour qualifier une si extravagante créature.

«Où peut-on prendre ces seutimeiits! quel sujet do joie trouve-t-on à n'attendre | lus

aue dos misères sans ressource T quel sujet c vanité de se voir dans des obscurités impénétrables? quelle consolatiou de n*atten dre jamais do consolateur?

« Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse, et dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité i ceux qui y passent leur vie, en leur représemaat te qui se passe en eux-mêmes, pour les confondre par la vue de leur folie. Car Toici comment raisonnent les hommes quand ils choisissent de vivre dans cette iKaorancc de ce qu*ils sont, et sans en recbercuerd'éclli^ cissément.

€t Je ne sais qui tn*a mis au monde, ni ce

Sue c'est que le monde, ni que moi-même. e suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon âme; et celle partie même de moi qui pense ce que je dis, et qui fait réflexion sur tout etsurelle même, ne se connaît non plus que le re^. Je vois ces effroyables espaces de l'uniTen qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue sans sarotr pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné k vivre m'est assigné k ce poinl plutôt qu'à un autre de toute l'éteraité qui m*a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts qui m'engloutissent comme un atome et iu>inme une ombre qui ne dure qu'un ins* tant sans retour. Tout ce que je couniis, c'est que je dois bientôt mourir; mais ceque j'ic^nore le plus, c'est cette mort môme qœ je ne saurais éviter.

« Comme je ne sais d'où je viens, aussi ne sais-je où je vais ; et je sais seuiemeot qu'en sortant de ce monde, je tombe pour jamais, ou d^ns le néant, ou dans les maius d'un Dieu irrité, sans savoir à laquelle 4a on deux conditions je dois être eiernelleffleot en partage.

« Voilà mon état plein de misère, de b\blesse, d'obscurité. Et do tout cela je conclus que je dois donc (lasser tous les jours de uu vie sans songer à ce qui me doit ariirer, et que je n'ai qu'à suivre tues incli nations sans réflexion et sans inquiétude, en taisant tout ce qu'il faut pour tomber dans le malbeor éternel, au cas quç ce qu'on en dît soit véritable. Peut-Ô:re que je pourrais troufff quelque éiiaircissemeut dans mes doutes; mais je n'e:i veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher; et, eatiaiuat avec mépris ceux qui se travailleraient dee» soin je veux aller sans prévoyance et sv» crainte tenter un si granct événement, et int laisser mollement conduire à la mat dan» Tincertilude de réleruité de maconditiuu future.

« Rien n'est si important à rborome q^ son état ; rien ne lui est si redoutable que l'éternité. Et ainsi» qu'il se trouve des kois* mes indifférents à la peite de l^urôtrsrt*^ péril d'une éternité de misère, cela n'est i»**

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iMturet. Ils sont tout autres à T'égnrd de toa* Ws les autres choses : ils craignent jusqu^sui plus petites, ils les prévoient* Us les sentent; ! et ce même homme qui passe les jours et les nuits dans la rage et le désespoir pour la perte d'une cbaif^e , ou pour quelque offense imaginaire è son honneur, est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort, et qui demeure néanmoins sans inauiétude, sans trouble et sansémotîon. Cette étrange insensibilité pour les ehoses les plus terribles dans an eœur si sensible aux plus légères est une chose monstrueuse ; c'est un enchantement incompréhensible et un assoupissement SumatureL

« Un homme» dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n*ayant plus qu'une beure pour l'apprendre, et oette heure suflisanl, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est oonire la nature qu'il emplois cette heure^Ià, non à s'infbrmer si cet arrêt est donné, mais à jouer et h se divertir. Cest l'état où se trouTent ces personnes, avec oette différence, que les maux dont ils sont menacés sont bien autres que la perte simple de la vie, et un supplice passager que ee prisooiiier appréhenderait. Cfependant ils eoiireiit sans souci dans le précipice, après avoir mis quelque chose devant leurs yeux pour 8*empécher de le voir, et Ils se moquent de ceux qui les en avertissent.

< Ainsi, non-seolement le zèle de ceux qu* cherchent Dieu prouve la véritable relidon, mais aussi l'aveugleraent de ceux qui ne le cherchent pas et (^ vivent dans cette hor^ rible négligenoe. U faut qu'il j ait un étrange renverseinent dans la nature de l'homme pour vivra dans ce| état, et encore plus pour en faire vanité. Car, quand ils auraient une certitude entière qu'ils n'auraient rien à craindre après la mort que de tomber dans le néant» ne sarait-ce ()as un sujet dedéses-poirplniùi que de vanité? M'est-ce donc pas une folie ipoontestable, n'en étant pas assurés, .de faire gloire d'être dans ce doute? Et néaum^ÎDS il est certain que l'homme est si dénaturév qu'il y a dans son oœur une semence de joie en cela. Ce repos brutali entre la crainte de l'enfer et du néant, semble si beau, que non-seulement ceux qui sont véritak>ieaient dans ce doute malheureux s en gloritient, mais que ceux mêmes qui n'y sont pas croient ou'il leur est glorieux de feindre d'y être. Car l'expérience nous fa jt voir que la plupart de ceux qui s'en mêlent aoiU de ce dernier genre, que ce sont des gêna qui se contrefont, et uni ne sont pas lela qu'Us veulent paraître. Ce sont des Iiersoonea qui ont ouï dire que les belles manières du monde consistent h faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ils appellent avoir secoue le Jou|C, et la plupart ne le font que pouir imiter Tes autres.

« Maia» s'ils ont encore tant soit peu de 50IIS comfliun, il n'est pas difficile de leur faire entendre combien ils s'abusent en chercbaat par là de l'estime* Ce n'est pas le moyen d*eia acquérir, je dis même parmi les personnes du monde qui jugent sainement

des choses, et qui savent que la seule voie d*y réussir c'est de paraître honnête, fidèle, judicieux, et capable de servir utilement ses amis, parce que les hoqimes n'aiment na« turellement que ee qui leur peut être utile. Or, ouel avantage y a-t^l pour nous k ouïr dire à un homme qui a secoué le joug qu'il ne croît pas qu*il y ait un Dieu qui veille sur ses actions, quil se considère comme seul maître de sa conduite, qu'il ne pense à en rendre compte qu'h soi-même? Pmse-t-il nous avoir portés par là à avoir désormais bien de la confiance en lui, et à en attendre des consolations, des conseils et des secours dans tous le^ besoins de la vie? Pense-t-il nous avoir bien réjouis de nous dire qu'il doute si notre âme est autre chose qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content ? Est-ce donc une chose à dire gaiement ? et n'est-ce pas une chose à dire, au contraire, tnV tement , comme la eiiose du monde la plus triste ? ^

« S'ils v pensaient sérieusement, ils verraient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à rhonoèteté, et si éloigné en toute manière de ce bon air gulls diercheqt, que rien n'est p4iis capabhs da leur attirer lie mépris et l'aversion oes hom* mes, et de les faire passer pour des person* nés sans esprit et sans jugement. Et en efl^eti^ ai on leur fait rendre compte de leurs sentie* ments et des raisons qu'ils ont de douter de la rebg^oo, ils diront des choses si faibles et si basses, qu'ils persuaderont plutdt du contraire. C'était ce que leur disait un jour |br( à propos une personne. Si vous continuez à disoourirde la sorte, leur disait-eHe, en vérité, vous me convertirez. Et elfe avait raison; car qui n'aurait horreur de se voir dans des son* timents où l'on a pour compagnons des personnes si méprisables ?

« Ainsi, ceux qui ne font que feindre ces sentiments sont men malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre tes pli^s impertinents des hommes. S'ils sont ffliobés» dans 1q load de leur cœur, de n'avoir pas plus de lumières^ qu'ils ne le dissimulent point» cette déclaration ne sera pas honteuse. U n'y a de honte qu'k n^sn point avoir : rien ne découvre davantage une étrange faiblesse d'esprit que do ne pas connaître quel est le malheur d'un homme sans Dieu. Rien ne marque davantage une extrême bassesse de cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses étemelles. Hien n'est plus lAcbe que de feire le brave contre Dieu. Qu'ils laissent doue ces impie* tés à ceux qui sont assez mal nés pour en être véritablement capables ; qu'ils soieia du moins honnêtes gen* (f j, s'U^ ^e peuvent

(t) n s*agit ici de 9^v^r 9I l'opinioa de Fimnortalite de r&me est vraie, si boo yas li r Ile aanonee plus d>i{»nl , une âme jfim élnU que rapinioo con- Urairc ; si elle est plu« gan^ ou dt meilleur air. 11 lUut croire ceue granoe vértlé, payes qu'eUa esl prtNivéa, et noq parce que celte croyainse exeltem les autnw boinines à avoir en nous plus de caMlsàoe. Cens manière de raisonner ne serait propre qu*à faire Uea

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Être encore chrétiens ; et qu'ils reconnaissent enfin qu*il n'y a que deux sortes de 1>orsonnes qu*on puisse apneliT raisonna* des : ou ceux qui servent Dieu de tout leur coBur, pAfco qu'ils le connaissent, ou ceux qui le cherchent de ^out -leur cœur, parce quMls ne Je connaissent pas encore.

« GVst donc pour les personnes qui cher* client Dieu sincèrement, et qui, reconnaissant leur misère, désirent véritablement d*en sortir, au'il est juste de travailler,. afin de leur aider a trouver la lumière qu'ils n'ont pas.

« Mais, pour ceux qui vivent sans le connaître et sans le chorcner, ils se jugent euxmômes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres; et il faut avo r toute la charité de la religion qu'ils mé-

f irisent pour ne les point mépriser jusqu'à es abandonner dans Wur folie. Mais, parce 3ue cett^ religion nous oblige de les regarer toujours, tant qu'ils seront en cette vie, comme capables de la grâce qui peut les éclairer, et de croire qu'ils peuvent èt.e dans peu de temps plus remplis de foi que nous ne sommes, et que nous pouvons, au contraire, tomber dans l'aveuglement où ils sont; il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fit pour nous si nous étions en leur place, et les appeler à avoir pitié d'eux-mêmes, et à faire au moins quelques

Î^as pour tenter s'ils ne trouveront point de umière. Qu'ils donnent à la lecture de cet ouvrage quelques-unes de ces heures qu'ils emploient si inutilement ailleurs, peut-être y rencontreront-ils quelque chose, ou du moins ils n'y perdront pas beaucoup. Mais, pour ceux qui y apporteront une sincérité

f>arfaite et un véritable désir de connaître a vérité, j'espère qu'ils y auront satisfaction, et qu'ils seront convaincus des preuves d'une religion si divine que l'on y a ramassées.

<« Ost une chose horrible de sentir continuellement s'écouler tout ce qu'on possède, et qu'on s'y puisse attacher sans avoir envie de chercher s'il n'y a point quelque chbse de permanent.

« Nous connaissons qu'il y a un infini et ignorons sa nature, comme par exemple nous savons qu'il est faux que les nombres soient Qnis. Donc il est vrai qu'il y a un infini en nombre; mais nous ne savons ce qu'il

li]rpocril«s. D^aîlleurs, il me semble que c'esl moins d après les opinions d'un homme, sur la mélaphysi-

3ue ou la morale, qu'il faut s î confier en lui ou s'en efier, que d'après son caraclère, et, s'il esl permis de 8'ex[)rîmer ainsi , d'après sa conslilution morale. lé expenence parait conuraier ce que j'avance ici. Ni Constantin, m Théodose, ni Mahomet, niinnocent III, m Marie d'Auçletcrre, ni Philippe II, ni Aureofrzcb, ni Jacques Clément , nî Ruvaiflac , ni Baltazar i>eraril, ni les brigands qui dévastèrent rAmérique, n ont janiaisëlevéle moindre doute sur riiiimorlalité jte lame. En gcincral même, ce sont les hommes ruibles. Ignorants et passionnés, qui commettent des crimes; et ces mêmes hommes sont naturellement lurtes à la snpersniioo.

est. n est faux qu'il soit pair, il cit faut qu'il soit impair ; car en ajoutant Tq. ni té il ne change point de nature. Ainsi on pjut bien conniltre qu*il y a un Dien sans savoir ce qu'il eçt : et vous no deioz pas <)oncliLre qu'il n'y a point de Dieu, de ce que nous ne connaissons pas pêrfaitemcnl sa nature.

«Je no me servirai pas» pour vous convaincre de son existence, de la foi |)ar la* auello nous le connaissons certainembnt, ni e toutes les autres preuves que nous en avons, puisque vous ne les voulez pas recevoir. Je ne veux agir avec vous que par tos principes mêmes ; et je prétends vous iaire voir par la manière dont vous raisonnez tous les Jours sur les choses de la moindre coih séquence, de quelle sorte viins devez raU sonner en celle-ci, et ciuel parii vous devez prendre dans la décision de cette iffl{K)rtante question de l'existence de Dieu. Vous dites donc que nous sommes incapables de connaître s'il ^y a un Dieu ; cepenoant il esl certain que Dieu est, ou qu il n*est pas : il ny a point de milieu. Mais de quel côté pencherons-nous? la raison, dites-vous, D*jr peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un ^eu k celle distance intinie où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous 7 Par raison vous ne pouvez assurer ni Tun ni l'autre; par raison vous ne pouvez nier aucun des deux.

« Ne blâmez donc pas du fausseté ceui qui oit fait un choix ; car vous ne savez ps s'ils ont tort et s'ils ont mal choisi. Non, direz- vous ; mais je les blâmerai d'avoir fail, non ce choix, mais un choix ; et celui qui prend croix et celui qui prend pile ont tous deux tort : le juste est de ne point parier.

« Oui, mais il faut parier ; cola n'est pas volontaire; vous êtes embarqué, et ne pan rier point que Dieu est, c'est parier qu'il n'est point. Lequel prendrez-vous donc!

Pesons le gain et la perte en prenant le parti de croire que Dieu est. » vous gignez, vous ^gnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Pariez donc qu'il est sans hésiter. Oui , il faut gagor ; mais je gage peut-être trop. Voyons : puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, quand vous n'auriez que deux vies à gagner pour une, vous pourr ez encore gager; et, s'il y en avait dii a gagner, vous seriez imprudent de no pas hasarder votre vie iK)ur en gamer dix k un jeu où il. j^ a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a ici une inûnité de vies iofr niment heureuses à ga^er avec pareil ba* sard de perte et de gain ; et ce qiue yc^^ jouez est si peu de chose et de si peu de durée, qu'il y a de la folie à le uié..ageren cette occasion.

« Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera, et qu'il est certain qu'on hasarde; et que l'infinie distance qni est entre la certituae de ce qa'oa expose et l'incertitude de ce qu'oa ^nera, égale le bien fini qu'on expose certainement, à r Mini qui est incertain. Cela n'est pas ainsi; tout joueur hasarde avec certitude pour gagufr

PASCAL

PASCAL

avec încertrlude, et néanmoins il hnsardceertoinemeat le fini poar gagner inccrtaineiiient le fini, sans pécher contre la raison. Il n 7 a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu'on expose et Tincertitude du gain : cela est feux. Il y a, h la yérité, infinité entre la certitude ne ga^er et la certitude de perdre ; mais Fincertitude de gagner est proportionnée à Fa certitude de ce qu'on hasarde, selon la proportion des hasards de gain et de perte ; et de là vient que, s'il y a autant de hasards d'un côté que del'autre, \e parti est à jouer égnl contre égal, et alors fa certitude de ce qu'on expose est ésale à Tincertitude du eain, tant s'en faut qu'elle en soit infiniment aistante ; et ainsi noire proposition est dans une force infinie, quand il n*jr a que le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain et de perte, et l'infini à gagner. Cela est démonstratif, et si tes hommes sont capables de quelques vérités, ils le doivent être de celle-lè.

« De se tromper en croyant vraie la religion chrétienne, il n'y a pas grand'chose à perdre ; mais quel malheur de se tromper en la croyant fausse 1 »

Ces pensées de calcul ont quelque chose qui serre le cœur et qui satisfait mal la générosité de la foi : un chrétien s'en contenterait mal. Mais on peut nous répondre gu'il ne s'agit pas de convertir ceux qui croient, et qu'il faut bien attirer par la crainte ou par l'intérêt ceux qu'on ne saurait encore gagner par l'amour du vrai et du bien. Nul doute que si Pascal eût vécu, il eût

Sradué et coordonné les différents systèmes e preuves qui devaient soumettre la raison à la foi et captiver la philosophie sous le joug aimable de l'Evangile. Toutefois nous pensons qu'il eût toujours manqué quelque chose h son argumentation, et que les preuves de sentiment eussent été chez lui les plus faibles. Pascal, qui ne comprenait rien à la poésie, devait être peu accessible h la religion du cœur : la pensée chez lui envahissait tout; aussi sentait-il dans son organisme moral quelque chose de monstrueux, et éprouvait-il sans cesse uneirapression indéfi-, nissablede vide, lllui semblait toujoursqu'un abîme était auprès de lui, et il portait sous ses vêtements, a la place du cœur, un parche^ min roulé^afindesesouvenirtoujours qu'un instant, pendant une nuit passée en prière, il avait éprouvé un sentiment fugitif et phénoménal d'amour divin. Le doute était l'éternel tourment de ce malheureux penseur. A son jugement, la religion n'était pas certaine, et 11 partait de là pour prouver qu'il faut y croire. Voici les pages auxquelles nous faisons allusion ici.

« De la nature des preuves du christianisme,

« I. SU ne fallait rien faire que pour le certain, on ne devrait rien faire pour la relijSion, car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain ? les Toyages sur mer, les batailles. Je dis donc. qu il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain ; et il y a plus de certitude è la

i*cKgion cru'à l'espérance que nous voyions lejour de ciemain ; car il n'est pas certain quv nous voyions demain ; ma's il est certainement possible que nous ne le' voyions pas. On n'en peut pas dire autant de. la reli^on. 11 n'est pas certain qu'elle soit; mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas ? Or, quand on travaille pour démain ^ et pour l'incertain, on agit avec raison.

« II. Les prophéties, les miracles mêmes, et les autres preuves de notre religion ne sont pas de telle sorte qu'on puisse dire qu'elles sont géométriquement convaincantes. Mais il me suffit présentement que vous m'accordiez que ce n est pas pécher contre la raison aue de les croire. Elles ont de la clartéet de 1 obscurité pour éclairer les uns et. obscurcir les autres. Mais la clarté est telle, qu'elle surpasse ou égale pour le moins ce . qu'il y a de plus clair au contraire. De^ sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne la i>as suivre, et ce ne peut être que la concupiscence et la malice du cœur. Ainsi il y a assez de clarté pour condamner ceux qui refusent de croire, et non assez pour les gagner; afin qu'il paraisse^ qu'en ceux qui la suivent c'est la grftce et non la raison qui la fait suivre, et qu'en, ceux qui la fuient c'est la concupiscence et non la raison oui la fait fuir.

« III. Qui blâmera les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison? Ils déclarent, et l'exposent aupeufile, que c'est une sottise, stuttitiam^ et {mis vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas : s*i1s la prouvaient, ils ne tiendraient point parole ; c'est en manquant do preuves qu'ils ne manquent pas de sens.

« IV. Commencez par plaindre les incrédules; ils sont assez malheureux par leur condition : il ne les faudrait injurier qu eu cas que cela servit ; mais cela leur nuit.

« V. A ceux qui ont de la répugnance pour la religion, il faut commencer par leur montrer qu'elle n'est pas contraire à la raison, ensuite qu'elle est vénérable, et en donner du respect, après la rendre aimable et faire souhaiter qu'elle fût vraie : et puismontrer, par des preuves incontestables,, qu'elle est vraie ; faire voir son antiquité et sa sainteté par sa grandeur et son élévation;: et enfin qu elle est aimable, parce qu'elle promet le vrai bien.

« VI. La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues et de principe^ difi'érents, qu'elle doit avoir toujours présents qu'à toute neure elle s'assoupit ou elle b'égaré £aute de les^ voir tout à la fois» Il n'en est pas ainsi du sentiment ; il agit en un instanl, et toiyours est prêt à agir. 11 faut donc,après avoir connu la vérité par la raison, tAcher de la sentir et de mettre notre foi dans le sentiment du cœur ; autrement elle sera toujours incertaine et cha^icelante.

« VU. Il ne faut pas se méconnaître, nous sommes corps autant qu'esprit : et de là vient que riu|^trunient par leauel la persuasion se fait u'esl nas la sculo aémooslralioii.

PASCAL

PASCAL

Combien 7 *-t-4l peu de choses démontrées? I^s preuves ne eonTsinquent que resprii. Iji coutume fait nos preuves les plus fortes* VJIe incline les senSf cpii entraînent l*espnt sans gu*il y pense. Qui a démontré qu'il sera emain jour* et que nous mourrons, et 011*7 a't<-il de plus universellement crut Cest clnnc la coutume qui nous en persUode, c*esi elle qui fiiit tant de turcs et de païens» c'est elle qui fait les métiers» les soldats, etc. Il est vrai qu*il ne faut nas commencer par elle pour trouver la vérité ; mais il faut avoir recours k ellei quand une fois l'esprit a vu où est la vérité^ afin de nous abreuver et de nous teindre de cettecréanoe qui nous échappe à toute heure ; Car, d'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affaires. Il fiiut acqué» rtr une créance plus facile» qui est celle de l'habitude, qui» sans violence» sans art» sans argument» nous fait croire les choses» et in* ciine toutes nos puissances à cette créance» en sorte que notre âme y tomlie naturelle^ ment. Ce n'est pas assez de ne croire que por la force de la conviction, si les sens nous portent h croire le contraire. Il faut doncfaire marcher nos deux pièces ensemble t l'esprit, nar les raisons qu'il suffit d'avoir rues une Ibis en sa vie» et les sens par la coutume, et en ne leur permettant pas de s'incliner au contraire.

Des preuves moratei du christianisme,

< VIII* Toute la conduite des choses doit avoir pour ofa|et rétablissement et la gran*liour de la religion : les hommes doivent avuir en eux-HtnAmes des sentiments conformes à ee qu'elle nous enseigne ! et enfin elle doit ôtre tellement l'objet et le centre où toutes choses tendent» que qui en saura les principes puisse rendre raison de toute la nature de l'homme en particulier» ot de toute la con* duite du monde en général.

t IX. Si Ton ne se connaît plein d'orgueil» d*8mbition» de concupiscence, de faiblesse» de misère et d'injustice» on est bien avouuJe. £t si en le connaissant on ne désire d'en être délivré» ouepeut*on dire d'un homme si peu raisonnable f Que peut-on dono avoir que de Tcstime pour une religion qui connaît si bien les défauts de l'homme» et que du désir pour la vérité d'une religion qui y promet des remèdes si Souhaitables ?

* X. La vraie religion doit avoir pour mar» que d obliger à aimer Dieu. Gela est bien juste ; et cependant aucune autre que la nôtre ne Ta ordonné. Elle doit encore avoir conntt la concupiscence de l'homme» et rim<> puissance où il est par lui-même d'acquérir la vertu. Elle doit y avo r apporté les remè^ do4 dont la prière est le principal. Notre religion a fait tout cela 1 et nulle autre n'a ja* mais demandé k INeu de l'atmer et de le suivre.

t XI. Il faut pour faire qu'une religion soit vraie qu'elle ait connu notre nature; car U vraie nature de Thomme» son vrai bien» la vroie vertu et la vraie religion sont choses dont la connaissance est inséparable. Elle iMx avoir connu la grandeur et la bassesse

de riiommc, et la raison de l'un etdei'aatie. Quelle autre religion que la ohrétioDiie t connu toutes ces choses 7

« XII. Les autres religions» comme les païennes, sont plus populaires; car elles consistent t(»utes en extérieur ; mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Ube religion purement intellectuelle serait plus profioN tionnéc aui habiles ; mais elle ne servinit pas au peuple. La seule religion dirétienne est pro|)ortionnée à tons» étant mêlée d*eité* rieur et d'intérieur. Elle élève le peopleà l'intérieur* et abaisse les superbes à Texterieur» et n'est pas parfaite sans les deui ; car il faut que le peuple entende l'esprit de la lettre» que les habiles soumettent leur esprit k la lettre» en pratiquant ce qu'il 7 « d'extérieur.

« XIIL Nulle autre religion que la chrétienne n'a connu que l'homme est la plus excellente créature et en même temps la plus misérable. Les uns» qui ont bien coami la réalité de son excellence» ont pris pour lâcheté et pour ingratitude los sentiments \m que les nommes ont naturellement d'euxmêmes. Et les autres» qui ont bien connu combien cette bassesse isst eflective, ont traité d'une superbe ridicule ces sentiments de grandeur qui sont aussi naturels à l'homme.

« XIV. Dieu étant caché, toute religion qui ne dit pas que Dieu est cacher n'est pas Téritable; et toute religion qui n'en rend nis la raison n'est pas instruisante. La nôtre uii tout cela»

« XV. Les grandeurs et les misères de l'homme sont tellement visibles, qu'il kn\ nécessairement que la véritable religion nous enseigne qu^il y a en lui quelque grand principe de grandeur, et en même xem^ Quelque grand principe de misère; car il faut que la véritable religion connaisse à fond notre nature» c'est«-è-dire qu'elle connaisse tout ce qu'elle a de çrand» et tout ce qu elle a de misérable» et Ta raison de l'un et de l'autre. Il faut encore quelle nous rends raison d'S étonnantes contrariétés qui s'j rencontrent. S'il y a un seul principe de tout» il faut aue la vraie religion noua en* seigne à n'adorer que lui et à n'aimer que lui. Mais» comme nous nous trouvons dans l'impuissance d'adorer ce que nous ne connaissons pas» et d*aimer autr^ chose que nous» il faut que la religion instruise aussi de cette impuissance» et qu'elle nous apprenne les remèdes.

R II faut, pour rendre l*homme heureux, qu'elle lui montre qu'il y a un Dieu, qu'oo est obligé de l'aimer, que notre véritable félicité est d'être à lui» et notre unique mal d*ôtre séparé de lui ; qu'elle nous apprenne que nous sommes pleins de ténèbres {(ui nous empêchent de le connaître et de l'aimer» et ou'ainsi» nos devoirs nous obligeant d*aimer Dieu» ei notre concopiscenee nous en détournant» nous sommes pleins d'injustice. Il faut qu'elle nous rende raison de roppositioti que nous avons è Dieu et k notre propre bien. Il faut qu'elle nous ensei'

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