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gne les remèdes et les moyens d*obl6*iir ces remèdes. Qu*on examine sur cela toutes les religions du mo^de, et qu'on voie s'il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse. Sera-ce celle qu'enseignèrent les philosophes, qui nous proposent pour tout bien un bien qui est en nous? Est-ce là le vrai bien 7 ont-ils trouvé le remède h nos maux 7 £st-ec avoir guéri la présomption de riiomme que de l'avoir égalé à Dieu7EstH5e ceux qui nous ont égalés aux bêtes» ei qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien? Ont-ils apporté le remède à nos ooncupiscenoes ? Levez vos yeux vers Dieu, disent \(^ uns ; voyez celui auquel vous ressemblez, et qui vous a faits pour l'adorer. Vous pouvez vous rendre semblables à lui ; la sagesse vous y égalera, si vous voulez la suivra. £t les autres disent : Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bètcs dont vous êtes le compagnon.
« Que deviendra donc l'homme? sera-t-il égal à Dieu ou aux bêtes ? quelle effrovable distance! Que serons-nous donc? quelle religion nous enseignera notre bien, nos devoirs, les faiblesses (|ui nous en détournent, les remèdes qui les peuvent guérir, et ie moyen d'obtenir ces remèdes? Voyons ce que nous dit sur tout cela la sa^se de Dieu, qui nous parle dans la religion chrétienne*
« C'est ea vain, ô hommes! que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères: toutes vos lumières ne peuventarriver qu*à counattre que ce n'est pomt en vous que vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les hilosopbes vous l'ont promis ; ils n'ont pu e faire. Ils ne savent ni quel est votre véritable bien, ni quel est votre véritable état. Comment auraient-ils donné des remèdes à vos maux, puisqu'ils ne les ont pas seulement connus ? Vos maladies principales sont l'orgueil, qui vous soustrait h Dieu, et la concupiscence, qui vous attache à la terre ; et ils n'ont fait autre chose qu'entretenir au moins une de ces maladies. S'ils vous ont donné Dieu pour objet, ce n'a été que pour exercer votre orgueil. Ils vous ont fait penser que vous lui êtes semblables par votre nature. Et ceux qui ont vu la vanité de cette prétention vous ont jetés dans l'autre précipice, en vous faisant entendre que votre nature était pareille à celle des nêtes*, et vous ont portés à chercher votre bien dans les concupiscences, qui sont le partage des animaux. Ce n'est pas le moyen ae vous instruire de vos iniustices. N'attendez donc ni vérité ni consolation des hommes. Je suis celle qui vous ai formé, et qui puis seule vous apprendre qui vous êtes. Mais vous n'êtes plus maintenant en l'état où je vous ai formés. J'ai créé l'homme saint, innocent, parfait. Je l'ai rempli de lumières et d'intelligence, le lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L'œil de l'homme vovait alors la majesté de Dieu. Il n'était pas dans les ténèbres qui Favcuglent , ni dans la •nortalité et les misères qui t'affligent ; mm
il n'a im souleuir tantde gloii*e sans t^MUber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-^même, e^ indépendant de mon secours. Les sens indépendants delà raison, et souvent maîtres de 1^ raison^ l'ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures ou l'affligent ou lé tentent, en dominant sur lui, ou en le soumettant par la force, ou le charmant par leurs douceurs, . ce qui est encore une domination plus terriblei et plus impérieuse.
Dts preiiveê historiques de la religion'.
« XVL En voyant l'aveuglement et la mrsère de l'homme, et ces contrariétés étonnantes qui se découvrent dans sa nature, et regardant tout l'univers muet, et l'homme sans lumières, abandonné à lui-même , et comme é^aré dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il y est venu faire^ ce qu'if deviendra en mourant,, j'entre en effroi, comme un homme qu'on aurait porté dans une île déserte et effroyable^ et qui s'éveillerait sans connaître ou il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre pas en désespoir d'un si misérable état. Je vois d'autres personnes auprès de moi de semblable nature. Je leur demande s'ils sont mieux instruits que moi, et ils me disent que non. £t sur cela ces misérables égarés, ayant regardé autour d'eux, et ayant vi» quelques objets plaisants, s'y sont donnés et s'y sont attachés. Pour moi, je n'ai pu m'y arrêter^ ni me reposer dans la société de ces personnes semblables à moi, misérables comme moi, impuissantes comme moi.
Je vois qu'ils ne m'aideront pas à mourir : je mourrai seul ; il faut donc faire comme si j'étais seul. Or , si j'étais seul, je ne bâtirais pas des maisons, je ne m'embarrasserais point dans les occupations tumultuaires, je ne chercherais l'estime de personne ; mais je tâcherais seulement k découvrir la vérité.
« Ainsi, considérant combien il y a d'apparence qu'il y a autre chose que ce que ie vois, j'ai recherché si ce Dieu, dont tout le monde parie, n'aurait point laissé quelques, marques de lui. Je regarde de toutes parts^ et ne vois partout qu'obscurité. La nature ne in'of&*e nen qui ne soit matière de doute et d'inquiétude. Si ie n'y voyais rien qui marquât une divinité, je me déterminerais à n'en rien croire. Si je voyais partout les^ marques du Créateur, je reposerais ea paix dans la foi; mais« voyant trop pour niec, et trop peu pour m'assurer, je suis daos un état à plaindre, et où j'ai souhaité eent fois, que, SI Dieu soutien! la nature, elle le marquât sans éauivoque, et que, si les marques qu'elle en aonne sont trompeuses, elle les supprimât tout-à-fait; qu'elle dît tout ou rien, afin que je visse quel parti je dois suivre. Au lieu qu'en l'état où je suis, ignorant ce que je suis, et ce que je dois faire, je ne connais ni ma condition ni mon devoir.
Mon cœui* tend iout entier h conuaitre où
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€êt le Trai bien pour le soivre. Rien ne me •erall trop cher pour cela, r Je T019 des moUitudcs de religions en
I>IusieQrs endroits du monde el dans tous es temps ; mais elles n'ont ni morale qui me puisse plaire* ni preuves capables de ia*arrèter. Et ainsi j^aunis également refusé ^ la religion de Mahomet, et celle de la Chine, et celle des anciens Romains, et celle des Egyptiens, par cette seule raison que. l'une n*ayant pas plus do marques de vérité que J'autre, ni rien oui détermine, la raison ne mat pencher plutôt vers Tune que vers rautre.
« Mais, en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de créances dans les divers temps, je trouve en une petite partie du monde un peuple particulier séparé de tous les autres peuples de la terre, et dont les histoires précèdent de plu'^ sieurs siècles les plus anciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peuple grand et numbreui, i^ui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls au mon<lc auicquels Dieu a révélé ses mystères, que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrAce de Dieu; qu'ils sont tous abandonnés h leurs sens et à leur propre es* prit; et que do là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux, et de religion et do coutume; au lieu qu*eux demeurent inébranlables dans leur conduite; mais que Dieu ne laissera pas éternellement les autres peuples dans ces ténèbres; qu*il viendra un libérateur pour tous ; qu'ils sont au monde pour Tannoncer , qu'ils sont formés exprès pour être les héros de ce grand avénemen.t, et pour appeler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente de ce libérateur
« La rencontre de ce peuple m'étonne et me semble digne d'une extrême attention, mr quantité de choses admirables et singulières qui y paraissent.
« C'est un peuple tout composé de frères; et, au lieu que tous les autres sont formés de l'assemblage d'une inQnité de familles, celui-ci, quoique si étrangement abondant, est tout sorti d'un seul homme; et, étant ainsi une môme chair, et membres les uns des autres, ils composent une puissance extrême d'une seule famille. Cela est unique I
« Ce peuple est le plus ancien qui soit dans la connaissance des hommes ; ce ç[ui mo semble lui devoir attirer une vénération particulière, et principalement dans la recherche que nous faisons, puisque, si Dieu s'est de tout temps communique aux hommes, c'est à ceux«-ci qu'il faut recourir i)Our en savoir la tradition.
« Ce peuple n'est pas seulement considérable par son antiquité, mais il est encore singufier en sa durée, qui a toiqours continue depuis son origine jusqu'à maintenant; I ar, au lieu que les peuples de Grèce, d'Italie, de Lacédémone, d'Athènes, de Rome, et les autres :}ui sont venus si longtemps après ont liui il y a longtemps, cuux-ci sub-
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sislent toujours; et, malgré les entreprise» de tant de puissants rois, qui ont cent fois essayé de les faire périr, comme les historiens le témoignent, et comme il est aisé de le juger par Tordre naturel des choses fendant un si long espace d'années, ils so sont toujours conservés, et, s'étendant depuii^ ief premiers temps jusqu'aux derniers, leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires
• La 1(H par laquelle ce peuple est gnuvemé est tout ensemMe la plus ancieoDe loi du monde, la (rfus parfaite, et la seule qui ' ait toujours eié gardée sans interruption dans un Etat. C'est ce que Philon, Juif, montre en divers lieux, et Josèphe admirable ment contre Appion, où il (ait voir qu'elle est si ancienne que le nom même de /oi n*a été connu des pius anciens que plus de mille ans après; en sorte quHomère, qui a parié de tant de peuples, ne s'en est Jamais servi. Et il est aisé déjuger de la perfection de cette loi par sa simple lecture, ot Ton voit au'on y a pourvu a toutes choses afec tant de sagesse, tant d'équité, tant de jugement, que les plus anciens législateurs grecs et romains, en aj'ant quelque lumière, eo ont emprunté leurs principales lois; ce qui paraît par celles qu ils appellent des douze tables, et par les autres preuves que Josèphe en donne.
« Mais cette loi est en même temps la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes, obligeant ce peu|)le, pour le tenir dans son devoir, h mille observations particulières et pénibles sur peine de la vie. De sorte que c'est une chose étonnante qu'elle se soit toujours conservée, durant tant de siècles, panoi un peuple rebelle et impatient comme celuici ; pendant que tous les autres Etats ool changé de temps en temps leurs lois, quoi' que tout autrement facilt*s à observer
« XYIL Ce peuple est encore admirable en sincérité. Ils tardent avec amour et fidélité le livre où Mo'ise déclare qa*ils ont toujours été ingrats envers Dieu, et qu'il sait qu'ils le seront encore plus après sa mort; mais qu'il appelle le ciel et la terre k témoin contre eux, quMl le leur a assez dit : qu'enfin, Dieu s'irrilant cx)ntre eux, les dispersera par tous les peuples de la terre ; que, comme ils l'ont irrité en adorant des dieux qui n'étaient point leur Dieu, il les irritera en appelant un peuple qui n'était point son peuple. Cependant ce livre qui les déshonore en tant de façons, ils le conserfeol aux dépens de leur vie. C*est une sincérité qui n'a point d'exem|)le dans le monde, ni sa racine dans la nature.
« XVIII. L'état ou l'on voit les Juils est encore une grande preuve de la reli^on. Car c'est une chose étonnante de voir ce peuple subsister depuis tant d'années, et de le voir toujours misérable, étant néces* saire pour la preuve de Jésus-Christ qu*i» subsistent pour le prouver, et gu'ils S')iept misérables puisqu'ils l'ont cruciiié. Et, quoiqu'il soit contraire d'être misérable et de
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subsister, il subsiste néanmoins toirjours, malgré sa misère.
« XIX . La création du monde commençant à s'éloigner. Dieu a pourru d*un historien contemporain, et a commis tout un peuple pour la garde de ce livre, afm que cette histoire fût la plus authentique du monde» et que tous les hommes pussent apprendre une chose si nécessaire a savoir* et 'r qu'on ne pût savoir oue par là.
*" « XX. Moïse était tiabile homme; cela est clair. Donc, s'il eût eu dessein de tromper, il l'eût fait en sorte qu'on ne Teût pu con* raincre de tromperie. 11 a fait tout le contraire; car, s'il eût débité des fables, il n'y eût point eu de Juif qui n'en eût pu reconnaître l'imposture.
« Pourquoi, par exemple, a-t-il fbit la vre des premiers hommes si longue, et si peu de générations? Il eût pu se cacher dans une multitude de générations : mais il ne pouvait en si peu; car ce n'est pas le nombre des années, mais la multilude des généralions, qui rend les choses obscures.
« La vérité ne s'altère que par le changement des hommes; et cependant il met deux choses les plus iikémorables qui se soieit jamais imaginées, savoir, la création et le déluge, si proche qu'on y touche, par le peu qu'il fait de générations. De sorte qu'au temps où il écrivait ces choses, la mémoire vn devait encore être toute récente dans Tesprit de tous les Juifs.
« XXI. La longueur de la vie des patriarches, au lieu de faire que les histoires passées se perdissent, servait, au contraire, k les conserver. Car ce qui fait que Ton n'est j>as quelquefois assuz instruit dans l'histoire lie ses aiicétres, c'est qu*on n'a jamais guèi*e reçu avec eux, et qu'ils sont morts souvent devant que Ton eût atteint l'Age de raison. Mais lorsque les hommes vivaient si longtemps, les enfanls vivaient longtemps avec leurs pères, et ainsi ils les entretenaient longtemps. Or, de quoi les eussent-ils entre» €enus, sinon de l'histoire de leurs ancêtres, pnisque toute rtiistnire était réduite en celle-lk, et qu'ils n'avaient ni les sciences, ni les arts , qui occupent une grande partie des discours de la vie? Aussi l'on voit qu'en ce temps-là les peuples avaient un soin particulier de conserver leurs généalogies.
m XXII. Lorsque j'ai considéj é d'où vient qu'on ajoute tant de foi à tant d'imposteurs, €inxi disent qu'ils ont des remèdes, qu'à luettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que 1^ véritable cause est qu'il y a <lo Trais remèdes; car il ne serait pas possi- Iile qu'il y en vûi tait de faux, et qu'on y donnât tant de créance s'il n'y en avait de iréritables. Si jamais il n'y en avait eu, et que tous les maux eussent été incurables il est impossible que les hommes se fussent imaginé qu'ils en pourraient donner, et enoore plus que tant d'autres eussent dominé créance à ceux qui se fussent vantés d'en A voir. De même que» si un homme se vantait d'empêcher de mourir, personne ne le eroirait, parcy qu il n'y a aucun exemple de
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cela. Mais comme il y a eu Quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables, par la connaissance même des plus grands hommes , la créance des hommes s%st pNée par là , parce que la chose ne pouvait 6tre niée en général , puisqu'il y a des elfets particu-* tiers qui sont véritables ; le peuple, qui ne peut pas discerner lesaueis d'entre ces effets |)articulier$ sont véritables, les croit tous. De même, ce qui fait qu'on croit tant de faux effets de la lune, c'est qu'il y en a de vrais, comme le flux de la mer.
ff Ainsi il me parait aussi évidemment qu'il n'y a tant de faux miracles, de fausses révélations, de sortilèges, etc., que parce qu'il y en a de vrais; ni de fausses religions, que parce qu'il y en a une véritable. Car s'il n'y avait jamais rien eu de tout cela , il est comme impossible que les hommes se le fussent imaginé, et encore plus que tant d'autres Toussent cru. Mais comme il y a eu de très-grandes choses véritableSf et qu'ainsi elles ont été crues par de grands hommes, cette impression a été cause que presque tout le monde s'est rendu capable de croire aussi lès fausses. Et ainsi, au lieu de coo** dure (ju'il n'y a \mni de vrais miracles 9 puisqu il y en a de faux, il faut dire, au contraire, qu'il y a de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux ; qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais, et qu'il n'y a de môme de fausses religions que parce qu'il y en a une véritable. Gela vient de ce que 1 esprit de l'homme, s»* trouvant plié de ce côte-là par la vérité, devient susceptible par là de toutes les faussetés.
« XXIH. Pour ne pas croire les apôtres, il faut dire qu'ils ont été trompés ou trom* peurs. L'un et l'autre est difficile : car, pour le premier, il n'est pas possible de s'abuser à prendre un homme pour être ressuscité; et, pour Tautre, l'hypothèse qu'ils aient été fourbes est étrangement absurde. Qu'on la suive tout au long; qu'on s'imagine ces douze hommes assemblés après la mort de Jésus-Christ, faisant le complot de dire qu'il est ressuscité. Ils attaquent par là toutes les puissances. Le cceur des hommes est étrangement penchant à* la légèreté, au changement, aux promesses, aux biens. Si peu qu'un d'eux se fût démenti par tous ces attraits, et, qui plus est, par les tortures et par la mort, ils étaient perdus.
« XXIV. Je crois volontiers les histoires dont les témoins se sont fait égorger.
« XXV. 11 est impossible d'envisager tou* tes les preuves de la religion chrélieune ramassées ensemble, sans en ressentir laforio, à laquelle nui houiiue raisonnable ue peut résister.
« Que Ton considère son établissement : qu'une religion, si contraire à la nature, soit établie par elleHonéme, si doucement, sans aucune force ni contrainte , et si fortement néanmoins qu'aucuns tourments n'oit pu empêcher les martyrs de la confesser; et que tout (ïela se soit fait, non-seulement sans FassisUiKje d'aucUii )»riacc, mais mal*
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gré Ions les prinecs de la terre qui Font comiMiUoe.
n Qud Ton considère la sainteié « la hau- ' leur et Tbiimanité d*une Ame chrétienne. . Le* philosophes païens se sont quelquefois rdeYés au^cssus du reste des hommes |)af une rannièrc de vivre plus réglée et par des sentiments qui avaient quelque conformité avec ceux du christianisme; mais ils o*ont jamais reconnu pour vertu ce que les chré« tiens appellent humilité « et ils Tauraient même crue incompatible avec les autres dont ils faisaient prcifession. Il n*y a que la religion chrétienne qui ait su joindre efH semble des choses qui avaient paru jusque- Ik si opposées, vi qui ait appris aiiK hommes que, bien loin que l'humilité soit in-* compatible avec l'*s autres vertus, sans elle toutes les autres vertus ne sont que des vires et des défauts»
« Que Ion considère les merveilles de TËcrilure sainte^ qui sont infinies* la gitii;^ deur, la sublimité f»lus qu'humaine des choses qu'elle contient, et la simplicité admirable de son stjle, qui n'a rien d'affecté, rien de recherché, et qui porte un caractère de vérité qu'on ne saurai! désavouer.
« Que 1 on considère la personne de Jésus* Christ en paKiculier. Quelque sentime it qu'on ait de lui, on ne peut pas disconvenir
3u'il n'eut un esprit très-grand et très-relevé, ont il avait donné des marques, dès son enfance, devant les docteurs de la loi ; et cependant, au lieu de s'apfiiiquer k cultiver ses talents par Tétude et la fréquentation des savants, il passe trente ans de sa vie dans le travail des mains ci dans une retraite entière du monfje ; et cependant les trois années de sa prédication il appelle à sa compagnie et cnoisit pour ses apôtres des gens sans science, sans étude, sans crédit, et il s'attir ? pour ennemis oeut qui passaient pour les plus savants et les plus sa-* ges de son tera|)s. C'est une étrange con* duite, pour un liomme qui a dessein d'établir une nouvelle religion.
« Que l'on considère en particulier ces apôtres choisis fiar Jésus-Christ, ces gens sans lettres, sans élude, et qui se trouvent tout d'un coup assez savants |K>ur oord'ondre les plus habiles philosophes , et assez forts f)Our résister aux rois et aux tyrans qui s'opposaient à l'établissement de la religion chrétienne, qu'ils annonçaient.
« Que l'on considère celte suite merveilleuse de prophètes, qui se sont succédé les uns aux autres pendant deux mille ans, et gui ont tous prédit, en tant de manières différentes, jusqu*aux moindres circonstances de la vie de Jésus-Christ, de sa mort, de sa résurrection, de la mission des apôtres, de la prédication de l'Evangile, de la conversion <ies nitîons, et de plusieurs autres choses qui concernent rétablissement de la religion chrétienne et l'abolition du judaïsme.
« Que l'on considère l'accomplissement admirable de ces prophéties, qui conviennent s^i parfiiitement h la nersonne de Jésus- Christ, qu'il est ini{H)ssible de ne le pas re-
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cennattre, à moins de se vouluir aveugler soi-même.
« Que l'on considère Tétai du peuple juif, et devant et après la venue de JésuMIhrist, son état florissant avant ta venue du Sai>veur, et son état plein de misères depuis ^uMls l'ont rejeté ; car ils sont encore aujourd'hui sans aucune marque de religimi, sans temple, sans sacrifices, dispeniés pir toute la terre, le mépris et le rebut de toutes les nations.
« Que l'on considère la perpétuité de 1i religion chrétienne, qui a toujours subsisté <lepuis le commencement du monde, soit dans les saints de l'Ancien-^Testament, qui ont vécu dans l'alt(^le de lésu^Christ arant sa venue, sot dans ceux qui Tont reçu et qui ont ^u en lui depuis sa venue, au lieu que nulle autre religion n'a la perpétuité, qui est la principale raarçiuc de la véiitaMe.
« Enfin, que l'on considère la sainteté de cette religion, sa doctrine, qui rend raison, jusqu'aux contrariétés qui se rencontrent dans rhomme* et toutes les autres choses singulières, surnaturelles et divines qui y éclatent de toutes parts; et qu'on juge, après tout cela, s'il est possible de douter <)oe la religion chrétienne ne soit la seule vi'nuble, et si jamais aucune autre a lien eu qui m approchât. »
Comme tous les grands penseurs, Pascal était triste. C'est lorsqu'il faut peindre les misères de Ta me qu'il est véritablement élo-
auént. Alors il entre dans la voie véritable es preuves de la rçligion qui conviennent h des chrétiens, et qui consistent en ces deui propositions : 1' L Ame humaine a soif de bien : Feeiêii not ad /r, DtuM^ et inquietum tH cor noêtrum donee requiesaU in le, dit saint Augustin. 2* La reli^on chrétienne et catliolique peut seule satisfaire pleinement h ce besoin de notre nature.
Pascal prouve admirablement la première de ces deux propositions, et peint avec une énergie et une mélancolie dignes de Salemon toute la vanité des agitations humaines.
« Rien n'est plus capable de nous faire entrer dans la connaissance de la misère des hommes qiie de considérer la cause véritable de l'agitation per(>étuelle dans laquelle ils passent toute leur vie,
«L'Ame est jetée dans le corps pour 7 faire un séjour de peu de durée, fille sait
?ue ce n'est au'un passage à un voyage lernel, et qu'elle n'a que le peu de temps que dure la vie pour s'y préparer. Les nécessitésdo la nature lui en ravissent une trèsgrande paKie. Il ne lui en reste que très^ peu dont elle puisse disposer. Mais ce pea qui lui reste l'incommode si fort et ^emDa^ rasse si étrangement, qu'elle ne songe qn) le perdre. Ce lui est une peine insupportable d'être obligée de vivre avec soi et de penser h soi. Ainsi tout son soin est de s'oublier soi-même, et de laisser s'écouler ce temps si ootirt et si précieux sans réflexion, ea s'occupant des choses qui l'empêchent d'f penser.
« C'est l'origine de toutes les oaupalions
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tm
luiDaUuaires des hommes et de tout ce qu'on appelle divertissement ou passe-tempsy dans lesquels on n*a en etfet pour but que d*y laisser passer le temps sans le sentir, ou plutôt sans le sentir soi*roémo, et d*éviter, en perdant oettc partie de la vie, Tamertume et le dé^âl inténeur qui accompagneraient nécessairement Tattention que Ion ferait sur soi-même durant ce temps-lh. L*Ame ne trouve rien en elle qui la contente. Elle n*y voit rien qui ne raffiiçe quand elle y pense. C'est ce qui la contraint de se répandre au dehors» et de chercher dans Tapplication aux choses extérieures à perdre le souvenir de son état véritable. Sa joie consiste dans cet oubli, et il suffit, pour la rendre misérable, de r^bliger de se voir et d*ètre avec soi.
« On charge les hommes dès Tenfance du soin de leur honneur et de leurs biens, et niéme du bien et de Tlionneur de leurs |>arents et de leurs amis. On les accable de i*éludo des langues, des sciences, des exercices et des arts. On les charge d'affaires; on leur fait entendre qu'ils ne sauraient être heureux s^ils ne font en sorte, par leur industrie et par leur soin, que leur fortune, leur honneur, et même la fortune et l'honneur de leurs amis, soient en bon état, et qu'une seule de ces choses qui manque les rend tnalheu eux. Ainsi on leur donne des char-
{;es et des affaires qui les font tracasser dès a pointe du jour. Voilii, direz-vous, une étraïuge manière de les rendre heureux. Que jK>urrait-on faire de mieux pour les rendre malheureux ? Demandez- vous ce qu'on pourrait faire? 11 ne faudrait que leur ôter tous ces soins : car alors ils se ver raient et ils penseraient à eux-mêmes, et c'est ce qui leur est insupportable. Aussi, a[)rès s'être chargés de tant d'affaires, s'ils ont quelque tcanpa de relAcbe, ils tâchent encore de le perdre h quelque divertissement qui les occupe tout entiers et les dérobe à eux-mêmes, « C'est pourquoi, quand je me suis mis à considérer les (ii verses agitations des hommes, les périls et les peines où ils s'exfX)sent à 1« cour, à la guerre, dans la poursuite do leurs prétentions ambitieuses, d'où naissent tant de querelles, de passions et d'entreprises périlleuses et funestes, j'ai souvent dit que tout le malheur des bonunes vient de ne savoir pas se tenir en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bjpn pour vivre, s'il savait demeurer chez soi, ^ n*en sortirait \^s pour aller sur la mer ou au siège d'une place ; et, si on ne cherchait siuipleinent qu'a vivre, on aurait peu besoin de ces occupations si dangereuses.
m Mais, quand j'y ai regardé de plus près, y ni trouvé que cet eloignement que les nom-* jx^es ont du repos et de demeurer avec euxmêmes vient d une cause bien effective, c'est- ^-dire du malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable^^ que x-iea ne nous peut consoler iorsque rien ne fjous empêche d'y penser et que nous ne T^ oyons que nous.
€ Mais, pour ceux qui n'agissent que par tes mouvements qu'ils trouvent en eux et
Oans leur nature, il est impossible qu'ils subsistent dans ce repos qui leur donne lieu de se considérer et de se voir sans ôtre in* continent attaqués de chagrin et de tristesse* L'homme qui n^aime que soi ne hait rien tant que d'être seul avec soi. Il ne ciierche rien que pour soi, et ne fuit rien tant que soi, parce que, quand il se voit, il ne se voit pas tel qu'il sedésirci et qu'il trouve en soimême un amas de misères inévitables et un vide de biens réels et solides qu'il est inca* pable de remplir.
«Qu'on choisisse telle condition qu'on voudra, et qu*on v assemble tous les biens et toutes les satisfactions qui semblent pouvoir contenter un homme ; si c lui qu'on aura mis en cet état est sans occupation et sans divertissement, et qu'on le laisse fa^e réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra pas. Il tombera Far nécessité dans des vues affligeantes de avenir ; et, si on ne l'occupe hors de lui, le voilà nécessairement malheureux.
«La dignité royale n'est - elle |>as assez
f;raii(Je d'elle-même pour rendre celui qui a possède heureux par la seule vue de ce qu il est ? faudra-t-il encore le divertir do cette pensée comme les gens du commun t Je VOIS bien que c'est rendre un homme heureux que ae le détourner de la vue de ses misères domestiques pour remplir toute sa pensée du soin de bien danser. Hais en sera-t-il de même d'un roi ? et sera-t-il plus heureux en s'attachant à ces vains amusements qu'à la vue de sa grandeur ? Quel objet plus satisfaisant pourra* t-oa donner à son esprit? Ne seraii-ce pas faire tort à sa joie d'occuper $on Ame a penser, à ajuster ses pas à la cadence d'un air, ou à placer adroitement une balle, au lieu de le laisser jouir en repos de la contemplation de la gloire majestueuse qui Tenvironne? Qu'on en fasse l'épreuve : qu'on laisse un roi tout seul, sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l'esprit, sans compagnie, penser à soi tout à loisir, et l'on verra qu'un roi qui se voit est un homme plein de misères et qui les ressent comme un autre. Au$si on évite cela soigneusement, et il ne man-
3ue jamais d'y avoir auprès des personnes es rois un grand nombre de gens qui veillent à faire succéder le divcrtissemont aux affaires, et qui observent tout le temps de leur loisir pour leur fournir des plaisirs et des jeux, en sorte qu'il n'y ait point de vide. C'est-à-dire qu'ils sont environnés de per^ sonnes qui ont un soin merveilleux de prendre garde que le roi ne soit seul et en état de penser à soi, sachant qu'il sera malheureux, tout roi qu'il est, s'il y pense.
« Au5si la principale chose qui soutient les hommes dans les grandes charges, d'ailleurs si pénibles, c'est qu'ils sont sans cesse détournés de penser à eux.
« Prenez-y garde. Qu'est-ce autre chose d'être surintendant, chancelier, premier président, que d'avoir un grand nombre de gens qui viennent de tous côtés pour ne leur laisser pas une heure en la journée où ils puis-
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seot penser k cus-niâmes ? Et quand ils sont da*YS la disgrflce, et qu'on les renvoie à leurs maisons de campagne* où ils ne manquent ni de biens ni de domestiques pntir les assister en leurs besoins, ils ne laissent pas d*ôire misérables, parce que personne ne les em|>éche plus de songer à eux.
«De là Tient que tant de personnes se plaisent au jeu, k la chasse et au\ autres divertissementsqui occupent toute leur Ame. Ce n*est pas qu'il y ait en effet du bonheur dans ce que Ton peut acquérir par le moyen de ces jeux, ni qu*on s'imagine que la vraie béatitude soit dans Targent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre que l'on court. Un n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est vus cet usage mou et paisible et qui nous laisse penser k notre malh urcuse coî*dition qu'on recherche, mais c'est le tracas qui nous détourne d'^ penser.
« De là vient que les hommes aiment lant le bruit et le tumulte du monde, que la pri* son est un supplice si borriblCf et qu'il y a si peu de personnes qui soient capables de souffHr la solitude,
« Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Et ceux qui s'amusent simplement à montrer la vanité et la bassesse des divertissements des hommes connaissent bien, à la vérité, une
Cartie de leurs misères; car c'en est une ien grande que de pouvoir prendre plaisir à des choses si basses et si méprisables ; mais ils n'en connaissent pas le fond, qui leur rend ces misères mêmes nécessaires, tant qu'ils ne sont pas guéris de celte misère inténeure et nalurclle qui consiste h ne pouvoir souffrir la vue de soi-raôrae. Ce lièvre u'ils auraient acheté ne les garantirait [)ns e cette vue, mais la chas e les en garantit. Ainsi, quand on leur reproche que ce gu'ils cherchent avec tant d'ardeur Uf*. saurait les satisfaire, qu'il n'y a rien de plus bas et de plus vain, s'ils répondaient comme ils devraient le faire, s'ils y pensaient bien, ils en demeureraient d'accord ; mais ils diraient en même temps qu'ils ne cherchent en cela qu'une occupation violente cl impétueuse qui les détourne de la vue d'eux-mêmes, et que c'est pour cela qu'ils se proposent un objet attirant qui les charme et qui les occupe tout entiers. Mais ils ne répondent pas cela, parce qu'ils ne se connaissent pas euxmêmes. Un gentilhomme croit sincèrement qu'il V a quelque chose de grand et de noble à la chasse : il dira que c'est un plaisir royal. Il en est de même des autres choses dont la plupart des hommes s'occunent. On s'imagine qu'il y a quelque chose oe réel et de solide dans les objets mêmes. On se persuade que, si Ton avait obtenu cette charge, on se reposerait ensuite avec plaisir, et Ton ne sent pas la nature insatiable de sa cupidité. On croit chercher sincèrement le re- 1K)S , et l'on ne cherche en effet que l'agitation.
« l^s hommes ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et roccupation au dehors qui vient du rcs^eîi-
PASCilL
tinorent de leur misère continueire. Ri ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de leur première nature, qui le«r fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le repos. Et i!e ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confas qui se cache à leur vue dans le fond de leur flrae, qui les porte à tendre au repos par Tag[itation, et à se figurer toujours que la satisfaction qu'ils n'ont point leur arrivera, si, en surmontant quelques difficultés ao'ils envisagent, ils peuvent s'ouvrir par là la fïorte au repos.
« Ainsi s'écoule toute la vie. On cherche le repos en comb.ittant quelques obstacles; et, SI on les a surmontés, le repos devient insup()ortable ; car, ou l'on pense aux misères qu^on a, ou à celles dont on est menac<!'« Et, quand on se verrait même assez à l'abri de toutes parts, l'ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir du fond du cœur, où il a des racines naturelles, et do remplir l'esprit de son venin»
«C'est pourquoi, lorsque Cioéas disait à Pyrrhus, qui se proposait de joair du repoi avec ses amis ani^s avoir conquis une grande partie du mouoe, qu'il ferait mieux d'avancer lui-même son bonheur en jouissant dèslors de ce repos, snns l'aller chercher par tant de fatigues, il lui donnait un conseil qui souffrait de grandes difficultés et qui n'était guère plus raisonnable que le dessein de. ce jeune ambitieux. L'un et l'autre supposaient que Thomme se peut contenter de soi-même et de ses biens présents sans remplir le vide de son cœur d'espérances imaginaires; cequiestfaux. Pyrrhus ne pouvait être heureux ni devant ni après avoir conquis le monde. Et peut-être que la vie molle que lui conseillait son ministre était encore moins capable de le satisfaire (pie l'agitation de tant de guerres et de tant de voyages qu'il méditait.
« On doit donc reconnaître que ÏTiomme est si malheureux, qu'il s'ennuieiait même sans aucune cause étrangère d'ennui, iwr le propre état de sa condition nnlurelle; et il est avec cela si vain et si léger, ou'étant
f)lein de mille causes essentielles a'ennui, A moindre bagatelle suffit pour le divertir. De sorte qu'à le considérer sérieusement il est encore plus à plaindre de ce (^u^il se peut divertir à des choses si frivoles et si basses, que de ce qu'il s'afflige de ses misères effectives et de ses divertissements, qui sont infiniinenl moins raisonnables que son ennui. « Quel pcnsez-voitôque soit l'objet de ces gens qui jouent à la paume avec tâot d*a|>plicatKin d'esprit et d'agitation de corps? Celui de se vanter le lendemain, avec leurs amis, qu'ils ont mieux joué qu*ua autre: voilà la source de leur attachement. Ainsi les autres suent dans leurs cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont résolu une question d'algèbre qui ne l'avait pu être jusqu'ici. Et tant d'autres s'exposent aux plus grands périls pour se vanter ensuite d une place qu'ils auraient prise aussi sottcmenit à mo 1 gré. El cnlin les autres se tu(*:ii |K)ur
PASCAL
reiDArqaer (ouies ces t -hases, non {>as pour en doYenir plus sages, mais seulement pour montrer quMls eo connaissent la vanité; et eaux-là «ont les plus sots de la bande, puis- (fu*ils le sont avec connaissance* au lieu (]u*on peut penser des autres qu'ils no le seraient pas s'ils avaient c«*tte connaissance.
« Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose, qu'on rendrait malheureux en lui donnant tous les Hiatins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à condition de ne point jouer. On dira ))eut-être que c'est l'amusement du jeu qu'il clierche, et non |)as le gain ; mais au'on le fasse jouer pour rien, il ne s'v écnautfera pas vi s'y ennuiera. Ce n'est donc pas l'auiusement seul qu'il cherche; un amusement languissant et sans passion l'ennuiera. 11 faut donc qu'il s'y échautfe et nii'il se pique luim^me, en s'imaginant qu il serait heureux de gagner ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui donnât à co idition de ne point jouer, et qu'il se forme un objet de passion qui excite soi désir, sa colère, sa crainte, son espérance.
«Ainsi les divertissements, qui font le bonheur des hommes, ne sont pas seulement bas, ils sont encore faux et trompeurs, c'est-à-dire qu'ils ont pour objet des fantômes et des illusions qui seraient incapables d'occuper l'esprit de rhomme« s'il n'avait perdu le sentiment et le goût du vrai bien, et s'il n'était rempli de bassesse, de vanité, de légèreté, d'orgueil et d'une infinité d'autres vices ; et ils ne nous soulagent dans nos misères qu'en nous causant une misère plus réelle et plus efiective ; car c'est ce qui nous enapôche principalement de soo/çer à nous et qui nous fait perdre insensil)lement le temps. Sans cela nous serions dans l'ennui, et cet ennui nous porterait à chercher quel-
aue moyen plus solide d'en sortir» Mais le ivertissement nous trompe, nous amuse, et nous fait arriver insensiblement à la mort. « Les homm<*s n'ayant pu guérir de la mort, de la misère, de l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point I enser : c'est tout ce qu'ils ont pu inventer j>our se consoler de tant de maux. Hais c'est une consolation bien misérable, puisqu'elle va, non pas à guérir le mal, mais a le cacher simplement pour un peu de temps, et que, en le cachant, elle fait qu'on ne pense pas à Je guérir véritablement. Ainsi, par un étrange renversement de la nature de l'homme, il se trouve que l'ennui, qui est son mal le plus sensible, est en quelque sorte son plus grand bien, parce qu'il peut contribuer plus que •outes choses à lui faire chercher sa véritable guérison, et que le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien, est en eifet son plus grand mal, parce qu'il l'éloigné plus que toutes choses de chercher le reojède à ses maux; et l'un et l'autre sont une preuve admirable de la misère et de la corruption de l'homme, et en même temps de sa grandeur, puisque l'homme ne s'ennuie de tout et ne cherche cette multitude d'occupations que parce qu'il a l'idée du lio .iheur qu'il a perdu, lequel ne trouvaut
PASC.4L
pas en éoi, il le cherche inutiletàent dans les choses extérieures, sans se pouvoir jamais contenter, parce qu'il n'est ni dans nous ni dans les créatures, mais en Dieu seul. »
Tout le génie de Pascal est dans ees beUes pages, qui rappellent si bien la majestueuse tristesse de l'Ecclédaste. C'est le même dégoût de toutes les choses de ce monde, la même lassitude de toutes les agitations vaines^ la même soif de l'infini. Dût le spectre de Boileau sortir de sa tombe pour nous gourmander, nous ne craindrons pas de dire
Iue nous trouvons infiniment plus de mérite ans ce fragment que dans toutes les Pro* vincialei ; mais les Provincialeê ont été prônées par un parti dont la cabale était puissante et dure encore sous une autre form *. 11 est donc toujours convenu que ce liv!e n'a point d'égal dans la littérature fran« çaise.
Quoi qu'il en soit, ce livre donne do la vertu, selon Pascal et selon ses amis les jansénistes, une idée bien triste et bien maussade. Voici à quels traits il déclare reconnaître le portrait d'un véiitable ctn*étien :
« Il est sans yeux pour les beautés de Tart et de la nature. H croirait s'être cliargé d'un fardeau incommode, s*il avait pris quelque matière de plaisir pour soi. Les jours de fête, il se retire parmi les morts. Il s'aime mieux dans un tronc d'arbre que sur un trône.... une belle personne lui est un spectre, etc. »
Pascal reproche amèrement au P. Lemoine d'avoir fait ce portrait d*un fou somb.'i? et mélancolique, et soutient que c'est celui d'un homme oui vit conformément au véritable esprit de TËvaiigile. Quoil l'Evangile veutqu on soit sans yeux pour les beaulés de l'art? Quels chrétien^ c'étaient donc que l(>s Vandales ? L'Evangile veut encore qu on soit sans yeux pour les beautés de la nature? Nous ne pourrons donc nlus chanter ce psaume du Roi-Prophète : vmli enarrani glo^ riam Dei et opéra manuum ejus annuntiai fir^ mamenium? A ce titre, ceux qui s'élèvent à Dieu à la vue de ses ouvrages, ceux qui admirent les merveilles de la création sont des impies. Quoi t le vrai chrétien doit se refuser toute espèce de plaisir, même celui de faire le bien? Mais alors à quoi donc pensait saint Paul, lorsqu'il écrivait : Semper gatkdeiCf ou lorsqu'il disait à ceux de Philippes : Quœcunque amabilia^ hœe cogiiaU ? Saint p4«ul aussi était donc un Père jésuite? Quoil tout bon janséniste, pardon, ce n'est pas ce que vous dites, mais tout bon chrétien, doit passer ses jours de fête parmi les morts? M.ns l'Evangile dit pourtant que Dieu n'e^t pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants, et le Psalmisle dit : Non moriut lau^ dabuni ie^ Domine. Jésus-Christ a dit en- ^ core : Laissez les morts ensevelir leurs morts et suivez-moi. Qu'un vrai chrétien s*aime mieux dans un tronc d'arbre que sur un trône, cela peut être, et cela s'est vu même che^ des prmces du sang royal ; cependant Charlemagne et saint Louis ont honoré le trône par leur-s vertus, et s'y sont montrés
tK3
PJ^SIONS
PASSWNS
pour le moins aa»i AréliofU qu'iU auraient pu le Aire dans le trône cnrbre où aurait touIu les reléguer H. Pascal. Mms 'comprenons encore quuii chrétien ne re^ • garoe une belle personne qu'avec modestie et eirconspecCion, mais il y a loin de là à la I regarder comme un siiectre. Voilà pourtant *ce que désirait l'auteur des PrQvinettdes ; et oe qui est le plus étonnant, c'est que, cher<chant à Aire rire, il ait eu les rieurs de son
o6té.
L'immense et incontestable arantaçe lit« téraire que Pascal a eu sur ses adversaires et sur quelques-uns mêmes des écrivains de la société de Jésus, e*est le ton parfaitement mesure de sa polémique. Si sa critique n'est pas toujours judicieuse, elle est du moins toujours convenablement exprimée. On re«
Srette qu'il ne dise pas la vérité, car il la irait parfaitement bien. Voilà la plus belle part qu'on puisse faire à l'écrivain des Xelires pravineialet.
PASSIONS. ^ Pour savoir de quel usage peuvent être les passions dans la littérature chrétienne, il faut chercher d'abord quelle est l'action de la religion sur ces puissances occultes de l'âme. Le christianisme a-t-il proscrit et condamné à mort toutes les pas* sions, les a-t-il seulement réglées et soumises? C'est ce qu'il faut sommairement examiner.
Il faut d'abord bien s'entendre sur le sens qu'on attache au mot; Si par passions on entend les attraits légitimes de l'âme, la question est déjà résolue, et l'on sait que la religion ne veut que les affranchir et les diri- Ser. Si Ton entend au contraire l'abus et la épravation de ces mômes attraits, on doit comprendre que la religion est l'intraitable enaemie de toutes les dépravations et de tous les abus.
Le mot passion, par aa composition çrammatieale, semble exprimer un état où l'âme est purement passive. Or cet état constitue la servitude morale dont le Sauver est venu nous affranchir. Les Pères du déserl, qui s'exerçaient à résister à tous les attraits même légitimes, étaient comme ces guerriers qui s'eiercent au combat pendant la paix ; et lorsqu*ils mouraient à la peine, on pouvait les regarder comme des martyrs de la libeKé morale.
Nés pour être les héritiers de Dieu, nous iievuns asmrui^ à une çraudeur i)resque inflnie. Voila l'attrait légitime ; mais que cette aspiration nous |)orte à mépriser et à écraser nos frères, voilà l'abus, et o*cst ici que commence la mauvaise passion qu*on appelle l'orgueil.
L'orgueil sera toujours pour l'homme une ^nde douleur, parce que Thomme ne sent jamais mieux sa bassesse que lorsqu'il cherche à s'élever. L'orgueil est à la fois la plus noble et la plus vile des passions, parce qu'il emploie pour se hausser à la grandeur le mensonge qui est une bassesse. L'orgueil se ment à hu-même et se rend ingénieux à se tromper pour mieux tromper les autres.
C'pst une espèce de fblie ; c'est une rapine
et une injustice ; c'est la première racine de l'égoïsme et la source de tous nos maui k de toutes nos erreurs. Et cependant cette piasion funeste est elle-même le plus généreux ioatîiicC de notre âme. C'est la preuve de notre or^ne plus crue royale et de notre destinée immortelle ; e est un magnifique attrait vers la plénitude de l'être, c est une espérance infinie quand ce ii*est pas un implacable désespoir.
Qu'est-ce que ce désir de la gloire, qni a souvent enfanté tant de prodiges chez les païens, sinon le fanatisme de l'orgueil t mais cet orgueil est ennobli ou flétri par la direction qu'on lui donne; celui qui se sacritte à un orgueil égoïste et qui meurt inutile au monde, ressemble à Srosichton qui se dévorait les entrailles. Celu^qui trouve sa gloire dans le dévouement n'est peut-être qu'on égoïste mieux inspiré, mais on le juge par les œuvres et la postérité l'admire, ferustrate et Samson ont renversé chacun un temple. Curtius et le cynique Pérégrin se sont donné la mort publiquement. Les actions en ellesméines sont peu de chose, si une grande inspiration de dévouement ne leur donno leur prix. Mourir pour soinnaêrne, e*est ridi» cule : mourir pour l'humanité, pour sa par trie, ou même pour son ami, c'est beau.
Remettez l'orgueil dans le chemin du del eu lui faisant sentir quelle est la véritable grandeur et combien il est beau d'être le soutien des bibles et Tappui de nos inférieurs, si nous croyons en avoir. Sanctifié (lar le dévouement, le sentiment de la supériorité |>ettt être encore ime erreur, mais il ne sera jamais un vice ; car je ne parle pas de cet orgueil des petites âmes qui en s'aigris^ sanl se tourne en incurable envie : ceux qui s'en laissent posséder sont des méchants. Je ne dis rien non plusde la vanité qui est ^o^ gueil des enfants et des sots. Je ne suppose pas nooplus que l'homme veuille usurper les droits de Dieu et marcher son rival, à moins qu'il ne soit atteint d'aliénation mentale. Le véritable erj^pueil, c'est au fond l'estime de soi-même, et si cette estime a pour cause de belles iaeuUés dont la gloire revient à Dieu seul, c'est peut-être Dieu encore qu'oi estime dans son ouvrage, et je ne vois |>as pourquoi chaque soldat n^stimerait pas eicelleiites les armes que son général lui a données. Je vois là dedans de la confiance en la prévoyance du chef auprênie, et cette foi dans les moyens de la Providence en nous qui est le gage de la victoire sur les difiiculiés de la vie. Je ne voudra.s jamais rabaisser un enfant à ses propres yeux ; ce sérail lui ôter toute émulation et tout courage. Dites-lui au contraire que Dieu Tspf^elle à une véritable grandeur, ntiais faitesui sentir en même temps qu'il ne peut être grand qu'eu se livrant tout entier a Taclion divine. Séparés de Dieu nous ne sommes que néant et turpitude; voilà ce querbumi- Iité nous enseigne. Humilions donc en nous la partie brutale, et tout ce que la partie spirituelle peut subir de dégradation par son union avec !a chair. Abaissons Ja chair pour
SK»
PASSIONS
PASSIONS
SA
élever l'esprit, et la chair ellormâme devra wm affranchissement et sa résurrection glorieuse à cette humiliation passagère et méritée.
Ceux qui disent que la religion amoindrit l'homme et brise les ressorts de son âme ne connaissent ni la religion ni riiomme, à moins qu'ils ne soient dMnsignes calomniateurs. Quoi de plus vil et de plus bas que Taetion d'un valet qui usurpe Vhonneur de son maître? Quoi de plus noble et de plus beau que les clforts d'un enfant qui veut se montrer digne de son père? Quel est le plus noble^ d*un être abject qui s*enfle et cherche à s'ëlever par le mensonge, ou d'un homme ▼ertueux qui s'humi ie et ne croit iamais avoir fait quelque chose de beau tant il a une haute idée de la vertu et du mérite ?
L'orgueil est la sr urce de tous les vices de Fesprit, ei le sensu/ilisme, que nous pouvons aussi appeler le foi amour, est Torigine de tous les vices du cœur.
Tous nos vices et tous nos crimes sont les enfants bâtards du fol amour, ce sont les écarts d'une aspiration ignorante et détournée de sa voie; c'est la course de l'âme sur un terrain sans consistance où elle plonge et se salit à chaque pas. Ce sont les aivagatiODS d'un espèce de somnambulisme éveillé et les visions d'un mauvais rêve.
Quelque violente que soit une mauvaise passion, elle a toujours pour principe de ses erreurs une grande ignorance et une grande faiblesse. L'être méenant, sans autre intérêt que celui de son antagonisme inconcevable et de la révolte éternelle contre Dieu, est heureusement impossible dans la nature humaine, et c'est pourquoi, selon noire sy m* iM>lisme catholique. Dieu pardonne tout aux hommes et no pardonne rien aux anges. Qae l'enfer soit donc éternel nour 1 s démons, et qu'il doive l'être pour I obstination de beaucoup d'hommes diaboliques dont je ne veux ni ne puis sonder le mystère, c'est là un des grands dogmes de notre religion, et il serait impie d'en douter. Le dogme de Féternité des neint s de l'enfer est celui que Jes passions numaines repoussent avec le plus d'énergie, parce que ce dogme seul l»eut les combattre avec efllcacitdet les vainore. Si en principe et en réalité le mal n'éftAit pas éternellement inconciliable avec le l>ien, il n'y aurait pas de morale possible. E^^ doctrine du pantnéisme, au moyen de lacfuelle on veut saper par la base le dogme de In justice divine en laisaot de Dieu un tout
a m, après tout et k forée d'être tout, se réoît à rien , ou une espèce de Saturne qui enfante étemellement pour absorber ce qu'il produit, cette doctrine, disons-nous, est la n^^iion la plus formelle de toute vérité refi^iease. La religion a nécessairement pour jraîson d'être un rappoK de réciprocité entre S>i«a et l'iKMame qui constitue en Dieu la koe et dans Thomme la liberté. Or la grâce ^ 80 eoncilie avec la liberté que par la posi Agilité d'une résistance , et cette possibilité,
aae fois admise, acquiert une puissance
cl c»jsn)atique dont la conséquence est Téter-
nité des peines de l'enfer. Autrement la liberté humaine serait une déception et un mensonge, la grâce un leurre , et la morale un piège tendu seulement aux esprits timides. Le vice et la vertu auraient des espérances égales, puisqu'en présence de l'étei^ nité bienheureuse toute peine passagère devrait être eompiée pour rien. Voilà ce que les hommes passionnés ne comprennent pas» et , comme ils n'osent espérer le ciel pour prix de leurs joies ooupmles, ils s'efibreent du moins d'éteindre l'enfer et de se réfuçier dans le néant. Vaine espérance I le néant ponr eux est partout, excepté dans leur terrible avenir! Le néant qu'ils cherchent, U néant qu'ils adorent, ils le trouvent dans leurs vains plaisirs. Jamais ils ne parviennent h jouir du fruit de leur crime. En étou^ fhnt dans leur âme le germe de la foi , ils y ont anéanti ht puissance du bonheur et même de l'espérance. L*usage des passions, qui est une déception pour eux , les pousse immédiatement à l'abus, l'abus au dégoût et le dégoAt au désespoir et à la mort , à moins qu'alors la voix de la grâce ne se fhsse entendre et ne porte le (lécheur è brûler ce qu'il avait adoré, et à se soumettre sans murmure à toutes les austérités de la pénitence comme à toutes les rigueurs salutaires d'un dogme incontestable et éternel.
Ainsi, plus un homme est vicieux, moins il jouit des voluptés dont il abuse et plustût il se dégoûte de la vie. C'est une âme que Dieu poursuit, et qui est plus près qu'on no
f)cnse de l'héroisme de la vertu. Je me dé- Serais plutôt d'un homme dont les vertus fausses et humaines ont lentement excité et exaspéré les pcissions, nue d'un libertin chez (jui la satiété engendre le dégoût. Tous deux sans doute peuvent pécher, l'un par surprise» l'autre par babituue ; mais le péché de l'un sera peut-être son premier pas dans le vice où U se précipitera d'une ardeur effrénée, au lieu que le nouveau crime de Vautre ajoutera une nouvelle satiété à ses dégoû(s, ou un nouvel aiguillon à $es remords, et déterminera peut-être son changement et SOQ retour ver3 Dieu.
Aussi le salut des grands pécheurs est-ii une des grandes préoccupations de notre époque. L'Eglise a gémi en regardant au fonci des bagnes et des lieux de perdition : car elle n'a pu s'empêcher d'y reconnattre encore ses enfants, quelquefois les plus éner-
Siques et les plus regrettés. Elle a pleuré e leur flétrissure sans remède» et elle a de*» mandé à l'avenir du moins» une espérance pour le repentir de ces infortunés, dont elle avait seule le droit d'absoudre et d'effacer les crimes. En vain l'hypocrisie a pris le masque de la morale pour défendre les droits do la chiourme et ou mauvais lieu, les droits de la mi&éricorda prévaudront, parce que ceux-li seuls sont véritabiameat dei droits divins.
Ce sera un grand progrès dans te philoso* phie et dans la science sociale, lorsqu'il sera raconnu universellement que les vices de
RAdSlONS
PASSIONS
rhomme sont des dégradaiions de son ësprU ei des oftaladiesde son cœur, L*hygiène morale fl<«oiiipagnera alors la pénalité. Le système péfiiteiiliaire sera dirigé vers des fias dignes d'une société vraimeul mère et non maçâlre. .On rendra les coupables meilleurs en les . kistruisaol* et Ton s'efforcera de ranimer chez eux rintelligeoce et Tamour» afin que, déiroaikpés de leurs cupidités insensées, ils conçoivent de nouveaux et plus heureux désirs. On les ramènera doucement à la raison et à la piété , et leur expérience dans le mal leur deviendra utile pour se conserver dans le bien. Ainsi la société sera deux fois mère et ne fera plus mourir ses enCfints lorsqu'elle aura appris k les guérir. L'homicide moral surtout» le plus affreux des homicides aura disparu de nos lois et ne se retrouvera plus dans nos mœurs; ainsi les hommes deviendront meilleurs par cela même qu'on le leur persuadera par des exemples beaucoup plus que par des châtiments et des menaces.
11 n*est guère de passion déréglée, qui ne
))uisse conduire Thomme qui s*y livre sans rein aux plus violents excès dans des circonstances dénuées, et par passion déréglée j*entends toute espèce de toi amour. Notre amour est insensé lorsqu'il se trompe d'objet et lorsqu'il veut prolester contre les lois de la nature. L'amour maternel lui-même, le plus saint et le plus beau de tous les amours humains, peut se changer* en passion déréglée s'il sort de Tordre et des conditions établies d'avance par l'auteur de la nature., Nous devons aimer chaque c^osè pour sa'fin légitime et son usage naturel, autrement nous nous fourvoyons, et nous prenons les moyens pour la fin, et l'abus pour Tusage. Aimer un homme fiu point de ne pouvoir lui survivre, c'es| se faire un idole de cliaîr qu'on ne sauvera pas de la destruction en se sacrifiant pour elle. La mort doit toujours entrer en tiers dans nos arrangements d'amitié, comme un créancier qu'il faudra solder avant tout, et ceux oui se désespèrent de la mort de leurs proches, semblent avoir follement prémédité de faire banoueroute è la nature et de frauder les droits au cercueil.
Il y a deux manières d'aimer qui constituent, dans la moralité hmiiaine, l'essence du bien et du mal, l'amour d'appropriation et l'amour de d.Svouenieut, l'amour de celui
2 ui dévore et l'amour de celui ({ui nourrit, 'amour du séducteur et celui de la mère. Le premier est une faim aveugle qui brise les objets qu'elle convoite et ne s en rassasie jamais que par la honte et le dégoût. L'autre est une plénitude divine qui s'épanche el qui ne s'épuise jamais, parce que plus elle se donne, plus elle surabonde, ayant des ressources infinies. L'un est Tapriétit de la brute, l'autre est le plus noble besoin de l'homme ; mais tous deux ont leur cause dans l'ordre providentiel et leurs degrés sur Téchelle du progrès. Le vide tend k l'absorption, et la plénitude h l'effusion. L'amour de convoitise est Tinanition
de Tâme» l'amour de bitHiveilianct est la preuve de la richesse. Pitié donc pour les malheureux qui aspirent à aimer et qai ne
Peuvent que dévorer. Pitié pour ceux dont âme est encore captive des sens au point de sacrifier toutes les nobles exigences de la religion etde la justice à l'entraînement d'une émotion brutale I Pitié pourceuxqui u'aimeot pas par une pure et sainte chanté ! perte
3u'une déception amère les attend au foad e leurs jouissances brutales 1 Materé eui ils aspirent à la vie humaine : et caacuie de leurs aspirations a un trait qui les blesse, chacun de leurs plaisirs a un rire qui les humilie. On n'échappe pas à sa destinée : oa ne remonte pas le cours du fleuve diviu. 11 faut marcher dans la voie du progrès, et malheur à ceux qui se cram|K>nnenl aux aih gles des roches et aux ronces, car la force qui les em|K>rie leur déchirera les mains : marche 1 marche ! dit k toutes les tètes da bétail humain un inexorable pasteur 1
La douleur est aussi le ^and avertissement des erreurs humaines. C'est la sentinelle de la nature qui veille à l'obsenratioa de ses lois. î>ès que vous vous en écartoz, prenez garde, vous allez souffrir! Si vous attachez votre cœur à ce qui liasse, votre cœur sera déchiré ; si vous l'entourez de ce qui peut se corrompre, il respirera la [mtréfaction et lani^uira vivant daDS la mort. Si vous vous attachez au vaisseau que le veit emporte et que la mer va eDg|loutir, vous périrez dans sdn naufrage. Aimez donc ce qui ne meurt pas, aimez Dieu dans les créaturcs, que la beauté soit à vos yeux ua reflet de sa gloire et un sourire de son amour et lorsque le rayon se retire et s'efface, que votre amour suive le soleil et ne pleure pes sur la plante éphémère qui se décolore, car le suleil ne disparaît que pour renaître; de* maiu son regard splendide illuminera une fleur nouvelle : ainsi Dieu seul rend les hommes aimables, ainsi lui seul en euidoit être chéri et adoré, lui qui n'a pas comoie eux d'inconstance ni de lassitude dans so i amour. Quant aux êtres qu'il nous donue à chérir un instant pendant notre pèlerinage, aimons-les pour eux et non pas pour nous. Ne nous approprions fias leur cœur doit eux-mêmes ils ne sont pas les maîtres.
Donnons-leur toute notre affection, tous nos soins, tout notre dévouement, comme à des hôtes d'une nuit que le Seigneur nous envoie; mois lorsqu'ils partent, réjouissoo»; uous, car ils retournent vers leur père. Si nous les aimons, nous devons être heureei de voir s'abréger les jours de leur exil, ai croire qu'au sein de Dieu nous retrouverons d'une manière bien plus parfaite, tout re
2ui nous plait dans ces frères tant aim^^ar toute j^rAce, toute amabilité, toute verta sont en Dieu, et si un seul reflet de tant de divine grâce embellit la terre qu'il toocbc 'U point de nous la faire presque adorer, o'at* tribuons pas à la terre ce charaie empruoi^ dont le soir la dépouille* et ne redeoiandon» rien à la cendre qui s'est refroidie, croyons au soleil et espérons I
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PASSIONS
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