‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 178 sur 194 · MOME · texte numérisé non relu

MOME

PIOMi

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j rompaii h jHikiv 8ui?Mtf Texpresslon de rEoriture ; on le distribuait aux fidètes ; et cette réunion fraternelle était habituellement sairie d*ua repas, dont l'usage a continué longtemps sous le nom d'agape^ mot grec qui signifie charité.

Dans ces repas fraternels on ftiisait mémoire du Sauveur ; et lorsque les persécutions eurent commencé, on y fit également mémoire des martyrs, spécialement le jour de leur anniversaire. L^usage des anniversaires, déjà familier aux Bomains bien avant le christianisme , amena la célébration d'agapes particulières en l'honneur des principaux m vstères de la Vie de Notre-Seigneur. L autorite intervint et donna des règles universelles aux usages particuliers. Ces règles déterminèrent le choix des prières et des lectures à faire dans les assemblées chrétiennes, et on les appela liturgie.

Nom avons un autels dit saint Paul dans son épltre aux Hébreux ; chacun réciie le otaiime, écoute la lecture et V explication. fêliez sont les lumières que nous fournissent les livres du Nouveau Testament sur les formes les plu& antiques de l'office divin

On a attribué aux apôtres plusieurs litur^

ties : on cite cellea de saint Pierre» de aaiot latthieu , de saint Marc et de saint Jacques, dont BOUS avons déjà parlé. £n 1588 , un évéque de Gand , nommé Lindanue » ayant trouvé dans la bibliothèque du cardinal Sir^ let une liturgie manuscrite en grec et en latin, qui paraissait fort ancienne, la fit imprimer à Anvers» avec des notes, et préten-* dit qu'elle était de saint Pierre. Il avouait cependant qu'on y avait fait des additioo^t mais il a3$urait qu'elles ne touchaient en rien aux parties essentielles de cette pièce précieuse, et qu'elle était encore aiyourd'hui telle que saint Pierre l'avait composée.

Mais il est fiicile de reconnaître que cet ouvrage n'est cni'un mélange de la liturgie grecque et de la liturgie romaine ; que le commenoement en est tiré de la messe de saint Basile ; la préface et le canon, dé la liturgie romaine. Il j est fait mention de saints qui ont vécu bien après saint Pierre, tels que saint Corneille, le premier des gentils qui reçut la foi, et saint Gyprien. Si saint Pierre a laissé une liturgie à ses sue* oesseurs, c'est un monument que les temps nous ont ravi.

H en est de même de la liturgie attribuée h saint Matthieu ; elle porte des marques de supposition trop visibles pour qu'on puisse s'y arrêter : on y parle des trois premiers conciles généraux ; on y cite le symbole du concile de Nicée.

Celle qu'on attribue à saint Marc ne mérite gttère plus de confiance ; celle qui porte le nom de saint Jacques n'est pas sans quelque autorité ; elle est évidemment d'un auwnr trèfr^ncien, qui parle comme ayant connu

I Personnellement Notre-Seigneur. Proclus a tenait pour authentique, malgré les mots du:;uialiques fïhnW^ et de 9im.QCy qtii QQt

évideciiMiit été «Mlés 9frèÊ ItreqnciUs do Mkéa et d*I^f>bèse.

Ces litui^es primitives ne règlent que la célébration de la sainte messe» et ne |)arlent pas des saints offices.

A mesure que le nombre des fidèles s'augmentait, ils se partageaient en Eglises, qui avaient chacune son évèque, ses prêtres, ses diacres ; elles communiquaient entre elles pour entretenir l'unité ae la foi : les Eglises de Rome, d'Antioche,d'Âlexandrie, de Constantinople, devinrent les plus célèbres ; celle de Rome surtout, à' cause de la primauté de saint Pierre.

On rendait un Sonneur particulier aux martvrs ; on les enterrait religieusement ; oo élevait des autels sur leur, tombeau , et l'on ^joutait aux prières de Toffice divin leur éloge, ou le récit de leur vie ; on invoquait leur intercession auprès du suprême médiateur. De là sont venues les légendes que l'on a insérées dans les offices, et l'usage de ne éonsacrer aucun autel sans y déposer des reliques.

La multiplicité des Eglises , en introduisant quelques différences dans l'ordre » la forme et le nombre des cérémonies et des prières, donna lieu à diverses liturgies. Ainsi« l'on eut la liturgie de saint Basile, la liturgie grecque» la litur^^ie romaine, la li^ tuiVQ gallicane» mozarabique; mais ces différences ne portaient que sur des pratiques et des rites indifférents; la forme essentielle était toiûour9 et partout la même, à cause de cette tendance admirable à l'unité qui a toujours été et sera toi^jours le caractère le plus divin de h relision et de TEglise catholique.

La liturgie de saint Basile s'est conservée dans l'Eglise grecque. Il y eut encore la li«tur^e romaine» celle de saint Ambroise, celle de l'Eglise gallicane et celle d'Espagne, qu'on a nommée mozarabique, du temps do 1 invasion de rjËspagne par les Arabes ou les Maures.

ta liturgie romaine était la plus simple de toutes, mais elle était aussi la plus apos* tolique ; on offrait le sacrifice d^la messe sur les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul ; on n'y lisait qu'une épitre et un évan- ^le ; le clumt et les hymnes étaient sans ornements, les prières mêmes participaient à cette simplicité; la charité évangelique en fidsait le principal caractère. « Nous adressons nos vœux à Dieu, » disait le pa])e Célestin , « pour qu'il daigne donner la foi aux infidèles» retirer les idolâtres de leur impiété, lever le voile qui couvre les yeux des Jui&» ramener les hérétiques, rendre à l'Eglise les schismatiques » pardonner aux pénitents, ouvrir les portes du ciel aux caté* cbumènes. »

Ce fut saint Jérôme (^ introduisit à la fin des psaumes I'o/Mum, que les Grecs* avaient adopté depuis longtemps. Le pape Bamase, voulant donner plus de pompe aux offices divins, consulta ce célèbre docteur, et le pria de lui envoyer la liturgie grecque I)our en iiuiler le chant et en es^lraire ce

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qti'il croira't le plus propre à enrichir la liturgie de Rome. Aussi la liturgie romaine est-elle anpelée h réunir toutes les Eglises et à constituer Tunité parfaite dans le culte* comme le saînt-sié^e romain a toujours constitué Tunité parfaite dans la doctrine. '

Le culte, au moyen Age, subit qiielques altérations, et dut au génie enfantin des peuples encore barbares des tendances plus pittoresques et presque théâtrales. Nous en avons déjà parlé à I article Cérémonies, et à l'article Mystères , et nous avons montré comment le théâtre servit alors de supplément à la litur^e. Sans doute que la mode des représentations était poussée à l'excès en ce temps-là; mais s'il faut la juçer parles effets qu'elle produisait, on devrait hésiter à la condamner. Ces cérémonies naïves, ces récits en drame, exécutés gravement et pieusement arec toute la pompe des saints offices, étaient pour les simples un enseignement qui forçait l'attention, aidait l'esprit, se gravait dans la mémoire et rendait en quelque sorte toujours présents et accessibles à tous les miracles et les mystères. Cette illustration vivante de la Bible était la plus émouvante série d'imaees qu'on pût onrir aux yeux émerveillés du peuple. II voyait toujours présents devant lui les objets de sa foi, et se transportait au siècle des patriarches et des prophètes. 11 les voyait , il les connaissait , il les entendait parler. Us revivaient tous eu la personne des prêtres de son Eglise, dont le sacerdoce semblait remonter ainsi jusciu*au berceau des siècles. Ainsi, par exemple, le jour de Noël, avant la messe» tous les chanoines de la cathédrale de Rouen sortaient en procession de leur clottre, et se rendaient dans la nef. Là, deux groupes représentaient les Juifs et les gentils ; et deux jeunes clercs, revêtus de chapes , leur adressaient la parole et les exhortaient à reconnaître le mystère de l'incarnation. Les deux groupes d'incrédules faisaient des obiections et refusaient de se convertir : alors les deux jeunes clercs appelaient successivement les prophètes qui avaient prédit la venue de Jésus-Christ. Moïse paraissait le premier, en aube et en chape, avec une longue barbe et des cornes, tenant en main les tables de la loi, et de l'autre sa baguette. 11 chantait : Yir pott me veniet. Venaient ensuite Aaron, Isaïe, Amos, Jérémie et tous les prophètes de l'Ancien-Testament , qui récitaient des passages relatifs à la venue du Messie. Deux ambassadeurs de Balac, roi des Moabites, appelaient Balaam : celui-ci, monté sur son ânesse, lui retirait la bride et la pressait de l'éperon. Un jeune clerc, vêtu en ange, arme d'un glaive, s'opposait à son passade ; un autre clerc, caché sous TAnesse, disait : Pourquoi me frappes- tu? (Quid me pereulis?) Que faiy'e fait f ( Quid feci tibi ? )

Lange exhortait Balaam à résister aux ordres du roi Balac, et les chantres l'invitaient à proiihélisor ; alors il disait : Orietur Stella exJacoby consurget virga ex Israël^ etc.

Venaient ensuite David , Zacharie , père

de samt Jean - Raptiste , sainte Elisabeth, saint Jean - Baptiste , Virgile , tenant en maiu son églûgue Sicelidts Musœ^ h Sibylle avec son rameau d*or el ses trois volumes où était annoncée, dit-on , la naissahce du grand monarque pacifique. Chacun de ces personnages chantait un verset caractéristique, puis la procession rentrait dans le chœur , nt le clergé entannait d'une voix éclatante : Parvulus natus est nobis.

C'est par ces figures bibliques qu'on résumait dans l'esprit du peuple les méditations que l'Eglise lui avait suggérées pendant l'avent ; car tout le monde sait que les quatre semaines de l'avent représentent les quatre mille ans que le monde a passés dans l'expectative du Rédempteur. L était alors un temps de pénitence aussi sévère que le carêmerCl l'Eglise unissait ses larnîcs et ses soupirs à ceux des patriarches et des prophètes. Les grandes antiennes qu'on chante encore aujourd'hui pendant Tavent , et qui expriment fes désirs des justes, n'ont commencé à être en usage qu'au moyen âge.

Ces prières qu'on appelle les 0, parcequ'elles commmencent toutes par un soupir 0 Adonai^ 0 clavis David , etc., se chantaient alors dans toutes les églises avec une grande solennité » et personne ne se dispensait facilement d'y assister et de chanter avec les autres.

On voit, dans plusieurs bréviaires romains, ({u'elles commençaient à la fête de saint Nicolas, et duraient jusqu'à Noël. Le nombre en a varié depuis sept jusqu'à douze. Alcuin répétait souvent YOclam Daicidy auquel \\ trouvait ua charme particulier : il redisait encore cette prière trois {'ours avant sa mort. Rome avait autrefois mit antiennes de ce genre; le pape PieV retrancha 0 Virao virginum^ dont la composition lui semblait peu digne des autres.

Avant que les 0 se chantassent dans VEr glise, les chanoines et les moines les récitaient dans leur réfectoire. A Chalon-sur- Saône, l'évéque et le chapitre s'^ rendaient en procession, chantaient l'antienne, et se mettaient à table : cette cérémonie fut supprimée en 162^. A Paris, les O se chantaient dans la salle du chapitre : on y joignait trois répons. Un clerc versait ensuite du vin dans une vaste cou{)e de vermeil, et les chanoines s'7 rafraicliissaient successive* ment. En 15bâ, cette distribution de fin fut transform(''e en rétribution d'argent

Dans des temps où la piété n'était pas (ou« jours accompagnée du boa goût, un vertueux ecclésiastique publia uu petit commentaire sur ces antiennes, et Tintitula b Moelle savoureuse des O de rAvent.

On a aussi, sur le m^me suiet, un ouvrage d'un vicaire de Saint-Médard nonwn^^ Tupt^ et frère de celui à qui nous devons les savantes Matinées sénonaises.

A Rouen, Tours, Reims et quelques antres églises, on célébrait, après les matines^ de Noël, la fête des pasteurs. On dressait de^ rière l'aulel une crèche; le clergé s'v ren* dait en procession» et amenait au célébrant

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de jeunes clercs déguisés en bergers. Il s*établissait alors un dialogue entre eux et le célébrant : Quid vidiêtts^ pastorei ? Ils ré* pondaient: Jnfanlem vidimuê quem genuU puerperOf etc.

On voyait couché dans la crèche un joli petit poupon de cire, auquel les bonnes gens du peuple venaient apporter leurs offrandes àTimitation des pasteurs de Betbiéhcm. Des enfants de chœur chantaient le cantique des anges» et les orgues faisaient retentir sous les voûtes de TËglise Tair du Gloria in excelsis.

L*époque où la solennité de Noël a commence à être universelle dans r£glise est encore incertaine. Saint Augustin, dans une de ses lettres» parlant des lôtes qui étaient célébrées par i^Eglise universelle, ne cite

Sue la Passion, la Résurrection, TAscension e Notre- Seigneur et la descente du Saint- Esprit sur les apôtres ; il ne regarde la Nativité que comme une fête d*un ordre inférieur. Saint Jean Chrysostome la représente comme UTie très-ancienne institution. Quelques écrivains Fattribuent au pape Jules 1'% oui occupait le siège de Rome en 336, et que 1 Ëglise a mis au nombre de ses saints. U en Qxa Toffice au 25 décembre, pour Topposer à la fête que célébraient les païens à Toccasion de la renaissance des jours. Les discours que l'on prononçait à cette fête avaient pour objet d'honorer non le retour des saisons, mais le Dieu tout-puissant, q\ii règle et gouverne Tunivers. Oa était d'ailleurs persuadé que Jésus-Christ était né le 8 des calendes de janvier, époque où les jours commencent à croître, comme saint Jean-Baptiste était né le 8 des calendes de juillet, époque où ils décroissent.

Pendant longtemps on avait été incertain sur ce fait. Saint Clément d'Alexandrie fixait la naissance de Jésus-Christ au 15 mai, saint Epiphane au 6 de janvier. Saint Chrysostome, dans un discours au peuple d'Antioche, rapporte que ce n'était que depuis douze ans que l'Eglise d'Orient avait transféré la fête de Noël au 25 décembre. U est inutile d'entrer à ce sujet dans des recherches étrangères à notre sujet.

Dès les temps les plus éloignés, cette fête se célébrait avec la plus grande pompe. A Rome, on chantait doubles matines; les premières dans la chapelle pontificale : elles étaient suivies de la messe, et le pape assistait à cet office avec ses élèves. Les secondes matines étaient pour le peuple , et se célébraient dans l'église de Saint-Pierre. On changeait à chaque nocturne la décoration des autels. Au premier, elle était noire. Cour indiquer la loi de Moïse ; au second, laiiche, pour annoncer la révélation ; au troisième, rouge, signe de la ferveur des fidèles et de la gloire de TEglise.

L'invitatoire était dans toutes les églises : ChrtMluê natui t$t. Les psaumes de chaque uoctarne répondaient tous à Tobjet de cette grande solennité ; c'était le pape lui-môme qui lisait la dernière leçon.

Quelques empereurs, tels que Charles IV, au treizième siècle, et Frédi5ric III, au qua-:

torzième, s'étant trouvés à Rome aux fêtes de Noël, réclamèrent l'honneur de lire la septième leçon, où l'on rappelle qu'il intervint un édit de César-Auguste. On les revêtit d'un surplis et d'une chape, et ils lurent la leçon, l'épée nue à la main. Sigismond obtint le même honneur au concile de Constance, mais on le revêtit de la dalmatique de diacre.

Du temps de saint Augustin, les églises d'Afrique (goûtaient à l'of&ce des hymnes composées par saint Ambroise. Quand l'usage des pro$e$ fut introduit, on chantait dans les églises des Gaules une prose ou une h^rmne après chaque nocturne. C'était ordinairement l'hymne A salis ortUf qu'on coupait en trois parties, une pour chaque nocturne. Dans quelques églises, on lisait quatre évangiles ; dans d'autres trois, mais particulièrement ceux de la généalogie.

A Paris, on chantait encore des vers attribués à la sibylle. A Narbonne, le diacre lisait la généalogie, la mitre en tête. A Langres, on la chantait en chœur, le diaci e faisant une partie, le clergé l'autre. L'usage de dire trois messes vient de Rome ; à chaque messe l'évêque prononçait un discours sur la fête. On donnait pour motif de cet usage le désir que personne ne manquât do messe; car tous les fldèles étant obligés d'assister ce jour-là à l'office de la cathédrale, il se faisait un concours immense de toutes les paroisses et de leurs pasteurs.

Dans les Gaules et en Espagne, les prêtres ne disaient qu'une seule messe ; mais l'usage de Rome prévalut, quand les rois eurent imposé à ces Eglises la liturgie ro* maine.

La première messe se disait & minuit , m gain cantu ; on y chantait le Gloria in earcelsis en grande musique, et dans quelques égLses ou la disait en grée, au son de toutes les cloches.

La seconde messe s'appelait du point du jour^ et ne devait commencer qu'au lever du soleil, à cause de ces paroles de Thyi^ne: Lux fulgebitf etc.

La troisième messe était proprement la messe du jour, et se célébrait avec plus de pompe aue les autres. A Rome, tous les cardinaux-diacres et tous les ofUciers du pape devaient y communier. Dans les plus anciens rituels on ne trouve point la prose LœtabunduSf parce qu'on l'attribue à sai..t Bernard.

L'ofiice de la nuit de NojI est composé des pages les plus consolantes des prophè*tes et des psaumes gui célèbrent avec le plus de pompe les magnilicences du Verbe et son triomphe sur les nations révoltées, la miséricorde de Dieu et ses promesses aceompLes. L'hymne est d'une oelle poésie.

« Que nos soupirs cessent, le Très-Haut nous a entendus ; les cieux s'ouvrent, voici venir la paix promise aux mortels.

« Le cnœur céle.ste éclate tout à coup en co icerts dans le silence de la nuit.

« Les pasteurs éveillés courent à la grotte de la nativité ; allons y-avec eux» et portons

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au chaste berceau tous nos respectueui baisers.

« Quel spectacle s*offre h nos premiers regards : une crèche, de la paille, des lan^ ges, une pauvre inère> un faible enfant I

« Est«ce donc vous, d Christ, oui êtes la splendeur éternelle du Père ? Celui que je vois est*il donc le Dieu dont Ja main soutient l'univers sans fléchir et comme en se jouant?

€ C*est lui 1 la foi dissipe les nuages qui le cachent. Je reconnais celui que les anges prosternés regardent en tremblant et adorent.

« Vous nous enseignez par votre silence» 6 divin Maftre, et cette crèche vous sert de chaîne pour nous apprendre à éviter ce qui pialt à nos sens, à souffrir ce qui les effraie»

« Pour nourrir les chastes affections » pour guérir l'enflure de nos . âmes« daignez aussi, divin Enfant» naître en ce moment dans nos cœurs I »

Jam desinairt raspiria , Aodivil ei alto Deus :

Cœii pateacuai : en sdetC ProiDMsa pas mortalibus*

ProAinda noetis otiâ Coilestis abrumpii ckoms :

KatuiiK|ue fesio carmiiie Anouniiat terris Deum.

Specom sacratam pervtgit Dttin tnrba pastonim subit EaïQos, et caslis pia Gunis feramus oscula*

Atquale.aoliis panditur latrantibus spectaculum !

Prsesepe, feoum, fasci», Pareas inops, infaos puer !

Tune ifle, Cbrtftte. ftiius Et spleiidor xlerni Patris ?

llluniiic cerne qui levl Orbem pugilio sastinei T

Sic est ; vereada quels lates Fides pénétrât oublia :

Agnosco quem proni vident, Tremunt, adorant Angeli.

Agis Magistroro vel tacens, Ex bac cathedra nos duces \iiare quod cami placet , Garo quod horret perpolL

Castos tmores nolriens , Saaoas Samenles splrlius, Divine, nostris, 6 puer, Pffscoithis lanascere. Amen.

Les trois messes qui semblent réunir dan« une même scriennité tous les âges du monde, et qui renouvellent trois fois le même mystère en l'honneur de la Trinité divine» les trois messes sont accompagnées par la b&rpe des prophètes; les apAtresy assistent et rendent témoignage au Sauveur ; les Pères de l'Ejjlise expliquent le teite des apùtres ; les Irois Eglises, qui n'en fbnt qu'une, semblent se réunir autour de la crèche ; le ciel cbaote, la terre prie; le séjour des expiations interrompt ses pleurs» et espère ; toute l'humanité répète de siècle en siècle : « Un petit enfant nous est né : Parvulm fuUtu esi no^ bis: on l'appellera YadmirabU^ Vange du conseil f le Dieufort^le Pin iuriècU futur ^ le

rrtucc dt la paix ; et cette nouvelle réjouit la fois les vivants et les mort3. La prose est

pleine des sentiments les plus tendres ; la rue de ce divin enfant émeut tous les cœurs. Dieu est un Père : il s'est laissé flécûr ; sa tète s'incline vers nous; tl consent à notre bonheur. Le Ciel a laissé descendra le juste comme une pluie qu'attendait la terre; une mère sans tache vient de mettre le Sauveurau monde ; le Dieu fait homme vient de naître!

Yotis Pater annnîl Justum plonnt sîdera Salvatorem genail Intacta puerpera , Homo Deus nasdtur t

L'Eçlise entend les concerts des anm qui célèbrent ce grand mystère ; elle voit les bergers accourir au lieu où repose l'Enfant divin ; et dans le transport qui l'anime, elle s'écrie : Allons nous mêler à leur troupe ; allons visiter le berceau de TBniant-IKeul

Saperam eoncentilNia

Paâditur royslerium,

Nos mixtî pasioribus

Cingamils pnesepium

tibi Chrjstus siernkur.

Cette expression sUrniiur est choisie avec goût. L'auteur pouvait dire ni25riVur, la rime eût été satisfaite; mais l'opposition enlre ridée du Christ, (ils de l'Eternel, Eternel lui-même, humblement étendu sur un peu de paille, cette belle et louchante oppositiou eût été perdue.'

L^auteur considère ensuite la grandeur de reniant que le Ciel envoie à la terre. Il est la lumière du monde, lumière sublime, lumière émanée avant la naissance du soleil : orti du sein de Dieu, il est Dieu lui-mëiue; .e Fils est égal à son Père.

Vous êtes la lumière de la lumière, et votre splendeur a précédé le soleil; vous êtes Dieu de Dieu, et dans réternité tous êtes engendré égal à votre Père I

Et vous qui êtes si grand, du haut de totro trêne céleste (quelle est donc la charité qui vous entraine 1), vous vous laissez tniiH ber sur la terre, et pour que notre infirmilé se relève...

fnfirmus humi jaces.

Cette dernière parole est trop boITe et trop attendrissante en latin oour Que nous osions la traduire.

Ici le poëte, on le sent, laisse parler U\r tendrissement de son cœur, et les stroohcs suivantes sont pleines de larmes.

Ce que je devais, moi coupable, c*est vous, innocent, qui Taccomplissez.

Ou» Doeeas debiieram umoceos exequeris, Tu legi quam spreveram Legifcr subjiceris, Sic doces jasthlam.

Cœlnm cui régla

Stabnium non ntpuls ;

Qui donas tmperia,

Servi fomam iiHkils,

&icterissuperbiam!

Les strophes suivantes ne sont que le développement des mêmes idées. L'aoleur. entraîné par la chalewr du sentiment et la beauté àfi son siqet, ne oeul se léioudre à rabondonner :

iras propril

Nobis vitro simileiii Te pnftbes in omnibus, MMlibns debilem, Hortalem morlalibns, llis tradis nos vinculis.

Cum aegris eonfaoderis Morbî labM neacient, Pro peocaio paieris Peccalum non faciens* Hoc uiio dUsimilis.

Le chant d'allégre.«$Q Adêste^âdeles n'a pas nioin& de grAce et de poésie :

« Accourez, Tidèles» et joyeux, triomphants, venez, venez à Bi^thlénem, vous y verrez naissant le Roi des anges. Les bergers abandonnent leur troupeau , courons avec eux : nous verrons la splendeur éternelle du Père cachée ^ous un voile de chair. Pauvre pour nous et couché sur la paille, récliaufTons-le par de pieux embrassements. Qui ii*aimerait à son tour un Dieu qui nous aime à ce ooint? Venez, adorons le Seigneur! »

Adeste, fidèles, laeii, triumphantcs Yenile, venite in Beihleein :

Naium videie regem angelonun ; Veiiile adoreinua, veuile adoremus , Venite adoremus Dom.num.

Naïuni videte, etc.

En grege relklo humiles ad cunas Yocati pastores appropcrant ; El nos ovanti gradu feslinemus Yenile, etc. El nos, elc.

iEterni parentis splendorem aeternoni , Yelalmn sub came videbimus , Deum infantem pannis involutum ; Yenile, elc. Deum, elc.

Pro nobIs egenum et Teno eobantem Piîs Ibvearous amplexlbut ; Sk nos amanlem quis non rcdamaret !

Yenile, etc. Sic nos, eic

La féte^de TEpinhanie, ou Théophanie* est la fôte de rintelligenoe divine communiquée aux hommes : c'est aussi la fête des rois, parée que c'est l'inauguration d'une royauté nouvelle. Au moyen â^e les rois des nations chrétiennes se faisaient honneur d'apporter à Tautel et de présenter à genoux Tor, l'encens et la myrrhe, en souvenir des mages ; une étoile brillait à la voûte de Té^ glise, €t le soir on revoyait cette étoile se promener dans les rues de la ville où se fai* sait la solennité. L'esprit de symbolisme avait fait des trois rois mages les re(»résentants des trois parties du monde alors connu, et c'est pourquoi, dans les tableaux qui représentent le mystère de l'Epiphanie, on remarque toujours un roi noir, qui est le représentant do l'Afrique. L*Evan^ile ne donne pasauxmagesletitrede rois; mais, enprenant ces hommes sages pour les représentants du inonde nouveau^ la tradition chrétienne les a couronnés, pour exprimer que dans le royaume de Dieu la couronne est an plus digne et la roj^auté au plus sa^e. L'adoptioi de Nolre-Seiçneur Jésus-Christ ayant fait tous les chrétiens prêtres et rois, comme il e:>t dit dans l'Apocalypse, le jour des rois devint pour les familles du monde chré-> tieti l'occasion d*une agape fraternelle, où Ton tirait le roi au sort : usage renouvelé

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des Romains, mais sanctifié par une inten* tien de réjouissance pieuse et de fraternité ebrétienne.

L'Epiphanie a toujours été regardée comme une aes grandes solennités de l'Eglise. Ammien Harcellin rapporte que l'empereur Julien ne quitta Paris pour se rendre à Vienne, qu'après avoir assisté à l'office de l'Epipha-* nie. Mais alors les Eglises n'étaient pas d'accord sur l'objet de cette solennité. Dans tes unes, c'était l'adoration des mages que l'on célébrait ; dans les autres, le baptême de Jésus-Christ; dans quelques-unes, son premier miracle aux noces de Cana. Les Eglises s'entendirent ensuite, et réunissant ces trois objets, les comprirent tous sous la dénomination d'£'ptp/^ânte, parce que Jésus- Christ s'était en quelque sorte triplement manifesté par son baptême» le miracle de Cana, et les présents que les mages étaient venus lui offrir.

Le 6 de janvier était une fête chez les Romains : ils célébraient le jour mémorable où l'empereur Auguste, ayant pacifié l'uni vers^ ferma les j)orte$ du temple de Janus. Les chrétien «, pour détourner les néophytes de cette fête profane, choisirent aussi ce jour pour célébrer la gloire de Jésus-Christ. Le concours des fidèles aux premières vêpres et aux matines était autrefois si grand» que Ton réduisit à un seul nocturne l'office de la nuit. On attribue h Sedulius, prêtre el poète du V* siècle, l'h^rmne : HoUi$ Bero* des impie^ que le bréviaire romain a conservée. On y trouve les trois objets de la fête indiqués dans trois strophes différentes.

Ainsi l'Epipbanie est la fête de la manifestation ; et s'il est vrai, comme nous n'en doutons pas, que le monde fatigué du néant d'une vaine philosophie doive revenir un jour pleurer aux pieds du Père de famille les égarements de Fenfant prodigue, ce sera une manifestation nouvelle ou semblable à l'éclair. La lumière du Verbe se répandra en même temps à l'Orient et à l'Occident ; alors on renouvellera la mémoire des manifesta-» tions anciennes, et la fête de l'Epiphanie sera plus que jamais glorieuse.

La pénitence, la foi, l'espérance et la cIun rite, telles sont les vertus qui, dans l'année ecclésiastique, représentent les quatre saisons, et il existe entre les saisons et ces ver» tus des analogies frappantes. L'année com^ mence en hiver : alors tout semble morlt mais tout se prépare à renaître. Le vent bâ« lave les dernières feuilles desséchées, la nêiçe couve les germes de la terre, et la vio de la nature se répare sous une apparence de mort. Quoi de plus sombre et de plus austère gue l'hiver? Le ciel est voilé de nuées grises.

Comme la cendre, la terre est dépouillée de tout ornement , la campagne est morne , lea arbres sont nus, le vent semble gémir ; et quand la rigueur du froid semble s attendrit un instant, les nuages se fondent et le ciel pleure; c'est alors que l'Eglise se revêt des sombres couleurs de l'avent ; elle appelle le Sauveur comme la nature attristée sembW

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rappeler le soleil. Noël Arrive vers Tépoque du solstice d*hiver, etaiors commence la soisou de la foi , Tépoque où les germes travaillent et où l*on peut déjà compter les fruits dans les fleurs. La foi corres[;ond au printemps ; la légende fleurit alors comme les parterres ; c'est le temps des allégories et des symboles, c'est Tcnfance avec toute sa grAce. Mais à Tenfance il faut une discipline sévère ; le carême nous conduit à Pâques, où commencent la saison de Tespérance et la partie du printemps qui se rapproche de l'été. La Pentecôte entin vient marquer la saison où les promesses de l'année s*accom-

Iilissent. C'est le temps de la charité avec sa 'écondité maternelle; c'est le temps des fruits, et bientôt va venir celui des vendanges; c'est l'abondance des productions de la terre, emblèmes des richesses du ciel. Ainsi chaque année retrace l'œuvre entière de Dieu, et l'Eglise dans les quatre saisons partage les solennités de son culte comme les pages d'une magniflque épopée ; ainsi l'Ancien et le Nouveau Testament nous représentent tous les ans leurs grandes époques ; et 1 histoire du progrès spirituel, raconté d'année en année par le retour des mêmes fêtes , sert d'instruction . aux chrétiens en perpétuant ses merveilles. Aux approches de PAc^ues on célèbre le grand mvslère de la passion , dont Tofllce de la semaine sainte consacre et renouvelle tous les ans le drame immense. Cet oflice de ténèbres, ces cierges qu'on éteint, cette croix qu'on porte en marchant nu-pieds, ce tombeau où TËglise sem* ble enfouir toutes ses richesses ; qui a pu voir tout cela sans être ému, qui a pu le comprendre sans avoir le cœur serré d'une tristesse presque infinie ?

Le dimanche des Rameaux est, si nous pouvons nous exprimer ainsi, comme le premier acte du grand mystère, au milieu de la commémoration du triomphe passager do Jésus- Christ, au milieu d'une église magnifiquement parée ; et tandis que tous les fidèles ont encore en main des rameaux et des palmes, on chante la passion comme en mémoire de celte parole du Maître : Voiià que nous allons à Jériêsalem où le Fils de r Homme sera livré entre les mains des gentils qui le crueifieroni. Les pressentiments de tristesse viennent se mêler à la joie de l'Eglise ; la procession, qui est rentrée dans le sancluaire après être sortie de l'église, et qui s'est fait ouvrir d'autorité les portes du saint lieu, était une marche triomphale en même temps et douloureuse ; le clergé n'est rentré que pour entendre letristerécitdessoufl'rancesdeson maître, comme autrefois le Sauveur sembla n'être entré dans Jérusalem que pour y mourir.

Autrefois les rameaux étaient bénits hors de la ville, et la procession n'y rentrait qu'après la distribution. C'était aux portes de la ville, à Paris, au grand cbAteiet, que le célébrant venait frap{)er avec sa croix. Pendant la semaine qui suivait, on se tenait dans le recueillement, et pendant les deux derniers jours, le jeûne était rigoureux et la prière continue. Peu de temps spràSf la ferveur des

(Idèles y ajouta le jeudi, puis le mercredi, tt enfin la semaine entière fut réputée sainte , on la désigna souvent sous le nom de grtmdt semaine^ hebdomada major. On la passait en

{trières, en actes de charité, en aumônes. On érmait les tribunaux, afin de laisser aui juges le temps d'a>sister aux offices. Les empereurs accordaient la grAce des condamnés, et faisaient ouvrir les prisons. Les personnes les plus pieuses ne vivaient que ae pnio et de Jruits secs, ne buvaient que de l'eau : quelques-unes passaient la semaine entière sans prendre aucune nourriture.

Cette semaine est surtout remarquable par les offices qu'on désigne sous le nom de ti^ nèbres^ et par ceux des trois derniers jours. Les ténèbres ne sont, sous un autre nom, qne l'ancien office de la nuit. Pendant cet oflice, on place devant l'autel un candélabre triangulaire chargé de quinze cierges, qu'on éteint successivement après chaque psaume : c'6» tait l'usage de l'Eglise primitive. On ne plaçait point de candélabres sur Tautel ; on se servait de lampes suspendues à des cordes, ou de cierges portés sur des solives. Comme l'oflice se prolongeait jusqu'au delà de la naissance du jour, on éteignait quelques cierges à mesure que la lumière paraissait. En transférant l'oince au soir, on a conserré l'usage d'éteindre, de sorte au'A la fin de l'office, on se trouve dans une onscurilé com« plète,cequiprobablementafaitdonner le nom de ténèbres a cet office. Le jeudi, les cloches cessent de sonner en signe de recueillement.

C'est surtout dans la semaine sainte que le chant d'éj^lise devient une musique vraiment sublime. Tous les fidèles alors semblent souffrir avec l'Homme-Dieu ; les psaumes sont empreints d'une tristesse profonde, et les lamentations de iérémie, chantées pnr des voix d'enfants» ressemblent à des san* glots d'orphelins qui appellent leur père. Le chant traduit et accompagne merveilleusement ces paroles si difficiles à rendre mArnc en poésie latine, dont nous citerons ici un fragment mis en vers par un habile professeur.

Ergone quae cunctas inter caput altîus orbes Atiollebal ovans nuper, roundiqne superbis Exuviis gravida , et totiim, regtna , per orbcm Sub pedibus populos vert! regîqne vtdehat Ergone servili nnnc fœde oppressa iributo Assyriae gentis faslos et berilia jussa Heu ! palitur, raptisque sedei Tidnala oolonis ! Necquidquam borrendas inter neglecla rainas Sulcat in cxhauslis per nociem fletîbus ora, NuUus adest parva iminensi solatia laclus Qui ferai et manibus laciymas dctergal amicis. Quin etiam junctae sociali fcedere gcntes Fœdera nnnc mperc. Jocis hosiiliuus aram Nunc omnes onerani, cladem et fera Tulnera aecrittnk 0 Sion ! o Solyma ! o nuper, donuis aemuh ccdi ! Non erit ut poUhac festis de more diebos Ingentem aspicias in sacris .xdibus undam Fervcntcm adorantnm et sotcmnia dona fcrentuni. En solidx turrcs, en portarum a^nea claustra Procubuerc : gemii pullalo sqnaliita amicUi Turl)a sacerdotum, df lestalamque poelke Luceui aversantcs, fortun.'e nota prioris Onianicnta suis manibus crinesqne re^*eltont. Horror ubiquc ingons cl amara stientia régnant. En illa ingcmiuanâ longos necquicquam uUdatua»

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Pallifiaqiie altoUens modo qu« cclavernt ora : 0! lier, exclamai, carpîs qui timqiie viator, Sisie giiidum donec, meliliis \ulnera, dîcas lliinc ne meum possit dolor exxqiiarc dolorcm ! Non sic purpiireas populatiir vinilor iivas. (Ji nie justa Dei populata est vindtcis ira.

Puisque nous citons des vers latins h propos du chant des lamentations de Jéréniie, quelques-uns de nos lecteurs nous sauront gré peut-être de rappeler ici une pièce latine de Santeul sur les règles du chant ecclésiastique, et d'en citer les passages les plus remarquables:

Hic libi servandas qiias scripsimus accipe legcs : Qui formavit babet quibus aadiat et Deus aurcs. Maxima debetur sacris reverentia templis. liée habitat Deus et praesenli nuroine replet. In loto sedeat depicta modestia vullu ; Ut qni te yideat propiori numine taclus» Sentiat esse Deuro pnesentem et pronus adoret. Ne nifflium céleri confundas omnia canUi. Sed paveas ad verba ipso dictata Tonanle. Plena Deo sunt verba. Moras scrvare mémento. Cantanti prosunt, seu pectora fessa snbinde Respirent, scii mens quod profert iingna rcvolvat , Ad numéros bilarem ne lentus protrane cantum Ne te adeo recreet vocis sonus : intima rem m Scrutare et sensus lecum meditarc profundos. Non incompositis laedas damoribus aurcs , Nec leviore sono molles iroiiabere canlus. Indecorem captans plausam ; nam tal'ui tcmnit Vota precesque Deus. Puri suspiria cordis. Et tacites gcmitus attentis aurilhis audit At neque cantanti rictus distorqueat ora Vastior et nipto se vox de giitture jactans , Neve soient resouare immani templa beatu# Non daroore Deus pbcifUir. Ut audiat alto

fi solio, nt{ Yods eget

Concordes animes monstret concordia Tocum , Par studittoi. Varia pro conditione locorum Rite observentur qu£ sunt praescripta quotannis. Absint bella ; procul sacris aiscordia templis . Ancipiti In rito si quid peccaïur, in Ipso SubsiiUiens melius momento corrige, dum res El tenipus tulerit, sed si qni forte résistant Ne valeas solus te contra opponere turbœ. Ne tibi loo^p nimis subeant laslidia cantus. ^ Te super astra feras : propriis mens libéra vinclis Audeat Interdum sedes percurrere saiictas» Cœlestesque intrare domos. Te junçe supeiDis Obvias agminibtts, snperis^ue admixlus, adora Quem cœli prona aula canit, quem terqne Leatam , Teraue canit sanctum, sic tu, novus œtheris hospes, Laodare incîpies quem mox landabis in aevum.

Revenons à loffice de la semaine sainte. Le jeudi saint , TEglise célèbre rinstitu£ioTi de radorablc sacrement de Tamour. Elle semble s'interrompre au milieu de ses larmes, pour élever vers le ciel des regards pleins de reconnaissance. Le gage de la vie est donné au monde chrétien la veille de ce jour terrible où la mort d*un Dieu va menacer la nature d*une défaillance universelle. Dans cette journée eucharistique nommée le jeudi saint, l'Eglise résume oans son oflice tout le testament de son divin Haitre. El!e absout les pécheurs, réconcilie les pénitents, lave les pieds des pauvres et les sert à table. Elle célèore avec pompe une messe à laquelle son désir serait de voir communier tous les fidèles. C'est comme une Pâcjuo anticipée. Cette saiute solennité au milieu de tant de tristesse, cette union fraternelle la veille du

DlGTIOTIN. DE LlTTÉBATCRB CHRÉT.

grand Jour de pénitence , rappelle le repas libre aes martyrs la veille de leur supplice.

Pour le charlt de ténèbres , le jeuai saint ne diffère pas des autres jours. L*oflice est aiyourd*hui tel qu'il était il y a douze cents atis. Au premier nocturne, la leçon est tirée des lamentations de Jérémie. On la chante sur des airs composés avec soin et d'une mé^ lodie touchante. Dans quelques églises, et dans les derniers temps, on en avait tàii Tob^ jet d'un luxe pieux; on recherchait, surtout dans les monastères de femmes, les voix les plus pures et les plus touchantes , et personne n'ignore que les promenades, si connues à Paris sous le nom de Longchamps^ remontent à l'usage où Ton était d'aller entendre les lamentations de Jérémie à l'abbaye de ce nom. -

Le jeudi saint est désigné dans plusieurs sacramentaires sous le nom de dies in Cana Domini (jour de la Cène) , parce que ce jour est celui où Jésus-Christ institua le mj'stère de l'Eucharistie. On célébrait autrefois, dans cette sainte journée, trois messesdifférentest une pour la réconciliation des pénitents* une pour- la consécration dos saintes huiles» et la troisième comme oflice du jour»

Presque tous les tidèles recevaient la com-^ munion à cette messe. Les prêtres euxmômes y participaient, revêtus de leur étole. A Paris, aeux archidiacres officiaient concurremment avec l'évoque. A Chartres » les six archidiacres chantaient la préface et le

{)(Uer avec l'évoque, et se tournaient avec ui vers le peuple, pour lui adresser, suivant l'ancien usage, la formule Dominm t)o6tf- €um. Ils communiaient tous ensemble sous les deux espèces.

Après la messe du jeudi on "emporte le saint sacrement dans le tombeau. On dépouille les autels de leurs nappes et de leurs ornements, et les tabernacles restent vides. Autrefois, presque toutes les églises avaient des cryptes comme on en voit encore à Paris dans les églises de Saint-Sulpice , de Saint- Leu, Saint-Gilles et quelques autres. C'était dans ces cryptes qu'on établissait la représentation du tombeau. Les tentures en sont blanches et rouges, les couleurs de la foi et de la charité , les emblèmes du Verbe étei^ nel , qui est la lumière du monde, et du sang répandu pour nous sauver. Rien dans ce reposoir ne respire le deuil , mais tout iuvite au recueillement et à une salutaire tristesse. La croix, recouverte d'un suaire, rappelle le supplice de l'Homme-Dieu, et la matinée du vendredi saint trouve les fidèles déjà en

Ï trières à la tombe de leur Sauveur. On appeait autrefois le vendredi saint dies in Paras^ ceve , du mot grec irapci7xty*i , préparation^ parce qu'on se préparait au grand événe^ ment de la Rédemption. C'était, comme aujourd'hui , dans toute l'Eglise, un jour de deuil; point de cloches, les autels sans ornement ; point de consécration à la messe. Le prêtre s'y communiait de l'hostie qu'on avait réservée la veille. L'évèque ne portail

3u'une simple mitre en soie, et une chasuble e pareille étoffe. A Rome, l'oflice se faisait

tir>t

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h lYgl'sc de Sainlc-Croix; le pape s'y rentlait avec son clerg6 , piods nus. On priait pour les Juifs. La croix , placée sur les degrés du sanctuaire, était exposée à la vénération des fidèles, ot l'on venait Tadorer pieds nus. Dans les églises des (iaules, excepté celle de MarsciLe , depuis le ix* siècle, nul aufre que le prêtre ne coramuni.iit le vendredi saint. L'adoration de la croix se rap- Eortait non h la simple image de Jésushrist crucifié , mais à Jésus-Christ luimôme. Le Popule meus , et V Agios o Theos^ que Ton chante à l'office de ce jour, sont de la plus haute antiquité; TofCce était autrefois tel qu'il est aujourd'hui ; le profond resoectde l'Eglise pour cette iournée sainte ne lui a pas permis d'y introduire le moindre changement.

Tous les ûdèles assistaient à l'office pieds nus, et ne prenaient d'autre nourriture que du pain et de l'eau. Dans quelques églises, on exposait aux hommages du peuple des morceaux de la vraie croix, et des fioles où l'on croj^ait être renfermé du sang de Jésus-Christ; maintenant la sainte Eucharistie supplée par sa réalité à toutes les reliaues douteuses que la piété éclairée des évoques a fait successivement disparaître. Le chant de la passion , la prédication du môme, mystère, des prières pour le monde entier , môme pour les hérétiques , môme pour les Juifs, 1 adoration de la croix, com-

Ï)Osent tout Toflice du matin. Un silence probnd est gardé toute la journée dans les com* munautés religieuses, les cloches se taisent, et dans les séminaires, ce jour-là, les supérieurs servent les élèves à table. A trois heures les fidàles viennent au tombeau pour méditer en silence à Theure où le Sauveur du monde exfâra. Le soir on chante l'oi&ce de ténèbres, et l'Eglise a gardé pour ce jourlà les plus touchantes lamentations de Jérémie. Il semble qu'on entend se plaindre la voix des pères dans les limbes , et que TE-

Slise tout entière soupire vers Dieu du fond es abîmes du tombeau. Elle est comme morte avec Jésus-Christ, et elle pleure encore avec Marie. 11 y a dans ce moment une communion de foi résinée, d'espérance et de douleurs. Le samedi saint, ou sent que l'heure de la résurrection approche : l'espérance du lendemain sèche les larmes de la veille.; ou prépare la maison pour le retour du Maître; on bénit l'eau et le feu. Ces coutumes sont très-anciennes dans l'Eglise, et Ton en voit des traces dans les auteurs des Ages les plus reculés. Dès les premiers siècles on bénissait le jour du samedi saint l'eau renouvelée du baptistère.

Avant la bénédiction de l'eau, on procédait au renouvellement du feu. Dans plusieurs églises, on le tirait d'un caillou; dans d'autres on se servait d'un verre ardent. Le feu nouveau servait à allumer le cierge pascal. Cette cérémonie est ancienne, quoiqu il soit difficile d'en assigner l'origine. Elle prit naissance en Espagne, passa ensuite dans les Gaules, et de là à Rome. Le concile de Tolède, au V siècle, la recommanda aux fidèles.

C'est une pieuse allégorie. Les chrétiens ont toujours regardé l'œuvre de la Rédemplion comme l'épotjue d'une nouvelle vie pour le genre humain, d'une nouvelle lumière venue du ciel pour éclairer la terre.

Celte cérémonie, et la bénédiction du feii nouveau, se faisaient avec un grand appareil. On se procurait un cierge d'une grandeur colossale et d'un poids considérable; on exigeait quelquefois qu'il pesât trentetrois livres, en mémoire clés trente-trois ans de la vie de Notre-Seigneur.

Dans quelques églises, on en faisa't une espèce de colonne de cire, sur laquelle on gravait l'ordre des offices et des fêles pour toute l'année , à commencer depuis Pâques de l'année présente, jusqu'à la fêle de Pâques suivante. Par la suite, on en dioiioua les dimensions, et l'on attacha au cierge une feuille sur laquelle ces instructions elaieol inscrites.

La longue préface que chaule le diicro pour la bénédiction du feu, du cierge |)ascal et de l'encens, est une page de poésie admirable où l'on trouve tout l'enthousiasme 1 vrique des prophètes. C'est une ode en prosi* dont le début élève l'Ame jusqu'au ciel et transporte la pensée parmi les clioaurs de la milice céleste. « Exultei jam angelica turba cœlorum ! Que la^mullitude des anges se réjouisse dans le ciel 1 Que la joie éclate à travers l'ombre des divins mystères l et pour la victoire d'un si grand monarque» sonnez, trom[)ettes du salut! Que lu terre aussi se réjouisse illuminée de telles splendeurs et toute brillante de l'éclat du Roi éternell Qu'elle sente que les ténèbres universelles so sont dissipées 1

«Qu'elle soit joyeuse aussi, la MèreEslise, parée des reflets de cette lumière iianiense, et que la grande voix des peuples rctealisso dans cette cour! »

Après ce début véritablement lyrique, le diacre demande le concours des prières des assistants pour l'œuvre de bénédiction à laquelle l'appelle son ministère; bienlôl il reprend la harpe des prophètes et continoo son chant inspiré:

a L'ancien pacte vient d'être effacé par le sang, voici la solennité pascale I C'est cette nuit qui sauve Israël de l'Egypte cl qui fail

f casser les vrais croyants des ténèbres à ia umière 1 C'est cette nuit, qu'après avoirbrisé les chaînes de la mort, Jésus-Christ est remonté victorieux des enfers! Notre naissaaco n'est un bien qu'à cause de la rédemption, et nous ne sommes venus au monde que pour y être rachetés. 0 admirable condescendance de l'amour d'un Dieul 0 inestimabie mystère de sa charité! pour racheter votre esclave, vous avez livré voire Fils! ô certainement nécessaire était le péché d^Adam qui a été effacé par la mort du Christ! ô heureuse faute qui a mérité d'avoir un i^areil Rédempteur !....»

Jamais l'enthousiasme de la poésie ne s'est élevé h une plus çrande hardiesse. Le |*ét'W nécessaire! une iaute qui mérite! aoelles alliances de mots, mais quelles profondes

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pensées 1 On se rappelle alors ces paroles de |Saint Paul : « Conclusil Deus omnia sub peecato^j ni omnium misereretur. Dieu a tout enfermé dans le péché pour envelopper tout dans la miséricorde; » et encore : La grâce surabonde où abondait l'iniquité.

Enfin voici Pâques I Pâques la grande solennité, la fête de la vie et de rimniortalilé, la fête du ciel et de la terre, la fête de la joie, la fête du triomphe. Les cloches sonnent à toute volée, les églises étalent toute leur parure, le clergé quitte ses vêtements d*hiver et se revêt d aubes et de surplis blancs. Le chant de YAlltluia se fait entendre. Le temps de la pénitence et des larmes est passé. Dès les premières heures du jour le signal de langélus annonce le Regina cali; on se lève, et Ton prie debout , parce que le Sauveur vient de se lever de sa tombe, puis on se prépare à roflice du matin.

Autrefois, en entrant dans Téglise, les fidèles s'embrassaient en se disant : Surrexit Dominus. Alléluia: le Seigneur est ressuscité. Alléluia. Cq cri de joie retentissait partout; il terminait tous les psaumes. L'église était parée d'ornements blancs. Dans quelques diocèses , les choristes étaient vêtus d une simple aube et d'une ceinture blanche à franges d'argent.

L'office commençait à la naissance du jour; et comme les fidèles et le clergé avaient passé la semaine sainte en prières, les matines n'étaient composées que d'un seul nocturne L'antienne était Surrexit Dominus. Alléluia ; on la répétait après Thymne, qu'on terminait par des alléluia réitérés trois fois: tous les versets, tous les répons étaient suivis d'un triple alléluia.

Dans plusieurs églises, on se rendait à la chapelle du sépulcre, ou, s'il n'en existait pas, on en dressait un , et Ton y célébrait une espèce de dialogue entre les apôtres .et les saintes femmes : Die nobis^ Maria, quid vidisti in via, et Marie répondait : Sepulçrum Christi viventis , etc. Dans d'autres , trois jeunes clercs se tenaient derrière le sépulcre, vêtus de blanc , et la tête enveloppée d'un grand voile, pour représenter les trois Maries. Après le dialogue, le clergé se retirait en chantant : Scimus Christum sur^ rexisse. Mais le défaut de gravité de cette cérémonie la fit supprimer : elle était en usage à Rouen, à Narbonne , à Sens, à Soissons, à Laon, à Paris, à Beauvais, à ChAIons. Dans certaines églises aussi, pendant les siècles naïfs du moven Age, de jeunes garçons et (le jeunes filles, vêtus de blanc et couronnés de fleurs, se livraient à des rondes enfantines, et dansaient pendant le chant de la prose 0 filii et Aliœ , en répétant à la fin de chaque tercet le refrain de V Alléluia.

La fête de l'Ascension est comme le complément de la fête de Pâques. Le Sauveur ressuscité remonte au ciel en conduisant la captivité captive. L'Eglise l'accompagne de ses chants ae triomphe et donne a ses enfants l'espérance de le suivre un jour dans le ciel.

L'Ascension, comme on sait, se célèbre

quarante jours après Pâques. Elle a toujours été regardée comme une des plus grandes solennités de l'Eglise. A Rome, le pape assistait aux premières vêpres avec les cardinaux. On se levait au milieu de la nuit pour chanter les nocturnes. Si les grandes solennités avaient une octave, on pouvait dire que l'Ascension avait une décade, car elle se prolongeait jusqu'à la Pentecôte. L'oflice de l'Ascension est aujourd'hui à peu près tel qu'il était danslemojenâge. L'hymne des premières vêpres : Jesu nostra redem^ ptio, conservée dons le bréviaire romain» est de saint Bernard. L'hymne : Alterne rex altissime est d'Ennodius, savant évêque de Pavie , au v siècle. Pie V ordonna que l'on éteignît le cierge pascal le jour de l'Ascension. Dans plusieurs églises on faisait une procession solennelle où Ton portait toutes les reliques, pour indiquer le retour des saints au ciel, comme celui de Jésus- Christ à son Père. Le dimanche après l'oc* tave de l'Ascension s*appelait à Rome le dî* manche des roses, parce que c'est à cette époque qu'elles fleurissent, et qu'an les répandait avec profusion dans les églises.

La mauvaise humeur du protestantisme et du jansénisme a fait disparaître toutes ces coutumes si gracieuses. 11 faut à la froide et orgueilleuse raison de ces gens-là des temples sans croix et sans fleurs, et ils foulent aux pieds également la couronne d'épines de Jésus et la couronne de roses blanches de la divine Mère de Dieu. Ils croiraient la liberté de conscience mortellement menacée, si Ton revoyait passer dans la belle saison» par nos rues tendues de linges blancs et de leuillage, de petits enfants effeuillant et semant des roses I

Mais avant de laisser aller notre cœur aux touchants souvenirsdela Fête-Dieu, revenons à l'Ascension qui nous conduità la Pentecôte.

Quels nouveaux sujets de reconnaissance et d'allégresse 1 l'Eglise reprend sa harpe, ses temples retentissent de nouveaux caati-* ques :

Opus peregisti toum :

Te, Gtirisie, victorem necis ^teraa quam reliqueras €œlo reposcit gloria. ^

Elle voit son libérateur porté sur des nuages éclatants, au milieu d'un cortège ravi de sa délivrance, les célestes hiérarchies frappées d'admiration, le Père partageant son trône avec son Fils immortel, et ce Fils immortel prêtre, pontife, sacrificateur, offrant encore son sang pour le salut des hommes :

iam nnbe vectus fulgida Terras iaceiitcs despicis ; EduGta loiigo carcerc Regem sequuatur agniioa.

Mirante lurba cifilitufii Panduniur asteni» fores Ovansoue sublimeni Patris Homo Deus scandis throuamt

Uiic patronus, pontiXcx , Pacis scqiie^ter quem iua Semel profu Jit clit^rilas Offerre pcrgis sanguiaein.

PROPRE

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Nous avons dit dans notre arliclc sur les hymnes en général {Voy. Hymnes) ce que nous pensons des poésies sacrées de ('oflin et de Santeul. Elles sont belles sans doute, mais leur correction trop froide et leur élégance trop classique nous laissent toujours regretter les hymnes du bréviaire romain.

Jesu,nostra redctnptio,

Amor et desideriiiin ,

Deus Creator omnium ,

Homo in Ane lemporum ,

Tu eslo nostrum gaudium

?ui es futurus praemium ; il nostra in te gioria Per cuncta semper saîcula.

Nous ne pouvons cependant refuser un juste tribut d'éloges à la belle hymne de Coffin que nous chantons à laudes le saint jour de la Pentecôte.

Le poëte peint sous une brillante allégorie le prodige éclatant de la descente de TEsprit- Saint ; le ciel est en feu, l'éclair étincelle dans les nues, l'air est agité, la terre tremble. Est-ce Dieu donnant des lois sur le mont Sinaï?

Inter solphurci fulgura turbinîs Flammarumque globos et sonilum tuliae Antiquam veteri monte Sina super Legem das populo, Deus.

« Oui, c'est ainsi, c'est au milieu des foudres et des éclairs que son doigt a tracé sur la pierre les lois qui doivent régir son peuple, peuple ingrat, peuple infidèle, qui, tandis que la foudre brille sur le sommet de la montagne, trahit son Dieu : »

En fumantis adhuc montis ad inOma Piebs oblita datam continue fidem Brulam perflda plebs elOgiem collt, Ytri nuniinis ui locum.

Le peuple chrétien sera-t-il aussi coupable? Le poëte reconnaît que, sans le secours du Ciel , le cœur de l'homme ne peut rien ; il conjure le Très-Haut d'y répandre salumière, d'en amollir le marbre, de le rendre docile & sa voix. Ces idées sont exprimées en vers d'une rare beauté :

Heo ! mens nostra, Deus, te sine nll potest : Lucem pro.ue auimis, cordîs aheneam Molli duritiem. Redde, potes, Deus , Yoct nos dociles tuas.

On iittribue le Veni Creator à saint Ambroise; mais quelques critiques exercés dans l'étude des matières ecclésiastiques, croient n'y pas retrouver le style de ce grand et célèbre évoque ; ses hymnes ont plus de force, mais moins d'onction, moins de ces sentiments doux et affectueux qui distinguent ce cantique célèbre. C'est une suite de tendres invocations à TEsprit saint, à cet Esprit créateur qui remplit le cœur de l'homme de ses divines inspirations, qui anime sa pensée et ses paroles. Pleine de confiance dans son appui, l'Eglise le supplie de répandre ses grâces sur elle, de l'enrichir de ses dons, de l'éclairer de ses lumières, de fortiûer sa faiblesse :

Accende lumen sensibus ,

Infande amorem cordibus ,

Infirma oostri corporis

. Virtaie firmans perpeiî.

Elle invoque son secours contre ses ennemis, le conjure de lui assurer la paix, d'éloigner d'elle tout ce qui pourrait en [yonbler la durée, d*affermir enfin sa foi dans la triple unité qui règne dans les cieui :

Hostem repellas longîus Pacemque dones protinus Doctore sic te pnevio Yitemus omne noxiunu

Voici comment Lefranc de Pompignanet Pierre Corneille ont l'un imité, l'autre traduit cette belle invocation à la troisième personne de la très-sainte Trinité.

Voici d'abord Lefranc de Pompignan :

Viens, descends. Esprit créateur, Esprit-Saint, source de lumière ; Descends, divin consolateur ; Des cieuK viens ouvrir b Itarrière.

L'univers, dont lu fais Tespoir, Cet univers qui va renaître , Arrosé du sang de son maître , Est digne de te recevoir.

Hélas! nous le pleurons sans cesse.

Ce maître rempli de bonté :

Du Seigneur, aui cieux remonté, Acquitte aujourd'hui la promesse.

Fais luire aux yeux des nations Ce trésor de lois, de mystères , El ce jour brillant dont nos pères N'ont vu que de foibles rayons.

Voici maintenant Pierre Corneille :

Viens, Esprit créateur qui nous as donné Tétre;

Descends du haut du ciel dans les esprits dei Ikm: Et comme lu les as fait naître.

Remplis-les du plus grand des biens.

Illumine nos sens par tes saintes largesses : Verse un ardent amour dans le cœur abattu;

Rends des forces à nos faiblesses

Par UM immuable tertH,

Mets de notre ennemi toute Paudace ai fuite ; D*une sincère paix assure-nous le fruit ;

Fais enfin que, sous ta conduite ,

L'àine évite ce qui lui nuit.

L'Eglise clôt le cycle de ses solenoités eo célébrant la fête de Dieu même, qu'elle honore dans le ciel le jour de la Sainte-Triaité et sur la terre le jour de la fôte du Saint- Sacrement qui est la Féte-Dîou par excellence.

Telle est la bible des ofTices, si nous pouvons parler ainsi : car la série complète des offices divins résume et fait comprendre aux fidèles toute la grande épopée divine du livro sacré. La liturgie est la révélation traduite en solennités , et l'esprit de l'Eglise se montre partout le digne interprète dercsprit de Dieu, ce qui ne ooit pas surprendre ceui qui savent que c'est un seul et même esprit.

L'Eglise complète son commentaire du livre divin par les fêtes de son Hartyrologet qui sont l'illustration de la belle poésie des légendaires. Elle s'incline comme une mère vers tous les besoins de l'humanité, et tout en excitant ses enfants à n'aspirer qu'au ciel, elle demande h Dieu pour euT le pain quotidien dans ses prières de chaque jour, et implore, à l'entrée de chaque saison, la faveur du ciel pour les biens de la terre. La procession des Rogations a été décrite

PROPRE

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avoc assez de bonheur par un estimable poëte, trop i)eu estimé de nos jours, peutêtre parce qu'on nous Ta trop vanté dans nos classes : nous voulons parler de Jacques Deiille. Ce passage est extrait de son poème des Jardins :

Enfin on la revoit dans la saison nouvelle , (kHle solennité si joyeuse , si belle , Où la reliffion, |iar un culte pieux , Seconde des hameaux les soins laborieux ; El dés que mai sourit, les agrestes peuplades Reprennent dans les champs leurs longues promc-

[nades.

A peine du clocher le rustique métal Ihi cette grande fête a donné le signal , Keinmes, enfants, vieillards, rustique caravane , Eu foule ont déserté le château, la cabane. A la porte du temple, avec ordre rangé , En deux Aies déjà le peuple est partagé. Bientôt parait du lieu le curé respectable » El du trou^au chéri le pasteur charitable, bii-méme il a réglé Tordre de ce beau jour , U route, les repos, le départ, le retour. Ils partent ; des léphyrs 1 haleine priutanîére Souffle, et vient se jouer dans leur riche bannière; Puis vient la croix d^arsent et leur plus cher trésor, l^ur patron, enfermé dans sa chapelle d*or , Jadis martyr , afNÔtre, ou poitlife des Gaules ; Sous ce poids précieux fléchissent leurs épaules. l>e la religion 1 imposant appareil Vient 8*embeUir encore aux rayons du soleiL Le chef de la prière et Tàme de la fête , Le pontife sacré marche et brille à leur tète , Murmure son bréviaire, ou, renforçant les sons , Entonne, avec éclat, des hymnes, des répons. Chacun charme à son gré le saint itinéraire. Dans ses dévotes mains Tun a pris son rosaire Du chapelet pendant Taulrc parcourt les grains. Un autre, tour à tour invoquant tous les saints , Pour obtenir des deux une faveur plus srande , Epuise tous les noms de Tantique légende. L autre, dans la ferveur de ses pieux accès, i)^ prophète royal entonne les versets.

Leurs prières ,leurs vogux.leurs hviiines se confondent. Le ciel en retentit, les coteaux leur répondent ; Et du creux des rochers, des vallons et des bois , L*écho sonore écoute et répète leurs voix ; Leurs chants montent ensemble à la céleste voûte. Ils marchent ; Taubépine a parfumé leur route ; On çotoie en chantant le fleuve, le ruisseau ; IJo nuage de fleurs pleut de chaque arbrisseau ; El leurs pieds, en glissant sur la terre arrosée , En liquides rubis dispersent la rosée.

On franchit les forêts, les taillis, les buissons , El la tendre pelouse et les vertes moissons ; On parvient au sommet d'une haute colline, Qui sor les champs voisins avec orgueil domine. L'homme du ciel étend ses vénérables mains ; Pour la grappe naissante et pour les jeunes grains II invoque le Ciel. Comme la fraîche ondée Daigne, en tombant des cieux , la terre fécondée , Sur les fraits et les blés nouvellement éclos. Les bénédictions descendent à grands flots. Les coteaux, les valions, les champs se réjouissent , 1^ feuillage verdit, les fleurs s'épanouissent ; Itevant eux , autour d'eux , tout semble prospérer ; L'espoir guide leurs pas : prier, c'est espérer.

La procession des Rogations avait lieu autrefois dans les villes comme dans les cam- {)agnes ; elle durait trois jours. A Paris, la première procession avait lieu au PontHiu- Change, et s'arrêtait devant Timage de la sainte Vierge, placée sur une des maisons de ce pont. Un prêtre entrait dans celte mai-

son avec le bénitier, et, du haut d'une fenêtre, bénissait la rivière ; de là on se rendait au cimetière des Saints-Innocents, où Von récitait des prières pour les morts; du cimetière au Saint-Sépulcre; du Saint-Sépulcre à Tégiise de Montmartre, où était indiquée la station; de Montmartre on descendait h Saint-Lazare ; de Saint-Lazare à Saint-Laurent , puis à Saint-Martin, et enfin à Saint- Médéric.

Le lendemain, la procession allait au Petit- Pont, et s'arrêtait devant l'image de la Vierçe, placée sur la porte de l'hôpital du Petit- Pont ; de là elle se rendait à l'église de Saint- Benoît; de Saint-Benoit à Saint-£tienue-des- Grés ; puisa l'église Notre-Dame-des-Champs ; et en revenant, à celle de Saint-Gôme.

Le troisième jour, la procession visitait l'église de Saint-Victor, et celles de Saint- Marcel et de Sainte-Geneviève ; le clergé et les fidèles étaient nu-pieds.

 Rome, le pape et les cardinaux assistaient à la procession. On leur préparait des sièges à la porte des églises, quand ils ne devaient pas y entrer. On répétait cent fois le Kyrie eleison^ sans nommer aucun saint. Lorsque Charlemagne assistait à ces processions, il imitait la piété publique, et marchait aussi pieds nus. La reine de Hongrie, sainte Elisabeth, se signalait par la même marque de dévotion. Comme on parcourait des lieux fort éloignés les uns des autres, on permettait aux vieillards, aux personnes faibles et aux femmes de s'appuyer sur des cannes. On faisait abstinence de viande, mais on ne jeûnait point ; le caractère même de ces fêtes s'y opposait.

Enfin, chaque jour de Tannée chrétienne a sa fête particulière. Tous les états, tous les âges, toutes les conditions de la vie, onUeurs représentants dans le ciel, et trouvent dans le calendrier catholique leurs patrons et leurs anniversaires, depuis les glorieux apôtres et les rois civilisateurs jusqu'aux simples enfants martyrs, qui jouent avec leurs palmes et leurs couronnes. Chaque fête a sa physionomie et sa grâce particulière. La Reine des anges et des saints préside à toute cette fa* mille céleste. Elle a aussi le cycle béni de ses mystères et des solennités pleines de grâce maternelle. Nous en avons indiqué resprit dans des études spéciales (Yoy. Mts- TfcREs); nous ne répéterons pas dans cet article ce que nous en avons déjà dit. Nous avons aussi analysé et traduit quelques hymnes que l'Eglise chante en son honneur.

( Voy. Hymnes ) ; mais combien ne nous reste-t-il pas encore dans ses ofllces de choses gracieuses à admirer 7 la prose InvioUUa^ par exemple, la prière Sahe Regina^ et toutes ces allégories de chasteté, de saint amour et de majesté paisible, empruntées au Cantique des cantiques, aux prophètes de l'Ancien Testament et aux plus belles pages de l'Apocalypse. Marie, la mère universelle, résume en elle seule toutes les vertus, toutes les merveilles, toutes les çrâces, toutes les poésies de la légende : aussi, dans toutes les fêtes des saints on fait mémoire d'elle ;

PROPRE

OD lui consacre le plos beau mois de l'année» le dernier jour de chaque semaine, et trois fois par jour on la salue au son de la cloche, en i^fpélant les douces paroles de V Angélus. La lëte de la Toussaint» qui résume toutes les fttes de l'année, est aussi toute spécialement consacrée à Marie, et un ancien légendaire nous la représente obtenant ce jour-là que les portes du purgatoire soient ouvertes, et que toutes les Âmes des trois Eglises, réu* nies, puissent participer à la même solennité et à la même joie. Elle en porte la nou- Telleaux pauvres âmes souffrantes, et« leur tendant les bras à l'entrée du ciel, elle les embrasse tour à tour, essuie leurs larmes et leur distribue de belles aubes toutes blanches. Cette fêle est vérilablement celle de riSglise, et, par conséquent aussi, doit être considérée comme la fête de l'humanité régénérée et glorieuse. La prose de la Toussaint fait rénumération de toute la milice céleste, et nous montre, comme dans une procession, tour à tour à la tête Marie oui conduit cette armée de triomphateurs, les anges commandés par saint Michel , les patriarches et les prophètes présidés par saint Jean-Baptiste; puis les martyrs consacrés rois par l'injustice des tyrans, et dont le sang a teint la pourpre; les vierges qui tiennent des branches ae lis et des roses, et qui suivent partout leur divin Fiancé ; tous ne sont plus occupés que de la gloire de leur Dieu, et chantent éternellement les louanges du trois fois saint.

Sponta Chri$ti, quœ per orbem Militas^ Ecclesia , Prome eanltu^ el saeratot Die triumpho$ cae/f/Hiii.

Mœe diet cunetis dicata^ * Mixia cœli gaudm , Lœta currat^ et soiemni Persone$ melodia,

Lamreatum ducH agmen Jnncta mater Filio , Sola quœ partu pudorem Virgo nunquam perdidh.

Mox seifuuntur angelorum AdmimstTt $piritn$ , Siderumque conditori Mille laudet concinunl»

Bis Joannes vate major , Prœco Chritti prœviHS , Patriarehœ eum propheth Acciuum dulei melo.

Prineipet eacri Menatuê , Orbis almi judices , Sedibus ceUi$ sublimes , Fada peHdunt omnium.

Prodigi ritœ^ crtiore Purpurati martyres , Auspicati morte vitam , Pace gaudent perpeii.

Turbo sacra confitentum^ Cnm Levitis^ prœsules , Sœculi luxu rejecto^ Perfmuntnr gloria.

Pompa Huptialisj Agno Consecratœ virgiues, Uf'tis rosisque Sponsum ,f!mu!an!Hr proseqvi.

PROPRE tuo

Omnibus sors hœc beata Gloriam Beo dare , Et potentem eonfitert , Terque sanctum dieere,

Cœliies o vos beali^ Quos Deus félicitai, Supplicum votis adeste.

Et favete singuli.

ilausta fonte liberati , Dona terris fundite , Pace nostris in diebui Obtinete perfrui,

Vt Deo eum sanetitaU Serviamus subditi , Glofim poslkac futuri Quam teneîis compotes»

Amen.

La pensée qui se présentait le plas natarellement, après celle d'honorer toas les saints dans une même fête, était de consacrer une prière générale à tous les morts, dans un même office : ce fut celle de saiui Odilon, abbé de Cluny, au commencement du XI* siècle. Depuis Torigine du christianisme l'Eglise n'avait cessé de prier pour (es morts ; les morts étaient recommanoés tous les jours dans le sacrifice de la messe; mais leur consacrer un office particulier, était une pensée digne de la charité chrétienne. Cet office rappelle dans le cœur de Thomme les plus doux sentiments : l'amour conjugal dans celui des époux, l'amour filial dans celui des enfants, et les plus tendres souvenirs dans celui des amis. C'était bien à l'époque où la nature se dépouille de ses fleurs et de ses feuilles, qu'il convenait de nous rappeler la fragilité des choses humaines. L'oflice des Morts est un des plus touchants que TEglise ait institués. Le choix des psaumes, celui des leçons et des prières, produit dans Tâme les impressions les plus profondes : Chiteaubrianti, dans le Génie au christianisme, en fait ressortir les beautés sombres et l'attendrissante poésie. L'âme y pleure sa jeunesse flétrie, et demande à Dieu une eiistenco nouvelle. Les gémissements de Job s'élèvent du sein de la terre : il semble qu'on entend se plaindre les ossements en travail de leur prochaine résurrection : « O mon Dieu! donnez-leur le repos éternel, et faites luire sur eux la lumière qui n'aura jamais de déclin! > Requiem œtemam dona m. Domine^ et lux perpétua luceat eis. En attendant, ou'ils reposent en paix et que la tombe leur soit légère !

11 est bien malheureux pour les chrétiens de nos jours qu'une ftcheuse routine ferme leurs yeux et leur cœur k tant de beautés qui sont maintenant comme cachées dans toutes les parties de l'office divin. Combien y a-t-il de fidèles, même parmi les gens instruits, qui pensent chanter à vëjpres, le dimanche, des odes sublifties? Combien de personnes assistent tous les dimanches au saint sacrifice de la messe, et n'en conapren- «ent ni les cérémonies, ni les prières! Qu'on ne dise pas que la célébration des oŒcos en langue latine est une des causes principales de cet oubli, puisque, dans tous le'^ livres d'Eglise, on trouve des traductions en h'ic^*^

iUl

PROPRE

PROSES

vulgaire, tant de Tordinaire de la messe oue de tous les offices. Il serait à désirer seulement que ces traductions fussent faites avec plus de soin, et rendissent mieux les beautés littéraires du texte, qui ne sont certainement pas inutiles à la piété.

« On reproche au culte catholique, dit Chateaubriand, d'employer dans ses chants et dans ses prières une langue étrangère au jieuple, comme si Ton prôcnait en latin, et que roffice ne fût pas traduit dans tous les livres d*église. Nous ffroyons qu'une langue antique et mystérieuse, une langue qui ne varie pas avec les siècles, convenait assez bien au culte de TEtre éternel, incompréiicnsible, immuable. Et puisque le sentiment fie nos maux nous force d'élever vers le Roi (les rois une voix suppliante, n'est-il pas naturel qu*on lui parle dans le plus bel idiome de la terre, et dans celui-là môme dont se servaient les nations prosternées pour adresser leurs prières aux Césars? »

D'ailleurs, l'unité de langage dans la pri«>re est le signe de cette communion universelle qui doit faite de tous les peuples uu seul peuple de frères, et de tous les hommes les membres d'une même famille. Les chrétiens n'ont tous qu'une patrie , dont Rome est la capitale ; or le latin est la langue de Rome; c'est la langue-mère de la civilisation moderne, et l'on ne parviendra pas à faire de la nouvelle Jérusalem une Babel re- Jigieuse» en y introduisant la diversité des idiomes et la confusion des langues.

C'est à raffaiblissement de l'esprit de foi qu'il faut attribuer surtout le peu d'intelligence que les chrétiens ont maintenant de leur propre liturgie. Ils ont besoin d'être réveillés de leur assoupissement nar le zèle éclairé de leurs pasteurs; ils ont besoin qu'on leur dise, comme saint Jean de Jérusalem disait aux fidèles de son temps : « 0 hommes I que faites-vous lorsque le prêtre a dit : Elevez vos esprits et vos cœurs? Ne promettez-vous pas de le faire, en répondant : Nous les avons élevés vers le Seigneur? Cependant, vous n'avez point de honte de manquer à votre parole, et vous n'en rougissez point! Cet autel est couvert de

m stères; l'agneau de Dieu y est immolé pour vous ; les chérubins assistent à ce grand sacrifice, les séraphins s'y réunissent et intercèdent pour vous avec le prêtre Voilà,

dans le caiice,le sang même qui a été tiré du pur et divin côté de Jésus-Christ, afin de

vous puritier Représentez-vous ce sang

si salutaire comme coulant encore du côte de Jésus-Christ, et recevez-le avec une bouche toute pure. Je vous conjure donc de ne point vous absenter de l'église, de ne point vous y occuper de discours frivoles; soyons-y dans le tremblement et le respect, les yeux baissés, l'âme élevée, gémissant, mais en sii(*nce, et chantant, mais seulement dans le fond du cœur. »

Quant h ceux qui s'arrêtent aux cérémojnies extérieures sans en méditer l'esprit, il faut leur rappeler que les signes ne sont qu'une lettre morte s'ils no sont vivifiés par

l'intelligence des vérités qu'ils expriment et la foi aux mystères qu'ils représentent, et on pourra leur donner à méditer ces paro* les remarquables de saint Cyrille de Jérusalem : « Quand l'évêque et les prêtres lavent leurs mains, pensez-vous que ce soit pour les purifier? non; c'est un symbole qui nous annonce que nous devons être purs de tout péché. Quand le prêtre invite les fidèles à élever leur cœur h Dieu, il leur annonce que, dans ce moment redoutable, nos pensées ne peuvent plus s'abaisser aux choses du monde ; qu'elles doivent monter jusc^u'au ciel, en présence de ce Dieu qui a témoigné aux hommes un si grand amour. Nous récitons ensuite cette hymne sacrée que les séraphins chantent dans le ciel, en l'honneur des trois personnes divines, afin de communiquer, par cette psalmodie céleste, avec la sublime milice dos anges. Quand les paroles de la consécration ont achevé le samt sacrifice, que les prières pour les vivants et les morts sont finies, que l'heure de la communion est arrivée, alors vous entendez une musique divine qui, pour vous inviter à participer au saint mystère, chante ces paroles sacrées : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux ! Mais ce n'est pas au sens du goût qu'elles s'adressent : c'est à la foi dont vous devez être pénétrés ; c'est à ce sens intellectuel

3ui vous révèle, dans les espèces du pain et u vin, le corps et le sang du Sauveur des hommes. Vous terminez celte participation au sacrifice de la croix par des actions de gr&ces : guand furent-elles plus justes et plus méritées ? »

Ce que saint Cyrille disait des cérémonies de la messe, il faut le dire de tous les offices de TEglise, qui sont pleins de symbolisme et de poésie. A l'aide de ce symbolisme l'Eglise a créé un nouveau monde intellectuel et moral, et c'est aux inspirations de sa liturgie qu'on doit la renaissance des arts et l'espérance d'une grande et suprême régénération pour la littérature et les arts.

PllOsES. — On appelle proses d'anciennes hymnes latines en prose rimée, qui se chantent ordinairement a la messe et au salut des grandes fêtes.

A mesure que la langue latine se corrohipit, on en perdit la véritable prononciation, et la prosodie des anciens n'étant plus guère comprise, on lui substitua une versiàcation

{^lus simple, qui consistait seulement dans e nombre des syllabes et surtout dans le retour régulier des mêmes sons qu'on appelait le rhythroe, et depuis la rime.

On ne saurait se dissimuler que la rime est d'origine barbare, et se retrouve dans presque tous les essais poétiques des peuples sauvages : la ressemblance des sons semble être, pour les peuples enfants, la première initiation à l'harmonie des paroles et des pensées. Les chants des anciens bardes et des'scaldes étaient probablement rimes, et leurs imitateurs continuèrent le même système de poésie lorsque les idiomes germains, tudesques, celtigues et gaulois se perdirent dans une latinité corrompue.

PROSES

ItU

On AH que les bardes et les scaldes animaienl les guerriers au combat par des chants que toute la nation, soit gauloise, soit

fermaine» apprenait par cœur et transmettait la postérité de père en fils : ces peuples n^avaient pas d*autres annales. Telle fut aussi la fonction des ménesiriers chez les Francs. Lorsqu'un guerrier avait succombé dans la bataille, on l'enterrait avec ses armes, et les ménostriers chantaient son éloge sur sa tombe. Ces sortes de poésies s'appelaient choMons de geile^ parce qu'eUes celé* braient les faits et gestes des héros. Celle de Qotaire II, que Sidonius Appollinaris nous a transmise, prouve que 1 orgueil national contribuait beaucoup plus à leur durée que le mérite de leur exécution. Nous en transcrivons ici le commencement :

De Cloiario est canere^ rege Franeorum ,

Ont mi jmfnare cum génie Saxonum ;

Quam yaviter provenistet mU$is Saxonum ,

$i non /«fisef inciytus Faro de génie Burgundionum !

Ïuando veniuent in terram Francorum , aro ^bi erat princepi « mtMt Saxonum , Jnttinctu Dei , trameunt , per urbem Meldorum , ÎSe inUrf,eianinx a rege Francorum.

IRAOÇCTION,

Chantons Giotaire, roi des Francs , qui alla combaUré la nation saxonne. De Quelles rigueurs les Saxons étaient menacés , sans ruppui de Tillustre Faron^de nalion bourguignone !

Quand les envoyés saxons furent arrives dans le

8ays des Francs, où Faron était prince, rinspiratlon ivine les fit passer par la ville de Meaux, pour les soustraire au supplice que leur réservait le roi des Francs.

On voit pnr ce morceau que, dès la première race, les Francs avaient des chansons de geste rimées en latin, si toutefois on peut nommer ainsi ce jargon barbare. Mais les anciennes chansons tudesques n'étaient pas perdues; on ne les avait pas encore oubliées dans le vni' siècle. Eginhart dit que Gharlemagne les recueillit et les apprit par cœur : Barbara et antiquissima carmina quibus ve^ ierum regumactus et bella canebanturf scripsit tnemoriœquê mandavit^

Les cantiques do cette époque eurent le môme but que les chants nationaux des bardes : ils servaient à l'instruction du peuple illettré; ils furent composés en latin, puisque le latin était la langue de l'Eglise, et contribuèrent à rendre alors le latin plus universellement populaire que les anciens idiomes tudesques ou celtiques; les plus belles compositions de ce genre furent annexées h l'office divin, et c'est ainsi aue nous avons d'anciennes proses un peu barbares de forme, mais toutes remarquables par la simplicité dû l'expression et la naïveté du sentiment.

Les réformateurs modernes du Bréviaire et du A(is3el n'ont peut-être pas toujours assez compris \^ valeur littéraire de ces monument^ 4^ passé. Plusieurs de leurs corrections ressemblant assez à ces couches de badigeop quj ont effacé, dans plusieurs églises, les traces des plus admirables peintures. On est revoiiu, du reste, à un goût ^<^\llcury et tout fait espérer que les belles

PROSES

antiquités littéraires des premiers

seront désormais conservées, respectées et même restaurées dans nos offices, comme on restaure partout dans les élises gothiques les travaux artistiques du moyen âge.

Parmi toutes les proses, nous choisirons les deux plus belles, pour les analvser et en faire ressortir les beautés terribles, sublimes et tendres : car tout ce gui peut eiatter rimagination, étonner respnt,«t toucher le cœur, se trouve mêlé dans ces étranges poésies. Les deux prosef que nous choisissons, comme les plus populaires et les plus belles, tout le monde les a déjà nommées : c'est la prose des morts, Dies tr<f , et la prose de la Compassion Stabat mater.

On attribue le Dies ira au cardinal Malibranca, neveu du pape Innocent lU, et Ton raconte que, renfermé dans un cachot oii il attendait la mort, il composa pour lui-même ce chant funèbre. Jamais le grand tableau du dernier jugement ne fut tracé avec une plus effrayante énergie. Chanter cette prose et la bien comprendre, ce n'est pas dire de la poésie, c'est avoir oj^e vision. Bes poètes modernes ont cherché à peindre cette effrayante scène de la vallée de Josaphat qui dénouera le drame de la vie humaine; aucun, dans ses descriptions, n'a su égaler les grands traits de cette esquisse de maître qu'on nomme le Dies irœ.

Citons d'abord quelques fragments de poésie moderne :

Homme, empire , tout meurt : où retrouTcreoeor Babylone, Corinthe, et la cité d'Hector? Klles ont disparu. Reine pâle et terrible ,

0 Mort ! ouvre à mes yeux la profoodeur horrible Du gouffre où, dans la nuit, flottent tes étendartis. Que de glaives rompus ! que de sceptres épars ! Mon souffle seul, perdu dans cet espace immense» D'un écho de la mort réveille le silence ;

Et le ver du sépulcre, effrayé par ma voli , Ronge plus sourdement la dépouille des rois.

Qu*est ce monde lui-même? an tombeau san

[mesure.

La terre des vivants , rebelle à la culture , luRrale et 8*endormant dans son oisiveté , A la destruction doit la fécondité.

La^ substance des morts dans ses veines fennenle. Quelle poussière, 6 ciel ! n'a pas été vivante ? La bècbe et la cbarrue, en nos jardins fleuris , De nos aïeux en poudre exhument les débris. Avec Tor des moissons ils flottent et sNiniaseot Au pain réparateur dont leurs fils se nourrissent. Quand Tàme, rappelée au tréne de son Dieu, Monte et vole vers lui sur des ailes de feu , Le soleil de nos corps boit la flamme éthérée, La terre en ressaisit la dépouille altérée , Et tous les éléments se disputent eolr*eux D'un souverain détruit les restes mallieurenx.

0 mort ! si Tunivers est ton vaste domaine. Au gré de ton courroux que la faux s*y promène ; Efface sous tes pas les empires fameux ; Arrache le soleil de son char lumineux ; Que sa flamme s*éteiane au fond des noirs abincs. Et que ta faux terrible épouvauie les crimes l

Que le sage est heureux! Sur de vivre to^ionrs, Je Fentends s*ccrier : < Pâlis, flambeau des jours !

1 Levez-vous, ouragans, et soufllez la tempête !

i Astres, éteignez-vous! Cieux, croulez soriiMlélc* c Mon àroe invulnérable, à travers vos débris , f Blonle, comme la flanune, aux célestes îaïubris;

PROSES

Moo lime do Très-Haut est rimase Tirante : La foodre, à son aspect, recule d^poorante ; Et les traits de la mon sor les mondes kioeés S*égarent autour décile, et tombent émoussés. riiabiterai bientôt ma nouvelle patrie.

Toi queje pleure encor, mon épouse chérie! Qoe depuis si lonctemps je brute de revoir , Soos les parvis du ciel, ob ! viens me recevoir ; Oh ! viens, brillante eacor d'éternelle jeunesse , Conduire le vieillard au banquet d*allcgre$se ; Et, dans ces beaux palais, de feux étincelants , Des roses de TEden couvrir mes cheveux blancs. »

Où seront, répondez, vos plaisirs chimériques , Vos stériles grandeurs et vos jeux Tantastiques ? Hommes lomours bercés par des songes trompeurs, D'on coupable sommeil dissi^ les vapeurs ! Poavex-vous oublier qu'un Dieu, dans sa pnissmce , Poor rimmortalité vous donna la naissance ? Quoi ! les yeux éblouis par un frivole éclat , Vous prenez des hochets dans un jour de combat ! Eh bien ! que ferez-vous, quand la pâle agonie , Appelant de ses maux la louie réunie , Epanchera sur vous le vase de douleurs ; Lorsqn'en vos jeux brûlants s'amasseront les pleurs; Lorsque tons les objets de vos fougueux hommages S'cloi{;neront de vous, ainsi que les rivages , Les cités et leurs tours qui menacent les airs , S'éloignent de l'esquif fendant les flots amers ?

Jeune voluptueux , qui, dans la fleur de Tàge , Ecoutes en pitié ce sévère langage , Eh quoi ! rien ne pourra t'eflrayer sur ton sort ! L'airain autour de toi fait retentir la mort ; Le temps fuit à grands pas ; l'éternité menace ; Vers le terme commun tout se presse et s'entasse ; Tout t'avertit de l'heure où tu dois succomber ; Sootenu par un fil, toujours prêt à tomber Dans le gouffre où des rois s'engloutit la puissance ,

guand tout tremble et frémit, tu dors en assurance ! 'orage universel gronde, éclate, et tu dors ! Malheureux ! foule au pieds les sceptres, les trésors, Et, désormais vainqueur de ta propre faiîilesse , Regrette un seul instant perdu pour la sagesse.

Homme, lève les yeux ! regarde autour de toi Cet immense univers où tu marches en roi ; Contemple ces vieux monts aux gigantesques cimes, Ces astres, ces rochers pendants sor les abîmes, Ces déserts à ta voix transformés en guérets , Ces superbes remparts , ces antiques forêts. Ces hardis monuments, ces flottes souveraines Vogimnt, avec orgueil, sur les humides plaines , Ces fertiles vallons, ces prés silencieux ; Vois, contemple surtout la majesté des cieux ; Ce soleil qui, porté sur un char de lumière , Poursuit, d'un pas égal, sa brillante carrière , De ses vastes rayons divise les faisceaux , Se brise en gerbes d'or sur le crital des eaux , Et, dispensant au loin sa chaleur fortunée , Est le foyer du monde et le roi de Tannée. Compte tous les flambeaux de la voûte d'azur : Ils brillent d'un éclat inaltérable et pur ; Eh bien ! ils s'éteindront dans une nuit profonde. Un jour doit se lever, le dernier jour du monde.

0 jour de colère !

. Terribles moments !

0 jour de misère , De pleurs, de tourments!

Venaeur de nos crimes.

Où toir ? où cacher Les tristes victimes

u'au fond des abîmes

a main va chercher !

Quel deuil , quelle épouvante extrême , Quand sur un nuage éclatant , Dieu, dans sa majesté suprême , \iendra Juger les fils d'Adam !

PROSES 1146

La trompette animant leur cendre Dans les régions du tombeau , Forcera les morts à se rendre Au pied du trône du Très-Haut.

La nature avec épouvante , La mort, immobile d'effroi , Verront dans une morne attente Les nations devant leur Roi.

Nous entrons ici dans la traduction de cette prose inimitable, è laquelle les beaux vers dToung, de Baour-Lormian et do Le Franc de Pompignan, n'ont pu servir que d'introduction et de préface. Voici le texte de la prose :

Di€$ tnr, dtei Ula Soivei iecium in famlia , Teue David cwm Sibylla.

Quantns tremor est fntums QHondo Judex est ventnms Cuncta stricte dîscussums !

Tuba mirum spargens sonnm Persqfulcra regionnm Cogel omnes ante tkronum.

Mors stni^ebit et natura » Cum resurget creatura JudicanH responsura.

Voici comment M. Antony Deschamps a essayé de traduire littéralement les premières strophes : nous i^oroDS pourquoi il a laissé en latin le quatrième vers de la première.

Jour de colère : ce jour-là Sur l'univers il doit desrendre , Et réduire le ciel en cendre , Teste David cum Sihylla.

Tout l'univers devra frémir Lorsque, porté sur les nuages , Au sein des feux et des orages Il verra le juge venir.

La trompette et sa grande voix Répand une terreur profonde Parmi les sépulcres du monde Qui s'ouvriront tous à la fois.

La mort sera dans la stupeur En voyant toute créature Se lever de sa sépulture Pour répondre à son Créateur.

Une ancienne traduction, publiée du temps de Louis XIV, dans un recueil de poésies chrétiennes^ rend ce début avec plus de pompe et en se rapprochant davantage de la sombre harmonie dés rimes répétées :

0 jour du Dieu vengeur, où, pour punir les crimes , Un déluge brûlant sortira des abimes , Où le ciel s'armera de foudres et d'éclairs !

QueArouble en tous les cœurs, quand ce juge sévère, Lançant de toutes parts les feux de sa colère , Sur un trône éclatant paraîtra dans les airs !

Aux antres les plus siHU'ds la trompette entendue Réveillant la poussière en cent lieux répandue , Tous les morts sorUront de la nuit des tombeaux.

Et dans l'immense etfvoi de toute la nature , Aux pieds du Créateur, la pâle créature Attendra pour jamais ou les biens ou les maux.

Quel tableau I le monde qui s'en^^loutit dans la cendre comme un vaisseau qui sombre dans la mer; cette trompette à la voix surprenante, dont le cri d'airain parcourt au môme instant toutes les régions do la mort, rassemble les troupeaux de la tombe et les

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PROSES

PROSES

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pousse, encore tout pAles et tout poudrcur, devant le trône de leur juge; la mort et la nature qui regardent avec stupeur ce bouleversement de leurs lois, et la création tout entière palpitante à la fois devant son auteur 1 Le livre des consciences est ouvert. Ahl misérable, que dirai-je? A quel défenseur aurai-je recours en col instant qui fera trembler Thomme même le plus juste?

Liber $criptu$ proferetur In quo totum continetur Unie mundus judicetur,

Quid sum, miser^ tune dicturui ?

Quem patronum rogaturus, Quum vix justus sit seeurus ?

A ce dernier trait, qui peint une suprôme aniiété» le peintre s'arrête éperdu, le poêle fond en larmes, et le chrétien suppliant se prosterne en levant vers son Sauveur des mains tremblantes. La première partie de la prose était le tableau du jugement dernier, la Gn est une fervente invocation inspirée par Teffroi que cette peinture terrible a fait naître dans toutes les âmes.

Rex tremendœ majestatis.

Qui talvandos salvas grati$y Salva me, fons pietati$.

Recordare, Je$u pie , Quod sum causa tuœ viœ :

Ne me perdas iUa die,

Quœrews me, $edi$ti lauus ; liedemisti crucem pasius :

Tantus labor non sit cassuM.

Juste Judex ultionis , Donum fac remissionis Ante diem rationis.

Ingemisco tanquam reus^ Culpa rubet vultus meus :

Supplicanii parce, Deus.

Peccatricem absohisti , Et latronem exaudisti , Mihi quoque spem dedisti,

Preces meœ non sunt dignœ, Sed tu bonus fac bénigne, Ne perenm cremer igné,

Inter oves locum prœsta.

Et ab hœdis me séquestra , Statuens in parte aextra,

Confutatis maledictis , Flammis aeribus addictis :

Voca me eum benedictis,

Oro supptex et acclinis , Cor contritum quasi cinis , Gère euram mihi finis. ^

Lacrymosa dies Hla , Qna resurget ex faviUa Jtidicandus homo reus , tluie ergo parce^ Deus.

Roi dont la roalestc est terrible, qui sauvez gratuilerocitl ceui que vous voulez sauver, sauvezmoi, vous (Joui la miséricorde est inépuisable.

SouvCi cz-vous, é Jésus plein de bonlé, que j*ai été la cause de voire pénible voyage ; ne me perdez pas en un seul jour !

En me diercbant, vous vous êtes assis fatigué ; vous m*avez racheté par les douleurs de la croix : qn*iin si grand labeur ne devicune pas iuulilc ! .

Vous avez absous Madeleine , vous avez exaucé un larron, cl vous m*avcz permis Tesiiérance ! Mes

prières sont indisnes, mais vous êtes bon , je rougis comme un coupable et je baisse la lète ; mon cœur est broyé comme de la cendre : ayez soîa de ma dernière heure l

Essayons de traduire, en conservant la môme mesure que loriginal et en triplaot aussi les rimes :

Le grand jour, le jour de la foudre Viendra nous perdre ou nous absoudre, Et réduira lé monde en poudre.

Quelle terreur pour les pervers Quand le juge de l'univers Au crime ouvrira les enfers !

I^a trompette se fait entendre , Et des morts soulevant là cendre, Devant Dieu leur dit de se rendre.

La nature alors frémira Et le tombeau s'étonnera QuamI la mort se réveillera.

Un grand livre à tous se révèle.

De I àme juste ou criminelle Portant la sentence éternelle.

Que dirai-je alors, moi, pécheur ?

Où trouverai-je un défenseur Parmi les saints pâles d*horreor ?

Dieu, dont la majesté m'oppresse, Vous faites grâce à la faiblesse ; Sauvez-moi , source de sagesse.

Souviens-toi, Jésus plein d'amour , D'avoir souffert pour mon retour ; Ne me perds pas au dernier jour !

Quand tu tombas, las de me suivre , Sur la croix tu cessas de vivre :

Que ta mort au moins me délivre !

Diea toujours juste. Dieu vengeur , Acconlez la grâce au pécheur Avant le jour de la terreur !

De mes remords le cri m'accable , Et je rougis comme un coupable.

Pardonnez à ce misérable.

Marie (l) a cessé de pleurer.

Au ciel un larron put entrer , Et vous m'aviez dit d espérer.

Mes pleurs n'ont rien qui vous fléchisse » Mais par votre bonté propice Ârrachez-moi du prcapice ?

Séparez-moi des boucs maudits , Et parmi vos saintes brebis Cachez-moi dans le paradis !

Je vois les .^me^ criminelles

En proie aux flammes éternelles !

Dieu ! ne me traitez pas comme elles t

Ce cœur qui vous a méprisé...

Comme la cendre fi est brisé l...

Par ma mort soyez apaisé *

0 jour de terreur, jour de larmes , Où les coupables, pleins d'alarmes , .

Contre eux vous fourniront des armes !•••

Avant l'éternité du feu ,

Pardonnez , pardonnez, grand Dieu !

Seul juge du siècle qui tombe , Accordez la paix à la tombe.

Délivrez-nous de nos remords , Mon Dieu, donnez la paix aux morts!

A ces cris déchirants, à ces prières sublimes inspirées par la plus grande et la plus

(1) 11 y a dans l'ancien texte : Qui Mariam abtoiviêti.

PROSES

juste de toutes «es craintes, opposons maintenant un chant de tristesse inspiré tout entier par la compassion et le saint amour. Tous les âges chrétiens se sont attendris des douleurs de Marie au pied de la croix; tous les saints et les saintes ont pleuré avec elle. L^Ëglise aussi est une mère qui souffre d'ineffables angoisses lorsqu'elle voit les douleurs de ses enfants. La prose Stabmt mater est Texpression de toutes les angoi^ ses de sa charité, de toute sa tendresse pour Marie, de tout son amour compatissant pour les douleurs de THomme-Dieu.

M. Thiers, curé de Vibraie, dans son Traiii des supersiitionMf range le Stabai tnater parmi les prières superstitieuses, et en donne pour raison qu'il trouve indignes de la mflgesté de Marie ces tremblements, ces soupirs, ces larmes qui, dans la prose, la font paraître trop humaine ; mais que voudrait-il donc qu'elle fûtf La Reine des anges, la mère de Dieu était-elle autre chose qu'une femme? L'hérétique Vigilance trouvait également indignes de la majesté du Verbe les langes et le berceau de THomme-Dieu.

Quoi I la mère eût dédaigné de verser des larmes, quand le Gis versait tout son sang? Elle n'eût pas frémi quand les frissons de l'agonie parcouraient le corps de son fils ? Elle n'eût pas tremblé, quand le Sauveur s'écriait d'une voix éteinte : Mon Dieu l mon Dieu^ pourquoi m^avez-vous abandonné?

Jésus avait défailli lui-même et sué du sang au jardin des Oliviers, et vous exigez de sa mère une impassibilité stoïque 1 Oh I ne craignez pas de la déshonorer en avouant les douleurs qui ont fait sa gloire. Pour ap-

8 rendre à compatir à nos faiblesses, elle que ^eu avait créée impeccable, ne fallait-il pas an moins qu'elle succombât aux angoisses de son maternel amour?

La prose Stabat est restée malgré M^ Thiers, et restera malgré la froide critique de l'esprit janséniste ou ultra-gallican.

Elle était debout, la mère douloureuse, auprès de la croix, toute ea larmes, lorsque son fils étâii cniellemeot suspendu, et son àme, gémissante, coutrisiée et navrée de douleur, était traversée par uu gUive.

Ob ! combien triste et affligée fut cellâ mère béuie d*an fils unique entre les bowiues l

Elle éult triste, et elle souffrait, et elle tremblait en voyant les peines de son glorieux enfant.

Quel homme aurait pu sans pleurer voir la mère du Christ livrée à on pareil supplice ?

Qui poarratt n'être pas centriste en contemplant cette pieuse mère qui souffre avec son ills ?

Pour les pécbcs de son peuple , elle a vu Jésus dans les tourments et enchaîné sous les verges. Elle a vu son doux enfant bien-aimé mourir abandonné de tout le monde à son dernier soupir.

Hélas ! ô mère qui êtes la source d*amour, faitesmoi sentir toute la profondeur de votre aflliclion , afin que je pleure avec vous !

Faites que tout mon cœur s*enflamme pour aimer mon Christ et mon Dieu, et que je parvienne à lui plaire.

Sainte mère, faites^moi celte grâce de graver les plaies du Crucifie profondement dans mon cœur !

Laissez-moi partager au moins les souffrances lie votre enfant blesse, puisque c'est pour moi qu'il a daigné souffrir.

PROSES 1!:»0

Stabat Mater doloroea Juxta crucem /arrymoM , Dumpendebat Filins,

Cujus animam gementem , Contriêtantem et dolentem , Pertransivit gladiuê.

0 quam trittit et affiicta Fuit tUa benedicia^ Mater Unigeniti !

Quœ mœrebal et dolebat , Et tremebat cum videbat Nati pcenaê inclyti !

Quit est homo qui non fleret Christi Matrem si vider et In tante wpplicio ?

Quii fouet non contriêtari Piam Matrem contemplari Dolentem cum Filio ?

Pro fecca i$ $uœ gentis Vidit Jesum in tormentis , ' Et flagetlis subditum.

Vidit tuum dulcem Natum , Morientem, desotatum^ Dum emisit spiritnm.

Eia ! Mater^ fonn amoris , Me tentire vim dolorit FaCf ut tecum lugeam,

Fae ut ardeat cor meum In amando Chriêtum Deum, Ut êibi complaceam,

Saneta Mater^ istud agas , Crucifiai fige piagas ^

Cordt meo valide,

TuiNativulneratif Jam dignati pro nuvati , Pœnas mecum divide.

Laissez-moi mêler auic vôtres de vraies larmes et compatir au pauvre Crucifié aussi longtemps que je vivrai.

Etre auprès de vous au pied de la croix, et eonfon^ dre ma plainte à la vôtre , c'est tout ce que je dé* sire.

Vierge glorieuse entre les vierges, ne me soyeit pas amere ; faites que je pleure avec vous.

Faites que Je comprenne la mort du Sauveur, la destinée ae sa douleur et le culte de ses blessures.

Blessez-moi de ces plaies , enivrez-moi de cette croix pour Tamoar de votre fils.

Que je laisse brûler mon cœur, et que vous seule, 6 Vierge! preniez ma défense au jour du dernier Ju^ gement.

Faites de la croix ma gardienne , de la mort du Christ le baume de mon &me , de la grâce Tunique chaleur de ma vie.

Et quand mon corps mourra , faites que mon âme obtienne le don de la gloire du ciel.

Fae me vere tecum fiere , Crucifixo condolere Donec ego vixero^

Juxta cYueem tecum Uare Te iibenter sociare In pianctu desidero.

Vir0o Virginum prccclara , Mihi jam non si$ amara Fae me tecum plangere,

Fae ut portem Chritti mortem^ Pauionii ejm tortem Et piagas recolere.

Fae me plagis vulnerari Cruu hac inebriari Ob amorem Filii.

IIM PROSES

Infammatuê et aceensus , Per te, Virgo, sim defcnsus In die judicii.

Fac me cruce eustodiri , Morte Chriêti prœmuniri , Confoveri gratta.

Quando corjntt morietur , Fac ut animœ donetur ParadUi gtoria.

Amen»

De pareilles beautés se refusent à l'analyse. Ëelui qui ne les sent pas tout d'abord ne Jes comprendra jamais : il ne faut que liro'9 comprendre, méditer et pleurer. Nous n*osons pas pour cette fois essayer de traduire en vers : de semblables paroles ne se traduisent bien qu'avec des larmes. Peu de I)octes ont essayé de traduire le Stabat; la musique seule pouvait en exprimer toutes les beautés : le Dies irœ^ au contraire» a eu un grand nombre de traducteurs, à commencer par Jean de la Fontaine, dont la paraphrase^'est pas un chef-d'œuvre. Nous donnerons plus bas la traduction de M. de Marcelius , qui nous paraît supérieure à toutes celles que nous connaissons, et nous V joindrons deux autres proses traduites par le même auteur, celle de Pâques et celle du Saint-Sacrement.

Nous préférons de beaucoup les proses ancieqnes aux nouvelles compositions du même genre dont les bréviaires de plusieurs diocèses ont voulu s'enrichir. Nous ne comprenons pas, j)ar exemple, le désir d'innovation qui a lait substituer, au Mans, d'autres paroles au chant catholique <1u grand .i//e/ata de Pâques. VO filii et filiœ valait bien, même au point de vue littéraire, les strophes que nous allons citer :

0 tancta gens fidetium !

Regale sacerdotium , ^ Date beo prœconium. AUeluia.

Àileluia , alléluia^ alléluia. (Ter.)

Solulo mortiê vineulo ,

Erumpit Ckri$tn$ lumulo;

Cantu plaudamus œmulo. Alléluia^ etc.

Amore Jetu sauciam ,

Ad monumentum prtniam ;

Lœti sequamur Magdalam. Alléluia, etc.

Afji^i Christi genibus toMOs pedet j^delibut Teneamus amplexibus. AUelutOy etc.

Quœ tua, Jesu, gloria !

Mortem, dum cadis hostia , Absorbée in Victoria. Alléluia^ etc.

Cenus qui noitrum perdidit.

Sic dirus anguis ocâditf

Sic /ex peccati concidU. Alléluia, etc.

Ce n'est pas que nous poussions l'amour des choses gothiques jusqu'à refuser toute espèce de mérite aux inspirations d'une piété plus moderne ; mais nous croyons qu'il en est de la poésie comme de la peinture, et que c'est toujours chez les artistes du moyen âge qu'il faut étudier les formes simples, les expressions pieuses et toute cette beauté chaste et naïve qui doit être le caractère le plus essentiel de l'art chrétien.

PROSES

Les proses anciennes paraissent maintenant peu intelligibles quelauefois, parce qu'elles sont écrites dans la langue des saints, dont les expressions mystiques ont cessé de nous être familières, par suite de l'affaiblissement de la foi. Un auteur souvent judicieux, et dont les recherches nous ont été utiles, critique amèrement la belle prose d'Hermann Lontractus, Vent, «oncle Spirituêy qui a été aussi attribuée au roi Robert. Voici en auels termes il s'exprime : « 11 paraft nue le Kent sancie Spiritue esl d'un religieux du monastère de Richenon, en Souabe, nommé Hermanus^ et par surnom, ContractuSj parce crue, di^s son enfance, ses membres s'éîaicnt norriblement retirés. C'était un des savants du xi* siècle; nous lui devons une chronique que l'on consulte encore de nos jours. On le croit aussi auteur des deux chants en l'honneur de |a sainte Vierge, le Salve Regina et VAlnut Redemptoris mater. Quoi qu il en soit , le Feiu fonele Spirituê est loin de répondre à l'idée qu'on aurait d'un grand poète. C'est une production qui se ressent du temps où elle a été écrite; les dernières strophes surtout n'ont rien de cette élévation, de cette noblesse de pensées qui convenait à une si grande fête.

Lava quod est sordidum , liiga quod est afidum , Sana quod est saucimn.

Flecte quod est rigidum , Fove quod est fri^dum , Rege quod est devium.

Da tuis fidelibus In te confidentibus Sacrum septenarium.

« 11 faut être bien versé dans le style da l'école pour deviner que ce dernier mot signifie les sept dons du Saint-Esprit. »

Nous pourrions répondre qu'il faut être bien étranger à la langue des mystiques et aux expressions scientifiques au symbolisme, pour ignorer ce que c'est que le septénaire sacré.

Le même auteur critique avec la même amertume et la même injustice la prose du jour de l'Assomption. Nous citons encore:

« Le goût et l'intérêt de l'Eglise demanderaient aussi qu'on réformât la prose de l'Assomption, quoique moins ancienne que celles de Pâques et de la Pentecôte ; elle porte comme elles des marques de notre ancienne barbarie. Qui pourrait approuver des stro* phes telles que celles-ci :

It in suam requiem , Infert cœlo faciem Arca vha Domini.

Christum, cum hue venerat Quo mater susceperat Non est venter purior.

Quœ te, Christe, qcnuit , Owc lactentem atuit^ S une beatam dicimus.

Imo quod crcdiderit Quod sibi viluerit Uinc beatam dicimus.

Ifl»

PROSES

PROSES

0 prœ muiieribus Quin et prœ cœlettibut henedicta filia !

Nous demandons h notre tour qui pourrait blâmer cette poésie si évanj^élique et si simple?

Elle 8*en va vers le s^oar de son repos; elle a loumé son visage vers le ciel , Tarcbe vivante du Seigneur I

Il n'y a point de sein plus pur que le sien : car elle y a reçu maternellement le Christ pendant les jours de son voyage parmi nous.

0 Christ , celle qui t'a fait naître, celle qui t'a nourri de son lait, nous rappelons maintenant bienheureuse.

Oh ! par dessus toutes les femmes , par dessus même tous les esprits célestes , fille de la terre , soyez bénie !....

Il n'y a rien là, il est vrai, qu'on puisse comparer aux odes d'Horace comme dans les hymnes de Santeul ou de Coffin. Reste à savoir si les odes d'Horace sont le modèle le plus parfait qu'on puisse choisir pour faire de la vraie poésie chrétienne.

L'auteur que nous citons et que nous ré- . futons ici a été plus heureux dans l'appréciation qu'il a faite de la prose de l'Annonciation, et c'est avec plaisir, cette fois, que nous le citerons encore : « La prose de l'Annonciation est, parmi les productions de ce genre, une dqs plus belles dont le Missel de Paris se soit enrichi. C'est l'ouvrage d'un esprit également élevé et religieux. L'homme n'a plus à soupirer: exilé de sa patrie céleste, il était errant et malheureux ; il gémissait sous le poids du péché dont Adam avait accablé sa postérité; il invoquait en vain la miséricorae de Dieu, ses soupirs ne montaient point jusqu'au trône de l'Eternel: mais le jour fixer par le Très-Haut pour sa délivrance est enfin arrivé; un messager céleste en apporte la nouvelle ; la plus pure des vierges d'Israël est élue pour l'accomplissement de ce grand dessein. Son sein, son chaste sein, renfermera un Dieu qui, pour sauver les hommes, se fait homme luimême. Les palais éternels s'ouvrent, il en descend pour nous guider dans les voies du salut, et nous rendre à nos heureux destins. Toutes ces idées sont exprimées avec autant de facilité que d'élé^sance :

Bumani generis Cestent iuspiria :

Beat a miseris Affert hic nunlia Die$ mortalibus.

Unitts uelere Cuncti concidimut Lap$os erigere Venit AUisiimuM De cœli sedibut.

Delectœ virgini* Quœ Deum pariât Angelu$ DonÛHi Saluti$ nusUiat Nosirœ mgsterium,

« L'auteur s'interrompt ici , et , rempli d'une sainte allégresse, il s'écrie : « O Vierge • mille fois heureuse, recevez dans votre

« chaste sein le Fils de Dieu, Dieu luin^éme. »

0 bealisnma Prœ muiieribuê!

Virgo castissima Deum tfisceribus Suuipe FUium,

^ « Ses vœux sont accomplis. Du souffle de l'Esprit-Saint nait une chair céleste, exempte de toute tache, et destinée à servir de victime pour le salut de Vhomme, à lui offrir une divine nourriture.

Virtute Sjnritus In sinu Virginis Jnnoeens penitus A labe crtminis Caro compingitur,

Per hane infantibut

Laeleteit teneris *

aie quif mentibus

Parus a superi$

in cœliê editur.

Corpus hoc offeret in sacrificium ; Servos ut liberet Totum in pretium Effundei sanguinem.

« Frappé d'admiration pour un si grand sacrifice, il ajoute : « Je m'égarais loin des « routes de ma patrie; j'étais sans boussole « et sans guide. Le Fils de l'Ëtemel vient « partager mon exil, m'ouvrir la route dont « il est lui-même le terme sacré; je me b$4e « de suivre ce guide divin. »

Errabam devius Exsul a palria Semitœ nescius Ad vera gaudia Per qvam regrediar,

in mea Dominus

Venit exsiiia

Viœque terminus ipse fit et via :

Tutus hac gradiur,

« Cette belle prose est terminée par une invocation pleine de grAce à la mère du Sauveur :

Et tu, pro miseris Supplica nnmtm Quœ te dum asseris Ancillam Domim^ Fis mundi Domina,

« Frappé des beautés de cette brillante production, un poëte français (1), dont le talent égaie la modestie, a essayé de la faire passer en vers dans notre langue. S'il n'est pas toujours égal à son modèle, il a le mérite incontestable d'en approcher souvent.

Il luit enfin, ce jour qui comble nos désirs , Jour heureux, si longtemps Tobjel de nos soupirs ; Un Dieu vient relever son image sublime , Que le premier mortel dégrada par le crime ; Et déjà 1 ange instruit des volontés du Qd

{{) M. Trëcourt, ancien consul du roi dans le Levant. Nous lui devons un recueil digne d'éloges , sous le titre de Poésies sacrées, suivies de réflexions historiques et morales.

oo

PROSES

Celle Vierae, la gloire et rhenneur dlsraël. Reçois-le, Vierge sainte, accueille son hommage ; Du salut des humains il est le premier gage. Le Fils de TEtemel, dans ton auguste sein, Huit Thorame a jamais à son être divin. Ce Dieu, maître absolu de lloute.la nature , Des esprits bienheureux céleste nourriture. Sera bientôt la nôtre, et désormais en lui Les fragiles mortels trouveront leur appui, lnunuable, éternel, aussi saint que le Père , il renonce à la ivoire, il descend sur la terre, Et de riiomme coupable effaçant les forfaits » Il le rend à la vie, et lui donne la paix. Mais quel nouveau prodige ! et quelle est cette hostie Que le Ciel , en courroux , veut qu*on lui sacrifie? C'est ton fils, Vierge sainte, oui , e*eSl ce fils divin , Ce fils que le Très-Haut a formé dans ton sein. Voilà donc la victime et le seul sacrifice Que réclame, ô mon Dieu ! ta sévère justice I Hélas I dans cet exil , errant, abandonné, Et partout, de périls, de maux environné , Je passais dans les pleurs ma malheureuse vie , Privé du doux espoir de revoir ma patrie : Quel mortel aurait pu m^en ouvrir le chemin T Je le cherchais , helas ! et le cherchais en vain.

' Od peut remarquer combien la mesure des grands vers est peu favorable pour rendre le mouvement d'un chant sacré dont la légèreté du rhythme doit aider la marche. Le poêle que nous venons de citer , d^anrès notre auteur, a fait d'une prose une élégie rien qu'en changeant la mesure des vers.

La prose de l'office du Sacré-Cœur «est celle de toutes les proses modernes qui se r(^pproche le plus du génie ancien pour l'expressioi des sentiments de piété. La poésie en est grai ieuse fleurie même peut-être jusqu'à l'excès.

Hic porM mnêccHUa , liic tn/lammaiur chantai , Uic rei$ datur vema »

Ilic sanatur infirmUat»

Uic casta spiratU iHia Qtùbuê nite$cuni virginet; Uic unguntur ad profita Mox corofumdi pugUei,

Les anciennes proses des saints sont des légendes rimées ifui rappellent particulièrement les chants historiques des bardes. Nous en citerons pour exemple la prose remar^ quable de roffice de saint Denis, dont le caractère gothique et firimitif n'a pas encore été altère par d'inhabiles corrections.

Gallorum apostolus Yenerat Luteliam , Quam tenebat subdoluê Uosti$ velut propriam.

Hic construcio Christi Umplo , Yerbo docet et exemplo , Corruscat miraculi$,

Turba crédit, error cedil , F%de$ cretcit ; et ctarescit Nomen tanti prœsulii.

Hit auditis fil iiuanuê Jmperatot inliumanui^ Mimique Sisinnium.

Qui pastoretn ammamm « Fide, vita signis clarum Trahat ad suppiieium,

In/ligunlur teni pœnœ , Flagra^ carcer^ et càtcnœ :

PROSES lise

Itaicta sed eonstantia Tormenia ninett omma,

Recordatu$ emensorum Fortiê alhleta laborwn , Per nova gaudens prœlia^ JElerna quœrit prœmia,

Immolali vir beatus Agni carne saginalus :

É^t prœienti roboraiuê Ad certamen numine.

Quam sermone prœdicavit^ Mille sijjnii guam probavit , Uanc ngnare (estinavit Fuso fidem sanguine.

Prodit martyr conflicturus :

Sub securi stut $ecuru$ :

Ferit lictor ,

Sicque victor Consummatur gladio.

Adminiitri qui tacrarum CoMortes fiunt labornm,

Consecrantur ,

Corotiantur Vno très martyrio,

Tarn prœclara Paaio Repleat nos gaudio.

Amen,

Voici maintenant les traductions de M. le comte de Mareellus, que nous avons promises à nos lecteurs :

Traduction de la prose des morts

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