‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 165 sur 194 · QS · texte numérisé non relu

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ayant été mal scié, pénétrait dans les chairs nouvelles et y faisait souvent des plaies. Go fut seulement au bout d*uo an environ oue le moignon fut assez endurci pour ne plus se rouvrir

Mais de nouveaux maux vinrent assaillir rinfortuné , et presaue sans intervalle. Ce fut d'abord une maladie articulaire, qui com^ mença par les jointures des mains , et martyrisa ensuite toute sa personne pendant plusieurs mois , puis le scorbut. En peu de temps cette dernière maladie lui couvrit le corps de taches livides et nous glaça d'épouvante.

Je cherchais à me consoler en me disant : « Puisqu'il faut mourir ici, tant mieux si Tun de nous est attaqué du scorbut : c'est un mal contagieux et qui nous conduira au tombeau , sinon ensemble , du moins à peu de distance l'iin de l'autre.

Nous nous préparions tous deux à la mort Jti nous étions tranquilles. Neuf années de prison et de cruelles souffrances nous avaient enfin familiarisés avec l'idée de la destruction totale de deux corps ainsi épuisés et avides de repos. Nos Ames se confiaient en la bonté divine et comptaient se réunir dans un Heu où cessent toutes les haines des hommes , et où nous demandions à- Dieu de réunir aussi à nous, un jour, mais dépouillés de tout ressentiment , ceux qui ne nous aimaient pas«

Le scorbut, pendant les années précédentes, avait fiiit un grand ravage dans ces prisons. Le gouvernement , en apprenant que Haronceih était atteint de ce terrible fléau, craignit une nouvelle épidémie scorbutique et consentit à la demande du médecin, qui disait qu'il n'y avait pour Haroncelii de reluède etiicace que le grand air, et conseillait de le tenir le moins possible renfermé.

Moi, comme son camarade de chambre, et de plus malade d'une dyscrasie, je jouis du même avantage.

A toutes les heures où le lieu de la prometiade n'était pas occupé par d'autres, nous restions dehors; c'est<-à-dire depuis une d^ mi-heure avant le tour pendant une couple d'heares ; puis pendant le dîner, si cela nous plaisait; ensuite pendant trois heures de la soirée, jusqu'après le coucher du soleil. Gela pour les jours ordinaires. Les jours de fête, comme il n'y avait pas habituellement de promenade pour les autres détenus, nous restions dehors du matin au soir, excepté à i'heure du dîner.

Un autre infortuné , Agé d'à peu près soi* xante-dix ans, et d'une sauté entièrement délabrée, fut joint à nous, dans la pensée que l'air pourrait aussi lui faire du bien. C'était M. Constantin Munari, aimable vieillard, passionné pour les études littéraires et philosophiques, et dont la société nous rut trèsngréable.

En comptant ma peine, non plus du jour de mon arrestation, mais du jour du jugement, les sept ans et demi finissaient en ltà9, soit dans les derniers jours de juillet, selon la date de la signature de l'eiupereur, soit

Au ii août, selon la date de la piiUitvtion de l'arrêt. Mais ce terme passa encore, et toute espérance s'éteignit.

Jusqu alors Maroncelli, Munari et moi, nous nous flattions quelquefois de revoir le monde, notre Italie, nos parents ; et c'était li pour nous un sujet de conversations pleines de regrets, de pitié et d*amour.

Le mois d*août une fois passé, fiaw septembre, puis toute cette année, nous nous habituAmes à ne plus rien espérer sur h terre, si ce n'est la continuation de notre amitié inaltérable, et l'assistance de Dieu,

f>our accomplir dignement le reste de notre ong sacrifice.

An t l'amitié et la roligîon sont deai biens inestimables 1 Elles embellisseitt même les

i'ours du prisonnier quand a cessé de luire i ses yeux toute espérance de grâce 1 Dieu est vraiment avec' les malheureux, — avec les malheureux qui aiment !...»

Ces dernières rpiroles résument toute Xmvre de Silvio Pellicô, et pourraient lui servir d'épigraphe. Mais les malheureux qui aiment sont encore des heureux : les malheureux sont ceux qui n'aiment pas. Le ciel ou l'enfer sur la terre sont d'avance dans les cœurs des hommes. Des captifs qui s'entre-déchirent sont des démons justement punis; des prisonniers qui s'aiment et qui S rient sont des anges qui expient les péchés u monde. Les sentiments si doui, si humains et si divins en même temps de l'auteur des PrisofUr laissent de touchants souvenirs au fond même de cette captivité aflfreuse; il regrette presque son cacnot en l'abandonnant : il y avait fait de si ferventes prières! il y avait souffert avec tant de patience! il j avait eu tant de saintes et nobles pensées! il y avait tant pleuré et tant aimé !

Le livre intitulé Jfei Prisons^ traduit dam toutes les langues de l'Euirope, est le principal titre à la célébrité de Bilvio Pellico.llest connu en Italie par d'autres œuvres qui n^ippartiennent pas à la littérature chrétienne. Ses sujets, en général, sont tristes et sa po^ sie mélancolique même dans ceux de ses poëmes qu'il avait composés avant sa longue captivité. On eût dit qu'il pressentait ses épreuves et son initiation a la perfectiofl cnrétienne par la douleur et par les larmes*

Un petit traité de morale cnrétienne intitulé Dei devoirs de$ kommesy par Silvio Pellicô, a été traduit plusieurs fois en français» et a pris place parmi nos meilleurs ^^ livres. C'est la morale du livre des JVwow mise en préceptes, et ces préceptes ont l«^of charme ; mais nous préférons les exemplesi et bien des personnes sans doute partageront notre opinion.

Maintenant le bon Silvio Pcllico vit Iran-

Juillement et pieusement à Turin, entoure e ses parents et de ses amis. L'aulenrde ce Dtc^tofinatrf lui ayant adressé, en le»), un livre intitulé La Féie-JHeu, en reçut U réponse suivante :

« Monsieur, «Votre livre est bon et beau; je rail»» comme nous disons, attc «maiir. £t e ^^

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bim ûvee atmour que vous avez écrit des pages si saintes I Dieu vous bénira» vous aurez ttgrécede le servir constamment avec amour^ d'honorer le grand ministère auquel il vous a appelé, d*é£fier les âmes, de les attirer aux pteds de Jésus et de Marie. Oh ! que les dons de l'intelligence sont admirables* quand on rejette l'oi^eil» quand on veut être humble et simple I Ce n*est qu'alors qu'on est dans la vérité : on prie et on obtient.

« Mon ami le comte de Branges vous rend bien justice ; il vous aime, il vous estime. 04i 1 faisons-nous tous saints I Je me re* commande à vos prières; n'oubliez pas dans les vôtres le pauvre pécheur qui rend hommage à votre vertu et à votre talent. Surtum carda î « Silvio Pbllico.

• fOjuin h&. »

Cette lettre étant de nature à nous humilier plutôt qu'à nous glorifier, mais étant infiniment honorable pour le caractère et la modestie de celui qui l'a écrite, nous n'avons pas craint de la publier ici, et nous eu conservons avee soin le précieux autogra-^

PÈRES DE L'ÉGLISE. — Les Pères de l'Eglise sont les prophètes de la nouvelle loi. Ils ont annoncé, préparé et fondé la civilisation catholique, comme les grands proi)hètes hébreux avaient pressenti et annoncé a révélation évangélique.

Ce sénat des vingt-quatre vieillards que saint Jean, dans son Apoealypsf^ nous re* présente siégeant autour du trône de l'A-

Sceau avec des lampes dans les mains et es couronnes d'or sur la tète ; ces rois de la lumière, ces pères des siècles qui se prosternaient devant l'Agneau, nous représentent cette vénérable magistrature de l'intelligence et de la foi exercée ^r les Pères do TKgHse, qui sont, pour ainsi dire, les délégués des patriarches, des prophètes et des apôtres. Ces sublime» intelligences nous apparaissent, en effett comme un sénat immortel qui compose le conseil de Jésus- Christ et celui de son Eglise : ils sont dan» le ciel, et leur esprit ^est toujours présent sur la terre, comme oh les voit dans le beau tableau que Raphaël a intitulé : La diipute du Saini^SacremefU.

La chaîne des Pères compose ce qu'on appelle le corps de la théologie positive, et l'on peut y trouver également la somme de te littérature chrétienne. La théologie, de-

Cuis eux, n'a été que Je commentaire de »ur8 décisions ratiliées par les saints conciles ; l'éloquence religieuse ne s'est formée que dans l'étude de leurs ceuvres. L'Ecriture sainte et les Pères, voilà toute la littérature cbrétieam, le reste sort de là et aspire à j retourner.

De même qu'on distingue en exégèse des ffrands et des petits prophètes, on peut établir pour les Pères une classification pareille, et, chose assez remarquable, les Pères mit doivent correspondre aux grands prophètes se trouvent également au nombre de quAtre dans l'Eglise latine et de quatre dans VBf^w grecque. Les quatre plus illustres

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Pères de l'Eglise latine sont saint Ambroiscr^ saint Augustin, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand; les auatre de l'Eglise grecque sont saint Jean Chrysostome, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Athanase. Ces hommes, que Dieu avait prédestinés à être les lumièresdu monde, réunissaient en eux tous les dons de l'intelligence, du génie, du talent et delà vertu ; c'étaient des Ames énergiques et des cœurs tendres. Ils étaient pères pour instruire les enfants et pour perfectionner les justes ; mais ils avaient des entrailles de mères pour les pécheurs : ils ne craignaient ni les rois, ni la mort. Plus grands dans l'exercice de leur ministère que toute la puissance des Césars, et plus hum* blés dans leur personne que des pauvres et des enjhnts, ils ont achevé l'œuvre des apA^ très en édifiant l'édifice spirituel de l'Eglise, dont ils sont restés les vivantes et inébranlables colonnes.

Les Pères sont, avant toute chose, les ii>terprètes et les disciples de l'Ecriture sainte. I^urs ouvrages les plus volumineux sont des homélies; dansleurs sermons ils se bornaient à lire le saint Evangile et à l'expliquer au peuple. Les homélies de saint Arabroise sçnt empreintes du véritable esprit de TEvangile ; les sermons de saint Augustin sentent peutêtre un peu plus le bel-esprit et le rhéteur; saint Jérôme est savant aans ses explica* tions, érudit dans ses recherches, puissant dans ses pensées, hardi et fort dans ses ex-

Ïressions, parfois jusqu'à la dureté. Saint ean Chrysostome est la bouche d'or de l'éloquence chrétienne : il eût convaincu les esprits par le seul charme de sa parole, si l'ascendant de sa sainteté n'eût pas entraîné tous les cœurs. Saint Basile, grave et austère comme Pjthagore, saint Grégoire de Nazianze, atK)ndaAt en doctrine et sublime en paroles comme Platon, semblent avoir ré-

Sénéré et résumé en eux toute la sagesse e la Grèce antique ; saint Athanase, le courageux lutteur qui, comme le Sauveur sous la croix, incline son épaule sous le poids du monde et proteste presque seul contre tout l'Empire étonné de se trouver arien ; tous ces çrauds hommes ont tour à tour succédé à saint Paul dans son œuvre d'enseigne* ment et de résistance. Ils ont été, chacun dans son siècle et éms son Eglise, le champion de la vérité et le sauveur de l'unité catboliaue. Tous ont prêché la même parole avec des grêces différentes, et se sont appuyés sur le même Evangile : phalange glorieuse et sainte, dont les ossements prophétisent comme ceux de Joseph, et qai, comme saint Paul le dit du juste Abel, parlent encore après leur mort : Dtfanctue aé^ kue lo^itur.

La littérature des Pères commence à saint Paul et finit provisoirement à Bossuet, qu'on a appelé, comme chacun sait, le dernier des Pères de l'Eglise. Les Pères des temps apostoliques ont eu saint Paul pour modèle, et c'est pourquoi nous le leur donnons pour docteur et pour maître. Les écrits de saint Ignace le Ibrtyr^ de saint Poljéarpe, d'Her-

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mas ot (les autres du même siècle, respirent un parfum d'éluauence apostoliaue qui nous ramène h saint Paul, le plus éloquent des apôtres. Bossuet résume dans ses livres admirables toute la doctrine et toute Tcloquence des grands siècles. Il semble avoir pris à c4Bur de faire la synthèse théologique et littéraire de tous les Pères de TEglise. Ainsi c*est à saint Paul qu'on semble avoir tout emprunté, et tout a profité à Bossuet, qui, à travers les siècles, tend la main à saint Paul, afin de faire passer sous leurs mains jointes, comme sous une porte, la tradition tout entière.

La mission des Pères était immense. Ils avaient à refaire le monde intellectuel et rooral, d*après TEcriture sainte, sur les ruines de Tancienne philosophie. Les plus grands d'entre eux furent envoyés à une époque où la terre tremblait et secouait tous les monuments des anciens cultes et des anciens pouvoirs. Audedans la réaction religieuse qui ven- Seaitsurles simulacres et sur les temples les ésastres de l'empire; au dehors le vandalisme des barbares qui grondait et s'enflait déjà comme un flot prêt à tout effacer. C'est sur ce sol mouvant, au milieu des convulsions d'un monde à l'agonie, au bruit du clairon des Huns et des Vandales qu'il fallait rebâtir ou plutôt construire pour la première fois l'asile éternel de la paix. Il y eut alors un illustre insensé, nommé Julien, qui crut pouvoir se placer comme un çéant entre deux mondes, retenir d'une mam l'ancien au penchant de l'abtme, et y précipiter de l'autre le nouveau. II appela donc à son secours le mysticisme de la nouvelle école de Platon et toutes les lumières des derniers sages de la Grèce réunis dans Alexandrie ; il voulut galvaniser le cadavre de la beauté antique, en lui infusant le sang des nouvelles hécatombes et en lui insuulant le spiritualisme panthéistique de Ploiin. Fanati- Sue de son rêve titanique, il prêchait 'exemple et gardait sur le trône de l'univers toute l'austérité d'un disciple de Pythagore. 11 espérait ainsi conQsquer la réaction contre les orgies du paganisme au profit même de ses dfieux ; mais il n'avait pas compris ce que disait le Sauveur : On ne mei pas le vin nouveau dam des outres onctettnes : autrement le vin fait éclater les outres. Le spiritualisme que Julien insérait aux doctrines sensualistes fut pour elles comme un poison qui acheva leur agonie. Partout, môme dans la philosophie de Julien, le christianisme apparent ou caché mordait l'helténisme au cœur. Au milieu des sceptiques qui le flattaient, Julien seul restait entêté dans ses croyances avec la ténacité d'un sectaire. Quand il mourut, on trouva que son œuvre de retour vers le passé était déjà morte avant lui. Les feux des sacrifices qu il avait rallumés s'éteignirent d'eux-mêmes; les temples qu'il avait relevés restèrent vides, et cet empereur, digne peut-être des temps héroïques, s'il était venu en ces temps* là, mourut dans le désert, frappé par une main inconnue, et n'emporta avec lui, dans

la tombe qui lui fut creusée dans le sable,qu6 le surnom de V Apostat.

Les chrétiens prévoyaient depuis loostemps la fin malheureuse de Julien, et ils laissaient passer son règne comme un oraKe. Un sophiste de la cour de l'empereur aemandait avec ironie à un chrétien : « Que bit maintenant le fils du charpentier?— Un cercueil, » lui répondit celui-ci d'une voix triste et sévère. A la mort de Julien, des bruits étranges coururent, et la voix populaire répéta d'effrayants miracles qui furent transmis de bouche en bouche et reproduits de siède en siècle jusque dans les légendes du moyen Age, où nous les retrouvons et où nous les copions en laissant à ces poétiques récits toute l'authenticité de leur vieux style. La mort de Julien nV est plus regardée seulement comme un mit providentiel : c*est uu miracle des plus étonnants qui se soient jamais opérés. Marie, la mère de Dieu, a pleuré pour ses enfants affligés, les ossements mêmes des martyrs se sont soulevés contre l'Apostat. Mais laissons parler le légendaire :

« Comme la vierge Marie enuoya S. Mercwrt^ pour occir lutian r Apostat.

« Ivlian l'Apostat, tres-crucl ennemi de l'Eglise, sçachant que S. Basile par ses pieuses remonstrances, auoit fdit démolir et mettre en pièces la déesse qu'il adoroit par le peuple de Cesaree, se partant pour aller guerroyer contre les Perses, le menaça dele massacrer auec tout son peuple, soudain après son retour. Parquoi le sainct homme voulant encourager ses gens intimidez du cruel tyran, commanda à tout le clergé de la ville, et enioignit à tout le peuple de ieusner l'espace de trois iours, et de monter au temple dédié en l'honneur de la glorieuse vierge Marie, et où elle estoit reueree, sur le mool Didyme, aQn de prier Dieu qu'il lui pleust rompre et dissiper le conseil malin de leur prince. Tandis que le peuple et le clergé estaient occupez auec toute humilité en oraison, S. Basile se veit représenter en visioo l'armée céleste en tournant de tous coslez ceste montagne ; et au milieu de la troupe, apperceut vne dame assise dans vn throsiie fort excellent, laquelle disoit à vne compa-

Înie d'hommes illustres, qui lui assistoieot : aites moy venir Mercure afin qu'il aille occir lulian qui blasphème abominablement Dieu et mon fils. Et veit soudain ledit S. Mercure équipé de toutes ses armes se présenter, et tout aussi tost par le commandement de ceste dame, se mettre en chemin, S. Basile donc s'esueillant et s'estonnant grandement de ce qu'il auoit veu en songe, s'en alla tout droist à l'église, où estoit le tombeau du sainct martyr de lesus Christ, auquel il estoit inhumé et ne trouuant point ses armes que l'on y gardoit, s'enquit du sacristain, qui auoitleuéle harnois de S. Mercure. Le sacristain l'asseura auec serment, que le soir pre* cèdent elles estoient encore en leur place accoustumee. Qui fut cause que S. Basile liol sa vision pour véritable et asseuree : et glorifiant Dieu de miséricorde, qu'il n'oublie i«-

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mais ceux, qui ont es{)crance en lui, retourna hastiuement et bien ioycux vers la montaigne, où tous estoient assoj;)is de sommeil, lequel après les auoir esueillez, les exhorta {\ prière, et dWn cœur allègre et riant, leur raconta la vision que Dieu luy auoit reuelee ceste nuict, touchant la ruine du tyran ennemy de l'Eglise. Ainsi rendant grâces à Dieu auec toute rassemblée, retournèrent en la cité : et s*acheminans au lieu où reposoient les ossements du sainct martyr, y trouua la lance d*iceluy toute snnglante et arrousee de sang. £t là derechef on pria, et rendit-on grâces à Dieu pour ses benetices tant grands et signalez. Et lost après Teuenement, qui s'ensuiuit, monstra bien que S. Basile auait dit vray. Car Libanius trésorier de Iulian, eschappé par fuite de la bataille, arriuant en Cesaree, entendit que le peuple estoit assemblé en Teglise, ou vint annoncer la mort de TApostat, vsant de ces propos : lors que l'empereurestoitprcsle fleuve d'Eufrate, et la nuict septième, comme sagardefaisoit la sentinelle aupresde luy, voici venir vn cheualier incogneu, lequel branlant sa lance auec terrible impétuosité, s'attaqua contre iceluy, et le transperça tout à coup : ce qu'ayant fait, se relira n'estant plus veu de personne : et le misérable prince donnant horribles cris, se tourmentant, des-

£itant et blasphémant Dieu, rendit l'ame. ref cette commune prière instituée à Tinsti- ^ation de S. Basile, et corroborée par l'inuocation de la vierge Marie fut de telle efBcace et vertu, que ce Iulian très pernicieuse peste de l'Eglise, en fut mis à mort, et le )>eu|)le pieux et deuot demeura sans endurer mal ni aomage de la cruauté du tyran. »

On voit que dans ces premiers siècles le merveilleux de Tépopée se mêlait naturellement aux réalites de la vie, et que les croyances se transformaient d'elles-mômes en une poésie admirable. Pondant que le génie de saint Basile triomphait ainsi, dnns l'opinion populaire» de toute la puissance de Julien, saint Grégoire de Nazianze, du haut de la chaire évan^élique, condamnait solennellement la mémoire de l'Apostat. Personne n'eut piti^ de lui, parce qu'il avait eu» dans sa folie» celte grandeur d audace et de persistance dans la révolte qui caractérise Satan. Avec un jugement moins faux, Julien eût (lourtant réuni toutes les qualités d^un héros; mais son crime avait été l'orl^ueil : il avait rêvé les destinées d'Hercule, et il mourut seul, misérable et désespéré comme sou faux dieu.

Julien eut quelques successeurs qui passèrent Vite pour céder la place à Tbéodose, r Auguste du beftu siècle des Pères. C'est alors que la gloire de Tépiscopat se fit voir à son apogée eu U personne de saint Aml>roise. Valens avait déjà tremblé devant saint Basile» qui ne tremblait devant personne ; Ttiéodose se prosterna devant saint Am- L>roise et se soumit, comme le dernier du peuple, à la pénitence publigne. Sous le rèl^nede Théodose, le paganisme tenta son dernier combat, et fut vaincu en la personne

DicTiONN. u^ Littérature ghrêt.

du tyran Eugène. Les derniers adorateurs de la Victoire virent bien que leur déesse elle-même les avait quittés pour passer à Tennemii et pour se venger d'une victoire devenue chrétienne, ils renversèrent son autel.

Le règne de Théodose fut une halte sur le penchant de la décadence. L'empire était jugé, et ses destins devaient s'accomplir. La société tombait en ruines de toutes parts, et les philosophes accusaient le christianisme de toutes les calamités qui désolaient le monde. Alors saint Augustin déroula aux yeux des peuples affligés le plan de la Cité de Dieu : il montra le ciel è ceux qui sentaient la terre fuir sous leurs pieds, et fit voir surtout combien était calomnieuse la pensée de ceux qui accusaient le médecin des défaillances du malade, en rejetant sur le christianisme les tourments de ce vieux monde romain expirant des suites de ses débauches, mais au chevet duquel le christianisme apparaissait encore comme un consolateur, en lui montrant d*uue main le ciel ouvert au repentir, et de Tautrc, une croix sûr laquelle ont été expiés tous les péchés du monde.

Lorsque les barbares du Nord, avec leur nature de fer, se ruèrent sur l'empire romain et brisèrent avec dédain ces races amollies par une longue corruption, ils ne trouvèrent que le christianisme qui fût assez fort pour les arrêter, pour leur résister et pour les soumettre. La pénitence, avec ses salutaires rigueurs, avait créé des forces nio* raies suffisantes pour empêcher cette masse brutale de tout précipiter avec elle dans l'abime de la barbarie ; tout fut effacé par l'invasion « m lis l'Eglise, comme une arche nouvelle, conservait dans son sein les germes de toutes les bonnes, belles et grandes choses. L'arche surnagea quand vint le déluge : plus le flot monta, plus elle fat élevée vers le ciel ; puis un jour, le Rédempteur, qui semblait comme autrefois dormir sur la poupe de ce mystérieux vaisseau, se réveilla et dit aux flots, en étendant la main : Vouê viendrez iusqu' ici. Un jour, le paisible suc« cesseur de saint Pierre et le furieux Attila se rencontrèrent dans la campagne de Rome, et le Fléau de Dieu s'inclina devant le bâton du pasteur. Rome vainquit à son tour les vain^ queurs du monde, non plus par les armes, mais par le pouvoir mystérieux des clefs. 11 fallait des hommes nouveaux pour les nouveaux dogmes, et l'invasion lui avait seule* ment donné des troupeaux ; elle dut élargir son bercail et élever plus haut, afin qu'il pût voir de plus loin, le siège révéré du pasteur. Le Bas-Empire acheva ue se dissoudre, et sur ses débris s'éleva le trôfle glorieux de Cbarlemagne. L'empire chrétien fut alors constitué sur sa double base spirituelle et temporelle ; l'aigle de l'Evangélisle leva sa tète à côté de l'aigle impériale ; les deux puissances inséparables, maisdistinctes, eurent pour sanction l'allianee intime du pane et de l'empereur ; le chef ecclésiastique dirigea le oras séculier, et le trône devint

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inébranlable en s'appuyant contre i'autcl.

La profonde sagesse des Pères et leur éloquence irrésistible préparèrent cette régénération du monde : les grands papes du moyen âge se souYenaient toujours de saint Anibroise et de saint Basile ; mais ils rencontrèrent des Valens plus souvent que des Théodose.

La littérature des Pères est immerfse, et notre siècle même n*est pas encore assez éclairé pour en oompiendre toute la grandeur, ils ont résumé tout le passé et préparé tout l'avenir. Leur mysticisme a fait cesser les recherches de l'école de Pythagore et les rêves sublimes do Platon. Leur morale adopte et surpasse les plus beaux désirs de Socrate ; ils ont comj>ri$ l'Evangile avec une véritable science, et ils régénèrent toutes les sciences par la foi au saint Evangile. Leur langaçe n'est plus et ne peut plus être celui de 1 ancienne Grèce ou de la Rome d'Auguste, et ce qu'ils ont de moins éloquent, ils le doivent encore à leurs bonnes études et aux façons littéraires de leur siècle; mais lorsqu'ils s'abandonnent à l'inspiration chrétienne, ils sont vraiment catnoliques dans leur style, c'est-à-dire universels. La philosophie cherche encore la solution des problèmes qu'ils ont résolus, et rencontrant un jour leurs pensées, les citera comme des découvertes. Si Ton recommençait à les lire, leur doctrine paraîtrait nouvelle à force d'avoir été oubliée. On s'étonnerait de cette ampleur d'intelligence, de cette immensité d'amour, de cette majesté de langage. Le livre des Devoirs de saint Ambroise, par exemple, est tout ce qu'on pourra jamais imaginer en morale de plus philosophique et de plus beau. Les Confessions de saint Augustin porteront à jamais la lumière dans les ténèbres de la conscience humaine; le sto'ique saint Basile et le poëte saint Grégoire de Nazianze ont ouvert une école littéraire dont peu de grands hommes depuis se sont montrés dignes d'être les élèves. Evidemment tout ce que Dieu a manifesté là de génie et de puissance n'a pas encore été compris du monde, et nous pouvons considérer nos études dans ce glorieux passé comme des révélations de l'avenir.

Faire descendre du ciel sur la terre la nouvelle Jérusalem, faire que la volonté de Dieu fût accomplie sur la terre comme au ciel, tel était dès le commencement, et tel est encore l'idéal politique et social du christianisme. A Dieu seul de savoir jusqu'à quel point l'Evangile peut modifier les institutions humaines, et quelle résistance le monde maudit du Sauveur apportera à la bonne nouvelle. Il fallait travailler à la vigne du père de famille, et les Pères ont fait i^onsciencieuseinent leur ioumée* Us ren*' daient à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce

3ui est à César ; mais depuis que les maîtres u monde avaient fléchi le genou devant la croix. César, aux yeux de ces grands évêques , n'était que le premier des chrétiens et devait à son peuple la justice et le bon eiemple. César veillait pour défendre l'E-

J^lise, l'Eglise veillait sur César pour déendre le peuple contre les caprices delîiomme. L'excommunication était alors une peine terrible qui menaçait aussi bien les princes que les moindres de leurs sujets, et lorsque Valens le persécuteur trembla dans Téglise de Césarée, c'est qu'il craignait que saioi Basile ne voulût pas admettre son oflTranile.

Cette force morale qui n'avait jamais ea d'exemple , l'éloquence des Pères nous en révèle tout le secret. L'humilité profonde qui caractérise leur foi les mettait au-dessus de toute ambition , et ils se faisaient craindre par les rois en servant les paurres et en dédaignant toutes les choses de la terre. Un prêtre est bien fort quand les passions des hommes n'ont aucun moyen de Tatleindre, de le reprendre et d'exercer envers lui leurs représailles ; et c'est ce que la philosophie du siècle ne comprendra jamais ; les penseurs mêmes de nos jours s'étonnent d'une prétendue puissance occulte (qu'ils sentent au fond du catholicisme. On s en prend aux jésuites, aux congrégations, à des êtres, imaginaires , et l'on ne sait pas que la vraie force catholique, c'est la mortihcation chrétienne. Ce qui fait que l'Ë^lise résiste ^t résistera toujours à ceux qui espèrent la renverser, c'est qu'elle renferme dans son sein et renfermera toujours des héritiers de l'esprit des Pères, des hommes de foi et de dévouement , des hommes surtout d'abnégation et de pénitence. Jésus-Cbris( n'a pas voulu détruire la pauvreté; il Ta sanctifiée, au contraire, pour q Telle devint maitresse de la fortune. Taime mieux commander à ceux qui ont de Vor que d^en atoir moimême , disait Curius. Les Pères ne disaient pas ce qu'ils aimaient mieux ; mais ils faisaient ce qu'avait dit Curius , et la sévôre pauvreté présidait en leur personne à la répartition des richesses. Jamais on n'arait fait à l'égoïsme une si rude guerre que la leur. Les instincts rapaces de l'animal étaient combattus , dans leurs écrits et dans leurs discours , par le plus grand dévouement et la plus immense générosité qui ait jamais étonné la terre. Jésus-Christ , le Dieu pauvre , après avoir tout donné aux hommes pendant sa vie , leur distribuant encore, la veille de sa mort , sa propre chair et son propre sang , était toujours rivant dans la pensée de ces grands hommes , et parle en« core dans leurs écrits pour juger et coqdamner le monde. Jésus-Christ est devenu , depuis eux , la pierre angulaire de l'édifice social ; elle a écrasé les institutions sur les-

auelles elle est tombée , et tout ce oui viesra se heurter contre elle sera brisé.

Ce sont les grandes pensées qui font les belles paroles , et la littérature n'est aue le yêtement de la philosophie. La poésie païenne, avec ses allégories séduisantes i était l'interprète des dogmes de la sagesse humaine , résumée si admirablement par saint Paul en deux mots : Buvons et monr geon^t car nous mourrons demain. La littérature chrétienne est J'interprète d'une toute autre pensée, et cette pensée peut se résumer

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également en pou de mots : Aimons et souffrons jusqu'à la mort ; car après la mort nous vivrons toujours. Ainsi, d*uu côté, la volupté et le néant ; de Tautre » Tabné^ation et le bonheur éternel ; d'un côté , les lits jonchés de fleurs qui recouvrent des ossements et une tombe ; de Tautre » la croix et les épines , mais l'espérance de Timmortaliié et du ciel; d'un côté, Timpudique Vénus ; de l'autre , la chaste Marie : telles sont la séparation 9 l'opposition et l'alternative des deux mondes» des deux |)hilosophies et des deux littératures. Il s'agit maintenant de savoir quel dogme doit définitivement triompher : celui d*£picure , de Lucrèce et de Voltaire » ou celui de Jésus-Christ , de saint Paul , de saint Basile , de saint Augustin , de Fénelon et de Bossuet.

Les Pères ont expliqué l'Evangile, les docteurs ont expliqué les Pères : les mystiques ont complète l'œuvre des docteurs , en ap-

Ï sortant leur onction divine pour tempérer es aridités de la scolastique. Nous touchons au temps où le fruit de tant de travaux doit être recueilli , et où le résumé de tant de belles œuvres sera une nouvelle Somme universelle, c*est*à-dire catholique. Au point de vue littéraire , l'esprit de synthèse s'est déjà manifesté dans plusieurs grands hommes ; et Bossuet , par exemple , nous a fait voir ce aue pouvait un génie comme le sic^n, nourri de la substance des Pères , réglé par la méthode scolastique, enrichi de toutes les révélations des hagiographes , tempérant le mysticisme du contemplateur par l'exactitude du docteur, et résumant en lui seul tous les siècles de la science et de l'élo* quence chrétienne. Espérons donc, étudions et prions.

(Voy. , au nom de chacun des principaux Pères, les articles spéciaux.)

PÈRES DU DÉSERT. — L'épogue des Pères du désert est une des plus importantes pour la littérature chrétienne ; c'est, à proprement «parler , le siècle des légendes et la seconde époque héroïque des premiers âges de l'Eglise. L'esprit humain, en ce temps-là» ne craignait pas de se mesurer avec Thorxeur des sohtudes, et des volontés soutenues par la grâce accomplissaient des travaux plus incroyables que ceux d'Hercule. Les çrandes âmes, que dilatait alors une asl>iration incessante vers TinAni , se trouvaient à l'étroit dans le monde ; il leur fallait l'éternité dans le temps , et les gloires du martyre dans les privations de la vie. l^*bomme avait vu Dieu sur la croix, et s'était pris à l'aimer d'un immense et douloureux amour. La folie de la croix, pour parler le langage de saint Paul , l'emportait sur toute la sagesse des philosophes; les enfants de la voluptueuse Rome des Césars avaient soif de souffrir pour expier les crimes de leur mère. On eût dit que les années de la persécution finissaient trop tôt ; le triomphe temporel de la religion semblait faire trembler les adorateurs de la croix, et la légende des solitaires continuait celle des martyrs. Le grand génie de cette époque est

saint Jérôme, qui nous apparaît desséché d'austérités et de veilles, et se meurtrissant la poitrine à coups de pierre dans la groltB de Bethléem ; saint Jérôme , qui écrivait à Héliodore de fouler aux pieds son père et sa mère plutôt que de s'arrôter sur le chemin de la perfection et du désert ; saint Jérôme, enfin , le laborieux traducteur de l'Ecriture sainte , l'impétueux adversaire des hérétiques, le terrible ennemi de la chair , qui se punissait d'un souvenir et s'éveillait encore en sursaut, croyant entendre la trompette du dernier jour , et tremblant d'ôtre surpris indigne.

. L'éloquence de saint Jérôme est pleine de vigueur et d'àpreté ; il exagère quelquefois l'énergie et môle des paroles dures à des pa* rôles sublimes. Sa lettre à Héliodore , bien qu'un peu déci «matoire, contient de grandes beautés; son invective contre le diacre Sabinien a des passages qui font frissonner ; son style ressemble à celui de Tertullien , mais il a quelque chose de plus châtié encore et de plus sévère dans la forme, en même temps que, dans l'ordre des idées , il développe souvent des facultés plus riches et plus brillantes. Ses histoires aes Pères du désert sont admirables de poésie, surtout celle de saint Paul, premier ermite, où le merveilleux se mêle à la réalité comme dans les plus beaux poèmes. Les derniers fantômes du paganisme qui fuient devant saint Antoine , les lions qui viennent creuser la tombe de saint Paul, sont des tableaux dignes des plus grands maîtres. La Vie de saint Malc est un petit roman du plus saisissant intérêt, oii la vérité a tout l'attrait de la fiction. La Fontaine l'a traduite en vers. Saint Jérôme a écrit aussi la Vie de plusieurs saintes femmes et de quelques vierges illustres; car la virginité alors était honorée jusque dans le siècle. Une longue et terrible expiation devait succéder aux dé-* bauches de Rome, et les pauvres Styliles payaient les dettes des Lucullus. Les austérités volontaires de ces pénitents publics allaient jusqu'à des excès oui aujourd'hui nous feraient frémir : c'était la réaction de l'esprit contre la chair, et la chair avait été bien criminelle. Les fêtes de Néron s*expiaient dans la Thébaïde, et les enfants des martyrs aimaient à faire pénitence pour les enfants de leurs bourreaux.

Les légendes du désert sont de merveilleux épisodes pour l'épopée chrétienne ; elles sont toutes empreintes encore de l'esprit apostolique et de l'ascétisme primitif, et non-seulement saint Jérôme, mais le bon saint Bphrem d'Edesse, mais saint Sophrone, mais Paliade, Cassien et d'autres moins célèbres, ont su les raconter avec naïveté et avec grâce. La Vie de saint Abraham par saint Ephrem est un chef-d'œuvre de narration : 1 histoire de ce que fit le vieux solitaire pour ramener à Dieu sa iiUe Marie sur* passe en intérêt les péripéties romanesques les plus attachantes. Le dénouement arrache des larmes. Comme on aime ce bon et pieux vieillard 1 Comme on plaint la pauvre Marie I

PERES

PERES

Nous avons voulu ciler en entier ce drame si louchant et si simple, et nous avons détaché des œuvres de saint Ephrem la légende de saint Abraham pour la ioindre h l'histoire de saint Malc et au récit de la mort de saint Paul, premier ermite, par saint Jérôme. Ces trois belles pages de la Vie des Pères du désert sufQront pour faire apprécier le reste. La Vie de saint Malc paraît être sortie la

1>remière de la plume ae saint Jérôme, si 'on s'en rapporte à la préface :

« Ceux qui doivent combattre sur la mer, dit-il en commençant , ont coutume , lorsqu'ils sont encore dans le port et dans le calme , de hausser et de baisser le gouvernail, de se servir des rames, de préparer les mains de fer destinées à accrocher les vaisseaux ennemis, et de mettre leurs soldats en ordre le long des bancs, pour leur appren.'irc h demeurer fermes dans un champ de bataille aussi glissant qu'est celui d'un vaisseau agité des flots, afin que, s'étant exercés de la sorte dans ces combats , qui ne sont que feints , ils n'aient point d'appréhension m de crainte lorsqu'ils se trouveront dans des combats véritables. Ainsi, après avoir demeuré longtemps dans le silence (}ue m'a fait garder celui qui ne peut souffrir que je parle, je veux m'exeroer aans un petit ouvrage et comme dérouiller ma langue, afin de pouvoir entreprendre une histoire plus étendue; car j'ai résolu d'écrire (si Dieu me conserve la vie, et si ceux qui me déchirent par leurs médisances cessent de me persécuter , au moins maintenant qu'ils voient que je m'enfuis et que je me cache) comment et par qui, depuis 1 avènement de notre Sauveur jusqu'à notre siècle, c'est-à-dire depuis les apôtres jusqu'à la lie du temps où nous vivons , l'Eglise de Jésus-Christ s'est établie, s'est fortifiée, s'est accrue par les persécutions, et a été couronnée par le martyre ; et comment, depuis que les empereurs ont embrassé sa créance , ses vertus se sont diminuées par l'augmentation de son autorité et de ses richesses. Mais ce n'est pas ici le lieu de traiter cette matière, et il faut venir au sujet que j'ai entrepris. »

Après cette préface , saint Jérôme commence ainsi l'histoire de saint Malc :

« Le petit bourg de Marone, assis du côté do l'orient, à trente milles ou environ d'Antioche , ville de Syrie , après avoir changé de plusieurs maîtres , passa enfin ( lorsqu'étant encore fort jeune je demeurais en ce pays-là) entre les mains de l'évêque Evagrius, mon allié, lequel je nommo pour faire voir comment j ai appris ce que je vais écrire.

a II y avait un vieillard nommé Malc, qui est un nom syriaque , lequel signifie roi. JI était Syrien de nation, parlait fort bien cette langue , et je crois qu'il fut originaire de ce même bourg , où une bonne femme , cassée de vieillesse et toute nréte à mourir , demeurait aussi avec lui. Ils vivaient tous deux dans une telle piété , et étaient si assidus à l'église , qu'on les aurait pris pour Zacharie et Elisabeth, n'eût été que saint Jean ne paraissait point au milieu d'eux. M'enquérant

soigneusement des habitants si le lien qui les unissait était le mariage, ou la parenté , ou la dévotion, tous d'une commune voix me répondirent que c'étaient des personnes saintes et très-agréables à Dieu, et m'en contèrent certaines choses si merveilleuses , que , poussé du désir d'en apprendre la vérité, j'allai trouver ce saint personnage; et ma curiosité m'ajant fait lui demander si je devais ajouter foi à ce que Ton m'avait rappo:té, voici ce que j'appris de lui :

« Mon fils, me dit-il, mon père et ma mèro, qui vivaient d'un petit champ qu'ils cultivaient dans le territoire de Nisibe , n'ayant point d'autres enfants que moi, et me regardant comme le seul qui restait de leur race et Punique héritier de leur famille, me voulurent contraindre de me marier. A guot ayant répondu que j'aimais beaucoup mieux être solitaire , il ne faut point de meilleure preuve des persécutions que mon |)ère me fit par ses menaces, et ma mère par ses flatteries, pour me faire perdre ma virginité, que ce que je fus contraint de les abandonner pour m enfuir de leur maison ; et d'autant que je ne pouvais aller en orient , à cause du voisinage de Perse, et que tous les passages étaient gardés par les gens deçuerre des Romains , je tournai du ciMé deT'oo^îdent, portant quelque peu de chose avec moi pour mejcaranlir seulement de l'extrême nécessité. Or , pour ne m'arrêter point à des discours inutiles, je vous dirai que j'arrivai enfin au désert de Calcide, qui , étaut entre Imme et Béroé, est assis un peu plus vers le midi. Là, ayant trouvé des solitaires, je me mis sous leur conduite, et comme eux je ga« gnais ma vie par le travail de npes mains, el domptais par les jeûnes les aiguillons de la chair.

« Après plusieurs années il me Tint en l'esprit de retourner en mon pays, afin de consoler ma mère dans son veuvage durant le reste de sa vie, car j'avais déià su la mort de mon père, et avec dessein, lorsque Dieu aurait disposé d'elle, de vendre ce peu d'héritage que j'avais pour en donner une partie aux pauvres, en employer une autre partie à bâtir un monastère, et ( ce que je ne saurais confesser san» rougir de honte de mon infidélité) réserver le reste pour m'entretenir et pour vivre. Quand je dis cela à mon abbé, il me répondit en s'écriant que c'était une tentation du diable et une ruse dont cet ancien ennemi des bomnaes se servait pour m& tromper sous prétexte d*ane chose qui d'elle-même n'était pas mauvaise; que c'était retourner comme un chiea à son vomissement {Prov. xxvi), et que plusteors solitiiires avaient été surpris de la sorte, le démon ne se montrant jamais k découvert; sur quoi il m'alléguait plusieurs exemples lin l'Ecriiure sainte, et entre autres celui d'Adam et d'Eve au'il ruiita dés le coauMneement en leur laisant concevoir l'espérance de se rendre semblables à Dieu (fitnet, m). Ne me pouvant persuader, il se jeta à mes genoux, et me conjura de ne le point abandonner, de ne me vouloir point perdre iiK>i-

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