LXVII
0 Qu'ils s'évanouissent comme la fumée, qu*il$ fondei;t comme la cire devant un bra*
PSAUMES
PSAUMES
sYcr, et que les justes se r(^uDisscnt devant Dieu dans un saint banquet; qu*ils goûtent les délices de la joie.
« Chantez des cantiques à Dieu I Dites un psaume à son nom... Il délivre les captifs dans sa force, il marche devant son peuple, il traverse le désert, et le ciel fût pleuvoir la manne devant le Dieu du Sinai...»
Ici le roi-prophète s*élève à la sublimé inspiration de Moïse. Ici il faut placer ce beau psaume que nous sommes trop habitués à chanter pour ne pas être un peu blasés sur ses inagniâcences : In exitu Israël de Egypto,
« Voilà Israël qui échappe à ses maîtres barbares, voilà la famille de Jacob qui sort de la terre de servitude; la mer le voit et s*enfuit, le Jourdain retourne en arrière, les montagnes ont tressailli et lui font passage en bondissant.... Ce n'est pas à nous» Sei* gneur, ce n'est pas à nous qu'il faut donner l.i gloire... afin que les nations ne puissent jamais dire : Où aonc est leur Dieu 7 — Notre Dieu I il est dans le ciel et tout ce qu'il veut il le fait. »
Les psaumes ciy, cv et cvi, rappellent et retracent à grands traits les miracles du désert; enfin la terre de Chanaan est conquise. Dieu s'assied en maître au milieu du conseil des dieux, et il juge les maîtres du monde^
ff Israël est sorti vainqueur des pièges des nations : Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium (PsaL cxxiii, 7. )
« La montagne de Sion est reine au milieu des montagnes, et le juste sera inébranlable comme elle {PsaL c\xit).
« Heureux ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans ses voies {Psal, cwyu). Vous mangerez le fruit de votre travail, et vous serez heureux. Votre épouse sera comme une vigne féconde aux côtés de votre demeure. Vos fils seront comme de jeunes plants d'olivier et fleuriront autour de votre table..
« Oh I qu'il est bon et délicieux aux frères d'habit^ ensemble ! (PsaL cxxxii.)
« La paix descend des grands aux petits, comme l'huile sainte, versée sur la tète d'Aaroii, baigne sa barbe majestueuse et se reprend jusqu'aux franges de son vêtement.
Ainsi la rosée d'Hermon descend sur la montagne de Sion. »
Les psaumes sont remplis des contrastes entre la vie des bons et celle des méchants. JDavid exalte le génie d'Israël, et rabaisse la gloire des nations étrangères : c'est un patriotisme ardent, mais plus élevé dans ses motifs que le patriotisme vulgaire. La cité sainte, aux jeux du roi-pronhète, n'est pas seulement Jérusalem, c'est l'Eglise, dont il entrevoit d'avance la sainteté et les splendeurs. Ses soupirs et ses prières traduisent et expriment admirablement la soif ardente de Inumanité pour les sources du salut. m Comme le ceri^ désire les fontaines, ainsi tnan âme vous désire, ô mon Dieu I Mon Auie a eu soif du Dieu fort, du Dieu vivant :
oh ! quand viendrai-je et paraitrai-je devant la face du Seigneur?
« Mon Ame est devant vous comme une terre sans eau ; ma pensée est pleine de trouble, mais vous» Seigneur , jusques à quand ?... »
Il voit dans l'avenir ce Sauveur qui doit être son fils, et il chante ses Gai^çailles avec la céleste épouse ; il le voit beau entre tous les enfants des hommes ( Psal, xliv ), conduisant la race humaine hors des ténèbres et de l'ombre de la mort, rassasiant ceux qui ont faim, désaltérant ceux qui ont soif {Psal. cvi ) ; il change les sacriGces de sang en sacrifices de louantes ; il visite dans sa miséricorde ceux qui étaient dans la mendicité et dans les fers. Sa Parole guérit toutes les maladies (/6td., v. 20]; il rassemble toutes les familles dans le môme bercail (v. 41) ; il apaise la mer irritée ; le soufDe de la tempête était accouru, les flots montaient, enlevant la barque jusqu'au ciel, puis se creusaient en la replonseant dans les abîmes. Us chancelaient dans leur trouble comme des hommes ivres, la crainte avait dévoré leur raison. Ils crient vers le Seigneur... la tourmente expire dans un souffle léger, et les vagues ont fait silence. El statuit ffrocellam ejus inauram: et situerunt fluctus eités llbid. V. 29. )
Il aime les enfants : car David les invite à le bénir : LaudalSj pueriy Dominum, II relève de terre le pauvre, et vient trouver sur leur fumier les nommes que Dieu éprouve comme Job ; il les prend car la main et les £ait asseoir parmi les princes de son peuple (JPsal. cxii, V. 8 ) ; il proclame heureux celui qui donne et qui prête, celui qui met son espérance dans le Seigneur, et distribue ses biens aux pauvres (PsaL cxi, v. 5 et 9).
David, après avoir peint de si frappantes couleurs le caractère du Messie, raconte tout ee qu'il aura de cruel à souffrir de la part des faux frères et des juges hypocrites ; il se plaint surtout avec amertume de la trahison de Judas. ff Si un ennemi m'avait traité ainsi^ dit-il, je l'aurais supporté ; maisloi, l'homme de mon Ame; toi, mon compagnon de voyage et mon ami 1 Nous avons prié ensemble dans la maison du Seigneur» et nous avons mangé ensemble 1 n {PsaL uv].
Il est devenu la fable du peuple : De me loquebanlur yut sedebant in porto, et m me psallebant qui bibebant vinum.
ff Tous ceux qui m'ont vu ont ri de mon atgection ; ils ont murmuré des lèvres, et ils ont branlé la tète {Psal. xxi).
« Il a espéré dans le Seigneur» que le Seigneur maintenant le sauve T
c £t ils étaient autour de moi comme des taureaux furieux^ Ma vie a été répandue conune l'eau ; mes os ont été disloqués : mon cœur a défailli dans mes entrailles comme la cire qui se fond.
« Mes ennemis m'entouraient comme des chiens altérés de sang„et le conseil des méchants ayait assiégé mon innocence.
0 lis ont troué mes mains et mes pieds, et ils ont compté mes os ; puis ils me regac*^
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daient et me contemplaient dans mes angoislies. ITs se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort [Ibid.^ v. 19 ). »
Le Seigneur pousse un grand cri et il expire. Dne grande voix annonce denouvelles destinées au monde. « Voix du Seigneur sur les eaux; le Dieu de majesté a tonné sur les abtmes. Voix du Seigueur dans sa force ; voix duSeigneur dans sa magnificence ; voix du Seigneur qui brise le tronc des cèdres et qui fait trembler le Liban (PsaL xxviii).
« Princes de l'enfer, ouvrez vos portes ; portes éternelles, ouvrez-vous I le roi de gloire veut entrer ( Psal. xxm ). » L*enfer est vaincu, le Sauveur remonte dans sa gloire entraînant la captivité ca[)tive; il apparaît victorieux au-dessus des rois qui se flisent les dieux du monde. Il va juger h son tour ceux qui Tout jugé. « Pourquoi, dit-il aux grands du siècle, faites-vous des jugements inique^, et altérez-vous la justice devant la face des pécheurs ? Faites justice au pauvre et à l'orptielin ; justifiez l'indigent et le faible, sauvez le malheureux et arrachez celui qui a faim de la main des pécheurs I...
« Mais ils n'entendent rien, ils ne com-
Ï)rennent rien, ils marchent au hasard dans a nuit... Eh bioni toutes les bases de la terre seront ébranlées ! » — Prédiction terrible et qui se réalise sous nos yeux.
Le prophète continue, et c'est le Verbe de Dieu lui-même qui parle : « J'ai dit : Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut, et vous mourrez comme des hommes, et vous tomberez à votre tour comme chacun d'eutre les rois 1 6 Dieu ! lève-toi et juge la terre, car tu hériteras de toutes les nations qui vont mourir ! »
Ainsi le roi-prophète embrasse d'un coup d'ceil toute l'histoire du monde, et promène son regard d p.n rivage à l'autre du temps sur l'immensité éternelle ; il va des splendeurs de la Genèse aux ténèbres de l'Apocalypse en passant par les mystères de 1 Evangile. 11 voit les nations briller et s'éteindre, elles tombent tour à tourauxpieds de celui qu'elles ont condamné et qui reste toujours vivant. Il assiste à ces révolutions terribles ![ui font tomber les couronnes comme des ruits mûrs que le vent secoue ; et le Christ, le seul roi éternel, se prépare à recueillir l'héritage de tous les rois. Quel tendre amour pour les pauvres ei les fsiblesl et dans quels livres de la loi ancienne David avait-il trouvé des modèles de cette ten-
esprit une épomie où la richesse sera mise à la
J)|ace de la justice et tiendra lieu de toutes es vertus. Alors on ne voudra plus rien comprendre, et les plus forts feront la loi suivant leur égoïsme; alors il faudra se voiler la tète et s'attendre à un bouleversement universel... Ecoutez la clameur qui se fait entendre : « Dieu règne enfin ! il triomj)he ; que la terre et que les îles soient dans la joie {Psat. xcvi). Les nuées et l'ombre IViivironuent, la justice et le jugement sou-
tiennent son trône. Le feu marche devant lui et trace dans les rangs de ses enDemii un cercle d'extermination.
«Les foudres ont éclairé le monde, la terre les a vues et elle s'agite pour s'pnftiir. Les montagnes fondent jomme la cire devant la face du Seigneur. Toute la terre va s'évanouir devant lui (/6td., v. 5). »
Ainsi le tableau du aernier jugement peut terminer la Bible poéticjuedes psaumes, s'il nous est permis d appliquer plus justement à la collection des cnants sacrés du roi-pro* pbète le nom qu'on donne aux recueils populaires des cantiques de Noël. Mous avons trouvé dans les psaumes l'esprit de la Bible toute entière et le génie des Evangiles; car David a complété la révélation donnée è Moïse, et son règne a figuré celui du Messie*
Le génie des psaumes est celui de la litlérature chrétienne et de la civilisation moderne. L'ode de Malherbe qui a fixé la langue française est tirée des psaumes; Radoe a pris dans les psaumes les inspirations et presque toutes les paroles de ses chœurs,
au! sont les chefs-d'œuvre de son chef- 'œuvre ; Jean-Baptiste Rousseau , dans ses odes sacrées imitées des psaumes, a élevé l'ode française à toute la erandeur Qu'elle pouvait atteindre. Rien traduire Davia n'est pas une tftche facile, et il faut bien disposer de toutes les ressources de la langue et de l'art pour réussir même à l'imiter. Clément Marot, qui était un poëte charmant lorsqu'il s'agissait de badinage, donna le premier de presque tous les psaumes une traduction en vers qui fut admirée de son temps, et qui n'en est pas moins ridicule et illisible au-r jourd'hui. Théodore deBèzeet d'autres protestants ne furent guère plus heureux. Où Malherbe et Rousseau ont réussi, le grand Corneille lui-même et La Fontaine ont échoué. Depuis il a paru un grand nombre de traductions en vers des psaumes, et pas une n'est arrivée à la majesté des quelques imitations faites par les princes classiques de la poésie lyrique en France. Le moins malheureux de tous ces traducteurs a été peut-être M. le comte de Marcellus, che< qui une foi vive et une solide vertu aidaient SI puissamment le talent poétique. Nous joi* gnons ici auelques-uns de ses essais au^ quelques odes sacrées que nous ne pouvions nous dispenser de choisir parmi les plus belles de Rousseau.