‹ Dictionnaire de littérature chrétienneChapitre 181 sur 194 · PRUDENCE · texte numérisé non relu

PRUDENCE

PRUDENCfc

in»

la grftce. Ce poëme est, ïi propreraenl parler, l'abrégé de tons les écrits de saint Augustin sur la grAce. Il est divisé en quatre parties, qui sont précédées d'une petite préface. Jl contient mille vers tous hexamètres , outre Teiorde , qui est comme une seconde préface. Les ouvrages de saint Prosper ont été imprimés à Paris, 1711 in-fol. , par les soins de M. Maujeant, prêtre, et dans le Patrologîœ Cursus complétas (tom. LI) publié par M. Tabbé Migne. Les critiques conviennent que les trois livres de la vie contemplative, qu' on a attribués à saint Prosper« sont de Julien Pomëre. Ils soutiennent aussi que les deux livres de la Vocation des gentiU , que quelques-uns lui ont attribués, sont de Prosper, Africain, qui, fuyant la persécution des Vandales, vint en Italie.

PRUDENCE. — Aurelius Clemens Prudent tiuSf poëte chrétien, florissait dans le iv siècle, sous l'empire de Théodose. Après avoir été successivement avocat , juge, homme de guerre et courtisan , il se lassa du monde, qu'il avait trop connu , et consacra tous ses loisirs aux belles-lettres. Quelques historiens en font, à tort , un personnage consulaire ; mais il est certain qu'il avait exercé «les emplois considérables, lï mit en vers l'abrégé de l'Ancien et duNouveauTestament, h la suite d*un grand poëme de la Création , qui n'est point parvenu iusqu'à nous. Cette œuvre capitale de Prudence a été répétée et renouvelée sur un nouveau plan, à I époque do la Renaissance, par le sieur Guillaume de Sallustc, seigneur du Bartas, qui a intitulé son poëme de la Création : La pre-^ mière Semaine^ et son abrégé de l'Ancien Testament : £a seconde Semaine, ouvrages qui eureot le plus grand succès dans leur temps. Prudence a aussi composé un poème du Combat dâ Vesprit. Ce pouvait être le sujet d'une grande et magnifique épopée , trop belle peut-être et d'un sentiment trop élevé pour être facilement comprise du plus grand nombre. Les triomphes des martyrs étaient alors tout récents , et la Thébaïde commençait à se peupler de solitaires ; mais on chante toujours imparfaitement un combat qui dure encore , et Prudence n'a pu saisir qu'imparfaitement le vaste ensemble de son sujet. Ses hymnes pour tous les jours sont quelquefois plus heureuses, et toute l'Eglise admire encore sa belle hymne des saints Innocents:5a/velf,/Iore5mar^yrum.(Foj/. Hymnes.) Les Couronnes des martyrs contiennent la légende de plusieurs saints, entre lesquelles i'iiistoire au martyre de saint Laurent nous a paru particulièrement remarquable. Nous avons regretté seulement d'y trouver parfois le toi déclamatoire des poètes de la décadence, et nous préférons de beaucoup, à ce style ampoulé de la latinité corrompue, la naïveté gothique des légendaires du moyen A^e. Le traité de la Divinité contre les hérétiques, et celui de VOrigine des péchés se ressentent de ce goût des disputes Ihéologiqucs 3uf signala les progrès rapides de la décaence sous le règne des successeurs de Théodose Quoi qu'il en soit, Prudence n'était

DlCTlD«?l. DE LtTTÉnATLBB CHRÉT»

pas un homme sans talents, et malgré le mauvais goût de l'énoque où il écrivait, il a trouvé plus d'une ibis des inspirations qui révèlent chez lui un goût en quelque sorte instinctif des véritables beautés littéraires. Son œuvre poétique avait un plan qui dénote du génie chez son auteur. C'était une conception encyclopédique, à laquelle devaient so rattacher non-seulement Coules les notions religieuses , mais eicore toutes les connaissances humaines de son temps* Dieu et ses œuvres , la sainte Bible et les annales du christianisme naissait, la théologie et la philosophie étudiées dans les faits , soit divins, soit humains, les plus remarq:uable5 , tel était le plan de. Prudence. Mais pour remplir ce cadre il lui restait trop à faire. Le christianisme n'avait pas encore sa littérature formée , et la poésie surtout , trop pleine encore des souvenirs impuissants du paganisme , manquait à cette époque de caractère et de chaleur.

En lisant le poëme de la Création du monde, de du Bartas, qui est comme une épopée des sciences naturelles au xvi* siècle, on

eut juger de ce que pouvait être celui de

rudence, qui écrivait douze siècles auparavant. Il est vrai que, dans l'histrjire de la science , ces douze siècles peuvent à peine compter pour douze jours ; mais ce que le monde avait manqué ou négligé d'acquérir en savoir , il y avait suppléé par beaucoup de cette véritable poésie qui vient de la foi et des espérances éternelles ; puis était venu le siècle de la prétondue réforme : los idées païennes avaient eu leur renaissance , et le crépuscule du soir avait reproduit les dou* teuses lueurs dé celui du matin.

Nous avons diverses éditions des ouvrages de Prudence, entre autres celle de 1607, à Amsterdam, avec des notes de Nicolas Heinsius, celle de 1687 , à Paris , à l'usage du Dauphin, par les soins du P. Chamillard, jésuite, et celle publiée par M. l'abbé Mtgne dans le tome LIX du Patrologiœ Cursus rom-

filetus^ qui peuvent passer pour les plus bêles. L^ dernière surtout est précédée de magnifiques prolégomènes sur la vie et les ouvrages de Prudence.

PRUDENCE (Le jECïfE). —Prudence le Jeune, autrement appelé Galindon, était un savant espagnol du ix* siècle, gui, s'élant retiré en France pour se soustraire à la tyrannie des Maures, fut élevé sur le siège de Troyes à cause de sa science et de soi mérite. On le consultait de toutes parts au commencement de son épiscopat, et il passait f^our une des lumières de l'Ëglise gallicane. 1 contribua puissamment à conserver et à transmettre en France le goût de rScrituro sainte et des Pères, dont 11 faisait sa lecture et sa méditation habituelles. Il 6'oppo«a avec énergie aux subtilités de Jean Scot, et contribua h conserver intactes, au milieu des orages de la scolastique, les dogmes im-

I)osnnts et les formes anciennes de la Ihéoogie positive. Il avait recueilli les maiimes des principaux Pères sur-^la çrflce, et, joignant les qualités d'un histonen consoieii-'

PSAUMES

PSAUMES

nu

deux à celles d*un docteur éclairé, il composa une Chronique des cinq premiers sièi;les de la monarchie française, qui a été retrouvée dans Tabbaje de Saint-Bertin, et qui, à cause de cela, est connue, dans la littérature historique, sous le titre d*i4fifui^ les d$ Saint-Bertin. Une lettre d*IIincmar nous apprend que saint Prudence de Troyes était Tauteur de cet ouvrage.

Saint Prudence n'avait pas moins de zèle peur la discipline que pour la doctrine. Il eût voulu voir autant de chrétiens parfaits qu*il voyait d*hommes; et tous les abus qu*jl pouvait réformer étaient pour lui une occasion d'exercer son zèle, il en donna des preuves toutes particulières dans la commis-* sion que Charles le Chauve lui donna de réformer, avec saint Loup, abbé de Ferrières, tous les monastères de France. Cette réforme, en rappelant les moines à des habitudes de travail et d'étude, contribua beaucoup à la conservation des lumières intellectuelles qui dans ces époques n'eurent, comme on sait, que les monastères pour refuges. Le nom de saint Prudence doit donc 6tre cher aux amis de la civilisation et de la littérature chrétienne, non moins qu'aux défenseurs des saines doctrines de l'orthodoxie catholique.

Cet homme vénérable mourut le 6 avril 861. Ses œuvres théologiques, imprimées à Paris en 1650, dans le recueil des auteurs du XI' siècle qui ont écrit sur les questions controversées de la prédestination et de la grâce, seront prochainement reproduites (185lT dans le Patrologiœ Cursus completus de M. l'abbé Migne.

PSAUMES. — « Les psaumes, dit saint Ambroisc, sont le langage de tous les fidèles; c'est la voix de'l'E^lise, c'est la profession de foi la plus distincte, c'est le cri de joie et d'allégresse des enfants do Dieu. Ils chassent la colère, ils nous délivrent de nos inquiétudes, ils dissipent nos chagrins, ils nous défendent, la nuit, contre l'ennemi de notre salut ; ils nous enseignent pondant le jour la loi du Seigneur; ils sont pour nous un bouclier impénétrable quand nous sommes dans la crainte, et un cantique de joie quand nous sommes dans la paix. Dès le commencement du jour on chante des psaumes, on en chante de n^ème quand le jour iinit. L'Apôtre ordonne aux femmes de se taire dans l'église, mais elles peuvent rompre le silence pour chanter un psaume. Les Esaumes conviennent à tout âge, à tout sexe, es vieillards quittent, pour les chanter, cet nir grave et sérieux qui accompagne la vieillesse ; ceux qui sont dans l'âge le plus tendre les chantent sans appréhender que leur chant les porte à la mollesse; on les chante dans un âge plus avancé sans ressentir les atteintes de la volupté. Les jeunes filles ne courent aucun risque pour leur pudeur, quand, d'un<) voix tendre et délicate, elles chantent ces saints cantiques ; et, quoique les enfants aient ordinairement de la répugnance à apprendre, ils apprennent néanluoins un osaume avec plaisir. L'incarnation

de JésuS'Christ, sa naissance, sa passion, sa résurrection , son ascension sont prédites dans les psaumes. On y apprend à éviter le

Eéché, à ne pas rou^^ir de la pénitence, .'exemple d*un si grand roi et d'un si grand prophète me retient et m'empêche de tomber ; si j ai eu le malheur de pécher, il m*anime à le confesser et à me relever de mes chutes.» Nous ne pouvions mieux commencer notre étude littéraire sur les psaumes que par ce l>eau passage du plus docte et du plus élo* quent des Pères de l'Eglise latine. Les psaumes, en effet, sont la grande poésie lyrique de l'Esiise, et rien de plus beau n*a jamais paru dans le monde. On trouve dans le livre des psaumes des modèles pour tous les genres lyriques, des hymnes d'abord, puis de grandes. odes d'enthousiasme, des odes historiques, des odes morales et dogmatiques, des élégies nationales, des épitbalames, des chants de triomphe et de deuil , des actions de grâces et des prières. Le livre des psaumes est donc le véritable manuel des littérateurs, et surtout des poètes chrétiens: c'est là qu'ils doivent chercher toujours des inspirations et des modèles.

Les psaumes sont un dialogue sublime entre Dieu et l'humanité. C'est la grande physiologie de l'âme, et rien n'en prouve <f une manière plus évidente l'immortalité et les destinées divines. C'est une théologie mystiqixQ et une philosophie poétique auxquelles rien ne ressemble dans aucune littérature. On appelle le Sauveur du monde Gis de David, et il l'était selon la nature ; mais on peut dire en vérité que David a été le père du Messie selon la grâce; car tontes les tendres inspirations de TEvangile se font pressentir dans les hymnes du roi-propnète.

Quel amour des petits et des faibles dans ce prince si longtemps fugitif et persécuté! Quelle mélancolie pénitente et quel sentiment exquis de la divine miséricorde dans le cœur de cet homme si passionné, si coupable, mais si soumis à la main qui le chAtic ! On a pu dire de David aussi, comme de la Madeleine : Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'il a beaucoup aimé; et aussi, parce qu'il lui a été pardonné beaucoup, il aime encore davantage! Si David n'avait iamais péché, sa gloire serait trop granae, mais sa vie serait moins instructive et moins touchante. Quelle légende évangélique, en effet, que l'histoire du roi David I Jusqu'au péché exclusivement on la prendrait pour une parabole qui représente le Sauveur du inonde. Cet enfant délicat qui frappe le géant blasphémateur et le tue avec ses propres armes, ce libérateur salué par les entants et par les femmes, symbole des âmes simples et tendres, rend jaloux le roi du vieux monde, l'Hérode de ce temps-là, le réprouvé Saiil, que David régénère et soulage pourtant dans ses fureurs par Thannonie de sa harpe et de ses cantiques. Si Saiil eût voulu a iopter David comme il le lui avait promis, David eût protégé los d 'rnièrcs années du vieux roi, et le salut d'Israël se fût accompli sans secousses et sans effort. Mais Tur-

t>SAUIIES

PSAUMES

nos

gueil humain ne transige pas avec la grâce divine. Saiil veut tuer David, et le royaume légitime s'en va errer dans le désert. Quelles analogies avec Thistoire du Sauveur d'abord, fuyant en Egypte, puis du christianisme persécuté à son tour au berceau et Fusant dans les solitudes I David est pour* suivi comme un chef de bandits, et il épargne deui fois la vie de son persécuteur. Je* sus*Christ se cache, on le surprend par trahison, on le condamne à mourir en^re deux voleurs, et sur la croit il s'écrie : MonPêre^ pardonnez'leur^ car ils ne savent ce guHls fbn/. David, dans son exil, se nourrit des pains sacrés du temple ; Jésus mange avec ses disciples des épis le jour du sabbat, et

{>roclame au nom de David que la loi est àite pour l'homme plutôt qiie l'homme pour la loi, tant sa divinité se fait humaine pour rendre l'humanité divine I David est toute une synthèse religieuse, et il allie dans son caractère les traditions du judaïsme à des pressentiments chrétiens. li s'irrite comme Jébova, mais il pardonne comme Jésus. Absatoml mon fils Absalom ! puissi-je mourir pour te rendre la vie ! A ce cri, dont le vieux judaïsme se scandalise, on reconnaît l'inspiration plus que paternelle du Rédempteur. Une mère aurait-elle plus de miséricorde et de tendresse? David a recouvré son trône, mais il a perdu son fils, son fils le rebelle et le parricide, son fils le violateur sacrilège du lit nuptial de son père, son fils l'incestueux vengeur d'un inceste, son fils le meurtrier de ses frères 1 Mais plus Absalom est coupable, glus amèrement David le pleure : car plus il était méchant, plus il avait besoio de miséricorde et d'amour! ilb^afom, mon plsy 6 monfiU Absalom t

Le génie évangélique de David éclate tout entier dans les psaumes : aussi l'Ëglise place-t-elle dans la bouche de Jésus-Christ les plus belles paroles du psalmiste; le génie du christianisme respire dans ces hymnes sublimes, dans ces prières si tendres, dans ces entretiens si intimes de l'Ame avec Dieu. De plus, on y retrouve toute l'histoire de la religion, et la Bible tout entière s'y résume depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse. Commençons par le psaume cm, qui est l'hymne de la création ; ajoulons-Ie aux deux premiers chapitres de la Genèse, et nous verrons s'il n en est pas le complément nécessaire. Ce psaume commence par un cri d'admiration et d'enthousiasme : a Mon Ame, bénis le Seigneur. Seigneur mon Dieu, vous avez révélé votre grandeur avec une iniinie puissance ! vous vous êtes revêtu de gloire et de beauté, vous vous couvrez de la lumière comme d'un vêlement.

« Vous étendez le ciel comme une tente, vous .ui donnez pour toit les eaux supérieures ; vous abaissez la nuée pour monter sur elle, vous marchez sur les ailes des vents.»

Voilà le Créateur qui se met en marche et qui va commencer son œuvre : il a jeté, la lumière comme un voile blanc sur ses épaules; il monte et descend sur une échelle de nuages, et le souffle qui plane sur les eaux

prête sa rapidité aux pas immenses de celui qui mesure l'étendue. II passe, et lesttimpêtes l'écoutent ; les tonnerres sont ses messagers. Qui facis angelos tuos spirituSj et ministros tuos ignem urentem.

La création commence : la terre s'est as- S'se sur son immobilité, et le torrent des siècles ne l'ébranlera môme pas. La mer profonde l'enveloppe comme un manteau, les flots couvrent la ctme des montagnes : Dieu parle, et la mer s^enfuit, les vagues ont peur du tonnerre de sa voix, les montagnes surgissent et les vallées s'abaissent à leur place prédestinée.

David colore vigoureusement la grande esquisse de Moïse, et décrit en poëte ce que le patriarche du Sinaï annonçait en révélateur. La mer mugit enchaînée dans ses limites, les sources s'infiltrent à travers les rochers, et vont sourdre dans les va! Ions pleins de fraîcheur et dç verdure; mille formes d'animaux gracieuses et élran^es, tout un peuple bigarré d'oiseaux animent la terre et le ciel, et renvoient de rochers en rochers la voix répétée de leurs cris et do leurs chansons ; l'homme enfin apparaît dans cette solitude, et y vient comme un maître. La terre obéit à son travail et lui donne le pain de la force, le vin de la joie et Thuile de la réjouissance. Le Liban fait chanter ses grands cèdres, dont les branches sont des cités pour les passereaux ; le cerf bondit à travers les sinuosités de la montasne, le hé-' risson se cache dins les trous de la pierre, l'univers entier reconnaît son maître. Dieu, assigne à la lune ses iours et ses heures, et montre au soleil la place où il doit se cou« cher à Thorizon. Il met les ténèbres dans le ciel, et la nuit est faite ; les brigands des forêts passent dans l'ombre, les lions avec leurs lionceaux rugissent leur prière et demandent leur pâture. Le jour qui renaît les chasse dans leur tanière, l'homme reparaît et continue ses conquêtes par le travail depuis le matin jusqu'au soir. « Oh I que vos œuvres sont grandes. Seigneur! s'écrie le prophète exalté par le tableau qu'il vient de

{ceindre. Vous avez tout fait avec sagesse, et a terre est comme un domaine que vous remplissez de votre pouvoir! Que la mer est grande lorsqu'elle déploie ses bras immenses, le sein ptuplé d'innombrables poissons et sillonna par les vaisseaux I Là se multiplie et s'agite toute une création nouvelle : c'est l'empire du dragon qui joue avec l'orgueil des vagues. Tous les êtres attendent de vous leur nourriture et la reçoivent à l'heure de leur besoin ; vous ouvrez la main, et ils sont comblés de bienfaits. Si vous détournez vos regards, tout se confondra, la vie manquera tout à coup, et les êtres vivants retombe; ont dans leur poussière ! Mais laissez échapper un soutUe, et voilà tou^e une création nouvelle, la face de la terre est changée I

« Que la gloire du Seigneur soit éternelle, et qu'il triomphe dans ses œuvres! Il regarde la terre, et elle tremble ; il touche lis montagnes et elles fument 1

lfC7

PSACMES

PSAUMES

lies

« Ma rie entière sera un cantique aij Sci-

ipeur ; tout mon être scr.i un hymne à sa ouaoge. Puisse ma parole lui plaire I car il est toutes mes délices... Que les pécheurs disparaissent de la terre et qu*ils ne soient plus 1.. Mon Ame, bénis le Seigneur I »

L'enthousiasme est ici à son comble : ce ne sont plus des phrases poétiques, ce sont des cris d*adoration , d admiration et de prière. Quelle poésie a jamais approché de celle-là? Les puissances du ciel ont-elles pu, le jour où la création fut achevée, trouver un cantique plus sublime? Ne voit-on pas le temps eclore au sein de Téternité, dont le cercle commence et se ferme, dans la pensée du prophète, par une bénédiction répétée par un Amen toujours nouveau et tou- I'ours le même, par un Alpha et un Otnégade ouanee et d'amour I N'avons-nous pas tra^ yersé les fratches vallées d'Eden? N'avonsnous pas assisté à la première aurore et entendu les innombrables concerts des solitudes du monde? Venez donc maintenant nous parler de Pindare et des coursiers d'Hiéron, de Jupiter et de son aigle qui s'endorment au son de la Ivre ! Taisez-vous : écoutez les oiseaux qui chantent, les cèdres qui murmurent comme les grandes eaux, la voix du premier homme qui prie. Mais quoi I déjà les chants jo veux ont cessé... Pourquoi ces larmes, et quel est douccelui qui pleure ?

« Ayez pitié de moi, mon Dieu I selon votre immense miséricorde, et selon la grandeurdevotre clémence etfacez mon iniquité.

« Du profond de l'abîme j'ai crié vers vous. Seigneur; Seigneur, entendez ma voix.

« Seigneur, ne me châtiez pas dans votre fureur, et ne me punissez pas dans votre colère.

« Je suis devenu malheureux, et je m'incline vers la mort... Mon cœur est troublé, ma force m'a abandonné, la lumière a délaissé mes yeux. Je suis comme une victime préparée aux coups de votre colère, et la douleur assiste à chaque instant de mes jours. »

Est-ce David ou l'humanité tout entière qui se lamente ? Est-ce le péché du roi dlsraël ou le péciié d'Adam qui coûte tant de pleurs et de soupirs ?

La race d'Adam est eiiléc, et la postérité de Caïn opprime les enfants d*AbeI. « Pourquoi te glorifier dans ta malice, toi qui es puissant en iniquité ? Enfants de Nemrod, race des géants, vous vous partagez la terre... Insensés ! Dieu dans le ciel vient de couronner roi éternel celui qui doit sauver le monde I

« Le Seigneur a dit à mon Mattre : Assiedstoi à ma oroite et attends ; car je donnerai pour escabeau à tes pieds les superbes qui te font la guerre.

« Jo t'ai enfanté avant l'aurore du premier jour : tu es l'aîné de Lucifer, et il n'usurpera pas ton empire.

« Pourquoi les nations ont-elles frémi, et' les peuples ont-ils médité de vains complots ? Dieu regarde du haut du ciel ; il voit tous Ivs enfants des hommes ; le monarque ne se

sauvera point par sa puissance, ni le géaul par la grandeur de sa force... Vos chevaux ne serviront pas pour la fuite. Dieu tient les eaux de la mer renfermées comme dans une outre, et cache l'abîme dans les trésors de sa colère. Le déluge gronde déjà dans les profondeurs du ciel et de la terre. »

Enfin il éclate, et le psaume xvii nous en retrace l'effrayant tableau (v. 8-i7).

La terre s'est agitée et tremble : les fondements des montagnes ont tressailli et se remuent ; les vapeurs montent comme d s colonnes de fumée devant le visage de Dieu, qui étincelle de foudres et d'éclairs ; la détonation des volcans annonce le cataclysme universel ; une pluie de feu se mêle aux pierres calcinées et à la grèle. Le vengeur abaisse le ciel et descend, il presse sous ses pieds une nuit pleine de tempêtes, il s'environne des masses d'eau qui flottent dans l'air, et s'en fait une retraite d'oil il lance les flèches de son tonnerre. La terre montre à nu ses abîmes et les sources de ses fleuves d'où l'eau se précipite comme le san d'une artère blessée. La colère de Dieu agite en tout sens cette mer, et cependant il se penche encore pour chercher le dernier des justes ; H lui tend la main et le porte suspendu sur l'effrayant abîme des eaux I

Mais le déluge est passé ; les princes de la terre se rassemblent : Astiterunl reges terrw, et principes cunvenerunt in unum adversus Dominum et adversus Christum ejus, La tour de Babel s'élève... Dieu sourit et se moquo d'eux : Qui habitat in cœlis irridebit eos^ et Dominus subsannabit eos.

« C'est moi, dit le Verbe éternel, que Dieu a fait roi sur la montagne sainte pour annoncer aux peuples sa volonté.

« Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui au grand jour de l'éternité. Demande-moi la terre, et jo t'en donnerai toutes les nations pour héritage. » {Psal, II.)

A cette voix les Titans se dispersent, et la confusion de leurs langages n arrive môma pas jusqu'à nos oreilles ; mais voici Abraham qui prie et fait entendre sur cette terre maudite une parole aimée du Seigneur.

( PsaL XXII. ) « C'est le Seigneur qui me conduit, et rien ne pourra me manquer.

<( Il m'a établi au milieu des pâturages, il m*a conduit aux sources qui désaltèrent, il a tourné mon âme vers lui seul...

* « Quand je marcherais au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun maU ô mon Dieu! parce que vous êtes avec moil »

Bientôt David fait entendre les plaintes de Joseph trahi par ses frères, et disraël dans la servitude; ce n'est plus un homme, c'est un ver do terre qu'on foule aux pieds, l'opprobre des hommes et l'abjection de la populace. « Que Dieu se lève donc, et que ses ennemis soient dissipés ; que ceux qui le haïssent disparaissent devant sa face ( P$at.

Page 1