‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 17 sur 194 · APOLLONIUS · texte numérisé non relu

APOLLONIUS

APOLOGIE

tiS

de pareils acteSy je me charge de les en con- Taincre I •

D*après ce passage on peut conclure qu'ApoUouius était un auteur éloquent et un rude antagoniste. Saint Jérôme appelle son livre uii long et remarquable ouvrage, longum et insigne volumen. On croit qu'il le composa Ters Tan 313 de Tère chrétienne.

APOLLONIUS CALLOT ou Callonius, prêtre de Novarre, vivait au vu' ou au viii* siècle» si Ton en croit Margarin de la Bigno et quelques autres, mais n'a vécu qu'au IV* siècle, si l'on doit en croire Moreri, d'après les démonstrations deBarthius^deVossius et d'autres savants.

Cet auteur , au jugement de M. du Pin, est un des meilleurs poëtes chrétiens que nous ayons. La lecture de son poème du siège de Jérusalem ne confirmerait pas aujourd'hui le jugement de ce savant. Les ▼ers d'Apollonius Callot sentent, il est vrai, Tétude, et l'on y trouve des imitations des anciens, parfois assez heureuses; mais le nom de poète chrétien ne peut lui convenir, d'abord, qu'à cause des sujets qu'il a traités ei non pour sa manière : il envisage la prise de Jérusalem comme l'accomplissement de la prophétie de Notre-Seigneur , il est vrai, mais il croit devoir se servir encore du merveilleux des auteurs profanes, et ne craint point d'invoquer Apollon et les Muses. Rien n*est si triste, à notre avis, que les essais do poésie chrétienne qui, en s'écartant de la naïveté des légendaires et des formes grandioses de la Bible, no présentent plus que des réminiscences d*un culte auquel le poète lui-môme ne croit plus : nous les comparerions volontiers à ces peintures soidisant religieuses, où les artistes de l'école de David nous représentent le Sauveur du monde sous les formes païennes de Jupiter.

Dans un poème sur la prise de Jérusalem, les divinités de Rome peuvent intervenir sans doute , pourvu que sous leur forme le poète chrétien nous fasse voir des anges de ténèbres, déjà forcés d'exécuter les ordres de celui qui vient renverser leur empire. Ce conflit de deux religions dont le règne est passé, pour venger l'auteurdu christianisme, est sans doute quelque chose de bien grand dans Thistoire ; et, considérée comme sujet de poésie, celte lutte intestine des puissances du vieux monde , tourmentées par le monde nouveau qui veut naître, est certainement quelque chose debeauetde gigantesque. Dans le ciel il faudrait montrer la figure terrible de Jéhova, sombre et attristée du dernier moment de son peuple, mais implacable toutefois, car entre lui et Jérusalem s'élève ))Our jamais l'ombre de cette croix où le Sauveur a expiré ; et cette croix, signe de lutrdon pour tous, n'est pour Jérusalem que le symbole de la réprobation sans espérance. Le Sauveur du monde, tout déchiré de plaies, s'interposera désormais entre le ciel et la terre, quand Jéhova voudra punir ; mais entre le ciel et Jérusalem, l'intervention de la victime du Golgotha ne peut arrêter que le pardon. Son sang, qui lave les péchés du

monde, ne tombe sur le front des Juifs que pour leur imprimer des taches inefraçabfea, car ce sang est leur crime, et ils ont crié : qu'il retombe sur*nouê et sur nog enfants I

La grandeur des images , la pompe des descriptions , les épisodes émouvants, ne doivent donc pas manquer à un poème ayant

I)Our titre La ruine de Jérusalem, L'Apœa»* ypse surtout doit fournir de sublimes couleurs, et la vision rayonnante de la nouvelle Jérusalem pourrait clore magnifiquement cette épopée en relevant l'âme du lecteur, abattue par les désolantes images de la plus horrible destruction qu'il y ait eu jusqu'à présent au monde. Dante eût parfaitement compris et dignement rendu un sujet pareil ; mais on peut, au-dessous de Dante, occuper encore, comme poète chrétien, un rang justement mérité, pourvu qu'on s'inspire toujours à des sources purement chrétiennes et qu'on se serve utilement des anciens sans les suivre servilement.

Ces réflexions nous sont suggérées par le poème du Siège de Jérusalemfàuqaél nous reprocherons de n'avoir pas le caractère assez franchement chrétien, ce qui est un défaut capital pour une œuvre de cette espèce : il contient au reste des morceaux assez travaillés et des pages qu*on peut lire avec plaisir, sans qu'ils nous paraissent entièrement dignes d'être cités.

Jean de Ganay, chancelier de Tuniversité de Paris, et aumônier de François 1*% a publié, dans le xvi* siècle, le poème d'Apollonius Callotius, et Adrien Vanderbuge , de Bruges, en a fait faire depuis,à Anvers, chez Plantin, une édition beaucoup plus correcte.

APOLOGIE.— D'Atro et de XÎ700 discours en faveur de quelqu'un ou de quelque chose ; éloge ou justification.

Attaquée dès son origine, la religion a toujours eu à se défendre contre l'iniquité et les mensonges des hommes ; persécutée par les maîtres du monde, elle a dû d'abord leur faire entendre courageusement le langage de la vérité et de la justice; déchirée par les hérésies, elle a du défendre son aogme; niée par l'incrédulité, elle eu a réfuté les blasphèmes, et n'a pas dédaigné de discuter des calomnies dans l'intérêt de ses enfants*

Maintenant le plan d'attaque est changé* mais la persécution est toujours la même. On ne dit plus à la religion qu'elle célèbre dans l'ombre d'infâmes agapes avec Je sang des innocents; on ne discute plus son dogme, on s*iucline même devant sa morale ; mais ces respects hypocrites dont on l'entoure affectent les formes d une oraison funèbre, et si l'on convient assez volontiers que la religion a été grande, c'est pour faire entendre qu'elle n'est plus.

L'apologie doit donc être dans TEçlise un genre de littérature toujours étudié et dont les formes doivent se renouveler à toutes les époques de sa vie militante, dont la fin sera la un même du monde.

Nous devons donc traiterce sujetavecquel-

3ues détails. Nous considérerons Tapologie 'abord en général, et nous en établirons les

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règles; x\(fns chercherons de combien do parties elle so compose ; nous en etaminerons les modèles» soit dfes temps anciens, soit des époques modernes ; puis nous nous demanderons quel but doit se proposer une apologie de la religion à Tépogue actuelle, et quelles peuvent en être les aifférenles formes.

L'apologrie en général a pour règles celles mômes de l'éloquence, mais ce doit être une éloquence qui aille au cœur par la raison. Il ne s'agit pas ici de cette science cauteleuse des avocats, qui leur apprend à colorer les mauvaises causes d'une apparence do justice, et & montrer sous un jour favorabre ce qui a souvent besoin d'être caché; l'apologie dont nous a vous ti nous occuper n'est autre chose que la défense de la vérité. Or la vérité n'a pas besoin qu'on la déguise ni qu'on l'excuse. Une logique rigoureuse, pleine de franchise et de fermeté, doit donc être la première qualité d*un apologiste de la religion, et toute son habileté, dans l'emploi de ses preuves et dans l'usage de ses moyens, ne peut être que de l'indulgence.

Nous disons de l'indulgence, parce que la vérité ne se défend pas pour elle-mèraë : que lui importe en effet qu'on l'jattaquetEllese défend pour éclairer les simples, pour soutenir les faibles et pour sauver, en détruisant leurs préventions, les hommes de bonne loi qui peuvent se rencontrer parmi ceux qui lui font la guerre. L'apologiste doit donc préférer la lumière douce et insinuante du soleil qui dissipe les nuages à l'éclat de la foudre qui les déchire ; il doit éclairer et non pas brûler; désarmer ses ennemis, les terrasser même s'ils ne se rendent pas, mais il ne doit pa^ les écraser. Le glaive de sa parole doit briller plus qu'il ne frappe, in moms (ju'il ne s'agisse de l'erreur elle-même, pour laquelle il faut se montrer sans pitié. Unapologiste doit toujours se représenter pour modèle le Sauveur lui-même, si injustement accusé et ne parlant pas pour se défendre, mais mourant en silence pour sauver ses accusateurs. C'était une sublime apologie que celle-là! A ceux qui niaient sa royauté, il s'est montré roi en pardonnant ; à ceux qui le blasphémaient, parce qu'il s'était dit le Fils de Dieu, il s'est montre Dieu même en sauvant le monde. Sa mort, silencieusement acceptée, a répondu aux Juifs qui l'accusaient d'ambition terrestre ; sa résurrection et son triomphe ont réfuté les blasphèmes contre sa foi en £on Père et les doutes mêmes de ses disciples. Il a fait de l'éloquence en actions, et ce sont ces actions divmes que nous devons imiter dans nos paroles, il n'a pas eu besoin de parler devant ses juges, parce qu'il lui suffisait d'agir devant i'élemité et devant les siècles. Parlons-en, nous souvenant de sa mort et de son triomphe, et rappelonsnous toujours qu'en mourant sur la croix il criait h son Père, en parlant de ses bourreaux : Mon Pire^ paraonfieji-/eur, ils ne sa^ veril pas ce qu'île font.

C'est ainsi que l'anologie religieuse conservera la dignité qui lui convient et ne compromettra jamais la sainteté de se cause par

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des récriminations haineuses et par d'indignes colères. Il n'est pas permis k tout le monde de vaincre un adversaire avec ses propres armes ; il est des armes, en effet , qu'un honnête homme ne ramasse pas ; il en est d'autres qui, sans être précisément indignes d'un honnête homme, ne sauraient convenir à un chrétien : la plaisanterie, par exemple , lorsqu'elle va jus- Ïu'au sarcasme ou jusqu'à la bouffonnerie, a religion et la vertu n ont pas une bouche qui se prête aux grimaces du rire moqueur, et elles ne sauraient trouver plaisant ce qui émeut profondément leur indignation ou leur pitié. Que penserait-on, d'ailleurs, d'un grave magistrat qui s'arrêterait aux lazzis d'un arlequin et ne dédaignerait pas d'y répondre ? Ne mérilerait-il pas et n'attirerait-il pas plus que son interlocuteur les huées de la foule 7 On fio peut, d'ailleurs, ridiculiser que les belles choses : comment mettrait-on la laideur en caricature ? L'incrédulité et le vice peuvent donc plaisanter à leur aise. Comme on permet parfois aux gens contrefaits de se moquer des hommes qui sont bien faits et qui marchent droit, ils savent que les gens bien élevés ne leur rendront jamais la pareille, et que, par égard pour les infinnités liumaines, on ne hausse même pas les épaules des absurdités d'un bossu.

La dignité doit donc s'allier dans une apologie de la religion avec la force et la douceur. La religion plaidant sa propre cause , c'est Dieu se Justitiant lui-môme devant les hommes, pour qu'ils se repentent de leurs accusations et pour être dispensé de les punir. L'apolode est donc, à ce point de vue, une œuvre de miséricorde en littérature, et les moyens oratoires qui ont quelque chose de piquant et d'acerbe, comme l'art de rétorquer les accusations et de les tourner en arguments ad hominem contre ses adversaires, ne doivent y être employés qu'avec toute la discrétion d'un sage médecin qui fait entrer dans ses préparations des substances acides ou corrosives. Il faut que la réaction se fasse sur le mal et jamais sur le malade. 11 faut que la charité tempère toujours le zèle pour le rendre salutaire. Le zèle amer peut confondre , mais il ne convaincra jamais, parce qu'il irrite, et que la conviction ne saurait s'achever sans un peu de persuasion; lorsqu'il s'agit des choses qui intéressent l'intelligence peut-être moins qu'elles ne toucheut au cœur.

De la composUion de Vapologie.

L'apologie se conapose de trois parties distinctes, négation, affirmation et oosécration : négation du mal imputé ou du mensonço avancé par les adversaires ; affirmation du bien et de la vérité qu'on rétablit, et obsécration aux juges pour qu'ils aient à faire justice : c'est une sorte do syllogisme ora*toire ayant les prémisses et sa conclusion, et qui peut s© réduire à celui-ci : On doit donner tort à ce qui est mal et raison à ce qu» est bien ; or, dans la cause qui nous occupe^

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raccusatioB est le mal, et le bien appartient à Taccusé, donc c'est à Taccusation qu'il faut donner tort. Mais pour la religion le raison* uement ne finit pas là, et le syllogisme pourrait se changer en sorite. Si la religion a raison, on doit faire ce qu'elle prescrit. Voilà ce que redoutent surtout les adversaires, et dans Les efforts au'on fait pour las amener à la première conclusion, on doit sentir, h la vivacité de leur résistance, qu'ils redoublent surtout la seconde et qu'ils veulent l'éviter à tout prix.

Ainsi, réfuter le Qial, établir le bien et solliciter la justice» voilà les différentes liarties dwt une apologie se compose ; et celte division de parties est si simple et si logique^ qu'on nous dispensera facilement 4JLe la justdier^

La première, qui est la réfutation, est la {ilufi diificile, comme nous l'avons déjà fait pressentir ; dans une causa où il s'agit nonseulement de convaincre, mais de persuader^ U est certes facile de trouver des raison^ pour défendre l'être contre le néant, le bieu contre le mal, la foi contre le doute; mais Vart de les (^isir jet surtout de les bien cm- /4oyer n'est pas ciiose facile ni vulgaire ; une raison plus que suilisantc pour vous peui u*en être pas môme une pour votre ^ad^rersaire : il faut vous moltre à son point 4e vue et entrer en quelque sorte dans ses Acuités pour l'amener ainsi à vous. Là , 4X)mme dans tous les discours dont la rhétorique iious enseigne le mécanisme, il faut des mœurs oratoires et un cxorde insinuant: ne commencez pas par porter à votre antagoniste vos coups les plus rudes, car s'ils lie portent pas, le combat sera fmi dès le .commencement, et uni à votre désavantage ; ne l'écrasez pas, dès le début par des négations absolues qui no laissent à son amour- .l)ro|)re aucun moyen de s'échapper. On ne .nie jamais les majeures lorsqu'on argumente .contre des personnes honorables : on les distingue. Or, quelque peu honorables que nuis^ent être ceux qui attaquent la religion, les mœurs oratoires consistent à paraître toujours honorer en eux quelque chose, et de fait un chrétien honore toujours l'image .de Dieu dans les hommes, et doit révérer en «eux la possibilité du salut éternel, qui est un droit à l'héritage du plus grand et du plus

i glorieux deS royaumes. La seconde uartie de 'apologie, c'est-à-dire l'assertion, aemande moins d'art peut-être, mais ne doit pas cefPendant être conduite sans beaucoup de tact et.d'habileté.

Joute vérité n'est pas bonne à dire, à ce que prétend le proverbe, et le proverbe a raison en ceci : que si l'homme est fait pour la vérité, la vérité aussi est faite pour l'homme, et c'est elle qui lui fait les avances, parce qu'elle est la plus forte ; elle doit donc se présenter à lui avec des ménagements maternels, lui cachant d'abord ce qu'il ne saurait immédiatement comprendre et l'attirant par des grâces qu'il soit en état de sentir. C'est dans cet esprit que doit entrer l'a- |K)Io;^s!e nniir bien mesurer les éloges qu'il

donne è la vérité religieuse. U ne faudrait pas pour ébranler des incrédules ou même pour ouvrir l'esprit à de simples catéchumènes, mettre à nu sans ménagement l'austérité de la doctrine ; et les profondeurs du dogme, ex[)Osées tout d'abord dans les termes exacts, mais peu attrayants, de l'école, seraient sans doute pour une intelligence dévoyée et malade un remède peu salutaire. Sans doute que jamais, par condescendance, il ne faut s écarter de l'exactitude théologique ; sans doute qu'il ne faut pas faire au mensonge l'ombre même d'une concession ; mais tout ce que la vérité peut accorder, pourquoi le refuserait-elle î La vérité est le médecin do nos Ames, et s'il îfaut qu'elle présente à nos lèvres un breuvage amer, elle peut l'adoucir du moins par rindulgcnce de son sourire; si elle doit approcher le fer ou le feu d'un membre gai^rené, la légèreté de sa main et la pitié cmjpreinte dans son regard doivent nous rassurer, en nous montrant combien elle nous aime. Nous personnifions ici la vérité, sans figure et sans poésie, puisque la vérité éternellement vivante c'est Dieu.

L'obsécration ou péroraison de l'apologie doit être touchante, vive , modeste, mais .toujours digne ; on doit sentir que la religion no demande jamais du grâce, mais qu'elle en offre, 1 1 que si elle descend à la prière en s'adrcssant aux hommes, c'est qu'elle pousse la sollicitude malcrnellc jusqi4'à les conjurer eux-mêmes de consentir Il leur salut.

Des apologistes anciens,

Athénagore , saint Justin et Tertullien, sont les plus connus parmi les apologistes des premiers siècles do l'iE^liso, et ce sont à peu près aussi les seuls dont les ouvrages nous soient restés.

L'histoire ecclésiastique ne nous apprend rien sur la vie d'Athénagore : tout ce qu'on sait de lui c'est qu'il était un de ces derniers philosophes qui prolongèrent, jusqu'à la chute aéQnitive do là sagesse invoquée au Parthénon, la gloire anti(]uc de Técole d'Athènes ; mais déjà la parole d'un pauvre tisserand avait étonné I aréopage, et les autels du jDieU inconnu avaient révélé un nom nouveau. LkI persécution que ce nom alluma en fit connaître toute la puissance : les grandes âmes eurent soif d'une vérité pour laquelle il fallait souffrir, car l'humanité avait surtout besoin de dévouement à cette époque de découragement et d'ennui. Athénagore se fit chrétien et osa défendre hautement la vérité proscrite. 11 est vrai qu'alors régnait Marc- Aurèlo le philosophe , ce prince à qui ses qualités personnelles eussent dû épargner la honte d'être un persécuteur.

Ce fut vers Tan 177 qu'Athénagore lui dédia son Apologie, assez semblable, quant au fond, à l'apologie de saint Justin, qui lui est ordinairement réunie dans un môme volume. Athénagore termine son apologie en remontrant aux empereurs que personne, plus que les chrétiens, n'est digne de leur attention , puisqu'on les servant avec une

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fidélité etuneaSbction inaltérables, les chrétiens offrent au ciel des vœux non interrompus pour la prospérité de Terapire. (Koy. Athénagorb.)

Saint Justin aussi fut un élève de la philosophie antique, et quitta cette nourrice épuisée pour trouver dans la religion chrétienne une raèro toujours aimante et toujours féconde. Son Apologie est pleine en môme temps de hardiesse et de mesure ; on y sent le discîp'c de celui qui voulait qu'on rcn lît

à César ce qui est h César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne laisse pas éclater d'indignation contre des persécutions atroces; il croit aux çloires du martyre, mais il aime avant tout la justice. Il est un sujet fidèle des empereurs, et il veut les éclairer sur les crimes qui se commettenten leur nom. Il commence par déclarer généreusement son nom, celui de son père, de sa ville et de sa province : il déclare hautement son titre de cnrétieaet ose nier que le titre seul puisse ôlre un crime. Jugez-nous sur nos actes et non sur un mot, dît-il aux Césars : si nous sommes trouvés coupables de quelques crimes, punissez des malfaiteurs sans examiner quel nom ils prennent; si nous sommes innocents, laissez en paix les chrétiens 1 On nous accuse d'athéisme, dit-il encore : eh quoi I nous sommes des athées, parce que nous n'adorons que le Dieu véritable, l'éternel auteur de tout ce

aui existe 1 et parce que nous lui unissons ans un mémo culte la personne adorable de son Fils, (jui a souffert sous Ponce-Pilate, et le divin Esprit qui a parlé par les prophètes? On voit par cette révélation de saint Justin que la connaissance de nos saints mystères commençait alors à se répandre, car certainement le saint n*eût pas divulgué ainsi le mystère d& la sainte Trinité au milieu de gens entièrement incapables de comprendre ce qu'il voulait leur dire.

Après avoir réfuté les sophismes des idolâtres, le philosophe chrétien prouve la vérité delà religion chrétienne par ces prophéties qui accompagnent les siècles dans leur marcne et qu'ils se transmettent en finissant comme un néritage sacré ; il montre Jérusalem ruinée dWance par la condamnation divine, les Juifs réprouvés par le fait mémo de leur déicide, et les nations appelées à la lumière qu'Israël n'a pas voulu voir. Les événements obéissent au Verbe divin, et la religion chrétienne n'est pas une opinion humaine, mais une nécessité imposée par la volonté providentielle, un fait accompli : il en conclut que les prophéties qui concernent Taveiiir s'accompliront aissi bien que se sont accomplies celles qui regardaient le passé et le présent. Puis il compare les divins oracles aux oracles profanes, et montre toute la vanité et toute 1 impuissance de ces derniers ; il montre pour la première fois au grand jour l'intérieur des cénacles et ne craint pas de divulguer les secrets des catacombes. C'était désormais le seul moyen de faire to.nber d'elles-mêmes les impostures multipliées par la calomnie et encouragées par le mystère. Il parle d'abord du saiit b »p-

tême, qui est comme la porte de l'Eglise et du ciel ; oi y prépare les catéchumènes par des prières et des jeûnes que l'Eglise entière partage avec lui, puis au nom du Père, du Fils et du Saint-£s{)rit , on le plonge dans ce bain mystérieux d où il sort purifié de toutes ses souillures. « Après cette ablution, continue saint Justin, nous amenons le nouveau fidèle au lieu oti les frères sont assemblés, et là nous faisons en commun de très-ferventes prières, tant pour nous-mêmes et pour le baptisé, que pour tous les hommes en général. Les prières étant achevées, nous nous saluons par\e baiser de (>aix; r»uis celui qui préside, ayant reçu le pain et e calice où le vin est mêlé d'eau, il loue lo Père par le nom du Fils et du Saint-Esprit, et lui fait une longue action de grâces ponr ces dons que nous avons reçus de sa bonté. Le pasteur ayant achevé les prières et l'action de grâces, tout le peuple fidèle qui est présent s'écrie d'une commune voix : Amen, c'est-à-dire: Ainsi soit-il, témoignant par cette acclamation la part qu'il y prend; ensuite les diacres distribuent à cnacun des assistants le pain et le vin consacrés et en portent aux aosents. Celle nourriture est appelée parmi nous Eucharistie; et il n'est permis d'y participer qu'à ceux qui croient que notre doctrine est véritable, qui ont reçu le baptême, et qui vivent conformément aux préceptes de Jésus-Christ. Car nous ne les prenons pas comme un pain commun et comme un breuvage ordinaire , mais comme la chair et le sang de ce même Jésus-Christ,

gui s'est fait homme pour l'amour de nous, eux qui ont du bien assistent ceux qui sont dans le besoin. Le dimanche (qu'on appelle chezies païens lejour du Soleil), tous ceux qui demeurent à la ville et à la campagne s'assemblent au même lieu. Ony lit les écritsdes ap^Vtrès ou les livres des prophètes, ainsi que 1 on a le temps. La lecture finie, celui qui préside fait un discours pour exhorter à la pratique des vérités qu'on a lues ; nous nous levons ensuite tous ensemble et nous faisons nos prières ; puis on offre, comme j'ai dit, ie pain et le vin. Après la célébration , ceux qui sont plus ricnes donnent librement ce qu'ils veulent, et leur aumône est déposée entre les mains de celui qui préside, lequel emploie cet argent à pourvoir aux besoins de tous les pauvres, s

Ce tableau du christianisme aux premiers siècles a qucl(iue cho^e de bien imposant et de bien vénérable. La vérité déjà ose se montrer tout entière et relève la tête sous la hache des bourreaux. On voit que déjà le monde moral était conquis, et que les martyrs, même aux yeux des persécuteurs, ne pouvaient plus mourir sans gloire.

Déjà la doctrine de Jésus-Christ était publiquement connue et discutée, du moins sans doute à la cour des Césars, auxquels s'adresse cet écrit. Saint Justin , dans une seconde Apologie, réfute les objections que faisaient sans doute contre le dogme les sophistes favorisés par les empereurs ; il croit devoir défendre surtout la terrible vérité dos

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peines éternelles que les païens combattaient avec acharnement de peur d'y croire. « S'il n'y a point d'enfer, dit saint Justin, les lois sont illusoires, la distinction du bien et du mal est arbitraire, il n'y a plus ni vice ni vertu, et Dieu même tombe entraîné sous les raines de toute la morale. » Les Apologies do saint Justin firent du bruit, et un so-

ShislCt nommé Crescentius, eut la lâcheté e provocpier le courageux apologiste à une conférence publique : c'était jeter le chrétien dans la gueule du lion.

Saint Justin accepta courageusement la dispute et la mort, et sortit doublement vain-

3ueur de cette conférence et de la vie ; faute e raisons à lui donner on lui donna la mort, et le glaive qui lui trancha la tête put seul réduire au silence cette bouche éloquente et généreuse. Saint Justin signa do son sang »es deux belles i4po/ogrt>« et y ajouta la sanclion de son martyre. « 11 faut en croire des témoins qui se font égorger, » a dit Pascal ; surtout, pourrions -nous ajouter, lorsque leurs passions humaines et leur orgueil personnel ne sont pas intéressés dans la question.

Nous arrivons h Tertullien, le Lamennais du m* siècle, ce lion africain qui osa répondre par un rugissement d'éloquence aux clanieursdel'amphithéfltre, lorsque la populace de Rome hurlait dans ses fôtcs : Les chrétiens au lion ! Christianos ad leoftem 1 « Prenez garde, répond Tertullien , votre lion se rassasiera vite, il en a trop à dévorer ! Tanioêadunuml paroles latines qui signifient également tant d'hommes et des hommes si grands sacrifiés à un seul monstre ! Ne semble-t-il pas que l'avocat des martyrs, ou pttttdt le tribun du peuple chrétien égorgé, orave déjà les Césars dans leur despotique solitude? Les mots dcT Tertullien sont pleins de ces allusions qui font frissonner. «Les Césars eux-mêmes croiraient en Jésus-Christ, ditril ailleurs, si l'on pouvait être en même temps César et chrétien. » Le radicalisme exagéré de ces paroles fait déjà pressentir l'hérétique dans le docteur.

Tertullien était un de ces caractères qui poussent tout à l'extrême et qui peuvent produire également des grands coupables et des héros. 11 pousse souvent l'énergie jusqu*à la dureté, et Taustérité de ses convictions ne sait jamais fléchir. Mais cette durelé même d'expression et cette invincible rudesse ne sont pas déplacées dans ce siècle des prodigieux dévouements, où le sexe et Tâge les plus tendres semblaient se jouer avec la mort et les tortures. Dans son livre sur Tornement des femmes, Tertullien ose dire qu'une femme chrétienne ne doit se glorifier dans sa chair que lorsqu'elle est déchirée par les bourreaux. Ainsi, des J3lcssures et du sang, voilà tous les joyaux qu'il permet aux jeunes chrétiennes ; et pourquoi en voudraient-elles d'autres 7 Des mains destinées aux menottes doivent-elles faire leur apprentissage avec des bracelets ? Pourauoi des bandelettes à ces jcimbes qui atteuaorit

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des entraves? Otez ces perles et ces émeraudes, débarrassez votre cou, faites de la place pour l'épée t Voilà de bien afifreux compliments à laire h des dames I Mais les chrétiennes de ce temps-là n'étaient pas des dames, c'étaient des saintes, et elles comprenaient Tertullien.

Revenons à son Apologie, ou Apologiti-que^ comme on l'appelle ordinairement.

Ce chef-d'œuvre de raison et d'éloquence doit faire époque dans la littérature chrétienne et dans l'histoire de l'esprit humain. C'est une sublime protestation contre les lois et les hommes d'un jour, au nom de la justice éternelle et souveraine; c'est un appel à la conscience de l'humanité tout entière, au nom de sa propre inviolabilité ; c'est une réaction toute-puissante de la vigueur intellectuelle contre la force brutale. Tertullien rejette au front des persécuteurs et de leurs dieux le sang et la fange dont ils voulaient souiller leurs victimes. Spectacle étrange 1 l'accusé se fait juge à son tour ; Topprimé flagelle son maître pris en flagrant délit d'iniquité et d'imposture. Tel est Hî pouvoir dont Dieu arme le génie, au nom de la justice outragée, que la voix d'un prêtre africain fait chanceler la fortune de Rome et change en piloris les trônes et les autels du vieux monde. C'est (jue ni le sceptre ni le glaive ne peuvent rien contre le Verbe do vérité ; c'est que la pensée échappe aux entraves des lois humaines ; c'est que le Dieu fait homme avait déjà affranchi les âmes eu disant à ses disciples : Ne craignez pas ceux dont le pouvoir finit à la mort de la chair ^ et qui deviennent impuissants contre vous lorsqu'ils vous ont tués ; craignez celui qui dis* pose pour l éternité et de vos corps et de vos âmes!

C'est d'abord au nom du droit commun qu'il interpelle les Césars. Hé quoi I on juge les chrétiens sans les connaître ! on les condamne sans les entendre, on agit tout autrement avec les criminels ; mais il est évident que ce ne sont point des crimejs qu'on poursuit en nous l il y a un nom qiron ne pardonne pas: se dire chrétien, c'est provoquer une sentence. Aveugles que vous êtes I vous faites de ce nom une tache à ceux-là mômes chez oui vous reconnaissez les verlus dont il est la cause. Ce serait un honnête homme, dites-vous, si ce n'était pas un chrétien; mais c'est précisément pour cela qu'il est si honnête : sa vertu même le dénonce. Mais que peut-on poursuivre dans un noml se demande Tertullien ; quelle est donc la puissance magique de ces syllabes exécrées?

Est-ce le mol lui-même qu on proscrit ? sontce les choses qu'il signifie ? Mais ni dans le mot ni dans le sens du mot on ne peut rien trouver de criminel ; et bien que l'ignorance même des vertus qu'il cache en ait fait un épouvantai! pour le vulgaire, a-t-on jamais vu les dépositaires des lois condamner des hommes sans les entendre pour un nom proscrit du vulgaire ? On objecte que ce nom est défendu par les lois ; mais la loi ne saurait être absurde : et si on lui demande

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pourquoi» elle doit avoir quelque chose à répondre. Y a-t-il des lois contre ta justice ? y a-t-il des lois contre les droits imprescriptibles de la raison et de rhumanité ?

D*ai)Jeurs les lois humaines n'ont - elles jamais cédé au mouvement de Topinion ? ne cbangent-eiles pas avec le temps? ne meuren t^ elles pa3 avec les préjugés qui les ont quelquefois fait naître? Ce qui rend les bonnes lois immortelles, ce n'est ni l'antiquité de leurs usages ni le nom de leurs auteurs ; c'est la vérité et la justice. Les lois de l'empire font un crime du nom de chrétien 1 mais la flétrissure de ces lois sanglantesv c'est le zèle qu'ont montré à les faire observer les empereurs les plus ennemis de la Justice et les plus abhorrés de la nature entière ; . les bons empereurs ont si bien senti toute la barbarie et toute l'absurdité do ces lois, qu'ils n'ont pas eu le triste coulage d'en poursuivre l'exécution: c'étaient Us Caligula et les Néron, ces tigres impériaux, qui pactisaient le mieux avec les tigres de l'amphithéâtre pour livrer les chrétiens aux bêtes.

Prenait-on pour prétexte aux persécutions le zèle pour les anciens dieux de l'empire ? Biais au fond, dans Tempire môme, qui donc croyait encore à de pareils dieux? Pourquoi ce pas remettre plutôt en vigueur les lofs qui proscrivaient le luxe et qui condamnaient l'adultère? Si tel était le respect des Ilomains pour les souvenirs du passé, pourquoi ne revenaient-ils pas à Taustérité de mœurs et à la frugalité de leurs pères, plutôt nue de protéger des simulacres devenus ira- ^)uissantÀ et dépopularisés par l'association a leur divinité banale des plus grands monstres couronnés qu'avait jamais vomis l'empire? Ici l'orateur chrétien s'arme sans pitié du fouet sanglant de Juvénal, et poursuit la main haute toutes les turpitudes publiques : Et ce Sont de pareils hommes qui osent jjoursuivre les cnrétiens au nom de la morale 1 Ce sont les adorateurs de Saturne qui nous accusent de manger les enfants I Ce sont de pareils débauchés, pftles enfants de l'incestueux Jupiter, qui font de nos agapes des orgies nocturnes et des conflits d'inceste 1 Quoi l les chrétiens sont de pareils monstres et leur nombre s'augmente tous les jours I Quoi I cet attrait caché qui entraîne la multitude et lui fart braver vos bourreaux, ce sont des festins de Thyeste et des noces d'OEdipe? Quoi I pour attirer à norus un prosélyte, nous lui diéons : Viens A nos agapes ; amène ta femme , tes sœurs, ta mère, pour l'orgie ; apporte ton enfant pour le reste et prépare du pain que tu tremperas dans le sang !... Et les prosélytes viennent h nous, et nous remplissons déjà Tempire, et vous 'ne tremblez pas, imprudents qui nous persécutez ! Mais non, vous savez bien que ce sont d'infâmes calomnies ; mais CCS calomnies, vous les protégez, parce qu'elles servent vos fureurs i

Puis, sans répondre autrement à d'infâmes imputations , il parle de la chasteté cJuétienue. Ces hommes et ces fouîmes

qu'on accuse d'uhé abomihàblëptamiscuité, tiennent à hohheUr et k veHU de conserver jusqu'à la vieillesse fel jusqu'à là mort l'innocence du premier Age ; et ceè choses dont on les accuse qu'y répondraient-ils ? ils n*en savent pas même le nom. A ceux qui inventent de pareils forfaits, ia honte de les connaître ; à eux seuls, s! de pareilles monstruosités existent, le remo. ds de les avoir commises.

Puis, cessanl de s^occuper de ces méprisables calomnies, Tertulhen en vient aux crimes prétendus dont les chrétiens étaient ouvertement coup^^bles ; car ils ne s'en dé^ fendaient pas, ijs n'adoraient tti les Césars ni

mpie^ ei aes mauvais citoyens ! des impies, parce qU'ite avaient à ;dégoût les fangeuses bacchanales, les mystères immondes de la Bonne-Déesse et *les débauches de Jupiter le parricide ! des impies, parce qu'ils ne vouaient pas leurs vierges au culte de Vénus sous la lampe de la/brnix ou du itipanar. Quels dieux eu effet qu'un Mercure- voleur, un Jupiter incestueut, usûrpateor et assassin^ une Vénus prostituée ! Et nous nous inclrnerions devant des autels que vous souillez par de semblables images 1 Comment nous forcerezvous à honorer des divinités que vous déshonorez ainsi vous-mêmes? Ah 1 ce n'est pas de nous que vos dieux doivent se plaincK^e^ c'est de vous qui les avez faits infâmes et qui vous étonnez ensuite qu'on les mé^ prise I

Mais quel est donc le Dieu des chrétiais? Les païens le savent -ils ? veulent -ils môme le savoir ? Les uns disent que nous adorons le soleil, parce que dans nos prières nous nous tournons vers l'Orient; d autres prétendent que nous avons pris pour idole le gibet duCrucifié.a J'ai vo,ciitTertulliei>,uo6 peinture grossière exposée à la risée publ ique : elle représentait un homme ayant la tète qui fine, le corps drapé dans un manteau, et tenant un livre à la main ; au-dessous de ce chef-d'œuvre on lisait : Deus christianorum onochœtes: Le tils de l'âne» dieu des chrétiens. J'ai ri moi-même de cette sottise. »

Maintenant écoutez, vous qui êtes do bonne foi et qui désirez sincèrement être instruit, voici quel est le vrai cuite des chrétiens.

« Ce que nous adorons, poursuit TertuU lien, c'est le Dieu unique, créateur de l'univers et de tout ce qu'il renferme. S'obstiner à l'ignorer encore c'est le comble de l'impiété et de la folie, lui dont ses ouvrages proclament si haut l'existence, lui à qui vous rendez un témoignage involontaire, malgré les préjugés de Téducation, des passions et d une religion mensongère, lorsque du fond même de votre conscience sor* tent journellement ces locutions exprimant Jafoi en un seul Dieu : Grand Dieu 1 Ban Dieu ! Dieu le voit ; Je le recommande à Dieu ; Dieu me le rendra : témoignages d*une Ame naturellement clirétiemie; et quand

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vous ditc^ ces p;jLh)I)es, te h^A pai )e Capitule que Vous reganlej^, c^ei^t le ciel 1 »

Dieu s^est maninssté à nou^ par des ËCrtfures taifaculéuses • èâV elles prtdisdient l*avehir et révélaiëtit & ThototBô les mystères tirèttîts de isott phopire étietil-. Puis il les a Visités dans la pei'soi^hè de ^g^ suials et de ^è pi'olpnèbes : îl à répandu Son tisprit sur des âmes d^élite et le^ A enyo^es hnnonôeh au motlde dlie lui ^cùl est l>icu, et

au'à loi èeol est resefvé poûl* rétetiiilô le roit de Wcompetî^r et de ])Utiir ^ caf touâ les hommes qui ont Vécu doivent fes^ttscileh ûo JouJ'- ^S élus chargés de \a révélation divïïie tôbt élé a))pelés prophètes, et les juifs tXï lisent publiquement les liVhêS danè Teûfs Syna^gogues. L^aïitiquité de ces livfes r^nd îeur aulhcti licite incontestable, et Moï^e, qui en est le p^emie^ îiuteuf, a vécu bien lo'#emps avant qù*il fbt question ni de^ Grecs ni xies ttottiamè. Les derniers de rrôs prophètes sont plus arïcienis eui-miômei que vos premiers législateurs, et Taccomjnissemtînt dé leut 'parole tious fen détùonire ass^ l'inspiration divine ; aussi croyoninoôs aussi fetintment celles do leuts pro* phétieis dont l'événement est encore dans favcnir que telles qui sont déjà justifiées j>ar le passé ou parles choses mômes qui se liassent eTicore sous nos yeut , puisqu'elles viennent de la Wiêmc source.

Ayant ainsi rapidemetil indiqué les 'preuves de la religion véritable, il examine leS origines des cultes idolâtriques : tous ont eu pour principe la superstition et Terreur foraerrlées par deè esprits ennemis du salut des hommes. 11 parle de ces génies tentateurs que rXpfttre appelait les princes de Tair tA ({iâ produtscnt les illusions des faux miracles él d^s prophéties mensongères ; il tlécrît leurs artifices et combien ils sont jaloux (te se faire adorer et avides dû sang dos Sacrifices ; il lefs montre assujettissant les idoliUrcs h leurs caprices, tandis qu'ils trcfiînblenl deVa*iit le moindre des chrétiens. En voulez -vous la preuve 7 ajoule-t-il: qu'on amène un possédé du démon, le premier chrétien venu le 'forcera d'avouer ce qu'il est ; et si ceux qui passent "pour être agitées de quelque dieu et qtii rendent des oracles, n'avouent pas au premier chrétien qui les interrogera qu'ils sont des démons séducteurs et trompeurs des hommes, je vous abandonne le sang de ce chrétien,'vous avez droit do le répandre. « Quant au crime de lèse-m^yesté humaine noirs respectons Tempercur, dit Tertullied, et c'est piourquoi je îiO le nommerai jamais dieu, parce «lue je ne sais pas mentir et que je l'honore trop sincèrement pour vouloir me moquer de lui. Les chrétiens seraient-ils des ennemis publics Uniquement parce qu'ils célèbrent les fêtes de la patrie plutôt par la sérénité d'une conscience pure et les sentimeuts élevés du cœur, que par les joies grossières de ht table et de la débauche ; cuiumo si c'«Hait donner de grandes maripiL's d*rtiroclian aux Césars et à la patrie il'dc Je fw^ujplir Ic^ ruob de feux et de taJjles

dressées qui chatigeht la ville en taverne I Oa regarde les thréttens comme de mauvais citoyens ; et tiui donc rend au pays des services pluà désintéressés ? Ils se dévouent» et pour récompense où les proscrit I Ah I si nous voulions être des Séaitieux» si la loi dô tiotre maître n'était pas une loi d'obéissance et de paix, nous n'aurions pas même besoin de prendre les armes, il suffirait de nous retirer pour vous épouvanter de votre solitude. Nous ne sommes que d'hier etdéjk nous remplissons Vos tilles , vos campagnes. Votre sénat et vôtre armée ; nous ne vous Ikîssohi que vos temples \ t — Dans de pareilles t^emontràhces un sent déjà sans doute percer ta raison du plus fort i moralement et mfemô matériellement, le christianisme avait Vaincu'; maiis c*est une gronde et sublime ratsdn tlue celle du plus fort qui obéit el se Y'èsigne, parce qu*il a confiance dans une force plus urànde encore que la sienne, celle de la vérité, de Injustice et de la raisoh. Nous pourrions nous fhire justice, disent les chrétiens par l'organe de leur apologiste, tuais nous aimons mieux vous la demander. Vôyei 'si vous îivez le droit de nous traiter dô séditieux et de nous imputer les malheurs de remmrc. Partout ou la grandeur se trouve unie a la force, il faut que la force sans grandeur soit terrassée ou se soumette. C'est ce qui arriva dans l'empire dont Tei^ullien avait publié l'agonie t quelques anntîeS plus tard les Césars furent jaloux de joindre le nom de chrétien à celui d'Auguste, car la fortune de Rome avait changé, séduite ou effrayée peut-ôtre par l'éloquence de Tertullien.

Jkpologiéies des Umpt modeflMi.

Maîtresse du monde, la reliçion n'eut plus à justifier son existence , mais il lui fallut défendre ^eS dogmes contre les efforts tou-^ jours renaissants de 1 hérésie, et sa moralecontre les invasions du luxe et le relâchement des tnœors. Les Pères de TEglise, depuis Tertullien, ne «ont plus des apologis^ tes d'une ïgUse proscrite, ce sont des défeniseurs d'une Eglise régnante, mais contro^ laquelle on conspire. Toutes les conspira* tiens successives avortèrent, mais se trans*. mirent de Tune à l'autre un ferment d(> haine qui souleva enfin contre le centre de^ l'unité plusieurs grands empires du monde,, et contre le joug du Seigneur l'orgueil en*^ tier de la liberté humaine. L'esprit des der^ niérs siècles sembla vouloir imiter la lutta^ de Jacob contre l'ange, lorsque, pendant une^ nuit entière, Isratîi «e montra fort contre Dieu même : mais l'ange avait béni Jacob ea le quittant, et Dieu, en se retirant des siècles de négation et de doute, leur laissa» comme un stigmate de malédiction, le signe du néant sur la tête et sur le cœur. Lea hommes, après avoir essayé des luttes corp& à corps contre la vérité, se vengèrent en la niant du chagrin de n'avoir pu la vaincre. Le culte de la nature, c'est-à-dire des passions et des appétits sensuels, fut substitué encore une fois à la religion du vrai Bleu,

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non par convidion nouvelle de l'erreur, mais par lassitude de la yérité. On appela philosophie cette négation téméraire des faits accomplis dans la psychologie et dans rhîstoire. Pour avoir le droit de proscrire les vraies croyances, on les calomnia, et les apologies devinrent de nouveau nécessaires.

Les apologistes modernes ne datent donc véritablement que du xvni' siècle* Pascal, Kossuet, Fénelon et même La Bruyère, dans le siècle de Louis XJV, avaient plutôt ébauché que tracé des apologies, parce qixe ces gcanos hommes pressentaient Tavenir par la puissance de leur génie. Bossuet , qu'on a appelé le dernier Père de TEglise, avait laissé ses œuvres imposantes comme une digue de granit au ûux prochain des idées désorga- Dîsatrices. Pascal, déjà travaillé par le mal du siècle qui s*apf>rochait, mais tron intelligent pour pouvoir devenir incrédule, préparait sur les ruines de la raison individuelle qu*il attaquait avec les armes de Montaigne, le triomphe de Tautorité et de la foi. Exalté parle travail et parles veilles, on dit qu'il croyait toujours voir un abîme auprès de lui : c'est qu'il avait beaucoup médité sur le vide de la raison abandonnée à elle-même et sur les t(^nèbres du doute, et sa (>ensée fixe se traduisait en une effrayante vision. Les apologistes du xviu* siècle ne firent guère qu'amplifier et commenter les idées laissées par ces grands maîtres; il y eut alors sans aoute d'honorables et sérieux travailleurs, mais comment se mesurer avec un ennemi comme Voltaire? Ce n'était pas avec des raisons qu'on attaqu<iit surtout l'Eglise, c'était avec des sarcasmes, et que pouvait-elle répondre? Que dire d'ailleurs h un homme qui persifile la Bible en se justifiant seulement par le ridicule des trauuctions qu'il en a faites? La défection était presque générale et se faisait avec toute la passion et l'entêtement du parti pris. Que pouvaient contre ce délire les raisonnements des défenseurs de la religion, puisqu'aux

Jreux de la plupart des apostats le tort réel, e tort irréparable do la religion de leurs pères , était d'avoir eu trop longtemps et trop invinciblement raison?

£ela explique comment le xvni* siècle, qui renouvela les travaux des apologistes, ne nous en montre aucun brillant d*un éclat victorieux au-dessus do la renommée et des succès des encyclopédistes. D'ailleurs il n'était pas temps encore de reconstruire, car la prétendue philosophie n'avait pas terminé son œuvre de destruction. 11 fallait que la révolution française renouvelât Tère des martvrs, pour faire renaître encore le tomps des Aihénagore et des Tcrtullien; il ne fallait pas moins que les cris d'angoisse d'une société k Ta^onie, les sanglots des mères et les malédictions du monde entier, (lour faire oublier le bruit des risées du patriarche do Ferney. La société française, cruellement punie de sa légèreté et de sa gaieté impie |)ar tant de terreurs et de larmes, apprit enfin couibieu il est doux d'espérer quand ou

pleure, et une immense acclamation de sympathie et de repentir accueillit à son retour dans l'ancien monde le çénie de ChAteaubriand, de ce Chateaubriand qui aurait dû respecter son propre tombeau et ne pas le rendre responsable, après un si brillant et si pieux début dans la carrière des lettres , des dernières amertumes de sa vie et du découragement de ses derniers jours.

Presque en même temps que le Génie da christianisme parurent tes Conférences de Mçr Frayssinous et le premier volume de Vtssai sur l'indifférence.

Mgr Frayssinous ne fit guère, dans ses Conférences, que traduire dans le bon français , Qu'on appelait dans le grand siècle la langue des honnêtes gens, les enseignements classiques du séminaire de Saint-Sulpice. Son ouvrage reproduit, à peu de choses près, lo Traité de la religion , qui fait partie du cours de théologie enseigné parles disciples de M. Olier. Cet ensemble de raisons parut nouveau à une société qui avait désappris même le catéchisme. La parole de Mgr Frayssinous unissait d'ailleurs l'autorité de la bonne littérature à celle de la .saine théologie; ses conférences furent suivies avec empressement et firent événement dans co Paris qui avait vu naguère spolier les églises et renverser les croix. Mgr Frayssinous frappait d'une conviction nouvelle les esprits déjà fatigués de doute et de blasphèmes, tandis que les œuvres de Chateaubriand réagissaient sur les imaginations et sur les cœurs. {Voy. CHATBAUBRiAfiD.) L'Essai sur l'indifférence vint à son tour ébranler les Ames endurcies, par les traits d'une éloquence qui rappelait en même temps les grandes pensées de Bossuet et l'énergie de Tertullien. Le premier volume de cet ouvrage fut généralement admiré comme un chef-d'œuvre, et reçu dans l'Eglise comme un excellent livre. L'auteur y poursuivait le doute dans ses derniers retraachements, en prouvant que, dans une guerre semblable à celle que se livrent dans ces derniers temps la vérité et le mensonge , la neutralité est impossible. Puis commençait l'apologie du catholicisme, dont l'écrivain faisait magnifiquement ressortir la vérité exclusive et les majestueuses grandeurs.

Il nous semble (}u'une apoiogie qui réunirait à l'orthodoxie irréprochable ou, pour mieux dire à l'exactitude théologique de Mgr Fra:yssinous , l'éloquente énergie de Lamennais et les grâces attendrissantes du style de Chateaubriand, pourrait être un admirable ouvrage. Peut-être est-ce trop demander à un seul écrivain : c'est une question qu'il ne nous appartient pas de trancher et dont il faut renvoyer la solution au révérend P. Lacordaire. . .

Les motifs d'une apologie de la religion doivent varier avec les âges et les personnes; car la religion, étant également vraie sous tous les rapports, doit se prouver de toutes les manières. La sagacité Je l'orateur ou de l'écrivain lui fera choisir l'ordre de

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