APOLLONIUS
qui vous opprimaient sont raincus par les doulcui-s mômes dont vous avez triomphé ; puis il s'élève à travers la nuit éternelle vers les régions du divin §oleil, et une ascension d'âmes, revêtues de la lumière qu'il épanche sur elles, s'élève à sa suite ; les prophètes chantent la délivrance des saints; ou entend tour à tour la har^e de David, les cantiques d'Isaïe et la puissante voix.d'Ezéchicl ; Habacuc et Michée se font entendre tour à tour : Tu es sorti pour le salut de ton feupUj pour la délivrance de tes élus ; et tous les saints répondent : Béni soit celui qui i>ient au nom du Seigneur ! Quel dieu est semhMile à toij Seigneur I reprend Michée, qui est comme toi étant les iniquités et effaçant les péchés des hommes f Tu as comprimé ta colère et tu t'abandonnes à ta miséricorde: tu nous as délivrés des ténèbres pour nous pren^ dre dans ta lumière , et nos péchés seuls restent engloutis à jamais dans les abîmes de la mort !
Voilà certainement des tableaux empreints de la plus brillante poésie et des sources où les amis de la littérature reli^euse peuvent
Êuiser les inspirations les plus heureuses. Jopstock et Alexandre Soumet, Tun dans sa Messiade^ l'autre dans sa Divine Epopée^ ont richement développé ces scènes majestueuses, qui du reste ressortent si naturellement des mystères de notre foi , que ces grands poètes ont pu en trouver la première idée sans avoir consulté pour cela TEvan^le die Nicodème.
APOLLINAIRE, — évèque d'Héraclée vers la fin du second siècle, fut une des lumières de son temps. Il lut l'un des premiers à protester, au nom de la raison, ae la justice et de la science, contre les odieuses persécutions dont le christianisme était l'objet. Son Apologie j adressée à l'empereur Marc-Aurèie, était un ouvrage excellent, au jugement de saint Jérôme, qui devait s'y connaître. C'est aussi saint Jérôme oui nous apprend qu'Apollinaire d'Héraclee avait composé cinq livres contre les païens et deux sur la Vérité. Ces ouvrages existaient encore du tcn^ps de Photius, qui en fait l'éloge et quant aux idées et quant au style. Saint Apollinaire avait laissé d'autres ouvrages qui sont qualifiés de très-précieux par les anciens auteurs ecclésiastiques, mais dont les litres ne sont pas parvenus jusqu'à nous, et un traité plein de force contre l'hérésie des montanistes. Il ne nous reste rien de tout cet héritage littéraire, et tout le bien qu'en ont dit les écrivains contemporains ou subséquents ne peut servir qu'à nous les faire regretter davantage.
Il y eut aussi aeux autres Apollinaire, le
£ère et le fils, professeurs d éloquence à raodicée. Le fils, çju'on appelle Apollinaire le Jeune pour le distinguer de son père, fut évèque de Laodicée et nonoré de l'amitié de saint Basile et de saint Athanase; mais son caractère inquiet et superbe le sépara bientôt de ces grands hommes : il voulut sonder la profondeur des mvstôres et crut mieux établir la divinité de Jésus-Christ en anéan-
tissant sa nature humainjB, du moins quaul à l'âme. Ce blasphème fut répété par la secte des apollinaristes, qui l'augmenta des rôvcïries de plusieurs hérésiarques. Hais nous n'avons à parler ici que des oeuvres littéraires de cet évèque. il avait mis les Evangiles en action dialoguée ; et une tragédie sur la mort de Jésus-Christ, qui nous reste encore, semble avoir fait partie de cet ouvrage. On y trouve peu de beautés , beaucoup de longueur et une forme indécise entre la sté* rile abondance des rhéteurs ei la majestueuse simplicité des livres saints. Quoi qu'il en soit, on peut faire remonter jusqu'aux dialogues evangéliques et à la tra-* gédie d'Apollinaire le Jeune l'origine des mystères représentés au moyen âge par les clercs de la basoche et les confrères de la Passion. {Voy. Mystères.)
Apollinaire avait aussi mis en vers les li* vrcs historiques de l'Ancien Testament jusqu'au règne de Saul, et en avait &it un poème en vingt-quatre chants, exemple imité depuis par plusieurs auteurs dont le succès n'a pas couronné l'œuvre , et spécialement parmi nous, par Guillaume de Salluste sieur du Bartas dont l'ouvrage, qu'on ne lit plus, eut un grand succès dans son temps. {Voy. Du— Bartas.) Les autres ouvrages poétiques d'Apollinaire étaient des odes pindariques, des imitations d'Euripide et de Hénandre» des comédies et des tragédies. Tous ces ouvra-
Ses sont perdus, à 1 exception de la tragédie e Jésus-Christ souffrant, qui, comme dous l'avons déjà dit, se trouve conservée parmi les poésies de saint Grégoire de Nazianze : encore n'est-on pas sûr que cette tragédie soit certainement l'ouvrage d'Apollinaire^ évèque de Laodicée.
APOLLONIUS. — Apollonius vivait à la fin du II* siècle et au commencement du m*, sous les règnes de Commode et de Sévère. C'était un écrivain habile, et saint Jérôme en parle comme d'un homme trèssavant. Sa polémique était ardente et son style avait c[uelque chose d'incisif et de mordant, qui devait plaire au riçide solitaire de Bethléem. Nous pouvons en juger par un fragment de son Traité contre les absurdités de Montan et de ses prophétesses Priscilla et Maximilla; il reproche aux sectateurs de ces rêveries mystiques leur mollesse et leur avarice.
« S'ils se tiennent assurés de leur innocence, dit-il, qu'ils paraissent pour se justifier des erreurs dont on les accuse; ou s'ils en sont convaincus, qu'ils aient honte de retomber dans la même faute. Faites*les convenir que les prophètes ne se vendent pas pour des présents, et prouvez-leur qu'ils en reçoivent ; seront-ils encore des prophètes ? On juge l'arbre nar le fruit, et le prophète par ses œuvres. Quelles sont les œuvres d'un prophète? est-ce de teindre ses cheveu! et de peindre ses sourcils? Quels sont les goûts d'un prophète? est-ce le luxe des vêtements, sont-ce les jeux de dés, les prêts usuraires ? Qu'ils se déclarent sur le mérite ou la honte