PROSPER
Ainsi sous chaque signe L*homme-Dieu toul entier nous est toujours présent.
Son amour, secondé fnr sa toute-puissance , Sait, sans rompre, altérer, diviser son essence. Multiplier pour nous le plus grand des bienfaits ; Seul, il remplit un cœur à ses leçons docile,
Seul, il suffit à mille , Et se prodigue à tous sans s*épuiser jamais.
Il se donne au pécheur, il se donne au fidèle. Tous deux mangent ensemble une chair immortelle : Tous les deux cependant n'ont pas le même sort ; Festin bien différent pour le juste et Timpie l
A la source de vie L*un ti ouve le salut, Tautre puise la mort.
Saisis d'un saint respect, n'hésitons pas à croire Qu'un fragment de ce pain qui cache tant de gloire Comme le tout, d'un Dieu contient la majesté. Le prêtre qui le rompt ne rompt que Tapparence :
Le Uicu reste en substance, Le couvre, et le nourrit de sa divinité.
Chrétien , prosterne-toi ; tu vois le pain des anges, Saint et touchant objet de tes justes louanges ! Pour riiomme voyageur mets céleste, heureux don ! Il se change en poison pour l'étranger coupable :
£t ce pain délectable , Le père le reserve aux fils de la maison.
L'univers a de loin salué ce mystère.
L'Agneau pascal, d^à victime salutaire, Isaac sur 1 autel offert et racheté , La manne, des Hébreux céleste nourriture»
N'étaient que la figure :
Les chrétiens ont joui de la réalité.
0 Jésus! bon pasteur ! Jésus, ^Tai pain de vie , Vous qui, dans ce banquet où l'amour nous convie , Enivrez de douceurs les cœurs purs et fervents ! Qu'il charme notre exil, que de ses chastes flammes
11 embrase nos âmes.
Et nous ouvre à la fin la terre des vivants.
Seigneur, vous dont les mains h nos maux attentives Préparent un festin pour vos heureux convives , Qui les rassasiez d'un pain délicieux , On jour, à leurs regards vous montrant sans nuage,
Dounez-lui rhéritage D«»nt jouissent déjà les habitants des cieux.
PROSPER ( saint ) , — poëte chrétien dti V* siècle, consacra son talent aux sujets dogmatiqueSy sujets ingrats pour la poésie dont ils exagèrent les difficultés en lui laissant toujours quelque chose d*aride. Mais Prosper vivait dans un siècle où les questions théologiques passionnaient vivement tous les espnls. Ses écrits furent donc lus avec intérêt , et exercèrent une grande inlluence en faveur des doctrines catholiques soute* nues par saint Augustin dans la question si difficile et si obscure de la grâce. C*est à la demande de saint Prosper que saint Augustin écrivit ses deux livres de la Prédestina^ iion des saints et du Don de persévérance , dans l'intention de poursuivre et de détruire entièrement les restes de Thérésia de Pelage. On sait que d'autres hérétiques ont .abusé en sens contraire des doctrines de saint Prosper et des livres de saint Augustin, tant il est difficile au génie de Thorame, lorsqu'il veut marcher sans guides, de suivre la ligne droite de la vérité.
Le poëine de saint Prosper contre les Inarats (et l'on sait que par ingrats il entend les ennemis de la grâce ) , ce fioëme a été imité sans succès par Louis Racine, qui s'é*
tait malheureusement entêté des tristes idées de Port-Royal. Voici d ailleurs le jugement que porte de saint Prosper l'auteur quelque peu janséniste d'un Dictionnaire des écrivains ecclésiastiques imprimé en 1787 :
« Saint Prosper fut un illustre défenseur de la grâce, dans le V siècle. Quoiqu'il ne fût enj^agé dans aucun degré du ministère ecclésiastique, il rendit à TEglise les plus importants services. La médit/«tion des livres saints et la lecture des écrits*des saints Pères qui l'avaient précédé, faisaient ses délices. Il étudia surtout les livres de saint Augustin, et se les rendit tellement propres, que ce grand docteur n'eut point de disciple plus habile ni plus fidèle que saint Prosper.
« 11 était né au commencement du v* siècle, et vivait encore en 463 ; mais on ignore -en quelle année il mourut. Les écrits qui nous restent de saint Prosper sont , 1* une lettre à saint Augustin; 2" une à Rufin; 3* un poëme contre les Ingrats ; 4* deux épigrammes contre un censeur jaloux de la eloire de saint Augustin; 5* I épilaphe des nérésies de Nestorius et de Pelage ; 6^ cent seize autres épigramroes avec une préface; T la réponse aux objections de Vincent ; 8" la réponse à ceux de Gennes ; 9" le livre du libre Arbitre et de la Grâce contre le Collateur, c'ost-h-dirc Cassien : 10" le Commentaire sur les psaumes: 11° le recueil de 392 sentences tirées des ouvrages de saint Augustin; 12" la Chronique , divisée en deux parties, dont la
Eremière finit en 398 , et la seconde en 455. U\ a attribué à saint Prosper plusieurs écrits qui ne sont pas de lui. Cet illustre défenseur de la erâce a réuni le rare talent d'écrire avec élégance en vers et en prose. Ses poésies ont de la douceur, de l'onction et du feu ; la diction en est pure et le tour aisé. S*il n'y a point répandu certains agréments, comme les poëtes profanes , c'est qu'il ne cherchait qu'à défendre la vérité et à édifier, et non à plaire par des saillies d'imagi*nation ; sa matière , d'ailleurs , ne le permettait pas. Mais , quelque épineuse qu elle Earaisse, il a su attirer son lecteur par la eauté de ses vers , par la force de ses expressions, par Télévation et la noblesse de ses pensées. Ses ouvrages en prose sont d'an style concis, nerveux, naturel, .sans affectation ni de termes ni de figures. Dans l'un et l'autre genre d'écrire, il traite son sugetavec beaucoup de force et de netteté , songeant moins à orner son discours qu'à le rendre utile. Son éloquence est mâle ; elle a pour fondement des raisonnements très-forts et bien suivis, des expressions nobles, une érudition profonde dans les lettres divines et humaines, un excellent jugement et une pénétration d'esprit à laquelle rien n'échappe. Nous avons une traduction française, en vers et en prose, du poëme de saint Prosperfaitc par le célèbre M. de Sacy. 11 est intitulé : Contre les ingrats. Le but de saint Prosper, en coniiiosant cet ouvrage, était uniquement de répandre dans le cœur des fidèles une sainte ardeur pour la vérité , et d'empêcher qu'ils ne fussent séduits par les ennemis de